Résidu inutile, la superfluité
Cette superfluitas monte au cerveau, où elle ne doit point dépasser un taux normal. Elle est maintenue à ce taux par une évaporation constante du liquide superflu qui a lieu par la disposition anaLomique de l'encéphale : 1° les sutures; 2° les os spongieux; 3° les cheveux-.
1. Ce mot, ni rheuma, n'a rien à faire avec rhume et rhumatisme. Les anciens appelaient arthritisme ce que nous appelons rhumatisme.
« L'antique description de Varthritis s'est transmise telle qu'elle, et sans avoir subi d'altération sensible jusqu'au temps de Baillou. Le premier, cet auteur a décrit, comme distincte de ïarlhritis, une affection à laquelle il a donné, on ne sait trop pour quelle raison, le nom de rhumatisme, nom qui reçut ainsi pour la première fois, une acception nosographique déterminée. » (Cliarcot, Œuvres complètes, t. VII, Maladies des Vieillards, p. 497.)
2. Galien (traduction de Daremberg, t. I, p. 570). « La nature a
S'il y a pléthore, ou excès de superfluité en quantité, cet excès, pour éviter l'apoplexie, est expulsé, à l'état normal, du cerveau vers le corps par un processus dit rheiima (per viam reumatismi ^), dû à la vis medicatrix^ .
La nature réalise ce mécanisme par des organes excréteurs composés : 1° d'un réservoir (infundibulum) des superfluités, 2° de conduites d'évacuation : ethmoïde, luette, palais; des organes récepteurs qui les conduisent au dehors.
La superfluité peut être de consistance épaisse (^visqueuse) ou fluente (c'est-à-dire rhumatique).
De la tête, l'humeur (phlegme, pituite) sort par trois voies, l'une externe, deux internes.
La défluxion est externe quand l'humeur descend de la tête par la continuité des membranes jusqu'aux jointures.
Des deux voies internes, l'une, pour les superfluités fluentes, va du cerveau par une communication aux fosses nasales. L'autre voie, pour les superfluités consistantes, descend du cerveau au palais, et de là dans la bouche ^ (il faut soulager la luette, dit Galien).
pourvu avec grand soin à l'excrétion des superfluités. Comme celles-ci sont... les unes vaporeuses et fuligineuses, avec une tendance naturelle à monter... la nature... a placé dans le lieu le plus élevé [les méats] qui expulsent les superfluités légères... elle ne les a percé que de trous étroits en rapport avec la ténuité des superfluités. »
Die Chirurgie des Heinrich von Mondeville, éd. Pagel, 1892, p. 25 : « Utilitatescreationis capillorum in capite sunt... ut fumi capitis per eos exalent et faciliter transeant, quoniam, si ex materia capillorum generaretur quid solidi [i 487 : solidum), ut cutis, non possent per illud fumi faciliter exalare». — Cf. de même Galien, éd. Daremberg,!, p. 685.
1. Die Chirurgie des Heinrich von Mondeville, éd. Pagel, Berlin, 1892, p. 472 : «... facit humores descendere a canonica capitis versus collum per viam reumatismi. »
2. Galien, trad. Daremberg, 1854-1856, t. I, p. 569 : « Une des préoccupations les plus constantes de la nature a été de purifier des superfluités de Taliment toutes les parties du corps, surtout les parties importantes, comme Fencéphale. »
Id. ibid. p. 548 : « ... Comme les ventricules de Tencéphale sont placés au-dessus de Torgane de l'odorat, et nécessairement reçoivent les superfluités qui coulent des parties environnantes, l'animal serait continuellement exposé à des apoplexies, si la nature n'avait en cet endroit ouvert un chemin propre à l'écoulement. »
3. Galien, trad. Daremberg^ t. Il, p. 756 : « La position des divers
Ainsi, pour nous le rhume de cerveau, qui est un produit iocal de rinflammalion de la muqueuse nasale, — comme la
organes indique encore qu'il faut purger... rencéphale elles méninges par le palais, la luette, les narines et les oreilles »
Id. ibiil., t. I, p. 570 : « Comme [les superfluitésj sont de deux sortes, les unes vaporeuses et fuligineuses, avec une tendance naturelle à monter, les autres aqueuses et chargées de matières qui sont portées d'elles-mcmcsà descendre, la nature... aétahli en pente [des méats excrétoires] cjui expulsent les matières lourdes et qui tendent vers le bas. Pour ces derniers, outre qu'elle les a disposés en pente, elle les a faits encore suffisamment larges, attendu qu'ils sont destinés à servir de canaux à des humeurs abondantes et épaisses... Les méats en pente de Pencéphale, au moyen du palais et des fosses nasales, déversent dans la bouche par de larges et manifestes orifices des superfluités épaisses très visibles. »
Id. ihid., t. I, p. 548 : « Une grande preuve de la porosité de la membrane olfactive, c'est l'évacuation fréquente et subite des superfluités qui coulent d'en haut : les anciens les nommaient morve ei pituite {{iH'j'^a xaî xo'pu(^a), et les modernes mucus. )>
Id. ibid., t. I, p. 549 : « Il existe deux autres conduits, en pente, lesquels versent par le palais dans la bouche les superfluités de tout l'encéphale. Quand l'animal est en parfaite santé et que la nutrition s'opère bien, ces conduits seuls suffisent. Ainsi la première utilité des conduits de l'encéphale ouverts dans les narines, utilité en vue de laquelle surtout elles existent, c'est non pas d'évacuer les superfluités, mais d'offrir un secours surabondant à l'encéphale malade, et d'abord de juger les odeurs elles-mêmes. )>
Id. ibid., t. I, p. 573-574 : « Du moment où ils [les méats] se rencontrent, ils sont reçus tous deux dans une région commune, creuse et inclinée [infundibulum). Le bord supérieur de cette cavité est un cercle parfait. De là, se rétrécissant toujours davantage, elle aboutit à une glande inférieure, semblable à une sphère aplatie (glande pituitaire) et ayant elle aussi une cavité manifeste. A la suite vient un os [ethmoïde] qui ressemble à un crible et se termine au palais. Tel est le chemin des superfluités épaisses. »
Id. ibid., t. I, p. 574: « Quant à l'utilité de la glande à laquelle aboutit l'entonnoir, il est manifeste qu'elle filtre les superfluités, ce fait est connu des anatomistes, et ce n'est pas une grande preuve de leur habileté. »
Die Chirurgie des Heinrich von Mondeville, éd. Pagel, Berlin, 1892, p. 27-28: (( Os lande habet etiam sicut cetera ossa aliqua nobis occulta foramina et minuta, per quae aliquae supcrfluitates rcumaticae delegantur a cerebro ad uvulam et ad pectus, etiam ad pulmonem. )>
Guy de Chauliac. Grande Chirurgie, éd. Nicaise, p. 41 : « Le septiesme os, est le Paxillaire ou Basilaire, c'est comme un coing sur le
GT4 APPENDICE.
laryngite, la trachéite, la bronchite, sont les résultats de l'inflammation de la muqueuse du larynx, de la trachée, des bronches, — le rhume, disons-nous, était pour les anciens le résultat de l'expulsion des humeurs cérébrales, et comme il n'y a pas de communication entre le cerveau et ces parties, Galien a dû inventer et fabriquer (comme dit Daremberg) une anatomie adaptée à ses théories physiologiques (la fonction crée l'organe), et tellement ancrée qu'elle est restée dans l'expression rhume de cerveau [qï qu'au xviii^ siècle un anatomiste dut écrire trois volumes in-4° pour prouver le contraire) ^
palais, asseurant et soustenant tous les dits os. En icoluy sont plusieurs trous, et spongiositez, pour V expurgation des grosses superfluitez, et auec ce, il est de très dure substance. »
Die Chirurgie des Heinrich von jSIondeville, éd. Pagel, Berlin, 4892, p. 35: « Uvula... Cujus creationis sunt... ut a cerebro superfluitates recipiat delegatas. »
Guy de Chauliac, Grande Chirurgie, éd. Nicaise, p. 512. Des passions de la luette. « Enflure et clieute de Vuvule. La cause de cette passion est matière chaude, ou froide, descendant du cerveau à manière de rheume. »
De cette conception découle le traitement de la luette :
Hippocrate (trad. Littré). Prénotions coaques, t. VI, p. 211, n° 4. (Affection de la luette). « Si la luette devient pendante et suffoque... on rasera le derrière delà tête, on y appliquera deux ventouses, on tirera autant de sang qu'il sera possible, et on appellera en arrière la fluxion pituiteuse. Le phlegme produit encore cette affection, c'est lorsqu'il descend, en abondance, de la tête échaufl'ée. »
Guy de Chauliac, Grande Chirurgie, éd. cit., p. 513 : « Pour desseicher la matière rhumatique, et relever la luette, Rogier et ses maistres permettent que on mette sur le mol de la teste, autant d'escarlate qu'un denier est grand, en laquelle y ait un peu de poix, encens et mastic. »
Id. ibid. p. 646. « Pour la tumeur de la luette on fera une saignée de la veine qui est sous la langue, puis on appliquera une ventouse sur l'occiput. Certains praticiens mettent les deux pieds sur les deux épaules du malade et le tirent violemment par les cheveux de Locciput. » Cf. aussi H. de Mondeville, Chirurgie, éd. Pagel, tract. III, doct. I, cap. XXIV, p. 443.
1. Daremberg, La médecine, p. 262. « Pourquoi appclle-t-on encore le coryza rhume de cerveau? Parce qu'il y avait, suivant Galien, une communication directe entre le cerveau et les fosses nasales et que le flux (rheuma. v. fr. rhume en ce sens) descendait du cerveau. Il a fallu à Schneider, anatomiste du xyiii*^ siècle, trois volumes in-4° pour détruire cette fausse opinion. »
Si au lieu de prendre ce chemin (les narines, palais, luette) les superduités continuent à descendre, elles se portent sur les organes.
Le rlieiima ou fluxion n'est donc pas, comme il est devenu par un sens détourné, une maladie spéciale, mais un processus, simplement le mode par lequel le cerveau expurge les superfluités en les dirigeant vers le corps '.
11 y a plusieurs cas où cette superfluité, par l'irritation qu'elle cause, provoque la maladie de l'organe.
Si elle descend à l'intérieur sur les organes, par exemple les poumons, les bronches, elle cause l'asthme, la toux, la phtisie- ; — sur l'estomac, un flux de ventre, etc. Si elle
1. Guy de Chauliac, Grande Chirurgie, éd. Nicaise, p. 79: « Des causes des apostemes, exitures et pustules, les vues sont générales, les autres spéciales. Les générales sont rheume, et congestion. » Note 1 : Or ce mot rheume en grec, vaut autant à dire comme flux ou defluxion, et distillation en François. Les Barbares estiment qu'il est ainsi nommé, comme si c'estoit un ruineux et desordonné mouvement d'humeur. Telle fluxion se peut faire à toutes les parties, en haut, ou bas, et aux costez : mais le nom de ca^/tar/"e signifie, que l'humeur descende es parties inférieures ei principalement celles qui sont sous la teste.
Galien, traduction Daremberg, t. II, p. 760 : u L'évacuation, par exemple, est exigée par les aflections dites rheumaliques [fluxionnaires), sur lesquelles nous avons écrit un livre comme tu le sais {ouvrage perdu). Nous y avons démontré, dès le principe, que ces diathèses résultent de Taflaiblissement de la faculté nutritive du corps entier, le super/lu accumulé s'écoulant dans les parties les plus débilitées. »
Die Chirurgiedes Ileinrichvon Mondeville, éd. Pagel, Berlin, 1892, |). 259 : « Dolor potest esse causa utriusque spasmi in vulneribus... locorum et membrorum nervosorum, sic : quia acuit reugma et fhixum humorum, qui imbibunt se intra membre nervosa — »
2. Ilippocrate (trad. Littré, t. V, p. 681). Prénotions coaques, 2« sect. § XXI, 430 : « Les phthisies les plus dangereuses sont celles qui proviennent d'une rupture des grosses veines et celles qui proviennent d'un catarrhe descendant de la tète. »
Bernard de Gordon, LU iu m medicinae, partie. IV, cap. v : « Phthisis est ulcus pulmonis cum consumptione totius corporis. Causac huius passionis, sunt omnia illa quac ulcérant pu monem, et ideo materio rheumatica decurrcns a capite potesl esse una causa, sive fuerit sanguinea, sive acuta cholerica, corrosiva, sive phlegmatica falsa. Unde
descend à Textérieur sur les membres, elle cause la goutte ^
On voit donc ce qu'est le rheiima. Il est à la fois physiologique et pathologique. C'est un processus physiologique, comme la circulation, la respiration. Il est physiologique quand il s'exécute normalement, c'est-à-dire par le nez et la luette ; s'il change de direction et va vers les organes du corps, c'est un processus pathologique.
§ 5. Dans les troubles circulatoires l'auteur note que le pulsus était formicans, ce qui est le terme classique dans Gordon ^.
sicut gutla aquae cavat lapidem, ratione frequentiae, ita stillicidium rheumaticum ipsum ulcérât. Secunda causa potest esse apostema oris, cum rumpitur, et vadit ad pectoralia, et non bene mundificatur. »
Barthélémy l'Anglois, Le grand propriétaire des choses, liv. VI, chap. XXIV : <( Et pource que la gorge a aulcunefîoys a souffrir par humeurs qui descendent du chief dequoy la toux et enrœures sont engendrées. »
1. Bernard de Gordon. Partie. VII, cap. xix : De podagra, sciatica et arthetica. « Gutta arthetica et podragra et chiragra, magnam habent amicitiam ad inuicem, sed gutta potest locum generis obtinere : quia ut plurimum omnes istae pas. generantur per uiam rheumatismi, et quia rheuma stillat sicut gutta aquae : ita omnes istae passiones possunt dici generah nomine guttae, gutta igitur obtinet locum generis. »
2. Bernard de Gordon, Lilium medicinae (Tract, de cognitione pulsum), éd. de Lyon, Rouille, 1559, in-8°,p. 896: «...Fuerunt elicita tria gênera pulsuum, scilicet, durus, mollis : plenus, vacuus : calidus, et frigidus. Et ita fuerunt decem gênera pulsuum : et forte bene respicienti non erunt nisi novem gênera, quia ordinatus et inordinatus continentur sub aBquali et inaequali. Species autem pulsus inaequalis sunt multae, sicut est serrinus, fluctuans, undosus, arcualis, martellinus, caprizans, cauda soricina tortiva, et retornativa, cordosus, ramosus, vermicularis, formicans. et sic de aliis... »
Die Concordanciae des Joh. de Sancto-Amando, éd. Pagel, p. 252 : « Pulsus formiculosos quies non percipitur. »
Rufus d'Ephèse, éd. Ruelle et Daremberg, 1879 (Traité abrégé sur le pouls) p. 229: « Les espèces de pouls sont, par rapport au repos, caractérisées par la fréquence et la rareté ; par rapport au mouvement, par la rapidité et la lenteur; par rapjDort à l'intensité, par la
Dans celle descriplion de la morl du roi, nous voyons que le lémoin cl l'hislorien anonyme se monlre aussi informé comme science théorique et philosophie médicale, et aussi rompu aux plus fines et délicates théories de la pathogénie galénique, qu'il s'était montré bon clinicien (pour Torthopuée).
Quoique Ilippocrate et Galien fussenl réservés aux médecins, et que la biologie n'arrivât aux philosophes (c'est-à-dire aux théologiens) que par Aristole, un prêtre non médecin, mais cultivé, eût pu donner le faciès hippocratique, un des loci communes de l'antiquité (ce que M. Luce ignorait et a pris pour œuvre personnelle). Aussi pourrait-on faire cette objection si celte remarque du faciès était la seule, mais les autres observations de l'auteur impliquent un médecin raffiné.
Donc l'auteur est médecin, non pas seulement par la bonne observation qui n'est point l'apanage des médecins, ni malheureusement plus fréquente chez eux, mais surtout par la connaissance des théories scientifiques les plus délicates, et la technicité des termes.
Mais ce médecin est étranger à la maison du roi : pas une allusion à l'état antérieur du malade, ni au retour d'un symptôme antérieur, pas de renseignements sur les remèdes à l'aide desquels on soulageait le roi, sur ses médecins, etc., — simple procès-verbal de ses derniers moments.
Politique intérieure.
Un trait caractéristique du document, c'est l'extrême réserve sur toutes les questions en dehors des symptômes de la maladie, des oraisons et réparations envers l'Église.
Ainsi le roi sur sa chaise longue se laisse aller dans son délire cardiaque à parler politique, à raconter ses projets ;
force et la faiblesse ; par rapport au corps de l'artère, par la dureté et la mollesse. » — Id. ibid. p. 231 : » Il y a aussi un pouls qu'on appelle formicanf, c'est celui dont les pulsations sont fré({uentes et petites, et qui donne, sous le doigt, la sensation de la marche d'une fourmi : on le trouve presque toujours chez les agonisants. »
— silence du rédacteur. Il ne Feût môme pas noté, si ce n\Hait dans le but de réfuter ceux qui ont cru à la divagation, et de rejeter l'hypothèse du délire comme attentatoire à la dignité royale. C'est là encore un trait médical de dire que l'excitation était réelle quoique normale, et de l'attribuer au vide de la tête.
Mais en notant cette excitation du roi, il a soin de cacher ioiis les propos qui ont pu échapper au malade dans cette exaltation cérébrale, tout ce qui pouvait lui nuire ou être un secret d'Etat : il tait également le chifTre exact du trésor, en le diminuant pour couvrir le roi, tandis qu'il enregistre l'impohtique générosité des fouages.
L'auteur ne relate visiblement que ce que le roi veiil qu'on sache de sa politique.
Le mystère sur la politique intérieure dévoilée dans le délire, et sur les finances, opposé à l'abondance voulue de renseignements sur la diplomatie, indique que nous avons afïaire à une rédaction officielle'.
De même, l'auteur, si exact dans tous les symptômes somatiques, traités avec une miniilie scientifique, ment dans les phénomènes psychiques (délire cardiaque), ce qu'il n'eût pomt fait dans une relation non officielle. (Preuve encore que ce n'étaient pas des notes privées.)
J'ai émis, plus haut, Topinion que le rédacteur était un homme d'église. Maintenant est-ce un prêtre séculier, fonctionnaire public, on un prélat politique de cour, comme Lagrange, général des aides de Charles? Je ne le crois pas à 1 ascétisme dont il fait preuve (leçon donnée aux rois, soulignant la déférence de la puissance royale envers l'Église (( mandatoriim Dei semilas ac totius Ecclesiae staiuta canonica postqiiam divinis et sanctis orationibiis intendisset^^W. 60-61),
— au dédain qu'il montre pour la question financière (et que n'eût pas témoigné un Lagrange, rompu aux nécessités de la politique et du gouvernement des hommes) : arrivé aux dispositions dernières du roi sur le règlement de son budget.
1. Un amateur eût conservé toutes les paroles de Charles sur la politique intérieure et les finances, comme il avait sténographié, et surtout rhétorisé, la diplomatie.
il tourne court on disant non sit laiidabile . ... dilavi... Un moine seul a ce dédain \
Politique extérieure.
On sait quel jugement sévère l'histoire traditionnelle porte sur le rôle joué en 1378 par Charles V dans l'explosion du grand schisme d'Occident, le développement, la prolongation de cette lutte pontificale, qui en brisant l'unité séculaire de l'Europe chrétienne et en déchirant « la robe sans couture » devait favoriser indirectement et la naissance de la Réforme et l'explosion de l'esprit de libre examen .
En reconnaissant comme seule valable l'élection pontificale de son parent, le Français Robert de Genève, l'antipape Clément Vil, alors que presque toute l'Europe chrétienne adhérait à l'obédience de son adversaire romain le pape Urbain VI (seul élu canoniquement, on le sait aujourd'hui), Charles V fut le seul véritable instigateur de la scission qui devait déchirer l'Eglise pendant quarante années, le vrai promoteur du schisme qu'il aggrava en refusant de se rallier à l'opinion mixte que deux ans plus tard proposait un concile pour mettre un terme au scandale.
La pièce anonyme que nous étudions, confirmée par le procès-verbal authentique, dressé par ordre de Charles V à son lit de mort, vient de montrer combien légendaire était cette opinion qui transformait le roi mourant en fauteur obstiné du schisme et en soutien obstiné des schismatiques.
Au moment de mourir, voyant la lutte persister et trop fin politique pour ne pas sentir qu'il avait fait fausse route, ce qui préoccupa le plus Charles V dans la crise finale de sa maladie, fut de dégager devant la postérité sa responsabilité des conséquences terribles pour l'Église qu'allait entraîner le grand schisme.
Il fit, comme nous le savons, une déclaration rédigée par des notaires et signée par les vingt-cinq assistants, portant que, en reconnaissant Clément VII comme pape, il n'avait fait
1. Si c'est Mé/icres, si aflectiieux pour les eofaiiLs de Charles V, pourquoi ce silence sur les affaires et ce mépris de son budget?
que suivre l'avis des cardinaux et qu'il était prêt, s'il s'était trompé, à se soumettre aux volontés de l'Eglise. Celte déclaration fut envoyée sur Tordre du roi au Vatican.
La relation anonyme racontant les derniers jours et la mort du roi, dilue dans la scène que nous venons de décrire tous les arguments de Charles V en laveur du schisme de la même façon que la pièce du Vatican, et joint à ce plaidoyer posthume le récit à tournure d'édification des derniers moments du roi, c'est-à-dire la série de ses actes de piété, grandissant avec l'évolution successive de ses souffrances. Le long discours apologétique aux assistants (sûrement amplifié), que l'auteur met dans la bouche du mourant, conclut par la demande d'enregistrement : « Petimus et rogamus notarium vel notarios, si sit praesens vel praesentes, quatenus ipse vel ipsi de praedictis plura conficial publica seu conficiant instrumenta » (11. 127-129).
L'allure officielle de cette pièce, et la conformité des arguments avec le procès-verbal du Vatican prouvent que la relation ne peut être qu'officielle, rédigée sur Voï-dre du roi pour masquer son erreur à la postérité et dégager sa responsabilité, et devant servir de base à l'histoire future pour montrer le roi tel qu'il désirait être vu. Charles eût pu dire de cette pièce ce que Talleyrand disait de ses Mémoires : c'est ma dernière négociation.
Après celte première préoccupation de sauvegarder sa réputation d'homme d'Étal devant la postérité, la deuxième devait être de prendre les mesures nécessaires pour que le souvenir en fût conservé.
On sait quelle importance attachait Charles V à fixer l'opinion de la postérité \ en veillant lui-même à la rédaction des chroniques de Saint-Denis dans le sens qui lui convenait. C'est ainsi que quelques mois avant sa mort il fit rédiger sous ses yeux la relation du voyage de l'Empereur Charles IV à Paris (notant avec soin les préséances, etc.). De même il avait dressé lui-même le scénario de sa mort, avec une commission de moines de l'abbaye de Saint-Denis, comme lé-
1. Fr. Delaborde, loc. cit., p. IG : (( Charles V était homme à ne rien négliger de tout ce qui avait une utilité pratique. »
moins expressément appelés pour assister à ses déclarations * et à ses derniers moments, et pour en conserver le souvenir dans leur archive, base oCficielle future de l'histoire des rois.