‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 20 sur 183 · Sénac de Meilhan, Du Gouvernement, p · texte numérisé non relu

Sénac de Meilhan, Du Gouvernement, p

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vagants du roi sont bien antérieurs à la date de sa mort et n'ont aucun rapport à celle-ci comme Commynes le croit ou veut le faire croire. L'interprétation subjective du moraliste étant écartée, reste à voir ([uel éclaircissement nous apporte la physiologie.

Louis XI étant, comme nous l'avons montré, un dégénéré héréditaire, nul doute que les faits précités, loin d'être une mode aristocratique, sont une manifestation très nette de l'un des stigmates classiques des dégénérés^ : la zoophilie.

Les traits classiques de la zoophilie sont :

1° L'extravagance des achats;

'2° L'indifférence de l'acheteur;

3° La sensibilité hyperémotive pour les animaux malades.

Les deux premiers traits sont communs à la collectionomanie morbide; le troisième, toujours lié à l'indifférence pour les humains, et souvent même à la cruauté, est décisif et essentiel de la zoophilie.

« 30 mars 1479. A Jehan du Reffou, maistre d'ostel dudit seigneur, 53 s. 4 d. t. — pour avoir fait mener en une lictière et par eaue, depuis les Forges jusques à Tours, ung chien courant qui estoit malade. » (Arch. nat. KK, 64, fol. 17.)

« Octobre 1480, A Jaques de Saint-Benoist, cappitaine de Franchise — pour l'achapt et charroy d'un basteau qu'il a prins par l'ordonnance dudit seigneur, et le fait mener à

1. François Boissier et Georges Lachaiix, Contribution à Vétude clinique de la Kleptomanie (Extrait des Annales niédico-psycholof/iques, janvier-février 1894, p. 3) : « Par l'étude clinique de différents syndromes des dégénérés, M. Magnan a montré que la dissomanie, la kleptomanie, l'agoraphobie, l'onomatomanie, etc., sont unis par des liens étroits;. ... qu'à une mère dipsomane succède une fille agoraphobe, qu'en un mot tous ces syndromes, qui paraissent tellement différer à un examen trop superficiel, ne sont en dernière analyse que les différents feuillets d'un même livre, ou mieux, les différentes branches issues d'un tronc commun, - — la dégénérescence mentale héréditaire. »

Régis, Manuel pratique de Médecine mentale : « Le neurasthénique ne saurait être un dipsomane, un kleptomane, un inverti sexuel, il ne saurait être poussé impulsivement à l'homicide ; ces obsessions et ces impulsions, qui sont les vrais stigmates de la dégénérescence, demandent, pour se développer, un terrain spécial, celui des dégénérés. »

CXVI PATHOLOGIE HISTORIQUE

Testang de Gastine, pour y faire mourir un cerf. » (Arch. nat. KK, 64, fol. 158 v°. Arcq. p. 393.)

« Monsieur du Boschage,... Faictes bailler au prieur de Monseigneur Saint Hubert pour envoier à Saint Hubert pour chacun chien des frians ung marc d'argent et pour chacune chienne des frians deux marcs d'argent et pour chacun d'autres chiens courans ung escu et pour chacune chienne courante deux escuz et pour chacun lymier ung marc d'argent et aussi ung veu de cire du pesant du derrenier serf que je pris. Je vous envoie le roolle desdits chiens. Loys. » (Bibl. nat. f. fr. 2904, fol. 2.)

« Pour envoyer offrir... pour les chiens des Frians sept marcs d'argent valant 42 escuz » (23 janvier 1476) (Extrait des comptes. Bibl. nat. f. fr. 23264, fol. 1).

A noter dans les comptes la préséance des chiens sur les seigneurs et autres gens malades :

« 16 février 1840. A Guion Moireau, appothicaire dudit seigneur 437 1. 8 s. 8 d. — pour le paiement de plusieurs parties d'appothicairerie qu'il a baillées et fournies par l'ordonnance et commandement d'icellui seigneur, durant les mois de juillet etaoust mil ccc lxxix, tant en espices, dragées, confitures et autres choses, pour faire les collacions dudit seigneur, et de chambre, appothicaireries, drogues et médicines pour la personne dudit seigneur. Et plusieurs autres drogues, emplastres, oignements et autres mesmes choses, qu'il a pareillement baillées pour guérir les chiens et lévriers dudit seigneur. Que pour autres drogues et médicines qu'il a fournies par l'ordonnance dudit seigneur à plusieurs seigneurs et autres gens malades que ledit seigneur a ordonné faire penser. » (Arch. nat. KK, 64, fol. 75.)

« 4 juillet 1481. A Vincent L'Aumosnier, 50 s. — pour le rembourser de pareille somme qu'il a baillée du scien par l'ordonnance dudit seigneur pour avoir fait mener en une charrette à trois chevaulx ung des lévriers dudit seigneur qui estoit malade de Garannes à Dreux, à Chartres et Bonneval. » (Arch. nat. KK, 64, fol. 150.)

Enfin la quittance suivante est très précise au point de vue du diagnostic :

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Arch. nat. KK, 64, fol. 116 : « A Loys Lucas pennelior dudit seigneur 6 1. 19 s. pour le rembourser de pareille somme qu'il a baillée du sien pour avoir faict mener et conduire à une charecte à deux chevaulx ung des lièvres dudit seigneur des Forges à Rochefort près Mirebeau et de là le ramener à Bonne Adventure. »

Le diagnostic posé, nous pouvons employer la méthode déduclive : chez le zoophile dégénéré, il y a un symptôme, c'est la kleptomanie. On peut être sûr de la trouver chez Louis XL

Par une inconséquence qui est la marque de cet état psychique morbide, le malade vole ce qu'il convoite, non parce qu'il ne peut l'acheter, mais parce que le posséder ainsi lui est plus agréable — c'est une conquête* :

« Janvier 1483. Item audit moys le Roy manda que on allast toute nuyt par tous les chemins et sur la rivière de Loire audavant de plusieurs oyseaulx de Turquie, qu'on portoit en Bretaigne, pour les prandre et les luy aporler.

— Item deux jours après les oyseaulx dessusditz furent trouvez à huyt heures de nuyt et les convint porter à ladite heure aux Montilz. » (Comptes de Tours, t. XLIV, fol. 82 v°.)

« Non referemus... edictum de canibus omnibus, per Galliarum urbes, in locum unum coram a se ad hoc commissis cogendis et adducendis, sub poena confiscationis corporis et bonorum : de quibus satis sufficere possunt quae supra suis in locis narravimus. » (Thomas Basin, III, 178.)

« Cujus etiam rei gratia, rem stultissimam et quae, quanta esset gravitas et sapiontia hominis palam omnibus faceret, lîeri jussit. Misitenim commissarios ad urbem Rothomagensem et alia plurima regni loca, qui ex ipsius auctoritate juberent sub poena confiscationis corporis et bonorum ut omnes canes, parvi et magni, ad unam plateam ducerentur. Ouibus sic in unum collectis, quos ducerent eligendos, ad regem in carrucis et vehiculis ligalos veherent, praefati exercitii sui causa, ut

1. Fr. Boissier cl G. Lachaux, loc. ciL, p. 4 : « Les kleptomanes dont nous rapportons ici les observations, sont à Tabri du besoin, de familles aisées même. »

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praedictae tam insignis venationis voluptate potiretur. » {Idem, III, 168.)

La kleptomanie explique naturellement les deux rapts de 1468 qui émurent tant les Parisiens.

Reste à expliquer le rapport de cet accès de kleptomanie à la date de son explosion, et pourquoi cet acte bizarre se place précisément au retour de l'entrevue de Péronne, dans laquelle Louis XI fut à un doigt de la déposition d'abord et de la mort ensuite, si Charles le Téméraire, dans les mains duquel il s'était jeté si étourdiment, avait suivi les avis de ses conseillers bourguignons.

Il y a trois solutions :

A. L'hypothèse (très improbable^) du hasard. Là où nous cherchons une loi de succession, il se peut qu'on ne doive voir qu'un accident de coexistence, et que la formule /?os/ hoc ergo propter hoc soit encore ici, comme le plus souvent, en défaut.

B. La solution du moraliste qui pense que Louis aura par orgueil choisi ce moment pour cette mesure sans précédent, précisément pour faire sentir aux Parisiens ravis de son échec à Péronne, que, bien qu'ils le crussent vaincu, il était pour eux toujours le maître.

G. Celle du neuropathologiste qui reconnaît dans la date de l'acte de Louis XI la loi de l'impulsion chez les dégénérés. Tout acte impulsif — l'acte réflexe étant toujours fonction inverse de l'action modératrice des centres, l'épuisement nerveux du cerveau (consécutif aux décharges des grandes émotions, ou à la fatigue, ou à l'infection) — coïncide chez les dégénérés avec le maximum de fréquence dans la production des actes impulsifs^. Or c'est précisément l'état dans lequel se

1. Très improbable parce que Louis XI, à la fois étourdi et habile politique, savait très bien qu'au retour de Péronne il avait grand besoin des Parisiens et devait chercher à les ménager.

2. Gley, Les aberrations de Vinstinct sexuel (Revue Philosophique, 1884, t. 1, p. 68): « Tous les dégénérés héréditaires présentent, avec des stigmates physiques, plus ou moins apparents, quelquefois très légers, des anomalies morales et un défaut d'équilibration intellectuelle. De là le rôle considérable chez ces malades des impulsions dites irrésistibles. Par suite de la tare cérébrale, leur esprit a des points faibles, et c'est toujours et naturellement suivant cette ligne de

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trouvait le roi, au relour de sa détention, après les terribles émotions qu'il venait de traverser et de la décharge émotive nerveuse (dix-huit mois après sa maladie infectieuse — fièvre typho-palustre ^), — et il est naturel qu'il se soit trouvé hors d'état de résister à V impulsion irrésistible de la kleptomanie zoophilique, qui avait dû le tenter plus d'une fois, mais que le souci de sa réputation lui avait fait tenir jusque-là en bride. 11 cède à l'impulsion, sachant très bien que c'était le plus mauvais moment pour le faire et qu'il eût mieux fait de ne pas y céder '^ ou d'attendre d'avoir moins besoin de l'opinion publique.

Conclusion. — Nous pensons donc que (pour la science

moindre résistance qu'il se développe en eux des façons de sentir ou d'agir, simplement bizarres, extraordinaires ou complètement anormales — c'est là une question de degré en rapport évident avec la gravité de la névrose, — et cela sous l'influence d'une cause souvent très peu proportionnée à l'efTet produit, une association d'idées passagères.... Et si leur esprit est ainsi entraîné, c'est que, déséquilibré, il n'a pas la force nécessaire pour agir contre l'impulsion du moment, qui dès lors tend de plus en plus à devenir une habitude, une manie, un vice.... » — Id. ibid. p. 73 : <( Ne sait-on pas qu'il existe dans tout organisme ce qu'on appelle des lieux de moindre résistance? Ainsi la tuberculose s'attaque, suivant les individus, à tel organe plutôt qu'à tel autre ;... il en estde même pour l'esprit »

1. Féré, Pathologie des Emotions, p. 297 : <( Les émotions ont des effets pathologiques d'autant plus marqués qu'elles se produisent à la fin de la maladie, dans la convalescence, dans toutes les conditions en un mot oii elles agissent sur un organisme déjà plus affaibli. ^) — Id. ibid. p. 158 : '.< Si la fatigue constitue une condition prédisposante aux infections, les infections favorisent aussi les névroses — Le paludisme, par exemple, laisse souvent à sa suite la neurasthénie et l'hystérie. L'infection et la fatigue ajoutent leurs effets pour provoquer l'explosion de certaines névroses »

2. Fr. Boissieret G. Lachaux, loc. cit., p. 3 : c Que l'on observe l'un ou l'autre de ces malades, on trouvera toujours l'obsession et l'irrésistibilité qui donnent à l'acte accompli son caractère spécial. )>— P. 12 : « Sur nos deux malades pèse une lourde tare héréditaire — Toutes deux savent fort bien l'inutilité des vols qu'elles accomplissent, puisqu'elles sont toutes deux dans une situation relativement aisée, le préjudice ({u'elles causent à elles-mêmes et à leur famille; toutes deux nous disent la lutte intérieure avant le vol, la résistance même à l'obsession, depuis la constriction à l'épigastre, l'angoisse, la sueur froide sur le front, enfin le soulagement, la délivrance après l'acte accompli, la honte et le repentir lorsque l'accès a disparu. »

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de 1896) la traduction psychologique de cet acte doit être celle-ci : accès de kleptomanie chez un dégénéré zoophile, éclatant consécutivement à une diminution du tonus psychique, produite par la détention.

Cette explication a le droit d'être tenue pour vraie, puisqu'elle répond aux trois conditions scientiflques de l'hypothèse: elle n'est contredite par aucun des faits de l'observation; — elle les explique tous; — elle découvre la formule zoophilique du roi.

Ici se terminent ces exemples empruntés à la thérapeutique, à la pathologie, à la psychologie de Louis XI, qui n'ont point pour but de formuler la pathologie entière ou la psychologie du roi (ces deux sources de connaissance seront étudiées avec tout leur détail au tome II de ce livre, consacré à l'anamnèse personnelle de Louis, c'est-à dire à la constitution de sa formule), mais de faire toucher du doigt l'intérêt de ces questions et l'utilité de la pathologie pour la solution des loci desperati de l'Histoire. Ces exemples suffisent aussi pour nous rendre sensible l'insuffisance de méthode scientifique qu'apportent dans cette étude les trois catégories d'historiens.

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