CHAPITRE III
UTILITÉ POUR LA SGIExNCE MÉDICALE
Comment la pathologie historique peut-elle servir la médecine ? Faute d'avoir précisé cette question, les médecins antérieurs l'ont négligée ou méconnue. Les cliniciens sérieux, ne sachant comment l'aborder, l'ont systématiquement éludée ; d'autres, plus légers, ont nié son utilité ^ C'est qu'en effet, en médecine comme en histoire, elle n'a donné lieu, faute de méthode, qu'à des spéculations subjectives sans valeur.
Et d'abord, ce qui est le caractère d'une science non encore constituée, tous ceux qui en ont abordé l'étude n'ont fait que des généralités. De même qu'en histoire on fait de la philosophie de l'histoire, au lieu d'étudier la genèse d'une institution, la date d'un acte, l'authenticité d'un document, la critique d'un fait historique, de même, au lieu de commencer par la
1. Il est vrai, les maîtres en Histoire ne les ont point aidés. Bien peu d'entre eux reconnaissent encore la nécessité de cette tâche, qui sera Tune des œuvres du xx'^ siècle. Des historiens contemporains, celui qui a le mieux compris ce devoir de la critique (suivant le programme de Littré) est sans contredit M. Elie Berger. Sans se détourner de sa route, sans jamais tomber dans le ridicule de poser des diagnostics médicaux, et tout en restant (à l'inverse de Michelet) strictement agnostique en matière pathologique, il a montré simplement par l'exemple dans « Innocent IV et Saint-Louis », quelle aide précieuse le critique médiéviste peut apporter pour le clinicien.
Il convient de citer également M. Ch. de Grandmaison, trop rare dans ses publications si précises qui sont des bijoux de critique.
CXXII PATHOLOGIE HISTORIQUE
simple étude des maladies, comme Ta faille D'" Potiquet dans son excellent travail sur François II, les médecins ont modestement attaqué la psychologie des dynasties, etc., verbiage plus facile, d'ailleurs, que Tétude précise d'un détail scientifique.
Si la médecine — je parle en pathologie historique seulement — a ses Léopold Delisle qui savent combien est délicat Foutil de la critique historique, elle a aussi ses Michelet (P. Moreau de Tours, Jacoby, Lacassagne et ses élèves), qui n'ont cherché dans l'étude de la pathologie historique que des synthèses ridicules ou prématurées.
Quelle excuse trouver au médecin qui, étudiant les familles royales, et n'en ayant ^^as d'autres à sa disposition pour une recherche scientifique, affirme qu'il y a des maladies mentales de cause royale ? Pourquoi y aurait-il plus de maladies royales mentales que somatiques ? En quoi la folie de Charles VI ditîère-t-elle comme étiologie de la folie de Charenton ?
Comment aller jusqu'à affirmer que la dégénérescence est une preuve d'origine royale? Michelet émet la supposition que ni Louis XIII, ni Gaston d'Orléans n'étaient fils de Henri IV, basant cette opinion sur le peu de ressemblance des fils avec le père et surtout sur leur dégénérescence physique et morale. A cela M. Jacoby répond : « Mais cette dernière prouve précisément qu'ils étaient bien des fds de roi ^ ».
En quoi fixer la royalty de la zoophihe de Louis XI ? Un malade X., fils de Y., agoraphobe, petit-fils d'agoraphobe et arrière-petit-fils d'un dégénéré zoophile, est lui-même un dégénéré thanatophobe et zoophile. En quoi Louis XI diffèret-il de ce malade dont il a la même hérédité, et qu'est-ce qui permet dans ce cas de conclure à une étiologie différente ?
Pour montrer l'exactitude de ce diagnostic royal, prenons l'extrême d'une maladie mentale royale , — la folie de Charles VI, et voyons comment l'établit M. P. Moreau de Tours.
Il commence par modifier la chronologie à sa façon, et place le bal des sauvages, où Charles VI manqua brûler, avant la catastrophe de la forêt du Mans. Cette inversion