‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 23 sur 183 · Voir ci-dessous, liv. III, ch. ii · texte numérisé non relu

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GXXIV PATHOLOGIE HISTORIQUE.

Nous voyons combien, dans Tétat actuel de la science, ces synthèses sont prématurées. Ce ne sont pas là les services que la pathologie historique doit rendre à la clinique : ceux-ci sont à la fois moins ambitieux et plus importants.

Que dire d'un médecin comme Jacoby qui va jusqu'à établir des lois au mépris de toute méthode clinique ?

De même que d'une série d'études sur les typhiques dans Vespace, le médecin qui croit en thérapeutique à la méthode statistique tire une loi en faveur de tel ou tel traitement, Jacoby a voulu appliquer cette méthode au temps. Mais, comme ici les symptômes sont faux et qu'il les a pris dans le dictionnaire de Bouillet sans les vérifier, on voit ce que peuvent être les lois soi-disant de Jacoby dans sa Sélection :

A. Pouvoir mental des régions, déterminé en combinant le nombre des grands hommes et les votes du plébiscite.

Exemple : le thermomètre intellectuel des Provinces de France, obtenu en combinant le nombre des grands hommes avec le maximum de non au plébiscite de 1870.

B. Loi de déchéance du pouvoir démontrée par les Césars, au lieu d'attribuer cette déchéance, faute de textes., comme l'avait fait modestement et plus justement le D"^ Wiedemeister \ à la tare croissante produite par les mariages consanguins entre individus déjà pathologiques.

Mais ceci demande une étude approfondie de l'histoire vraie des dynasties, dont la préparation exige des années de travail, tandis que M. Jacoby préfère remplacer cette étude par des tirades, — fatras démocratique d'Henri Martin transporté de l'Histoire dans la Physiologie.

L'école Lyonnaise, inspirée par le professeur Lacassagne^, tombe dans les mômes erreurs pour aboutir à des résultats aussi stériles. Certains auteurs de cette école ^ admettent la

1. Der Cnsarenivahiisifui dcr Julisch-Clnudischcn Iniperntnren- Familie, Hanovre, 187").

2. M. Lacassagne, positiviste de sifricte observance, a pris dans la théorie d'Auguste Comte ce qu'il y a de pkis faux et ce que Littré, médecin, a dû rejeter, la-classificalion frontale, occipitale et pariétale, empruntée à Gall.

3. Maurice Beaujeu, Psychologie des premiers Césars, p. 1. — Dusolier, Psijc/iolor/ie des dernie/'s Valois, p. 4.

INTRODUCTION. CXXV

nécessité de rinlervenlion de la pathologie pour expliquer la psychologie des personnages historiques et de leurs actes, mais ils oublient trop que les médecins qui entreprennent de semblables travaux ne sauraient les Taire sans préparation.

Se basant sur l'élude des Césars de la famille d'Auguste, sur les antécédents héréditaires desquels nous n'avons aucun document sérieux, M. Beaujeu s'efforce de tracer « nettement le caractère de chacun des cinq premiers Césars » au moyen de « l'histoire d'abord » et de photographies des statues des musées de Rome « rapportées d'Italie par le professeur Lacassagne, et représentant « tous ces vivants de pierre plus « parlants que les mauvais chroniqueurs qui nous restent » '.

Les signes manifestes de folie chez les Césars proviennent, selon M. Beaujeu, d'une « folie partielle » (p. 51) qui est « une forme spéciale de la monomanie des grandeurs, la césarile, comme l'appelle le professeur Lacassagne ». Ce sont les instincts d'orgueil, de vanité, de besoin de domination qui s'hypertrophient sous l'influence d'une puissance sans borne et donnent naissance à cette forme spéciale de monomanie. La césarite a apparaît chez les empereurs au moment de leur arrivée au pouvoir et sous l'influence évidente de cette nouvelle position sociale » et dans l'éclosion de cette maladie « l'hérédité est peu, le milieu est tout •> (p. 54, 55). L auteur ne fournit à l'appui de sa thèse aucune citation, c'est comme un article de médecine sans observations.

M. Dusolier, qui appartient à la même école, donne à l'hérédité nerveuse et psychopathique un rôle prédominant dans l'étude de l'histoire pathologique. Dans sa thèse. Psychologie des derniers Valois, il affirme que « les Valois ont subi cette loi fatale qui fait l'homme victime de son évolution.... Ils ont disparu, accablés sous le poids de leur hérédité... l'hérédité

1. « Nous avons va ég-alemcnt Moiisieiu^ Ampère cpiloguer et raisonner à perte de vue sur les visages de bustes (souvent très douteux) d'empereurs romains. Mais a-t-on bien le droit vraiment de tirer de pareilles conséquences des lignes d'un visage, fût-on le physiognomoniste par excellence, fût-on Lavater en personne? Ces sciences conjecturales, ces sciences à demi occultes sont-elles donc devenues comme la seconde vue de l'histoire? » (Sainte-Beuve, Nouveaux Lundis, t. Il, p. 153.)

CXXVI PATHOLOGIE HISTORIQUE

nerveuse et psychopathique grandie et accumulée en eux par tons leurs ancêtres ».

^lais cette lourde hérédité des Valois n'est nulle part étudiée par Fauteur, qui ne consulte aucun texte historique. Lorsqu'il arrive à conclure que les fautes commises par les derniers Valois sontdues à une dégénérescence, « conséquence de l'hérédité doublée de Tinfluence d'une éducation mauvaise et d'un milieu pervers », nous n'avons qu'à le croire sur parole, aucun document ne vient dans son ouvrage corroborer cette affirmation.

Quant à sa seconde conclusion, plus générale, que « toutes les dynasties royales dégénèrent et que la plupart des races privilégiées partagent le même sort », après lecture de son livre, elle reste à prouver. M. Dusolier n'admet pas l'influence des mariages consanguins sur la dégénérescence des familles royales et aristocratiques (p. 46).

Montrons tout ce que ces théories ont d'aventureux.

Toute dégénérescence d'une race ne peut être que le résultat d'une hérédité, et l'un des facteurs importants de l'hérédité est précisément les consanguinités des géniteurs.

« La consanguinité, a très bien dit Ribot [Héréd.^ p. 352), n'est qu'un mode de l'hérédité, mais elle l'élève à sa plus haute puissance. Elle joint à l'atavisme de la race celui de la famille, et elle réalise les plus complètes conditions de la loi des semblables. »

De cette définition ressortent les conclusions suivantes :

1° La consanguinité n'est, par elle-même, ni bienfaisante, ni malfaisante. Elle a simplement pour résultat d'exalter, chez le produit, les modalités (bonnes ou mauvaises) des deux facteurs.

2° C'est une loi déjà ancienne et bien établie que les modalités des deux facteurs s'additionnent dans les mariages non consanguins; elles se multiplient dans les mariages consanguins.

3° Si les facteurs sont sains, l'hérédité consanguine est bienfaisante (cf. les pêcheurs des îles de Batz et Brehat, dans Ballet. Soc. d'anthropologie, I-VI; etc.). . 4° Si les fadeurs sont morbides, deux cas à considérer :

INTRODUCTION. CXXVII

s'il y a consanguinité divergente (c'est-à-dire si l'un des facteurs est sain et l'autre pathologique), le résultat varie avec la puissance réciproque mutuelle de chacun des deux facteurs; — s'il y a consanguinité convergente (c'est-à-dire si les deux facteurs sont pathologiques), l'hérédité morbide tend à suivre une progression géométrique (Meynert) alors que dans les mêmes conditions la progression serait simplement arithmétique pour un mariage non consanguin.

5" Le principe de pathologie générale que la cause prédisposante et la cause occasionnelle sont inversement proportionnelles l'une à l'autre, régit également la consanguinité. La même résultante morbide peut être indifféremment obtenue soit avec une consanguinité forte accompagnée d'une déterminante morbide faible, — soit avec une consanguinité faible jointe à un état morbide fort.

C'est en appliquant ces données qu'il faut étudier la généalogie d'une race pour déterminer la marche de son évolution, qui peut être régressive^ mais aussi progressive.

Prenons l'exemple des sept générations des ducs de Bourbon depuis Robert de Clermont, tige de la dynastie, jusqu'au vn^ duc avec lequel s'éteint la lignée mâle, et relevons dans les familles tous les cas qui ressortissent à la neuropathologie.

§ 1. Première génération. Robert de Clermont (1'256-1318), fils de Saint Louis et de sa femme Marguerite de Provence. Folie traumatique. (Voy. l'étude détaillée de Robert de Clermont ci-dessous, livre II, chap. xni, p. 411-417.)

Epouse Béatrix de Bourbon.

§ 2. Deuxième génération. Louis I^"" duc de Bourbon dit te Boiteux (1279-1342). Pas d'autre renseignement pathologique que l'arthritismc indiqué par une source postérieure (Olivier de la Marche, éd. Beaune, 1883; I, 180 et IV, 214 : u Le duc Loys de Bourbon fut impotent de goûtes »).

§ 3. Troisième génération. Pierre T'' duc de Bourbon (1311 — tué à Poitiers en 1356).

CXXVIII PATHOLOGIE HISTORIQUE

A. Sœur : Jeanne de Bourbon (1310-1402) épouse (1318) Guy VII comte de Forez. — Fils : Jean II de Forez (1343-1372). Prend part à l'âge de dix-neuf ans (1362) à la bataille de Briguais où les routiers dits Tard-venus défirent l'armée des gentilshommes de l'Auvergne et du Lyonnais commandée par son oncle maternel Jacques de Bourbon comte de la Marche. Le frère aîné de Jean II, Louis de Forez, — son oncle Jacques de Bourbon, — son cousin germain Pierre de la Marche périrent dans le combat. Lui-même fait prisonnier devint subitement fou (La Mure, Ilist. des ducs de Bourbon et des comtes de Forez, I, 453), et mourut incurable après dix années de maladie. Cf. la lettre de Charles V, en date du 12 novembre 1368, relative au renouvellement de la curatelle de Jean 11 :

Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, au bailli de Saint Jengou, ou à son lieutenant, salut. Nous avons entendu que nostre amé et féal cousiii le conte de Forest, auquel, pour le temps qu'il fu soubz aagé, fa pourveu de curateur, lequel qui est a présent aagié, est inse7icés et détenus de maladie, telle que il ne scet a présent gouverner sa terre et ses biens, dont il a plusieurs, et luy est neccessité de luy pourveoir de curateur ; pour quoy nous vous mandons, et pour ce que vous estes le plus prochain juge royal, commettons, que, se il vous appert nostre dit cousin estre en Testât dessus dit, tost et hastivement vous appeliez des plus prochains de son lignage, de ses féaulx et subgez, tant et tel nombre que vous veirez que bon sera, et par leur avis et conseil donnés, prenés et ordenés curateur à nostre dit cousin, tel, si convenable et si puissant qu'il sache garder, gouverner et deffendre le dit nostre cousin, sa Lerre, ses chasteaulx et ses biens, en gardant les solempnitez qui sont acoustumezà garder en tel cas ; de ce faire vous donnons povoir par ces présentes. Mandons et comandons à touz noz justiciers et subgez que à vous, en ce faisant, obéissent et entendent diligemment. Donné à Paris, le xn<" jour de novembre l'an de grâce mil trois cens soixante et huit, et de nostre règne le quint. — Es requestes de Tostel : N. de Cabour. — lletomesnil. » — Arcli. nat., P. 1371, c. 25, cité p. Chantelauze, d. LaMure, /. c, t. III, Preuves, p. 130-131, n» 105 bis.

La Mure a noté la faiblesse et imbécillité d'esprit du prince : Sorti du combat sain et sauf, « il eut pourtant le cœur outré d'un si grand déplaisir de tant d'accidents survenus à la maison de Bourbon, de Forez et de Beaujeu en cette malheureuse journée, qu'il tom.ba bientôt après en un délire qui lui causa

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une faiblesse et imbécillité d'esprit qui lui demeura le reste de sa vie. » (La Mure, Ilisl. des ducs de Bourbon et des comtes de Forez, t. I, p. 443.)

Sur cette melancholia atlonita cf. Régis, p. 196 ; — Krafï't Ebing, p. 372 ; — Féré, p. 287-298; — Griesinger, p. 198.

B. Frère : Jacques de Bourbon comte de la Marche (tué à Briguais en 1362), épouse Jeanne de Châtillon, De ce mariage Jean /"" comte de la Marche, dont les trois enfants (Louis de Vendôme, — Anne de Bourbon, — Charlotte de Bourbon) nécessitent une mention spéciale :

1. Louis de Bourbon (f 1446) ambassadeur de Charles VII en Angleterre. Sur son état mental cf. Chaslellain, éd. Kervyn, II, 175 : « Fu avecques les autres Francoys en la bataille d'Azincourt pris, et emmené en Angleterre; dont, party depuis, fut fait grand maistre d'hostel du roy, et soy exposant pluseurs fois es faits de la guerre, y acquist la renommée de ses semblables. Souvent se trouvoit en ambassades çà et là pour cause de ses vieux jours et que beaucoup avoit vu. Aucun rain toutesvoyes tenoit de folie, mais en aucuns endroits de grant et meur sens qui vainquoit l'imparfait. »

A noter que le fils de ce déséquilibré, Jean II de Vendôme ( -j- 1 477), est le trisaïeul du roi de France Henri IV (par François de Vendôme,*}- 1495, — Charles de Vendôme, f 1538, — Antoine de Bourbon duc de Vendôme et roi de Navarre, •\- 1562).

2. Anne de Bourbon (-}- 1404) épouse Louis le Barbu duc de Bavière. Leur fils Louis dit le Bossu {Gibbosus), j 1445. Bossu par devant et par derrière, scrofuleux (Ferrago hist. ap. Oefele, t. II, an 1440: «... gibboso et strumoso »), meurt phtisique à l'âge de quarante-cinq ans. Intelligent, rusé, malfaisant, fait la guerre à son père et le met en prison à l'âge de soixante-dix-neuf ans (Arnpeck, cap. Lx : u Thesauroshincinde condidit Lud. Barbalus quo postea filius eius Lud. Gibbosus ipse vivente conquisive patrique rcstitit in guerris... »)'.

3. Chariot le de Bourbon [j- 1434), épouse (1409) Jean II roi de Chypre, d'où Jean III, roi de Chypre (-j- 1458) et Anne de Chypre (f 1462).

1. M. Bracliel comptait, on le voit par ses notes, faire encore des recherches sur Louis le Bossu, ce qui ne lui a pas été possible.

CXXX PATHOLOGIE HISTORIQUP:.

Du mariage de Jean III avec Hélène Paléologue, une fille : Charlotte d'Antioche (reine de Chypre ; f 1487). Elle épousa en premières noces Jean de Portugal, mort en 1457, et en secondes noces Louis de Savoie. Dépouillée en 1464, Charlotte se retira à Rome en 1475. Elle « fit une donation [du royaume de Chypre à Charles de Savoie]... en TÉglise de saint Pierre le 25 février 1485... Enfin Charlotte après tant de maux et de déplaisirs, fat atteinte tfane paralysie^ dont ayant été affligée pendant quelques mois, elle se fit porter en la chapelle du Pape... où... elle confirma la môme donation, et mourut depuis le seizième de juillet MCCCCLXXXVII... » (Guichenon, Ilist. généal. de la maison de Savoie, Turin, 1778, II, l'20).

Du mariage d'Anne de Chypre (1433) avec Louis P'' de Savoie : Amédée IX duc de Savoie (1435-1472) mort à trentesept ans, en état de démence épileptique. Acta SS. (p. 878, Amédée le Pieux, 30 mars) : « Angelum dixisses nisi hominem et humanis infirmitatibus obnoxium indicasset morbus epilepticus.... » Date de Tapparition de Tépilepsie : 1467 selon Cristoforo da Soldo {Istoria Bresciana dans Muratori SS. XXI, 906], — 1469 d'après Menabrea [Académie royale de Savoie, 1857, documents, p. 17). Pas d'indication chronologique dans Guichenon (II, 131).

Pour l'état démentiel du prince, nous renvoyons aux aveux officiels de sa veuve la duchesse Yolande, publiés par Menabrea dans les Mémoires de f Académie royale de Savoie, J857, t. I, p. 31 [Registres des choses faictes par très haulte et très excellente dame et princesse madame Votant de France duchesse de Savoie par le temps que elle a heu le gouvernement et administracion de tous les pays et Seigneuries de Savoy e) :

« Et que depuys ledit trépas et encoure par avant vivant mon dit seigneur le duc Ame son feu mary, a cause mesmement de la indisposition corporelle dycelluy ma dite dame ait eu comme encoures de présent a l'administration gouvernement charge et conduyte de tous et chescun les pays provinces citez terres et seigneuries de la 1res puissante et très noble maison de Savoye tant de ca que de la les montz et mesmement des seigneuries que lenoit et possedoit a leure de son trépas mon dit seigneur le duc Ame son feu mary. Et lesquelles terres et seigneuries ou temps et heure que ma dite dame eu j)risL l'administration et gouvernement estoient en si grand et

INTRODUCTION. CXXXI

merveilleux troul)le et décadence comme il est a chescun notoire, et non seulement ou temps du trépas de mon dit seigneur le duc Ame, mais par avant assez, et des la vie de feu de bonne mémoire monseigneur le duc Loys père de mon dit seigneur le duc Ame. Ce non obstant durant le temps d'icelle administration et gouvernement pris par ma dite dame, tant durant la vie de mon dit seigneur le duc Ame qui pour certains bons regars et causes raisonables mesmement pour la indisposition de sa personne comme dit est, bailla pour aucun temps à ma dite dame lesdites administration et gouvernement. Comme aussy depuis son trépas, tant rien, au regard du surplus. Neantmeins a tousjours continuelement mondit seigneur le duc Ame tant qu'il a este en la seigneurie ducale, par le moyen et industrie de ma dite dame, qui comme dit est luy vivant pour la indisposition de sa personne, avoit, et par force lui falloit avoir la charge du gouvernement, aussy bien que maintenent, et successivement après son trépas, icelle pour et ou nom de mondit seigneur son fdz continuelement entretenu et maintenu, et encour de présent entretient et maintient ung bel grand et honourable estât, fourny et accomply de toutes gens destat, qui appertiennent a lestât dung tel prince et seigneur quest mondit seigneur le duc son fdz.

Et après aucun espace de temps par le plaisir de Dieu mondit seigneur le duc Ame grève et oppresse de la griesve et incurable maladie qu'il avait longtemps garde comme chescun scet passa de ceste vie mortelle et rendit lame a Dieu. »

§ 4. Quatrième génération. Louis II duc de Bourbon (1337- 1410). Son panégyriste et contemporain Jehan de Chateaumorand nous a transmis (parla plume de Cabaret d'Orville) le souvenir de quelques-unes des bizarreries de Louis « le Bon ». Cf. Chronique du bon duc Loys de Bourbon, éd. Chazaud. 1876, p. 27l>-273.

LXXXVII. Comment l'acteur commande fort la pacience du duc Loys et la belle vie qu'il menoit.

Au duc Loys de Bourbon souvenoit bien (jue l'homme saige doit estre en péril asseuré, paoureux en prospérité, et ferme en adversité ; et pour ce des choses qu'il véoit estre advenues ou royaume par misérable fortune, tant ou chief qui estoit le roi, comme au frère d'icellui, le duc d'Orléans, son nepveu, estant occis si villainement, paciemment portoit sa douleur, et regracioit Dieu de tout. Et en espérant que Dieu de sa grâce, envoyast au roi })lénière santé, demouroit le duc à Paris, ou il faisoit faire souvent processions, et donner aulmosnes aux pouvres, et se travailloit moult d'aller et venir aux seigneurs, si ([ue rumour ne fust entre eulx, de laquelle fort se

GXXXII PATHOLOGIE HISTORIQUE.

doubtoit, que le royaulme n'empirast. Et estant en celle attente tenoit lors le duc grant tinel à Paris, en son liostel de Bourbon, ainsi que bien Favoit acoustumé de tout temps, et estoient bien receus quelconques gens qui venoient. Et advint quant le roi estoit malade, qu'il ne tenoit point de court, et tous ceulx qui venoient à la court du roi ou rien ne trouvoient appareillé disoient : « Allons « nous dîner à l'hostel du duc de Bourbon, et nous y serons bien « venus. » Ainsi les nobles hommes et officiers venoient léans, dont le duc estoit moult joyeulx, et les recepvoit on liement. Or avoit le duc de Bourbon une coustume qui est digne d'estre réputée belle : car il vouloit que les hommes, selon leurs honneurs, fussent assis et servis grandement, et bien y avoit officiers en cellui liostel qui le savoient faire, dont le duc s'esléessoit en les véant ainsi par ordre ; et voulentiers mangeoit en tinel, pour veoir celle compaignie. Et pour ce que nul n'entendist se non à ce pour quoi séoit à table, c'estoit à estre bien aise, il vouloit que nul ne parlast, et affin que plus grande silence fust tenue, lui estant à table, avoit ordonné que devant lui ne fussent nulles gens, ou pou, se non ceulx qui estoient ordonnés à le servir, c'est assavoir le pannelier, feschançon, l'escuyer tranchant, et Baudesquin Meschin, le bon mestre d'hostel, qui de tout se prenoit garde. Et pour ce que nul ne l'occupast en son mangier, aux deux bouts de sa table estoient barres closes, si que on ne peust passer au derrière de lui pour tourber son entendement ; et pour estre plus ententif aux grans affaires que il avoit au royaume, tant en conseil comme es autres choses, dont il savoit bien venir à fin, et pour avoir plus haulte mémoire, faisoit lire à son disner continuellement les gestes des très-renommés princes, jadis rois de France, et d'aultres dignes d'honneur, et en ce se délectoit après le service divin, duquel l'office il disoit très révéremment. Et le disner estre fait, grâces dictes à Dieu, s'en partoit chascun, et après retournoient souvent. Si dura si longuement ceste dance, que le duc de Bourbon se trouva bien endebté de soixante mille frans d'or qu'il debvoit à Paris, car les marchans lui deslivroient ce qu'il demandoit, pour ce qu'ils le savoient preudhomme, et poyoit voulentiers.

Celte « chronique ofFicielle, légende un peu flattée, mais sincère après tout de Louis de Bourbon » (Chazaud, p. xxi) nous renseigne avec la même précision sur l'affection mentale qui frappa le « joyeux » duc en l'année 1409 et à laquelle il succomba après une année d'état psychopathique [Chronique du bon duc Loijs, éd. Chazaud, p. '293 : a L'an quatre cens neuf, le duc Loys de Bourbon qui estoit lies lionis ei Joyeulx, print une grande mélancolie en sa teste, qui lui avança bien sa mort, car oncques puis n'ot guères de joye, tant qu'il en perdoit le dormir, qui fort l'affoiblit »).

INTRODUCTION. CXXXIII

A. Sœur : Jeanne de Bourbon (1338-1378) épouse (1350) le Dauphin Charles qui devint en 1364 le roi de France Charles V. A l'âge de trente-cinc} ans, état de folie qui dure environ un an. Historiens et médecins ont ignoré la folie de cette princesse, et n'ont pas remarqué le texte qui nous autorise à établir son existence et que nous donnons cidessous en étudiant Jeanne de Bourbon (Cf. liv. IIl, chap. i). Fils : Charles VI, roi de France Fou (Voy. pour l'étude détaillée liv. III).

§ 5. Cinquième génération. Jean I" duc de Bourbon (1381- 1433) fait prisonnier à Azincourt et mort à Londres des suites d'une affection chronique non définie et consécutive aux souffrances endurées pendant sa captivité (Lettres patentes du roi de France en date de juillet 1429, cf. Vallet de Viriville dans Chantelauze, loc. cit., II, 132 : a Pour ce est-il que nous, ayans en nostre cuer compassion pour la maladie qui tant l'a détenu, espérons que l'air de sa nacion plus tost que ailleurs vendra à convalescence... »).

§ 6. Sixième génération. Charles I" duc de Bourbon (1401- 1456). Arthritisme (Chastellain, éd. Kervyn, II, 165 : » Il languist martir doloreux tout impotent de goûtes, es quelles, après les avoir portées bien long terme, mourut bien renommé chevalier, le plus facondeux de son temps )>).

A. Frère : Louis de Bourbon comte de Montpensier. Sur son état mental cf. Chastellain, éd. Kervyn, II, 165 :

« Montpensier en povrelé de gros sens, sagement toutesvoyes conduysi ce qu'avoit de possession. Sy advint une fois un conte de luy, (lu tem]3s des guerres, Ijien estrange ; car avoit un roulier ({ui avoit enfraint son sauf-conduit par aucune manière de dérision de sa personne, pensant qu'en luy n'avoit que mesprendre, pour ce que réputé cstoU à fol et à lourclnii. Sy advint que pris fut, car le fit quérir partout, et lantost, comme courcié de telle injure, luy vouloit donner punition condigne au cas. Or estoit ce routier homme moult anié et renonnné entre les princes ; par quoy le duc de Bour'^on son frère prya très-instamment. Sy lit le duc d'Alenchon aussi ; lesquels tous n'y porent riens ac({uester ; mais pensoient que à monseigneur le Daulphin [le futur Louiîi A'/] ne Foseroit refuser, prémis qu'il voulsist prier pour luy. Sy en fit ledit monseigneur le Daulphin sou

GXXXIV PATHOLOGIE HISTORIQUE.

pouvoir ; mais pareillement comme ils avoient esté refusés, sy fut-il. Sy vint le roy [Charles VIF) au derrenier, et en fit sa requeste aussi ; mais à conclure brief, ne pour roy, ne pour roc il ne se voult onques souffrir remonstrer, ne vaincre, que fmablement il ne convenist que. celuy qui luy avoit fait celle enfrainte, ne portast la punition, telle comme il la voudroit ordonner. Par quoy, comme un folastre obstiné en sa folie, fut laissé (et [on fut] despité d'en avoir tant prié), lequel à coup fit flestrir ledit routier en son front d'un séel ardant, et ce fait le laissa aller. Parquoy le roy dist alors que /)ar saint Jehan il faisait mauvais cheoir en main de fols. »

Son fils Gilbert de Bourbon comte de Montpensier (y 1496) fut le père de Charles duc de Bourbon, Texcentrique connétable de l^Vance (f 1527) tué devant Rome.

§ 7. Septième génération. Jean II duc de Bourbon (1426- 1488). Arthritisme. Sur l'état d'impotence du duc consécutif à la goutte cf. Instructions adressées par Chartes VIII au duc de Bourbon en date du 10 juin 1486 d. Godefroy, Preuves de Vllist. de Chartes VIII : « Et cependant que mondit seigneur de Bourbon ne peut sitost et prestement venir, le roy luy prie que, en toute dilligence, il fasse marcher sa compagnie et l'envoyé pour accompagner le Roy — » Son contemporain Jalligny, secrétaire du frère cadet du duc de Bourbon, dépeint ce dernier comme « fort goûteux et malaisé de sa personne » (Jalligny, Ilist. de Cliarles VIII d. Godefroy, p. 92).

A. Frère. Charles, cardinal de Bourbon (1434-1488). Mort consécutive à une attaque d'apoplexie (cf. Péricaud, Notice sur te Cardinal de Bourbon, Revue du Lyonnais, juillet 1855, p. 328). Sur la sénilité précoce de ce prélat aux mœurs relâchées cf. les remarques du familier de la Maison de Bourbon (dont nous venons de citer le nom) Guillaume de Jalligny [Ilist. de Chartes VIII, d. Godefroy, p. 47).

Commynes nous a transmis le jugement de Louis XI sur le genre d'austérité du cardinal. On sait que le roi (médiocre politique en ce point) choisissait de préférence les occasions publiques pour exercer sur son entourage sa redoutable causticité (« Ma langue m'a porté grant dommaige, aussi m'a elle faict quelquefois du plaisir beaucoup » ^).

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