Ribot, Hérédité psychologique, p
INTRODUCTION. GLXXXI
L'étude du fils d'Agnès de Méranie ou de Pierre Chariot ne nous aide pas à comprendre Saint Louis ; le mélange de celle hérédité étrangère au sang de la maison de France transformerait ici la recherche de l'hérédité en un problème d analyse indéterminée^ le départ ne pouvant être fait entre ce qui ressortit à la maison de France ou à l'élément féminin étranger.
Les enfants des autres lits doivent être exclus, ne constituant qu'une demi-hérédité d'ailleurs cliniquement impossible à fixer.
Donc, ni bâtards royaux, ni demi-frères.
Exception est faite pour les bâtards royaux qui entrent postérieurement dans la maison de France, à titre de géniteurs, et deviennent un anneau nécessaire et légitime de la chaîne généalogique et directe.
Tel est le cas de l'ascendance du comte de Paris. Le Régent a épousé une bâtarde de Louis XIV qui était sa cousine germaine illégitime.
Louis XIII
Louis XIV Philippe (Monsieur)
Madame de Montespan
Françoise-Marie Le Régent Philippe d'Orléans
(Mlle de Blois)
Louis d'Orléans
Comte de Paris
Partie IL — Femmes. Nous écrivons l'histoire héréditaire des trente et une générations qui composent la maison de France, c'est-à-dire, comme nous l'avons dit plus haut, l'histoire du sang et non celle du nom.
Ne doivent donc figurer dans notre travail que ceux qui ont coopéré à la transmission héréditaire du sang en ligne directe ; donc seulement les femmes des trente et un mâles, de Robert le Fort au comte de Chambord.
En vertu de ce principe, sont exclues de celle étude :
1° Les femmes des autres lits ;
"2° Les concubines ;
3° Les femmes des collatéraux.
CLXXXII PATHOLOGIE HISTORIQUE
En ce qui concerne les femmes des autres lits et les concubines, en apparence, exception est faite pour Éléonore de Guyenne, pour Mme de Montespan. En réalité, ce n'est pas une exception, puisqu'elles ne sont pas citées à l'anamnèse du roi leur mari ou leur amant, mais à celle de la fille qui entre dans la maison de France.
l^'" cas (c'est le seul qu'on doive faire entrer en ligne de compte). — La concubine entre par ses enfants nés du roi dans l'histoire biologique subséquente de la maison de France ; ainsi il est impossible de faire l'histoire biologique du comte de Paris (-J- 1894) sans tenir compte de Mme de Montespan (tableau p. CLXXXt).
2^ cas. — On ne peut faire entrer dans le cas ci-dessus, celui 011 la concubine entre dans l'histoire biologique de la maison de France, non par ses enfants nés du roi, mais par des enfants nés antérieurement de son mari légitime. Tel est le cas de Bertrade d'Anjou, femme de Foulque, concubine de Philippe P""; les deux enfants qu'elle a eus du roi ne sont pour rien dans l'hérédité de la maison de France, mais le fils qu'a eu Bertrade de son mari le comte d'Anjou, Foulque le Réchin, est doublement l'aïeul de saint Louis, étant à la fois l'aïeul de Blanche de Castille et de Louis VIII, père et mère de saint Louis. C'est donc comme une comtesse d'Anjou, non comme concubine du roi de France, que Bertrade a sa place dans notre étude.
Bertrade Foulque le Réchin
Foulque V
Plantagenêt Sibylle
Elisabeth ép. Philippe- Auguste
Blanche c
e Castille Louis VIII
Saint Louis
3° cas (qui se ramène au précédent). — Une femme du premier lit, répudiée, se remarie et, par les enfants de son
INTRODUCTION. CLXXXIIf
deuxième mari, entre dans l'histoire de la maison de France. C'est le cas d'Éléonore de Guyenne. Répudiée par le roi de France, Louis VII, elle épouse le roi Henri II d'Angleterre, et leur petite-fdle épouse le petit-fils de son premier mari.
Eléonore de Guyenne Louis VII
Henri II
Eléonore d'Angleterre 1 hilippe-Auguste
Alphonse de Gastille
Blanche de Gastille Louis VIII
Saint Louis
La femme du collatéral peut : A. être stérile; B. avoir des enfants. Dans le premier cas, son anamnèse est nulle pour rhéritier direct de la maison de France. Par exemple, la femme de Louis XVIII, qui n'apporte rien à la connaissance héréditaire du comte de Chambord.
Dans le second cas, la femme apporte un facteur héréditaire nouveau (cf. Ribot, Hérédité)^ et qui ne sert à rien pour éclairer l'hérédité du descendant en ligne directe.
Gullerre, Traité clelaFolie^ p. 129 : « Il y a hérédité atavique quand un enfant hérite des dispositions morbides de ses ancêtres^ ses parents étant indemnes. Dans l'hérédité collatérale, les parents sont encore indemnes: c'est chez les oncles et les tantes, les frères et les sœurs qu'on retrouve la tare morbide dont le malade est lui-même victime. Au fond T hérédité collatérale n'est qu'une forme de Ihérédité atavique, un ancêtre commun, resté inconnu, ayant transmis à l'oncle, puis au neveu, une même prédisposition morbide. »
Cette hérédité collatérale — fragments de miroir brisé — est pure chez le frère ou la sœur. Elle s'altère chez le fils de ceux-ci, puisque, par l'entrée d'un nouveau géniteur, il y a un facteur étranger à la maison de France.
On ne peut donc faire entrer en ligne de compte que l'hérédité collatérale directe (frères, sœurs), ou ascendante (oncles, tantes). L'hérédité collatérale descendante est entachée d'éléments étrangers qui rendent impossible de décider si le trouble morbide affectant ressort à l'hérédité de la maison de
CLXXXIV PATHOLOGIE HISTORIQUE
France ou au nouveau géniteur. Par conséquent, Thérédité collatérale descendante ne peut être utilisée avec sécurité.
§ 2. — Nombre des personnages qui composeront l'étude de la maison de France.
Quel nombre exact d'ascendants représentent ces trente générations, quel nombre THistoire nous en fournit-elle?
Théoriquement, rien de plus aisé à calculer exactement que le nombre des ascendants d'une seule génération donnée H„ par la formule connue H„ = 2°~^ ; et la somme des ascendants de toutes les générations est donnée par la formule 'i[H„-l] = 2[2"-'-l].
Le comte de Chambord représentant la 31 "^ génération de Robert le Fort, le nombre total de ceux qui, en mille ans, ont contribué à sa formation, depuis 852 jusqu'en 1820, est exactement de 2.147.483.646 ^
Si au lieu de prendre l'ensemble maximum des ascendants, nous nous restreignons à la limite minima, c'est-à-dire aux seuls parents immédiats de la femme pour chaque génération (exception faite de la génération souche qui est à la limite de notre connaissance historique et dont l'origine est donnée comme inconnue), on obtient le tableau suivant, A désignant le mari, B la femme, PM le père et la mère de cette dernière :
\ ^^ génération
2^ génération.
3*^ génération.
On voit que la formule pour la génération H„ sera Hq =4(n — 1) — 2. Le comte de Chambord, étant à la3P géné-
1. Nos calculs sont, naturellement, modifiés par les mariages consanguins.
INTRODUCTION. CLXXXV
ration, aura donc derrière lui (4x30) — 2= 118 ascendants. L'abondance de la documentation historique nous a heureusement permis de dépasser cette limite et de remonter plus loin que les parents immédiats de la femme. Pour les 31 générations de la maison de France, nous avons pu reconstituer environ 560 ascendants.
La partie de mon travail que je présente actuellement comprend la période de Robert le Fort à la fin des Valois directs.
En refaisant le calcul ci-dessus pour Louis XI qui représente la 20'^ génération de Robert le Fort, nous obtenons comme nombre total de ceux qui ont contribué à sa formation (depuis 852 à 1423) : 1.048.574. En nous restreignant à la limite minima, Louis XI aura derrière lui (4x19) — 2 r= 74 ascendants. La documentation historique nous a permis de ramener à la vie pathologique (jusqu'à la fin des Valois directs) environ 350 personnages, ce qui constitue déjà la documentation la plus considérable que possède la clinique sur une famille humaine suivie pendant plus de six siècles.
§ 3. — Loi de la dissolution de l'hérédité. Nous l'ignorons. Galton a essayé de l'établir par la formule î{=z — -\----\- la fraction -^ représentant les parents,
— les grands-parents, — les arrière-grands-parents, etc. , et à la 4 o
TI
n génération (à l'infini) —, appuyant son travail sur les bassets
anglais dont il a fait une étude spéciale ^ Dans cette loi mathématique, il considère les caractères comme abstraits, tandis qu'ils sont des forces réelles luttant entre elles, ayant leur striiggle for life.
SilaloiH = — + '\~~, était vraie, on ne verrait pas le
sexdigitalisme réapparaître au bout de cinq générations, après en avoir sauté quatre, puisque ce trait à la cinquième