CHAPITRE PREMIER GRAND'MÈRE PATERNELLE
ANAMNÈSE PATERNELLE
§ 1 . Elisabeth de Bavière ^Isabeau) (1370-1435). Fille de Stephan III, duc de Bavière-Ingolstadt, et de Taddea Visconti de Milan. Épouse (1385) Charles VI, roi de France.
§ 2. Pour la constitution de la formule biologique d'Elisabeth de Bavière nous aurons à considérer successivement :
A. L'anamnèse héréditaire : — 1. Paternelle (Stephan III, cf. le présent chapitre). — 2. Maternelle (Taddea Visconti, cf. ci-dessous Chap. II).
B. L'anamnèse personnelle (cf. ci-dessous Chap. III).
§ 3. Hérédité Paternelle. — Elle comprend les sept premières générations de la Maison de Wittelsbach depuis Otto I, fondateur de la dynastie (1180), jusqu'à Elisabeth (1370).
Comme nous l'avons déjà dit dans V Introduction^ nous répétons que nous n'avons nullement à faire ici l'histoire médicale de la dynastie de Wittelsbach .
Nous nous limitons exclusivement à la reconstitution des anamnestiques d'Isabeau, dans l'ascendance directe^ laissant décote ceux des ascendants collatéraux qui n'apportent rien à l'anamnèse héréditaire de la reine de France.
Nous nous conformons pour l'ordre de la recherche au tableau généalogique ci-contre :
Otto I de Wittelsbach, duc de Bavière, f 1183.
Louis I, le Kclheimer, f 1231
Otto II, der Erlauchte, f 1233.
Louis II, le Sévère, f 1294.
Louis IV, empereur, f 1347,
Etienne I
Etienne III d'Ingolstadt, ]■ 1413.
Isabeau.
Charles VIL
Louis XL
ISABEAU DE BAVIEHE.
Section 1. — Première génération.
5^ 1. Otto I de JWiUelsbach (1120-1183). Quand le duc de Bavière Henri le Lion eut été mis au ban de Tempire comme vassal rebelle (1179) par Tempereur Frédéric Barberousse, ce souverain donna l'investiture du duché à l'un de ses fidèles, Otto, comte palatin de Wittelsbach — (« Imperatori et Imperio maxime fîdus et ab Imperatore non modice dilectus », De rébus Laudensibiis Mon. SS, XVIII, 641) — qui devint duc de Bavière en 1180.
§ 2. État somatiqiie :
A. Antécédents phijsiologiques . Habitus extérieur : « Otto, comes palalinus de Guitelenspac, erat magne stature, formosa et spissa membra habens, etc.... longis capillis quasi nigris, oculis magnis, facie longa et quasi rubicunda. » Acerbi Morenae Continuation Mon. SS, XVIII, 641.)
B. Antécédents pathologiques. Pas de renseignements.
§ 3. Mort. Otto I meurt à PfuUendorf i^près de Constance) à l'âge de soixante-trois ans consécutivement à une maladie non définie {Calendarium Weifienstepli. d. Meichelbeck Ilistoria Frisingensis, I, 369 : « Eodem anno dux illustrissimus Bojoariae et Pater patriae cum imperatore in Suevia constitutus V Id., Julii defunctus est. » — Annales Schirenses d. l'éd. d'Aventin de Riezler, I, 15 : « A. 1183. Oto dux Boiorum antea comes Palatinus de Witeleinespach, advocatus Schirenis coenobii, exhacvita migrât, relicto infante Ludovico. » — Cf. en outre OEfele Scriptores reruni Boïcarum^ I, 496, 583).
§ 4. État psychique. Mon. SS. /. c. p. 641 : u Severus, sapiens et in consiliis providus et in bello fortissimus ». Sur la psychologie de l'énergique, habile et ambitieux fondateur de la nouvelle dynastie bavaroise, cf. Riezler, Gesch. Daierns, t. II, p. 17.
Section 2. — Deuxième génération.
§1. Louis I dit /e/i:e//îe//7?er (1175-1231).
§ 2. Etat soma tique :
A. Antécédents pathologiques. Pas de renseignements.
B. Mort. Assassiné à Kelheim à l'âge de cinquante-six ans. Annales Schirenses^éâ. Riezler, I, 16 : « Ann. 1231. Ludovicus dux Boiariae, filius Otonis, in Kelheim a quodam morione (quem naturalem fatuum vulgo vocant) interficitur Schiraeque sepelitur. » — Aventin, Annales ducum Boiariae, éd. Riezler, II, 264 : « Proximo deinceps anno Litavicus regulus Boiorum Chelamis, dum post coenam in ponte déambulât, a morione quem per ludum incessebal, cultello letali vulnere sauciatur moxque in conspectu omnium aulicorum exanimatus, corruit, etc.. » (Sur les sources d'Aventin, cf. la note de Riezler, p. 265).
§ 3. État psychique. Normal (Veit Arnpeck Chronicon Ba- Joariae d. Pez Thésaurus anecdotorum novissimus, III, c, 266 : « Fere tota Bavaria commota ob necemtanti viri et principis omnibus dilecti »).
Section 3. — Troisième génération.
§ 1. Otto 11(1206-1253) dit V Illustre (derErlauchte, illustris, — surnom qui n'est ici, comme l'a noté Dittmar, p. 28, qu'un simple titre de courtoisie).
î:^ 2. Etat somatique :
A. Antécédents pathologiques. Pas de renseignements.
B. Mort. Subite, consécutive à une attaque d'apoplexie. Ilermanni Altahensis Annales a. 1253 (Mon. SS. XVII, 396) :
ISABEAU DE HAMKRE. 7
« OUoigilur (lux, ab Tnnocenlio papa quarto excommunicatus, persequi cepit clerum : et mala malis addens,in vigilia Sancti Andrée apostoli, cum in sero cum uxore et familiaribus suis valde jocundus fuisset, presentem vitam subitanea morte finit. » — Veit Arnpeck (Pez III, c, 276) : « Dux Otto... siibiianea morte perciissus, excommunicatus, sine sacramentis diem obi vit ^ »
Les adversaires politiques d'Otto ne manquèrent point d'affirmer que cette attaque avait été provoquée, chez le duc, par un excès de boisson (mero ingiirgitatus est suffocatu§ d. Riezler, II, 99). Sur le mal fondé de cette affirmation, cf. Riezler, /. c. note 1.
§ 3. Éiat psychique. — Normal (Mannert t. I, p. 00; — Buchner, t. V, p. 122; —Riezler t. II, p. 99).
Section 4. — Quatrième génération.
§ 1. Louis II (1229-1294) dit te Sévère {der Strenge).
§ 2. Etat somalique :
A. Antécédents patliologiques. Pas de renseignements.
B. Mort. Consécutive à une affection chronique des testicules (tumeur testiculaire avec concomitance d'état hypocondriaque). — Aventin, Annales diiciim Boiariae, éd. Riezler, II, 356 : « Litavicus Boiorum regulus tum a caesare ad Rhenum accersitus, ut inter illum alque Albertum Austriacum pacem componeret, morbo (redumtaxat inchoata, necdum confecta) corripitur. genitalia intumuere; ipse pudore diu
1. Annales Schcfllarienses anno 1254 (Mon. SS. XVII, 344) : (( Otto diix Bavariae obiit siibi/o. »
Ctironica magni presbyteri a 1234 (Mon. SS. XVII, S29) : « Olto dux Bavariae obiit main morte. »
Annales Pruveningcnses (Mon. SS. XVII, 007) : « 1253. Ollo dux Bavariae subitanea morte mortuus invenitur. »
languorem tegit. deinde perfricata fronle, sero tamen medicos consulit. ubi desperavit salutem, annulum pronubum uxori, quae in Boiariadegebat miltit, eam vivere atque valere etconiugii memorem esse iubet. testamento cavet, ne haeredes extra ordinem Iribulis monachos, mystas onerent, migravit ex bac vita Haedulobergomi, in eodem cubiculo, m quonatus, kalendis Februarii, anno christianae salutis 1294, vitae quinto ac sexagesimo, potestatis quadragesimo super menses duos, corpus translatum Furtoveltas, sepultuin in conditorio Annae coniugis, Litavici, fibi, caeterorum Ijberorum. » — Sur les sources d'Aven tin pour la mort de Lcuis II, cf. Riezler, /. c, note 15, et t. III, p. 585. (Cf. en oatre les Notae Fuerslenfeldes de Diicihiis Bavariae. Mon. S S. XXIV, 74 : c( 1293. Interea dum senior... dux Ludovicus gravem incurrit infirmitatem et invalescente morbo diem clausit extremum. »)
Pour l'état bypocondriaque terminal, voy. ci-dessous, § 3. — L'hydrocèle ne pouvant constituer une atïection chronique mortelle, le diagnostic par exclusion est limité entre une tumeur maligne (cancer du testicule) et une tuberculose testiculaire (que l'ancienne médecine définissait comme un processus scrofuleux). Sur la tuberculose des organes génitaux, cf. Strauss, La tuberculose et son bacille, 1895, p. 620.
§ 3. Etat psychique. Riezler a mis en lumière (II, 166-167) la valeur politique et militaire de Louis II. Au point de vue du caractère il faut toutefois relever chez ce fils d'apoplectique certains traits d'impulsivité morbide. La folle violence et l'emportement de Louis sont amplement établis par le meurtre auquel ce prince est redevable de son surnom {der Strenge). On sait qu'en 1256 le duc (alors âgé de vingt-sept ans) ab irato et sur un simple soupçon fit décapiter sans jugement sa jeune femme, Marie de Brabant, par la main du bourreau. (Hermanni Altahensis Annales a. 1256, Mon. SS. XVII, 397 : « Ludovicus dux comes palatinus Rheni dominam Mariam uxorem suam, suspectam habensde adulterio, 15 kal. Februarii praecepit decollari. ^) — Annales Ilalesbrunnenses majores, Pertz, XXIV, 44 : « A. D. 125(). Ludwicus comes Palatinus Reni, dux Bavariae, dominam IMariam uxorem suam in Wer-
TSABEAU DE BAVIERE. !)
dea decapitari jussit. Miserai enim ipsa duas litteras, unam duci qui tune in parlibus Reni crat, alteram Heinrico comili llyrsuto, que eciam ex errore présenta ta fuit marito proprio. »)
Riezler (II, 110-111), Dittmar (p. 29) ont lait ressortir l'exactitude de cette brève version des chroniqueurs contemporains. Brodant sur ces courts détails, les historiens postérieurs n'ont point hésité à quadrupler le nombre des victimes de la fureur du duc. Rodolphe Reuss a montré le peu de fondement de ces amplifications légendaires ^
Sortant bien à tort de son domaine, l'éminent historien bavarois a voulu donner de l'acte de Louis le Sévère une explication physiologique. Il voit dans l'acte du duc une explosion de atavisticher Barbarei. C'est de la pathologie à la Michelet ; il est anti-scientifique de faire de l'hypothèse sur l'étiologie inconnue, tant que n'ont point été fixées la symptomatologie et l'anamnèse tant personnelle qu'héréditaire. Or, le diagnostic symptomatique indique seulement, comme état du système cérébro-spinal, chez Louis une absence d'inhibition sur ses réflexes et une action insuffisante des centres
1 Cf. Aventin, Annales duciini Boiariae (éd. Riezler, II, 315) : « Dumque haec apud Rhenum fiunt, Maria, uxor Litavici, quae, ul dixi, cum Elissa regina Siciliae Vcrduni habitabat, binas literas, uno quidem anulo, diversa tamen caera, atra, rubra obsignatas, illas marito, altéras Heinrico Ruchoni decurioni eqiiestri, sécréta quaepiam continentes mittit. atque is, qui epistolas detulit, errore seductus rubra caera complicatas Litavico Iradit. qui lectis lileris amatoria agi suspicatus, confestim paucis comitatus, dissimulata re, relicto apud Rhenum exercitu, nemine salutato, quam maximis potest itineribus, ad uxoreni diu noctuque contendit, subito ac insperato adest. mox iracundia percitus,nec prece nec lachrymis sororis reginae movetur, absque cunctatione coniugem indicta causa adulterii condemnat, securi percuti iubet. postea veluti conscias Haelicam virginem Prennobergensem cultello confodit, foeminam admodum noljilem, cuius nomen non traditur, quam gynecio praefecerat, de turri praecipitari imperal. proditorem, qui istaec ad se detulit primum, ferro necavit. facta haec caedes in Suevia Verduni in arce 15 kalendas Februarii, anno Christi 1256. Rucho ubi hoc accepit, finibus excedil, literis at([ue tal)ulis ubique suam atque Mariae innocenliam praedicat, delatorum scelera al({ue flagitia conmcmorat. extat epigramma tum satis nitens, nunc vero nihil incultius. Litavicus ut coniugis mânes rite conderet, Furstoveltas extruxit, Cistertiensibus sacris dedicavit, ubi ipse cum iiliis et uxoribus situs est. »
modérateurs. L'acte accompli est donc un simple résultat de cet état du système nerveux de l'individu, et il est antiscientifique d'y découvrir la résurrection d'une habitude anceslrale.
Pour la dépression mélancolique qui marque les derniers temps de la vie de Louis II, même recherche de cause littéraire sans méthode. Le professeur Riezler y voit la preuve d'un remords tardif de son crime commis plus de trente-cinq ans avant, — le professeur Lorenz y voit un effet de son altbairischen Blutes.
Dans cette recherche étiologique, le clinicien procède à l'inverse du professeur d'Histoire. Une fois l'existence du fait établi, il se borne à déterminer les conditions de la production du phénomène, c'est-à-dire le germe et le terrain, — la forme provocatrice et la cause prédisposante.
Le grand aliéniste Krafft-Ebing a posé ce principe de psychologie que, chez les individus à tare héréditaire névropathique, porteurs d'affections chroniques des testicules, l'état hypocondriaque est un concomitant presque normal des localisations tant maligne que tuberculeuse de ces affections. Chez Louis II, fils et père d'apoplectiques, grand-père de fou (§3, p. 13), la cause prédisposante, tare névropathique, est très nette, et l'existence simultanée de la cause prédisposante (c'est-à-dire de la tare névropathique) et de la cause provocatrice (affection testiculaire terminale) nous permet de fixer scientifiquement l'étiologie de cette explosion hypocondriaque tardive : dépression mélancolique concomitante de l'affection testiculaire chez un prédisposé.
Section 5. — Cinquième génération.
§ 1. Louis IV (1284-1347) dit le Bavarois, empereur d'Allemagne (1314).
§ 2. Anamnèse collatérale. Frère aîné : Rodolphe I dit le Bègue (der Stammler) -]■ 1319.
ISABEAU DK BANlKHi:. U
A. Etat somaliqiie. Le bégaiement est une névrose sans vice de conformation de l'appareil phonateur. Cette dysarthrie d'origine centrale ressortit, pour la clinique, aux syndromes de la famille névropathique (cf. Blocq-Ononoff,
B. Antécédents pathologiques. Affection chronique non définie (1317-1319) avec concomitance d'affaissement psychique (Schmidt, p. 63, n. 1).
C. Mort. Rodolphe succombe après deux ans de maladie, âgé seulement de quarante-cinq ans. (Sur la date exacte de la mort que les Momimenta Boïca IX, 339 placent au 13 août 1319, cf. Riezler, II, 314.)
D. A noter, au point de vue clinique, l'imbécillité du fils de Rodolphe, Adolphe I le Niais (der Einfâltige) mort à l'âge de vingt et un ans (1306-1327).
§ 3. État somatiqiie.
A. Habitus extérieur. — Alb. Mussato, Liidovicus Bavants (Muratori, X, col. 784) : « Statura fuit gracili et procera, capillo subruffo, raroque. Acie vividi coloris semper ridenti, simili oculis caprinis. Naso peracuto ad os prono ac propinquo. Maxillis aequaliter carnosis. Mento tereti. Collo cervici et humeris congruenti. Lacertis, cruribus et pedibus staturae congruentibus. » — Henricus de Hervordia, Liber de rébus memorabilioribus (éd. Potthast, p. 271) : « Aliquantulum simus. » — Vita Ludovici (p. 153) : « naso proclivo ».
B. Antécédents physiologiques. Alb. Mussato (Id. ibid.) : <( Nimium lubricus. »