CHAPITRE
FORMULE BIOLOGIQUE D'ISABEAU {:SuUe).
ANAMNÈSE MATERNELLE
§ 1. Isabeaii de Bavière fille (cf. p. 1) de Taddea Visconti (née de Bernabô Visconti seigneur de Milan, et de Béatrice Regina délia Scala).
§ 2. Anamnèse personnelle de Taddea Visconti. Epouse (1364) Etienne III, duc de Bavière-Ingolstadt (Viti Arnpckhii Chronicon Bajoariae Pez III, c, 369, cap. 60 : « Hic Slephanus ex uxore sua Thadaea filia Barnabovis vicecomitis et principis Mediolanensis genuit filium Ludovicuni nomine et filiam dominam Elizabet. Defuncta prima uxore sua Thadaea Stephanus filiam comitis de Glivis in conjugem duxit, ex qua non procréa vit libcros * »). - Mort (1381). Pas de renseiments biologiques ^
§ 3. Anamnèse héréditaire de Taddea Visconti. Pour fintclligence de l'histoire anamnestique de la mère d'Isabeau le lecteur devra recourir au tableau généalogique ci-contre :
1. Aventinus Annales, Lib. VII, cap. 21 : u Eadcm tempestate Stephanus, filius Stephaiii, Thadeam, Bernabovis Mediolanensis filiam, uxoreni ducit. Dos fuit aurcuni nunimum, quos ducalos vocaut, ccntum millia. »
2. Compilatio reruni Boïcaruni (Oefelo II, 344) : u i38i. Obilt Domina Thadaea uxor diixis Stepliani et filia ducis Doniiiù Mediolanensis ». (De môme Oefele II, o08 b. simple mention de la mort.)
Maison de Visconti.
Maison des Scaligeri.
Matteo I, Visconti, f 1322.
Mastino II, f 1351,
Giovanni, Luchino,
Stefano, Cane III, Signorio, f 1375.
Matteo II, Galeazzo II, Bernabô, Regina della Scala,
Gian Galeazzo. Taddea,
ép. Etienne, duc de Bavière.
Valentina Visconti, ép. Louis d'Orléans.
Isabeau,
ép. Charles VI.
Charles VII.
Louis XI,
Section 1. — Hérédité Paternelle : Arrière-grand- père de Taddea Visconti.
§ 1. Matteo I Visconti dit le Grand (1250-13'22) seigneur de MUan :
A. Étal somaliqiie. Normal.
B. Mort. Matteo I meurt à l'âge de soixante-douze ans (1322) des suites d'une maladie non définie (G. Villani IX, 156). Le mystère dont les trois fils du Visconti entourèrent cette mort [Ann. Mediolanenses Muratori, XVI, 700 : « Mors praefati Matthaei fuit occultata per quindecim dies. Cadaver non fuit repertum ») accrédita dans le public la légende très infondée de l'empoisonnement.
C. État psychique. On sait que le génie politique du vieux gibelin força jusqu'à l'admiration de ses adversaires. Cf. le jugement d'un ennemi guelfe, le chroniqueur florentin Giovanni Villani (IX, 156) : « Fu uno savio signore e tiranno, e moite grandi cose trasse à fine per suo senno e industria ». — Pour la psychologie détaillée de ce prince énergique et volontaire, qui sut rendre « possente e temuta »
La Vipera che i Melanesi accampa voy. l'excellente étude de Cipolla Signorie Italiane I, .30.
Section 2. — Grand-père de Taddea Visconti.
§ 1. Stefano Visconti (f 1328), troisième fils du précédent. Deux frères aînés : Giovanni^ archevêque de Milan (J- 1354); Luchino (f 1349).
§ 2. Anamnèse collatérale :
A. Giovanni (f 1354). État somatique. Pas de renseignements :
Mort. Azario Chvon. (Muralori, XVI, 334) : « Islis duranlibus Dominus Archiepiscopus diem clausit extremum et subito^ A.D. 1354. » — Annales Mediolanenses^ cap. 116 (Muratori, XVI, 723) : « Praefatus dominus Archiepiscopus, siibitanea morte praeventus, diem clausit extremum 1354, die dominico, etc.. ». — Les contemporains n'ont point manqué d'attribuer à l'empoisonnement la mort soudaine de l'archevêque. Nous trouvons dans la Chronique de Matteo Villani tous les éléments nécessaires à la reconstitution du véritable diagnostic étiologique : le belliqueux prélat a succombé aux suites de l'ablation d'un anthrax frontal. Matteo Villani, L. IV, cap. 25 : « Messer Giovanni de' Visconti arcivescovo di Milano, potentissimotiranno in Italia, avendo dilatata la fama délia sua potenza in grande altezza, e vivuto al mondo lungo tempo in dissoluta vita secondo prelato, vedendosi avère vinta sua pugna, e soperchiata nel temporale la Chiesa di Roma, e riconciiiatosi a quella co' suoi sformati doni, e che tutta Italia il temeva, e l'eletto imperadore non avea ardire, eziandio sollecitato dalla forza e 'denari délia lega di Lombardia, pigliare arme contro a lui, vaneggiante nel colmo délia suagloria, uno venerdi sera, a di 3 ottobre 1354, gli apparve nellafrontesopra il ciglio m piccolo carbonchiello, del quale poco si curava ; e il sabato sera a di 4 del detto mese il fece tagliare, e corne fu tagliato cadde morto l'arcivescovo. »
Muratori [Ann. a. 1354) a démontré que la date de la mort (contrairement à l'assertion de Villani) doit être reportée à la matinée du lendemain, c'est-à-dire au dimanche 5 octobre.
Restent à découvrir les causes de cette mort presque subite et l'enchaînement pathogénique des phénomènes morbides.
On sait que chez les vieillards de l'âge de l'archevêque (frère, oncle et grand-oncle d'arthritiques, comme on le verra ci-dessous), l'apparition d'un anthrax n'est d'ordinaire qu'un indice du ralentissement nutritif et l'une des manifestations cutanées du syndrome arthritique connu sous le nom impropre de diabète. Quand il siège (comme chez le Visconti) dans la région du sourcil, l'anthrax abandonné h lui-même peut provoquer une phlébite mortelle (l'inflamma-
lion se propageant par la veine ophtalmique au sinus caverneux de la dure-mère).
Chez l'archevôque, la phlébite fut pour ainsi dire expérimentale et artificiellement provoquée par la manœuvre opératoire. La plaie veineuse créée par l'excision de l'anthrax devint instantanément une porte d'entrée pour l'infection.
Le mécanisme de la mort subite est dès lors facile à reconstituer. L'archevêque n'a pu mourir que :
t° Par embolie pulmonaire (ce qui est ici le mode habituel : le caillot veineux migrateur traversant le cœur droit est lancé dans l'artère pulmonaire chargée d'assurer l'hématose; d'où consécutivement à l'embolie, dyspnée subite, cyanose de la face, mouvements convulsifs et mort très rapide).
2° Ou par hémorrhagie cérébrale (processus très rare en pareil cas et limité aux seules phlébites des sinus dure-mériens) : l'hémorrhagie est alors provoquée par l'excès de tension vasculaire en arrière du point coagulé.
Etat psychique. Au point de vue mental, il est presque superflu de rappeler ici les rares qualités d'homme d'État déployées dans le gouvernement de Milan par celui que les historiens italiens appellent volontiers « il formidabile Arcivescovo ».
B. LucHiNO (-i* 1349). État somatique. Pas de renseignements.
Mort. Consécutive à une maladie chronique non définie : « Già molestato da lunga infermità, alla prima hora della notte passo ail' altra vita. » (Corio Istoria di Milano p. 436). La légende de l'empoisonnement est sans fondement.
État psychique. Normal.
§ 3. Anamnèse personnelle :
A. Etat somatique. Pas de renseignements.
B. Mort. Consécutive (selon toutes les apparences) à une congestion cérébrale que son contemporain Azario rattache à un excès de boisson : « ... Cum scypho argenteo Nobilis vir Dominus Stephanus Vicecomes, junior filiorum praefati Magnifici quondam Matthaei, taliter potavit quod ea nocte diem clausit extremum. » (P. Azarii Chronicon Muralori XVI, 311).
La pléthore sanguine provoquée par l'excès de boisson peut justifier l'apparition de la congestion cérébrale. Mais cet incident n'a tout juste que la valeur d'une cause provocatrice. Il ne suffit point à expliquer comment cette hypertension intravasculaire, le plus souvent inoffensive, a pu ici déterminer la mort.
L'inconnue essentielle du problème, à savoir la cause prédisposante, reste donc à découvrir. Nous y reviendrons plus loin.
G. Étal psychique. Pas de renseignements.
Section 3. — Père de Taddea Visconti
{Anamnèse collatérale).
§ 1. Bernabô Visconti (1319-1385), troisième fils de Stefano Visconti.
Anamnèse collatérale. Deux frères aînés : MatleoII {f 1355); — Galeazzo II (f 1378).
L'étude de l'anamnèse collatérale doit nécessairement précéder celle des antécédents personnels de Bernabô.
§ 2. Matteo II Visconti (f 1355) :
A. Habitas extérieur. « Formosus» (P. Azarii C hronicon MuratoriXVI, 342).
B. Nutrition : ralentissement (« Pinguis erat... » Azario, Id. ibid., 343) ressortissante Tarthritisme.
G. Fonctions génésiques. Azario (Chronicon Muratori XVI, 342) : « Solo vitio luxuriae fœdabatur. Malam vitam ducens, plures formosas juvenes in lecto tenens, etiam de nobihbus Mediolani, personam suam vastavit^ ».
1. Et Matteo Villani (éd. Dragomanni, I, 460) : » Messer MafTiolo de' Visconti di Milano essendo il mag-giore de' tre fratelli signori di
Sur les pratiques aphrodisiaques de ce singulier érotomane, cf. Taveu de son panégyriste et contemporain Texact Azario : «... quod puleum evacuasset aqua ipsis [mulieribusj apud culum dislillata ... » (P. Azarii Chronicon Muratori XVI, 342) ^
D. Mort. Comme son père Stefano (voy. sect. 2, § 3 B), l'obèse Matteo II meurt de mort subite. Azario a cherché à reconstituer Tétiologie de ce trouble circulatoire terminal : il incrimine, non sans raison, l'obésité comme cause prédisposante, — les excès génésiques comme cause provocatrice : « Et sic cum mulieribus vacando... subito quia pinguis vitam exple^dt » (P. Azarii Chronicon Muratori XVI, 342).
Les causes d'hypertension artérielle (efforts musculaires, coït, etc.), n'ont toute leur signification hémorrhagique que chez les sujets dont les artères sont, par prédisposition, en état de moindre résistance, — ce qui est le cas chez l'arthritique Matteo (obèse et frère de goutteux, cf. ci-dessous, §2B).
Les contemporains ne pouvaient manquer d'accuser Ga-
Milano, perché era dissoluto nella sua vila e senza alcuna virtù era riputato il minore nel reggimento délia sig-noria : tuttavia messcr Bernabô e messer Galeazzo gli rendeano assai onore. Avvenne, che per scellerato stemperamento délia sua lussuria accolse nella caméra sua venli tre donne maritale, e fanciulle, e altre femmine, colle quali, avendole faite spogliare ignude, si sollazzava a suo dilelto con loro bestialmente ; e ricordandosi in qucllo sformato e sfrenato ardore di libidine d'una bella giovane moglie d'un buon cittadino di Milano, mandô per lei, e minacciandolo di farlo morire se immantincnte non glie la menasse, o mandasse. Vedendosi questo buono uomo a cosi villano partito, come disperato piangendo se n'andô a messer Bernabô, e contogli il grave partito a che messer Maflîolo Tavea messo, dicendo, che innanzi volea morire ch' assentire a cotanta sua vergogna, pregandolo che '1 volesse atare. Messer Bernabô disse : lo non ho a gastigare il rnio maggiore fraiello,pcr non mostrare a colui la sua intenzione, e di présente calvalcô ail' ostiere di messer MalTiolo, e trovo la scellerata danza del suo fratello... »
1. Gorio. Sio/Ha di Milano. Parte tcrza, p. 452 : « In modo che si consumô in tal forma la persona, che mè forze né vigore non havea, per satisfare alla dishonesta volontà per le porte obscène nella natura délie donne faceva andare odoriferi liquori. »
leazzo et Bernabô d'avoir conspiré la mort de leur frère aîné, mais les variantes de cette légende sont très divergentes l'une de l'autre. Selon les unes, les deux frères de Matteo l'auraient empoisonné à Carsenzago « in lomboli di porco i quali volontieri mangiava » (Corio Istoria di Milano, P. III, p. 452). Selon les autres, Matteo aurait été par eux étranglé à Milan dans son lit (M. Villani, éd. Dragomanni, I, 460 : Corne Messer Maffiolo Visconti fii morto da fratelli »). Une troisième version (Id. ihid.^ I, 461) le fait mourir à la suite d'une partie de chasse où ses frères « li feciono dare con quaglie veleno ». Sur l'inexactitude du récit de Villani, cf. les remarques de son éditeur Dragomanni (éd. M. Villani, I, 569, à V Appendice).
E. Etat psychique. Sur les brillantes qualités et sur la valeur intellectuelle de Matteo II, cf. Azario : « In virtutibus caeteros fratres suos antecellebat et praesertim in facundia, qua non erat ei similis nec parinter magnâtes Lombardiae. » (P. Azarii Chronicon Muratori XVI, 342).
§ 3. Gateazzo II Visconti (f 1378) :
A. Constitution. P. Azarii Chronicon (Muratori XVI,
403) : « Non benè sanus de persona stat. Proptereà in armis nullum exercitium facit. » — Annates Mediolanenses (Muratori XVI, 769) : (( Erat non sanus persona et nullum exercitium in armis faciebat. »
B. Nutrition : arthritisme (Mat. Villani, éd. Dragomanni, II, 43 : « Avvenne di questo mese di gennaio, essendo messer Galeazzo malato di podagre^ e d'altro, comandô a messer Pandolfo che cavalcasse per Milano colla sua cavalleria, e messer Pandolfo fece come comandato gli fu dal suo signore »).
G. Fonctions génésiques. A l'opposé de son frère Matteo, Galeazzo II « vivebat caste » (Annales Mediolanenses, Muratori XVI, 769). — Cf. le P. Azarii Chronicon (Muratori XVI,
404) : « Dicitur quod post conjugium nullam aliam mulierem cognoverit. »
D. Etal psychique. Parmi les bizarreries de caractère relevées chez Galéasparles chroniqueurs contemporains nous pouvons noter :
1° Son amour, impolitique, du changement. Il avait coutume, dit Azario (XVI, 404) de révoquer au bout de six mois ses fonctionnaires pour les remplacer par d'autres dont il venait de faire choix et qu'il ne tardait point à révoquer à leur tour, rappelant alors leurs prédécesseurs, quitte à renvoyer de nouveau ceux-ci bientôt après. Pour être encore plus mal servi, ajoute Azario : « non solvebat officiâtes suos, ut erat solitus, immo eos cassabat » (P. Azarii Chronicon Muratori, XVI, 769).
2° La haine de tout cérémonial, l'impatience de toute étiquette (cf. Azario /. c. XVI, 769 : u NuUam curiam faciebat sive tenebat, etc. ») sentiment qui, chez un prince, correspond au mépris des exigences conventionnelles de la vie sociale chez un particulier.
3° L'instabilité de ses fantaisies architecturales : P. Azarii Chronicon^ Muratori XVI, 403 : « Domum suae habita tionis fundari fecit suo modo, et sicut de praesenti jacet, cum infinitis dispendiis et detrimentis civium suorum, à quibusundequaque et qualitercumque voluit magistros, laboratores et lignamina pro pauco vel pro nihilo habuit. Et quod deterius fuit, facto uno pariete cum infinitis dispendiis et laboribus, ipsum funditus dirui faciebat et ibi prope alium vel similem construere. Propterea fastidio omnes consumsit. Deinde tempore hyemali, tempore pluvioso, et omni tempore, etiam aestivo, non cessavit parietes, volta, palatia, et similia construere immensae longitudinis et latitudinis. Et quia nimis celeriter, tumultuarie, plerumque ex laterculis mutilis et ruptis fuerunt mûri erecti, rimulas frequentissimas ediderunt et aliqui brcvi tempore corruerunt. »
Mais Galéas ne s'est point borné à ce rôle inoffensif de maniaque instable ou impulsif. L'histoire a conservé le souvenir de ses cruautés qui, par leur nature, relèvent directement de la pathologie. Son invention du Carême (la « mort lente » en quarante jours) qu'il appliqua à nombre de ses prisonniers suffirait, à elle seule, à fixer la formule mentale de ce féroce dégénéré.
Intentio Domini est, quod de magistris proditoribus incipiatiirpaulatim :
Prima die quinque bottas de curlo.
Secujîda die rcposetur.
Tertia die similiter quinque bottas de curlo.
Quarta die reposetur.
Quinta die similiter quinque bottas de curlo.
Sexta die reposetur.
Septima die similiter quinque bottas de curlo.
Octava die reposetur.
Nona die detur eis bibere aqua, acetum, et calcina.
Décima die reposetur.
Undecima die similiter aqua, acetum, et calcina.
Duodecima die reposetur.
Décima tertia die serpiantur eis duae corrig-iae per spallas et pergottentur.
Décima quarta die reposetur.
Décima quinta die dessolentur de duobus pedibus ; postea vadent super cicera.
Décima sexta die reposetur.
Décima septima die vadant super cicera.
Décima octava die reposetur.
Décima nona die ponantur super cavalletto.
Vigesima die reposetur.
Vigesima prima die ponantur super cavalletto.
Vigesima secunda die reposetur.
Vigesima tertia die extrabatur eis unus oculus de capite.
Vigesima quarta die reposetur.
Vigesima quinta die truncetur eis nasus.
Vigesima sexta die reposetur.
Vigesima septima die incidatur eis una manus.
Vigesima octava die reposetur.
Vigesima nona die incidatur alia manus.
Trigesima die reposetur.
Trigesima prima die incidatur pes unus.
Trigesima secunda die reposetur.
Trigesima tertia die incidatur alius pes. Trigesima quarta die reposetur.
Trigesima quinta die incidatur sibi unum castronum. Trigesima sexta die reposetur.
Trigesima septima die incidatur aliud castronum. Trigesima octava die reposetur.
Trigesima nona die incidatur membrum.
Quadragesima die reposetur.
Quadragesima prima die intenaglietur super plaustro, et postea in rota ponatur.
(Pétri Azarii notarii Novariensis Chronicon Muratori XVI, 410.)
Section 4. — Père de Taddea Visconti (Suite). Anamnèse personnelle.
§ 1. Bernabô Visconti seigneur de Milan, mort à soixantesix ans le 19 décembre 1385.
On sait comment finit le règne de cet étrange grand-père d'Isabeau de Bavière, le plus cruel des Visconti. Saisi traîtreusement le 6 mai 1385 par son neveu Gian Galeazzo (fils de ce Galeazzo II étudié au § 2, sect. 3), — Bernabô fut enfermé dans la forteresse de Trezzo et, après huit mois de captivité, empoisonné dans sa prison (19 décembre 1385).
Pour justifier ce coup d'État devant l'opinion, Jean Galeas (qui devait être plus tard le premier duc de Milan) affirma qu'il n'avait eu d'autre but que celui de délivrer le Milanais du tyran qui l'opprimait depuis trente années, et donna l'ordre de poursuivre juridiquement le prisonnier.
L'acte d'accusation de ce procès reste une pièce capitale pour l'histoire du xiv^ siècle. La critique italienne n'a montré qu'en ces dernières années le bien fondé de ce document, et c'est seulement depuis cette date que le chnicien peut, en sécurité, utiliser les parties essentielles de ce dossier judiciaire pour l'étude psychique de Bernabô. Dans son livre sur les Signorie Ilaliane dal 1313 al 1530 qui a renouvelé l'histoire politique de l'Italie septentrionale, l'exact Cipolla a adopté sur ce personnage les conclusions de l'acte d'accusation, et le maître de l'histoire viscontéenne^ G. Romano, fortifiait récemment, par des arguments nouveaux, l'autorité de cette pièce singulière ^
1. G. Romano, Il primo niairimonio di Lucia Visconti e la rovina di Bernabô. Archivio Siorico Lombardo. Septembre 1893, p. 602 : « Tante il Verri quanto il Cusani parlarono di quel processo più da avvocati che da storici. Meglio che esaminare il documento in se stesso, se la pigliarono co' giudici corrotti, e declamarono contre la nequizia del governo. Ma il processo contiene fatti, circostanze ed accuse ben determinate : per smentirle ci vuole ben altro che parole. Né giova affermare, corne fanno quegli storici, che il carat tere di
Quelle que soit d'ailleurs Tautorité historique de ce document, il serait contraire aux règles critiques de la clinique mentale de ne point compléter ces assertions officielles par tous les témoignages des sources italiennes favorables à Bernabô.
§ 2. Constitution, Nutrition. Pas de renseignements.
§ 3 . Fonctions génésiques. Érotomane (comme son frère Matteo ; voy. ci-dessus, sect. 3, § 1 C.)Annates Mediolanenses, Muratori, XVI, col. 800 : « Habebat decem et octo mulieres praegnantes ». — Id. ibid., col. 799 : « Nam quum esset in senili aetate constitutus, ut notorium ;est, tenebat duodenarium vel vicenarium numerum meretricum, inter quas erat
Bernabô era bensi brutale e sanguinario, ma alieno dalle dissimulazioni e dalle insidie ; perché mille fatti protestano contro quell' affermazione. Che Bernabô e i suoi fig-liuoli avessero insidiato alla vita di Gian Galeazzo, risul a dalla testimonianza di un gran numéro di scrittori, alcuni de' quali, come il Gataro, il Bracciolini, ecc., non possono essere sospettati di simpatie pel Conte di Virtù. Non si nega che nel processo si potettero caricare alquanto le tinte ; ma che in un documento destinato al pubblico, in mezzo a cui c'erano délie persone bene informate, s'inserissero accuse destituite di ogni fondamento, non arrivo a persuadermene. Il Giulini^ al solito sempre più circospetto ne' giudizi, si contentô di osservare, a proposito délie accuse più gravi : « A buon conto Bernabô non pote va rispondere ». Ma, se non poteva rispondere Bernabô, potevano e dovevano rispondere i figliuoli di lui, Carlo e Mastino, che per molli anni rienipirono VEuropa délie loro querele. Di fronle a un documento, che ebbe la più larga difYusione, e che conteneva accuse précise e catégorielle, ^7 loro silenzio deve semhrare assai significante. Ne meno signifîcante è Faltro fatto che Gian Galeazzo potè impadronirsi di tutto il dominio dello zio, senza incontrare alcuna opposizione, tanto chepoLè scrivere un contemporaneo : <•< Et creditur majus factum quamumquamfactum « fuerit in aliqua parte mundi. Et certe hoc venit a Deo et non ab <( hominibus ». Lasciamo stare il dito di Dio ; ammettiano pure che non un senso elevato del bene pubblico, comevuole il cronista di Reggio [Muratori, XVIII, 92), ma l'ambizione e il naturale istinto di conservazione mossero il Conte di Virtù a compicre l'audace colpo di Slato : si deve perô riconoscere che l'atto violenLo incontrô nell' opinione pubblica un largo consenso. L'atto non cessa perciô di essere criminoso ; ma, se non si giustifica, si spiega ; e questo è quello che specialmente importa alla storia. »
una Dea amoris, videlicet Donnina. De quo meretricum numéro mulLas rapuit violenter. »
A noter comme contraste l'affection qu'il portait en même temps à sa femme Regina. A sa mort, Bernabô notifie à ses sujets la perte qu'il vient de faire et leur enjoint de porter le deuil pendant une année {Annales Mediolanenses, XVI, 778 : « Ut igitur una nobiscum hujus mœroris videamini jacula suscepisse... universis vobis mandamus, quatenus vos omnes el singuli praesentibus in testimonium tantae memoriae vestes brunae vestris siimiibus induatis, portetisque per annum. . . Datum Mediolani die XVIII Junii 1384. »
§ 4. Système nerveux. Présence des stigmates classiques de la dégénérescence (pathophobie, zoophilie, etc..) :
A. Pathophobie. — Mat. Villani, II, 359 : « Messer Bernabô veggendo la pestilenza sformata in Milano, si parti di Milano con tutta sua famiglia, e andonne al suo nobile castello di Marignano, il quale è verso Lodi, il luogo foresto e di sana aria, facendo gran guardia che nessuno non gli andasse a parlare, avendo ordinato col campanaro délia torre, che per ogni uomo che venisse a cavallo desse un tocco. Occorse che certi gentili e ricchi uomini di Milano andarono a Marignano, ed entrarono dentro ; il signore li ricevette bene, ma turbato contro il campanaro mando su la torre suoi sergenti, e comandô lo gettassono délia torre ; i quali andati su trovarono il campanaio morto appiè délia campana : per la quai cagione messer Bernabô terribilmente spaventato di présente senza arresto abbandonô il castello, e si mise nel più salvatico e foresto luogo, ove più di due miglia da lunga fece rizzare pilastri con forche ne'quali era scritto, che chi li passasse su vi sarebbe appeso. Per allora in avanti sua vita fu tanto remota e solitaria che voce corse, e durô lungamente, ch'egli era morto, ed egli n'era contento per farne a tempo suo vantaggio. »
B. Zoophilie. Les cinq mille chiens de Bernabô logés par son ordre chez tous les habitants notables de la seigneurie (même chez les clercs !) — corps d'inspecteurs {caneterii)
chargés de vérifier deux fois par mois l'état de maigreur ou d'obésité de ces animaux ; — terribles pénalités appliquées sans pitié aux délinquants (crémation, castration, etc..) :
P. Azarii Chronicon (Muratori XVI, 393) : « Nimium in canibus delectatur. »
Annales Mediolanenses (Muratori XVI, col. 794) : « Coarctando homines clericos ac laicos tcnere, nutrire, et alimentare canes, et ulterius diebus vel septimanis coarctando pcrsonas venerabiles et notabiles personaliter, vel coram se, vel coram vilissimis interdum sequioris vitae personis exhibere canes, interdum in locis et civitatibus remotis, ad quas accedere erat difficile. Pro quibus exhibentes, qui enutriebant, secundum quod canes videbantur pingues vel macilenti, mulctabantur magnis poenis et multis; nec poterant appellare, immo contumeliis et injuriis ex hoc solum affîciebantur personae egregiae, et venerabiles praelati, et tam clerici quam laici à vilissimis, et à sequioris vitae personis. »
Id. ibiJ., col. 736 : « Eodem anno (1365) Dominus Barnabo fecit fieri proclamationem nomine Fratris Johannis Offîcialis Canium in civitate Parmae, quod omnes cives dictae civitatis, qui habent in bonis valimentum D librarum deberent ire usque ad Calendas Maji proxime futuri coram praefato Domino Fratre Johanne Officiale Canium, ad accipiendum unum canem ex canibus Domini Barnabovis sub poena Florenorum X auri. »
Id. ibid., col. 796 : a Fecit concremari uxorem Lanzoni Canaterii per ipsummet Lanzonum, eo quia sibi loquuta fuerat contra ordines suos. »
Ib. ibid., col. 795 : u Fecit trainari unum per Civitatem Mediolani ligatum ad caudam unius cqui, eo quia unum suum canem, quem domi habebat, facta proclamatione parte ipsius quod praesentaret ipsum, non praesentavit, et in ipso supplicio mortuus fuit. »
Id. ibid., col. 796 : <( Fecit mactare per manus Tavari Canaterii sui in MCCCLXXXIV quemdam rusticum repertum transire per stratam cum uno cane. »
Id. ibid., col. 796 : « Fecit castrari quemdam Ambrosium Vayrarium de Mediolano, eo quia a casu, sine advertentia, et sine dolo interfecerat unum ejus canem, ex qua castratura effectus est prae nimia malenconia et dolore mentecaptus. »
§ 5. Antécédents pattiologiques. Pas de renseignements.
§ 6. Mort. Accidentelle (consécutive à l'empoisonnement, cf. ci-dessus § 1).
§ 7. Étal mental. Son contemporain Azario ' a rendu pleine justice à la sagacité politique de Bernabù : « Curât ut plurimum suc studio nioderamina civitatum suarum regere et in arduis consilio saniori potitur » (P. Azarii Chronicon Muratori XVI, 385). — Le rédacteur des Annales Mediolanenses lui-même n'a pu s'empêcher de reconnaître la valeur intellec. tuelle et la rare culture du père de Taddea [Annales Mediolanenses Muratori XVI, col. 801 : « Ipse Dominus Bernabos erat doctissimus, et praesertim in Decretalibus, nam studierat ab adolescenlia sua per multum tempus in Decretalibus). »
La jeune école historique italienne a remis en lumière l'habileté diplomatique de Bernabù.
« L'uomo che Gian Galeazzo ave va detronizzato, rappresentava un valore tutt' allro che spregevele. Crudele ed oppressive co' sudditi, Bcrnabô non era privo di un certo senso naUirale di giuslizia, e dell' arte, caratteristica ne' Visconli, del più svariate combinazioni poUticlie. Dalle sue varie mogh e concubine aveva avuto un numéro slragrande di figliuoli, e con abili parentadi era riuscito a striug-ersi co' più reputati condottieri del tempo e con parecchie case principesclie d'Italia e d' Europa. AUora, meglio che non avvenga oggidi, i matrhnoni erano la migliorc délie diplomazie ; essi, masshne a' Signori nuovi, procacciavano crédite e potere, stabilivano amicizie ed aderenzc preziose, e offrivano, non di rado, un etTicace riparo contre i mutabili evenli délia politica. In quest' arte, Bernabù aveva daLo prova (H (jraiide capacifà, e la riputazione che vi aveva acquistata, ad onta délie l)izzarrie del sue carattere, tra' Signori itaiiani, poteva divenire un' arme formidabiie in mano a clii avesse saputo opportunamente adoperaria. » G. Romane, Gian Galeazzo Visconti e gli eredi di Bcrnabô. Milan, 1801, p. 0.
En politique intérieure, grâce à un mode de recrutement unique à cette date dans les États de la péninsule, Bcrnabô avait constitué un personnel administratif qui faisait de lui le prince le mieux servi de tous les souverains italiens. (P. Azarii
1. Sur la véracité d'Azario, Ugo Balzani, Le cronachc ilaliane ncl medio evo. Milano, 188i', p. 250 : « Men buono scrittore [que Giovanni de CermenaleJ ma sincerissimo fu Piètre Azario da Novara che narrù la storia délia famiglia Visconti dal 1250 al 13G2. )•
Chronîcon, Muratori XVI, 397-398 : « Sed aliud est quod propter habenda officia sua nullus daret denarium; sed gratis et ex virtutibus hominum quaecumque majora dat ; nec ab ipsis offîciis finitis sex mensibus aut anno officiâtes removet ; sed si se bene gerunt, potius confirmât, et ad alia majora provocat. Et pro eo officiales sui student praevalere, et afios excedere. Et propter dicta valde bene servitur. »)
Il assurait d'ailleurs l'obéissance de ses fonctionnaires par des moyens sans réplique. {Annales Mediolanenses, Muratori, XVI, col. 796 : « Fecit includi et carcerari in una capia ferri Johannem Surdum et Antoniolum de Terzago cancellarios suos, in qua erat unus aper vivus cum quo recrearentur, immo ex ejus ferocitate et immunditie morerentur. »)
§ 8. Caractère. Il se présente à nous sous un aspect nettement pathologique, qui forme contraste avec l'équilibre intellectuel de Bernabô. Les traits psychiques essentiels sont :
A. La forme morbide de l'irritabilité. — P. Azarii Chronicon (Muratori XVI, 397) : « [Barnabos] saepius irascitur et durante dicta ira, nullus de mundo audet sibi loqui, excepta domina Regina ». — Id. ibid., col. 398 : u De ira illa dolet ad mortem et de gestis in ira per ipsum potius dolet ; sed nullo modo multoties ab ipsa abstinere potest, et pro co tune, quantum polest, latet. »
B. L'absence d'inhibition sur ses réflexes. — Annales Mediolanenses^ Muratori XVI, col. 79(3 : « Fecit erui oculos cuidam Pristinario de Pandino, eo quia fuit repertus super strata sua. »
G. Le déséquilibre moral, l'un des stigmates essentiels de la dégénérescence, est le plus inintelligible, quand on le rencontre dans l'histoire, pour les historiens de l'école rationaliste (ils n'ont alors d'autre issue que celle de prendre parti pour ou contre le personnage).
On peut sans peine prévoir la conclusion des contemporains en dépit des flatteries intéressées de Pétrarque. « Hic enim non videtur fuisse humanus, sed vir diabolicus » {Annales
Mediolanenses, Muralori XVI, col. 799). l]ernabo était pour les hommes du xiv*^ siècle une énigme monstrueuse : il Test resté tout autant pour les historiens modernes, alors que le clinicien reconnaîtra aussitôt dans ce trisaïeul do Louis XI l'un des types les plus courants de la psychiatrie moderne, celui que Magnan et Wesphal ont classé sous le nom de dégénéré supérieur.
Des historiens italiens modernes, Cantù, Sismondi, etc., dans leur égale ignorance de la psychopathologie, les uns invoquent la cruauté de Bernabù pour en faire un tyran occupé de satisfaire ses vils besoins, — les autres sa merveilleuse éloquence, son habileté politique dans ses luttes contre ses adversaires, pour en faire un homme d'Etat calomnié.
En réalité celte divergence vient du besoin naïf (et littéraire) d'opposer ces deux éléments, tandis que le psychiatre les concilie. Les deux sont vrais, son éloquence et sa beslialité, son habileté politique et ses absurdes violences, — et tout cela s'appelle en médecine un dégénéré.
Chez le dégénéré supérieur il y a anesthésie morale sur certains points, — hyperesthésie sur d'autres, — sans que la science soit encore en état de réunir ces états contradictoires sous une formule génératrice. C'est ainsi que Bernabô a en môme temps le goût du sang {Annales Mediolanenses, Muratori XVL col. 796 : u Item coëgit quemdam suum histrionem seu buffonem ad hastiludendum cum ferris amolatis ; qua de causa in hastiludio ipse fuit vulncratus, et ex eo incontinenti mortuus ») et l'amour de la justice (P. Azarii Cronicon, Mura tori XVI, 397-398 : « Est enim Dominus Bernabos veridicus, amans justitiam, constans, impatiens et nimium virtuosus, tamen aliquando voluntatem suam excedens »).
Sa conception pénale est d'ailleurs presque exclusivement corporelle. (P. Azarii Crhonicon, Muratori XVI, 397-398 : « Uarius in subjectos in danariis condemnationes facit, sed potius in personis ; propter quae multo magis timetur »), et ses arrêts reflètent l'impulsivité de son caractère :
Annales Mediolanenses (Muratori XVI, col. 796) : « Fecit in MGCCLXXXII die XXII Augusti cum paleis imposito igné concremari membrum virile Johannolo de Crivellis familiari
Dominae Calharinae uxori quondam Francise! Caybaxilicae de Mediolano, quem inerepabat, quod habuerat rem cum dicta Domina, et duabus ejus filiabus Margarita et Antoniola. Quo membro sibi concrenialo incontinent! mortuus fuit. »
Annales Mediolanenses (Muratori XVI, 796) : « Fecit suspend! per gulam quemdam Guilliclmum Crivellum in Castro Burgi Sanct! Domnini, eo quia uni mulieri completam non fecerat solutionem pro duobus caponibus, quos ab ipsa emerat. »
§ 9. Si dans la répression (d'ailleurs justifiée) des simples délits civils, la disproportion du châtiment à la peine apparaît aussi énorme dans la conception pénale de Bernabô, — on peut prévoir ce que va devenir le rapport de ces deux termes juridiques dans les cas où Bernabô se croira lésé quant à l'exercice de ses droits souverains :
A. Délits politiques.
Mat. Villani, éd. Dragomanni, II, 44 : « Avvenne in questi di, che un giovane di buona famiglia di Bergamo, essendo richiesto da uno messo pcr la signoria, il prese per la barba, e confessato in giudicio il fallo suo, fu condamnato in venticinque libbre. Sentendolo messer Bernabô, scrisse al potestà che gli facesse tagliare la mano. E avendolo il potestà preso per seguire il comandamento, i buoni cittadini délia citlà co'parenti del giovane, parendo loro troppa dura cosa questo giudicio, operarono tanto con il potestà, che sostenne l'esecuzione tanto ch'eglino andassono per avère grazia dal signore. Corne il tiranno senti per questi ambasciadori ch'al giovane no era tagliata la mano, comandô che al giovane le due, e al potestà l'una fossono tagliate, e a fare questo vi mandô gli esecutori. Lo potestà sentendo il crudele comandamento, col giovane ch'avea preso si fuggirono in uno castello ribello al tiranno. »
B. Délits cynégétiques. Envisagés par Bernabô comme une usurpation inexpiable de son droit régalien :
Annales Mediolanenses, Muratori XVI, col. 793 : « Item fecit trainari ad caudam equi per Civitatem Mediolani quemdam Civcm, ita quod mortuus fuit; et quemdam alium de Burgario apud Modoëtiam, eo quia ce^^erant perdices. »
1(1. ihid. : <( Constat cnim, quod Ahbatcm Sancti Harnabao Mediolancnsis siispendi fccit ex laqiieo, quia cepcrat leporcs. »
Id. ibid. col. 796 : « Fccit erui oculos cuidam Antonio Covac, quia cepcrat perdices. »
Mat. Yillani, II, 44 : E non molto di kingi da quesli di uno lavoratore uccise con una mazza iina lèpre, chc gli occorse per caso tra le mani, e portolla alTosle suo, ch'era grande ciltadino di Milano, e dimestico di messer Bernabô. Vcdendola costiii sformatamcnte grande e grassa la présente) a messer Bernabô, il quale vedula la leprc, si maravigliô, e domandô ov'cll'era nudrita : fiigli detto, ch'eirera stnla presa per lo cotale lavoi-atore. Mandô per lui, e domandollo corne l'avea presa. Il lavoratore lietamente gli raccontô il caso intervenuto. Il tiranno, non avendo compassiono alla semplicità del villano, ne al caso occorso, incrudcli contro al semplice; e mandate per li suoi cani alani, nella sua presenza il fece morire e dilacerare a quelli. »
Annales Mcdinlancnscs, Muratori XVI, col, 795 : « Ac etiam Andriolum de Dugnano Civem Mediolanensem, qui erat compater suus, turpiter cum uno suo famulo fecit interfici subito, solum quia reperti fuerunt super loco suae venationis de Dexio. »
Dans cet ordre cynégétique, même les délits imaginaires ne trouvent pas grâce à ses yeux. Un jeune garçon de Milan (quidam impubes de Mediolano) voit en rêve qu'il a pris à la chasse un des sangliers de Bernabô. Les Annales Mediolanenses (Muratori XVI, col. 796) nous ont conservé le souvenir du supplice auquel il fut condamné : « In MCCCLXXXIVde mense Decembri erui fecit unum oculum, et abscindi unam manum cuidam impuberi de Mediolano, eo quia relatum fuit ipsi Domino Barnabovi, quod dictus impubes dixerat, quod in somnis sibi visum fuerat, quod cepisset unum singlerium dicli Domini Barnabovis, et ipsum cremasset. »
C. Délits ecclésiastiques. L'opposition du clergé à la politique viscontéenne ne pouvait que surexciter le côté impulsif et féroce du caractère de Bernabô. De là les traitements infligés par la Seigneurie aux opposants (prêtres rôtis, castrés, etc..) :
Mat. Villani, éd. Dragomanni, I, 488 : « Avvenne in questi di, che'I papa mandô un valente prête in Lombardia a predicarela croce, guardandosi i maggiori prelati di non volere la grazia di queiruficio. E la croce si bandiva e predicava, corne detto è, contro al capitano di Forli e al signore di Faenza. Il valente sacerdote se n andô a Milano, e ivi favoreggiato dal vescovo di Parma, cominciô sollicita-
mente a fare 1' uflcio che commesso gli era dalla santa Chiesa. Corne messer Bernabô ebbe notizia di questo servigio, senza vietarglielo, o ammonirlo che questo fosse contro alla sua volontà, il fece pigliare, e ordinata per lui una graticola di ferre tonda a modo d'una botte, là dentro vi fece mettere il sacerdote, e accesovi sotto il fuoco come si fa a uno arroslo, e facendolo volgere, crudelmente il fece morire a grande vitupero, no tanlo per la sua persona ch' era prête sagrato, quanto per lo dispregio e irreverenza che per lui si mostrô fatto a santa Chiesa che Tavca mandato. »
Annales Medlolanenscs, Muratori XVI, col. 795 : « Namquumfuisset dissensio verbalis super strata publica inter Fratrem Bertramum de Villa Magistrum Ilospitalis Sancti Lazari et quemdam rusticum, dictum Fratrem Bertramum castrari fecit anno MCCCLXXIX. »
Id. Ibid. XVI, col. 795 : <( Item fecit concremari ab histrionibus sive buffonibus suis in una cabia ferri oppositis paleis igné imposito, unum Fratrem Ordinis Sancti Augustini. »
Id. ibid. XVI, col. 795 : « Etiam in MCCCLXXXI Presbyterum Stephanum de Oxino Canonicum de Incino castrari fecit, deinde sibi fecit erui oculos, demum concremari ipsum feci in Praetorio, id est in Broleto Mediolani. »
On sait quelle option il proposa aux légats du pape, lorsque ceux-ci, l'ayant rencontré sur le pont du Lambro, lui présentèrent, de la part de leur maître, non une bulle d'excommunication, — comme le répètent tous les historiens, — mais un simple bref dont la teneur lui déplut.
Annales Mediolanenses, Muratori XVI, col. 800 : « Nam dum sic inhumaniter viveret, Innocentius VI proa/iyai/>us negoliis expediendis cum praefato Domino Bernabove misit ad eum duos Abbates Ordinis Divi Benedicti, ambasciatores, viros integerrimos, et magnae sanctimoniae. Fortuna voluit quod ipsi Abbates transeuntes per Castrum Melegnani reperierunt praefalum Dominum Bernabovem supra Pontem Lambri cum suis aulicis. Statim pracfati Abbates Oratores desilientes ab equis colloquium habuerunt cum Domino Bernabove sic supra Pontem existente, et Literas Papales commissionis suae praesentaverunt. Quas statim ut legit furore repletus, inquit dictis Abbatibus Oratoribus : « Fametis aut Sititis? » Intelligentes praedicti Abbates haec verba, et videntes se supra Pontem dicti fluminis, et cogitantes inter se, quod si dicereut de siti, eos in flumine submcrgeret, cognoscentes crudelitatcm viri, unus ipsorum pro alio respondit et dixit : « Famemus. » Tune statim coegit eos manducare Literas Papales maximo cum impetu. Demum maximis minis ac improperiis eos abire coegit. »
§ 10. Mégalomanie. Des nombreux traits qui décèlent chez Bernabô la présence de ce symptôme psychique, — si com-
mun chez les dégénérés, — nous ne citerons que les deux suivants d'ailleurs tout à fait décisifs pour le clinicien :
Annales Mediolanenses (Muratori XVI, col. 709j : « Ambascialores tam Imperatoris quam Regum et Principum mundi nolebat audire nisi in loco lupanaris. Ibi omnes Ambasciatores communiter expediebat. »
Id. ibid. (Muratori XVI, col. 795) : (^ Dixit pluries Domino Johannolo de Casate Militi, et Dalfinollo de Bripio, et aliis suis familiaribus : Nonne cognoscilis, quod swn Deiis in terris ? »
Section 5. — Anamnése maternelle de Taddea Visconti.
§ 1. Mère. Béatrice Regina délia Scala (7 1384), fille de Cane III Signorio délia Scala, seigneur de Vérone et fils de ce Mastino II qui, après son oncle le grand Cane, porta à un si haut point la puissance de la maison de la Scala (Voy. sur les Scaligeri le bon travail de Spangenberg Cangrande délia Scala^ t. XI des Historische Untersuchungen de Jastrow. Ber lin, 1892).
§ *1. État somatique. Pas de renseignements.
§ 3. Mort. Nous ne possédons sur la mort de la grand'mère d'Isabeau que les deux documents suivants, émanant l'un et l'autre de son mari Bernabô Visconti ;
A. Lettre de Bernabô notifiant aux Milanais la mort de sa femme et leur enjoignant de prendre le deuil : « gravi siiffocata langiiore spiritiim siio reddidit Crealori... » {Annales Mediolanenses^ Muratori XVI, 777).
B. Lettre de Bernabô au comte Jean d'Armacfnac, dont la sœur Béatrice avail épousé Carlo Visconti, le fils préféré de Bernabô.
(( Noble Prince et 1res cliier frère et fils, nous voulons que vous sachiés tout ce qui nous avient a grant amertume et dolour de cueur, vous faisons savoir que le samedi dix et huitiesme jour de juing dernier passé, à dix et sept bores, parle plaisir de Nostre Seigneur, trespassa de ceste mortel vie, noble dame et nostre très cliiere et très amce compaigne, feue dame Royne de Lescale [Regina délia Scala]. Et jasoit ce que la doloreuse perte de tante et tele compaignio soyons tant conturbcs que plus ne pourrions estre, toutesvoies, pour ce que contre la divine volonté ne povons ne ne devons aucune cbose attcmpter, considéré aussi que la dessus nommée dame Royne, jusqiies à sa derreniere heure, iousjours en bon es/at de conscience et vraye cognoissnnce de nostre Creatour, avecques dévote réception des ordenance et sacrcmens de Saincte Eglise, ainsi comme bonne catholique a mérité et dcssavi grâce de Nostre Seigneur, nous avons disposé nostre courage à prenre consolation en Celluy qui est parfaite consolation de toutes choses ; et celluy bien que nous savons estre proufitable à Tame de nostre dite feue compaigne, comme d'aumosnes, oraizons et d'autres suffrages, voyant que autre bien ne luy puet valoir, avons disposé et establi estre fait. Escript en nostre castel de Dixi [Desio], le douziesme jour de juillet mil trois cens huitante quatre. Bernaho Viscomte , seigneur de Milan, etc., gênerai vicayre de l'Empire. » (P. p. Durrieu, Gascons en Italie, p. 41.)
§4. Si nous ne pouvons rien conclure de ces deux textes quant à l'étiologie de la mort de Regina, ils nous permettent toutefois de procéder au diagnostic par exclusion. La persistance de l'intégrité mentale (« jusqucs à sa derreniere heure, lousjours en bon estât de conscience et vraye cognoissance, etc.. ») suffit à écarter toute hypothèse de lésion cérébrale (apoplexie, etc...). — Le gravi siiffocata languore indique : 1° que Regina n'a point succombé à une affection aiguë, mais à une maladie chronique {languov) à forme grave ; — '2° que le symptôme dominant était ici la suffocation. Reste à consulter l'hérédité : nous ignorons le genre de mort du père de Regina, Cane III Signorio, mais nous savons que son grandpère Mastino II délia Scala meurt subitement à l'âge de quarante-deux ans {Chronicon Eslense, IMuratori XV, 464 ; — Chron. Veronense, Muratori VIll, 653). La symptomatologie morbide du grand-père rapprochée de celle de sa petite-fille permet-elle d'admettre que la mort de Regina relève d'une affection héréditaire intéressant le système circulatoire ?
§ 5. État psgchique. Sur le caractère de l'impérieuse, cupide et arrogante Regina délia Scala, cf. Corio Sloria di Milano^
p. 257 : « Fil (li natura impia, superba e audace, insaliabile di j^ichezza, etc.. »
Section 0. — Conclusions.
§ 1. Si nous laissons de côté les deux personnages sur lesquels les textes ne nous fournissent que des renseignements biologiques incertains (c'est-à-dire Luchino Visconti, Regina délia Scala), nous voyons que l'étude de l'hérédité maternelle d'Isabcau nous amène à poser les conclusions suivantes :
État somatique. Sur le trisaïeul d'Isabeau, Matteo Visconli, mort à soixante-douze ans, pas de renseignements biologiques. Chez les enfants et les petits-enfants de Matteo prédominance très nette de l'arthritisme (Giovanni sect. 2, § 2, — Matteo sect. 3, § 2, — Galeazzo § 3). Cette persistance familiale de l'arthritisme nous aide à comprendre le mécanisme de la mort de Stefano (sect. 2, § 3) frère d'arthritique (§ 2), père d'arthritiques (sect. 3, §§2 et 3), arrière-grand-père d'arthritiques (cf. chap. III). Consécutive en apparence à une congestion cérébrale causée par un excès de boisson, on peut affirmer que cette mort relève comme cause prédisposante de l'altération des artères cérébrales, qui n'est elle-même qu'une des modifications vulgaires de l'arthritisme '. L'artère malade se rompt et l'hémorrhagie n'est que le fait consécutif de la disposition familiale, provoqué par un elïort.
Reste à fixer la forme de la lésion circonscrite à laquelle a succombé Stefano. Si Ton considère que lui et son fils (sect. 3, § 2), arthritiques tous les deux, ont succombé l'un et l'autre dans un âge peu avancé à une lésion cérébrale, il y a plutôt à songer pour le père et le fils, étant donné l'âge et la forme foudroyante de l'affection dans ces deux cas, à l'hémorrhagie qu'à l'ischémie ^
1. Cf. Féré, Famille névropathiquc, p. 109 ; — Lavcran et tous les classiques admettent que la cause qui domine la pathogénie de l'hémorrhag'ie céréhrale est l'altération antérieure des vaisseaux.
2. Sur riiérédité de riiémorrhagie cérébrale, cf. Dieulafoy, Traité de pathologie interne^ et André Cochez, Bulletin médical de l'Algérie, 1894, p. 248.
État psychique. L équilibre psychique de la V^ et de la T génération (Matteo ï, Giovanni Visconti) s'altère gravement dans la 3*^ génération. Les trois frères, Matteo, Gateazzo, Bernabô, offrent à des degrés divers le contraste révélateur de la dégénérescence ; — stigmates psychiques de la dégénérescence à cette 2^ génération d'arthritiques.
Des trois frères, deux sont érotomanes (Matteo, Bernabô), deux sont d'une férocité pathologique (Galeazzo, Bernabô : Galeazzo est d'une instabilité pathologique).