C. Rubis. — Anaphrodisiaque, au même titre que l'émeraude
Jacob Manget. Rerum ad Pharmaciam galenico-chimicam specianliiiin Thésaurus, 1703, t. II, p. 109 : « Rubinus. Vires : Libidinem coërcet. »
D. Hyacinthe. — Anti-spasmodique.
Uentretenemenl de vie^ summairement composé par mdiisive
Jehan Gœurot, médicin du Roy, 1541, p. 26 : « Confection de hiacinthe est singulière et excellente pour la tremeur de cueur [tremor cordis) : mais c'est pour les princes et non pour les povres ».
En 1701, Fagon prescrit encore à Louis XIV une confection d'hyacinthe {Journal de la sanlé de Louis A/F, p. 349).
Jacob Manget. Rerum ad Pharmaciam galenico-chimicam speclanlium Thésaurus. 1703, t. II, p. 108 : « Hyacinthus. Vires : Singularre est specificum contra spasmum et contracturas. »
E. Or. — Modificateur de la nutrition. (Les médicaments auriques du moyen âge répondent à nos préparations martiales d'aujourd'hui.) — Outre cette propriété trophique qui est d'ordre général, la médecine galénique accordait à For des propriétés spéciales, et, au point de vue féminin, une vertu particulière dans la dysménorrhée. Sur cette action de Tor dans les troubles menstruels, cf. Dujardin-Beaumetz Formulaire de thérapeutique et de pharmacologie. 6^ édit. p. 258.
Le diagnostic thérapeutique (tel qu'il ressort de cette prescription) devra être ainsi formulé : « Dysménorrhée avec exci-
1. (( L'esmeraude a la vcrlu de résister aux efTorLs de la concupiscence charnelle. Car ou réelle qu'un Roy d'Hongrie estant aux prinscs amoureuses avec sa femme, senlist qu'une belle csmeraude qu'il porloil en son doigt se rompist en trois pièces durant leurconflict, tant cette pierre aime la chasteté. » (Les OEuvres pharmaceutiques du sieur Jean de Renou médecin du Roy, 1037, p. 400.)
lation géncsiqiie concomitante, et état névropathique (Iroiil)les spasmodiqucs, vertiges, cardialgies, etc..) ».
Maislediagnostic[thcrapeutiqueest,par sa nature, dépourvu de fixité puisqu'il est fonction de trois variables : — les systèmes de pharmacodynamique, — les théories successives de pathologie générale, — les variations de la pathogénie. Son coefficient de certitude ne peut donc être comparé à celui du diagnostic symptomatique, bien qu'Hippocrate accorde à tous deux une égale autorité au Livre I des Épidémies (« Nous diagnostiquons les maladies — d'après la nature humaine en général et la complexion de chacun en particulier, — d'après la maladie et d'après le malade, — tlaprès la nature des remèdes qui ont été prescrits... » Hippocr. Epidém. I, m, 10).
Comme nous l'avons dit dans V Introduction, dans les cas où l'absence d'anamnèse clinique nous réduit à ce seul mode d'investigation indirecte par la thérapeutique, il est prudent de corroborer les résultats diagnostiques par tous les éléments d'information que les sources historiques peuvent nous fournir, et de chercher à ce titre, quelle part contributive l'hagiothérapie peut apporter à cette reconstitution.
Or des saints spécifiques dans les affections utérines trois sont précisément de la part d'Isabeau l'objet d'une dévotion particulière et simultanée :
A. Sainte Véronique. [Comptes d'Isabeau p. p. Leroux de Lincy /. c. p. 639 : « A Gillette la Guillemette pour fere pour
la Royne et à sa devocion une neuvaine de Sainte Veronie
13 mars 1415. »)
Cf. Acta SS. Juillet, III, 273 : « De Sancta Haemorrhoïssa evangelica nomine, ut volunt, Veronica... IMuliereni illam, sanguinis profluvio laborantem, quam ex Sacris Evangcliis discimusà Servatore nostro curatam fuisse (Marc, cap. 5 ; — Mathieu, 9; — Luc, 8).
B. Saint Fiacre. {Comptes d'Isatyeau p. p. Lerouxde Lincy /. c. p. 639 : « 13 mars 1415. A Gillette la Guillemette pour
fere pour la Royne et à sa devocion une neuvaine de Saint
Fiacre ». — Comptes de la Reine p. p. Douet /. c. p. I i() : Avril 1401. Isabeau se propose de faire un pèlerinage à Saint
Fiacre et « envoie toute nuit par deux foiz, savoir se il y avoit point de mortalité » . )
Cf. Ada SS. Août, VI, 598 : « S. Fiacrii Miracula. Mulier quaedam de Burgundia narra vit... quod sanguinis fluxum per septem annos incessanter passa fuerat, etc... ». — Sur la neuvaine faite par Anne d'Autriche au tombeau de Saint Fiacre (1645) pour obtenir la guérison d'une métrorrhagie, cf. les hagiographes du xvu^ siècle.
C. Saint Cosme et Saint Damien. Pour la neuvaine d'Isabeau voy. Comptes de la Reine [\^^ avril 1417) p. p. Vallet de Viriville d. Chartier III, 284.
Sur la spécificité gynécologique des deux saints anargyres, cf. Acta SS. — Cosmas et Damianus. Septembre, VII, 462 : « Mulier inlerno correpta malo saevis doloribus in domo sua conflictabatur, etc. ». — Id. ibid. p. 464 : « De muliere matricis doloribus excruciata... »
Le diagnostic hagiothérapique concorde ici avec le diagnostic thérapeutique et permet d'admettre chez Isabeau la probabilité clinique de la dysménorrhée.
La quittance suivante ne laisse aucun doute sur la nature exclusivement médicale de ces pèlerinages spécifiques que les médecins, dans les cas d'affections rebelles, ne manquaient point de conseiller aux malades : « 20 avril 1416. A Maistre Guillaume le Pelletier, phisicien du roy, pour faire faire pour ladite dame et à sa dévotion une neuvaine en l'église Notre- Dame-de-Monfort ; pour ce, par ladicle cédule et quittance de Messire Jehan Bellay, gouverneur de ladite église, 45 sous. » {Comptes disabeau p. p. ValleL de Viriville /. c. III, 275),
Les théologiens, nous l'avons vu (cf. Introduct., p. XLIX), n'admettaient d'ailleurs cette spécificité qu'en précisant la nature de la vis medicatrix : l'effet curatif ne résulte pas de l'acte matériel [ex opère operato) mais de la disposition du malade [ex opère opérant is).
Sur l'abus des pèlerinages spécifiques au moyen âge dans les cas chirurgicaux, cf. les plaintes des praticiens du xiv^ siècle (Henri de Mondeville Chirurgia, éd. Pagel, pas-
sim^ — et Guy de Chauliac Grande Chirurgie, éd. Nicaise). La mention d'une neuvaine el d'une oiï'randc d'Isabeau à Saint Eutrope ne suffit pas pour nous permettre de conclure à l'existence de l'hydropisie chez la reine. Mais on peut en inférer quelle fut atteinte d'œdôme lymphatique. {Comptes (Tlsabeaii p. p. Vallct de Viriville, Chartier lil, 275 « 15 mai 1416. Une neuvaine pour Saint-Ytroppe (Eutrope) en l'église Saint-Gervais, sa paroisse à Paris, à raison de 27 sous parisis par neuvaine... Plus un cierge de quinze livres en la chapelle dudit Saint-Ytroppe, 50 sous parisis. »)
§ 5. Morl. — Pas de renseignements. Selon la très douteuse affirmation de Chartier, mort de cause émotive.
Jean Charfier, Chronique de Charles Vil, t. I, p. 209-210 : « Et ont esté lesditz Angloiz cause de culx abrégier ses jours, parce que ledit roy d'Angleterre ne la chevissoit autrement. A esté aussi fort dollente et prins en desplaisance de ce que injustement les Angloiz avoienL publié de son lils : car ilz disoient que Charles, dauphin de Vienne, n'estoit pas légitime, et par ce moyen inhabille à succéder
à la couronne de France Et ce venu à la congnoessance de ladite
royne, fut moult troublée et navrée en ceur, et jectant mains plours et soupirs, qui tellement l'ont tourmentée, que oncques depuis elle n'eult joye au ceur.
...Ladite royne, saichant la grant division mortelle avoir esté par telle espace de Icmps entre sondit fils et le duc de Bourgongne, et de nouvel estoit fait paix et bon acord entre icelles parties, print ung tel esjouisscment en soy qu'elle en cheult en maladie. »
Monstrelet (éd. Douet) VI, 188 : « Encest an, oumoisde septembre, Ysabel, royne de France, mère au roy Charles pour lors régnant, laquelle estoit logié à l'ostel du roy à Saint-Pol dedans la cité de Paris, où par longs temps elle avoit vescu en grand povreté par les tribulacions des guerres de ce royaume, accoucha malade, et brief ensievant trespassa de ce siècle. Sy fut enterrée en Féglise de Saint- Denis en France, non mie en telle sollempnité et grand estât qu'on a acoustumé à faire aux aultres roynes de France, n
Section 2. — État psychique.
§ 1. Aux troubles nerveux enregistrés ci-dessus il convient d'ajouter une série de phobies qui achèvent de fixer cliniquement la formule mentale d'Isabeau.
§ 2. — Aslraphobie. Sur rémolivité pathologique des aslraphobes cf . Mœh'ms Nerven-Krankheiten, Leipzig 1893, p. 146, 147. — Sur l'existence de l'astraphobie chez des sujets porteurs de tares nerveuses héréditaires et d'ailleurs indemnes de tout symptôme neurasthénique, cf. Levillain Neurasthénie p. 157, — Géhneau Phobies ip. 90.
Pour l'astraphobie d'Isabeau voy. Comptes d'Isabeaii p. p. Vallet de Viriville (Chartier, III, 276) : « 2 juin 1416. A Jehan de Piza, pour avoir esté du bois deVincennes à Melun, querre et faire venir le chariot de laditte dame servant pour le tonnerre, pour ce 18 sous, et pour une voiture à trois chevaulx par deux jours, à compter un jour pour retour, qui a amené ledit chariot dudit Melcun audit lieu du bois de Vincennes, 20 sous parisis ; pour tout 38 sous. »
Sur l'épouvante morbide de la Reine en présence du tonnerre, cf. Chronique du Religieux de Saint Denis, III, 6 :
« Similcs aeris passiones reginam summe terrebant et fere ad ultimam exinanicionem ducebant. » (Ces bouleversements delà nature [la foudre, le tonnerre et les éclairs] remplissaient la Reine d'un effroi mortel, et la réduisaient presque à l'anéantissement complet de son être.)
§ 3. Agoraphobie :
Comptes d'Isabeau p. p. Leroux de Lincy (/. c, p. 635) : <^ 22 juin 1416. — A Cambray, serviteur de la dicte dame en son estuve, qu'il avoit preste et baillé du sien pour un ouvrier charpentier et manouvrier, pour un jour, qui avoient faictes appuyés de boys sur les deux pons de la ville de Corbueil pour y passer la dicte dame en venant à Lay ; et pour avoir quis et livré le merrien en ce mis et emploie ii escus val. xxxvj s. »
L'impossibihté où est la Reine — (quoique portée dans sa litière et entourée de sa maison) — de traverser une rivière sur un pont sans balustrade est, dans le cas d'Isabeau, nettement symptomatiquc de l'agoraphobie, son fils Charles VII ayant hérité de ce stigmate de dégénérescence (Chastellain, II, 185 : « Il ne s'osoit logier sur un plancier, ny passer un pont de bois à cheval, tant fust il bon »).
§ 4. Palhophobie. — A travers la sécheresse de la rédaction, les quittances financières relatives aux déplacements d'Isabeau laissent percer l'hyperémotivité pathophobique de la Reine :
Comptes cUIsabeaii. Douet p. 114 : « [1401], Jehan le Charron, envoie haslivement toute nuit à Crécy pour savoir et enquérir se il y avoit point de mortalité ; pour ce et son rectour à court, samedi vni jours de janvier, ladicte dame à Saint-Pol. 10 s. p. »
Id. ihid. p. 146 : <( [avril 1401] Guiot Ciergeau, enL'o/e /o«/e nuit à Saint Fiacre par deux foiz^ savoir se il y avoit point de mortalité ; pour ce et son rectour, ce jour, illec. Argent 32 s. p. »
Id. ibid. p. 143 : u [1401]. Jehan le Charron, envoie porter lectres de la Royne au receveur de Crécy, et pour enquérir es villes d'environ se il y avoit point de mortalité ; pour et ce son rectour à court, samedi premier jour de janvier, la Royne à Saint-Pol. Argent, 18 s. p. »
Section 3. — Conclusion.
§ 1. L'examen de la symptomatologie nous mène au diagnostic de dégénérescence héréditaire avec état neurasthénique concomitant.
§ 2. Dégénérescence héréditaire, — Elle s'établit chez Isabeau :
A. Par les anamnestiques (voy. ci-dessus pp. 24-39).
B. Par les stigmates physiques : Malformation anatomique (sect. 1,§ 1); — État distrophique de la nutrition (§ 2 A et B) lié à l'hérédité névropathique (chap. I) et arthritique (chap. II).
C. Par les stigmates psgc hiques : Agovuphohie (sect. 2, i^ 3), astraphobie (§ 2), pathophobie (§ 4) — syndromes nettement
pathognomoni({ues de la dégénérescence héréditaire, — ces lésions de la volonté pouvant exister en l'absence de tout symptôme neurasthénique et faisant toujours défaut dans les cas de neurasthénie non héréditaire.
§ 3. — Etal neurasihéniqiic. Son existence s'établit :
A. Par la symptomatologie. Vertiges, vapeurs, palpitations, troubles nerveux sexuels (secl. 1, §^ 3 et 4), liés chez Isabeau à la goutte et à une polysarcie pathologique.
B. Par l'hérédité neuro-arthritique dlsabeau, qui nous donne la cause prédisposante de la névrose. On sait que cette forme spéciale de l'hérédité morbide est par excellence le facteur étiologique delà neurasthénie [Mœhius Nervenkrank/ieiten p. 145). — <( L'hérédité neuro-arthritique (Charcot-Bouchard Traité de Médecine VI, 1283) peut môme suffire à créer de toutes pièces l'état neurasthénique sans qu'aucune des causes provocatrices de la névrose soit intervenue. »
Pour l'obésité comme cause déterminante de la neurasthénie, voy. le Mémoire du Prof. Kisch L'obésité au point de vue des assurances sur la vie (Die Fettleibigkeit als Object der Lebensversicherung Wiener Medizinische Presse 2G mars 1893, p. 485). L'existence de lésions circonscrites répétées dans l'ascendance de l'obèse constitue, d'après l'auteur allemand, un pronostic nerveux défavorable. Or cette fréquence des lésions cérébrales en foyer est précisément la caractéristique pathologique de l'ascendance paternelle d'Isabeau, comme je l'ai montré ci-dessus (chap. I).