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La névrose traumatique, p

8. Cf. G. Rauzier, De la neurasthénie (Semaine médicale, 1893, p. 514).

ment, ou resta-l-il dans celle-ci au bord deTabîme, la terreur ({uil éprouva a dû être également grande, et partant grand le choc nerveux.

Or chez Charles VII l'hérédité est lourde (Visconti et Witlelsbach résumés dans Isabeau). Xous pouvons donc prédire pour lui les suites de l'accident : névrose traumatique 'ou hystéro-neurasthénic traumatique) chez un dégénéré.

Mais ce diagnostic établi, ilYautêtre en état de prouver (ju'il a plus de valeur qu'une simple opinion subjective : il y a des stigmates qu'on doit nécessairement retrouver chez le roi.

Ces stigmates pathognomoniques sont de deux ordres : stigmates somaliques^ qui ne s'observent pas dans tous les cas, — visuels^ acoustiques, génésiques (frigidité) ; — et, plus essentiels que ceux-ci, stigmates mentaux (les phobies) '.

Les premiers, s'ils se sont produits, n'étaient pas observables pour Içs gens de cette époque, et d'ailleurs ils sont moins importants ; mais les seconds (capitaux) étaient, s'ils existaient, très aisément observables pour les contemporains, qui devaient, suivant l'ignorance de l'époque, les prendre pour des bizarreries ou des singularités du personnage, au lieu d"y voir l'indice d'une névrose définie.

C'est en effet ce que notent les contemporains sur l'attitude de Charles postérieurement à l'accident. Il devient nettement agoraphobe, et son anthropophobie se précise (crainte de la foule - et de l'individu isolé), et Chastellain, qui n'a

1, Ch. Féré, La pathologie des émotions, éd. 1892, p. 520 : « M. Magnan admet que les formes les plus fréquentes de rémotivité systématique, et en parliculier les phobies, eonstiLuent des phénomènes spéciaux, des stigmates psychiques, des syndromes épisodiques de dégénérescence. » — G. Rauzier, La nein^asthénie (Semaine médicale, t893, p. H 17) : « A^eiu-ast/irnie liée à des sif/nes de dégénérescence héréditaire. Le trouble psychique dominant dans cette forme de neurasthénie consiste dans la présence des phobies. »

2. C^h. Féré, La pathologie des émotions, éd. 1802, p. 407 : u Au début de la plupart des vésanics, on peut observer un trouble des sentiments qui se manifeste par un penchant à la solitude^ à la fuite de ses semblables. » — Id., ibid., p. 408: « La peur des foules se manifeste sous différentes formes. Un grand nombre d'individus éprouvent une émotion extraordinaire lorsqu'il s'agit de parler en public, et présentent alors tous les signes physiques de la peur. )>

C'est cette forme de la peur que Charles VII éprouve encore en

connu le roi que dans la deuxième partie de sa vie, le dépeint comme étant resté tel jusqu'au dernierjour (ci-dessus, p. 63-64).

Maintenant que par les phobies nous avons installé sur une base solide, et qui 'défie toutes les contradictions, le diagnostic névrose traumatique chez un dégénéré (ou hystéro-neurasthénie traumatique), reprenons la constatation historique de M. de Beaucourt, et nous allons donner la traduction physiologique des symptômes et de la guérison.

A. Période d'état. Consécutivement à l'accident de La Rochelle, asthénie psychique^ indolence, apathie, plus aucun intérêt aux choses capitales, devient endormi (v. pp. 81-82). Aboulie, d'où favoris successifs; et le manque de volonté qu'il porte pour garantir son indépendance, il le porte pour sauver la vie de ses favoris. Ilijpertrophie émotive par absence d'inhibition, sur l'idée fixe de sa bâtardise, qui, indifférente pour lui à l'état normal, devient au contraire une graduelle obsession, au point de vouloir quitter la place (comme le neurasthénique qui veut lâcher la partie, se sentant incapable de son ancien métier ^).

Si nous comparons ces symptômes, relevés dans les données historiques, à des cas de clinique moderne, nous y retrouverons des analogies frappantes.

Bouveret (la Neurasthénie, p. 274) cite le cas d'un maçon

t439 : '( Et quant ilz [les États] ont esté à Orléans, à paine ont eu vostre présence, car... à grant paine avez-vous monstre vostre face ; et se ilz entroient en vostre chambre... vous vous boutiez en ung petit retraict, et on fermoit l'uys adfm que on ne parlast à vous. » Juvénal, Épitres, Ms. fr. 5022, f 5-6 v" (d. Beaucourl, t. III, p. 136).

1. A. Blum, De Vliystéro-neurasthénie traumatique, éd. 1893, \). 5 : <( Les malades deviennent alors taciturnes et recherchent la solitude. Ils sont incapa])les de s'occuper, de quitter leur ht ou leur chaise, ils sont poursuivis par des idées noires qui peuvent aller jusqu'au suicide. Ce qui domine chez eux, c'est l'indiflerencc pour tout ce qui les touche, l'absence de volonté qui les rend incapables de se livrera un travail physique ou intellectuel un peu soutenu. »

G. Rauzier, De la neurasthénie (Semaine médicale, 1893, p. oli) : <( Mais de toutes les opérations de l'intelligence, la plus atteinte est la volition : le neurasthénique ne peut vouloir, n

tombé d'un échafaudage. La chute n a pas été brusque et il a eu quelques secondes d'angoisse. 11 n'a reçu que des contusions et pas de blessures graves. Il est devenu faible, incapable de travailler, sombre, aballii, taciturne. Quinze ans après, Bouveret le retrouve dans ce même état. Autre cas : une dame habitant le second étage d'une maison qui s'est écroulée, est précipitée de sa chambre dans une excavation du sol de 5 mètres de profondeur (Vibert, ta Névrose traiimatique, p. 140). Elle reçoit une blessure sans gravité, et n'a pas perdu connaissance au moment de l'accident. Au bout d'une quinzaine de jours, son état mental change rapidement. Elle devient indifférente, passive, hors d'état de se livrer à une occupation quelconque. Quelque temps après, elle devient d'une éniotivité extrême, ne peut supporter rien de ce qui tui rappette l accident même de très toin \ (Chastellain sur Charles VII : « ne s'osoit logier sur un planchier ».)

B. Sa guérison graduelle. Psychothérapie par la puissante suggestion de Jeanne d'Arc. Beaucourt annonce le retour à l'activité sous le nom de a réveil du roi ». Les critiques (Éc. des chartes) l'ont raillé, ne comprenant pas que c'est bien d'un réveil qu'il s'agit, et que Beaucourt a été très bien inspiré de donner ce nom, sans savoir les causes du sommeil psychique et de l'aboulie.

La neurasthénie apparaît chez un héréditaire, en règle générale, à l'âge de quinze à vingt ans. Enfant, le malade a toujours l'apparence normale, jusquà la cause occasionnelle. Ce diagnostic explique l'affaissement moral et l'âge auquel il

1. Ch. Féré, La pathologie dca émotions, éd. 1892, p. 420 : « Mais souvent la spécialisation de la crainte morbide est déterminée par un accident, qui provoque une émotion pénible dans une circonstance spéciale, dont la représentation s'associe définitivement à Témotion. Qu'un individu prédisposé par hérédité ou dégénérescence, convenablement préparé par un état de dépression physique, éprouve une émotion pénible au milieu d'une place, cette circonstance de lieu peut s'associer si définitivement à l'émotion pénible, que la vue, la représentation de cette place pourra ramener constamment et définitivement l'émotion. »

Id., ibid., p. 403 : « Pour chaque malade c'est souvent une circonstance spéciale qui détermine exclusivement l'accès d'angoisse. »

s'est produit. Il nous donne aussi la clef de sa guérison et explique pourquoi elle date seulement et précisément de Jeanne d'Arc (Voy. sur puissance de la suggestion, Mathieu, Neurasthénie) et comment en le rassurant sur l'idée de sa bâtardise, elle le remet peu à peu dans l'état où il était avant l'accident de La Rochelle.

Rechutes après elle. Guérison terminée en 1439, mais les phobies restent, et leur persistance indique combien le terrain était profondément dégénéré et nous prépare à la sixième époque.

V. Période brillante pendant dix ans, à part quelques u cheftivetés » (Chastellain).

VI. Puis soudain excès génésiques, harem depuis 1449. Ces excès génésiques peuvent être effet aussi bien que cause, comme pour Maupassant, et indice de l'explosion d'une nouvelle déséquilibration nerveuse. A noter comme concomitance que la scrofulose qui a dévoré ses frères ne fait explosion chez lui qu'à cette date de la cinquantaine passée.

VII. Ostéo-périostite tuberculeuse du maxillaire. Septicémie, délire des persécutions. Sitiophobie. Mort.

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