‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 66 sur 183 · CHAPITRE PREMIER PREMIÈRE GÉNÉRATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER PREMIÈRE GÉNÉRATION

§ 1. Robert dit le Fort, comte d'Anjou, fondateur de la Maison de France (né ? — f 866) ; Tarrière-grand-père et le plus ancien ascendant connu du roi Hugues Capet.

Apparaît pour la première fois dans l'histoire le 3 avril 852 (lllustris vir Rotberhis dans un diplôme * de Charles le Chauve, HF, VIII, 520), — et bientôt après comme missiis dominicus du souverain carolingien pour la Touraine, le Maine et l'Anjou.

1. IIF, VIII, 520. — Année 852. Diplôme de Charles le Chauve {Pro Majori Monasterio). In nomine sanctae el individuae Trinitatis, Karolus Dei gralia Hex... Notum sit omnihiis sanctae Dei ecclesiae fidelibus et nostris, praesenlibus alque futuris, (juia per deprecalionem illustris viri Rotberti l'ecloris monasterii S. Martini, quod Majus Monasterium dicilur, complacuit clementiae nostrae quasdam villas... necnon etiam Ecclesiam S. Simphoriani supra Ligeris alveum, cum portu utriusque ripae, etc...

Section 1. — Antécédents héréditaires.

§ 1. Uérédilé ascendante. Père incertain, mère inconnue.

Pour justifier l'usurpation de 987, les historiographes officieux de Tancien régime ne se firent point scrupule de transformer Tarrière-grand-père dHugues Capet en descendant et légitime héritier tantôt des rois Mérovingiens, tantôt des Carolingiens ou des rois Lombards. La science moderne a montré la valeur de ces tours de force historiques.

« Les maisons souveraines, écrivait en 1861 le duc d'Aumale [Lettre sur Ihistoire de France., p. 3), ne comptent qu'un seul parvenu, leur fondateur », et dès le x'' siècle le chef du parti légitimiste carolingien, Tarcheveque Foulques, parlant du fils de Robert le Fort devenu roi, le stigmatise comme un tyran usurpateur, simple parvenu étranger à toute parenté royale («... coactus sit ejus hominis, videlicet Odonis, dominatum suscipere, qui ab stirpe regia exsistens alienus, regali tyrannice abusus fueril potestale. » Flodoard, lUst. 1. IV, cap. v). — Si on laisse de côté les apocryphes généalogies fabriquées dans un intérêt dynastique, et qu'on se limite aux hypothèses scientifiquement discutables, on voit que les hypothèses sur l'origine du comte d'Anjou se réduisent présentement à trois :

1° Celle qui donne à Robert une origine française et fait de lui un Neustrien de race noble, fils soit d'un comte de Tours (Mabille, Introd. aux Chron. des Comtes d'Anjou, p. liv, note 3), — soit d'un comte de Blois (Anat. de Barlhélemy, Origines de ta Maison de France d. Bev. des Questions hist. 1873, I, 108-145).

2° Celle de l'origine saxonne, soutenue par K. von Kalckstein, Robert der Tapfere, Berlin 1871, pages 10 et 1 11 ; — Id. Geschichte des franzœsischen Kœnigsthums unter den ersien Capetingern, Leipzig 1877, I, 2 et 464) — et Monod [Revue Crit. 1873, II, 99). Le fondateur delà Maison de France

ne serait autre que le fils d'un certain Witichin, étranger établi en Gaule, — homme de race germanique, dit Uicher (« advena germanus », éd. Waitz, I, 5), — très probablement de condition modeste f l'avre, Eudes, 199). Aimoin, Miraciila S. Benedicti, II, 1, 93, ajoute qu'il était Saxon (« Uobertus Andegavensis comes, 5axo/2zc/ generis vir... »).

3° Celle de Torigine franque récemment émise par Merlet [Mélanges Ilavel, 1895, p. 97-109), qui rattache Robert le Fort à une famille noble de la Francia Orientalis (Guillaume, comte de Blois sous Tempereur Louis le Pieux, seigneur franc tué dans un combat en 834). — L'auteur de cette hypothèse s'appuie sur un passage des Annales du monastère de Xanten (Prusse rhénane) dont la rédaction remonterait à l'année 875 (c'est-à-dire à une dizaine d'années seulement après la mort de Robert le Fort) : « Igitur bellum inter Gallos et paganos geritur in Gallia, et cecidit ex utraque parte innumerabilis multitudo, ibique Ruodbcrtus, vir valde strenuus, orhis de Francia, dux Karoli, interfectus est » (Pertz, Scriplores, II, 232). — Dans cette théorie de Merlet la famille de Robert le Fort serait donc originaire de la région comprise entre Spire, Worms, Mayence et Francfort.

On voit qu'en dépit de cette triple hypothèse « la question de l'origine de la famille capétienne est à peu près insoluble - (Monod, Rev. Cril. 1873, II, 97). C'est dire que l'anamnèse héréditaire de Robert nous fera longtemps défaut. Tout au plus le biologiste pourra-t-il dégager de ces affirmations le maigre renseignement (d'ailleurs plus anthropologique que médical) de l'origine ethnique de Robert. Dans chacune de -ces trois hypothèses le comte d'Anjou serait de race germanique (d'une façon sûre dans les deux dernières, et seulement probable dans la première).

§ 2. Hérédilé collatérale. A. de Barthélémy suppose l'existence d'une sœur aînée de Robert le Fort, dont nous ignorons jusqu'au nom ; Favre (p. 110, note l)et v. Kalckstcin pensent qu'elle est plutôt une fille de Robert le Fort.

Section 2. — État somatique.

§ 1. Antécédents physiologiques. Pas d'aulre renseignement que le surnom significatif, mais très postérieur, de fortis (cL Kalckstein, Robert cler Tapfere, p. |117, note 6). Fortis a en latin les deux sens, physiologique (robuste) et psychique (vaillant, courageux).

§ 2. Antécédents pcdhologiques. En 864, blessure légère dans un combat contre les Normands (Ilincmar, Annales Bertiniani, éd. Waitz, 1883, p. 74 : « Rodbertus comes Andegavensis adgrediens duos cuneos de Nortmannis qui in Ligeri fluvio residebant, unum quidem, exceptis paucis evadentibus, interfecit, et altero maiore rétro superveniente, vulneratur. Unde, paucis suorum amissis, sibi secessu consuluit et post paucos dies convaluit. Anno Domini 864 »).

Sur ce traumatisme dépourvu de toute signification pathogénique cf. Dïimmler, Geschichte des ostfrœnkischen Beichs, 2^ éd. Leipzig, 1887, II, 118 ; — Kalckstein, Bobert der Tapfere, p. 93, et Geschichte des franzœsischen Kœnigsthums unter den ersten Capetingeni, p. 16.

§ 3. Mort. Tué en 866 à Brissarthe, dans un combat contre les pirates normands :

Hincmar ann. 866 {Annales Bertiniani, éd. Waitz, 1883, p. 84) : « Nortmanni commixti Brittonibus, circiter quadringenti de Ligeri cum caballis egressi, Cinomannis civitatem adeunt. Qua depraedata, in regressu suo usque ad locum qui dicitur Brieserta veniunt ; ubi Rotbertum et Ramnulfum, Gozfridum quoque et Heriveum comités cum valida manu armatorum, si Deus cum eis esset, oiTendunt. Et conserto praelio, Rotbertus occiditur, Ramnulfus plagatus, cujus vulnere postea mortuus est, fugatur ; et Heriveo vulnerato, et aliis quibusdam occisis, caeteri ad sua quique discedunt. Et quoniam Ramnulfus et Rotbertus de praecedentium se vindicta, qui contra suum ordinem aller abba-

liam Sancli Ililarii, aller abbatiam Sancli Martini praesumpseratjCastigari noluerunt,in se ullionem experirimeruerunt. » Chronicon Sithiense (HF, VII, 2G9) : « Eodem anno {Sm) Dani sive Normanni Galliam repetentes, Nannclis, Andegavis, Pictavis et Turonis, el eorum terminos eis depopulantibus, occurrentes RanuH'us Dux Aquitaniae et Robertus Forlis Marchio Andegavensis, minus caute praeliantes occubuerunt, ceteri a Normannis, velut oves a lupis, acervatim prosternuntur^ »

1. Reginon (éd. Kurze, 1890, p. 92) : « Anno dominicae incarnationis DGCCLXVII. Nortmanni ora Ligeris iluminis occupantes Namnetensem, Andegavensem, Pictavensem atque Turonicam provintiam iterato criidoliter depopulari coeperunl. Conlra quos Ruotl^erlus, qui marcam tenebat, et Ramnulfus dux Aquitaniae collecta mullitudine aciemdirigunt. Illi sentientes se ab exercitu insequi cuni summa acceleratione ad classem repedare contendunt ; sed cum appropinquare insequentium multitudinem cernèrent, cognoscentes se efîugere non posse quandam villam ingrediuntur, ubi se, quantum hora permisit, communiunt. Erat autem in eadem villa basilica pergrandis ex lapide constructa, in qua maxima pars Nortmannorum introivit cum duce eorum nomine Hastingo. Ruotbertus et Ramnulfus cum sociis super eos irruunt, quoscumque extra basilicam repererunt, absque mora trucidant. Ad ecclesiam pervenientes, cum vidissent locum munitum et animadvertissent non modicam lurbam paganorum intrinsecus latitantem, parumper délibérantes castra in circuitu statuunt, tentoria figuntjUt in crastinum exstructis aggeribus applicatisque machinis hostes totis viribus expugnarent ; declinabat quippe iam sol ad occasum. Ruotbertus nimio calore exestuans, galeam et loricam deposuit, ut aura collecta paulisper rcfrigeraretur; cumqueunusquisque in positione castrorum intenderet, repente Nortmanni a munitioneexiliunt et cum ingenti clamore super Ruotbertum ac socios impetum faciunt. Sed quamvis repentini et subitanei casus etiam fortissimos virosin l)ello conturbare soleant, tamenarma quam citius corripiunt, hostes viriliter excipiunt et cedentes in basilicam redire compellunt. Ruotbertus absque galea et lorica accurrcns, cum incautius dimicaret et inimicos ultro insequeretur, interfectus est in introitu ipsius ecclesiae; eius corpus iam exanime Nortmanni intrinsecus trahunt. Porro Ramnulfus, cum cminus stans evenlum rei spccularetur, a quodam Nortmanno per fenestram basiiicae sagittae ictu graviter vulneratus est et a suis ex certamine eductus vix triduo supervixit. Tali infelici infortunio pugna commissa est et finita. »

Ann. Fuldenses, 8G7. Mon. de Pertz, t. I. p. 380 : u Ruodbertus Karoli Régis Comes apud Ligerim fluvium contra Nordmannos fortiter dimicans occiditur, alter (juodammodo nostris tcmporibus Mâcha-

Section 3. — État psychique

Pas d'autres renseignements que ceux que Ton peut induire du curriculiim vitœ de Robert. Dans le diplôme de 852, Robert est qualifié d'illiistris, titre qui désigne d'ordinaire un comte. Investi en 853 par Charles le Chauve des fonctions de missus dominicus^ nous le voyons, dès 856, en révolte contre son souverain (Dûmmler, Gesch. des osifrsenkischen Reichs, I, 452) et s'alliant au duc de Bretagne Salomon, l'adversaire de Charles. En 861 nouvelle et fructueuse évolution de Robert : il se réconcilie avec son maître et le commandement militaire de la Neustrie est le prix de cette réconciliation ^ Pour s'assurer la victoire contre son voisin et ancien allié le duc de Bretagne, Robert n'hésite point à acheter à prix d'argent l'appui des pirates Normands. (En 862, cette alliance avec des non-chrétiens était un acte politico-religieux aussi insolite qu'eût pu l'être deux siècles après, au temps de Pierre l'Hermite, une entente des chefs croisés avec les Sarrasins.) Les Bretons défaits, Robert se retourne contre ses alliés Normands et trouve la mort en les combattant.

En dehors de sa valeur militaire, Robert, on le voit, ne paraît avoir été ni dépourvu d'esprit d'intrigue, ni très pourvu de scrupules politiques, — toutes marques de parfait équilibre mental.

Cette aUiance avec les païens Normands est peut-être de

baeus: cujus praelia, quae cum Brittonibus et Nordmannis gessit, si per omnia scripta fuissent, Machabaei gestis aequiparari potuis- ■sent. »

1. u Anno dominicae incarnationis DCCCLXI. Carolus placitum habuit in Compendio ibique cum optimatum consilio Rodberto comili ducatum inter Ligerim et Sequanam adversum BriLtones commendavit, quem cum ingenti industria per aliquod tempus rexit. » (Reginon, Chronicon, ann. 861, édit. Kurze, p. 79.)

tous les actes de Robert celui qui nous révèle le mieux le sens réaliste de l'ambitieux fondateur de la Maison de France.

« A l'origine, a. très bien dit l'historien danois Worsaae, les courses des Vikings avaient, entre autres buts, celui de combattre en faveur du vieux paganisme contre le christianisme qui menaçait son existence » (Worsaae, De Danskes Kultur, tr. Morillot, p. 106). On peut mesurer la répugnance que durent éprouver les hommes du ix'^ siècle pour la trop pratique combinazione de Robert en voyant l'indignation qu'un demi-siècle plus tard Charles le Simple provoqua chez ses partisans les légitimistes carolingiens quand ce descendant de Charlemagne voulut, à l'imitation de Robert le Fort, solliciter le secours des Normands.

Nul doute cependant qu'au point de vue militaire cette alliance de Charles le Simple n'eût assuré la défaite de l'usurpateur Eudes et le triom])he du roi légitime. Comment ce projet vraiment politique est-il accueilli par le chef du parti de Charles, Foulques, archevêque de Reims, l'habile et délié conseiller du jeune prétendant : « Lequel de vos sujets, qui vous est fidèle comme il doit l'être (répond l'archevêque à Charles le Simple) ne serait terrifié de vous voir rechercher l'amitié des ennemis de Dieu et conclure une alliance détestable avec les païens?... Il n'y a, en elTet, aucune différence entre celui qui s'allie aux païens et celui qui, après avoir renié Dieu, adore les idoles... Croyez-moi, jamais en agissant ainsi, vous ne parviendrez au trône, car le Dieu que vous irritez vous perdra rapidement. Jusqu'ici j'avais meilleur espoir de vous ; maintenant, je vois que vous périrez avec tous vos complices, si vraiment vous voulez agir ainsi et suivre de pareils desseins... Je vous supplie, au nom de Dieu, d'abandonner ce projet, de ne pas vous précipiter, de votre plein gré, dans une mort éternelle, et de ne pas causer cette douleur à moi et à tous ceux qui vous sont fidèles selon Dieu. \\ aurait mieux valu que vous ne fussiez pas né plutôt que de vouloir régner sous le patronage du diable et aider ceux que vous deviez combattre par tous les moyens. Sachez en eiï'et que, si vous faites cela, si vous acquiescez à de semblables conseils, jamais vous ne m'aurez comme fidôle,et deplusje détournerai de vous être fidèles tous ceux que je pourrai et, avec mes

coévêques, vous excommuniant vous et les vôtres, je vous frapperai d'un anathème éternel. » (Flodoard, IV, 5, tr. Favre, Eudes, p. 187.)

Ces mômes sentiments ont été fort bien mis en lumière par M. J. Petitjean dans son étude sur Ahbon V Humble, p. 71 : « Nous pouvons remarquer que, malgré les différences de leur physionomie, les héros du poème d'Abbon ont tous un trait dominant et commun, l'amour de la patrie et la haine du païen. A cette époque, en effet, le patriotisme était inséparable des opinions religieuses. — Se joindre aux Normands, c'était apostasier; les combattre, au contraire, c'était se montrer à la fois chrétien et Français!

« C'est aussi sous ce double aspect que nous apparaît Abbon. — Chrétien, nous le voyons applaudir aux massacres des Normands; il est pour eux sans pitié, et les voue tous à la marmite de Pluton. Il leur prodigue sans cesse les épithètes les plus injurieuses; il les appelle fils du diable, race de Satan, peuple de réprouvés. Gentils, païens, infidèles, buveurs de sang, bouchers, acéphales, etc., etc. Il voudrait les voir tous exterminés jusqu'au dernier, et il reproche à l'évêque Anschéric, le successeur de Gozlin, qui en avait sauvé plusieurs, de ne pas les avoir fait mettre à mort, comme c'était son devoir. — Il pousse un cri de joie lorsque cinq cents de ces malheureux sont surpris et tués par les Parisiens, furieux de voir les barbares, en dépit du traité conclu, ravager les rives de la Marne et mettre le siège devant Meaux. »

Quoique j'aie pour principe de ne citer qu'à la dernière extrémité des documents politiques pour établir la formule psychique, je suis bien obligé de recourir à cette induction pour Robert le Fort, puisque l'on manque de base.

Section 4. — Femme de Robert le Fort.

5:> 1 . Sur la femme de Robert, qui n'est pas fille de Louis le Débonnaire (comme on le croyait autrefois) mais probablement (cf. Kalckstein, Geschichte d.franz.Kœnigst/uims,p. 406) sœur d'un comte Adalelm de Laon,les renseignements font défaut.

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