‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 67 sur 183 · Partie I · texte numérisé non relu

Partie I

§ 1. Robert I"", second fils de Robert le Fort.

La date exacte de la naissance de Robert P' nous est inconnue. Nous savons seulement qu'elle est postérieure à 860, année de la naissance d'Eudes, fils aîné de Robert le Fort (cf. Favre, Eiides^ p. 12), — et antérieure à l'automne de 8G6 (date de la mort de Robert le Fort à Brissarthe), Robert P' n'ayant point été posthume (Réginon, Chron. ann. 867, éd. Kurze, p. 93 : «Odo etRuotbertus filiiRuotberti, adfiiic parvuli erant quando pater extinctus est et idcirco non est illis ducatus commissus ») .

Abbé laïque de Saint-Martin de Tours et comte de Paris (887? cf. Favre, Eudes, p. 96) ; — marquis de Neuslrie (893? Favre /. c. p. 71, 96); duc des Francs (après 893? Favre, p. 97) ; élu roi de France (922) contre le roi légitime carolingien Charles le Simple (893-920), comme son frère aîné Eudes l'avait été déjà une fois contre ce môme Charles le Simple alors enfant de huit ans.

Section 1. — Anamnèse collatérale.

§ 1. Sœur aînée (Voir ci-dessus, hérédité collatérale de Robert le Fort, section 1, § 2). Kalckstein croit pouvoir rcsti-

tuer son existence par l'indication du nom de son fils (Reginon, an. 892. « Megingandus cornes w^).

§ 2. Frère aîné. Eudes, comte de Paris (860-898), le héros de la défense de Paris contre les Normands au siège de 885. — Duc des Francs (octobre 886; cf. Favre, p. 71). — Élu roi de France (888).

A. Antécédents physiologiques : «... virum strenuum, cui pre ceteris formae pulcliritudo et proceritas corporis, et virium sapientiae que magnitudo inerat » (Reginon, Chron. ann. 888, éd. Kurze, p. 130).

B. Antécédents pathologiques. Pas de renseignements.

C. Mort. Des trois premiers princes de la Maison de France le seul qui ne soit pas mort de mort violente, — son père Robert le Fort, son frère cadet Robert P' ayant péri Fun et Tautre les armes à la main. On sait d'ailleurs que, pour avoir été naturelle, cette mort du fils aîné de Robert le Fort n'en reste pas moins jusqu'à ce jour une énigme insoluble pour l'histoire. Des chroniqueurs carolingiens qui relatent la fin d'Eudes, l'un ignore la nature de la maladie terminale, — l'autre affirme que le roi robertien est mort fou, — le troisième qu'il a été empoisonné, — le dernier qu'Eudes a succombé à une affection fébrile.

Ce problème de la mort d'Eudes a été volontairement laissé de côté par les trois derniers biographes du premier roi de la Maison de France : Diimmler, Geschichte des ostfrdnkischen Reichs (2^ éd. Leipzig 1887, III, 437), — von Kalckstein, Geschichte des franzœsischen Kœnigsthums unter den ersten Capetingern (Leipzig 1877, I, 106), — Favre, Eudes comte de Paris et roi de France (1893, p. 193). Ils ont pensé que la solution de cette énigme ne constituait guère qu'une curiosité pathologique ressortissant aux infiniment petits de l'histoire médicale des Rois de France.

1. « Item eodem anno, niense Aiigiisto V. Kalcndas Septembr. Megingaudus cornes, nepos supradicti Odonis régis, dolo inlerfectus est ab Alberico et sociis eius in monasterio sancti Xisti,quod vocatur Rotila. » (Reginon, Chronicon, ann. 892, édit. Kurze, p. 140.)

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Etrangers aux disciplines biologiques, ces distingués médiévistes n'ont point soupçonné qu'à cette question, — en apparence d'intérêt si restreint, — se rattachait un second problème, capital pour l'histoire de la lutte de la maison de Robert le Fort contre la royauté légitime, je veux dire l'explication rationnelle des derniers actes politiques du roi Eudes.

Pour rendre raison de ces actes si difficiles à interpréter, plusieurs historiens n'ont pas craint « de dépasser (pour employer l'expression de Lot) ce que nous apprennent les sources » et de recourir à l'emploi antiscientifique de la critique subjective. Avant d'en venir à cette extrémité, il eût été plus conforme à la bonne méthode : 1° de rapprocher de la maladie terminale les actes qui précèdent immédiatement la mort du roi; — 2° de rechercher s'il n'existe point entre ces deux ordres de faits un lien de causalité au lieu d'un simple rapport de succession.

Ce n'est point incidemment et à la fin d'un paragraphe consacré aux anamnestiques de Robert P' qu'on peut procéder à une recherche de ce genre et résoudre le double et difficile problème de la mort d'Eudes. Pour l'étude de cette énigme psychologique du premier roi de la Maison de France, nous renvoyons le lecteur à la deuxième partie du présent chapitre

Section 2. — Anamnèse personnelle.

§ 1. Antécédents physiologiques. Pas d'autre renseignement que celui de l'extrême vigueur physique déployée par Robert (alors âgé d'une vingtaine d'années) pendant le siège de Paris par les Normands (885-886).

Au premier rang des comtes coifîés de ce casque à aigrette qui a le don de terrifier les Vikings [Cristatosque vident cunctoSy etc.. — Abbon, 1, 138) figure toujours le jeune Robert combattant au côté de son aîné Eudes :

Arx nnlat, cives trépidant, ingensque tubarum

Vox resonat, cunctosquc pavor cum tiirribus intrat.

Hic procercs multi, fortesque viri rcnitebant:

Antistes Gozlinus erat primus super omnes;

Huic erat Ebolusqiie nepos, mavortius abl)a,

Hic Rotbertus, Odo, Ragenariiis, Utto, Erilangus:

Hi comités cuncti ; sed nobilior fuit Odo,

Qui totidem Danos perimit quot spicula mittit.

[Abbon, I, 240.)

Le 26 novembre 885, les Normands s élancent de leurs barques [Nempe riiiinl omnes ratibiis, inrrique properanles... Id. I, 63) à l'assaut de la tour qui ferme l'entrée du Grand Pont de la Cité, sur la rive droite de la Seine. En tête des assiégés, accourant pour repousser les Danois, « rayonnent n (nous dit le témoin oculaire Abbon) les deux fils de Robert le Fort :

Urbs resonat, cives trépidant, ponlesque vacillant ; Concurrunt omnes, turrique juvamen adaugent. Hic comités Odo, fraterque suus radiabant Rotbertus, pariterque comes Ragenarius ; illic Pontificisque nepos Ebolus, fortissimus abba... Hic vita^ multis extrema dedere ; sed acres Phiribus infligunt plagas, tandemque recedunt, Exanimes Danos secum multos referentes.

{Abbon, \, 64-75.)

§ 2. Antécédents pathologiques. Pas de renseignements.

§ 3. Mort. Tué en 923 à la bataille de Soissons, d'un coup de lance selon Flodoard : « Commissoque praelio, multis ex utraque parte cadentibus, Rotbertus quoque Rex lanceis perfossus cecidit. ^) (Flodoard, Annales, ann. 923.)

Suivant Réginon, un coup de lance fut porté à Robert dans la bouche par Charles le Simple lui-même : « DCCCCXXII. Suessionis inter Ruodbertum et Karolum tanta pugna commissa est, ut pêne ex utraque parte victores esse viderentur. Karolus tamen ori sacrilego Ruodberti ita lancea infixit, ut diffissa lingua cervicis posteriora penetraret. » (Reginon, Conlimiatio ann. 922.) Selon Adhémar de Chabannes, Robert aurait eu la tête fendue parle porte-enseigne de Charles.

§4. Étal psychique. Il est qualifié de « vir industrius atque audatia plurimus » (Richer, édit. Waitz, I, 14).

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Section 3. — Femme de Robert F

Béatrix de Vermandois, fille de Héribert P'", comte de Vermandois, épouse Robert P^

§ 1. Anamnèse hérédilaire. La mère de Hugues le Grand descend de Charlemagne.

Pépin^ roi d'Italie, fils de Charlemagne, -J- 810 à Milan, d'une maladie indéterminée : <> Pippinus filium ejus, regem Italiae idus Jul. de corpore migrasse. » Einhard, Annales, ad ann. 810 (Monum. Tlerman. p. 197). — « Pippinus rex Italiae morbo vitam finivit acerbo. «Poeta Saxo, Annales, lib. IV, 271 (Monum. German. I, p. 264) et aussi Sigebert de Gembloux, HF. V, 379.

Bernard, roi d'Italie, arrière-grand-père de Béatrice; fils naturel de Pépin, roi d'Italie, -f-818. Révolté contre Louis le Débonnaire et fait prisonnier par ce dernier, il fut condamné à avoir les yeux arrachés et mourut trois jours après l'exécution de cet ordre. « Bernhardus... luminibus et vita privatur » (Nithard, II, 3). — « Tertio die post amissionem luminum Bernhardus obiit» (Thegan. De gestis Ludovicipii, §23). — « Anno dominicaeincarnationisDCCCXVHI. Bernardusfilius Pippini, rex Italiae, Aquis cvocatus ad imperatorem dolo capitur et primo oculis, post vita privatur. Ilabuitautem iste Bernardus filium nomine Pippinum, qui très liberosgenuit, Bernardum, Pippinum et Heribertum » (Réginon, édit. Kurze, p. 73).

Pépin II, seigneur de Péronne et de Saint-Quentin, grandpère de Béatrix; fils de Bernard roi d'Italie, -{-?

Père : Héribert P'', comte de Vermandois, 7 902, assassiné par Baudouin II, dit le Chauve, comte de Flandre. « Habuit autem iste Bernardus filium nomine Pippinum, qui 1res liberos genuit, Bernardum^ Pippinum et Heribertum; qui Heribertus Rodnlfum comitem filium Balduini interfecit nostris temporibus et non multum post occisus est a Balduino, satellite Balduini fratris Rodulfi, qui Balduinus hucusque in Flandris ducalum tenet. » (Reginon, édit. Kurze,

ad ann. 818, p. 73.) — (D'Arbois de Jubainville, Hist. des comtes de Champagne, t. I, p. 76.)

§ 2. Anamnèse collalérale. Frères : Héribert II, comte de Vermandois, et Peppin, comte de Sentis (Kalclvstein, p. 53), sur ce dernier pas de renseignements.

Héribert II, comte de Vermandois, V^ de Troyes, 943, Épouse sa nièce, fille de Robert P"", roi de France, et de Béatrice sa sœur. (Flodoard, Annales, ann. 946 et 952 ; — D'Arbois, /. c).

A. Étal somalique. « Erat enim pinguissimus Heribertus », dit le Chronicon Sithiense, IIF. IX, 78.

B. Mort. Des trois sources qui parlent du genre de mort de Héribert II, seul le Chronicon Silhiense le fait mourir de mort violente, mais cette version ne repose sur aucun document précis. Il aurait été pendu à un arbre sur Tordre de Louis d'Outremer, fils de Charles le Simple, qui aurait ainsi vengé son père : «...Tune rex extracto fune de sella, praecepit eum in arbore vicina suspendi ligatum sub ascellis ; cumque adhuc palpitaret pendens, rex jussit praescindi funem, sicque cadens de arbore, crepuit médius ; erat enim pinguissimus Heribertus» {Chron. Silhiense, HF. IX, 78).

Les deux autres sources, Richer et Raoul Glaber, s'accordent à montrer Héribert succombant à une affection cérébrale, mais ils diffèrent sur la forme et la durée de la maladie. Richer', avec la précision du médecin, attribue la mort à une attaque d'apoplexie foudroyante, et sa description, quoique galénique comme pathogénie {ob siiperfliiilatem humorum captas), est d'une rare exactitude comme tableau symptomatique d'une affection de ce genre : « Vers le môme temps, Herbert roulait

1. Richer, II, 37, éd. Wailz, p. 58 : « Inleritus Ileribcrti. His ita scse habentibus, cum Heribertus quaeque pernitiosa pertractaret ac de quorundam calamitate mulla disponeret, cuminter suosin veste preciosa sederet atqiie apud illos extensa manu concionarelur, maiore apoplexia ob superfluitatem humorum captus, in ipsa rerum ordinatione conslrictis manibus nervisque contraclis, ore etiam in aurem dislorto, cum multo horrore et horripilalione coram suis inconsultus exspiravit, Susceptusque a suis, apud Sanctum Quintinum sepultus est. »

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