‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 7 sur 183 · UTILITÉ DE LA PATHOLOGIE POUR LTIISTOIRE · texte numérisé non relu

UTILITÉ DE LA PATHOLOGIE POUR LTIISTOIRE

Dès 1682 Leibniz annonçait Fenvahissement par la biologie, de la psychologie, du droit, de la pédagogie auquel nous assistons aujourd'hui et qui ne tardera point à s'étendre jusqu'à l'histoire :

« Le public mieux policé se tournera un jour, plus qu'il n'a fait jusqu'ici, à l'avancement de la Médecine : on donnera dans tous les pays des Histoires naturelles^ comme des Almanachs ou comme des Mercures galons. On ne laissera aucune bonne observation sans être enregistrée. On aidera ceux qui s'y appliqueront. On perfectionnera l'art de faire de telles observations et encore de les employer pour établir des aphorismes.

Alors cette science importante sera bientôt portée fort au delà de son présent état et croîtra à vue d'œil. » (Leibniz, Pensées., \\, 364 ^)

1. E. Bernheim, Lehrbuch cler Historischen Méthode, 2"^ éd., 1894, p. 502 : « ... Une connaissance théorique des troubles de l'âme est tout à fait indispensable pour la compréhension de nombreux phénomènes de caractère et de nombreuses actions : je ne veux pas parler ici de la folie césaréenne devenue un lieu commun, mais des phénomènes qui reviennent si fréquemment dans les biographies des personnalités historiques, tels que l'exaltation religieuse, qui atteint jusqu'aux hallucinations et aux idées fixes... Ici se touchent la psychologie et la psychiatrie, et l'historien ne peut que gagner à étudier les traits fondamentaux de cette dernière. Combien on comprend tout autrement, par exemple, bien des actes et des motifs du malheureux roi Louis 11 de Bavière, si l'on peut les déduire de conditions psychopathiques en coïncidence avec le début de sa maladie psychique, que si l'on voulait les expliquer par des analogies d'un

XVI PATHOLOGIE HISTORIQUE

Dans quelle mesure et sous quelle forme cette application de la Pathologie devra-t-elle se produire pour que la médecine puisse être acceptée comme une Iliïlfwissenschaft de THistoire?

Pour arriver à fixer le degré d'utilité de cette intervention des disciplines biologiques dans la psychologie historique, nous chercherons à démontrer, au lieu d'affirmer par la théorie, comment pour quelques actes jusqu'à ce jour inexpliqués, on peut, avec les ressources des sciences étrangères, arriver à des solutions qu'on a été jusqu'ici impuissant à obtenir par le secours de la méthode historique seule.

Nous choisissons nos exemples en complexité croissante des difficultés du problème historique :

a. Actes exphqués par le simple recours à la pathologie somatique ou à la thérapeutique;

b. Actes incompréhensibles sans le secours de la pathologie psychique.

J'imite Trousseau et les cliniciens : peu de malades et étudiés à fond.

Donc seulement trois exemples, tirés de la thérapeutique^ de la pathologie et de \di psychologie de Louis XI.

L'examen de ces spécimens, — en nous amenant à relever les erreurs psychologiques des érudits \ — nous permettra

état d'âme normal. Combien facilement le savant prend pour un caprice génial ou pour de Textravagance fantaisiste ce que le connaisseur de la psychiatrie interprète comme des précurseurs ou des symptômes de troubles de l'esprit ! »

1. Aux historiens qui se piquent de compétence biologique la critique est en droit de reprocher toute erreur médicale, que cette erreur ait, ou non, une portée psychologique pour l'histoire. — Des contresens pathologiques si nombreux chez les historiens rationalistes (c'est-à-dire chez la majorité des historiens), la critique ne doit, à l'inverse, relever que ceux-là seulement qui ont été la source d'interprétations psychiques inexactes, — et laisser de côté toutes les erreurs qui ne concernent que les phénomènes purement somatiques.

Un professeur de l'École des Chartes, érudit très distingué, nous parlait, il y a quelques années, d'un prince du moyen âge qui avait chaque Jour un accès de fièvre quarte. C'est, à peu près, comme si l'on disait d'un criminel qu'il a été condamné à vingt ans de travaux

INTRODUCTION. XVH

d'établir la genèse de ces fausses interprétations. Restera alors à montrer dans quels cas les méthodes de correction fournies par la pathologie sont les seules capables d'obvier à ces erreurs et de dégager la formule mentale des personnages.

Ces erreurs des historiens, point de départ de notre étude, se répartissent en deux groupes naturels suivant que leurs auteurs appartiennent :

l'' A lecole rationaliste. Étrangère à la pathologie, cette école, qui comprend la majorité des historiens depuis Guizot et Augustin Thierry jusqu'à l'école historique contemporaine, n'a guère recours en ce domaine qu'à ce que Jules Quicherat appelait la « pression du raisonnement ».

2° A l'école physiologique (Michelet, etc.).

Page 1