C. État psyc/îique. On sait toutes les accusations portées
par rhisLoire traditionnelle contre ce féroce et étrange personnage, l'un des types les plus singuliers du moyen âge (meurtre de sa femme : « Post mortem primae uxoris, cum Helisabeth quoque causa adulterii concremasset » Uisi. Sancii Florentii Salmurensis, Chron. des Églises d'Anjou, p. 260, etc.).
Pfister [Robert le Pieux, p. 224-225) a très heureusement réussi à dégager de ces récits légendaires la formule mentale du terrible comte d'Anjou :
« Foulque Nerra, comte d'Anjou depuis 987, est assurément l'un des personnages les plus curieux du règne que nous étudions. On a voulu faire de lui un grand tacticien dans la guerre, un politique profond dans la paix. On nous Ta montré émancipant les esclaves irun souffle civilisateur, défrichant les forêts, veillant à l'instruction des pauvres écoliers du Maine et de l'Anjou, rédigeant des chartes libérales qui portent cPune manière irrécusable le cachet de sa personnalité. En un mot, on nous l'a dépeint comme un grand homme dominant son siècle de toute la hauteur de son génie. Ce sont là de ces exagérations qui font sourire et qu'on pardonne aux biographes trop enthousiastes. Foulque ne fut pas supérieur à son époque. Faut-il dire au contraire qu'il en fut la personnification ? En aucune façon, car ce serait la calomnier. Foulque frappa ses contemporains de stupeur; il les effraya par ses crimes et excita leur admiration par l'éclat de ses repentirs, si bien qu'on ne sait quel sentiment domine chez eux lorsqu'ils nous parlent du comte d'Anjou. Foulque était un de ces hommes qui passent sans transition d'un extrême à l'autre. Il commet des massacres épouvantables ; il ne recule devant rien, et tout d'un coup l'immensité de sa faute se présente à son esprit, le remords tourmente son cœur, la superstition la plus grossière le saisit; alors il s'abaisse et son repentir ne connaît pas de bornes. Mais le repentir passe vite, à cause de son excès même, et l'homme nous apparaît de nouveau, avide et sanguinaire. La légende avait beau jeu avec un tel personnage. Aussi la voyons-nous se former rapidement, si bien qu'aujourd'hui il nous est très difficile de voir où la vérité s'arrête et où la fable commence : — Foukjue, dit-on, poignarda de sa main sa première femme, Elisabeth, accusée d'adultère : légende. — Lors de son second voyage à Jérusalem, il ne put voir le Saint-Sépulcre qu'en se soumettant à des conditions humiliantes (« Cumque Sarraceni audiissent quod vir nobilis esset, eum intrare nonpermiserunt, nisi priuspromitteret, quod super Sepulchrum et crucem JesuChristi mingeret. » Chron. Turonense magnum éd. Salmon, 118) et n'échappa à cette humiliation que par une pieuse fraude : légende. — Légende aussi ce châtiment qu'il aurait infligé à son fils Geoffroi, en le réduisant, après une révolte, à faire plusieurs milles une selle sur le dos. — Mais à travers ces fictions on saisit le vrai caractère de l'homme.
mélange de férocité et de superstition, qui n'égala la grandeur de ses crimes que par la grandeur de ses pénitences. »
Si nous voulons donner de la formule historique de Pfister une traduction physiologique, nous dirons que Foulque Nerra, petit-fds de l'apoplectique Foulque le Bon (section 4, § 2, B, '2) et grand-père du fou Geoffroi le Barbu (section 5, § 6, A, 3) n'est qu'un impulsif dépourvu de toute inhibition sur ses réflexes.
§ 5. Hermengarde (née? — f postérieurement à 1040, K. Norgate, /. c. p. 348). Épouse: Geoffroi (ou Albéric ?) comte de Gâtinais. Les historiens (Mabille, Inirod. aux Chron. des Comtes d'Anjou, p. lxxxvi ; — K. Norgate, England under the Angevin Kings, 1887, I, 249) ne sont point d'accord sur le nom de ce comte de Gâtinais, l'un des premiers ancêtres des Plantagenets. Geoffroi et Albéric sont-ils deux personnages (Aug. Le Prévost, Orderic Vital, II, 92, n. 2) ou simplement les deux noms d'un seul et même personnage ? Dans tous les cas le pathologiste doit noter qu'au nom d'Albéric (Albericus Contractus) est attachée la tare névropathique de paralysie (soit congénitale, soit acquise. Chronicon Sancti Maxentii Pictavensis, dans Chron. des Églises d'Anjou éd. Marchegay, p. 402 : « MLX. Goffredus quoque comes, filius Fulconis, [obiit] xvni" kalendas decembris, feria tertia, hora diei prima, monachali habitu prius suscepto ab Airaudo, abbate Sancti Nicolai. Huic successerunt nepotes ejus filii Alberici Con tracti, comitis de Gastina, Goffredus et Fulco Rechin »).
A. Hérédité cotlatérale. Frère aîné : Geoffroi II Martel (1006-1060) comte d'Anjou.
1. Antécédents patliologiques. Pas de renseignements. Il avait été blessé en 1047 au combat de Valesdunes [Chron. de Normandie, HF. XI, 337) : « ... dont ledit duc [Guillaume de Normandie] fut si iré qu'il corut sus de si grant force audit Gcffroi et le féri de son espée tellement qu'il lui froissa le heaume et lui coppa la coiffe et tui trencha l'oreille et de ce cop l'abatit à terre. »
2. Mort. Chronica de gestis Consutum Andegavorum, éd. Marchegay, p. 31 :
'< Gosfridr Martellus, filius Fulconis,cum filios non haberet comilalum suuni, scilicet Andegaviam et Turoniam quam jam, siciiL supradictiun est, con(|uisierat, nepotibus suis Gosfrido Barljato et Fulconi Richin reliquit : Andegaviam et Santonas Fulconi, Turoniam cum Landonensi Castro Barba to donavil. Martellus mor})o repentino occupatus irrcmcdiabiliter, languorc per dies ingravescente, ad mortem usque perurgetur et inter suos, non sine grandi dolore, defungitur. »
Chronicon Vindoc'inensc seu de Ar/uar-ia (Chron. des Eglises d'Anjou, p. 167) : « MLX. — Obiit Ilenricus Francorum rex, anno ordinationis suœ xxix ; et eodem ipso anno obiit Gausfredus cornes, Fulconis filius, xvin° kalendas decembris feria m*, hora diei prima : monaclîili habitu prius suscepto a domno Adraldo, abbate Sancti Nicholai. »
Le tableau sympiomatique de raffection aiguë {morbiis repentiniis) et celui de la maladie chronique consécutive [languor z=z vieux franc, maladie langoureuse) font défaut.
3. Etal psychique. Normal : Fragmentum hlstoriae Andegavensis auctore Fulcone Richin comité Andegavorum^ éd. Marchegay, p. 379 : « Propter qua? omnia bella, et propter magnanimitatem quam ibi exercebat, merito Martellus nominatus est, quasi suos conterens hostes. » — Chron. des Comtes d'Anjou, p. 358 : « Iste Martellus, prœ omnibus generis sui animosior, consilio et impetu ordinato, negotia sua agebat. Gui cum diceretur : « Maie de te loquuntur homines; » aiebat : « Faciunt quod soient, non quod mereor ; bene enim loqui nesciunt. » — Orderic Vital, Ilist. Eccles. (éd. Le Prévost, II, 92) : (( Per idem tempus Goisfredus Martellus Andegavensium comes post multa in rébus saeculi fortia gesta obiit. » — Albéric de Troisfontaines, Chron. (HF. XI, 357) : « Gaufridus Martellus simplex fuit et imbecillis. » Ge texte est précieux, car il contredit pleinement les louanges des officielles chroniques et doit être plus exact.
B. Anamnèse personnelle. Pas de renseignements.
§ 6. Foulque IV dit le Réchin (le hargneux) 1033-1109. — K. Norgate [Angevin Kings, t. I, p. 219) : u llis very surname tells its own talc ; in one of the most quarrelsome familles known to history, he was precminently distinguishcd as the Quar relier. »
A. Hérédité collatérale. Frère aîné : Geoffroi III le Barbu (1031-1107).