‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 84 sur 183 · SIXIÈME GÉNÉRATION · texte numérisé non relu

SIXIÈME GÉNÉRATION

§ 1. Henri I'^^ roi de France (10087-1060).

Section 1. — Anamnése collatérale,

Une chronique manuscrite des rois de France, duxV' siècle ou du xiv*', donne la liste des fils du roi Robert : Hugues, mort jeune, Henri roi de France, Robert duc de Bourgogne « et Eudes qui mourut en enfance » (HF. X, 315). — Brev. Chron. S. Martin. Turon. (HF. X, 225). — Guillaume de Malmesbury, De Gestis regum Anglonim^ éd. Stubbs, 1887, 1. 1, 2*26-227. — La chronique de Guillaume Godellus, moine de Saint-Martial de Limoges, II F. X, 260, dit : « Regebat eo tempore regnum Francorum lïeinricus Roberli régis ex Constantia filius. xVccepit ex hac filios : Hugonem regem qui coronatusest, et post VIII annos anle patrem suum mortuus est. Deinde habuit alios filios, Odonem scilicet et Heinricum qui post eum Regnum obtinuit : Odo namque nimis stultus fuerat. » — Répétée par la Chronicon Aiitissiodorense, II1'\ X, 275.

1° Il ligues, né 1007. — Associé à la couronne dès Tàge de dix ans, le 9 juin 1017, Chronicon Virodunense (HF. XI, 144) : « Hugo, qui adhuc decennis coronatus est, immatura morte preventus est. » Il meurt par une maladie intempestive, dit la préface des HF. Historia regum Francorum (HF. X, 277) : « Valetudine intempesliva praeventus, duobus annis ante

patrem occubuit. » Il meurt jeune, n'ayant encore que du poil follet (Préface des HF. t. X) et Brève chronicon (HF. X, 169) : <( Propter seditionem Principum Francorum Robertus adhuc eo viventc Hugonem sublimavit in regem ; videlicet sapientem jiwenem, jiistiim et forleni bellatorem. Quod nequeo dicere nisi cum magno dolore : jjiibe tenus erat qiiando nwrliiiis est. »

2° Eudes. « On ne connaît ni la date de sa naissance, ni celle de sa mort », dit très justement Franklin (Généalogie des rois de France). D'après Brev. clironic. S. Martini Turon. (HF. X, 225) : « Robertus rex habuit filios : Odo erat major, sed quia stultus erat, non fuit Rex » ; répété, avec en plusla mention de « hebes » par Guillaume de Malmesbury, De Gestis (éd. Stubbs, t. I, p. 226-227) : u Habebat duos fdios, Odonem et Henricum ; Odo major natu hebes, atier astutus et ve/iemens. » — D'autres textes qualifient Eudes de nimis stuitus. — Clironicon Turonense (composé en 1226), HF. X, 283 : « Et primogenitum Odonem, qui nimis stuttus fuit, et ob iioc regnum perdidit. » — Chronique de Guillaume Godellus, moine de Saint-Martial de Limoges (vers 1150) HF. X, 260 : « Deinde habuit alios filios, Odonem scilicet et Heinricum qui post eum Regnum obtinuit : Odo namque nimis stuttus f uerat. »

Ce dernier texte se retrouve exactement dans la Chronicon Autissiodorense (écrite vers 1212), HF. X, 275. Eudes est ailleurs traité de « fou ». Abrégé de V Histoire de France., composé par l'ordre d'Alphonse de Poitiers. HF. X, 280 : « Iluedes estoit droiz folx ». Pfister {Robert te Pieux ^ 84) et Luchaire [Ilist. des Capét., II, 293) ont fait justice de cette légende de l'imbécillité d'Eudes. Toutefois, les circonstances qui ont précédé sa mort (et cette dernière orgie du prince éclairée par le cierge pascal enlevé à Téglise voisine) ne nous permettent guère de conclure au parfait équilibre mental de ce fils du roi devenu par degrés voleur de grand chemin et brigand sacrilège ^

i. Miracula S. Benedicti (éd. Certain, p. 277) : <( Regc Francorum Ilenrico féliciter sceptra tenente, ejusque germano [Rotberto] Ducatum Burgundiac utcunque administrante, frater ipsorum Odo privatus degebat, nulhus dignitatis fastigio sublimatus. Qui quoniam

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La Chron. ms. des Rois de France du xv ou du xn»^ siècle dit en parlant d'Eudes qu'il u mourut en enfance » (HF. X, 315).

A la table analytique, on a traduit : obil in puerilift. Le fait qu'il a commandé en chef l'armée française à la bataille de Mortemer en 105i prouve que le passage ci-dessus ne peut être interprété au sens de mort en bas âge. Sa lâcheté à la bataille de Mortemer, livrée contre le duc Cluillaume le Conquérant en 1054, nous est révélée par Guillaume de Jumièges, Historia Nonnannorum, lib. VIT, cap. 24, ann. 1254

non habebat propria, inhiabat subripere aliéna, rapinis et depraedationibus operam impendens. Unde factum est die quadam, ut valida manu militum collecta, Soliacensium [Sully] sibique contiguorum agros depraedatum iret. Inde revertens onustus spoliis et praedâ, contigit ut etiam quorumdam pauperum Patris Benedicti res cepisset. Divertens vero in quoddam rus ejusdem Patris, Germiniacus vocabulo, mansionem violentam ibidem accepit, contradicentibus sibi ejusdem ruris officialibus, et referentibus quam severe ulcisceretur Omnipotens violatores illius loci, meritis Patris Benedicti. Qui floccipendens eorum dicta, praecepit circa Ecclesiam, in honore Salvatoris mundi ibidem dicatam, rapinas includi pauperum. Siquidem habebat eadem Ecclesia coemeterium valli munimine circumdatum. Porro famulis jam dicti Patris ab eo sibi subrepta repetenlibus, animo obfirmatus nihil reddere voluit penitus, insuper comminatus est eos verberibus ut lacèrent afficiendos : erat enim nimiae ferocilatis et extoUentiae. Igitur praeparari amplum sibi suisque de rébus pauperum jubet convivium. Cumque deesset cera unde deberent fieri luminaria epulaturis necessaria, interrogat utrum in Ecclesia illa candelae haberentur. Gui cum responsum esset nihil cerae illic haberi praeter Paschalem cercum, in honoremvidelicet Dominicae Resurrectionis a Parrochialibus solemni oblatum more, jubet eum propere afferri, et exinde candelas copiose suppcditari, non veritus injuriam Salvatoris, cui santificata erantcereus et Ecclesia. Proinde vino diversisque ciborum ferculis cum suis accurate refeclus, sanus et incolumis, post morose protractas in vanum sermonem vigilias, dormitum vadit : et dum levi sopore quiescens, aHquas noctis pertransisset horas, subita incommoditatis angustia perturbatus, inclamat suos, quibus circumsistentibus, indicat se mortifera invalitudine detineri. Itaque per reliquum ejus noctis, eadem ingravescente molestia, in eo loco mansit. Facto autem mane, recognoscens manifeste Patris Benedicti res neminem quam vis generoso concretum sanguine impune temcrare posse ; quo valuit modo equum ascendens, recessit; et eodem invalescente morbo, diem ultimum •clausit. »

(HF. XI, 47) : « Odo signifer Francorum tiirpiter fiigalus est. » — Guillaume de Malmesbury, De Gestis regiim Angloriim., éd. Stubbs, t. II, p. "290 (il écrivait au xir s.) : « [Odo] terga niidavit, omen l'ugae prismus auspicatus ». — De même Orderic Vital, lib. VII, ann. 1054 (III, 160j : « Odonem vero et Radulfum comitcm de Monte-Desiderii, pluribus peremptis, fugaverunt. »

3° Robert, duc de Bourgogne, 7 1070. — Tue, dans un accès de colère, son beau-père Dalmace, comte de Semur (« Detuncto autem pâtre suo, quem Dux Burgundiae, gêner ejus, propria manu peremerat... » Hildeberti Vita S. Hugonis, cap II, 9. Migne, Patrologie latine, t. CLIX, p. 921); — répudie sa femme Ilélie de Semur pour vivre (au dire dTlildebert du Mans, archevêque de Tours) dans des liens incestueux. <( Sa mort (dit E. Petit, Hist. des ducs de Bourgogne, I, 165, répétant ici une simple affirmation de D. Plancher) répondit à ce genre de vie, puisqu'il mourut (à soixante-huit ans) d'un accident honteux et tragique, sur lequel on n'a aucun détail. » L'absence de preuves à l'appui de l'assertion de D. Plancher frappe celle-ci de nullité au point de vue historique, a fortiori au point de vue clinique ; — excommunié à propos du vol d'une vache par ses hommes d'armes (Garnier, Chartes Bourguignonnes, t. I, p. 28-29).

4° Adèle, mariée (1027) à Richard III duc de Normandie.

Veuve en 1027. Remariée (1028) à Baudoin comte de Lille.

Veuve de Baudoin en 1067, elle fonde le monastère de Messinez près d'Ypres et y meurt en 1079, non sans avoir visité Rome en habit de veuve.

Genealogia coniituni Flandrensiuni (Martène, t. III, Anecdot. col. 380, num. 5) : « Venerabilis autem comitissa, scilicet Adela, nocte et die orationibus instabat : unde et apud Messinas Sanctimonialium feminarum construxit cœnobium, et in lectica duobus equis portabili, et propter ventosetpluvias ne vel ab eis a meditatione sancta impediretur, decenter concamerala, usque Romam Apostolorum et aliorum Sanctorum patrocinia requisivit : et a Domino Papa veste viduitatis benedictioneque percepta, Flandrias repetivit, et apud Messinas novissima tuba excitanda in Christi pace obdormivit. »

HENRI ic'. 207

Section 2. — Anamnèse personnelle.

i; 1. Antécédents pathologiques (de Henri I'^'). Pas de renseignements.

§ 2. Mort. Pas d'autres renseignements que le texte d'Orderic Vital \ dont Littré a donné [Journal des Savants, 1869, p. •272; et Médecine et Méd., 1872, p. 474) un commentaire clinique trop important pour ne pas être reproduit ici intégralement. Après avoir cité le passage du chroniqueur anglonormand, Littré ajoute :

(( Voilà une purgatioii de précaution qui tourne d'une manière bien funeste! Et voilà un archiatre qui s'absente bien mal à propos! Ce Jean de Chartres fut, dit l'annaliste, surnommé le Sourd d'après l'événement, sans doute parce qu'il n'entendit pas les plaintes de son royal patient et qu'il ne vint pas à son secours.

« L'annaliste attribue la mort du roi à une imprudence, à savoir que, tourmenté par la soif avant que le médicament eût commencé son opération, il but secrètement, à l'insu de son médecin, de Teau que lui donna son chambellan. Cette infraction, dans l'opinion de l'annaliste, met complètement à couvert la responsabilité de l'archiatre; et il est probable qu'il ne l'a pas inventée, mais que l'archiatre la mit en avant aussitôt qu'il vit les accidents mortels se déclarer.

« Mais pouvons-nous la recevoir comme fait Orderic Vital ? Pour que, le purgatif étant ingéré dans l'estomac et, avant le commencement de l'évacuation, de l'eau bue déterminât des accidents graves au point de devenir promptement mortels, il faudrait que la substance purgative fût telle que, mise en contact avec de l'eau, elle se décomposât et laissât libre un agent rapidement toxique. Or il n'est

1. Orderic Vital, 11, 79 : « Anno ab incarnatione Domini [mlx] Ilenricus rex Francorum post multas probitates, quibus in regno gloriose viguit, potionem a Jeanne medico Carnotensi, qui ex eventu Surdus cognominabatur, spe longioris et sanioris vitae accepit. Sed quia voto suo magis quam prœcepto arcliiatri obsccundavit, et aquam, dum veneno rimante interiora nimis angeretur, clam a cubiculario sitiens poposcit, medicoque ignorante ante purgationem bibit, proh dolor! in crastinumcum magno multorum moerore obiit. »

aucun purgatif salin ou autre, simple ou composé, qui soit tel. Et dans un cas pareil, de la soif élant survenue, l'eau que Ton boira sera inofTensive. Soit ignorance, soit mauvaise foi, l'archiatre a couvert d'une fausse excuse l'imprudence qu'il avait commise et dont le roi fut si promptement la victime.

« Bien que l'observation, qui n'est pas médicale, soit fort incomplète, on y reconnaît cependant un trait qui indique une meilleure explication que celle de cet arcliiatre, à la fois imprudent et négligent. Le malade, quand il eut pris le purgatif, en ressentit très vivement l'action immédiate iveneno rimante interiora), et fut rapidement en proie à une extrême angoisse [nimis angeretur). Avec cela et rissue prompte et fatale, il est possible de compléter l'observation ; le purgatif était drastique, la soif et Tanxiété devinrent très fortes ; soit qu'il survînt des évacuations dont, il est vrai, l'annaliste ne dit rien, soit qu'il n'en survînt pas, une inflammation interne s'alluma, et le roi succomba à l'action du purgatif administré. Userait mort, quand bien même il n'aurait pas bu cette eau qui lui fut reprochée. 11 est heureux pour l'archiatre que le patient lui ait fourni cette excuse, fausse mais acceptée, pour le disculper. Maintenant, quelle fut la nature du médicament administré? Y eut-il erreur dans la dose, ou le roi se trouva-t-il susceptible d'une manière excessive à l'effet du médicament ? C'est ce qu'il est impossible de dire. Mais on lit dans la Collection hippocratique des cas qui, par leur similitude, éclaircissent celui de Henri I*^'" : u Une femme en santé, est-il dit dans le <( V® livre des Epidémies, t. V, p. 233, fut prise, à la suite d'un pur- « gatif administré pour conception, de douleurs dans le ventre ; tor- « tillements dans l'intestin; elle gonfla ; la respiration devint gênée ; « anxiété avec douleur, elle n'avait guère vomi ; elle resta morte u cinq fois au point de paraître avoir passé. Le vomissement par l'eau (( froide ne lui procura aucun relâche, pas même, quand la douleur (( était pressante, pour la dyspnée. On lui fit des affusions d'eau « froide sur le corps, environ trente amphores; et cela seul parut « la soulager Elle réchappa. »

« Elle réchappa, oui; mais combien près fut-elle de la mort ! Un autre n'eut pas la même chance. <( Antandre, à la suite d'un pur- « gatif, n'éprouvant rien du reste, parut avoir de la douleur à la vessie ; « aussitôt il rendit rapidement beaucoup d'urine ; à partir du milieu (( du jour, une très forte douleur se fit sentir dans le ventre ; « étouffement, anxiété, jactitation ; il vomissait, ne rendant rien par (( le bas ; il souffrit la nuit, et le sommeil ne vint pas. Le lendemain, « il rendit beaucoup par le bas, le sang en dernier lif'u, et il mou- « rut (t. V, ibid.). » Un auteur hippocratique (t. VI, p. 241) dit qu'avec les évacuants cholagogues et phlegmagogues commencent les dangers et les accusations contre les médecins. Le fait est que, dans l'antiquité et sans doute aussi dans le moyen âge, la pharmacie ne savait pas doser suffisamment les substances énergiques qu'elle faisait entrer dans ses médicaments composés. »

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§ 3. Légende de rempoisonnemenl. « Maie fuit potionalus » [Chron. Alberici Trium-Fonlium monachi, IIF. XI, 357; — et de môme Guillaume de Malmesbury, éd. Slubbs, t. I,

§ 4. État psychique. H y a sur le caractère d'Henri, deux opinions : 1° Celle de la reine Constance qui le représente comme fourbe [simulator) et va jusqu'à l'accuser à' indolence (segnis) et de mollesse {mollis). Cf. la lettre où Odolric, évèque d'Orléans, écrit à Fulbert évêque de Chartres, que lui Fulbert s'est attiré la haine de la reine en soutenant contre elle la candidature de Henri au trône comme roi associé, candidature appuyée par le roi Robert, — tandis que la reine (Constance soutenait la candidature de son second fils Robert duc de Bourgogne : Odolric i episcopi Aurelianensis ad Fui-, bertum Carnolensem (ann. 1027) HF. X, 504 « ... Scilicet incurrisse te gravissimum Reginae odium, faventem potius marito suo, de constituendo Rege majore filio, quem dicunt simulatorem esse, segnem, mollem, in negligendo jure patris futurum : fratri suo juniori attribuentes his contraria. »

Raoul Glaber rapporte la même opinion de la reine Constance sur son fils Henri I"", lib. III, cap. 9 : « Sed rursum mater muliebri animositate agitata, tam a pâtre quam a ceteris, qui parti illius favebant, dissentit, dicens tertium ad regni moderamen prestantiorem fore fîlium, qui et Rotberti patris nomine censebatur. Hoc quippe inter fratres seminarium discordiae fuit. Coadunatis denique rex metropoli Remis regni primatibus, stabilivit regni corone Heinricum quem delegerat. »

2° L'opinion des historiens qui contredisent toutes ces accusations; toutefois celle de fourberie émise par Constance semble être vraie puisque Guill. de Malmesbury appelle Henri aslutus et vehemens (rusé et violent), cf. édit. Stubbs, I, 220- 227, cité p. 204. Noter la qualification de vehemens (\u'\\ faut opposer à celle de mollis que lui donne Constance. Les historiens parlent aussi de sa bravoure et de son habileté militaire. Ann. 1060. « Eodem anno Henricus Rex Francorum, miles strenuus et bonus, potionis haustu interiit » (Guill. de Malmesbury, éd. Stubbs, t. I, p. 276); témoignage précieux de la

bouche d'un Anglais. Même jugement de l'Anglais Orderic Vital, II, 79, dans le récit de sa mort (cité plus haut § '2, p. 207, note 1). — Hisloriae Francicae Fragmentum^ HF. X, 212 (écrit vers 1110) : « Rex Ainricus, in rébus militaribus exercitatus, manu promptus, consilio provisus, inconstantem Constantiam sua superavit constantia ». — Abbreviatio Gestoriim Franc iae Regiim (écrite vers 1140) HF". X, 228 : « Henricus miles audacissimus ». — Guillaume de Jumièges [Ilistoria Normannorum, lib. VII, cap. 28). Ann. 1060 : « Henricus Rex valde fuit militaris, magnaeque fortitudinis el pielatis. Oui postquam regnum Galliae fere XXX annis rexit, causa corporeae salutis a Joanne medicorum peritissimo potionem accepit : sed A^eneno nimiam sitim inferente, jussum archiatri sprevit; et a cubiculario potum accipiens, dum medicus abesset, anfe purgationem bibit. Unde nimis infirmatus, eodem die post perceptionem sacrae Eucharistiae obiit. »

En réduisant à leur exacte valeur les assertions malveillantes des chroniqueurs du xi^ siècle sur les premiers Capétiens, MM. Pfister {Robert le Pieux, 339) et Luchaire {Hist., II, 230) ont montré que ces accusations de lâcheté ou de paresse presque pathologiques \ exagérées en ce qui concerne Robert, sont fausses à l'endroit de son fils, — le roitelet (regulus) des Chroniques d'Anjou, — dont M. Luchaire a dit très justement (II, 230) : « Les chroniques ne fournissent aucun

1. Chron. des Eglises d'Anjou, éd. Mabille (Chron. de Aquaria) p. 163 : a DCGCCLVI. — Obiit Hugo, dux et abbas Sancti Martini, fdius Rotberti pseudo-regis, pater alterius Hugonis qui et ipse postea faclus est pseudo-rex simul cum Rotberto filiosuo, quem vidimus ipse inertissime regnantem ; a cujus ignavia neque praesens Henricus regulus, filius illius, dégénérât. »

Il y a au tome XI des HF, Topinion d'un autre contemporain de Henri h'^, non moins dure pour le roi et pour ses deux ancêtres : « Hugo Dux Rex factus per tirannidem simul cum Rodberto fiUo ; qui ambo ex perfidia sua ad contemptum et invahtudinem redacti, inertissime et solo nomine regnaverunt : quod usque hodie itidem fieri conspicimus in dloruni sobole. » [Genealogia Regum Francoruni, HF. XI, 170.)

On voit par ce passage de Fauteur inconnu de cette généalogie anonyme, quelles étaient les passions légitimistes Carolingiennes, un demi-siècle après Fusurpation des Capétiens.

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trait précis sur la personnalité d'Henri P'; mais elles sont à peu près unanimes à rendre témoignage de son activité et de sa bravoure. Au roi-moine a succédé le roi-soldat. A ce point de vue le règne d'Henri I''" peut être considéré comme une première ébauche de celui de Louis le Gros. »

Section 2. — Femme de Henri I'

§ 1. Anne, fille de laroslaw Wladimirowitch, grand-duc de Russie, et d'Ingegred de Suède (1024 — f après 1075. Sur la date de la mort de cette reine, cf. le mémoire du prince Lobano IT, Recueil de pièces historiques sur la reine Anne de Russie, Paris, 1825, p. XV). — Épouse, en 1051, le roi de France Henri L^

§ 2. Antécédents héréditaires. Père : laroslaw le Boiteux. Pas d'autres renseignements pathologiques que celui de sa claudication (d'ailleurs fort douteuse, selon Kostomarow, Rousskaïa Istoria, Saint-Pétersbourg, 1888, 3^ éd. I, 11). — • Grand-père : Saint Wladimir (le Clovis des Russes, 972-1015). Selon les uns (Schiemann, Russland, Polen und Livland, Berlin, 1885, p. 66, suivi par Rambaud, Hist. de Russie, p. 56), névropathe à excès génésiques (outre cinq femmes légitimes, il aurait eu en même temps trois harems permanents, l'un de trois cents femmes à Vychégorod, l'autre de deux cents femmes à Bielgorod, le troisième de trois cents femmes à Bérestof). Selon les autres (Kostomarow, Rousskaïa Istoria, I, 4-5) tous ces récits sur Wladimir ne seraient que des légendes édifiantes composées par des hagiographes très postérieurs dans le but d'opposer les mœurs de Wladimir avant le baptême à celles de Wladimir devenu chrétien.

§ 3. Antécédents personnels. Pas de renseignements. Rien à tirer, comme indication clinique, de l'enlèvement d'Anne de Russie par le comte Raoul de Valois, ni de son mariage avec son ravisseur (HF. XI, 197, 56i, etc.), mariage qui mécon-

tenta si vivement le fils d'Anne, le jeune roi Philippe I"' (Cf. la lettre de l'archevêque de Reims, Gervais, au pape Alexandre II : « Regnum nostrum non mediocriter conturbatum est. Regina enim nostra comiti Radulpho nupsit, quod factum rex noster quam maxime dolet. » HF. t. XI, p. 499). La brochure de Caix de Saint Aymour {Antie de Russiey Paris, 1893, 16 p. 8°) n'étudie Anne qu'au point de vue politique et n'apporte rien qui puisse intéresser la pathologie. Le travail de Roussof dans la revue russe Le Fils de la Pairie (Sinn Otietcliestva, 1824, 46-47) est sans valeur.

§ 4. Morl. Pas de renseignements.

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