‹ Pathologie mentale des rois de FranceChapitre 91 sur 183 · I. Opinions antérieures · texte numérisé non relu

I. Opinions antérieures

A. Non médicales.

1. Anglaises. Stubbs, dans son édition de Benoît de Peterborough (II, 170, note), rejette l'interprétation proposée par Du Gange.

1. Voy. Histoire de la guerre sainte, éd. G. Paris, Glossairv , p. 502.

2. Françaises. Du Gange, voyant arnoldia dans le texte de Benoît de Pelerborough et ne comprenant pas, propose alopecia, et cette correction inintelligible a été adoptée par les éditeurs des Historiens des Gaules (HF. XVII, 520), où M. Luchaire l'a prise. En admettant qu'elle fût possible au temps de Du Gange, où on ne connaissait que ce texte, comment la concilier aujourd'hui avec Vltinerarium (p. 214) où il est dit nettement « quae vulgo Arnoldia vocatur... » ; alopécie n'a aucun sens clinique.

Il faut donc conserver Arnoldia, nom propre de maladie, comme nous dirions une Philipp//e, une Arnold//e.

3. Allemandes. Wilken [Geschichte der Kreuzz., t. IV, p. 314, note 1 48), confond V Arnoldia avec l'épidémie de scorbut de l'hiver de 1190-91, dont nous avons parlé. « Es ist wahrscheinlich dieselbe Krankheit, welche Vinisauf, 1. III, c. iv, p. 333, Arnaldia nennt. » (G'est vraisemblablement cette même maladie que Vinisauf appelle plus loin Arnaldia.)

Ge raisonnement n'est pas soutenable. Si pour Vinisauf (qui est, on le sait, le même que VIlinerariam Ricardi, par conséquent anglais) cette deuxième épidémie n'était qu'une rechute de la première, il n'eût pas attendu à cette rechute pour lui donner ce nom. Il l'eût au contraire appelée Arnoldia dès Frédéric de Souabe, et il eût ajouté à la rechute : « Six mois après les deux rois furent atteints d'une seconde épidémie du même mal. » Le raisonnement de Wilken n'eût été possible que si la description de ces deux épidémies avait été de deux auteurs différents.

L'erreur de Wilken a été reprise par Kugler {Geschichle der Kreuzz., ch. vu, Belagerung von Akkon, p. 236) qui l'applique à la maladie de Frédéric de Souabe (chute des dents et enflure desmembres) et dit qu'elle était appelée Arnoldia. Seulement Kugler a le tort d'affirmer là où Wilken ne fait qu'une hypothèse. L'identification de Varnoldia avec le scorbut est impossible, le point capital au point de vue du diagnostic différentiel est Vabsence de fièvre chez le scorbutique (Laveran et Teissier, Pathologie, I, 356, 359).

B. Médicales. — 1. Anglaises et allemandes. Silence de Greighton, Hirch, Haeser, Lersch, Hecker, etc.

'2. Françaises. Le docleur Corlicu conclut à la vraisemblance d'une an'eclion léproïde ou syphilitique {La médecine aux Croisades, dans Revue scienlifique, 1895, n° 22, l'^'juin, p. 681).

Cette opinion repose sur une erreur d'un système préconçu. Ce savant, d'ailleurs fort estimable, poursuit la chimère de la solution du problème presque insoluble de l'ancienneté de la syphilis, en la renouvelant à l'aide des belles recherches de Zambaco Pacha sur la parenté de la lèpre et de la syphilis, et il pose le problème sous cette forme nouvelle, sans oser l'accentuer : Philippe-Auguste perdit ses cheveux, donc lèpre : il a eu la lèpre orientale ; or Zambaco a démontré la parenté de la lèpre orientale avec la syphilis; donc Philippe-Auguste a eu la syphilis.

Nous avons montré, dans l'Introduction, que Corlieu a été amené à cette solution pour n'avoir pas appliqué à ses recherches la méthode vraiment 'scientifique.

Page 1