Aml)roise, Estoire, p
« Li rei de France prist congié ; 5330 Mais une chose vost cont gié.
Que il ot plus malaiçons Al partir ([ue boneiçons. »
2. Voy. Sisniondi Histoire des Français, t. VI, p. 13o, sur Texcommunication qu'encourait Philippe à attaquer les propriétés d'un croisé, tant que ce dernier était retenu par raccomplissement de son vœu.
Philippe était réellement malade, admet que ce ne fut qu'un prétexte, lorsqu'il dit (p. 73-74) : « Il sacrifiait à son vif désir de revenir en France sa réputation de chevalier ; car les barons chrétiens, qu'il abandonne après la prise de Saint - Jean-d'Acre, se moqueront de lui, l'appelleront un homme délicat et ne seront nullement dupes de ses prétextes. »
Comment concilier un départ aussi maladroit, qui n'était qu'une fuite honteuse, avec les ressources de l'esprit diplomatique que les historiens reconnaissent à Philippe-Auguste? Cette explication est insuffisante au point de vue politique. Quand on prête aux gens des combinaisons machiavéliques, il faut aussi leur prêter de la logique. Que gagnait Philippe à cette fuite où il perdait sa réputation de chevalier ?
Si la raison qu'il tirait de l'état de sa santé n'était qu'une ruse diplomatique, il eût préparé de plus loin son départ. Tout l'art est dans la préparation, et il eût trouvé un meilleur prétexte que la raison, sotte au point de vue diplomatique, de la peur de la mort.
La précipitation du départ de Philippe-Auguste prouve la sincérité du motif, et elle est bien la conséquence d'un accès de thanatophobie.
Un historien contemporain, Jacques de Vitry [Historia Ilierosolymitana), dans le récit qu'il nous a laissé du départ de Philippe-Auguste, dit que la cause principale fut l'état de maladie du roi : « maxime quia aegritudine quadam taborabat * ». A ce témoignage vient s'ajouter celui de Behâ-ed- Din. Cet auteur rapporte que dans le mois de Ramadan
1. Jacques de Vitry [Historia HîerosoL, p. 1122, dans Bongars, Gesta Del per Francos) : « Adeo autem ab initio rancor, invidia et discordia inter Reges invaluerunt, quod plerumque quando Rex Francorum contra civiiatem assultus ex iina parte faceret, Rex Angliae ne civitatem impugnarent, suis inhibebat, Quotquot autem de Principibùs et Baronibus Franciae niuneril)us vel promissionibus sibi allicere polcrat, lalenter attrahebat, et in partem suam inclinabat. Unde Rex Franciae perturbatus valde et commotus, et maxime quia aegritudine quadam laborabat, relicto Duce Burgundiae cum parte exercitus loco sui, statim post captionem Acconensis civitatis, recessit. In lioc tamen minus sapienter egit, quod suum praepropere nimis reditum propalavit. »
[septembre], le bruit parvint au camp musulman que Philippe- Auguste était mort de maladie à Antioche (p. '271) : u ... Parmi ces nouvelles était celle de la mort du roi des Français qui, arrivé à Antioche, avait succombé à une mala die dont il avait été atteint. »
Une autre preuve que Philippe-Auguste retournait en France comme convalescent, et non en hâte pour des afïaires politiques, c'est qu'au lieu d'aller directement d'Acre à Messine ainsi qu'il l'avait fait en venant, il prit le chemin des écoliers. Les lenteurs de son voyage de retour contrastent avec Timpatience qu'il montre à s'embarquer.
Parti d'Acre le 29 juillet selon Roger de Hovedcn, le P'" août d'après Vltinerariiim^ il s'arrête successivement à Tripoli, Antioche, Rhodes, Corfou et il aborde à Otrante le 10 octobre « satis debilis, recuperata qiianliilaciimque sanitate » selon le médecin Rigord (cf. ci-dessus, p. 281). D'Otrante il gagna Rome, puis la France. Il arrive à Fontainebleau à la fin de décembre 1191 (« paucis diebus ante Nativitatem Domini ») et le royal convalescent est seulement « sanitati aliqiianhiliim restitutus » au dire de son chapelain Guillaume le Breton (éd. Delaborde, I, 194). Nous savons donc que cinq mois après son départ d'Orient, Philippe- Auguste n'avait point encore recouvré la santé.
Mieux pourvu d'orthographe psychologique que les historiens rationalistes. César disait que trois jours déjeune suffisent pour faire d'un homme normal un poltron. Ou'eûtil dit d'un névropathe, par surcroît vitae timidiis ?
Or l'effet dépressif de l'infection peut être comparé à celui du jeûne : dans l'inanition il y a intoxication par les poisons normaux de l'organisme (abaissement thermique, diminution du glycogène dans le foie, partant de l'action neutralisante de la cellule hépatique sur les poisons) ; — dans l'infection, l'intoxication est le produit des poisons microbiens. Mais, dans les deux cas, il y a détermination morbide, par toxémie, sur la cellule nerveuse. On peut dire que l'infection était aussi malesuada et qu'elle fut la cause provocatrice de cette fuite honteuse.