Ù PATHOLOGIE MENTALE
dans la proportion de moitié. Il y a dans la maison 1 77 homme* ci 120 femmes. Dans ce nombre figurent 27 épilcpliqucs de la première catégorie et 17 de la seconde. — Le médecin actuel, doni le nom malheureusement m'échappe, el qui m'a paru un jeune homme plein de zelcctde moyens, m'a assure n'avoir que 6 individus affectes de paralysie générale. J'y ai vu des pellagreui venus de la région montagneuse aux environs de Flo rence, et qui se nourrissent autrement et mieux que les paysans des environs de Milan. (Je fait a beaucoup frappé les médecins de cette dernière ville , surtout partisans de la cause de la pclagrepar l'usage exclusif du pain de mais.
J'ai admiré a Florence la beauté et la propreté des salles, des dortoirs et des réfectoires. fiulle part, même dans la section des idiots , ou ne sent celte odeur repoussante que je ne puis mieux comparer qu'il celle qu'exhalent les bêtes fauves au Jardin des Plantes. J'ai vu quelques idiots dont le type est excessivement remarquable. Sous le rapport de la cou figuration de leur télé et de leur hab it us extérieur, ils méritent d'être placés dans l'échelle animale entre l'homme et le singe.
Les femmessont occupées a tresser ces fameux chapeaux de paille d'Italie , si recherchés dans le reste de l'Europe.
Hume, qui nous occupera surtout a propos de mes études morales sur l'Italie, ne fixera pas longtemps votre attention pour ce qui regarde son hospice d'aliénés. J'ai répondu franchemeni au Saint-Pére , qui m'avait demandé ce que je pensais de l'hospice de Rome, que je ne voyais pas la possibilité de faire aucune espèce de traitement moral avec ÎlOO aliénés renfermés dans un espace qui d'abord n'avait été bâti que pour 80. Ce root de traitement moral a provoqué de la part du Saint- Pére plusieurs observations qui m'ont fait voir que le sujet l' intéressai!. Sa Sainteté m'a beaucoup conseillé de voir l'hospice d'Ancône ; j'avais formé ce projet, que malheureusement je n'ai pu réaliser. Le médecin de l'hospice des aliénés de nome esl le professeur Valeotini, homme de beaucoup de mérite; il est
l'inventeur d'une pince dilatante pour faire ouvrir l.i bouche, dont H. Cuislain donne la description et qu'il raille beaucoup.
Gène*. Mon intention est de vous parler avec quelques détails de Gènes. Le nouvel hospice (Hellebrosis) mérite d'Être cité , afin de prémunir contre ses défectuosités ceux qui seraient tentés d'en élever de pareils. Il est un de ceux où l'on a sacrifié l'utile a l'élégance et a la magnificence extérieure; rien de plus flatteur a l'œil , en effet , que cet établissement au point de vue architectural. Lorsque M. Guislain visita Gènes, les malades n'étaient pas encore dans le local qui leur était destiné; niais, avec sou esprit sagace et pratique , le médecin de Garni vit tout de suite les inconvénients ■ du système rayonnant ; c'est d'abord » le peu de ressources qu'il présente pour la multiplication des » cours. « Dans ce nouveau nosocowir'o il y a six cours; moins encore, car il faut décompter une cour que l'on accordera au service de la maison. Aussi j'ai pu voir par mes yeux la difficulté qu'éprouvaient les médecins pour classer leurs malades. Les maniaques , les épileptiques , les gâteux , les idiots , gênent a chaque pas les aliénés convalescents et tranquilles. Le bruit que les malades font dans les cours retentit dans l'intérieur et agite facilement ceux qui sont dans leurs chambres. Celles-ci communiquent dans des corridors étroits et ont leurs portes vis-à-vis les unes des autres ; cette disposition vicieuse est cause que le bruit que fait un aliéné dans sa cellule , retentit dans toute sa division. La difficulté de classer tous ces malades, surtout dans un établissement où il y a des pensionnaires, est encore augmentée par la nécessité de loger les deux sexes
Enfin on a tout sacrifié, dans cet établissement, au centre de surveillance : aussi a-t-on été obligé d'augmenter les étages, et cinq étages dans une maison d'aliénés est un inconvénient capital, non seulement pour les malades, mais pour le médecin, qui, obligé de fairosa virile deux uu trois fois par jour, en ressent une très grande fatigue. Notez encore , pour comble de disgrâce , que l'hospice est bâti dans un endroit bas et humide ;
qu'il est environné de toutes parts do maisons qui ont vue sur l'établissement cl qui empêchent de s'étendre, lieux jeunes médecins, M. Verdona , directeur, ei M. Garibaldi. Taisaient mus leurs efforts pour organiser la maison ; ils auront du mal îi lutter contre les inconvénients que nous avons signalés. Je ne sais trop comment ils pourront faire travailler leurs malades ; car non seulement les terrains manquent, mais dans l'intérieur il est impossible d'avoir de grandes salles pour réunir les aliénés et les occuper. Ces deux médecins doivent bientôt publier la statistique de l'établissement ; j'en suis réduit ponr te moment a mes premières impressions.
M. Guislain dit qu'il a en vain cherché des cas de paralysie générale bien caractérisée ; j'en ai vu plusieurs pour ma part, et pendant mon séjour il est entré trois malades avec les symptômes les plus frappants de cette maladie. Le premier était lu colonel d'un régiment de la garnison, frappé tout-i-coup d'aliénation et de paralysie générale. Son délire ambitieux est des plus formels; il ne rêve qu'honneurs, dignités, festins splendidcs servis dans de la vaisselle d'or, il commande tous les château x-forts et citadelles de l'Europe.
Le deuxième est un employé aux mines , âgé de trente a trente-cinq ans : il est roi de Sardaigne. Le troisième est un épicier âgé de trente-cinq a quarante ans, qui déjà a eu cinij ou six attaques d'apoplexie. C'est une de ces têtes nées pour la démence. Front rétréci et fuyant en arrière. Le diamètre bilemporal est assez considérable ; mais la partie postérieure de la tête manque presque complètement. A partir du sommet du crâne la chute est abrupte. La forme de ses oreilles et leur implantation leur donnent quelque analogie avec celles d'une bête fauve. Celui-ci est fatigant avec son délire des richesses; il est tics violent, balbutie beaucoup, et vous poursuit partout avec l'énumération de ses trésors et la description de ses mines de di a niants.
A Géncs i comme partout , j'ai pu observer la fréquence des
délires ambitieux et orgueilleux, .l'en ai vu un double cas chez deux domestiques ayant servi l'un et l'autre deux individus avec monomanic des grandeurs. Chacun de soi) côté a hérité des idées de son maître. Tous les deux doivent recueillir de riches successions et épouser des princesses. La simultanéité de leur folie est d'autant plus remarquable, qu'avant leur entrée a l'hospice ils ne se sont point connus, et que depuis ils n'ont pas eu de rapports ensemble.
\ propos de manie ambitieuse, je n'ai pas vu d'hospices en Italie qui ne renferme son Napoléon. Gènes en a trois ou quatre; j'y ai vu un Gis de l'Empereur plus vieux que son père. Si les arguments en forme de syllogisme suffisaient pour guérir les fous, rien ne serait plus facile avec ce dernier, ce serait l'affaire d'une simple vérification de dates.
La manie ambitieuse, moins fréquente généralement chez les femmes, a cause du cercle restreint laissé à leur ambition dans la société, est pourtant fréquente en ce pays; mais elles choisissent a peu près toutes les mûmes spécialités : elles sont reines, princesses, ou duchesses. Les familles régnantes qui ont beaucoup d'héritiers sont sûres de voir beaucoup de prétendantes dans les maisons d'aliénés.
Il est peu de villes en Europe où les pratiques religieuses, les processions, par exemple, soient aussi fréquentes qu'à Gènes. A chaque coin de rue vous voyez des madones plus ou moins vénérées. Aussi dans plusieurs cellules d'aliénés on voit des petits autels, des chapelles, et ceux qui savent dessiner reproduisent sur les murs les images de la Vierge et des saints.
J'ai vu une femme arrivée avec une exaltation religieuse, être nourrie depuis cinq semaines avec la sonde œsophagien ne. Dieu lui défend de manger. On m'a fait observer un cas du même genre a Vienne, line autre a une manie religieuse alternant avec la stupidité : pendant cinq à six mois, c'est une véritable statue de Siobé. Dieu lui ordonne aussi de ne pas bouger.
J'ai \u aussi un cas remarquable de mélancolie religieuse
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avec mélange de stupidité et d'un état cataleptique chez un jeune novice d'un ordre mendiant. La forme de la stupidité si bien décrite par M. Éloc et Al. Baillarger est fréquente ici. J'ai vu un malade de ce genre dont les membres avaient une rigidité presque cadavérique ; cependant la sensibilité de la peau est loin d'Être éteinte. Ne pourrai l-on pas profiler do cette occasion pour stimuler plus énergiquement les malades qu'on ne le fait?
Parmi certaines folies que je ne sais désigner autrement que sous le nom de folie fantastique, vu que ces aberrations de l'esprit ne sont en rapport ni avec les idées antérieures do malade, ni avec aucune cause appréciable, soit particulière, soit générale, je vous citerai l'observation d'un individu âgé de soixante-cinq ans. C'est un homme d'une instruction rare, d'une éducation parfaite, comprenant toute l'absurdité de sa folie, qui consiste dans une horreur profonde qu'il témoigne pour les corps gras. Inutile de dire que son régime ne consiste qu'en aliments maigres. Encore faut-il que sa nourriture lui suit présentée d'une certaine façun; s'il soupçonne le contact des doigts (corps gras), il se laissera plutôt mourir de faim que de toucher a ce qu'on lui apporte. La vue de n'importe quel bipède ou quadrupède lui cause une horreur inexprimable : aussi lui fait-on le moins de visites possihlc pour ne pas augmenter son agitation.
J'ai remarqué aussi beaucoup de cas de manie érotique, tant chez les femmes que chez les hommes. Deux tentatives de viol avaient amené chez deux malheureuses jeunes Tilles les mêmes désordres, la manie d'abord, et la démence ensuite. Dans un seul de ces cas le crime avait été consommé et suivi de grossesse.
Je vous citerai encore une observation assez belle de délire des sentiments ; il s'agit d'une femme qui n'est plus jeune, et qu'un violent déses]ioir, causé par la mort de son mari, fil lomber dans la mélancolie la plus profonde, Un jour la gaieté