M. Benoît Qui net, qui nous apparaît en 1839 avec la Voix
jeut^ urne, est particulièrement remarquable par l'élégance de
sa diction; à la grâce de certains de ses tableaux, on ne le cmk pas capable de manier comme il le fait le fouet de la satire : poor l'apprécier à ce double point de vue, il faut lire Lilia (4859) et ftnh tan chez les contemporains illustres (1862). C'est l'énergie et Fenthottsiasme qui caractérisent les Rameaux et YÊcuelle et lu Besace (1839), de M. Ernest Buschmann. M. Adolphe Siret, dont les premières poésies parurent en 1838, a la versification aisée, ce qui ne laisse pas de lui permettre de l'élan, comme dans ses Chants nationaux (1846). Nous en dirons autant de M. Marcellin La Garde, auteur de Growi (le sable (1842) et de Réalités et Chimères (1846).
M. Louis Alvin a publié, en 1843, Souvenirs de ma vie littérm (prose et vers), qui révèlent un véritable poète ; l'Ange gardim, k Baigneuse du lac de Némi, Mnive et bien d'autres pièces témoignent que M. Alvin, s'il eût poursuivi la carrière, se fût placé au premier rang. Paulus Studens (M. Victor Henaux) a réuni en 1844, sous le titre de Souvenirs d'un étudiant, diverses poésies qui avaient été très-remarquées dans la Revue de Liège. Un autre Liégeois, M. Ed. Brahy {Um larme, 1843) a exprimé des sentiments d'une très-grande fi-aîcheur. Louis Schoonen (M. Geelhand), qui s est aussi arrêté de bonne heure dans la route de la poésie, avait chanté les héros belges avec un ardent patriotisme, et nous pourrions dler bien d'autres poètes de cette époque, qui peut-être seraient étonnés aujourd'hui de se rencontrer dans cette nomenclature.
Après 1850, les vrais poètes semblent devenir plus rares. M. Antoine Clesse, qui avait publié depuis 1839 diverses poésies d^ très-goûtées, trouve son véritable talent dans ses chansons, dont le premier recueil parut en 1852 : ce fut désormais sa vocation spéciale et il y a pleinement réussi ; la Bière, le Nom de famSU et d'autres ont été bientôt populaires. M. Jules Abrassart, dont les premiers essais dataient également de quelques années, se fit reuMffquer,dans ses Illusions (1855), par un sentiment élevé et une versification toute moderne, au rhythme élégant, aux césures savantes et harmonieuses. M. Auguste Le Pas avait publié, en 1845, quelques pièces d'une touche délicate et formant de petits drames émouvants, dans son livre Au bord de la Neva; en 1860, il composa avec son fi'ère, M. Léon Le Pas, les Légendes des litanies de la sainte Vii^st* M. Joseph Demoulin a des tendances tout opposées et n'en brille pas moins par une sensibilité exquise et des inspirations touchantes; ses Chansons de 1861 annonçaient les Plébéiennes (1867). M. Léon Jacques se fait aussi connaître à la même époque (1861) par ses
amoureuses ; mais c'est son dernier recueil, les diftes roses (1874), {oi a été le plus remarqué à cause de la verve soutenue, de la grande facilité et de Tesprit à foison qui s*y rencontrent, bien que Tattleur soit de ceux « qui font rimer idée avec fâchée ». Les poésies de M. Eugène Gens réunies sous le titre du Testament d'un poète (1864) sont l'expression d un vif amour de la nature joint à une raison élevée et à un bon goût soutenu. M. Edouard De Linge s'est créé une place à part et des plus distinguées par ses traductions dlorace, à la fois ingénieuses et précises (Poésies champêtres d'Home, 1865, 2"^ édition, 4872) et par la traduction d'Hermann et Dorothée (ISli) de Goethe, non moins exacte et pleine du sentiment de l'auteur original. M. Amand Inghels a publié, en 1867, la Flandre foitique, où se voit un esprit profondément national, une sincérité émue, de très-beaux vers et une rare virilité d'inspiration. Nous ïwns encore à signaler les premières œuvres en vers de MM. Prins et Pergameni et celles de M.- Schoonbroodt; mais, à côté de ces débutants heureux, nous n'aurons garde d'oublier l'ancien publiôste de 4830, le ministre d'État, M. Charles Rogier, qui vient clore, en quelque sorte, inopinément, la série de nos poètes par pelques vers faciles et élégants, exprimant de belles et nobles pen- ^(Retour à la maison, 4872), réminiscence de goûts littéraires lue les préoccupations de la politique n'ont pu faire disparaître.
Plusieurs des poètes que nous venons de passer en revue ont bordé le genre dramatique et nous avons cité leurs principales -uvres. Nous ne pouvons en faire une catégorie spéciale : les difTiultés que l'établissement d'un théâtre français national a toujours -ncoDtrées se sont opposées au développement de talents semblales, et, d'autre part, l'histoire du théâtre proprement dit a été réïnrée à Tun de nos collaborateurs, infiniment plus compétent que )us en cette matière. Rappelons ici seulement, en nous maintenant
point de vue purement littéraire, le beau drame de Jacqueline de mère (4834) de Prosper Noyer; les œuvres dramatiques de
Joseph Wilborts, particulièrement la piquante comédie intitulée Égarements de la jalousie (4849) ; les nombreuses comédies-vaufcrilles de Ch. Lavry, parfaitement conçues eu égard à ce genre icial; puis les œuvres de M. Jules Guilliaume, poète de nature inemment dramatique, sachant « construire » une pièce et conissant toutes les ressources de la versification moderne, aussi hae dans la comédie (Pygmalion, Comme l'amour vient, Pic, Repic et pot et les Parasites) que dans le drame (Struensée, Godefroid de
Bouillon), N'oublions pas la Jeanne d'Arc de Constant Materne, si él^ gamment et si purement écrite, les proverbes de M. Evrard, lestiu-devilles de M. Victor Lefèvre, les drames de M. Clément Michaêls» ceux de Victor Joly, les comédies et les libretti dopera de Guslarc Vaëz, de M. Stoumon, les pièces si vivantes de M. Hennequin. M. Henri Delmotte, à qui nous devons aussi un charmant recueil de poésies (1846) a eu un grand succès au théâtre par son MonMW Dubois (1845) et a publié, en 1873, ses diverses comédies aux tendances patriotiques et aux mœurs vi^iment belges. M. Edouard Romberg a également publié, en 1872, le recueil de ses comédies en prose et en vers, où brille Tesprit le plus vif, le plus ingénieoi, le plus délié, se jouant en quelque sorte dans les mille détours de Tintrigue. Mais combien d*autres auteurs nous aurions encore i citer! Il n*est pas un de nos écrivains qui ne se soit essayé dans la littérature dramatique, et, chose singulière, le théâtre n*existe pas. Ce ne sont point, on le voit, les poètes qui manquent à la Belgique : nons en avons d'ailleurs la preuve dans certains concours institués par lé gouvernement. L'énorme quantité de concurrents qui se présentent donne un véritable mérite à ceux qui se distinguent, et cest à ce titre que nous devons mentionner les auteurs des cantates mises en musique par les laui*éats du grand concours de composition musicale : ce sont, depuis l'institution de cette joute poétique, en 1847, M. Pujol, M. Gaucet, M. E. Brahy, M.CIIichaëls (couronné trois fois), M. G. Steenberghen, M. Wytsman, M"* Pauline Braquaval (couronnée deux fois), M. Kurth, M**Stnïman, née Picard, M. Gustave Lagye et M. J. Abrassart. En 1855, à l'occasion du vingt-cinquième anniversaire de Tinauguration du règne de Léopold F, un concours de poésie avait réuni 157 concurrents, et la palme a été décernée à M. Louis Hymans.
Bibliographie. — U nous serait difficile de faire une bibliographie à profMi d'u irticit qui n*est lui-même qu'une bibliographie raisonnée. Nous avons puisé quelques renaeigicaMti dans le grand travail que M. Alphonse Le Roy a consacré à Thistoire de l*iiiiif enité di U^ sous le titre de Uber memorialis; les Morceaux choisis de poètes belges, de M. Vm HflUekeb. nous ont fourni aussi des données sur les portes ; mais c'est surtout dans noi aonreiin personnels que nous avons puisé et dans la « bibliothèque belge » que nous nous wommtslBfttt depuis de longues années. Notre travail n'est qu'un aperçu bien succinct, le canevaf i'U ouvrage que nous aurons à publier quelque jour.
mSTOIRE DE U LinÉRATURE FLAMANDE,
Par M. J. STECHER,
ProfecMur i l'aoïvaniU d« I.iéf t.
DiDS le monde germanique, avant Tavénement définitif du hautsUemand, c*est au flamand qu'appartient la primauté. Il représente, ^ point de vue littéraire, le développement de l'élément bas-alle- BttDd ou saxon. Les deux épopées qui émanent de cet élément se 'attachent aux plus anciens souvenirs de nos populations maritimes. I^ les vers anglo-saxons du Béowulf, à travers les fantaisies de la OQfthologie Scandinave, il y a des traditions qui nous ramènent à Temboudiure de la Meuse et aux vi"" et vu'' siècles. On y reconnaît sossides traces de la légende brabançonne du Chevalier au cygne ^ du Lohengrin. Quant à Gœdroen, l'odyssée germanique, c'est, <iiQ8 sa source, un mythe symbolique et naturaliste qui fijt d'abord iocalisé au nord de la West-Flandre. C'était là que s'étendait jadis fe rivage saxon.
U littérature teutonique de nos contrées s*est développée dans
<<Qe langue qui, d'après J. Grimm, procède de deux groupes ger-
^niques, celui du nord et celui du midi. Mais après que' cet idiome
^ fttt ainsi constitué par transaction sans perdre néanmoins son
^'^'^cière natif, il eut à subir une autre influence. Nos populations
'^^^ingantes se trouvant presque toutes, dès le ix* siècle, politi-
î^'^nr^ent rattachées à des pays wallons, durent profiter du voisinage
(les dialectes romans. C est ainsi que de bonne heure le flamand se fit traducteur et vulgarisateur; il répandit au delà du Rhin phi d'une idée littéraire qui venait de la Seine ou de la Loire. Oovmi que cette incessante traduction d œuvres françaises n'a pas nui l h fidèle expression des tendances de nos gildes et de nos commîmes.
La poésie germanique ne prit une forme vraiment littéraire dans nos contrées que lorsque la bourgeoisie des communes flamandes sut réagir contre Tinfluence de la littérature chevaleresque importée du Midi. Une sorte de fatalité pèse sur notre histoire littéraire comme sur notre histoire politique. Vers li 80» tandis que Crestien de Troyes inaugure à Winendale la poésie courtoise et galante, Hendrik de Veldeke lit à la cour de Clèves, au Schwanenburg, des vers d amour et de chevalerie qui, par la substitution de la rime à Fassonance et à Tallitération, devaient semr de modèles à la nouvelle école des minnesingers. C*est dans la langue de ces chevalierspoëtes de TAllemagne (mittelhochdeutsch) que Hendrik de Veldeke a composé ses lieder ainsi que sa paraphrase de TËnéide du Normand Benoît de Sainte-More. M. Bormans, Gervinus, Van Vloten et d'autres critiques attribuent à ce trouvère limbourgeois le poème flamand Sinte Sei^aes légende, mais ce n'est pas l'opinion du D" Jonckbioet.
Quoi qu'il en soit, le véritable début de la littérature flamande coïncide avec le brillant essor que prit la poésie française dans la Flandre au xu*' siècle. Il n'y a donc pas de place pour une ptode purement germanique et qui aurait eu pour organe un dialecte primitif nommé oudnederlandsch, correspondant au althochdeutsek |ie Grimm. Le Heliaiid (une messiade du ix'^ siècle) est du fl*ank plutôt que du flamand.
Moyen âge (4150-4450). — Poésie narrative. — Tout ce que les historiens de la littéi*ature allemande racontent de l'influence des croisades est bien plus vrai quand il s'agit des Flamands. Unis aux Wallons dans ces expéditions lointaines, ils chantèrent en même temps leurs exploits communs. La Chanson d'Antioche, la plus ancienne épopée de la première croisade, est l'œuvre de Richard de Flandre, et deux autres poètes belges la remanient successivement. Les Enfances Godefroid (premiers exploits du duc de Bouillon) sont le titre d'un poème attribué à Renaud de Saint- Trond. Tout ce cycle des croisades a été formé par des poètes de la Flandre, du Hainaut et du pays de Liège, Et cependant nous n'avons pas en flamand de poèmes sur ces aventures.
Cesl que la langue française, le roman wallon, qui était pour les mnalmans la langue du Frangistan ou de TEurope occidentale, Mnrait, en effet, d'idiome commun aux chefs et aux chevaliers de la «roisade. C'était l'organe de la chevalerie, et ceux, mêmes qui s'avisiieot de le traduire, pour se soustraire à l'autorité d'un texte étranger, en retenaient involontairement les termes les plus significatifs. Tout était roman ou romanisé. La courtoisie et la politesse dont la noblesse commençait à se piquer semblaient être le monopole de h fiouvelie langue française. Et, de même qu'aux \if et vm*" siècles, oa demandait aux chefs du clergé belge de savoir les deux langues : ea 1260, le comte Florent V de Hollande apprenait walsch ende ikUck pour compléter son éducation aristocratique.
Cette vogue s'étendit bientôt au delà des classes féodales. Dans la haute bourgeoisie comme dans le clergé, quiconque voulait paraître bien élevé apprenait la langue des trouvères. Au château de Wioendale, près de Thourout, cette poésie galante était accueillie comme aux palais d'Arras et de Paris. Parmi les cours d'amour, celle de Sibylle d'Anjou, fille du roi de Jérusalem et femme de llierry d'Alsace, et celle de la comtesse de Flandre, Elisabeth de Vermandois, ne furent pas les moins célèbres, et c'est en Flandre que le plus brillant poète français du xn^ siècle, Crestien de Troyes, a composé tous ses poèmes.
Toutefois, malgré la pénurie des documents, on entrevoit assez ^ien et Ton peut supposer, avec Grimm et M. Bormans, une persis- ^ce, une continuité de la poésie flamande à travers toutes les ttfuences littéraires ou politiques. Les ballades narratives, sorties Utrefois du paganisme germanique, se perpétuèrent dans les OQtes et les chansons populaires que les clercs ne daignaient plus édiger en latin.
Cycle carolingien. De la Chanson de Roland^ l'un des plus aniens textes, on ne connaissait, jusqu'en 1840, dans la littérature éeriandaise, qu'un roman en prose imprimé à Anvers en 1576. On depuis, à la Haye, à Bruxelles et à Lille, découvert trois fragments li se rapportent à une chanson flamande sur la catastrophe de rS. Enfin, en 1864, le professeur Bormans fît connaître un quaième fragment, ti*ouvé au pays de Looz. Il conjecture que ces vers morceaux proviennent de plusieurs remaniements d'un texte lois primitif, qui n'aurait rien de commun avec la fameuse épopée >rmande.
L'ours Wisselau {Van den bere Wisselau)^ sorte de fabliau fantas-
tique sur une aventure de Charlemagne au pays des géants, raonoie au xu'' siècle et rappelle les Nibelungen. Card en Elegoit, dontk style net et vif appartient au xiii^ siècle, nous parle de la reocootie de Gharlemagne et du chevalier- voleur Elegast (c'est-à-dire ami ta Elfes). Quant à Ogier le Danois, ou plutôt « TArdennois, »ilé(ak célèbre, non -seulement dans le pays de Liège, co/nme bâtisseur de ponts, mai? d^ns toutes nos provinces. Le Saxenlied semble tradoil du français et la Flandre n*a également que de lointains échos de k Geste du Midi, de la Chanson des Loherains, ainsi que des QwUreFUt Aymon.
Quoique les poèmes de Floris et Parthenopeus soient imités de français, ils Font été si heureusement, qu*il en est résulté deux œuvres remarquables par la fraîcheur et la grâce du style. Rien de plus célèbre autrefois que le roman de Floris ende Blaneefloer, cooposé vers 1S40 par Diederik d'Assenede, clerc de la comtesse Marguerite de Constantinople. G*est peut-être le plus touchant romaa d'amour qu'ait connu le moyen âge. On Ta comparé à Paul et Virginie.
Cycle de lu Table ronde. Qu'il soit d'origine provençale, armoricaioe ou galloise, c'est dans la Flandre tudesque qu'il a reçu, auxu* siècle, sa véritable consécration littéraire. C'est par Grestien de Troyes, l'élégant conteur de Winendale, que ces légendes du roi Artus etde la reine Genièvre ont fait le tour de l'Europe chevaleresque. Cependant, nous n'en trouvons guère de traduction en flamand qu'à partir du xui'' siècle. Les mieux connues sont celles du Lancelot, do Wtkwein et du Ferguut. Mais le Roman van Moriaen, qui n'est plus une traduction ni une imitation, montre mieux combien la puissante bourgeoisie flamande faisait, en quelque sorte, d'une façon iocoosciente, prévaloir sa prépondérance. L'auteur de c^ poème, remarquable par le coloris et le relief du style, a pris pour héros on nègre qui, comme Antar dans Tépopée des Bédouins, efikce la honte de sa naissance par la gloire de ses exploits. A chaque pas, on rencontre des tirades contre la chevalerie errante, l'orgueil de la noblesse et les abus de la force. Ce poète, d'ailleurs très-insiniit, semble avoir voulu combattre la manie des romans aristocratiques en cachant au fond des aventures les plus folles un bon sens essentiellement pratique et flamand. Au reste, il ne faut pas croire que cette mode du romanesque ait pu se maintenir Jongtemps dans nos vaillantes communes. Même avant l'avènement de la réaction didactique, l'esprit national commença à se détourner de ces élucubra-
ÎUSTOmE DK LA LITTÊHVTURE FLAMANDE.
ri peu an harmoaie avec la vie active et industrieuse de nos On se inoqua de ces « bourdes, » de ces tmffen van mmne I itrid^t de ces jouteurs fantasques, de ces amoureux extra va- Surlout on désapprouva ta tendance immorale de ces compoilrop séduisantes. Encore au xv* siècle, ï^^iiieur du Minnehep mail la protestation ; il ne reconnaissait ^ que l'amour hoa- [gùede fnimie) inconnu aux Fmnçais et aux Lombards, mais |ué au pays tudesque {inl duutsche (ant). » cheiicha aussi à faire diversion au moyen dauti^es histoires croyait authentiques et savantes. Lespril bourgeois se comtçmer ses octosyllabes sur la guerre de Troie ou sur les pro- M aventures d'Alexandre le Grand; mais, en général, on suipour ces matières nouvelles, les trouvères anglo-normands, binent Benoit de Sainte-More»
Hmi Ihiifise. — Eile j>araïi, à h première vue, bien monoloiie. Epopées, 11» dialogue!*, poèmes didaciiqucs, en un mot tout ce qui nY^sL pas lyrique eL Ht est conçu dans des distiques octosyllabes à rime ptate. A la même époque, lli litléraliire romaoe se servir tour à tour, selon le caractère des sujets, de hmu ^ dii H à douze syllabes. Mais cet av^Dtage est amplement compensé M Flamands parrimponaoce de raccentuaiion ei par la souplesse d*un \t qui ^rdâ longtemps la cadence du Hetiand el des Nibelunf^en. Telle est h Eibarlé de femptoî de Taccenl tonique, que jïeudant looglemps on Ta cru mué au caprice des ri meurs. Le professeur Bormans fut le premier qui, eu ïheroliaâ prouver que lerhytbme des versthîois dtait soumis h des règles ►©dêmént, comme le D^ à ùnckbh^i {Brief aan Bontmm, t843) le lui fait |Ui!r, il exagérait la rt^gu la rite ïam bique* San;^ doute, le génie de la langue mi k Palternance naturelle des levés et des frappés, des syllabes faibles
et de» syllabes forteâ ou accentuées [arsiit). Sans doute encore, le poiîtc Il it*une eertaine liberté pour intercaler ou supprimer une syllabe alîn de ' U succession régulière des accents* Au xin* siècle, Dirk van Aasenede Icelii rortat cntk limjhaf (raccourcir et allonger). Mais, comme Willems lerioé, la tradition germanique ne soumeuait que les syllabes accentuéf'S ii ;le inflexible, M en résulte que, jusqu*à la révolution rbyihmique du xvr siè-
vers narratif, didactique ou rlramalique, compte généralement quatre h distiEiets, avec ou sans interposition d'une ou de plusieurs syllabes atones, ur de Sinie Otrùlim a ingihucu sèment montré ce que llnterposition de rrs syllabes entre les accents naturels pouvait produire de ifariété et d*har-
Vne autre ressource également précieuse consisiaii dans le vtmrslag (avantftAterouse), e^esl*à-dire une ou deux syllabes qu*on nt comptait pas en iiiçant levers. Cela en déterminait Télan el en quelque sorte la physionole pouvait encore se nuancer par une distinction de degrés entre les accents. i t« rime* on la réduisait quelquefois à rassonance. A tontes ces combinairo()nBi ^ moduler la pensée, le vers lyrique foulait une abondante variété pe» etdcitrophes. Agile, malléable, pouvant sans elTort pénible suivre les
bonds et les mouvements de Tinspifation intime, il semblait rappeler la i provençale. C*était bien le rhythme d*un peuple chanteur (overslagende rmaij,k reste, il ne faut pas minutieusement supputer les syllabes. Leur nombre, loi valeur prosodique, ce n'est que Taccessoire ; c'est Taccenlqui régit tout, il délo^ mine seul la succession et le nombre des pieds rhythmiques. Mone remarque im raison que la poésie flamande pesait les syllabes sans trop les compter, et, « rebours des poètes français, réglait le rhythme et la rime pour Toreille et non pv pour rœil. Quoi qu'il en soit, telle a été la ténacité de TinsUnct germaniqae^ jusqu'en 1584, une société de rhétorique d'Amsterdam {De Eglantier) tnâtiti d'étrangère la versification des alexandrins classiques. En revanche, en 1631, Erycius Puteanus (Êeduyd-rcde op de Dichl-ghestalle) recommandait et pn^ipuit les ïambes {klim-voetigfie) et les trochées (val-voelighe) à la mode classique.
L'épopée bourgeoise. — Van den Vos Reinaeide. — Déjà daosFr^ dégaire, chroniqueur du vu** siècle, se rencontre une feble franqoe où le lion tient sa cour plénière et où le renard déploie son maddivélisme. Le nom même de renard, qui a remplacé le vieux français goulpil, est d'origine franque et signifie l'habile conseiller {Regm' hart, comme le Ragin-burg de la loi salique). Avant de flatter leHoo, Reginhart avait été le courtisan de l'ours, dominus ursus^ comme dit au x*' siècle le moine Froumund de Tegernsee, d'après « de trèsvieilles chansons. » Vers 1120, magister Nivardus^ bénédictin de l'abbaye de Saint-Pierre (Mont-Blandin à Gand), compose sur Urinardus Vulpes quatre chants burlesques en élégante latinité. Puis vinrent les innombrables « branches » du Renard français et les imitations qu'on en fit en flamand. Une de ces imitations flamandes, vers 1250, éclipsa toutes les autres et a même cmiqois le premier rang dans ce vaste cycle cosmopolite qui compte plus de 200,000 vers. Et, de nos jours, ceux qui ne comprennent pas le texte thiois du xni** siècle le retrouvent dans la brillante paraphrase de Gœthe ou même dans les dessins humoristiques de Kaulbach. Ce roman Van den Vos Reinaerde est la plus belle expression du génie flamand avant la renaissance. Aussi a-t-on pu diflicilement se résoudre à n'y voir qu'une nouvelle rédaction d'un poème français. 11 faut pourtant en prendre son parti, car les arguments du D' Jonckbloet sont nombreux et décisifs.
Aussi bien, en littérature, l'essentiel n'est pas d'arriver le premier, mais de surpasser ceux qui ont pu prendre les devants. Ccsl l'honneur qui échut à magister Wilhelmus, « physicus » ou médecin à Gand au xni^ siècle. Séduit par la belle composition du trouvère français, mais y regrettant les longueurs et l'inutile profusion des aventures, il songea à moins embrasser pour mieux étreindre. Su^
tout il s*attacha à élaguer les détails de satire grossière qui encombndeal le poème dans ses meilleures parties. Pour tout dire, c est i&ae refonte complète, d*oii est sortie une originalité de bon aloi. II déclare qu'il ha pas voulu reproduire toute la légende de Renard \fkt hevet vulscreven) et qu'il n'écrit que pour obéir à une dame de hute courtoisie. Et tout d'abord, au lieu de l'ancienne satire, on leconnait une comédie ou plutôt une suite bien trouvée de scènes amasantes à force de vérité, de ressemblance avec la vie. On dirait quelquefois du la Fontaine. La cour féodale du lion est solennellement assemblée comme dans les Animaux malades de la peste. Réquisitoire et plaidoyers, tout est naturellement amené, finement conduit et l'on arrive au dénoûment sans effort ni artifice. Autant les personnages sont vrais et vivants, tout à la fois comme hommes et comme animaux, autant le paysage qui les encadre est facile à retrouver. (Test comme un tableau de Ruysdael, de Berchem, de Potter ou de Teniers qui serait emprunté à quelque village des bords de la Lys, à peu de distance de Gand. « Il me semble, » s'écrie J. Grimm, « que j'y respire l'air de la Flandre. » Un autre Allemand, D' Walter de Bonn, y prétendait retrouver de curieuses traces du droit germanique. Ce fut l'objet d'un cours d'université en 1839. Le professeur semblait s'inspirer d'un mot attribué à Heineccius : « Ce seul roman du Renard vaut mille commentaires de jurisconsulte. » C'est que tout y fourmille de vie et que tout y est en plein felief. Siie bon rire d'autrefois y éclate à chaque pas, cela n'est pas un rire d'auteur. La vraie comédie flamande est là tout entière; et ce que bientôt les kluchteti ou farces auront de franc et de vigoureux leur viendra de cette veine.
11 faut supposer que Willem n'en était pas à son coup d'essai et
qu'il avait déjà composé d'autres poèmes que le Madoc, qu'il s'attri-
boe dans son prologue. Tant de maturité dans la pensée, tant de
Deiteté dans l'expression, tant de précision homérique dans la rapide
peinture des choses, tant de finesse à saisir les nuances des carac-
^res et à faire deviner les motifs des actions, ne se conçoit que chez
un maître expérimenté. Notez que le récit ne s'arrête jamais, ne
'^uit jamais, et que, dans l'espace de 3,454 vers (encore moins
î^e la chanson de Roland), il a réussi à donner un panorama philo-
^Phique, sans une seule phrase de dissertation personnelle.
ôien que cette joyeuse épopée eût été dédiée à une dame de la ^^r de Flandre, c'était la revanche de la bourgeoisie après le ^Omphe de la poésie romanesque; mais elle fut trop tôt compro-
mise, soit par le goût des plaisanteries grossières, soit par Ui (instruire sans amuser, Déjà le « second Reioaert » abuse dei tirades, des sermons satiriques en même temps que des détails gntuitement bizarres. Les poètes qui ont voulu renchérir sur Willeft n*ont fait que remplacer la comédie par la parodie et Textravaganoe satirique. Dès lors, commence la décadence par la confusion dei genres.
La poésie des cUÂtres. Jusqu'à Tépoque de la renaissance, les écrivains téalandais appartiennent en grande partie, directement ou indirectement, an clcffé, qui, par ses écoles comme par ses portes, favorisa le développement de preniK tous les genres littéraires. €*est qu*à cette époque il était mêlé à tous let évéD^ monts, à toutes les agitations de la vie nationale. On comprend donc commeotli littérature a pu avoir un caractère très-mondain et très-pratique, toatenititui longtemps aux mains de ceux qu*on appelait les clercs. Les satires les plus harfiei sont alors dues à des gens d*église ; souvent, comme on peut le voir par Faniiqie Reinardui, ils sont les plus acharnés à médire de leurs confrères.
11 en fut tout autrement de ces esprits particuliers auxquels nn refoge dolué était nécessaire contre les troubles et les disputes de la vie quotidienne. Qoelquounsd*entre eux néanmoins, reportant de loin en loin leurs regardssar la viedi siècle, songèrent à le corriger et à Tépurer. Pour cette propagande morale, ils crurent devoir, au plus tôt, remplacer les poèmes trop mondains par des fidioif édifiantes et dévotes. La plus ancienne et peut-être la plus curieuse decesfidiois se nomme /« Voyage de saint Bratidaen. C*est une odyssée fantastique tirée d'oae légende latine du xi« siècle. La vie de Noire-Seigneur ( Fan den Uvene ans Hem) est un poème plus digne de TËvangile. Les récits de la passion et de la résorre^ lion, la descente aux enfers, le tableau du jugement dernier rappellent & la fois le Heliand et la Divine Comédie. Au même cycle se rattache la légende nûracoleoie de Van den Houle (le bois de la croix), longtemps auribuée à Maerlant On pal considérer le fabliau de Bealrijs comme le chef-d'œuvre de cette poésie mfltique.
Le même sentiment a inspiré Maerlant quand il versifia trente-six miracles de N.-D. d'après Vincent de Beauvais. Mais il n*y mit passa verve ordinaire; il ne * réussit pas à communiquer à ses récits naïfs ce charme des détails dramatiqirei que Ton admire dans le Teo/ilus. Un contemporain de Maerlant, Martin de Hioiirout, de Tabbaye d*Eenham près d*Audenarde, versifia aussi plusieurs légeodes. L*auteur de la légende de Saint Servais, premier évéque de Maestricbt, senonae Henri van Veldeken, dans lequel on a voulu reconnaître le fameux minnesiB|er, auteur de VEneît. Un moine brugeois, Gillis de Wevel, n*est pas plus beorein dans son poème sur la vie de saint Amand, patron de la Néeriande : c*est ow œuvre qui fait pressentir la décadence. Elle est plus marquée encore dansdeo compositions du frère Geeraerts du couvent des franciscains de Saint-Trood (pre* mières années du xv« siècle). La légende de sainte Lutgarde, déjà versifiée vers IM par un bénédictin d*Afnighcm, a été refaite à la prière de dame Femina van Ho}^ abbessedu couvent noble de Mielen, près de Saint-Trond. C*està la mêmedigutaire qu*est adressée la Vie de sainte Christine la Merveilleuse {De wowMêre). Ici surtout s*accumulcnl les aventures les plus extravagantes. Ces singularités con-
laitent avec la sévérité qui, jusqu'à un certain point, rôgnc dans les fabliaux de Tmdalus et du Purgatoire de saint Patrice, deux contes irlandais composés princtpalemenl en vue de terrifier ceux que n'auraient pas assez édifiés les merveilles i^ntiqucs de sainte Lulgardeou de sainte Christine.
RoMANXERo FLAMAND. — Le genre littéi*aire qui eut alors le plus dînfluence se rapporte plus ou moins h la chanson. Le Flamand, essentiellement chanteur, associait celte forme poétique h tous les Ides, à toutes les circonstances joyeuses ou tristes, familières ou soieDnelles de sa vie. Aussi peut-on dire que la chanson flamande, dès les premiers temps, admit tous les tons comme tous les sujets. Si Oiisloire de la chanson pouvait se faire scientifiquement, ce serait h véritable histoire intime et psychologique de la race flamande. Ihlheureusemeut, il ne reste de ce passé si curieux que des monunenls incomplets.
Comme rélégie ionienne, dont elle eut la variété et la plénitude d'aetualité, la chanson flamande commença par être impersonnelle et en quelque sorte narrative. C'est pourquoi elle demeura longtemps anonyme : on ne trouve que très-tard des noms de chansonniers. Enfin, ces œuvres légères, que tout le monde semblait revendiquer parce qu'elles exprimaient des idées communes à tous, se transforment de siècle en siècle, comme ces vieux vocables qui ne 96 maintiennent qu'en se modifiant. On peut voir par là combien la critique de ces textes est chanceuse. Nulle part ils n'ont été classés ; >n les recueillait pêle-mêle.
Les musiciens Volker dans les Niebelungen, Horant dans le ioedroen»et Lodewijk vanVaelbeke dont on vantait les stampien ou aoses, suffisent à prouver Timportance du chant. Mais en Flandre l en Brabant, la noblesse préféra dabord des paroles françaises, e grand recueil de Willems (oudvlaamsche liederen) s'ouvre par les lansons romanes du duc Henri IH. Baudouin de Constantinople et duc Wenceslas dédaignèrent également les rhythmes flamands. H exemple, suivi par une grande partie de la noblesse, fut nobleenl démenti par le minne-zang du duc Jean l*''. Il est à remarquer le quand les seigneurs choisissent le français, c'est presque touurs pour célébrer la galanterie sensuelle. A la Haye, en 1828, Lejeune publia un letterkundig overziyt qui te des chansons néerlandaises du xv* siècle. Mais Hoffmann von lUersleben, Willems et Snellaert ont indiqué les sources les plus K>ndantes de la chanson vraiment populafre, anonyme et imper- »Dnelle. Malgré l'incertitude des dates, il est certaines chansons m 33
qui portent encore irrécusablement le caractère d une haute antiquité.
La chanson de Hildebrand {Van dm ouden Hillebrant) a encore toute sa radeste germanique. Nos plus anciens souvenirs d*ëmigralion vers rAIlemagne se retroivent dans une ballade sur « le pays de Test » (Naar Oosiland willen wij rijéa)^ les paysans de la Campine récitent à la Saint-Jean d*été. Le duc de Bruntw^ qui se vend toujours aux foires et aux marchés, a conservé le rhythmc desépopéci primitives. Dans ce placard de la collection Van Paemel de Gand, d*un style iiKt^ rcct et fruste, on reconnaît la légende d*une odyssée où plus d*un trait se npporte au paganisme. Même conclusion pour De Jager uilgrieketi (le chasseur grec), - Heer Danielken, une espèce de Tannhattser, et le terrible Heer Halewijn, cewrcier, ce roi des elfes, dont nos paysans chantent toujours les aventures, dignesde Barbe-Bleue. Anvers, Gand, Ypres et d*autres villes ont de curieuses co]lcctioDs4e feuilles volantes débitées par les chansonniers aux marchés hebdomadaires, lise mêlent dans une confusion luxuriante les inspirations les plus anciennes et les pin modernes. Comment ne pas reconnaître l'ancienne barbarie dans le WadtUriidr qui commence comme une alba ])rovençale, mais fmit d'une façon tragiqncîEl Brunenborch n'a-t-il pas toute la sauvagerie des plus anciennes romances éditées par Paulin Paris {Romancero français)? Et « Pierlala » ne ressuscile4-ilpisk chaque événement politique? Et le Paiers-lied, antique chanson demai, nese chante- t-il pas à toutes les fôtes des Pays-Bas?
Un style limpide, un rhyihme éclatant, des sentiments violents et des idées naïves révèlent Tancienneté des romances : Hel daghel in den Ooslen (le jour renaît h Torient), les Deux enfants du roi, V Amour caché, le Chevalier et la Dm»selle, et de tant d'autres cantilènes. encore vaguement populaires. Rien de plus délicat, de plus gracieux que le petit dialogue du Chapeau de fleurs. Deux ididik scrils du xv« siècle contiennent des cantiques spirituels dont la plupart sont faits sur des mélodies populaires déjà anciennes. On cite la béguine sainte Gerlnide qui au xiv® siècle fut surnommée Van Ooslen, parce qu'elle aimait à coraposerdc pieux couplets sur l'ancienne romance : Het daghet in den Oostcn. Quanta la cba>son : Sinte Gheertruden minne, elle est bien plus ancienne, et se rapporte soilao souvenir de la fille de Pépin de Landen, soit à la coutume païenne de boire 1« minne (c'est-à-dire le souvenir) dans la coupe sacrée, aux festins funèbres.
En 1544, un imprimeur d'Anvers, Jan Roulans, insérait encore dans son lÀtitkauboek les plus anciennes romances dont nous venons déparier. L'éditeur dm^derne, Hoffmann von Fallerslebcn, déclare que ce recueil de deux cents chaDSOOS, qu'il a découvert au fond d'une bibliothèque allemande, est un trésor unique- Uéccmmcnt, la bibliothèque de l'université de Gand s'est enrichie rfuDC ren»^ quable collection de chansonniers flamands, mais on y trouve peu de composilioi»* remontant au delà du xvi« siècle. Celte rareté s'explique surtout parles édil««* censure et de suppression de Charles-Quint et de Philippe II.
Dans un recueil publié par les bibliophiles flamands {Oudvlaamsdie lieâer»f^ gcdichten dcr xiv^« en xv''® ccuiv), on trouve des chansons allégoriques et religieuses de Jan Van Uulst, prêtre brugeois, et des pièces satiriques et amonrenses composées par un anonyme du Limbourg. C'est là qu'on a rencontré le AifrrfJ'^*^ ce sanglant défi lancé par la noblesse aux roturiers du parti des QauxLHuri»^^ autre manuscrit a récemment fait connaître une seconde chanson des Lâis/T^
Qlre les Kerels. C*esl ainsi que pour tous les événcmenls on trouvait toujours un ansonnier.
Ea général, la forme narrative atteste Tantiquité. Dans ces l)alides, le récit est brusque et procède par bonds, même quand il *élend jusqu'à trente couplets et se déroule en dialogue jusqu'au lénoûment, presque toujours tragique. Rien n égale la fraîcheur des îhansons des Trois Rois, les noëls et les cantiques en riionncur de i Vierge. Ce sont, en quelque sorte, des idylles mystiques.
Hais, quel que soit le sujet de la vieille chanson flamande, elle exprime toujours quelque chose de cordial et de franc. La manière ne viendra qu'avec la renaissance. Quant à l'esprit, il est peu abondant, et, en tous cas, il n'est jamais cherché. En revanche, rien de frivole : partout un sentiment suivi, sérieux, profond. Il éclate jusque dans les rondes ou dansUedehem. Ce n'est que dans les boerden, rapides esquisses de farces ou de satires, que Ton signale quelque gausserie analogue au ton des plus vieux crdmignons de Liège. D'autre part, il y a l'étrange lyrisme des couvents flamands aux xnr et xi^ siècles. On cite surtout les poésies de Zuster Hadewich de Rouge-Cloître (Roede Cluse, Roden-dale) près de Bruxelles, poésies si ardentes et si émues que, comme pour Anna Byns(du xvi'' siècle), on se demande quelquefois si le mysticisme est ici le seul inspirateur.
La prose au moyen âge. — Bien que lé génie flamand aime la réalité et se défie volontiers de Tidéal, cest néanmoins en vers qu'il s'est le plus nettement manifesté. La fatalité des événements politiques ne lui a pas laissé le temps de développer une prose claire, agile, analytique. 11 s'en ressent encore.
H y a toutefois des documents en prose qui remontent assez haut. A côté d'un acte français de Mathilde de Termonde, publié à Courlrai en 1221, on cite une charte flamande des échevins de Bouchaute, hameau de Dickelvenne, en 1249. Là, comme dans les diplômes de Marguerite de Flandre (12ol) et de l'abbé de Saint- Bavon lez-Gand (1252), le style pratique et administratif semble encore bien arriéré, si on le compare à la phrase nette et fluide du ^'•emier Reinaert.
Les prédicateurs, auxquels on avait ordonnes dès les premiers temps, de se sor- '^ de la langue populaire, furent sans doute parmi les plus actifs promoteurs de ' prose. On sait que, dès 659, on avait nommé saint Mummolin évécjue de Novon- ^ïimai parce qu'il parlait et le thiois et le roman. Un continuateur de la clironi(iuc - Sigeberl de Gembloux cite en Tan i 147 le prédicateur flamand Arnold, émule
de saint Bernard, et dont les sermons étaient reproduits en roman par le moiie Lambert. Svvecrlius (Athenae Belg. 296) affirme que Wouler de Bruges, frèfe ntneur vers 1250, s'était rendu célèbre par ses discours au peuple. Mais d^cB 1124 on accourait à Saint-Omer pour entendre les prédications flamandes dadoK noine Johannes {Jlsscher*s historisch tijdschrifl, 11, 47). Dans les premièni années de ce wi^ siècle, Tanchelm propageait son mysticisme communiste, ï Anvers et à Bruges, dans la langue la plus populaire et la plus imagéo.
La bibliothèque de Liège possède un manuscrit de la fin du xiii* siècle ootâtnant une vie de Jésus {Leven van Jezus) composée d*après les quatre évaogîla. C'est le plus ancien monument de prose néerlandaise que Ton ail pu découTrir.ll provient de Tabbaye de Saint-Trond et a été édité en 4835 par le professeur G.-J. Meycr. 11 existe un autre manuscrit de ce texte à la bibliothèque de Stattgard. Enfin, on place vers Tan 1300 une traduction de la Bible faite par un notabdmeth ter et qui fut longtemps attribuée à Maerlanl.
La prose vraiment originale, celle qui avait été autrefois inaugurée par les orateurs de FÉvangile, apparaît enfin épanouie, fluide et presque musicale dans les œuvres de Jan van Ruysbroec. (Voir rbistoire de la philosophie dans la Patria Belgica.) Sa parole ardente et naturelle le rendit rapidement populaire; mais, fatigué de ses luttes contre les beggards, Ruysbroec s'en alla avec deux amis fonder, dans la forêt de Soignes, le fameux couvent de Groenendael que Bossuet appelle Vauvert. Il en fut prieur jusqu'à sa mort (1381). Pendant les longues années qu'il passa dans cette solitude, il composa un grand nombre d'écrits mystiques qui résument d'une fiifoo vivante et presque dramatique ses pieuses contemplations, les discussions et les controverses dont il avait été la grande lumière. Ce maître de tous les mystiques fut ainsi le fondateur de la prose flamande, dont il avait sondé tout le génie pendant ses luttes oratoires. Malgré sa science, il avait gardé la simplicité, la netteté, félan et le relief de la langue populaire. On s'en étonne d'autant plus que les sujets qu'il traite ne semblent pas favoriser cette transparence ni cette précision de la forme. Ils sont tout ensemble abstraits et enveloppés d'allégories. Mais, comme le remarque M. Serrure (Leiterl geschied,, t. F, p. 15), le style écrit était alors le pur reflet de h langue parlée. Sous les titres les plus ascétiques : l'Omement des noces spirituelles, le Tabernacle, l'Anneau, les Douze Vertus, les Sept Degrés de l'amour spirituel, les Sept Sceaux, les Quatre Tenlitions, les Douze Béguines, et sous d'autres dénominations bizarres imaginées par les copistes, on trouve les idées les plus nettes, les tours les plus naturels, les mots les plus pittoresques. Le pieux contemplateur n'a pas oublié la spontanéité de ses sermons.
Cette prose si franche et si peu ti*availlée a pourtant un certain
nombre qui la rapproche, non pas de la période du xvf siècle, nais du rhythme des poésies populaires. On cite quelques vers de Kuysbroec, et il était trop de son temps pour n'avoir pas commencé MIT ces formes alors instinctives.
Ruysbroec compta parmi ses disciples et ses amis intimes deux lersonnages célèbres qui vinrent souvent discuter avec lui à Groelendael : Geert Groete de Deventer et Johann Tauler de Strasbourg. k>n influence parait avoir été considérable dans les Pays-Bas. Elle lomine la littérature jusqu'à l'invasion du style fardé des maîtres :hanteurs de la Rhétorique. Elle est même sensible dans le langage les premiers prédicateurs de la réforme. La Verzameling du D' Van kioten renferme de curieux échantillons de ces vieux sermons qui ml fondé la langue oratoire, mais on croit que la prose flamande le Thomas à Kempis, de Jean Storm de Bruxelles et de Henri Herp le Maiines rappelait encore mieux le style vif et spontané de lluysbroec.
La prose scientifique nous offre, dès les premières années du (w* siècle, un monument qu'on peut dire unique. C'est un traité de àirurgie, dans lequel on décrit déjà la ligature des artères. Jus- |u*ici on avait toujours répété que la première description ne s'en tait rencontrée qu'au xvi® siècle dans un livre d'Ambroise Paré qui it traduit en flamand en 1547 {Suverlick tractaet). L'œuvre conîmporaine des Artevelde contient de curieux dessins et de savantes escriptions du trépan et d'autres opérations dangereuses. Dès m 1297, les comptes si exacts et si complets de l'antique commune 'Ypres citent l'auteur de ce livre', Jan Yperman. En 1325, il figure 3mme chirurgien dans l'armée yproise réunie pour résister au >iiile Louis de Crécy. Peu de temps après, il composa, pour l'in- ;nJCtion de son fils, son fameux traité : Die Cirurgie, Il a voulu, il-il, résumer à son intention in dyetscher talen les meilleurs uteurs ainsi que les plus importantes observations qu'il a pu taire li-méme. C'est un code d'honnêteté autant que d'habileté profesionnelle, et le style, qui se distingue presque partout par sa préision technique, s'élève parfois jusqu'à une sorte de noblesse impie et naturelle.
Poésie didactique. — Cependant l'enseignement de l'utilité sociale mtscap) devait se faire surtout par la poésie didactique. Elle se éveloppa en Flandre dès le xiii* siècle ; elle parvint en France beauoup plus tard et n'y acquit jamais ni l'originalité, ni l'importance.
ni la hardiesse qu'elle eut dans nos provinces. C'est quici dlc répondait à une nécessité de premier ordre. Les bourgeois de nos communes si rapidement émancipées s'étaient vite lassés de h poésie chevaleresque : leur dédain se manifeste nettement dans ie Dielsche Catoen, qui remonte aux premières années du xin* siècle. C'est une imitation de ces Disticha de moribus que le moyen âge attribuait h Caton le Censeur. Les distiques sont devenus des quatrains. Vers 1300, en Westflandre, le moine Jan Praet compose im Spieghel dei' wijsheit, où le mysticisme se mêle à la satire didactique. Au reste, on trouve alors des poëmes sur tous les sujets : les fie& (leenen), les répartiteurs (deelmamien) de la coutume du Franc de Bruges, l'astrologie, la sorcellerie, les. proverbes, les énigmes, etc.
En abordant ces poètes d apparence pédante, on est tout étonné de les voir animés du feu de la vie politique, alors si pleine et si forte. Si ce ne sont pas de merveilleux artistes, ce sont du moins des hommes qui, sans jactance, veulent servir plutôt qu'éblouir leur pays. Il ne faut donc pas les étudier d'une manière abstraite el purement esthétique; il faut se bien convaincre que ces sermons rimes reflètent les préoccupations, les préjugés et les passions de l'époque. Ce sont de précieux documents de la véritable histoire, de l'histoire des idées et des sentiments dans leurs transformations successives.
Ces remarques s'appliquent surtout à deux poètes, à Maerlantet à Boendale qui, avec l'auteur du Reinaert, représentent le mieux l'ancien esprit flamand. Ils ont été si populaires, ils ont eu une telle vogue que même aux grands banquets on récitait des passages de leurs œuvres didactiques ou politiques.
Maerlaxt. Jacob Van Maerlant est né vers Tan 1225 à Dammeou, selon de récentes conjectures, à Maerlant, hameau de Zuyenkerke, près de Blankenberghe. Quoiqu'on ait cité des localités du nom de Maerlant près de la Brielle, dans l'île de Tholen et même aux environs de Maestricht, il n'y a plus à douter de l'origine flamande d'un auteur qui se proclame flamand, vlaminc, et qui place lui-même son berceau dans le Brugsambacht, C'est l'ancien nom du Franc de Bruges, dans le ressort duquel se trouvait Damme, le port le plus fréquenté de la Flandre. Cette ville si riche et si active fournit au jeune poète d'excellentes écoles de clèrgie. Son attention se porta d'abord sur lejs romans de la Table ronde, dont la cour de Winendale avait singulièrement favorisé la vogue, et il se mit à en tra-
uire quelques-uns. avec celte liberté d'allure qui lui fut toujours ropre ; mais bientôt il se détourna de ces « favie, boerde, truffe en dorrde » pour poétiser des choses qu'il croyait plus vraies et plus érieuses. C'est à Maerlant (soit en Flandre, soit près de la Brielle) ull déclare avoir composé le Trojaensche oorlog (38,400 vers) où, )ui en traduisant le Roman de Troie (30,109 vers) de Benoît de ainte-More, il prétend redresser les erreurs de son modèle franais. Le même esprit de naïve critique se retrouve dans ses Alexan^ ers geesten. Il avait fait ce poème à la prière d'une noble dame, k>thile, qui parait avoir résidé à Zuyenkerke. Maerlant était si enhanté de ces aventures qui lui semblaient déjà de Ihistoire, qu'en noins de six mois il vint à bout des dix chants de son poëme. Dans 5 prologue, il se montre tout fier de son innovation ; il dédaigne avance toutes les critiques. On pressent que bientôt il entrepreura la révolution littéraire qui lui mérita parmi ses disciples le surom de père des poètes « der dietschen dichter allegader ». A une époque que Ion n'a pas encore pu déterminer, Maerlant établit en Hollande. Le jeune clerc, dont les premiers essais avaient îvélé une grande intelligence, fut bientôt attaché comme greffier la chancellerie du comte Guillaume. La tradition lui donne aussi t titre de koster (sacristain ou marguillier) de Maerlant. On en a Dulu conclure qu'il avait reçu les ordres mineurs. Quoi qu'il en ait» son activité littéraire s'inspirait de tout et ne s'arrêtait pas. eu après son Alexander^ il composa Wapene Martijn {Hélas ! Marm/), une satire dialoguée des plus éloquentes : « Hélas! delande-t-il à son ami Martin d'Utrecht, le monde peut-il encore )ngtemps tenir? N'a-t-il pas chassé l'honneur? Les seigneurs n'ont as plus de loyauté que les sauvages de Frise ou de Saxe. Est-ce ue Dieu nous a livrés à l'aveugle fortune?... » Mais bientôt la atire, qui allait toucher au communisme, devient un gracieux tenon où le trouvère déploie toute sa courtoisie; il finit par rendre ommage à toutes les femmes en l'honneur de la Vierge. Ces oixante-quinze strophes à treize vers. qui, pour la coupe et le bythme, rappellent le lyrisme provençal, égalent en énergie, en erté d'allure les productions les plus originales du moyen âge. Le Vapene Martijn fut traduit en latin et en français. 11 eut même les onneurs de la parodie : De verkeerde Martijn (Martin h rebours), t fut, pendant deux siècles, le modèle de la plupart des satires amandes. Dans ces vers audacieux, Maerlant devient enfin l'interrète de la démocratie flamande; il revendique pour le tiers état la
noblesse du travail. Mais, sans s'arrêter h de vaines déclamations, il songe à fonder la liberté sur le développement de la raison.
Cest à ce point de vue qu'il convient déjuger sa première (buto didactique : Der Naturen-bloeme (fleur de la nature). Willem nû Utenhove, prêtre d'Ardenburg, avait imité le Bestiaire aoglo•ao^ mand dédié à Alix de Louvain. C'était une composition faotastiqiie inspirée par le symbolisme du xii^ siècle. Elle ne pouvait pîos répondre aux idées nouvelles répandues jusque dans la noblesse. Un gentilhomme zélandais, Niklaas van Cats, précepteur et conseiller de Florent V, demanda un autre bestiaire à Maerlaut. Celoi-ei ne voulut rien emprunter aux valsche wahche poèten (poètes trompeurs de France) qui avaient, disait-il, égaré Utenhove. 11 préfén s'inspirer d'un traité d'histoire naturelle composé par le Brabançon Thomas de Cantimpré d'après les leçons d'Albert le Grand. L'aoteur veut que la science édifie et moralise; il y puise aussi d'énc^ giques arguments contre la corruption qui avait envahi le monde et même le clergé.
Une autre de ses œuvres remonte à Aristote, mais à l'Aristole investi par la scolastique, les commentaires arabes et les légendes orientales. C'est la Heymeliclteit der heymelicheden (le Secret des secrets). On y expose les préceptes de politique, de morales même d'hygiène que jadis Aristote a pu faire connaître à Alexandre. Seulement tout y a pris une couleur, non seulement chrétienne, mais flamande; on y préconise la multiplication des écoles, la justice des échevins et la légitime résistance aux insolences des nobles.
Ce fut le 25 mars 1271, jour de l'Annonciation, que Mae^lanlle^ mina un poëme de 34,000 vers qu'il avait entrepris sous l'invocation de la Vierge. Pour expier ses péchés de jeunesse romanesque, il composa ce que les transcripteurs ont appelé Rijmbijbel (bible rimée). C'était d'après la Historica scolastica, encyclopédie d'histoire sacrée que Petrus Comestor (le dévoreur de livres), chancelier de Notre-Dame de Paris, avait compilée vers H64. Jamais répertoire n'avait eu pareil succès dans les écoles. Depuis la création du monde jusqu'aux Actes des apôtres, tout y était méthodiquement raconté. On le traduisit en plusieurs langues, et en français on lui donnait le titre de Bible historiée. Aussi Maerlant crut-il avoir enfin trouvé le livre qui devait achever la déroute des romans que Crestien de Troyes avait mis h la mode parmi les seigneurs et les hauts bourgeois de la Flandre : « Ici, dit-il, plus de fables, mais la vérité qui amuse sans corrompre {reyne dachcortinge), » Le Rijmbijbely rapide-
aire, fut bienlot complété par la IVrake (Vengeance),
fième qui raconlail la chute de Jérusalem d'après rhistorien jo- La reiiommée de Maerlaiit s'élendit en Flandre comme en Holkude. Il fui appelé au poste de premier clerc de l'échevinage de Bimme, h Tépoque oit Ton rédigeait le fameux code mEintime Damsche zeeretjt. En 1283, Florent V, venu l\ Bruges pour épouser une des filles du corn le Gui, engagea son ancien ménestrel h composer un Spirgeï hhtoriaeL Maerlanl se rail h la besogne pour transter, au point de vue laïque^ une partie de rencyclopédie [Spetumajm) que Vincent de Beauvais venait d achever pour ses frères de lordre de Saint-Dominique. Le vulgarisateur flamand y fit valoir plus d*un fliil glorieux pour son pays. C'était la première lois qu on pmnail auvertement parti pour les traditions nationales, en atlaqwafil la frivolité des romanciers franvais, die meer limen dan si wetm (qui riment plus quils ne savent). Sans doute, il confond lui-même plus d*une fois le roman avec Thistoire; mais, dans cette œuvre colossale» il donna le signal des éludes qui devaient stimuler la fierté des bourgeois et redoubler leur patriotisme. Pour ne pas laisisr de préiexie au clergé qui lui avait reproché de a faire connaître m% laïques les mystères de la Bible « il évita, autant qu'il put, de
J jucher aux iguestions théologiques, IDtl reitê, Maerlant n'a jamais sojigé à sortir de Torthodoxie : ses émîers écrits le témoigneut assez. Sa profonde sincérité lui donnait en tout la plus grande libeité de parole. Dans une espèce de jea-parti qu'il envoie à son ami Martin dUlrecht vers 1255 {Dean- 4ere Martijn), il Irai le de fainour de Dieu, après avoir parlé galanti*rie et s'être attiré le courtois reproche de toujours commencer ou iinîr ses sermons par un thème de « Puy d amour. « Son Derde Marpri (en trente-neuf strophes taillées à la provençale) est consacré à un tenson ou plutôt h un lai dialogué sur la Trinité. Jamais le poète n*eul une inspiration plus idéale. La strophe à treize vers sur deux rimes croisées s'y prétait à souhait. Rarement Tidiome flamand a montré autant de nohlesse véritable» exemple de raideur et d'emphase* C'est déjà le grand lyrisme de Vondel, mais dans la langue Ïpulaire de Cats.
U y a moins de génie poétique dans la Disputaison de N.-D. et de Croix, les Cinq Joies, les Plaies N.-S., les strophes (rtamute) de la Bible, etc. Mais le souffle do la grande poésie se reconnaît aisément dans deux œuvres de sa vieillesse : Van dett ïande van Ovett^ee
et Der Kerken claghe. Les titres et les sujets rappellent plusieurs morceaux de son contemporain Rutebeuf (la Complainte d'Outremer, la C. de Constantinople, de Sainte-Église etc) ; mais la supériorité et même Toriginalité du poète flamand ne sauraient être douteuses.
Maerlant, ayant appris la honteuse chute de Saint-Jean d'Acre (1291), fit éclater sa douleur dans un sirvente qui égale la sauvage énergie de celui que Quesnes de Béthune adressa en 1189 aux soldats de Philippe d'Alsace. Peut-être y a-t-il plus d'émotion communicative dans le chant du cygne qu'on appelle Der Kerken daghe. On dirait le testament du poète, le résumé de toute sa vie si active et si dévouée.
Quand on songe que plus d'un de ses écrits a été imprimé au xv*' siècle et recommandé comme venant d'un « poète philosophe, » on est tenté de croire, avec M. Alberdingk Thym, que les réformateurs se sont d'abord rattachés à son école. Mais Maerlant, malgré Taudace de ses critiques, ne voulait pas attaquer l'autorité de l'Église. On dit même qu'il alla à Rome pour protester de sa fidélité et que le pape, malgré des accusations violentes, approuva tous ses écrits. C'était, au reste, un poète aussi sincèrement religieux que national.
Boendale et Vécole de Maerlant, Le goût de rhistoirc, propagé par le greier de Damme, se retrouve chez Melis Stoke (Rijmkronijk) et deux continuateurs da Spiegel historiael, Filips Utenbroeke de Damme et le curé Lodewyk van Voithem. Mais le plus hardi représentant de la nouvelle école fut évidemment Jan van Boendale, né à Tervueren en 1285. Ses parents, qui étaient riches, le firent élever avec soin pour le service de TÉglisc. Il devint de bonne heure Tami de Rogier Van Leefdale, drosnart et chancelier de Brabant, auquel il dédia plus d'un poCme. En (310, n'ayant reçu que les ordres mineurs, il fut nommé premier clerc du banc des échcvins d'Anvers, et depuis ce temps ne fut plus connu que sous le nom de M it Clerc. Il mourut octogénaire en 4365, après avoir travaillé toute sa vie à faire prévaloir les idées de Maerlant, qu'il appelait son maître. Son génie, de bonne heure éveillé par la pratique des affaires, le porta d'abord vers l'histoire nationale. Dès 4310, on le voit occupé à préparer ses Brabantsche Yeeslen. Cette « geste», qu*il n'acheva qu'en 4350, était destinée à combattre les origines fabuleuses attribuées aux ducs de Brabant par la légende du Chevalier au cygne et du Lohengrin. Dm» une langue plus claire encore que celle de Maerlant, il s'inspire de la liberté et de l'importance acquises par nos provinces. Un rhythme encore tout germanique (dietsche rimé), qui ne s'astreint qu'aux syllabes accentuées, s'harmonise à merveille avec ce style.
Les mêmes sentiments de fierté nationale animent un autre po(Sme de Boendale, Vanden derden Edwarde. Achevé en 4348, il célèbre ce brillant roi d'Angleterre aussi aimé en Wallonie qu'en Flandre; mais le poète n'oublie pas, dans sonentbou-
siasnie, le plus bel acte delà politique d^Artevelde, la ligue entre les communes beiges conclue le 3 décembre 1339.
C*estdans une œuvre de sa jeunesse (vers 1316) que Boendale s'est montré le plas éloquent interprète de la bourgeoisie, qui était alors à son apogée. Une sorte Je jeu-parti ou dialogue satirique, Jan*s TeesUye (manifeste, témoignage de Jean), MHis révèle toute la liberté du véritable esprit flamand. Avec une audace qui caracéftse Tépoque, le secrétaire communal n'épargne personne. Ce dialogue si origial et «i franc se termine par une émouvante paraphrase du Dies irœ. Il y a là des raits de Dante et de Michel-Ange. Un ton moins fougueux, mais non moins élevé, èfpie dans le Leeken-Spieghd (miroir des laïques) qui, comme le Teesieye, fut édié à Rogier van Leefdale, ami d'Edouard III etl'un des seigneurs brabançons les Ins intelligents et les plus libéraux de son siècle. C'est le chef-d'œuvre deBoendale a même temps que de l'école didactique. En quatre chants, dont chacun avait Dûté une année (1326-1330), le poGtc résume toutes les doctrines nécessaires aux (Hirgeois devenus souverains. Jamais en Belgique on n'a mieux compris ni mieux ratiqué le devoir social de la poésie. Elle n'est plus un jeu (geen spel). Les citoyens Nior<^5), pour mériter leur fortune nouvelle, doivent être instruits, honnêtes et oorageux. II faut donc, avec Maerlant, repousser les romans énervants du midi, ts*en tenir à la robuste poésie du travail, du devoir et de la loyauté domestique. I faut honorer le clergé, sans lui permettre de se placer au-dessus des lois, sans oahaiter qu'il devienne trop riche et sans lui demander de contraindre les convieions {bedwitnghen kersten). Plus mûr et moins confiant qu'à l'époque des hariesses de la TeesUye, Boendale veut que la bourgeoisie tienne compte du passé, especte l'autorité légitime et ne s'abandonne pas à la démagogie. Des deux »oémes qu'il dédia à Jean III, l'un, Melibeus (1342), recommande surtout prudence 1 résignation ; l'autre, le Doctrinal thiois {die dietsche Doctrinnel), composé en 345, préconise longuement l'esprit d'ordre et d'obéissance.
En 1353, il se mit à composer pour le duc de Brabant un grand poôme, Dat boee Hmder wraktn{\e livre des vengeances), auquel il travailla jusqu'à la dernière leure de sa vie. C'est une sorte de démonstration poétique du gouvernement temporel de la Providence, mais sa verve, si longtemps féconde, semble s'épuiser au roisième chant de ce poCme. Évidemment c'est l'œuvre de l'extrême vieillesse.
On vil paraître à cette époque un grand nombre de poèmes destinés à la nouvelle iropagandc : DieUchen lucidarius (préparation religieuse), '/ Boev van seden (le ivre des mœurs), Seneca leeren (doctrine de S<^nèque), Dcr Historien bloeme (la leur des histoires), Bediedenis der Misse (signification de la messe), etc. Un des )rincipaux disciples de Boendale fut Jan de Weert « clerc en cirurgie » à Ypres rcTS 1350. Il composa un Nouveau Doctrinal ou Miroir des pèches, et un dialogue iatirique « Disputacie van Rogier ende van Janne. » Dans Tune comme dans 'autre de ces œuvres, on trouve ce mélange, alors si fort en vogue, de théologie ïl de critique sociale.
Une épopée des plus vivantes, des plus originales. De Grimhergsche oorlog, lemble, à première vue, attester une réaction triomphante. Le trouvère inconnu laquel nous devons ces 13,000 vers à quatre syllabes accentuées annonce qu'il iiantera des prouesses {vromichede\ des assemblées brillantes et des exploits de K>nne chevalerie {goede lidderscape). Mais on le voit bientôt, comme Maerlant, ittaquer les ménestrels qui choisissent des fables bizarres au lieu de raconter
Thistoire du pays (vraye geslen). Quant à lui, il a voulu, pour plaire à son seigoesr, célébrer la longue résistance des sires de Grimbergen contre les ducs de Lothier cl de Brabanl qui représentent la suzeraineté de Tempire germanique.
Cette vivacité dramatique des narrations se retrouve dans le poème de U Bêtaille de Wœringhen. On en a conclu que Fauteur, Jan van Heelu, avait égaleneM composé riliade de Grimbergen. C*était, au surplus, un ardent patriote cemoiM Jan, né à Léau et qui, en qualité de héraut d*armes, accompagna k la bataille de 1288 le victorieux duc Jean, célèbre aussi par ses poésies flamandes. Commele chantre de Grimbergen, il excelle à éveiller la sympatHie pour les vaincus comne pour les vainqueurs ; mais la place d*honneur demeurera toujours aux brillaiiU ducs du Lolhier, précurseurs des grands ducs d'Occident.
L*esprit romanesque de Tancienne poésie persiste mieux dans les œuvres (Tmi contemporain de Van Heelu, Hein van Aken, curé de Corbeek près de Loovaii. Né à Bruxelles, il y vécut probablement parmi ces prêtres mondains dont se plaint Ruysbroec (Tabemacule, II, 179). On a voulu lui attribuer la Frénésie, salirecTini Brabançon qui étudiait à Paris. Il mit encore en vers thiois le fameux Ordéneie chevalerie; même en terminant, il a soin de déclarer qu*il n*a écrit que pour les chevaliers. Déjà en 1299, dans son Quatrième Afartyn, où il chercha à imilerks ïambes mordants de Maerlant, il déplore Taifaiblissement de Tespril aristocratique, et, en 1291, il avait fait, pour une noblQ dame, une libre paraphrase 6nRami»4i la Rose. Il paraît qu*en 1317 Van Aken acheva un long poC^me auquel il avait travaillé dès 1291. Cette composition, essentiellement romanesque, sous le lilrede Roman van Heinric en Margriet van Lemborch, acquit une telle célébrité que jusqu*à nos jours on en a multiplié les paraphrases populaires.
On trouve encore, à cette époque, un fin dialogue sur la courtoisie et Famour (minne). C'est le Van den feesten, remarquable par l'élégance (les mots et le moelleux des rhythmes. Mais, à tout prendre, cette réaction de la littéi*ature aristocratique ne fut que superficielle et passagère. Le plus souvent, le poète de cour se bornait à quelque fabliau ou sproke, ou au récit de quelque aventure burlesque et même scabreuse. Il s'agit, dans ce dernier cas, des boerden dout le style étincelle de vie et d'originalité.
Les auteurs de ces contes si variés se nommaient ordinairemeut sprekers, zeggers (récitateurs), ménestrels, hérauts, compagnons et compositeurs (dichters, du bas-latin dictare). C'est à tort qu'on y ajoute la dénomination de vinders pour correspondre à « trouvères » (rimter = juge, juré, arbitre). Ces poètes et ces déclamateurs ne dépendaient pas toujours de la munificence capricieuse des seigneurs qui les appelaient à rehausser leui*s fêtes. Beaucoup d'entre eux étaient stadsprekers, poètes officiels des communes. Tel était le Gantois Boudewyn van der Loren, qui, h l'époque d'Artevelde, célébra dans ses vers énergiques la liberté, la patrie, l'union et les fortes vertus qu'exige la démocratie. Assez souvent ces trouvères
HlSTOtRE m LA LITTERATURE FLAMANDE.
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evaicrît comme lesminaesiiigers d outre-Rhin des surnoms carac- ^risliques: Wilde Vos, Jan van Mechelen, Jan VrouweutroosU Jonckkttr van der mimte, etc. Las plus fameux, les mieux doués, tels qtîc BoudewTii van der Loren, Augustyiikeii van Dort et Willem van BiidegHersberch, appartiennent au xtV' siècle. On s'en apervoit au
tn didactique et bourgeois qui perce jusque dans des fantaisies Ulëes des coui-s damour ou inspirées des Niebelungen, Cest vers Ja fin de ce siècle enclin aux compositions didactiques qu il lant jilacer le Second Reinaert, quon a même attribué à W. van Hildej»ers*herch-
■Le Mninelmp (Art d'aimer) au début du xv^ siècle peut être considéré comme la dernière tenialive de poésie arislocratique* L*auleur, Birck r*t)lti?r, qui avait beaucoup voyagé, notamment en Italie, ne paraît avoir songé qu*à des lecteurs de haut parage.
tLjTTÊBATLKK luuMATiQue AU MovKN ACE. — Pour le di^amc Féligieux langue llamande, on cite comme curieux échantillon le Miiesirichtache Pamchspel^en dialecte limbourgeois.Ce mystère de la Passion, qu on peut faire remonter à 1330, semble déjà réunir, comme en un cycle, plusieurs mystères qu'on jouait autrefois séparément. Il y a plus de conçenlralion dans un autre mjslère : De eer^te blkcap ran Maria, joué le 24 mai 1444, au Sablon à Bruxelles. Cette représentation eut un tel succès, que le magistrat décida qu'on jouerait ainsi, dannée en aimée, une des Sept Joies de la Vierge,
Comme la Flandre était puissamment animée par 1 esprit d'association, elle avait des gildes ou corporaUons de lout^ nature, qui sciaient placées sous finvocation de saints patrons, Chacune de ieurs fêtes était rehaussée par la mise en scène d*une légende miraculeuse. On y tolérait une assez grande liberté dinvenlion, au moins dans les détails; c'est ce quon peut constater dans le Spet roji da' NyenttetTaert (Jeu du Saint Sacrement), Quoique le texte date des dernières années du xv^' siècle, on y retmuve encore toute la vivacité de ces drames de confréries qui, malgré leur intention
§mse et solcnncUe, aimaient à développer les incidents comiques. A l occasion d'un ommegamk ou procession de grandes tôtes, on |0uail jusque dans les villages ce qu'on appelait un wagempd ou jeu du chariot. L emploi de ces théâtres roulants remonte h Fantiquilé paiienne, et se retrouve au nord dans les pa{feaiits des gildes Bi)glaië«s« comme au midi dans les cani de Home et la fiesta de las rox en Espagne, C'était souvent une revue satirique, comme le jeu
des compagnons (ghesellen), jouant en 1475, à Peteghem près de Deynze,la facétie de Masscheroene. En 1477, Tarchiduc Maximilieofit représenter à Bruges un wagetispel, qui n'était qu'une satire allégorique dirigée contre la France. Le wageiispel n'offrait très-souvent qu'un spectacle ou vertooch à personnages muets (stomme penonêgien). Cf. Mariken van Nijmweghen.
Le professeur Mone (Ubersicht) a fait connaître, d'après un manuscrit de Liège, un miracle composé à Louvain par le dominicaii Christiaen Fastraets, au commencement du xyi** siècle, sous le titre de Leveîi van Sinîruyden; c'est la légende de saint Trudo, découpée en scènes naïves. Les vers (ori en compte près de 1,800) sont trèsvariés, quelquefois même strophiques, et l'on s'aperçoit que le poète a encore tout l'instinct du rhythme primitif. Quant au di*ame laïque et profane des Flamands, il est un des plus anciens de l'Europe. L'esprit d'observation et le goût de la réalité minutieuse édatenl chez nos premiers ménestrels comme chez nos plus anciens peintres. De très-bonne heure, la poésie fut consacrée à imiter (conterfeUm) des personnes qui discutent, s'intei'pellent ou se querellent. Ob récitait, quelquefois même on improvisait des dialogues au carnaval, aux noces, aux fêtes patronales et en mainte autre circonstance. On désignait par un nom spécial, tafelspel, le fabliau plus ou moios dialogué qu'il était d'usage de débiter au milieu d'un banquet. Rarement on allait jusqu'à trois personnages; quelquefois même il ny ai avait qu'un.
La réputation des tafehprekers et des segghers de Flandre et de Brabant s'est étendue jusqu'au delà du Rhin. Ainsi se constituent assez rapidement les compagnons de l'ébattement dramatique, qui, sans trop de souci de Tédification ou de la piété, ne songent qu'au plaisir et au profit de leurs talents que la vogue surexcite. Mais od trouve aussi des ghesellen van dm spele, van der ed^Ier mute (du noble art dramatique), van den esbatementen, esbattementers^qmcoor sacrent leur verve mimique à de plus graves sujets. Tels sont les acteurs d'un répertoire qui date au moins de 1380. Le texte, aujourd'hui parfaitement élucidé par Hoffmann et Moltzer, se rapprode du dialecte gantois, il comprend dix pièces toutes é^lement curieuses, quoique variant de ton et de valeur littéraire. Quatre de ces compositions appartiennent au genre sérieux. Elles portent le titre de abele spelen, ce qui signifiait alors jeux habiles, soignés, et par là même élégants et gracieux. Elles paraissent avoir été destinées à un public bourgeois, cherchant des plaisirs quelque peu
aristocratiques. Chacune de ces pièces est suivie d une kuchte ou Memie (farce).
Les rhétoriciens (1450-1550). — Chambres de rhétorique, D où peut venir ce nom si bizarre? 11 faut se rappeler que, dans la classification des sept arts libéraux que le moyen âge tenait de la tradition gréco-romaine, la rhétorique seule représentait à peu près tout ■ce qui tenait à la discipline du style, à l'art de dire et de composer. De loin en loin, ceux qui enseignaient le triviutn (division inférieure des sept arts qui comprenait la grammaire, la rhétorique et la dialectique) laissaient encore une place spéciale à renseignement plus ou moins mécanique de la poésie. Mais, à la fm, le mot rhétorique résuma tous les efforts et tous les exercices littéraires. Cet usage s'établit d'abord en France, et l'on prétend que dès 1229 il y avait une chambre de rhétorique à Valenciennes. L'académie des Jeux floraux, à Toulouse, s'appelait collège de rhétorique en 1356. Au début de ce même siècle, on donnait aux poètes Maerlant et Guillaume de Hachant le titre de rhetor, rhetoryn, ou grand rhétoricque. Vers la même époque, on trouve la dénomination de doctrinal de seconde rectorique pour désigner un traité de versification.
On a plus de peine à débrouiller les origines des confréries qui se rattachaient à ces singulières désignations. Dès le xn'^ siècle, on signale dans l'Artois et dans la Flandj^e wallonne les associations à la fois religieuses et littéraires si connues sous le nom de puys verds, puys de la conception, puys d'amour (c est-à-dire de poésie). Que ce nom de puy vienne du podium, qui désignait un ambon ou un lutrin à l'église, ou qu'il remonte jusqu'au podium, place d'honneur des amphithéâtres du bas-empire, il est certain que, dans nos provinces wallonnes, il fut rapidement adopté pour désigner des concours poétiques institués en l'honneur de Notre-Dame ou de quelque saint patron dont le vocable protégeait une corporation, un métier ou même une commune. A Tournai, on avait donné le nom de Puy d'escote de rhetoricque à un ancien podium d'origine religieuse. On cite Dixmude, dont « la rhétorique » obtint un prix h Tournai en 1394. Les Flamands doivent avoir connu presque aussitôt que leurs compatriotes wallons ces termes de la mode nouvelle ; car, dès le xiv*' siède, ils en avaient déjà fait des noms d'apparence teu tonique. Rhétorique avait produit les formes pseudo-étymologiques de rederyker, 'etrosynen, redekamer, rede-const, etc. En 1508 on trouve (aux comptes de Gand) tw retory ken stellen pour indiquer une rédaction.
Linfluencc du clergé est surloul visible. Les' comptes d*Audenarde-noas montrent, en 1412, des ghesellen, compagnons-acteurs, qui sont encore subordonnésan frères mineurs pour la célébration de la Fête-Dieu. Un peu plus lard, ilssenonmenl gheselleti van retorikm. On en trouve bientôt jusqu*à sept confréries, doot h principale a pour devise Pax vobis. Mais ce qui prouve bien mieux celte inflnoitt ecclésiastique, c*cst d*abord le nom de schols donné à plus d*une de ces assocblion, à rinslar des scolares qui, d*après les comptes des églises de Liège, étaient diir|és déjouer des mystères. Puis, presque tous les noms de ces chambres de rhélonqne ont un caractère religieux : OEil-du-Christ à Diest, Sainte^alherinc à Alost, Alpin et Oméga à Ypres, le Livre à Bruxelles, la Sainte-Trinité (la fontaine) ^ Gand, Im Trois-Saintes à Bruges, le Saint-Esprit à Dixmude, les Frères de la Croix kCou^ Irai, le Lis à Louvain, Sainte-Barbe à Menin, Sainl-Jean à Berguea-Saint-Wiaoe, Sainte-Anne à Alost, TOlivicr à Anvers, les Thaboristes à Grammont, la SaiBt^ Croix à Eecke, le Saint-Sacrement à Bamscappelle, Laus Dec k Renaix, etc. Lei devises ont toutes une intention édifiante : Dieu est mon soutien (Halle); Vivre en paix (Lichtervelde) ; Par charité (Lokeren); Penser à la mort (Nieawkerkeaaopayi de Waes) ; Paix et concorde (Sottègem) ; TAmour surmonte tout (Sweveghen); Fans gratiœ (Tirlemont); Croissant en amour non sans Dieu (Vilvorde),ele.lly avait des gildes de rhétorique qui, comme les Barbistes d*Alost, avaient âé confirmées par rintervention d*un évéque et même d*un pape. Si elles avaient tootei un autel spécial, une chapelle spéciale, une bannière à vocable religieux, c'était» môme titre que les autres corporations de Tépoque. Elles n*en différaient que qoarl au but, qui élail principalement Tamusemenl intellectuel. On a prétenda que ai amusement n*était souvent que matérieî et que <r les Rhétoriciens » de Jan Steeon musée de Bruxelles sont une peinture assez fidèle de celte rapide décadence. 11 est vrai que le dicton : rederijker-kannekijker (rhéloriqueur-buveur) semble venif à Tappui de ces soupçons. Mais comment perdre de vue qu'il ne s*agît, dans cette satire, que de certaines habitudes vulgaires de la fin du xvii* siècle, qu'on reneostrait, non pas dans les villes, mais dans les villages, len plalten lande?
Au reste, on ne doit pas juger les rederijkers à un point de vue purement littéi^aire. Us n*ont jamais eu (Inorganisation indépendante. Sauf pendant les agitations l'éformistes du xvi® siècle, ils n*ont pas cessé, jusqu'à la fin de lancien régime, de relever plus ou moins de rÉglise comme de TÉtat. Après avoir obtenu officiellement le droit d'exister, ils devaient soumettre à l'approbation de l'autorité locale les statuts auxquels tous les membres de la gilde juraient obéissance. 11 fallait être bon catholique et fidèle observateur des lois du pays. Des amendes étaient fixées pour les moindres négligences.
Les kamerbroeders étaient soumis à une censure très-minutieuse et qui, semblable aux règlements théocratiques de Calvin à Genève, s'étendait jusqu'aux amusements, aux costumes et aux petites prescriptions de la « civilité puérile et honnête. »
Les chambres n'étaient appelées franches (vrije) que quand leurs statuts avaient été reconnus par toutes les autorités compétentes,
notamment par une chambre principale {hoofdkainer), telle que Ipha et Oméga d'Ypres, les Fonteynisten de Gand ou le Goudsem de Saint-Nicolas. Jusqu'à cette reconnaissance officielle, elles îent anvrije. Elles n'avaient qu'un premier octroi qui leur garansait un subside, quelquefois même un local {de kamer) ordinaire- Dt au-dessus d'une halle de métier. Quand les membres actifs assermentés (gezworeti) se réunissaient à l'heure réglementaire, on M>rait le blason {taimeel, kamer-merk), Cetait un écusson en ange, portant un emblème à côté des armes du souverain, de la le et du pritis.
A Tapogée des chambres de rhétorique, on connut les grands con- »ur8 nommés Intreyen. C'est ici quapparaît surtout l'influence des ics de Bourgogne. Ils s'étaient affiliés à ces sociétés comme ils aient entrés dans les corporations d'archers et d'arbalétriers. Ils 9Dgërent à y appliquer leur politique de centralisation. Mais ce ne it qu*en 1493 qu'on établit à Malines une chambre souveraine qui mit régir toutes les confréries dramatiques van der dietschen tonkm (de la langue thioise) en Flandre et en Brabant; elle disparut D 1577, après une fête donnée au Taciturne. L'influence bourguinonne se montre aussi dans la bizarrerie des exercices poétiques et riflcipalement dans la splendeur des grandes fêtes. Nous voyons par is comptes des villes ce que coûtaient les simples intreyen des conéries étrangères en représentation ; mais ce n'était rien auprès du ste déployé dans les grands concours ou lantjnweelen. Ce nom, qui gnifte joyau ou prix du pays, avait d'abord été mis en vogue par îs grandes gildes de Saint-Sébastien (archers), de Saint-Georges rbalétriers), et de Saint-Antoine (arquebusiers) qui formaient parut la milice urbaine. Déjà au xvi" siècle, l'historien Van Meteren >yait dans les tirs périodiques (schietspelen) lorigine des grands incours de rhétorique.
Le mot juweel n'est pas de provenance germanique. En langue iinane, joyal, jocal signifiait ce qui appartient au jeu, le prix du mcours des jogleors ou chantres, par exemple un prix littéraire )ur les jeux-partis, les jeux par personnages, etc. Instituer un prix ilennel se disait donc : Juweel of lantprijs ophangen ; en quelque ►rie, arborer un prix régional. Audenarde, en 1441, appelait le incours jock (de jocus, jeu). L'étude des documents a déjà présé la date de plus de soixante et dix de ces grands concours,
commencer par celui de Bruges (1431), jusqu'à celui de Maie.s(16!20).
Ul. M
Un des plus anciens lantjuweelen dont on connaît quelques particularités est celui d'Anvers (mai 1496). On y vit arriver, sur des chariots de triomphe ou sur des bateaux richement pavoises, vingthuit chambres de Flandre, de Brabant et de Hollande. Mais la fête rhétoricienne la mieux connue est incontestablement celle que doniui à Anvers, en 1561, la célèbre gilde des Violieren. Depuis son heureuse association avec les peintres de la gilde de Saint-Luc (1480), elle avait brillé à tous les concours. Elle avait obtenu le premier prix h Bruxelles, à Malines, à Gand, et, en dernier lieu, à Diest (1541). Un diplomate anglais, Richard Clough, a signalé, dans les lettres qu'il envoya d'Anvers à Londres, le luxe et l'esprit libéral de ces fêtes qui durèrent un mois et coûtèrent plus de 100,000 florins i h ville. Selon lusage, le concours avait exigé des moralités dramatiques {spelen van sinné) et des soties (fadie). . C'était dans les pièces comiques que se retrouvait la vraie langue, non encore alourdie par les savants barbarismes de la mode boa^ guignonne. Ce style droit et franc rendait les satires d*autant plos cruelles. Le duc d'Albe parut Tavoir profondément ressenti quand fl ferma tant de chambres, fit pendre tant de rhétoriciens et envoyai Téchafaud le bourgmestre Van Stralen, le principal promotenr dn lantjuweel de 1561.
Dans ce somptueux concours qui, malgré les subsides de la fille, épuisa pour longtemps les ressources de mainte chambre de rhétorique, on avait vu éclater, sans conflit, deux esprits bien opposés, celui du moyen âge et celui de la renaissance. Au fond, câail comme une manifestation suprême de l'ancien génie flamand, curieui mélange de naïveté, de bonhomie et d'énergique indépendance. C'est pour cela qu'il est difficile de juger la période de transition que Ion caractérise par le nom de Rederijkers. Ils ont hérité de la verve des anciens ghesellen, msiis, d'assez bonne heure, ils ont été entravés par la censure ecclésiastique, la réglementation gouvernementale cl finfluence française de la cour de Bourgogne.
Le législateur de ce Parnasse fui Msitthys de Casteleyn (1488-1550). U éliil prêtre, notaire apostolique et « facteur» des chambres de rhétorique Paxvtbitat» et Kersauwieren (Marguerites). Ce joyeux compère, que la renommée appelait nilvement excellente poëet moderne, était le plus grand improvisateur de ?en et le plus actif organisateur de fêtes qu*il y eût à Âudenarde. Casteleyn était fier de si tragédie Historye van Pyramus ende Thisbe qui, malgré la verve des deuxlwiiDS {zinnekens\ rappelle les scènes bizarres jouées par des ouvriers anglais daos k Songe d*une nuit d*été. 11 n^oubliait pas non plus d*énumérer avec compUisuce ses Ballades de Tournai, son Chansonnier, ses 36 EshatemenUn (farces), ses
3) TafeUpeUn, ses 12 grands jeux dramatiques (staende speleti van zintie) ei ses 30 WagenspeUn exécutés pendant les processions. Mais rien n*dgalait IMmportancc (pi*il attribuait à sa fameuse poétique (i)« Canst van rhetoriken) qu'un imprimeur gantois, Jan Cauweel, recommandait aux vrais pointes néerlandais, jaloux d*enriehirla langue du pays et de ne pas imiter les rimcurs des rues {slrael-dichfers en Miâos-muselaere).
La renaissance et la réforme. — Parmi les causes qui ont fait avorter en Belgique la révolution antiespagnole, il faut compter la fiicon souvent puérile dont les Flamands comprirent limitation des anciens, qui pouvait être leur salut. Le prisme de la rhétorique égarait les meilleurs esprits. Il suffit de se rappeler ce qu elle fit de J.-B. Houwaert. C'était un noble cœur, un vrai patriote, un penseur, un érudit, un écrivain facile. M. Alberdingk Thym rappelle « sans contredît le meilleur poète néerlandais de son temps. » Sans passer définilivement au luthéranisme ni au calvinisme, il demeura fidèle m parti du Taciturne. Il eût voulu fonder la tolérance pour combattre rinquisition. Sa devise était : « Houdt middelmate, tiens le milieu. » De riche et noble famille bruxelloise, tour h tour soldat, magistrat, ambassadeur, orateur et poète, il consentit à tous les sacrifices pour servir son pays. Cependant, quand on parcourt ses écrits, on croirait qu'il n'a jamais quitté ses ombrages de la Petite- Venise à Schaerbeek, si ce nest pour diriger les débats et les représentations des rhétoriciens du Boeck et du Mariën-Cranslien , Son Pegasides pleyn, son Handel der amoureusheyt, ses harangues politiques, ses confessions intimes, ses drames, ses manifestes patriotiques, tout nous fait voir un penseur loyal, actif et courageux, trop préoccupé de ce qu'il appelle lui-même : in rethorycle coucheren. Sous ces mignardises, on a peine k reconnaître un caractère si ferme et si élevé. La rhétorique de Cornelis Van Ghistele, d'Anvers, fijt encore moins heureuse; son concitoyen, Jeronimus Vander Voorl, trouva du moins un style soldatesque pour échapper dans ses vers stolques à lafféterie à la mode ; mais le Gantois Lucas de Heere, poète naturel et simple pour chanter le bonheur domestique, se perd dans l'emphase quand il doit complimenter le Taciturne en 1577. Même erreur de goût chez Pieter de Herpeneer, Van Spiere, Colyn, De Dene,Boeckx et quelques autres faiseurs de refereynen et d'esbaiementen. Tels sont encore Van Mander, né en 1547 k Meulebeke près de Thielt, mais qui alla s'établir en Hollande, et le gentilhomme louvaniste Jacob Duym, qui fut, dit-on, un des premiers à pratiquer le vers alexandrin avec régularité. Mais c'est Jan Van Hout et sur-
tout Jonker Jan Van der Noot qui introduisirent l'emploi de cette versification d'origine française {fransche tnaet).
Dans cette foule de rhétoriciens, presque tous enti*atnés vers la réforme, on distingue deux femmes qui chantent la vieille foi : Calharina Boudewyns, de Bruxelles, et surtout Anna Byns, d'Anvers. Celle-ci, après un mei-lied, vrai début de rhétoricienne, puWii un recueil de refereynen, ballades dirigées subtUic ende rhftmbk contre la doctrine de Luther. Ces ïambes ëatholiques eurent tant de succès que bientôt un écolâtre de Gand les mit en vers latins. Anoa Bijns était béguine et maîtresse d'école quand elle fit ses plus belles pièces. Mais, dans le troisième volume de ses poésies, on trouve des ballades où elle avoue une jeunesse orageuse et qui fait penser m aventures de Louise Labé. Comme la Belle Cordière, elle a long* temps préféré les danses et les fêtes de rhétorique aux plus beaoi sermons de l'Église. Sa vanité d'artiste Fégarait : elle aimait à s'entendre nommer princesse aider rethorisienen. C'est un amoor violent qui l'a entraînée à braver le scandale. 11 est vrai que cet amour semble l'avoir douée de son beau style lyrique. Elle l'a trouté eu chantant les tourments de l'absence, les inquiétudes de la jaloosie et les joies du retour. Rarement aussi, on a plus énei^quemeot dépeint les horreurs d'un amour trahi. Elle expia ces vers trop ardents et trop personnels en consacrant pendant de longues looées son style si vif et si franc à la défense de l'orthodoxie. S'il lui arrive dexagérer son zèle contre die vermaledijde lutherse secte et de vanter les bûchers dont on se montre trop avare, c'est qu'elle est entraînée par le délire de la lutte et la l)arbarie de l'époque. Mais son fanatisme n'éclate que par intervalles. D'ailleurs, quaud elle abandonne les Apres controverses, elle tVouve ses plus beaux accents dans une sorte de mysticisme lyrique qui rappelle la tradition de Ruysbroec. En lisant dans le Gheestelijken nachtegael (Rossignol mystique) ses odes sur la fragilité du monde, la magnificence de Dieo et les approches du jugement dernier, on ne retrouve plus une rhétoricienne de l'école de Casteleyn, mais une grande àme de poète inspirée par les beaux psaumes de David.
En 1540, les Souler-liedekens, qui parurent à Anvers sous la protection libérale de Marie de Hongrie, devaient servir à remplacer dans la mémoire du peuple les chansons frivoles et sensuelles. L'auteur, Willem van Zuijlen van Nieuvelt, a choisi les airs les plus populaires. On a tort de voir une propagande luthérienne déguisée dans ces cantiques d'un style si naturel. Il n'en est pas de même des
HiSTOlRK DE LA UTTÊnATHRE FLAMaM*K.
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nea du gentilhomme gantois» Jean Uleiihove, du fougueux calb'itiisié Dalbeiius, ami d'Ilembyze el du peintre Lucas Je Heere. [litons inicore les psaumes de W, Van Haechl, les maximes de l*EcdésiasLe par le bnibaiiçon Fruy tiers, maître des requêtes du prince
C;e, et les eiinliques de Joris Wybo, de Pilthem. rx. — La vigueur s'unit à la perfection de la forme dans les de Philippe Marnix de Sainte^Aldegonde {lo38-l598), Sol- 3at, orateur, écrivain» diplomate, homme d'État, théologien, juriste, êruàh et poète, cet homme extraordinaire a pratique, dans tout ce |U il a entrepris, sa devise : Repos aUteurs, C'est la plus grande Igure littéraire de notre xvi'' siècle. Elle représente, de la façon la [Jus nette, la fécondation du génie flamand par Tesprit de la renaissîince. Par ses puissantes facultés, son éducation intégrale et l'étonnante activité de sa vie, finfatigable lutteur a pu laisser, jusque iatis la domaine de renseignement grammatical, des traces de son influence. Contre les rhétoncieiis, il revendique les droits de la vieille langue ; contre la routine, il prouve, par son propre exemple, ijy on peut améliorer le flamand sans le dénaturer. On admire les richesses quil a tirées du parler populaire, des tours quotidiens, tics dictons séculaires, des images traditionnelles. Il semble quelquefois oublier la rigidité du calvinisme, tant il est souple et léger dans sa prose satirique du By>«t or/ (Ruche de la Sainte Église ro- Uâine^p Dans ses brochures politiques, soil en français, soit en flatBand, où il recommande runioii entre protestants et catholiques, comme entre Hollandais et Wallons, il excelle à rajeunir fidiome du people par des artifices que lui ont appris ses fortes études dliumauiste. C'est tour a tour Texubérance de Rabelais et la lucidité de Calvin; mais c est surtout récrivain belge, disposant en maître de nos deux langues plébéiennes* On dit que, comme Artevelde, il les employait avec une égale facilité pour les discussions, les allocutions et les hai-angues. Soit qu'il discute, ou qu'il raifle, ou quil s abandonne même au plus hardi lyrisme, en vers comme en prose, **u français comme en flamand, Marnix puise sa force au fond de
rlément populaire.
C*esl par là que, d'une façon inattendue, le Bijenkorfse rattache (Jireciement aux œuvres de Ruysbroec, dans rhisloire de la prose flamande. Les deux auteurs brabançons s inspirent du même idiome, bien qu*ils ne soient ni de la même école, ni de la même époque. En renouant lâ tradition, le setréuiire du Taciturne préparait à la
tm BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
république des Provinces-Unies la prose définitive de Hooftelde Brandt. « Elle a désormais, dit Jonckbloet, la force, réléganceelli souplesse qu'il faut pour porter le$ idées modernes. »
Avant de rédiger, en 1565, le Compromis des nobles^ Maroix avait déjà lancé mainte chanson et maint pamphlet. La Wilhelmus M, dont Bayle avait deviné l'importance, est un chef-d'œuvre. C'est eo vain qu'on a voulu ici méconnaître le génie de Marnix. Il y éclate par les mêmes qualités d'énergie populaire et d'austérité religieuse qu'on retrouve dans ses autres poésies, telles que l'appel aux XVII Provinces {Ras, Seventien Provinden!), ses cantiques calvinistes et ses Psalmen Davids, Menacé par ses ennemis, calomnié par ses coreligionnaires, assailli par toutes les difficultés, par toutes les trahisons, cet homme résume en quelque sorte une des époques les plus tragiques de notre histoire. Partout on retrouve sa plume ou sa parole, dans les moindres questions comme dans les plus hautes. Mais c'est avec la même simplicité familière 6t flamande qu'il justifie l'usage de la danse dans nos fêtes {Brief aengaendt kit dansen, 1577) et qu'il traduit les pages grandiose de la Genèse. C'est toujours la même abondance, le même naturel, soit qu'il &sse appel à la concorde {Trouwe vermaninyhe, 1581) pour les communautés chrétiennes du Brabant et du Hainaut, ou qu'il attaque les libres -penseurs et les yisionnsiives {geestdrijvische feere),ou qu'il résume ses doctrines théologiques {Cort begrijp)^ ou qu'il justifies! conduite pendant le siège d'Anvers {De verantwoording, 1585). Le prix de ce style augmente encore par la comparaison des écrits da temps, presque tous barbares par leurs eflbrts mêmes pour éviter de l'être.
Les Belges en Hollande. — Lorsque triompha la réaction espagnole, ce fut surtout aux rhétoriciens qu'on fit la chasse. La Hollande s'enrichit de ces épaves de la révolution belge; on peut même dire qu'elle y trouva sa langue et sa grammaire. Dans les deui cent cinquante noms d'émigrés belges que cite M. V. Gaillard (Acad. de Belg., Mém. cour., VI), il en est peu qui n'appartiennent à l'histoire littéi*aire. Il n'y a pas d'illusion patriotique à reconnaître, dans la splendeur des lettres néerlandaises au grand siècle de la république des Provinces-Unies, le contre-coup de l'émigration belge. A côté de Marnix, dont le nom suffirait peut-être, il faut rappeler toutes ces sociétés dramatiques que les proscrits formèrent dans les moindres villes de Hollande. On n'a pas assez remarqué, ce nous
semble» tout ce que Vondel doit à ces poètes émigrés. Lui-même était un en&ût de Texil ; il naquit à Cologne (1587), où son père, chapelier anversois, avait dû se réfugier à cause de son anabaptisme. Sa mère était également d'Anvers. Un autre grand poëte hollandais, de naissance plus illustre, G. Huyghens, à qui Corneille ^dédia son Don Sanche dC Aragon, se ressentit aussi des influences flamandes. ^ni de l'Anversois Aerssens, du Gantois Heinsius, diplomate polyglotte et grand seigneur des plus brillants, des plus cosmopolites, il n'oublia jamais le dialecte brabançon de sa mère. Enfin, le plus [K>pulaire sans contredit des écrivains du grand siècle, Vadei- Cats, somme tout le monde rappelle, reflète dans sa bonhomie moralisante et didactique la candeur de nos plus anciens poètes. La Zélande, où il naquit en 1577, était encore entièrement flamande. Il avoue, d'ailleurs, qu'il doit son éducation littéraire « à un honnête Brabançon établi à Zierikzee », et il y a toute une légende sur les relations de Cats avec les poètes demeurés en Belgique.
Uascendant littéraire de la Belgique survécut quelque temps à son indépendance. En 1618, quand le synode national de Dordrecht reprit la traduction de la Bible que Marnix n'avait pas eu le temps f achever, elle confia l'œuvre du Staten Bijbel à une commission de quatre théologiens, dont deux étaient Belges : Baudaert de Deynze, Bt Vande Walle de Gand. On consulta aussi d'autres émigrés. L'un ie ces traducteurs, Plancius, tout en étant prédicateur à Amsterdam, s'occupait de navigation, d'astronomie, de géographie, et sug- ^ra,pour son pays d'adoption, ces héroïques tentatives au Spitzberg, Délébrées par les poètes hollandais. D'après ses cartes marines, un iutre savant émigré, le Brugeois Simon Slévin, publia, en 1608, ion traité flamand sur le pilotage. C'est dans ce parler du peuple [int plat duytsch) qu'il exposa les sujets les plus divers : système décimal, calculs d'intérêt, plans inclinés, chars à voiles, tenue des ivres, musique, optique, navigation, linguistique, poésie, dialecique (bewijsconst) et politique (burgherlick leven),
A l'université de Leyde, où l'on comptait plus de vingt professeurs d'origine belge, se distingue surtout Daniel Heinsius, né à Sand, en 1580, de parents riches et qui aimaient les lettres. C'est lans ses chansons, dans ses poésies légères que Heinsius a !e mieux "éussi à donner au rhyihme néerlandais la perfection que ses Hudes gréco-latines lui avaient fait concevoir. Fils de la renaissance iutant que de la réforme, il doit être considéré comme ayant achevé a transition de l'ancien thiois au néerlandais classique. Un parent
de Heinsius, Jacob van Zevecote, né à Gand (1596), alla plus loin que lui dans la gloire de la poésie nationale. Willems le surnomme « le prince des poètes flamands ». Après quelques essais de yerâfication latine, lamour lui inspira de gracieuses élégies dans a langue maternelle-. Sa science encore plus que la protection de m cousin le fit nommer professeur d'histoire à l'université de Hai^ wijck. C'est dans cette ville que, se sentant enfin libre, il eut les plus nobles inspirations. Sa diction a déjà toute la pureté qu'on signale dans Jeremias De Decker. Ce poète, si haut placé dans Festime de la critique hollandaise, n'est pas né à Anvers, comme oo l'a dit. C'est à Dordrecht qu'il naquit, en 1609; mais son père, Abnham De Decker, de riche et vieille famille anversoise, avait dû quitter la Belgique, comme Zevecote, à cause de ses opinions protestantes.
L'isolement. — Si la Belgique garda pour elle quelques en&Dts de son génie, ce ne pouvaient être les plus vigoureux : l'air natal manquait de liberté. C'en est fait, les Néerlandais du sud deviendront de plus en plus étrangers à ceux du nord, dont ils ont été les modèles et les inspirateurs. On avait biep rétabli quelques chambres de rhétorique pendant pendant la trêve de douze ans; mais aucune ne parvint à retrouver la belle et joyeuse existence d'autrefois. Ufi patriote d'Ypres, Jacob Ymmeloot, sire de Steenbrugghe, publie uo manifeste pour démontrer l'harmonie des rhythmes flamands, et, en 1626, développe sa thèse dans un poëme. Mais à quoi bon discuter les avantages ou les réformes d'une langue en l'absence d'une idée à servir, d'un principe à défendre? Une langue ne peut pas exister en dehors de la vie d'un peuple. La spontanéité flamande s'en allait de plus en plus : Tindividualité, la physionomie littéraire faisait défaut.
Toutefois, pour échapper plus ou moins à cette froideur mortelle, quelques rares poètes qui n'appartenaient pas au clergé se rabattirent à des boutades inofiensives. Au théâtre aussi, malgré la censure, la force de l'habitude fit retrouver quelquefois un peu de tolérance. Il est vrai qu'on ne l'accordait qu'à ce qui ne la méritait pas. Anvers, la ville des peintres, des marins et des étrangers, avait gardé, malgré les désastres de la guerre, toute son ardeur pour les fêtes et surtout pour les spectacles scéniques. S'il n'y avait plus de somptueux lantjuweelen, il y avait encore des concours où figuraient les quatre rhétoriques de la ville. En outre, on avait vu dès 1575,
es élèves des jésuites jouer des pièces bibliques devant les autories espagnoles.
Le plus heureux, le plus populaire de ces rhétoriciens fut, sans x>ntredit, Willem Ogier (1618-1682). A dix-sept ans, sans trop de iouci des regek et des kenders (règles et connaisseurs), il composa me comédie {Droncken Hein) qui, modifiée plus tard sous le titre de hUzigheydt (Gourmandise), se maintint plus d*un siècle sur les théàres d*Anvers et d'Amsterdam. Ogier, qui avait beaucoup de Fesprit Aiservateur de Teniers et de Jean Steen, saisissait à merveille les Hures des matelots du werf et le langage pittoresque du schipperswartier. Par la fidélité la plus indiscrète de ses tableaux populaires, le ses Kluehten étourdissantes, il prétendait moraliser, s'il en faut ïroire ses préfaces. C'est dans cet esprit qu'il fit jouer en 1646 Impudicité, en 1647 la Haine, et qu'il acheva son tableau des Sept fichée capitaux. Tous ses types se meuvent d'une façon si naturelle )t se révèlent dans un langage si net et si vrai, qu'ils font revivre x>ut un siècle.
Dans les Pays-Bas catholiques, un poète protestant, Cats, avait x>Dquis une grande influence. Le clergé même y avait contribué, 3t Ton voyait, par exemple, les jésuites de Bois-le-Duc imiter dans leurs prédications le style populaire de l'écrivain zélandais. Un de leurs élèves, Adriaen Poirters (1605-1674), mérite d'être appelé le Cois catholique. C'était un homme remarquablement doué et qui connaissait toutes les ressources du vieil idiome. Il s'en servit trente ans pour les sermons familiers qu'il prodiguait à Anvers, à Louvain, à Lierre et surtout à Malines. Rien n'égalait sa facile fécondité. Il est aussi naturel en vers qu'en prose, aussi simple quand il moralise que quand il persifle. Il dépasse Cats dès qu'il s'attache à décrire les travers de la bourgeoisie qui singe les modes françaises, ou les vices du peuple qui perpétuent sa misère. Il excelle à cacher la sévérité de ses leçons sous la variété et l'agrément des formes qu'il emploie. Des anecdotes, des fables, des allégories, des proverbes, des jeux de mots, des étymologies plaisantes, des ti*aditions baroques, des esquisses d'intérieurs à la Teniers, il adopte tous les cadres et les remplit sans fatigue et sans confusion. Son chef-d'œuvre, le Masque arraché au monde (1646), nommé quelquefois Ydelheyt (Vanité), est plein de Aiots et de traits qui sont restés dans toutes les mémoires. On cite plus de trente éditions de ce livre qui, adressé à Philothée, ne semble avoir été fait que pour les jeunes bourgeoises qui aiment trop le monde. L'auteur augmentait
encore la popularité de son texte par de petits dessins allégoriquai dus aux meilleurs artistes du temps. Quelquefois, pour contraster avec la rigueur calviniste, il tombe dans des joyeusetés trop puériles. En d'autres livres {la Cour de Théodose, la Colombe duRodier, le Miroir de Philagie, etc.), il 'a toujours le style limpide et fraocde la tradition thioise; mais nulle part autant que dans Tintarissable badinage du Masker.
Toutefois, Poirters n'arrive pas jusqu'à la poésie domestique, et cette lacune est plus sensible dans les écrivains qui, sans avoir le talent du jésuite brabançon, s'en tinrent plus strictement que lui à ridéal ascétique. Tels furent le dominicain Vloers, le chanoine Croon, le prémontré Moons, l'augustin De Leenheer, le chartreux Mallants, le cistercien Vander Cruysen, le carme De Crock, le curé Thysebaert et tant d'autres écrivains mystiques qui, pour être populaires, imaginaient des enfantillages allégoriques dignes des' contes dévots du moyen âge. La décadence se reconnaît d'autant mieux dans le caractère pédantesque et rigoriste de certains littérateurs de la première moitié du xviii* siècle. Le jésuite gantois Livinus De Meyer, qui mourut à Louvain en 1730, composa en latin, puis eu flamand, un poème didactique sur la colère, ses inconvénients et ses remèdes. « Style correct, dit Willems, et versification banale.! Mais l'ennui est sans compensation dans les drames trop orthodoxes de Plas, De Muyn, Hendrix, P. Justinus, Kockaert, De Pape, Van Solthem et Vander Borcht. On retrouve quelques traces de la verve flamande dans Hardwyn, Wellekens, Deswaen, Neyts, etc.
Décadence. — La Belgique, qui depuis 1648 était devenue le point de mire et le jouet de la diplomatie, descendit rapidement la pente delà décadence. Lorsque, en 1715, le traité de la Barrière eutfidtdes Pays-Bas autrichiens une sorte de marche ou frontière militaire de la république batave, c'est à peine si le Brabant et la Flandre osèrent protester. C'était, au reste, en français que les Flamands euxmêmes composaient des mémoires, des pamphlets, qu'on ne traduisait pas toujours dans la langue populaire. Celle-ci avait d'ailleurs perdu son ascendant par la haine même qu'inspirait la politique impitoyable de la Hollande. Les garnisons hollandaises, qui se maintinrent en Belgique jusqu'en 1782, n'y répandirent pas le goût de la langue néerlandaise. Spectacle bizarre : les Pays-Bas, depuis qu'ils étaient définitivement adjugés à l'Autriche, semblaient s'éloigner de l'esprit germanique. 11 est vrai que, même en Allemagne,
eogoueineiit pour la littérature française ne put êti*e vaincu qu après le ardente croisade pi^hée et conduite par Lessing. Autant que Mdéric II de Prusse, Marie-Thérèse d'Autriche aimait le français, Mit en Testropiant jusque dans l'orthographe. Ni Timpératrice ni es habiles conseillers ne songèrent à "établir à Tuniversité de Loulin une chaire de flamand à côté de la chaire de littérature franlise. Dans les collèges thérésiens qui devaient remplacer et sur- •sser les collèges des jésuites, « la langue maternelle » n'occupa u'uoe place assez restreinte.
Les intérêts politiques s'ajoutant aux antipathies religieuses, on ublia ridentité du hollandais et du flamand. En 1780, l'Anglais htw {Essai sur les Pays-Bas autrichiem) crut pouvoir prédire le iomphe delà langue française en Belgique. Quoique l'Académie eût é fondée pour développer surtout les goûts littéraires trop néglies par l'université de Louvain, il n'y eut pendant longtemps que 3S mémoires purement scientifiques. Malgré l'égalité des deux nj^es revendiquée par le règlement organique du 16 décembre 772, on ne rencontre presque pas de dissertations flamandes. Doore sont-elles souvent traduites en français pour la facilité des :adémiciens.
Tandis qu'en Hollande on créait des sociétés d'émancipation itellectuelle, tandis qu'on y préparait une renaissance littéraire où >o voyait déjà des écrivains tels que Bellamy, Nieuwland, Van Iphen, Simon Stijl, Feith, Ëlisa Becker, Agatha Deken, Helmers . Bilderdijk, la Belgique semblait vouée à une décadence irréméiable. A côté de libelles sans goût, sans style, on n'imprimait plus ue d'informes et barbares traductions du français. Willems {Vernndeling, II, 203) ne connaissait rien de compai*able à cette létharie de la fin du xvui^ siècle. Snellaert {Rappmt quinquennal, 1855) jOUte : « Ce n'était plus que le vain bourdonnement d'un insti'ulent délabré. » Il suffit, pour justifier ces paroles sévères, de lire uelques pages des Mémoires du capucin Vervisch, grotesque aumôier de Liefkenshoek et puéril partisan de l'Autriche. D'autant plus [oquent nous apparaît, malgré son style rude et fruste, l'avocat onckiste Verloo, quand, en 1788, au milieu de l'affaissement gééral» il appelle la vieille langue flamande au secours des idées nou- Aies, a Cette langue néerlandaise, » s'écrie-t-il, « a été la langue e la liberté {de tael van den vrijdom) à fépoque où nous devancions i civilisation européenne. Hollandais ou flamand, ce n'est qu'un seul liome, admirablement doué pour les conquêtes de l'esprit. Mais
que notre chute est profonde, et combien les dominations (Hmgères nous ont été fatales! Nous ne connaissons plus notre passé héroïque; nous avons quitté les grandes études, les fortes lectures, et nos paysans, quand ils lisent, ne trouvent plus que des niaiseries! Hâtons-nous ^ donc de nous inspirer des littératures nouvelles de rÂllemagne,de la Hollande et même de la France; tâchons, ô ^'ée^ landais , de créer un théâtre national qui puisse épurer, éclairer notre patriotisme ; sortons enfin des ténèbres gothiques ! Ce (pe nous avons été, nous pouvons Têtre encore dans Fart, dans la liberté, dans Tindustrie, dans le commerce. Remontons à notre génie, en retournant ^ notre vieille langue maternelle et en la remettant au se^ vice de tous les progrès ! » Mais ce chaleureux appel n*eut pasd^écho.
BiBLiOGRAPms. — Histoires générales de la littérature néerlandaiie : Joockbloet ;}> édL, 1873); Vi5scher, Ldddraad, 1854-4857; Snellaert (4« éd., 1866); J. Ten Bnnk, S(à<tt, 1»; AlberdingkThym, De la littérature néerlandaise {en françaià); Van Vloten, Beknopu Geukk' denii; Willems, Verhandeling over de ned, tael en letterk.; Hofdyk, Ge»ehied., 1864.
J. Grimm, Deutsche Grammatik (1840), Heinhart F&chs; Hoffmann Ton Fallersiebei, Ar« Belgicœ, i89Û-186!2 ; Vf iWerns, Belgisch Muséum; Serrure, Vadertandêck MMÊom; Aiberdingk Thym, Dietsche Warande; publications des Vlaamsche Bibliophilen, à Gand;|Mbliation de la Maatschappij van Nederl. letterk., à Leyde ; Bormans, Sinie-Kristiita, Snor Se^ vatius^ Parthenopeus, Jan Praet; Mone, Ubersicht der Nied. VolkslUeratir; Citffnicàaf, Z. heldensage; Anzeiger, etc.; La Germania de Pfeiffer, 1856-1874; Koberstein, Gruaim der Geschichte de Deutsche National literatur, 5* éd. ; Genrinus, Gesehiekte d. d ékktiËf, 5« éd.; JoDckbIoet, Gesch. der midd dichtkunst; Étude sur le roman du il«iMi1; Msft», Gesch. van het wereldlyk tooneel; Bibliotheek van middelnederland. Utterbmde; Yao VMei. Het nederlandsch Kluchispel; Verzameling van Nederl. prozastukken; Ed. Van derSimia, Le théâtre villageois en Flandre; Schotel. Geschied. der Rederijkers, 4^ éd., 1818; B*f. Tii Even, Het landjuweel van Antwerpen ; P. Van Duyse, Verhandeling over dem Nedffkaêsdm Versbouw; Cats' invloed op de Vlaamsche letterkunde; Verhandeling over dm inrktUff rederijkkamers ; J. Heremans, Dichterhalle ; Ëlcoo Verwys, Bloemlezing sût \ landsche dichters; Serrure, Letterkundige Geschiedenis van 't Graefsduip ran \ ^ éd., 187:2; D' De Jager, Lof van Vondel; Gaillard, De l'influence exercée parlai sur les Provinces-Vnies ; W. de Clercq, Koninklijk Nederl. Instituui (mémoire i Ferd. Vaiider Haeghen, Bibliographie gantoise, 1858-1869 ; Mareus Yan VaerMvyck, Vt Beroerlicke tijden ; L. De Baecker, Les Flamands de France; Ph. Blommaot, OiMMatiUcAr gedichten; Nederduitsche Schrijvers van Gent; Ed. Kausler. Altniederlandiêdie Geédâa John Bowring, Batavian Anthology; N. Gornelissen, De l'origine.,, des ckamèret de rhitinque; Angiiiis en Van Even, Werken der Vlaamsche dichteressen ; Tuinmu, De€ en uitlegging van Nederl. Spreekîvoorden ; J. Sartorius, Adagiorum Chiiiadet; ~ Die alteste Niederd. Sprichwôrtersammlung, Berlin, 1870; W. Suringar, Over de j communia, de oudste verzameling ; Willems et Snellaert, OudvlaamMcke Uederem ; V.-H. Mtcourt (Vanden Hove), Le flamand, son passé, son présent, son avenir; Oademiat, Bijirtf9 toi een middel- en oudnederlandsch woordenboek; Delfortrie, Mémotres star letamÊhgksia langues flamande, allemande et anglaise; P. Lcbrocqny, Analogies UngmOiqus; J. Vu Lennep, De Werken van Vondel ; W.-G. Âckersdijck, Observations sur la Ua^fse fUmeaif Urad. du baron Vau Erlborn, Anvers, 1821); 0. Delepierre, De Fongine dm fltmoMife^ bosuHtrth, elc
xvni
Par M. J. STECHER,
Profeiwicur à l'univrnité de l-i^.
Domination française. — On pourrait croire que, sous la dominalioD firaoi^ise (1797-1815), c* en était fait d'une littérature qui n'avait pas pu 86 réveiller au bruit de la révolution brabançonne. Les vonckistes et tous ceux qui avaient rêvé quelque réforme politique adoptèrent avec enthousiasme les principes de 89 ; l'usage de la langue ffucaise* que l'engouement avait déjà favorisé depuis plus d'un siècle, était devenu une nécessité générale : sous la république et sous Tempire, les journaux et les livres français offraient l'avantage de mieux faire connaître les grands intérêts de l'époque, les révolutions, les batailles et les conquêtes. D autre part, la langue flamande était suspecte comme au temps des Espagnols, et la persécution officielle était implacable. Le 24 nivôse de l'an vi, la police française exige que la Gazette van Belgis change son titre qui paraissait dangereux. Un arrêté du 24 prairial an xi ordonne que tous les actes publics soient rédigés en français. Le 21 décembre 1812, l'empereur Napoléon défend la publication de tout journal flamand dont le texte ne serait pas accompagné d'une traduction. Quant à supprimer les journaux qui déplaisaient, c'était pour le despote un jeu banal. Il n'avait pas même besoin d'invoquer un prétexte. » Néanmoins, dit
Willems (Verhandeling, II, 204), cette tyrannie du français a éHé moins funeste que Finertie des Belges aux xvn* et xviii^ siècles. »Gtt foi^tes secousses allaient réveiller le génie national.
Insensiblement la fidélité aux vieilles traditions se modifie au contact des idées modernes. Un des meilleurs poètes d'alors, P.-J. De Borchgrave, de Wacken, compose en 1790 une Ode àlaliberiiffm concilier le passé avec Tavenir. En i807, au grand conooorsdes Gatherinistes d'Âlost, il chante à côté de Lesbroussart la gUmtim Belges et remporte sur tous les rhétoriciens flamands. H leur étal supérieur, parce quil avait été le premier à s'inspirer des poêla hollandais de Técole nouvelle. Robyn de Vracene, son rival, alla plus loin dans la transformation des idées. Après avoir célébré la patrie, ses soldats, ses poètes et ses peintres, il trouvait des vei^ énergiques pour flétrir Tinquisition ; il aimait à traduire des poètes fniDçais en même temps qu'il composait des comédies et des tragédies flamandes.
Vers la même époque, deux prêtres, Stevens de Lierre et StîchelbiotdeGad, renouvellent un peu la poésie biblique en imitant les HoUandais. Ho&nandeCoV' trai, improvisateur et dramaturge fécond, Watthée de Gand, actenr populaire, Van Daele d*Ypres, fondateur d*une revue (Tijdverdrijf, 1805) destinée ï épurer la langue littéraire, le chanoine Coninckx de Saint-Trond, poète didactique en fraiçais, épigrammatistc et surtout fabuliste en flamand, tous ces noms ma ^ connus méritent pourtant une place dans l*histoire des idées nationales. No1ltcit^ rons même, à ce point de vue, deux pamphlétaires gantois dont les éerils biiarrH attestent également ce mélange curieux de tradition flamande et d*inflaenee étrangère. Antheunis commença en 1799 de Protocole Jacobs où, dans un style archaïque, mais dans un esprit libéral, même républicain, il flétrissait les fondîoimaires tyranniques {roffianen slroopcrs). Karel Brouckaert, avec plus de verve, maisafK moins de goût, publia d^abord Vader Roelaivit pendant van Père Dudiêne, où, sous la violence du langage à la mode, il cherchait à propager une sorte de libéralisme modéré; plus tard, il dirigea contre ses adversaires politiques, maisaotooi contre les préjugés et les superstitions, un pamphlet hebdomadaire intitulé Sfut Panne (la Saucière). Son roman Jellen en Mietje, curieuse photographie des ouvriers gantois, ne put être publié qu'après Waterloo, parce que raoteors^élait refusé à faire la traduction française exigée par les décrets de Tempire. Trois savants, Coppens, Verviers et Dierickx, firent paraître en 1791 la satire : DUectdlente Printcronike van Vlaenderen, où Fesprit français semble inspirer les enae mis du vandernootisme.
Pour achever de prouver qu en somme le contre-coup des gnnds événements de cette période devait aboutir au réveil des lettres fl^ mandes, il ne serait pas difficile de retirer bien des noms de Toubli: mais Tesprit n'apparait guère que dans les boutades de rAnversois Cornelissen, quand il renonce à plaisanter en vers français. Cesl
LITTÉRATURE FLAMANDE CONTENPORAIRB. 53^
ilors que lliistorien des chambres de rhétorique et le savant apologiste d*ArteveIde réalise à merveille cette fusion du génie flamand et les éléments étrangers, qui devait en quelque sorte compenser la lerte de notre indépendance.
La période doxion néerlandaise. — Le royaume des Pays-Bas, iotant enfin les Belges de cette pleine autonomie qu'ils avaient si ongtemps souhaitée, leur donnait aussi une constitution, une presse, me tribune et d'autres instruments de liberté. Or, si les Flamands, ous Tempire français, avaient été stimulés par la guerre même pon faisait à leur idiome, s'ils avaient bravé la police pour fédérer eurs gildes littéraires, à l'imitation du groupe formé par les rhétoîciens de Bruges, de Courtrai, d'Ostende et d'I'pres, quel ne serait tas Félan néerlandais dans cette carrière ouverte enfin à tous les Abrts de l'intelligence? En même temps que la grande industrie, le laut enseignement s'établissait aux deux pôles du pays ; à Liège et Gand, le flamand était considéré comme une langue nationale et ftème ofScielle. Les professeurs hollandais arrivaient en Belgique, omme, au xvi*^ siècle, les professeurs belges étaient allés en Holinde. A Liège, Jean Kinker, le véritable rival du poète Bilderdijk, Qssi hardi penseur que brillant artiste, commençait dès 1817 à ùniYersité un cours de littérature néerlandaise. Il préférait la lësinvolture flamande à la sévérité batave. Par l'entrain de sa sarcle, l'élévation de ses idées, la solidité de sa science, la sûreté le son goût, il réussit à vaincre les préjugés et les défiances des Vallons. Il finit même par constituer le cercle Tandem, où les caueries philosophiques sur Kant se mêlaient utilement aux lectures, ux commentaires et aux analyses de Vondel, de Gœthe et de Ichiller. Vers la même époque, à Gand, le professeur Schrant, Hrètre catholique et prosateur élégant de l'école de Van der Palm, oubliait un Discours d'ouverture qui remuait les esprits. Après une brillante énumération d'écrivains appartenant à la Belgique aussi lien qu'à la Hollande, il insistait sur Toriginalité, la souplesse, la ichesse et l'euphonie du véritable néerlandais. 11 put bientôt prolager ses idées dans les écoles communales, dont il fut un des prinipaux organisateurs. A Anvers, le baron Van Ertborn traduisait une urieuse dissertation du juge Ackersdijk, où le style des vieux Flaoands et la naïveté des dialectes belges étaient signalés comme levant assouplir et retremper le hollandais trop classique, trop aide, trop deftig.
Ces appels aux études, aux progrès, aux interprétations larges et philosophiques de rancienoe grandeur nationale, ces eflTorts trop peu connus pour réveiller un peuple qui sétait assoupi depuis deux siècles, comment n'auraient-ils pas réussi? Ne se Êiisaient-ils pis sous les auspices d un gouvernement dont le premier devoir semblait être de reprendre les grandes traditions du xv!*" siècle? Maisofi est bien étonné d apprendre, par Fhistoire intime de ces premières années de restauration, combien le problème était délicat. Quoique sous la répul3lique et sous Tempire on n'eût pas cessé de cuUiîer le flamand, quoiqu'on eût même consenti à chanter des victoires françaises et à représenter des comédies françaises rien que po«r obtenir la faveur de quelques représentations en langue flamaiide, néanmoins, quand il fallut se néerlandiser, on résista comme sH s'était agi de perdre encore une fois la vie nationale. Les rhétoriciens, qui jusque dans les villages avaient persisté à rimer, ne le faisaient que dans un style baroque et qui, jusque dans l'ortiM)graphe, s'éloignait de tous les usages de la littérature hollandaise.' En Brabant comme en Flandre, le peuple avait fini par croire que les deux dialectes néerlandais formaient deux langues aussi étrangères l'une à l'autre que l'avaient été entre eux les deux groupes des Pays-Bas. C'est ce qui, jusqu'à un certaint point, explique comment les Flamands ont pu pétitionner en 1829 contre la langue néerbndaise. L'oubli de l'histoire nationale, signalé dans le manifeste de Verloo que Schrant venait de rééditer à Gand, amenait les malentendus les plus déplorables. Ils étaient encore aggravés par la politique malhabile de Guillaume.
Un petit nombre de Flamands, éclairés par l'étude des livres modernes français, allemands et hollandais, appréciaient mieux les difficultés nationales. Us savaient très-bien distinguer, entre les adversaires de la langue néerlandaise, ceux qui regardaient le bollandais comme étranger, comme hérétique, de ceux qui n'aimaient la civilisation que par le triomphe de la langue française. Un ami de Van Ertborn et du peintre Van Brée, Jean- François Willeffls (1793-1846) fut le type de ces patriotes. Enfant de la GampiDe,il représentait à merveille ce caractère flamand, à la fois teoace et cordial. Son père l'avait poussé de bonne heure aux études, et ses camarades des deux rhétoriques de Lierre avaient applaudi ses essais de déclamation et de poésie flamande. Mais ce dilettantisme changea rapidement par la lecture des poètes hollandais et français. Dès 1812, au concours de Gand, il l'emportait par son style qui rappe-
lil un peu la con*ection hollandaise. Il devait aussi ces progrès à la .'équentation des instituteurs d*Anvers qui avaient en 1803 formé ) cercle Tôt nut der jeugd^ destiné à jouer un grand rôle dans la enaissance flamande. 11 fut bientôt le membre le plus actif pour les ublications littéraires et pour les représentations dramatiques. tomme archiviste de la commune, il fait de Thistoire son principal utrument de propagande. En 1814, dans ses vers éloquents, il chante mr à tour les Ruities accumulées par la domination étrangère et la {habilitation (hersleUing) de la langue nationale. Avec Tétablisselent du nouveau royaume son horizon s*est agrandi. Il veut que la Uérature coopère à la restauration des Pays-Bas. En 1818, dans DD épttre aux Belges^ il conjure ses concitoyens de s'entendre rec leurs frères du nord pour reconstituer Tantique union des ix-sept provinces. En 1819, comme il s*apercoit que Tignorance it la principale cause du dédain qu'on affecte pour la langue de larnix et de Vondel, il commence sa curieuse histoire littéraire Terhandding) ^ où il démontre, par l'éloquence des faits, combien st grande la part des Belges dans l'héritage littéraire des Néerindais.
En 18i4, à propos d'un concours inslitué par la Concordia de Itruxellcs, il comote en style élégant et limpide une dissertation pleine d*humour et de science.
y fait voir aux plus obstinés que, malgré les divergences d'orlhographe inlro- Dites par Desroches pour le sud et par Siegenbeek pour le nord, il ne devrait y roir qu*unc seule langue lilléraire établie de commun accord, par les concessions lutoelles des Flamands et des Hollandais (Overdehollandsche en vlaemsche schryf. ffzen tan lut nedcrduUsch). C*est dans le même esprit d'union et de tolérance 11*11 répond aux attaques violentes des prêtres Buelens de Mali nés et Thvs de Wyegfaem. Partout on le voit allentif k faire valoir tout ce qui peut dissiper les préigés et les antipathies. Aussi reproche-t-il à Vanden Broeck d'Alost d'avoir, en H7, compromis la réconciliation en se faisant trop hollandais dans son manifeste Vaâeelige gevolgen) contre l'indifférence littéraire des Brabançons. L'idéal de rillems, c'est l'unité néerlandaise respectant toutes les nuances, c'est l'ordre favosanlla liberté. Au fond, il regrette encore la mélodie de la diclion wesl-tlamande, ; quand il publie ses vieux proverbes (Keur van nederduilsche spreekwovrden), csl que souvent, dans son cercle anversois, il en a fail ressortir la grâce et la naïslé Ihioisc. Bien mieux que ces littérateurs four\-oyés sous la domination franlise, il visait à féconder le passé au souffle des idées nouvelles. Il savait porter s regards au deik des frontières, alors même qu'il livrait chaque jour bataille sur la conservation du patrimoine national. La polémique devint plus passionnée mesure que, grâce aux fautes du gouvernement, se réalisait l'union des libéraux , des catholiques. Il faut étudier les moindres œuvres de Willems pours'explijcr les fatalités de 1830. Avait-il le pressentiment de la révolution quand il lisait la Ctmvnrdifi son beau discours sur le divorce national du xvr siC'cle? 11 semble III 35
le dire quand il s*aUache à monlrcr que Brabançons et Hollandais se complètent^ merveille, et qu'il s'efforce d'(^carler la formule du trop spirituel De Pradliie Hollandais est un Belge perfectionné. A tout prix, Willems voudrait apaiser lei susceptibilités provinciales. C'est dans sa chanson des Belges aiix BaUtveStiaA il fit aussi la musique, que se rencontre une touchante expression descsréretde fraternité. Ils devaient être bientôt détruits.
Indépendance et renaissance. — La révolution de 1830 aiDen d abord chez les Flamands, presque autant que chez les Wallons, une réaction aveugle contre tout ce qui était hollandais. On n^épargn pas même la langue littéraire, dont lancien gouvernement mk introduit partout renseignement intégral et méthodique. Cet idiome rappelait aux uns le protestantisme; aux autres, la centralisatioB gouvernementale. Le français que, sous Guillaume même, la contrefaçon bruxelloise avait singulièrement favorisé, le fiit encore bien plus par l'entraînement général. C'était, pour beaucoup d'ardents et sincères patriotes, l'unique langue de la liberté et de l'indépendance. Les littérateurs qui se préparaient à renouveler le flamand sous les auspices du royaume des Pays-Bas s'arrêtèrent un moment étourdis, consternés par la soudaineté des événements politiques. Cependant l'administration néerlandaise avait trop bien organisé les écoles pour n'y pas laisser des traces de son amour du progrès. D'un autre côté, la constitution belge, par l'appel qu'elle faisait aux initiatives individuelles, hâta l'éclosion de tout ce que le régime vaincu avait semé dans le champ de l'intelligence. Ici encore, comme à l'époque de Maerlant et de Marnix, la liberté devait être féconde. Elle allait produire le mouvement flamand, qui devait être une des plus intéressantes manifestations du génie national. M"* la baronne von Reinsberg von Dûringsfeld, qui a étudié de près les origines de la « croisade flamingante, » va même jusqu'à prétendre que c'est à la gallomanie de 1830 qu'il faut attribuer, par contre-coup, l'essor de la nouvelle littérature (Von der Schehle hk zurMaas, I, xiv).
Dès 1831, on voit poindre les premiers germes de cette renaissance. Willems, soupçonné d'orangisme, avait dû quitter Anvers et accepter une place à Eecloo. Mais sa nature, à la fois enthousiaste, sociable et studieuse, attira rapidement autour de lui un groupe littéraire; on y comptait Ledeganck, Rens, Ver\iers, VanDammeet Blommaert. Dans leurs causeries, dans leurs discussions, ils réveillaient les meilleurs souvenirs de la vieille poésie.
En 1834, dans sa préface du Reinaert qu*il venait de mettre en jolis vers modernes, Willems rappelait que, s'il avait toujours combattu riafluence française,
An'avait pas moins résisté à Téiroitesse hollandaise, k rexclusivisme (^^romftnhàdj. Comme le vieux po(fte qu*il faisait revivre, il était franchement Flamand HBdge. C*est ce qui lui valut bientôt la protection de son généreux adversaire fiDdeWeyer, auquel il avait adressé en 4826 sa lettre Delà langue belgique. 11 fut donc nommé en 1835 receveur à Gand. Dans cette nouvelle résidence, avec son e^'t tolérant, son entrain brabançon, son style limpide, son zèle linguistique, sa inode érudition, il devait bientôt mériter le surnom de Père du mouveineiU fiamai. C'était Thomme le mieux doué, le mieux préparé pour avancer cette réconoUalion du vieux flamand et du hollandais moderne, qu*on avait tant de fois inutiemenl essayée. Dans sa vaste correspondance (P. De Decker, Notice acad., L Rooses, Briefwisseling)^ on peut voir combien il s'efforçait de rester Klamand Mt en cherchant des horizons nouveaux. Le flamingant n'est pas loin d'être coslopolîte dans ses lettres au Suédois Kalkar, au Russe Koutorga, aux Anglais Dib- (Bt Heber, Kemble, Bosworth, aux Français Leglay, Barrois, Jubinal, Techner, iz Allemands Mone, Hoffmann, Bettmann, Warnkœnig, Thiersch, Lœbcl, Julius, rasler, aux Hollandais Bilderdijk, Siegenbeek, J. et A. De Vries, Faick, Visschcr, roen van Prinsterer, etc. Pendant dix ans, il déploya une activité prodigieuse xir sa propagande patriotique. Elle l'était surtout en ce que, par ses publications Idffisch Muséum, Oude vlaamsche liederen, de Brabanlsche Yeesten, de Rijmvn^k van Jan van Heelu, Elnonensia, Reinaerl, etc.), il excellait à trouver et à ire trouver par ses nombreux émules les plus magnifiques documents de l'origiilUé flamande.
Au reste, Willems n'était pas seul à concevoir l'espérance d'un ^nouvellement littéraire. Dès 1834, Blommaert fonde à Gand, sous \ titre de Nederduitsche letteroefeningen, une revue d'encouragement L de critique où s'essayent Blieck, Ledeganck, Van Duyse, Serrure t M"* Doolaeghe. Dans la même ville, la même année, paraissait un Qnuaire poétique {Nederduitsch ktterkundig jaarboekje) qui compte Djourdliui quarante-deux années d'existence. Ce petit moniteur de i jeune littérature, fondé par Rens et Frans de Vos, osait défendre orthographe hollandaise contre les préjugés flamands. Il osait ussi s'inspirer de Voltaire et de Victor Hugo. L'année 1836 fut plus \conde encore. Tandis qu'à Gand la société de Taal is gamch Ket volk ubliait ses premiers travaux dans les suppléments (Bijdragen) de la azette van Cent, à Anvers on réorganisait la vieille rhétorique Hijftak, où se réunissaient Conscience, Delaet, Van Ryswyck, ànder Voort, etc. Le gouvernement belge, il ne faut pas l'oublier, e s*était pas longtemps montré indifférent à ces efforts littéraires. e concours qu'il institua dès 1834 pour la célébration poétique de indépendance nationale fit même surgir un vrai poëte, un des meilturs que la Flandre ait produits. Ledeganck (1805-1847) secoua rusquement les entraves de la vieille rhétorique, et, pour chanter i patrie nouvelle, devina presque l'idiome nouveau. Son ardeur,
nourrie encore par Lamartine, Byron et Schiller, lui donna bientôt les plus belles inspirations. Dans un style qui a toute la facilité da vieux thiois sans renoncer à Télégance du néerlandais moderne, il composa de gracieux poèmes {le Castel de Zomerghem)^ de pénétrantes élégies {la Tombe de ma mère) et des odes où le souvenir de nos grandes communes {les Trois Villes Soeurs) relevait jusqu'au mi lyrisme. Deux ans après ce concours national, où se firent encore remarquer Blieck et Van Ryswyck, le roi Léopold proposait un prix pour la meilleure dissertation sur Tunité orthographique. Cétait reconnaître officiellement l'importance de la vieille langue.
Mais cette importance se révéla bien mieux par la rapide popuhrite de Técole d'Anvers où, comme autrefois, peintres et littérateurs rivalisaient d'ambition nationale. Tandis que Wappers et De Keyser s inspiraient des sujets romantiques et des traditions brabançonnes, Théodore Van Ryswyck par ses poésies originales {Eigenaerdigemhaleii), et Henri Conscience par son roman {het Wonderjaer), consacraient lautonomie du flamand (i837). Le romancier surtout semblait avoir trouvé du premier coup un style définitif. Rarement un roman a eu chez les Flamands un succès aussi rapide, aussi général. C'était, dans une langue à la portée de tout le monde, rémouvante histoire de notre lutte héroïque contre la tyrannie espagnole. C'était l'évocation de l'année sinistre 1566 qui faisait sui^r une seconde renaissance.
L'an d'après (1838), l'enthousiasme fut encore accru par la publication du Lioii de Flandre, où le jeune romancier anversois célébrait une autre lutte nationale, celle qui nous fit triompher à Cour- Irai. Si sa prose avait un peu perdu en simplicité ce quelle avait gagné en énergie, elle reparut bientôt remarquablement assouplie dans deux contes touchants que connaissent aujourd'hui les principales littératures de l'Europe : Hoe men schilder wordt (Comment on devient peintre) et Wat eene moeder lijden kan (Ce qu'une mère peul souffrir).
N'est-il pas étrange qu'en 1837, le Gid^, revue admsterdamoisc qui commençait alors sa grande lutte contre la littérature trop raide et trop classique, n'ait vu dans ce mouvement flamand que de la vanité locale et comme une résurrection des Rederijkersf Les spirituels critiques attachaient trop de prix à quelques querelles sans portée. Ce ne fut qu'en 1845 qu'ils parurent s'apercevoir que le réveil des lettres flamandes ne se ferait ni au profit des rhétoriciens trop naïfs, ni en faveur de l'école exclusivement batave et trop so-
LITTÉHATURE FLAMANDE CûNTKMPORAINE.
Ile. Ils reconnurent enfin leur propre cause dans celle de la lutëraluœ d'Anvers et de Garid. Quoi qu'il en fût, le mouvement se fMOpageait. A Louvain, par rinfluence de Tabbé David, savant pro-
Ê" lur de Funiversilé^ on vit naître, dès 1837, la société Tijd en ei se reconstituer deux cercles qui remontaient au xv*" siècle : fil Eikel et le Kei'muwken, En 1840, cent mille signatures sont apposées sur une pétition ré- ;4%ée par Willems et qui réclame t emploi du flamand pour Tadmifetrntion locale, provinciale et centrale, pour les tribunaux, enfin pour rAcadémie, les universités» les alliënées et toutes les écoles piibliques* M. De Decker défend les pétitionnaires ù la chambre et dans uti article de la Rnme de Bruxelles, La Médiateur (Mnldeluer) de Louvain, l*Êtm(e du Nord (Noord Sfar) d'Anvers et la Feuille iitté-
(ire et artkti^ue {Kumt- eu LeUerbkui) de Gand étendent la critique favorisent ou conseillent les débutants littéraires. Le rapport sur concours de 1836 tiJt publié en 1841 < L*auteur, M* Bormans, fit opter dans rorlhographe d'importantes modifications. Le gouverment y adhéra sans rései-ve. Aussi loi, dans la VVest-Flandre, les riiculuristes (comme OU les a nommés depuis) s'écrient que le flamand des Pays-Bas catholiques va prendre la livrée hérétique des umMis calvinistes. Ils réclament le maintien de rorthograplie intronie par Desroches. L'abbé de Foere, membre de la chambre des jré^ntants, secondé par deux instituteurs, Bon et Behaegel, orga- &e à Bruxelles une vive propagande « contre Torlhographe oran-
Étstc et antipatriotique. j> En pleine chambre. M* De Decker est ^ligé de prouver à M, de Foere rinnocuité politique de la nouvelle orthographe. En revanche, deux congrès linguistiques se tiennent^ Tun à Anvei-s, l'autre à Gand, et les principaux littérateurs déclarent adopter lorthographe oftîciellep Van Rysw^ck et Van Duyse satirisent les « desrocbistes ». Cependant l'œuvre unitaire de la commission ne fut réellement achevée qu'en 1864, lorsque le gouvernement belge adopta définitivement une orthographe qui ne laissait plus
tbstster aucune différence entre le flamand et te hollandais. D*un tre côté, la tradition séparatiste s*est maintenue jusqu'à nos joui-s. Les abbés Gezelle, De Bo et Duclos, de la West-Flandre, combattent» noft sans talent, l'unification néerlandaise dans une i*evue hebdomadaire (iïorii/ den heerd. Autour du foyer). Ils voient dans le retour à laiicienne orlhographe une question de religion et de nationalité. L'existence de cette secte bizarre, récemmerit signalée à l'Académie de Belgique par M. Nolet, explique comment, sous Guillaume,
o42 BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
une partie de la Flandre a pu être radicalement antinéerlandaise.
Ccpcndanl, à mesure qu'entre la Belgique et la Hollande on oubliait de 0di veeteii (les anciennes inimitiés), le mouvement flamand se prononçait plus IleU^ ment. Les flamingants, c'est-à-dire les partisans du réveil littéraire, usant de pin en plus des libertés constitutionnelles, multiplient les cercles et les fédérations. Les Anversois Delact, Yander Yoort et Sleeckx fondent à Bruxelles le Vlaamà' Belgie et le Midden-Comileil (comité central). Le spirituel et sympathique ambassadeur Falck {Fhomme de V Europe, comme disait Talleyrand) reconnaît que ce mouvement dépasse les proportions d'un simple dilettantisme. Des Wallons méioes s'associent à ces efforts. Un élève de Kinker, M. l'avocat Jottrand, parle et écrit es llamand en faveur de la cause flamande. Le Montois Delecourt publie en 1844 one savante brochure intitulée : la Langue flamande, son passé et son avenir. Il propose une reconstitution de l'ancien groupe niederdeulsch ou bas-allemaod. Plus tard, l'Anversois C.-J. Hansen signalait le mouvement p/(i/-(2^/^r/t (Klaus Groth, Fritz Router, etc.) qui, dès 1850, avait été provoqué par l'exemple des flamingaDts. A son tour, il préconisait la fusion entre le hollandais, le flamand et le baft-allemaBd pour former l'unité thioise {dietsch). D'autres allèrent plus loin encore, tendaitf plus ou moins à ce qu'on pourrait appeler le Pangermanisme, Il était naturel que, dans leur réaction contre l'influence française, les littérateurs flamands fussent tentés de chercher un auxiliaire au delà du Rhin. La sympathie allemande ne sefflblait pas pouvoir leur faire défaut. Dès 1838, à Breslau, une brochure (FiMmidk und franzôsisch in Belgie7i) du professeur Hoffmann von Fallersleben, ne laissât aucun doute à cet égard. En 1845, au moment où P. Lebrocquy publie ses AhêI»' gies linguisliques entre toutes les langues de la Germanie, tandis qu'une importante revue anversoise prend le titre ôl Union linguistique (Taelverbond), D' J.-W. WoH Delecourt et Vleeschouwer fondent à Bruxelles une revue, de BroederhandiftiMm fraternelle)^ destinée à débattre les intérêts communs entre la Belgique et ^A1]^ magne. En 1847, Gustav Hofken publie à Brème deux volumes {Vlamùik'Bdim) destinés à faire connaître aux Allemands l'importance politique et sociale de celle renaissance. La même année, le chantre d'Ambiorix, M. Noiet de Brauwere, s'adressait « aux Germains », et un autre poète. Van Duyse, organisait à Gand la première fêle du Duitsch-Vlaamsch Zangverhond,
Ce fut en 1847 que parut un manifeste ou déclaration des principes (F^HUorn^ xmn gro7idbeginselen) pour énumérer des griefs, pour sommer le gouvemeoeat dMntervenir et pour expliquer que le mouvement flamand n'était nullement dirigé contre l'unité belge. Des brochures de Snellaert, de P.-J. Van KerckhOYen,deZelternam, etc., développèrent ces idées. En 1859, on publia le rapport de la commission instituée par le gouvernement pour examiner à fond toute la question flamande. Mais, au point de vue de l'histoire littéraire de notre pays, il convient particulièrement de citer les concours, les fêtes dramatiques, les conférences scientifiques, historiques ou littéraires, et les treize grands congrès linguistiques (Taal'congressen), Ces dernières réunions sont de véritables assises qui se tiennent tantôt en Hollande, tantôt en Belgique. A ces « grands jours » se donnent rendez-vous tous les littérateurs néerlandais du nord et du sud. A côté de questions purement grammaticales et pédagogiques, on en agite d'autres qui touchent ï l'avenir social et national. Le premier de ces congrès, qui fut ouvert à Gand en 1849, eut une grande portée. C'est là surtout que se sont développées les idées
|tti concernaient la fraternisalion littéraire, Tunilé orthographique, la formalion dfun grand dictionnaire national, etc. Cest de ce congrès encore qu*il faut dériver Ufonnalion du WUlemsfonds qui, dès 4851, centralisa les efforts de tous ceux (pli voulaient faire de la langue flamande un instrument de civilisation et d'émancipation intellectuelle. Parmi les 4,400 membres que cette société compte aujour- ([\m (4875), on cite des Wallons, des Allemands et même des Français. Les 80 volumes publiés par ce cercle ont déjà répandu dans le peuple flamand un gnod nombre de vérités utiles.
Us ranuuiciers. Le roman a eu dans la nouvelle littéi^ature une influence considérable. C'est dans ce genre si fécond et si varié qu'on peut encore le mieux reconnaître l'empreinte de la vie moderne, quand ce ne serait que par l'importance accordée enfin à la prose. Elle n'est plus reléguée à ï'arrière-plan, comme on l'a vue dans les époques précédentes. On est tenté d'attribuer cette révolution aux romans historiques des imitateurs hollandais de VValter Scott et de Cooper (Loosjes, Van Lennep, etc.). Mais, tandis que le nord gagnait à ces efiorts plus de simplicité, plus de naturel, les Flamands ont, au contraire, élevé leur idiome au-dessus de la vulgarité des deuxderniers siècles. En outre, ils ont pu parler enfin de leurs vieilles traditions, sans se détourner ni de l'actualité ni de l'avenir. Henri Conscience, le chef de la nouvelle école, formé par une éducation à demi française et gardant toujours dans son talent quelque chose de français, comme l'observe M"* Von Reinsberg von Dûringsfeld, ï^présente bien ce rajeunissement de l'ancien idiome. Après avoir composé une histoire populaire de la Belgique, Conscience s'est ittaché à en dramatiser les principales époques. Dans Hlodwig en llotildU^ il peint la société mérovingienne; dans les Kerels van laenderen^il fait revivi*e le type saxon de nos populations maritimes; ans Artevelde, la politique déjà belge du saige homme est repréîûtée aux prises avec la démagogie. Au xvii" siècle se rattachent aiavia et le Bourgmestre de Liège (Sébastien de la Ruelle). La uerre des Paysans est un remarquable tableau de nos luttes de 1798, L Ion doit même citer quelques pages de l'autobiographie du rolancier {Révolution de 1830), où il retrace assez vivement l'époque e nos volontaires.
Hais, s'il a réussi h éveiller pour le flamand la sympathie et le »pect des Hollandais, s'il a trouvé des traducteurs et des critiques Uhousiastes en allemand, en fi*ançais, en anglais, en bohémien, 1 polonais, en danois, en italien, c'est principalement par ses peinires si vraies et si simples de la Campine et de la Flandre contem- )raines. Il a pour ces choses si humbles et d'apparence si prosaïque
Tœil du peintre anversois. Il y ajoute une note mélancoliqQe, discrète et comme instinctive. Le Loteling, qui se place avec avantage à côté du Conscrit de 1813 d'Erckmann-Chatrian, a mérité d'être utilisé par A. Dumas dans Conscience ïinnocent. Il y a la même fidélité d'observation dans Baes Gansendonck, Houten Clara^ RosaTèmgle et Siska van RosemaeL Le Gentilhomme pauvre est si émoonfit qu'on en oublie Tinvraisemblance. Dans cette tragédie domestique, il y a du Rembrandt. Rikke-tikke-tak est une paysannerie gracieuse. Moedei' Job est un admirable type de bourgeoise flamande, patiente et courageuse, et Ton ne s'étonne pas que ce caractère efface toos les autres autour de lui. La critique européenne est unanime à r^ connaître les tendances honnêtes, et loyales de ces récits, qui servent encore de type à notre école flamande. En même temps qu'il réveille les échos du passé, Conscience dénonce les travers et les préjugés contemporains. Lambrecht Hensmam, Y Avare, le Fléau du vilkge, le Bonheur de la richesse, le Démon de t argent, le Mal du siède, le Jmt médecin. Valent in, les Bourgeois de Darlingen, le Pays de for, \e Marchand d'Anvers, le Sang humain, YInvention du diable, Y Amour maternel, autant de touchantes Actions destinées à répandre les sentiments les plus dignes de la civilisation moderne. Le moraliste est souvent dominé par le peintre, comme dans les VeiUées fiamaniet, le Lime de la nature, Simon Turchi, Bella Stock et surtout Bao A Lieveken. Le prix quinquennal fut accordé en 1870 à cette dernière œuvre, parce que, dans un petit cadre bien rempli, on avait l'histoire éloquente de deux ouvrière gantois qui arrivent au bonheur et h l'aisance par Tordre, l'instruction et le travail.
Le JU17 de la première période quinquennale (1850-1854), en couronnant ses plus anciens romans, y signalait déjà, outre la fidite peinture du paysan flamand, un sentiment moi*al, idéal, qui lui attirait le plus grand nombre de lecteurs : « Il prend ses sujets dans les rangs les pltis humbles de la société ;. mais ses personaages ne murmurent jamais contre leur sort. » Cette soite de placidité, quelquefois excessive dans plus d'un roman de cette école, ne se retrouve pas dans Zetternam (E.-J.-J. Diricksens, 1826-1855). Simple ouvrier, doué de gi*andes aptitudes littéraires, il s'attache aux descriptions de la vie plébéienne, mais pour, en accentuer les misères. On sent, dans ces pages frémissantes, les vraies angoisses du travailleur et les terribles vicissitudes du salaire (Moniteur L«d" tervelde. Esquisses de la vie ouvrière, Bemhard le serf, la BMe enchantée, Aiyiold le rêveur, Tantje Mortelmans, VÉtrange Menii^^^^
LITTÉRATURE FLAMANDE CONTEMPORAINE. Ulj
Vu mogen de s'enrichir). Une mort prématurée ne permit pas à cet auteur de donner toute sa mesure.
Assez jeune aussi mourut un autre romancier d*Ânvers, P.-J. Van Kerckhoven (1818-1857). Ërudit, polémiste, chansonnier, dramaturge, fondateur du Noœd Star et du Vlaamsche Rederijker, il avait la fièvre du progrès et de l'idéal. Dans ses compositions hardies, originales {Daniel^ Jaek^ Fernand le pirate. Ame et corps. Amour, Noir et blanc, les deux Impies), il s'efforçait d'introduire une sorte d*îdéalisme allemand, tempéré, éclairé par ses souvenirs de l'Italie, où il avait étudié pendant quatre ans.
Un romancier réaliste sans amertume est M. Sleeckx, d'Ânve^^. Il aime à mêler l'humour à l'observation en décrivant les mœurs populaires. On le remarquait déjà dans la Chronique des rues d'Anverê (1843). C'était la même année qu'il fondait le Muzen-album avec Théodore Van Ryswyck. Tout en s'essayant sur la scène, il inven-
. tait les contes les plus variés. Il y a chez lui comme un reflet de Sterne et de Thackeray; il n'a rien du sentiment idyllique de Conscience. Le va-et-vient des villes l'inspire mieux {Rencontres, Contes populaires, le Quartier des marins, Paul, la Clairière aux pies. Coquins et Honnêtes gens. En vacances, Dirk Meyer, etc.). Il aime surtout à décrire les marins et les types qui abondent « sur le werf » et dans le Schipper*s kwartier d'Anvers. Sans dédaigner leffet moral, il ne veut le produire que par le drame et la satire. Dans ses productions les plus récentes, on remarque des caractères naturels et
* des situations intéressantes {Tybaerts et G^, Cousin et Cousine, les Plans de Peerjan, Hildegotide, Ouvriers du chantiei\ Art et Amour).
G*est dans la Campine hollandaise que les frères Snieders placent ordinairement leurs récits. Auguste, le plus jeune, aime à s'abandonner au sentimentalisme qui est en germe dans l'école de Conscience (Images de la vie, le Maître d'école, le Curé du village, le Joueur d'orgue, la Soeur de charité, la Tombe fleurie, le Souffre-douleur, les Chercheurs de fortune. Soir et Matin, le Louvetier, Flocon de neige). Son frère atné, le docteur S:iieders, a un sens plus vif de la réalité* sans se priver de la fantaisie, ni même de l'humour. Ses romans et ses nouvelles contiennent de curieux renseignements sur les mœurs du Brabant septentrional {Contes romantiques, l'Enfant né coiffé, la Chaumière de Wartje Nulf, le Contre-maitre, la Folle de Gheel, Doctor Marcus, le Lis du hameau, Brecht Brakels, la Frontihe, le Guillaume d'or).
M. P. Ecrevisse, de Sillard, décrit avec originalité les popula-
lions du Limboùrg cédé. Dans ses Bokkentijders, on a les jolis pijsages et les vieilles coutumes du pays de Fauquemont; dans ses Teuten, on peut étudier les maraudeurs de la Campine limboorgeoise. L'observateur se reti^ouve encore dans de piquantes esquisses de petites villes, et même dans un roman historique : kS» de Maastricht. Parmi les romanciers historiques, il faut encore dler M. Delaet, dont l'œuvre la plus remarquable {la Maison de Weta^ heU) se rattache à notre tragédie du xvi* siècle ; Louis Gerrits(1827- 187^), dont le Fils du peuple est une réhabilitation enthousiaste de Vonck; enfin, le baron J. de Saint-Génois qui, après ses romans français, compose en flamand des épisodes empruntés à l'histoire nationale. Mais les nombreuses revues qui se sont succédé depuis quarante ans ont révélé la préférence des Flamands pour les contes de la vie tranquille, populaire et surtout domestique. Si Ton ^ court la grande Bibliographie flamande (1830-4867), on s'aperçoft aisément de ce qu'il y a d'honnête et de sensé dans le choix de ces fictions. On trouve même que l'horreur des scènes scabreuses et excentriques a souvent rendu l'idylle trop placide et trop timide. Tony Bergmann, de Lierre (1835-1874), s'il avait pu vivre, aurait réagi avec succès contre cette tendance. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire ses débuts du Studenteti almanak et ses contes bumoris* tiques qui l'ont fait comparer, en Hollande, aux conteurs delà noovelle école. Ses Nouvelles rhénanes et son Ernest Staas ont une désinvolture des plus originales. Dans le Mast en DanneeU de F.-A. Boone (1821-1871) il y a de l'énergie dramatique, et dans les Nouvelles du d"^ De Hoon (1787-1867) de la cordialité et de la bonhomie. Cette dernière qualité se retrouve d'une façon nouvelle dans les nombreuses esquisses publiées par M. P. Geiregat pour inléresr ser les philanthropes à la situation réelle des ouvriers. Pour achever de prouver la fécondité de la littérature narrative, rappelons encore les causeries humoristiques de Vleeschouwer et de Séraphin Willems, les tableaux populaires de MM. Emmanuel Van Driessche, Van Ruckelingen (L. Mathot), Bléreau, Brouwers, Cauwenbergh, Duyvenwaerdt, Dodd, Désiré Delcroix, Van Rotterdam, K. Versnaeyen, Lybaert, Piémont, Dumont, Deslanberg, Lauwers, Mees, Michels, II. Peeters, Simillion, Van Biesbroeck, Vander Cruyssen, Meganck, Van den Abeele, L. De Vriese, Braat, J. Casteels, Bouchery, J.-F. Van Droogenbroeck, Terlaenen et Ternest; les romans historiques de J. Ronsse, de Fr. De Potter et de Van Boekel.M"'la baronne Ida von Dûringsfeld a fait un choix des plus heureux dans
» nombreuses scènes qui reproduisent au vif la véritable allure de s paysans, de nos pécheurs, de nos marins, de nos ouvriers et s petits bourgeois de la ville et de la campagne. Dans cette littérature qui s'inspire principalement du foyer et des iivoirs de tous les jours, les femmes occupent une place imporinte. En 4864, on vit M"* Courtmans (née Berchmans) obtenir le rix quinquennal pour une série de romans destinés à combattre s préjugés et à prépaœr l'émancipation des populations flamandes. A propagande philanthropique y nuit rarement à la simplicité du Ijleet à la vivacité des scènes populaires. La fidélité des peintures
servi à populariser, en Hollande comme en Belgique, des récits lù le sentimentalisme pouvait être Técueil {le Cadeau du chasseur, la ^m de Cleyt, le Bourgmestre flamand. Aima la bouquetière, Vlnstintiur ammufial, la Qiaumière de la tante Clara, Christine van Ooster- «|i, la Ferme noire, le FiUs du meunier, Livina, k Plan du barbier leintje, V Agent d'ffaires, la Mère Danneels, IVrpheline du Rozenhof, « R(m de fortune). M"* Joossens-Delcroix unit la finesse et ThuûOttT dans VHéritage de la tante Pétronille et dans Ferdinanda et Fre- Wla. M"* Gontier-Desmet consacre ses récits à propager l'amour ^ la patrie et de la liberté. Mais une œuvre qui semble plus moeste a tout récemment montré une veine nouvelle dans l'art des édts honnêtes et paisibles. Les Novellen sont l'œuvre exquise des eux sœurs Loveling de Nevele (Rosalie et Virginie). Elles se sont masque de la même manière inspirées de la lecture de Klaus Groth, eCremer, d'Auerbach et de Hildebrand (Beets). Du moins en repro- «isent-elles avec une égale délicatesse les sentiments profonds, la été sensée, la morale affectueuse et la juste observation des petits itails caractéristiques de la vie populaire. Les poètes. Après Ledeganck qui ouvrit la nouvelle carrière de la ésîe lyrique, après Th. Van Ryswyck qui rajeunit la chanson, la Uade et la satire, on vit tenter tous les genres de poésie. Ces ^s, qui paraissaient surtout dans les journaux, les almanachs,
revues et les annuaires, rappelaient qu'autrefois le Flamand avait ! essentiellement versificateur. Le plus original, le plus fécond et
même temps le plus influent de ce magnus poetarnm proventus.
Prudent Van Duyse (1804-1859). Dès le concours de Deorlyk (23) on avait remarqué qu'une forte éducation domestique l'avait jagé des afféteries rhétoriciennes. En revanche, l'étude de Helrs l'avait détourné de la simplicité flamande. Il y revint un peu, and, au début de 1830, il composa VÉmeute au Parnasse flamand.
poème satirique dirigé contre le particularisme de la West-Flandre. La révolution le fit émigrer en Hollande; mais, dès i 832, malgré l'amitié de Tollens et dTmmerzeel, il revenait à Gand finir son doctorat en droit. En général, sa poésie est riche, hardie, ardente. Oa s étonne que cet improvisateur d*une- facilité vraiment méridionale ne soit pas devenu le poète du peuple. U en avait au plus haut degré le sentiment musical dans ses romances, dans ses cantates, daoa toutes ses compositions. Sa Métrique^ couronnée en i848 par Ilsstitut royal des Pays-Bas, montre jusqu'où il avait poussé la scief^e de la versification néerlandaise. Dans ses poésies nationales (3 voL, 1840), dans son poème didactique sur la tolérance à la campagne, dans sa nouvelle satire contre les particularistes (Guerre de tortlnh graphe) y dans son recueil de légendes cosmopolites {Khiverbladl,lt& plus belles inspirations sont un peu compromises par un style trop ingénieux. La diction est plus tranche et plus nette dans répopée Artevelde et dans le recueil lyrique Nazomer (Automne) qui mérilfrrent le prix quinquennal de 1859 déposé sur la tombe du poète. Mais c*est dans ses Poésies pour Fenfance quil donne au flanuiDd toute la limpidité qui lui est naturelle.
Un autre poète de la première époque, M. Nolet de Brauwerevsn Steeland, préfère au dithyrambe les vers humoristiques et 6ntasques. Sauf dans son épopée Ambiorix et son appel à la grande patrie teutonne {groote dielsche raderland)^ il aime à jouer avec les sujets les plus iDizarres et les plus inattendus. Sa verve, dans les Caprices et dans Sérieux et Burlesque, n'épargne ni ami ni ennemi. Mais ce n est qu'une cruauté de dilettante. Le curé Duvillers est plus réellement irrité dans sa Fransquillonade^ poème dirigé contre tous ceux qui dédaignent la langue flamande. Le Limbourgeois Dautzenberg (1808-1869) est celui qui a le plus contribué, avec son aoii Van Duyse, à l'introduction du vers métrique. Gomme il prêctoil d'exemple autant que de théorie, il a laissé quelques jolis échantillons de poésie thioise. C'est lui qui a enseigné à Jan Ferguut (J.-F. Van Droogenbroeck) à varier la poésie néerlandaise et à imiter hardiment l'Allemand Rûckert, si célèbre par ses poésies orientales. Ferguut aime surtout la fantaisie musicale et le carillon des rimes dans ses Makamen et ses Ghazellen. Cette préoccupation se retrouve même parfois jusque dans son joli recueil de chansons scolaires {Zonfiestralen, 3^édit.). Son premier professeur, M. Jan VanBeers, est devenu le plus populaire des poètes, même en Hollande, où il a presque la vogue de Tollens, son maître. S'il s'oublie parfois dans
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•J la mélancolie, il retrouve bientôt le ton vraiment flamand où se V iDéleflt la force et la bonté, la douceur et Ténergie. En outre, il a la discipline du style et la religion du rhythme sans en avoir le fanatisme. Comme le romancier Conscience, il excelle à dominer son sojet et à mener magistralement sa composition. 11 rappelle aussi la pureté, Tharmonie de Ledeganck et donne aux jeunes poètes trop impatients de produire l'exemple de la sobriété et de la réserve. On Toit, par la récente édition de ses œuvres complètes, que, pendant yingt-cinq années de veine facile (1843-1868) il s'est donné le temps de limer ses cantates, ses oratorios, ses petites épopées, ses idylles et ses élégies {le jeune Malade, Livarda, une Fleur du peuple. Au parrw, A travers la fenêtre, l'Aïeul, Tante Geertruid, F Aveugle, Maerh»/, Begga, V Orphelin, le Remorqueur, la Guerre).
Parmi les élèves de cet artiste si soigneux, si contenu, on s'étonne de rencontrer M. De Geyter, qui se fit d'abord connaître par ses vers sur les Bienfaits de l'indépendance nationale (1855). Après ce jubilé belge, sa verve prit tout à coup un essor audacieux : il tenta
ITépopée humoriste et réaliste à la façon de Beets et de Byron {Trois Bommes du berceau à la tombe, épopée contemporaine). C'est plutôt Heine et Musset qui inspirent M. Vuylsteke quand il mêle capricieusement l'ironie et la tendresse, le scepticisme et l'enthousiasme. Après ses chansons d'étudiant et ses ïambes de mordant patriotisme, après ses essais du 'T zal i(;e{ ^aan ( Société littéraire de l'université de Gand), il a publié l'Amour sileîicieux (1860) et la Vie (tétudiant (1868). On y trouve, comme dans les poésies d'Emile Moyson, une langue énergique et toute la fougue de la jeunesse. La même ardeur libérale et démocratique anime les Libérale liedjes de M. Destanberg; mais on dirait que, comme Van Duysc, il s'est métamorphosé pour ses Fabelen en Kindergedichten, poésies chantées et dansées par les enfants des écoles communales. Outre ses cantates patriotiques, dont la plus connue est YArtevelde (musique de M. Gevaert), il faut encore citer deux traductions d une étonnante fidélité : Madbeth et Tartufe. Celles de l'abbé Gracco (Iliade), de M. Willems (Hermann et Dorothée), de M. Vleeschouwer {Faust) et de M. Woutersz (Aristophaîie) attestent également toute la richesse, toute la ductilité de l'idiome néerlandais.
L'entrain des chansons composées par Pierre Lebrocquy et les quatre Van Ryswyck (Theodoor, Jan, Lambrecht, Edward) a été quelquefois surpassé par M. Frans De Cort. Avec les ressources de sa veine et de sa science, il aurait pu ennoblir la lied populaire.
Rien de gai, de franc, de vivant comme ses deux premiers recuéb. Dans ses traductions de Burns, de Jasmin et des Allemands, et sfftout dans son Zingzang, il a la grâce un peu savante, et, s*îl estchojè par les délicats, il s'éloigne trop du peuple qui est vraiment le nâitre qu'il faudrait servir. Quelques chansons de Van Peene, de Va Kerckhoven, de Snieders, de Delaet, de Staes, de Rogghé, de Van Driessche, de Dodd, ont de la verve et de l'esprit. Plus d'une présente un sentiment moderne, une idée nouvelle dans un cadre populaire et dans un style vif et dégagé. C'est celui qu'il faudrait pour opérer enfin cette transformation des chansons des rues, que le WQlemsfomls à Gand et la Société de littérature wallonne à Liège ont d^ essayée. Il y faudrait aussi ce ton pénétrant, familier, cordial qui se rencontre dans quelques compositions des sœurs Loveling, de MM"*^ Courtmans, David, Gauthier, quand il s'agit de la femilleoa de la patrie. La femme qui saurait écrire la langue du peuple réussirait le mieux à lui donner le goût de la poésie délicate et vraiment morale. M™* Van Ackere (Marie Doolaeghe), qui depuis si longtemps versifie, tout en soignant son ménage et son commerce, avait M espérer cette propagande. Mais sa poésie domestique et matemellc s'est trop ressentie de la gravité de ses modèles hollandais. Ses vers sont trop rigoureusement classiques, comme ceux de M. Blieck,qoi pour ses inspirations religieuses ne se défie pas assez de la pompe de l'alexandrin. Un autre poète de la première époque, Ren8(1805- 1874), trop occupé de la direction de son Anntuiire, n'a pas toujours trouvé pour ses propres écrits la confiance qu'il s'efforçait d'inspirer aux jeunes gens qui le consultaient.
Ce n'est pas la timidité qu'on reprochera à un de nos plus jeunes poètes lyriques, M. Hiel (Hendrickszone). 11 aime le grandiose et souvent cette audace lui porte bonheur, surtout quand il est soutenu par une idée patriotique. Il a une façon originale de reprendre les sujets favoris de ses compatriotes. Il trouve aussi le pittoresque, le relief de l'expression pour des sujets tout nouveaux. Le mâle traducteur des psaumes, le hardi constructeur des cantates et des oratorios {Prométhée, Lucifer, VEscaut, le Vent) est peut-être trq) sensible à la musique des mots. Néanmoins, dans cette fougue, dans cette intempérance pindarique, il n'est pas rare de rencontrer le naturel et la poétique simplicité.
Une simplicité plus familière se remarque dans les Chants et Prières de M. Guido Gezelle, qui aime à faire revivre les plus anciens idiotismes de la Flandre occidentale. M. L. De Koninck, dans un
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essai de Messiade {Menschdom verhst), s*attache à imiter Vondel et Mihon. M. Hansen cherche l'originalité dans des chansons et des btlhdes dorigine Scandinave, tandis que M. Heindrickx fuit la binalité en composant des fantaisies dramatiques (le Dernier Jour du frmer monde. Don Juan), M. K. Versnaeyen préfère chanter la Jeunesse, le Progrès, la Patrie. Des sujets encore plus voisins de la réalité sont pris par M. Claes, qui décrit les coutumes de la Campine Embourgeoise, et par M. Antheunis, qui nous retient près d'un berceau. Citons enfin, dans cet aperçu trop rapide, les poésies de W. Van Oye, J. Brauwers, le lieutenant Van de Weghe, Peeters, VandenNest, Beernaert, Boucquilloo, De Marteau, De Wulf, Heuts, VeAulst, Verspreuwen, Billiet, Sevens, Van de Walle, De Bo, De Weerdt, De Potter, Nutten, Van Ostayen, etc. En plus d'une de leurs compositions on remarque la tendance à introduire dans les vers les mots populaires et les tournures quotidiennes. On sent le besoin de s'adresser au vrai peuple et d'arriver jusqu'à lui. Un critique autorisé, P. Comester {Nederl. Tijdschrift, VI, 126), a insisté sur cette nécessité d'une poésie vraiment démocratique. Elle est fautant plus facile que le peuple flamand est essentiellement chanteur, et se groupe partout en sociétés chorales. Enfin, avec des musiciens tels que MM. Gevaert, Benoît, Miry, Van Gheluwe, Van deo Eeden, Waelput, comment la poésie lyrique n'arriverait-elle pas à remplir son rôle social?
Littérature dramatique. La révolution de 1830 n'arrêta pas longemps les représentations flamandes dans les villes, ni les conlours de déclamation dans les villages. On ne persista même que pop fidèlement dans l'habitude déjà ancienne de traduire de l'alle- [iand,et surtout du français, les pièces les plus emphatiques. Mais, ers 1841, l'esprit de renouvellement pénétra aussi celte partie si «portante de laiittérature nationale. Van Duyse, par son Van Dyck, lndereet,par sa Ga//omawîV, Rosseels, par ses Campagnardes franciies^ donnèrent le signal de la renaissance. Elle se manifesta surtout Gand par le succès d'une comédie qui, aujourd'hui encore, atttire î public. Un jeune médecin, H. Van Peene (1811-1864), après quelues essais en français, puis en flamand, dramatisa la légende de ]harleS'Quint et le paysan de Berchem. Ce fut tout 5 la fois un nomphe pour l'auteur, pour le Broedermin, nouveau cercle dramaque destiné à réagir contre la tradition rhétoricienne, et pnfin pour [■* Van Peene, qui s'acquitta à merv^eille d'un rôle important. Elle révéla un talent scénique qui, pendant plus de vingt ans, acheva
de populariser la nouvelle littérature. Son mari, pendant cette même période, a fait jouer plus de cinquante pièces (dont cinq en franciis) dans les genres les plus variés. On a particulièrement remarqui, outre ses amusants vaudevilles» Everaerd en Suzanna, drame boiffgeois, Artevelde et Mathias riconoclaste, drames historiques, et le Prophète^ grande parodie. Qu'il s inspire de lliistoire nationale m des mœurs populaires, des types flamands ou des conceptions firaoçaises, partout il déploie une vive intelligence des nécessités et d» ressources scéniques. Il sait même aider le musicien et le composteur pour la représentation de ses opéras et de ses vaudevilles. Nnl autant que lui n a su populariser et i^jeunir la scène flamande, et Ton est trop sévère quand on lui reproche ses imitations françaises ou ses négligences de style. Lorsqu'il obtint la couronne dramatique au premier concours triennal (4856-4869), il Tavait surtout méritée par la grande influence qu'il avait exercée jusquen Mlande. A Bruxelles, dès 1844, Stroobant et S. Willems, renouvdant le Wyngaerd de 1557, profitèrent de l'exemple de Gand, d'Anvers et de Bruges. Jan Roeland, qui s'était fait connaître par quelques pièces françaises, se mit à les traduire. Il donna ensuite au thâtre flamand plus de vingt pièces originales. La même fécondité sigoah, à Gand, Ondereet, qui était en outre un excellent acteur formé k l'école hollandaise.
En 4859, le jury eut 35 pièces à juger. 11 en eut 60 trois ans plus tard, eftilpit constalcr quelques progrès, soit dans la mise en scène, soit dans la vraisemblaïKe des caractères et la justesse du dialogue. 11 regrettait cependant de relroaier encore dans les drames historiques le ton solennel des anciens rhétorideos. 11 signalait aussi la fâcheuse influence des acteurs mal formés. Ce n^étaientsooTeat que des ouvriers qui n^avaient guère reçu de leçons de diction seénique. Le prii fut accordé au Grélry de M. Sleeckx d'Anvers : c'était un drame digne d'honoref la mémoire du célèbre Liégeois. Le Vondel de Van Peene, les Gueux des bois àa colonel Van Gecrt, les productions de MM. Ducaju, Rosseels, Van Eveo, Broflants, Geiregat, Ondereet, Roelacnd, furent l'objet d'une mention honorable. En 1864, parmi i!2 drames, 4 comédies, 24 vaudevilles, 3 opéras et 2 opéreileSf on distingua un drame que le colonel Van Geert avait tiré de V Artevelde de Conscience. On louait surtout le naturel et la correction du style. En même temps, oo vaudeville de Schcpens (Jaeksketi)^ une opérette de Versnacyen {un Rai éensk ratière)^ une comédie de Gciregat (Soif de Vor\ des drames historiques de Deslinbcrg {Masl en DanneeU\ de Sleeckx (Zannekin)^ de Van Driessche(f« Ruxeed de Flandre)^ étaient recommandés à l'attention du public littéraire. La période triennale qui suivit fut une des plus productives; mais, dans les 68 pièces, oo ne signala aucune œuvre énergiquement conduite ni suffisamment élaborée. Aoooocours de 1868-1870, on put constater des qualités sérieuses dans les pièces de Block et Van Even (Orgueil et JEJnvie), de Delcroix (L^ia), deGeiregat (le Fera
ipësser), de Roeland (Us Mauvais drôles), de SIeeckx {Vésale.la Vengeance du w/), de Van Driessche (Pas de travail, pas de pain), de Van de Sande (la Tenlam, U Pain quotidien, la Cinquième roue du chariot). Ce fut cette dernière corn- MÎtion qui remporta à cause de la vérité des caractères et de la naïveté des stees nisUques. Le sixième concours (4874) n*a pas été moins remarquable. U y avait que 34 pièces, mais plus d*une attestait un véritable progrès dans le style ramatique. Trois drames, Philippine de Flandre, par D. Delcroix ; Charles le *éméraire, par J. Roeland; /a Chute d* Anvers, parJ. Van den Brandon, et trois HDédies: Ikltes d'honneur, pstr?. Billiet; Christine, par J. Roeland; Marqueté, pari. Van de Sande, ont révélé de grandes qualités. Le prix a été décerné à vatear et Philippine de Flandre, pour Texactitude des détails historiques, pour rare fidélité des caractères, la noblesse des sentiments patriotiques et le logique lencemenl des tableaux et des scènes.
Malgré le succès de ces concours et rétonnante multiplication des )ciétés dramatiques, la création d'un théâtre national rencontre icore beaucoup d*obstacles. Pour connaître les véritables difficultés, suffit de lire le rapport si complet adressé en 1872 par la comission provinciale d'Anvers au ministre de l'intérieur (Verslag over m taeiiand van het Nederlandsch tooneel). En 187i, Anvers, repreiDt les grandes traditions du xvi* siècle, avait organisé un véritable ndjuwetU C'était un grand concours entre Hollandais et Belges. II Tiva vingt-deux sociétés (deux cent cinquante « joueurs» dont cent nquante ayant un rôle dequelque importance). Ce furent des acteurs Anvers qui l'emportèrent, même sur des artistes hollandais. Au »te, rien ne peut étouffer la passion héréditaire des Flamands pour » jeux scéniques. Elle se retrouve jusque dans la solitude des clof- ■es. Un religieux de l'abbaye de Tongerloo, S. Daems, a publié en 874 un drame lyrique (le Martyre de sainte Dymphne) où se montent des qualités littéraires et dramatiques.
L*énidilioD et la critique sont deux éléments plus nécessaires qu*on ne croit au iritable développement de la littérature. Les progrès que nous avons signalés Mit dus particulièrement aux journaux littéraires : de Eendracht, Kunsl- en LetrbUui, de Middelaer, de Moedertaal, Nederd. Letterkundig jaerboekje, Nederd, eiteroefeningen, N(H>rdstar , School- en Letterbode , Taalverbond , Rederijker, laamsdte Schod, T^laamsche Stem, Hekel en Luim, Klaverblad, Klauivaart, iesmuseum, Nederduitsch Maandschrift, Noord en Zuid, Nederlandsch tijdkrip, Volksbelang, etc.). Les noms de Bormans, Blommaert, Snellaert, David, srmre, Heremans, Rens, Mertens, Daulzenberg, Nolel, Michiels, SIeeckx, Torfs, in Ruckelingeo, De Pottcr, Bronckacrt, Bruylants, De Cort, Hansen, Van Evcn, énard. Van Beers, Stallacrt, Angillis, H. Peters, Rooses, etc., rappellent les forts qui se font de plus en plus pour étendre et dégager Thorizon littéraire et éme intellectuel.
Dans les SO journaux, presque tous hebdomadaires, énumérés par la Vlaamsche Hbliographie de iSQS, les noms de J.-A. Boone, J. Van Ryswyk, Vlccschouwer, au 36
Destanberg, Rogghé, Kats, Coraette, Rooses, Snieders, De Potter, Van Me, Guido Gezelle, Hoste, Vuylsteke, Bergmann et tant d'autres qu'il faut omettre attestent une tendance énergique à se rapprocher de la langue réelle. Maislesonteurs, qui se font applaudir dans les conférences, les meetings, les réunions politiques ou littéraires, semblent éprouver plus vivement encore le besoin de rereoir au parler populaire.
Sociétés littéraires. L'œuvre si importante de la formation d'un public littéraire nous paraît dépendre en grande partie du développement des associations (limandes. On compte aujourd'hui (en dehors des sociétés spéciales d'histoire, de philologie et de littérature) 137 cercles dramatiques, les uns nouveaux, les autre greffés sur des confréries séculaires. Beaucoup de ces groupes instituent, jusque dans les villages, des bibliothèques et des conférences. Citons quelques noms. Anvers : Olijftak, Vlaamsche Vrienden, Achille, Veilkrans, Hoop en Lkfk, Scheldezonen, Scheldegalm^ Vrije Kutist, Amicilia, Concordia, Burgenlmi Dageraad, De Eik,Jonge Fonteinisten, Kunstvrienden, l^aamsche Zonen, Verbroedering, Nederlandsch Tooneel, Onder ons, de Songe Leeuw, de Wijngaari; Gand : Willems fonds, de Taal is gansch het volk, 'Tzal wel gaan, Vlaamsche iiMu>philen, Van Crofnbrugghe's genootschap, Hoop en Moed, Nijverheid, Vrijhiiii' liefde, Gentsche Jongens, Taalminiiend genootschap, LeesgezeUdiap der WeKn, Thalie, Moed en Vlijt, Fonteinisten, Broedermin en Taalijver, VondeUgencol' schap, Volksvrietiden, Willemsgenootschap, Zettemamskring; Bruxelles : I^tiffduitêch taal- en letterkundig genootschap. Van Maerlant {Klauwaerts), Vlamiag» vooruit, Veldbloem, Verbroedering, Noordstar, Wijngaard, Jonge tooMeUiefkàbers, Morgendstar, Watergeuzeti, Voor taal en kunst, Pamassusberg, llamsA kunstverbond, Sint-Jans tooneel, Rhetorikakamer Egmond; Bruges : VUjt (» Eendragt, IJver en Broedermin, Kunstliefde ; Louvain : Vlamingen vooruU, Bw en Eikel, Met tijd en vlijt, Het Kersouwken, Nut en Onderwijs, Davidfodi; Hasselt : Minena, Cœcilia, De Roos, Ware Vrienden, Vlaamsche Broedtn; Lierre : Groeiende boom, Moed en Eendracht, Vooruil voor Kunst, VtaûmsAt taalminnaren ; Malines : Taalzucht, Dijlxonen ; Borgerhoul : Burgersvriendoi, Constantia, Hoop, Voor Taal en Kunst ; etc., etc.
Bibliographie. — Les œuvres de J.-F. Willems; tes bibliographies flamandes de Soellier et F. De Polter; Ida von DUringsfeld, Von der Schelde bis zur Maas, 1861 ; Comptes reodu des congrès linguistiques {Handelingen) ; Max Rooses, de Taalcongresâen ; Baron J. Te^ 3i. Falck à Bruxelles, 4875; Nederlandsche Bibliotheek, Leipzig, 1874; Fr. Oetker, De Vlaamsche taaUtrijd ; De Vlaamsche Beweging, door Uoflfmann von Fallersleben, 1856; Zetternam, lets over de Vlaamsche Beweging; le Mouvement flamand (Flandre libérale, iSCti De Toekomst (F. De Corl); J.-O. De Vigne, De Zuidnederlamche Schrijvert vanheltqiil9 der jransche overheeisching ; F. De Potier, Verhandeling over de Vlaanucke leturknét sedert het begin der XIX* eeuw; J.-A. Cosyn, Vlaamsche Kunst-bode, 1873-1874; Alph-U Roy, Liber memorialis de ri'niversilô de Liège; Ferdinand Van der Haghe, Bibliognp^ gantoise (t. iV et V); Nolet de Brauwere van Steeland, Notice sur le partieularitme H»fB»' tique de la Flandr occidentale [t. XXXVII des Bulletins de rAcadémie); L. Jottrasd, iV^duitsche gewrocfuen van den nederlandschen Waal; N. Destanberg, Van Peene en vjj^ werken; D. Delcroix (Extrait de TExposé de la situation du royaume, période décank 1851-18(50 -.Lettres, Sciences et Beaux-Arts); Heremans, jSederlandsche IHckterkalle;Gedià» van Ledeganck; Gustave Hôfken, Vlàmisch-Belgien; P. Vermeirs, Le GermanUmedU Renaissance flamande; Van Vloten, Nederlandsche Dicht- en Ondicht tut de XIX* eew, f86B; S. Willems, Het Vlaamsch tooneel, 1859.
Par M. ALPHONSE LE ROY,
Profettear k runivenilé de Liège, membre de b classe des lettres de l'Académi».
Et si Ambiorix avait vaincu César, ce qui n*a tenu quà on coron (i un bout de fil), disait ou plutôt chantait naguère un poète populaire de Namur, que serait-il advenu?
Li monde èlir aurait parlé wallon.
Plaisanterie à part, nous savons fort peu de chose de Tidiome dont se servait Ambiorix, et au rebours de la conclusion de M. Lagrange, il est assez bien démontré que si le « wallon » fleurit lujourdliui sur les rives de la Meuse, c'est précisément parce que le dief éburon n*a pu avoir raison des Romains. Au premier abord, le svallon paraît bien différent du latin ; tnais examinez attentivement » structure générale et passez ses mots au crible avec M. Grandgagnage, vous souscrirez sans peine au jugement de M. Littré : « Le latin 8*y montre aussi vivace et aussi pur que dans le reste des idiomes romans. » Qu'il renferme des éléments gaulois comme tous es dialectes de la France; que dans le cours des temps, surtout au pays de Liège, il ait subi une influence germanique prononcée, nême au point de vue grammatical {Tenneurowe, pour me des Tanleurs; Féronstrée, pour rue de la Fenwinerie), rien n'est plus évitent; mais on n'est pas plus fondé à le détacher de la souche com<^
mune des langues néo-latines, qu'on ne le serait à n*y voir quooe corruption du français littéraire.
M. Scheler a pris soin de nous dispenser d'en dire davantage. Rappelons seulement qu à part la Belgique du nord et de Fouest, h Gaule étail romanisée dans toute son étendue à Tépoque où les Ba^ bares firent irruption de ce côté du Rhin. La latinité, cependant, n'avait pu se conserver intacte en traversant les Alpes : elle s'élât inévitablement déformée en passant dans la bouche des rudes populations du Nord. De plus, après la chute de l'empire, une réaction se produisit naturellement ; mais le latin ne fut point détrôné : la laagoe des nouveaux dominateurs du pays y imprima plus ou moins fortement son empreinte, rien de plus. Cette introduction d'éléments étrangers fut surtout sensible à Liège, et elle s'y poursuivit jusqu'à des époques très-voisines de la nôtre, parce que, d'une part, la principauté épiscopale resta, jusqu'à la grande révolution, associée aux destinées de l'Allemagne, et que, de l'autre, elle fut souvent gouvernée, dans les derniers siècles de son existence, par des électeurs de Cologne.
Notre attention se portera d'abord sur cette partie du pays, le liégeois étant, de tous les wallons belges, celui dont le caractère est le plus tranché et en même temps celui dont la littérature est de beaucoup la plus riche.
Les patois wallons de nos provinces nous paraissent se ramener à quatre groupes principaux, dont les centres respectifs sont Liège, Namar, Mous et Tournai. Au liégeois, remarquable par ses aspirations (xh^ le ;^ grec) et para prédilection pour les consonnes fortes, se rattachent plus ou moins étroitement le verviélois, profondément imprégné de germanisme, mais surtout caractérisé par sa prononciation traînante et antinasale, et par Tabus des circonflexes; le hesbignon, qui a au contraire peu de voyelles pures {poin pour pan, pain); le nsh gcois (y compris le dialecte original de Montegnée et de Sainte- Walbnrge, dit des bolresses), qui ouvre démesurément les a et remplace in par { (M pour km); k condrusien, qui transforme en ia les finales liégeoises en ai et se relie par 1) au namurois; le faménien, qui tient du hesbignon et du condrusien, mais a quelque chose de plus sourd; enfin, le dialecte de Stavelot et de Malmedy, qui forme transition entre le parler de Vervicrs et celui des Ardennes : celui-ci, se nuaoçaal insensiblement, franchit la frontière et va se confondre, d*un côté avec lepatobde la Thiérache, de Tautre avec le patois messin. La seconde famille est celle de Namur, tantôt chuintant (choùter pour xhoùter, binauche pour binâxhe, ^)i tantôt au contraire préférant le se étymologique {scaille, ardoise) au ah liégeOM; nous y comprenons le dialecte de Dinant (celui-ci se ressentant un peu do liégeois), ceux de Philippeville et de Beauraing, et, en remontant vers le nord, ceux de Tarrondissement brabançon de Nivelles, qui touchent à Jodoigne au besbignom et du côté opposé au hcnnuyer. Le montois présente des types variés à Charlerol,^ Ath, à Soignics, à fiinche, mais surtout dans le Borinage, où la désinence montoise
i^poorûn ou pour ieu s*épanouit à Taise, et où Ton dit canter pour chanter, mais
«0 revaodie cku pour ce et garchon pour garçoti. Enfin le tourmaisien se relie plutôt
>Q rmhi valencieimois et, en passant par Tourcoing et Roubaix, au patois de
Ulle et de Douai : ceux qui s'intéressent à la langue des trouvères et de Froissart
'e trooreront tout à fait instructif. 11 nous est impossible de donner ici le plus petit
spédoen de chacun de ces dialectes : force nous est de renvoyer le lecteur aux
56 versions de la Parabole de l'enfant prodigue, publiées en 1870 par la Société
liégeoise de littérature wallonne, pour servir de supplément au livre de Schnackcn-
buig sur les patois de la France.
Lb wallon du pays de Liège et sa littérature. — Le moyen âge nous a légué^ un certain nombre d*écrits liégeois rédigés en langue vulgaire, et fourmillant d'expressions et de tournures dont les gens du peuple apprécieraient encore, à l'heure qu'il est, le goût de terroir. On ny saurait pourtant voir du « wallon » proprement dit, dans le sens restreint oii l'on prend dordinaire le mot « wallon. » II y aurait lieu de faire exception pour l'histoire de Robertmont, insérée dans le Manifeste des droits de rabbesse de ce couvent (Liège, i635, in-4'') ; mais l'authenticité du texte imprimé n'est pas formellement démontrée (il remonterait aux dernières années du xin"" siècle). M.Gachard a publié une charte liégeoise de 1233; feu Ulysse Capitaine, deux autres de 1236 telles ne sont pas wallonnes; les textes des Paix, des Pawilhars (recueils de décisions judiciaires) et du Patron de la Temporaliteit, appartenant au xiv"" siècle, ne le sont pas davantage. A cette dernière époque, on constate une notable différence de fond et de forme, par exemple, entre le langage des Chroniques de Jehan d'Outremeuse et celui du Traité des pierres précieuses du même auteur : les premières s'adressaient à tout le monde, le second aux savants seulement; celui-ci est écrit en français, ni plus ni moins que les Vrayes chroniques de Jehan le Bel, rédigées pour les grands seigneurs de France et d'Angleterre. Le Miroir des nobles de la Hesbaye et l'épisode chevalerescjue des guerres d'Awans et de Waroux^ raconté avec un charme singulier par Jacques de Hemricourt, prennent place à côté des Chroniques et de la Geste rimée de Jehan d'Outremeuse. Mais pour se rapprocher du parler populaire, ces auteurs sont loin d'en reproduire la grossière naïveté ; si l'on veut absolument qualifier de « wallon » leur langue semi-littéraire, qu'on ne la confonde pas du moins avec l'idiome plébéien, objet propre de la présente notice.
Ce wallon des classes inférieures , qu'était-il exactement au moyen âge? A dé&ut de textes suivis ou de chants populaires transmis de siècle en siècle par la tradition orale, nous pouvons,
grâce aux savantes et méthodiques recherches de M. Gh. Grandpgnage sur les noms géographiques, sur les noms de plantes et d animaux sur les désignations des denrées (la Lettre des mmIi), mettre la main sur quelques éléments de son vocabulaire. Hais ces études précieuses et les trésors accumulés dans le Dtc/iormoireây* mologique du même linguiste, malheureusement inachevé, n*ont p» directement trait à notre sujet. Ce qu*il nous faudrait posséder, oe sont les sermons et les cantilènes dont parlent les vieux annalistes, le recueil d* Énigmes populaires du clerc Egbert (4060), ou les Yerm romanici qu'on chantait par les rues, au rapport de Foullon, le lendemain de la prise du château de Sainte-Walburge (1259), ou encore les chansons « diffamantes et bouffonnes » auxquelles donna lieo la déposition d*Henri de Gueldre en 1274, a touchant le violement que Tevesque avait fait à la jeune Berthe des Prez » (F. Henaux). Im cela s'est perdu, et probablement pour jamais. Rien non plus do xv^ siècle, rien même du xvi*' ; quand on songe d'ailleurs que 1 Imprimerie ne fut introduite à Liège qu en 1562, le fait n'a rien qui doive surprendre. On a en mémoire des iVoéto, qui remontent peutêtre plus haut (certaines locutions le feraient croire) ; mais on ne saurait acquérir une pleine certitude ni à cet égard, ni au sujet de la date du Ranz des vaches de Sainte- Walburge (0 dé dai ado, etc.), imprimé dans les Souvenirs histofiques du D' Bovy. Les deux plos anciennes pièces décidément wallonnes et positivement datées quoo ait découvertes jusqu'à ce moment sont une Ode de 1620 composée en l'honneur du docteur en théologie Mathias Navaeus à l'occasion de sa' promotion, et un sonnet du F. mineur Hubert Ora, contre les ministres protestants (1622).
Une ode, un sonnet dans toutes les règles ! Fantaisies de lettrés, pas autre chose. Mais ce qui nous intéresse, c'est que le wallon s'y montre tout aussi assoupli, tout aussi original et franc d'allures qu'il peut Tétre aujourd'hui ou même qu'il l'était il y a cent ans, dans la grande vigueur de son épanouissement; nos deux poètes onteuo«> tainement des modèles.
Avant tout, quelques observations générales. On chansonnetoutet tout le monde à Liège : ladministration communale, en particulier, n'a qu'à se bien tenir. La critique épuisée et la saison des plaisirs venue, on chante de plus belle, mais on suit aussi te conseil donné à la cigale : on danse. On en a certes bien le droit, n'ayant pas été imprévoyant comme la pauvrette. On danse donc, dans les bals ao son des violons, en plein vinâve au refrain des chansons. C'est alors
que les rimeurs foisonnent, voire les improvisateurs : qui dira ce que chaque année en voit éclore? Sans y prendre garde, nous venons d'indiquer les deux genres de compositions le plus en faveur à Uége : Fesprit satirique se fait jour dans la pasquèie; la réjouissante chanson de branle est le crâmignon.
Commençons par le crâmignon. F. Bailleux le décrit très-fidèlement : « Jeunes garçons, jeunes filles, dès la veille de la /^fe, se féunissent le^soir, se tiennent par les mains, se mettent îi sauter, à oourir en cadence aux accents d'une ronde que chante un des danseurs, tandis que celui ou celle qui occupe la tête de la colonne porte un bouquet ou une branche verte à la main. Le commencement de chaque couplet et le refrain (respleû) sont redits en chœur; la fin do premier couplet se répète et forme le commencement du second, et ainsi de suite. La troupe joyeuse parcourt les rues en faisant mille détours et en formant les méandres les plus capricieux. A peine une chanson est-elle finie qu'une autre recommence, et cela pendant des heures entières, ce qui se renouvelle tous les jours de la fête. Il faut des poumons de fer et des jarrets d'acier pour supporter ce double exercice. » Ajoutons que le mot crâmignon s'applique à la chanson qui accompagne la danse aussi bien qu'à la danse elle-même. Celle-ci est, comme on voit, une sorte de ronde ou de farandole, quelque chose comme la sauterie dont Ducange nous a conservé le souvenir, f Ckarea Maccabeoi-um, Mais le propre .du crâmignon, c'est le hythme sui generis de sa poésie, ce sont les effets inattendus de la épëtition du même vers dans deux couplets différents. Quelquefois est au milieu de chaque couplet que le refrain vient se placer, à instar du souvemz-vous-en de M. et M°* Denis; enfin il arrive que laque phrase est suivie d'une bruyante clameur : Thomas! Pierrot ! 5UX qui n'ont point parcouru le faubourg Saint-Gilles ou le bouleird d'Avroy au temps des fêtes paroissiales se figureront malaiséent le brio, l'entrain, les éclats de rire du peuple liégeois animé ir de vertes chansons. Trop vertes quelquefois, il faut le dire : le alloD partage le privilège du latin, c'est-à-dire « brave l'honnêteté. » fttons-nous de dire bien haut que, dans ces dernières années, de iritables poètes ont pris à tâche de populariser des compositions réprochables et même du goût le plus délicat. Nous en avons donné Il échantillon en 1856 dans la Revue trimestrielle : le délicieux cràlignon de Defrecheux : L'avez-ve veyou passer fohiieni chaque année Q nouveau succès d'enthousiasme.
D'où vient crâmignon? Dans tout le Brabanl wallon, crâmitton ou
crûmion veut dire crémaillère. On a proposé carmen, eaniui$iiok,k mot tudesque krumtn, etc. La question reste pendante. En revandie, l'étymologie du mot pasquèie ou pasquille parait claire : queleleeteur nous permette de nous citer nous-même :
M Les Lillois donnent ce nom, comme nous, à des pièces satiriques dialogvéci. En Allemagne, depuis longtemps, pasquill signifie pamphlet, ce que les Lttiii appelaient libellus famosus. La légende du tailleur romain nommé Pasqitm,éfiÊi}à boutique était le rendez-vous des diseurs de nouvelles, et dont le nom aandtélé donné à une statue du voisinage, remonte assez haut, puisque le pape AlexaBdreYl refusa de jeter Pasquin à la mer (celui de marbre, bien entendu), de peurqnllBe se changeât en grenouille et que ses coassements ne devinssent enoore plu importuns. Les Italiens disent indifféremment pasquinaia et pasqttUlo. Ce B*estp« que le nom de pasquinade, au reste, nous soit venu directement de Rome. Pisqoiii, sous diverses formes, a fait le tour de TEurope et a été connu dans le Nord, nrUNil des gens lettrés, avant de Tétre de tout le monde. Le fameux torse de Rome a été apfielé PasquU par des écrivains français du xvi® siècle. 11 nous semble que KM doute doit cesser en présence des titres de certains livres cités par Bninel, telsqie le PasquU de la cour (4564), le PasquU d'Allemagne (4546) et le Pasquiibtt emlicus^ dont Tédition italienne est intitulée Pasquino in estasi. On dit ici unejMffitluuie, là une pasquUle, ailleurs une pasquèie^ faisant d*un nom propre un bob commun. La signification primitive est laissée de côté ou même s*oubiie.C*estaiBH qu*on a dit et qu*on dit encore une phUippique, sans songer à Démostbène ni i Philippe de Macédoine, ni même aux invectives de Cicéron contre Mare-Antoioe. >
Selon M. Capitaine, « on entend par pasquèie toute chaasûo en dialecte wallon, élogieu^e ou satirique, gaie ou élégiaque, polhiqoe ou religieuse, morale ou graveleuse. » Rigoureusement parlant, les noëls et les crûmignofis seraient aussi des pasquèies. Cette géoénlisation nous pai*aît outrée. L'expression pasquèie di Noiéj si tant est qu'elle existe, consacre tout simplement une extension de sens. Toutes les chansons ne sont pas des pasquèies; en retour, toutes les pasquèies ne sont pas des chansons : Fauteur le sanit mieux que personne, lui qui en a sauvé de Foubli de si intéressantes. On appelle proprement pasquèies les pièces de vers, qudles se chantent ou non, dont Tintention est satirique, les pièces politiques surtout, ou celles qui esquissent un tableau de mœurs plus ou moins piquant. A ce point de vue, la Chansoti de danse contre les prédicants forquity (outrecuidants) , composée vers 1650, est une véritable pasquèie ; il en est de même du Salaza$* liégeois (1632), dialogue en longues tirades , à l'adresse d*un généi*al espagnol qui avait indignement trahi et massacré une escorte de soixante et dix paysans, lors du passage de ses troupes par le territoire de la principauté. La Complainte des paysans sur le ravagement des troupf^y
LITTÉRATURE WALLONNE. »6i
rie d^uM plaisante débauche (1631), égalemenl dialoguée, et les rejeux des paysans (1634?) par le notaire Lambert Hollongne, nient encore la même qualification.
I y a lieu de mentionner ici en passant une espèce de moralité ou ngstère burlesque, dont la représentation suivait celle d'une pièce 1 caractèi'e tout religieux. Cette composition, imsquèie d*un genre
particulier, fit les délices des élèves d un couvent d*ursulines il quelque deux cents ans.
ans la première moitié du xviii* siècle, la verve wallonne s'exerce ïrëférence sur des sujets non suspects à une autorité ombi*ase : le coup d'État de Maximilien-Henri (1684) avait muselé pour ^mps les Liégeois. On se rabat sur les petits travers de la ité» on se gausse de ses voisins, par-dessus tout on fait pleuvoir juolibets sur de graves personnages à qui Ton s'est complu, I tous les pays et sous tous les régimes, à prêter des ridicules, tend quand on n'avait pas besoin d'eux : il s'agit des médecins,
va sans dire. Voici d'abord la fameuse pasquèie du chevalier iberl de Rickman : les aiwes di Tongue (1700), mordante et spielle diatribe qui eut pour premier effet, dit-on, de compromettre épiAation de la Fontaine de Pline (lez-Tongres) au profit des eaux îpa. Vient ensuite une pièce plus considérable, la Pasquèie me et calotenne (1734), faussement attribuée à de Rickman, puisque li-ci mourut en 1732. 11 s'agit d'une insurrection de la bourisie contre les médecins et d'une querelle entre les docteurs euxnés et leur collège^ qui s était agrégé assez légèrement un charn étranger, de Sénac de Lille, prétendu docteur de l'université cala. La Pasquèie critique est un modèle de fine raillerie, et, à pos des médecins, elle touche un peu à tout, ce qui la rend des \ curieuses. Ajoutons que le v^allon s y élève jusqu'à la hauteur 16 langue littéraire; en somme, c'est une perle en son genre. a Pasquèie mémoriale composée à propos de l'érection du nouvel A de ville de Liège est assez insignifiante. Pour voir les Liégeois >mmencer à s'intéresser librement aux affaires publiques, il faut ver à 1763, date de l'élection du prince Charles d'Outremont, à de puissantes influences avaient opposé Clément de Saxe, fils du de Pologne Auguste III. Le triomphe de Charles, qui était au os un enfant du pays, fut l'occasion d'une allégresse générale et ma lieu à des compositions où circule un souffle ardent de patriole, avaul-coureur d'une ère nouvelle.
te Iréfoncier de Harlez, qui fut plus tard (1779) l'un des princi-
paux fondateurs de la Société d'Émulation, avait pris l'habitude, dis 1756, de réunir chez lui quelques amis lettrés, notamment Cartier, Fabry et de Vivario, comme lui amateurs passionnés de wallon, fl leur vint Tidée d'écrire des opéras et de s'associer, pour en composer la musique, le maître de chapelle J.-N. Hamal. En 1757, U voyège di Chaudfontaine fut joué à l'hôtel de ville en présence d'une foule compacte et enthousiasmée; LiLigeois ègagî le suivit de près; au bout d'un an parurent Li Fksse di Hoûte-s'il ploût et les Hjj»condes. Les quatre pièces furent immédiatement réunies en on volume, le Théâte KgeoiSy considéré aujourd'hui encore comme « le livre classique par excellence, » comme « le chef-d'œuvre de la littérature wallonne. » Il a eu de nombreuses éditions : la meillearc, augmentée d'un opéra-comique de F. -M. Henault {Li MàligmU, 1789), a été publiée en 1854 par F. Bailleux, Ul. Capitaine et M. Stecher (avec des eaux-fortes de M. J. Helbig).
A part le peintre graveur Hansôn, qui travestit en son patois les Lusiades et la Heniiade (nous voilà tout d'un coup bien loin du Théâtre liégeois)^ nous n'avons à citer aucun écrivain wallon sons Velbruck : la Société d'Emulation cultiva les lettres françaises, les livres des encyclopédistes se répandirent dans le pays et y firent germer des idées nouvelles. La révolution fut le signal du réveil de la pasqtièie; on célébra Chestret et Fabry; il est cependant à remarquer que les chansons de cette époque sont en majorité ^éa^ tionnaires. Non pas que les Liégeois regrettassent beaucoup Fincien régime; mais ils n oubliaient pas aisément que le parti qui les en avait délivrés s'était jeté dans les bras de l'étranger, et ensuite les Français ne faisaient rien pour se conquérir des sympathies dans le pays annexé, bien au contraire. La chanson anonyme : LigeoiSy n'estez-ve nin des sots m'vé? bien connue encore, est une protestation archiloquienne conçue dans ce sens. En regard de cette pièce, mais sur un tout autre terrain, nous relèverons VAfdogie des prêtres assermentés^ publiée en Tan ix delà république par le P. Thomas Marian : c'est également un modèle de style énergique, mais plutôt une satire semi-boufFonne qu'un torrent d'injures. Enfin le fleuve rentre dans son lit : plus de discussions politiques ou religieuses; la jeunesse liégeoise est entraînée au loin, menée à la boucherie pour la plus grande gloire des aigles impériales. Dans le cours de ces tristes années, on ne signale en wallon que la tmplainte sur Théroïque dévouement du bouilleur Hubert Goffin, simple récit, plus touchant peut-être que la pièce académique deMillevoye.
Cq^endanl l'empire s'écroule : arrivent les Prussiens, qui ne se font pas moins exécrer que les Français, si toutefois la colérique diatribe de J.-J. Vêlez : Sav' bin çou qu c'est quon Prussien? est l'écho fidèle du sentiment populaire.
L'opposition que soulevèrent peu à peu les actes du roi des Pays-Bas trouva des interprètes ailleurs encore que dans les journaux : une étrange figure, celle de Martin Simonis, le chansonnier forain, se dresse titubante devant nous. Au pied du Pont-des-Arches stationnaient depuis quelque deux cents ans des vendeurs de chansons; mais il s'agit ici d'un poète populaire, d'un successeur de ce Mathieu Moreau (f 1781) qui composa la chanson des Danois et dont I ombre fut évoquée à propos de la Nymphe de Spa, de Basseoge. Simonis l'ivrogne (métier auquel il ne voulait pas renoncer, suant payé ^ disait-il, si cher pour l'apin-endre) débuta dans les rues vers 1822, vendant à cinq cents les chansons qu'il versifiait et qu'il entonnait lui-même coràm populo^ en s'accompagnant d'un violon. En 1825, affublé d'un costume grec (à l'instigation de quelques ftudiants), il contait en rimes wallonnes les malheurs de la patrie lHomère. Mais ses grands succès datent* de 1827, c'est-à-dire de 9 publication du décret établissant Yintpât-mouture, — Les chanteurs les rues se montrent encore de temps en temps sur le marché, non oin du Péron^ le dimanche matin; ils nont plus d'autre souci, fort leureusement, que de faire rire les badauds. Le dernier qui ait ûssé quelque renom, Hasserz, s'appelait lui-même le « Béranger égeois ; » monté sur une chaise en plein vent, il ne se gênait pas our improviser des couplets sur les passants de sa connaissance : I police dut finalement y mettre ordre.
Les années qui suivirent immédiatement 1830 virent apparaître »ute une pléiade de poètes d'un talent réel, qui prirent le wallon égeois tout à fait au sérieux, le traitèrent comme une langue et on comme une simple jargon, rêvèrent enfin pour lui des destinées ttéraires. Le publiciste Renard (Eustache Lefranc) égaya Mathieu aend^ergh^ en mêlant des vers patois aux prédictions du célèbre banoine sur la pluie et le beau temps; cette tradition s'est perpélée : Dehin et Defrecheux ont tour à tour dignement remplacé enard. C'est aussi dans YAlmanach de Liège (actuellement édité ar M. L. Du Vivier-Sterpin) que parut pour la première fois t Côpariie de Simonon, pièce lyrique qui fit époque, parce que ersonne, jusque-là, n'avait cru le wallon capable de graviter vers 5s hautes régions de la poésie. Li Côparèie (le coup pareil) était le
bourdon du couvre-feu de S. Lambert, la vénérable cathédrale démolie aux jours de la terreur; pendant des siècles on avait entendu régulièrement son bomoir sonore : la confiscation de h patrie lui imposa tout d'un coup silence. Simonon put sexaltersor ce thème, raviver les vieux souvenirs, faire vibrer les cordes iùtimes ; en un mot, Liège eut son Chant de la cloche et s*en montra justement fière. Encouragé par ce succès, Simonon fit paraître tout un volume de poésies charmantes, parmi lesquelles nous distinguerons le conte intitulé Ma tante Sara. Cependant Timpulsion était donnée : Henri Forir tira de son portefeuille Li Ktapi manège, tableau d'une maison en désordre, œuvre toute réaliste, mais d'one finesse de touche incomparable, et aussi œuvre morale et salutaire, que louvrier sait encore par cœur et qui a fait rougir plus d'une mauvaise mère de famille. Forir avait le secret de la langue des de Harlez et des Vivario : lui aussi peut être appelé un cliuàqu wallon. Ses deux recueils de Blouwettes ligeoises sont encore populaires ; son étude en prose sur les petites écoles du temps de Hoensbioeck, sous le double rapport de la forme et de Toriginalité, est un chapitre que Dickens aurait certainement avoué. Forir a laissé inédit un Dictionnaire walion-français très-complet, le plus complet qui existe : l'éditeur Severeyns a entrepris de le publier; le tome II est déjà très-avancé.
A côté de Forir, le curé Du Vivier de Streel, moins renommé pour son poème héroi-comique (finançais) La Cinéide ou la vadu reconquise, que pour sa fameuse chanson sur les volontaires de 1830 : Li pantalon trouvé; on lui doit aussi quelques agréables chansons de table et un dictionnaire des rimes wallonnes (inédit). Au même rang nous placerons encore M. le conseiller Lamaye, autre Wallon pur sang, que sa jovialité humoristique rapproche surtout de Forir. Seulement M. Lamaye est plus incisif; la satire politique a été son vrai triomphe.
II traite d'ailleurs tous les sujets avec une égale fecilité : citons Li vin d'Bourgogne, un vrai rubis sur l'ongle, la pièce moDorime Portrait d'un bonLigeois, enfin d'excellentes traductions de quelques fables de la Fontaine.
Le génie du Bonhomme a plus d'une fois séduit les Wallons. Fr. Bailleux, d'abord en collaboration avec J. Dehin, le chaudronnier-artiste, puis tout seul, nous a dotés d'une version liégeoise des six premiers livres des Fables. Bailleux est aussi l'auteur d'un trèsremarquable recueil de Passe-timps, oix l'idylle fait pendant à la
l ainèr'6, et de Fams da m'mye grmid'mère, légeudeâ versifiées Tune est d'une désespérance que nulle analyse ne saurait *e. Nous avons tantôt nommé Dehin, le brave chaudroniiier la correspondance avec Béranger a été en partie publiée et qui surtout dans la peinlui-e des types populaires. Sou recueil Char Kj/i^conlient aussi des essais épiques ; mais Tauteur sentit à la l'U forçait la noie et il en revint auKchaiisons.
loutes parts renaissait la pasquèie : en 184!^, paiureat en Broluûtes, puis en brochures» chez Oudart, des poésies de nature, parmi lesquelles ou remarqua Les passe- timps délie i un IhU-pourri sur Tina ugu ration du chemin de ter de Liège* auteurs wallons commen fiaient à se connaître et Tidée d'une iaUou germait tout doucement; d autre part, on confeclionuait, lavons dit, des dictionnaires, et de plus on s'inquiétait de Mther lortliogi'aphe : grosse question, les uns voulant prendre base la prononciation, les autres Tétymologie^Le Tkéàietigeois fimprimé eu 1854, orthographié diaprés le système mixte de jux, qui tend à prévaloir. Mais ce qui accéléra tout d'un coup mvemeût» ce fut» en 1856, à propos du XXV* anniversaire du 'ouverture d'un coucou i*s de poésie wallonne, organisé par les , de la ^t Société philanthropique des vrais Liégeois* » Le jury se prononcer entre quarante-sept concurrents : MM, Ad. Stap- J. Laïuaye, T, Delchef, Defrecheux et J, Dehin obtinrent des us. Ce uest pas tout : le concours de 1856 devait avoir un f résultat. « Déjfi, disait le rapporteur, ont été jetés au sein du les fondemeuts d'une société wallonne qui aura pour mission ter la grammaire et rorthograplie de notre dialecte populaire» imposer un dictionnaire et enfin de déterminer les règles de la ficâlion.nLe 27 décembre suivant, la Société liégeoise de litté- ^wallonne tenait sa première séance et constituait sou bureau la présidence de IL Forir, qui ne larda pas h se retirer pour place II M, Clu Graudgagnage (1857).
le goût du wallon s est entretenu dans le pays depuis dix-huit c'est bien à la Société qu*ou en est redevable* Les couronnes le a décernées k M. André Delclief pour ses plaisantes cornék tiroirs Li gâtant di tsiètTante^ Les deux naevx. Pus pfz, pus ont contribué à provoquer réraulatiou du romancier^poète )seph Demoulin {Ji mus ji n'pous^ es fond Pireite, etc.), qui na X recevoir les siennes que du public. Les treize toraes des But- \ cl les sept Annuaires de la Société wallonne, auxquels il faut
ajouter les productions isolément publiées des membres de laCoapagnie, sont loin de représenter toute la littérature patoise Gootaporaine. Mais il n*est que juste de reconnaître qu'elle a été surtool stimulée par cette active association. Parmi les œuvres dramatiques couronnées, nous ne pouvons passer sous silence Li Sot^l, de M. Remouchamps, restée au répertoire et Ià mâie neur du CoUu, de M. Ch. Haunay, en langage d*Ans, qui a paru accompagné d'un curieux commentaire philologique de M. Delbœuf. En dehors des concours, n'oublions pas Faust et Daditte, amusante parodie de l'œuvre de Gounod, par M. Toussaint.
Dans d'autres sphères, les concours de la Société wallonne n'ont pas été moins fructueux. Gomme peintre des vanités humaines, bon conseiller de l'ouvrier et satirique sachant mettre le doigt sur la plaie, M. Thiry compterait peu de rivaux n'importe où, pour sa Copem 80 rmariège et Ine cope di grandiveux, par exemple ; son volume de Caprices est un véritable écrin. M. Aug. Hock s'est également distingué par des dialogues où il développe son thème favori, le contraste des anciennes et des nouvelles mœurs {les vtx Messages, QmS mère à Vvihenne, Mère Jeanne,' etc.); feu le colonel Blicheels s'éteit aussi inspiré du même sujet, avant de consacrer définitivement ses loisirs à la rédaction d'une grammaire wallonne. Nous avons encore le fécond M. Delarge (de Herstal), quatorze fois couronné. Celui-ci réussit plutôt dans l'églogue ou la ballade; il a aussi décrit des t]fpes wallons.
Ici un mot de regret pour un doux poëte, Nicolas Defirecheox, enlevé en 1874 dans la force de l'âge. Defrecheux est le créateur de l'élégie wallonne. Dire ce qu'il a su donner au dialecte liégeois de grâce et de charme, serait impossible. Le peuple, qui a r^nu ses chansons et ses crâmignons, s'est chargé de devancer notre jugement. Leyêz-me plorer. Tôt Iiossant, On pindège di crama. Tôt seUt il faudrait tout citer. Si quelque jour on a l'heureuse idée de publier une a7ithologie wallonne, Defrecheux y figurera au premier rang. Dans la même galerie auront une place d'hgnneur son ami Félix Ghaumont, comme lui mort avant le temps, comme lui plein de foi dans rinfluence de la poésie sur l'amélioration morale des classes travailleuses, et M. Hock, qui a quelquefois atteint l'émotion vraie au point de mériter, à son tour, la palme {Allez chanter foû f^t Sèfnez des viokttes, Nannez, naninette,eic.). Tantôt gai, tantôt rêveur, toujours d'une sensibilité délicate, M. Hock a fait résonner toutes les cordes de la lyre wallonne. Ses Œuvres complètes, en 4 vol,
Tieimeot de paraître. Il écrit en français, sauf à entremêler sa prose de rimais wallons. Ses études sur les us et coutumes de Fancien pays de Liège, sur les aoyances , les remèdes populaires , les superstitiotis des Yillageois, enfin son histoire des Mathot, simple famille bourgeoise dont il raconte les annales à Tinstar des livres de raison, sont non-seulement d'une lecture attachante, mais intéressent au plus haut degré les éruditsqui s'occupent de comparer les traditions locales. M. Gustave Magnée excelle dans la ballade et la légende, et dans celte poésie mélancolique, songeuse et calme que peut inspirer la solitude des fagnes ardennaises, où Fauteur a beaucoup vécu. Nul n'est plus familier avec le vieux wallon, qu'il rajeunit dans ses charmants contes en prose et dans ses tableaux de genre. Mais nous ne pouvons citer tout le monde : MM. Th. Bormans, Boisgelot, Pecklers, d'autres lauréats encore réclameraient notre attention. Ce qui ne peut être omis ici, c'est que la renaissance littéraire du wallon est peut être due aux banquets annuels de la Société liégeoise autant qu'à ses concours. Dans ces agapes fraternelles où Verviers, Huy, Visé, Spa, voire Namur et le Hainaut sont représentés, on ne peut chanter ou réciter que des pièces i^iédites : celles-ci passent ensuite dans ^^ Annuaires. (Citons entre autres les pots-pourris à! Mcide Pryor.)
La Société wallonne ne s'occupe pas seulement de poésie, à preuve les 56 ver- ''Onsde ï En fani prodigue et la traduction très-soignée, faite sous ses auspices par ^ prioce Louis-Lucien Bonaparte, de VEvangile de saint Mathieu. Elle accueille ^ec empressement les recherches érudites et remplit ainsi Tune des premières 'issions que ses fondateurs lui ont imposées. Entre le groupe des trouvères et ïlnî des linguistes ou des archivistes, M. le vice-président J. Dejardin tient honobiement sa place par le très-curieux Calendrier qui ouvre V Annuaire. C'est core à lui qu'appartient le fond principal du volumineux Dictionnaire des Spots •overbes), justement estimé.
A Verviers s'est fait heureusement sentir l'influence de la Société illonne. Après le vieux Remacle et plus récemment le calligraphe igenot, les Verviétois, jusqu'à nos jours, avaient peu exploité les ;hesses de leur dialecte un peu rude, mais plein de saveur. F.-X. XhofFer s'élança le premier dans l'arène : on distingua sa médie satirique ies Blesses, puis les deux Soroches (beaux-frères) ; publia ensuite Jhan-Joseph et Vmaule annèie, drame historique traçant un épisode de la révolution à Verviers, puis des contes, des ansons, des épigrammes, etc., qui attestent un esprit éminemment iginal. M. Poulet se fit remarquer, à son tour, par des contes {lu yan éterré), des fables et des peintures de types locaux {lu Pétni, l'amateur de pinsons), par exemple. Dans les derniers temps,
MM. Levesque et Lejeune ont fait preuve d'un talent réel. Mais Verviers commence à rester à Verviers. Il s*y est fondé deux sociétés qû ouvrent, pour leur compte, des concours tant français que wallons; les organisateurs n ont pas été trompés dans leur attente. M. Renier, aimable chansonnier, est lun des chefs de cette jeune phalange : il prêche de conseil et d'exemple. M. Corneil Gonzé, l'inventeur bien connu des plumes-vapeur, est aussi un poète wallon, et de la bonne race.
Marche-en-Famène revendique M. Alexandre, dont le Pèdm d'avril, comédie en cinq actes, a obtenu une distinction à Liège au concours de 1858. A la suite du Dictionnaire des spots a été imprimé un poème de son cru, lip'titCorti (jardin), de 949 vers, dont chacun est un proverbe ! Et malgré ce tour de force, qui n'a d'^1 que la Comédie des proverbes de Montluc, l'ensemble présente un sens assez suivi. Deux ou ti*ois jolies pièces humoristiques de M. Damoiseaux (d'Ocquier) nous donnent une idée du patois condrusien ; les chansons de M. le docteur Delexhy (de Grâce-Berleur) ont une teinte de hesbignon; Th. Dérive a écrit en spadois. Le Dictionnaire wàUm de M. Dasnoy nous initie aux particularités du patois de Neufchiteao. Nous ne pouvons ici que remercier M. Dubois, de Virton, qui nous a fait parvenir des notes sur la transition du patois ardennais au patois messin.
Le Namurois et le Hainaut. — On est gai à Namur comme à Liège: on y banqueté, on y chante volontiers. Les Wérotte et les Lagrange ont eu bien des prédécesseurs, n'en déplaise au baron de Stassart (lettre à Wérotte) : Ad. Borgnet cite une pasquèîe de 1730; mentionnons les Houzards de Benoît , les chansons de Grisard ou de Ni vaille, celles des réverbéristes (Colson, Merlon), celles de Bauchau, etc. Mais Wérotte et Lagrange valent à eux seuls toute une légion de chansonniers. Le recueil du premier a eu les honneurs de trois éditions : c'est un assez fort volume in-8**, précédé d'une lettre de M. Ghavée sur les caractères distinctifs du patois namurois. L'ouvrage débute par un poème sur les jeux des enfants aux différentes époques de l'année (One sovenance des jeux do vîx teimps); puis, après une promenade à la campagne, voici des contes, des fables, surtout des chansons à boire plus réjouissantes les unes que les autres. Wérotte savait mettre la main sur d'heureux refrains, et Dieu sait s'il en tirait bon parti ! Ce qu'il faut surtout admirer, c'est la verve intarissable et le franc rire de l'auteur. Les mêmes qualités brillent
LITTÊKATUHE WALLONNE. WJ
Afsi M. Lagraiige, avec une poinle de douce ironie. « Le patois de Beauraing a aussi son spirituel poète, M. le docteur Vermer, auteur de chansons et de contes populaires propres à faire les délices des loogues veillées. A Dînant, les naïvetés des copères et Tune ou lautre daoson du colonel Rosolani. A Nivelles (Brabant wallon), quelques eduplets plus ou moins anciens, n'offrant d'intérêt qu au point de vue dttlaogage; grâce à M. Hanon, nous connaissons aussi une traduction wallonne du Vlaamêche leeuw^en vers énergiques. La pièce capitale du dialecte de ce pays est un poème de M. Fabbé Renard sur kan de Nivelles : la littérature wallonne offre peu d'ouvrages aussi digi^ d'attention.
Nous entrons en Hainaut par Charleroi, où M. Bernus nous présente une traduction libre de fables choisies de la Fontaine. L'auteur a su donner à son texte une allure si wallonne, qu'on se figure aisément lire des compositions originales, d'autant plus que h moralité est pi*esque toujours rendue par quelque vieux proverbe de la Sambre. Le volume se termine par des poésies diverses, non traduites cette fois : on y reconnaît cet esprit loustic et goguenard (sans mauvaise intention) qui fait florès à Charleroi et à Mons. Dans îeiie dernière ville, paraît et reparaît chaque année, pour des leceurs toujours avides, le joyeux Armomque fondé en 1846 pai* I. Letellier, aloi^s curé de Bernissart. C'est un mélange, prose et ers, de traits d'esprit, de calembours, danecdotes, de chansoneUes et de fabliaux, le tout sans autre prétention que de désopiler { rate du lecteur. M. Rapp s est fait l'émule de M. Letellier en éditât à Pâturages un Altnafiach borain (1849) ; avant eux, lleini DellOtie, de spirituelle mémoire, s était égayé h propos du Doudou {nos oiu vir l'car d'or, etc.), le monument par excellence de la littéraire montoise (xiv* ou xvn® siècle?). Ne passons point sous silence . Moutrieux (Titisse Ladéroute), auteur des Contes des quiés, ni . J.-B. Beuilliot (L'ervue dWIons), ni surtout M. J.-B. Descamps U mariage délie fie chose ^ El volontéere couionné, etc.).Thuin, où le ialecie de la ville haute n'est pas celui de la ville basse, vante les iiausons du cordonnier Brunebarbe. Le tournaisis (4'' famille) se MX>mmande aussi par ses aimanachs ; mais il a des poètes natioaux sérieux en MM. A. Lei-ay et Ad. Delmée. Les Chotwq Clotiers du remier sont aussi célèbres que le mot du roi de France sur le hamp de bataille : On peut cmincher, les Tournisiens sont là! Le aiois tournaisien se rattache de près à celui de Tourcoing, illustré iir les bouffonneries de Brùle-Maison, et à ceux de Lille et de Douai,
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que les recueils de MM. Desrousseaux et de Chrïsté, ainsi que le Dictionnaire de M. Vermesse, ont fait connaître en Belgique. Il y aurait une étude importante à entreprendre sur l'ancienne langue du Hainaut, qui a considérablement influé sur le français littéraire.
Li wallon n'est né moirt, disait Th. Dérive en son spadois. Moios que jamais. A Liège, deux nouvelles sociétés viennent de se former: le Caveau liégeois et les Wallojis, La première a déjà mis au jour deux volumes et révélé deux poëtes" : MM. Dd. Salm et T. Brahy;h seconde travaille surtout à populariser les œuvres des auteurs les plus goûtés. Nous avons vu que Verviers ne restîB pas en arrière. Réjouissons-nous de ce zèle : le mouvement littéraire wallon est une manière comme une autre d'affirmer notre droit à l'indépendance.
Bibliographie. — Ferd. Henaux, Études sur le wallon, Liège, i^^; W&hlenbeck, Oe teijuâ francicà Rheni inferioris, Bonn, 4849; Lettre de J.-H. Bormans à Ch. Grandgignage, Sir les éléments thiois du wallon, Liège, 1856 ; Ch Grandgagnage, De rorigine des wallons, Uéft, 4859; Pierquin de Gembloux, Hûttoires littéraires des patois, Paris, 4858.
Dictionnaire roman, wallon, celtique et tudesque (par D. François), Bouillon, 47T7; CtDbresier, Dictionnaire wallon-français, Liège, 4787; Remacle, Dictionnaire wallon Jrtaiiait, "2^ éd., Liège et Leipzig (s. d.}, â vol. in-8« (se ressent du dialecte Terriétois); Lobd, id. (Verviers); Hubert, id. (pur liègois); Forir, Dictionnaire /i^eoM-/raR(:ait, Liège, S forts toI. in-8o, le plus complet de tous (orthographié d'après la prononciation) ; Ch. Grandgignige, Dictionnaire étymologique de la langue wallonne, â vol. in-S" (A. -P.); du même aotetr, Jlémoire sur les anciens noms des lieux de la Belgique orientale, in-4** (Mémoires derAcsdémie, 4855) ; Vocabulaire des anciens noms de lieux^ Liège, 4859; Id. des nonu de plantes et (Ttmmaux (4857); la Lettre des Venalz (Bulletin de la société wallonne) ; J. Dejardin, Dktidnmin des mots ou proverbes wallons^ Liège, 4865, un fort vol. in-8«; L. Micheels, Grammaire âimentaire liégeoise, Liège, 4863, in-8<> ; Dasnoy, Dictionnaire wallon-français (paioii di Luxembourg), Neufchâteau 4858, in-4:2o; Sigarl, Dictionnaire du wallonde Monsetdekpbii grande partie du Hainaut, Bruxelles, 1858, in-8«; Vermesse, Vocabulaire du patois hUott, in-l!2«, et Dictionnaire du patois lillois. Douai, 4867, in-8» ; Chavée, Français et walhn, Piris, 4857, in 4i<>; Carpentier, Dictionnaire du bon (c'est-à-dire du mauvais) /on^o^e, 9* éd. (Li^ 4865, in-4!2«).
Chansons et poésies wallonnes (antérieures à 4830), recueillies par B. et D. (Bailleix et Dejardiu). Liège, 18-^^, in 8o. — Théâtre liégeois (éd., BaïUeux) — Les nombreux recueils de poésies, etc., mentionnés daus le cours du présent article. — Les bulletins et les auwmins de la Société liégeoise de littérature wallonne (poésies, travaux* érudits, vocabulaires spéciaux, parabole de TEufant prodigue, etc.). — Le Catalogue de la biblioUièquedelaSociéié liégeoise (le littérature wallonne (avec supplémentsi, inséré dans les bulletins deeeUe ooBfiignic, fournira toutes les indications aux personnes qui voudront connaître en grand détail les richesses littéraires des patois romans de toute la Belgique.