ARCHÉOLOGIE GALLO-GERMAINE, ROMAINE & FRANKE
Par M. C. VAN DER ELST,
Aiirit'u prè«iiteul t\v lu Such^U' Hrrh«'ul<iji«|tir de (^harli'ioi.
Études archéologiques. — Si larcliéologie, comme science, est pour nous de date relativement récente, il y eut du moins toujours chez nos ancêtres une propension à recueillir des traditions, h fixer des souvenirs, en conservant avec soin certains objets, trophées ou reliques. Lorsque, en 1203, Baudouin IX s'empara de Constantinople, il y eut bien des destructions sans doute, mais des statuettes, des pierres gravées, des choses de dévotion furent rapportées on Flandre, et le dragon en cuivre doré, don du prince norvégien Sigurd à l'empereur Jean Comnène, plane encore aujourd'hui au-dessus du beffroi de Gand. D'autre part, la population consacrait la mémoire d'un gi'and nom ou d'un événement considérable par quelque dénomination caractéristique : c'étaient le camp de César, la tour des Sarrasins, c'est-à-dire des non-chrétiens, des païens, la pierre Bruneliaut, la chaussée Brunehaut, le château des Quatre fils .\ymon, la roche à Bayard, le pont d'Ogier le Danois, etc.
La renaissance donna une vive impulsion à l'étude de rantiijuilé. La protection accordée aux arts et aux sciences par Marguerite» d'Autriche eut des imitateurs; des collections se formèrent pour la numismatique, pour l'épigraphie. Un onyx portant la gravure d'un lion, trouvé à Sottegem en 1551, fut acquis par la dame du lieu,
la comtesse d'Egmont, qui le lit enchâsser dans le couvercle dune magnifique coupe. De nombreuses antiquités rencontrées à Baini furent recueillies par Charles-Philippe de Croy, prince de Chimai, tandis qu Ernest de Mansfeld, le vieux serviteur de Charles Quiol, réunissait, dans ses beaux jardins près de Luxembourg, le produR des fouilles faites h Ârlon et dans les environs.
L'apathie générale qui suivit le mauvais succès de la i-évolutioD du xvi"" siècle dans les Pays-Bas méridionaux arrêta toutes les études. En 1653, rimportante découveile du tombeau de Childéiîc à Tounni et de tout un précieux mobilier funéraire ne passionna personne, el Farchiduc Léopold Guillaume put empoiter le tout à Vienne sans provoquer de réclamations. L'esprit d'investigation se fit jour ao siècle suivant, particulièrement lors de la fondation de TAcadémie; mais la réunion à la France vint bientôt priver les Belges du peu de richesses que renfermaient leurs musées, et ce ne fut qu'après 1814 que l'attention se porta réellement et efficacement vei's les sciences archéologiques. Une instruction royale du 33 décembre 1826, adressée à toutes les autorités locales, nomma une commissioo chargée de lever le plan des chaussées romaines sur notre territoire. Puis vinrent les précieuses découvertes de Schmerling dans les grottes de la Meuse, qui ouvrirent l'horizon des âges préhistoriques. Un proscrit polonais, l'illustre Leiewel, achève chez nous son grand travail sur la numismatique du moyen âge, et le savant Schayes soccupe particulièrement de l'époque romaine.
A partir de 1839, des sociétés se forment ayant spécialement pour but la recherche des antiquités locales. Il s'en établit successivement à Bruges, à Anvers, h Namur, à Tournai, à Arloo, i Liège, à Tongres, à Mons, à Ypres, à Saint-Nicolas, à Termondeel à Charleroi. Un congrès international d'archéologie, qui se tiut à Anvers du 25 août au 1*' septembre 1867, eut pour résultat de donner à ces études une sorte de cohésion ainsi qu'une portée plus haute.
Classification et topographie. — Dans le nord de TEui'ope, on a (classé les produits de la primitive industrie humaine en trois périodes désignées sous le nom d'âge de lapieire, âge du brotize etfljf du fei; mais on avoue que cette division n'oflfre pas de limites absolues ou tmnchées. Sur notre territoire, et en ce qui concerne Farchéologie proprement dite, il a paru rationnel de distinguer simplement l'époque gallo-germaine, antérieure à l'invasion des Romains, l'époque romaine et l'époque franke.