‹ Patria belgica; encyclopédie nationale ou exposé méthodique de toutes les connaissances relatives à la Belgique anicenne et moderne, physique, sociale et intellectuelleChapitre 16 sur 37 · DEPUIS · texte numérisé non relu

DEPUIS

Par M. JEAN ROUSSEAU, Set rélaire gèni'ral de la Comniikkion royale det nionuineiilh

*I1 nous serait impossible de donner ici un compte rendu, même sommaire, des expositions qui se sont succédé dans notre pays pendant quarante-cinq ans. Nous nous bornerons à esquisser les difTérentes phases de notre mouvement artistique-, telles que ces expositions les ont révélées.

Jusqu'à la veille de 1830, nos artistes sont encore partagés en trois camps. C'est d'abord l'école de David, qui, faisant abstraction de toute nationalité dans l'art, croyait le régénérer en le i*amenant à la reproduction des types antiques, et se berçait de l'espoir, éternellement déçu, qu'il était possible de faire du grec en France et même en Flandre. — Un autre groupe d'artistes, sans reculer jusqu'aux Grecs, n'osait pas davantage être Belge, et suivait les traditions italiennes de la renaissance. — Enfin, venaient Herreyns, Ommeganck et leurs élèves, seuls fidèles aux tendances et aux procédés de l'ancienne école flamande. En 1830, ce fut celte école nationale qui l'emporta décidément sur les deux autres, et la même année qui vit se fonder Findépendance de la Belgique put saluer aussi la renaissance d'un art vraiment belge.

Il faut rendre à un peintre qui vient de mourii*, Gustave Wappers,

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rhonneur d'avoir été le promoteur de cette grande révolution d'ateliers. Il serait assez difficile aujourd'hui de s'expliquer l'émolioûel l'enthousiasme soulevés par le tableau de l'artiste, le Dévouement du bourgmestre Vander Werf; la toile, si on la revoyait, semblerait très-probablement théâtrale d'allure, molle d'exécution; à coup sûr reste-t-elle fort loin, et comme vie et comme pittoresque, d'un autre tableau de Wappers qui nous est heureusement resté, une Journée de septembre, et qui aujourd'hui encore peut compter parmi les pages remarquables de l'école moderne. Mais le Vander ÏVer/* avait le mérite de donner à des besoins d'indépendance artistique, encore vagues et-mal définis, un programme d'une parfaite netteté çt d'une certaine grandeur. Pour la forme, il s'agissait de retrouver à la fois la palette éclatante, le dessin souple et vivant de l'école de Rubens. Pour le fond, on se proposait de faire servir cette belle langue des arts, qui se comprend d'un bout de la terre à l'autre, à entretenir ce peuple né d'hier de ses héros, de son histoire, une nation étant forte par son passé comme un arbre l'est par ses racines. Noble mission, que l'art s'est donnée à toutes les grandes époques de l'histoire, que Phidias lui-même remplissait au lendemain de la bataille de Marathon, quand il sculptait, dans les métopes du Parthénon, les combats de Thésée contre les Centaures et des Athéniens ôonut les Perses. On a essayé de railler de nos jours ce grand art historique, né de préoccupations politiques dont a perdu le souvenir. On ne songe pas assez qu'un peintre est soumis à la même loi que les autres hommes, qu'il ne vaut que par les services qu'il rend. Se figurer qu'il n'a d'autre mission que de bien peindre serait admettre qu'un orateur n'a d'autre devoir que de bien parler.

Quoi qu'il en soit, le mouvement était à peine indiqué que tous les talents jeunes s'y ralliaient. Chaque début était une adhésion. D'abord, c'était Leys, entrant en scène en 1833 avec un Massacre d* Anvers par les Espagnols qui, dès le premier jour, attii'ait l'attention sur le peintre; quand, dans ses dernières années, Leys traitait de grands sujets historiques, il ne faisait que revenir à la vocatioû de sa jeunesse. De Keyser, à son tour, apportait un puissant renfort au pai-ti nouveau avec ses succès populaires *de la Bataille des tftrons d'or et du duc Jean à Woeringen. Puis venaient De Caisne avec ses Belges illustres, Mathieu avec sa Mort de Marie de Bourgogne, et enfin, un peu plus tard, Gallait-et de Biefve, l'un avec son immense succès de l'Abdication de CMarles-Quiîit dont le Compromis des twbks de l'autre devait profiter par reflet. Wiertz lui-même, qui se produi-

ni pour la première fois au salon de 1839, vint consolider le riomphe de la nouvelle école, car, s'il ne prit pas pour thèmes des sujets de Thistoire nationale, ce fut avec des types flamands et une x>uléur apprise à Técole de Rubens, et non dans le style pseudointique de David, qu'il peignit sa Mort de Patrocle.

Wierlz ne devait pas tarder à s'isoler, il avait débuté avec toute jiie série de tableaux comme s'il eût craint de ne pas forcer du premier coup les portes du succès, ses Trois souhaits, son Esméralda, Mn Quasimodo, son Christ au tombeau^ son Patrocle. En effet, il ne fiit pas compris d'emblée. A son Christ au tombeau plusieurs critiques préférèrent celui de Duwée, aujourd'hui parfaitement oublié. L'année suivante, il exposa à Anvers sesQuatre âges de la vie humaine : la critique fut d'avis qu'il était « tué net » par un De Block qui se voyait à côté, le Jeu de cartes. C'est alors que Wiertz peignit, pour se venger, une carotte et des oignons sur lesquels vivait un peuple de fourmis, tableau satirique des peintres du petit genre, et, dès 1842, il exposait tout seul, au temple des Augustins, sa Révolte de CEnfer contre le CieU toile de cinquante pieds de haut. On pouvait dès lori l'apprécier tout entier. Un art de mise en scène grandiose, un dessin d'un jet puissant et hardi, l'entente du drame, mais nulle personnalité ni dans le ton ni dans la forme, qui nous rendaient la couleur de Rubens moins son éclat prestigieux, et le dessin de Rubens moins l'énergie et l'esprit de ses accents brusques. Or, on peut se demander si fart belge eût réalisé des progrès bien sérieux en passant de l'imitation de l'antique à celle de Rubens. Cétait sans doute quelque chose que de vivre de son fond et de ne plus emprunter qu'aux maîtres nationaux, mais évidemment ce n'était pas encore là de la vraie indépendance, encore moins de loriginalité.

Gallait fut des premiers à voir l'écueil. Avec moins d'audace ou moins d'ambition que Wiertz, il est, sans contredit, plus foncièrement indépendant. Ce qui distingue son talent, c'est, avant tout, le tact et la mesure. Mais ce talent est personnel. Gallait a su s'ouvrir une voie particulière, et cela tout en restant dans les régions saines et élevées de l'art, sans descendre jusqu'à un réalisme inintelligent, sans s'égarer dans la fantaisie creuse. On l'a souvent comparé à Delaroche, dont il était l'ami. A notre avis, ils n'ont guère de commun que leur spécialité, le drame historique, et la teinte également sombre de leurs thèmes de prédilection. Ici Lord Stra/ford marchant au supplice, la Mort de Jane Grey^ le Cercueil de Charles l"% V Assassinat du duc de

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Guise; là les Derniers Moments du comte d'Egmont^ les Têtes coupiet, Jeanne la Folle^ le Tasse en pi'ison, etc. Du reste, une exécution trèsdifférente, une plus grande recherche du style chez Delaroche, une plus grande préoccupation de la vie chez Gallait qui appartient bien à Técole flamande par son étude sincère et serrée de la nature, mais dont le réalisme fin et nerveux ne s'arrête pas à la peau et \'a jusqu'à lame, toujours interrogée avec une ténacité singulière.

Leys, de son côté, profondément original, alors même qu'il rappelait le plus Rembrandt ou Breughel, montrait de quelle façon il fant entendre Fimitation des maîtres, auxquels il n'y a à emprunter que des principes et non des formes. Mais son programme ne fiit pas toujours compris, et, tout en ouvrant une nouvelle voie à Técole, il faillit Tentraîner dans une révolution singulièrement rétrograde.

Considérant que la tradition de Rubens était trop mêlée d'éléments latins, Leys voulait rompre avec ce style qui ne recule jamais devant les exagérations et les conventions, du moment qu on peut en tirer de grands effets. Il voulait qu'on apportât devant la nature la naïveté et le respect des gothiques. Toujours portés à outrer les recommandations du maître, les élèves imaginèrent qu'il n'y avait rien à voir dans la nature que ce que les gothiques y avaient vu, sans comprendre qu'il y a des vérités que ces beaux maîtres eux-mêmes n'avaient pas découvertes et qui n'ont pas échappé à Rubens, ce corrupteur. Les primitifs ont étudié naïvement la nature dans le détail, Rubens a vu l'ensemble ; ceux-là ont cherché le caractère et Teipression, celui-ci la vie et le mouvement; la couleur des uns est merveilleuse de richesse et d'harmonie, mais l'autre y a ajouté une lumière éblouissante, des effets dramatiques qu'on ne soupçonnait pas avant lui. Gomment ne pas tenir compte de ces progrès et quelle bonne raison donner pour renoncer à de pareilles conquêtes?

Un autre travers de l'école de Leys — et cette école ne s'arrêtait pas aux frontières belges, elle recrutait des adeptes jusqu'en France, en Hollande, en Allemagne, en Angleterre, — ce fut d'introduii^e, et cela dans des proportions singulièrement exagérées, l'archéologie dans Tari, de sacrifier le drame au décor et l'homme au meuble. Non contents de pousser l'amour du moyen âge jusqu'à loger tout sujet, quelle qu'en fût la date, dans des intérieurs gothiques, de faire d'Hérode un chevalier de la Toison d'or, et de saint Joseph un bourgeois de Bruges, les imitateurs de Leys ont fini par résener toutes les études, toutes les caresses de leur pinceau à la friperie de leurs costumes et au bric-à-brac de leurs curiosités archaïques,

toujours plus réalisés et plus intéressants que leurs personnages. Ce n*était pas« on peut raffirmer, de telles puérilités que Leys avait en vue quand il rêvait de ramener Tart belge à la naïveté gothique.

L'école Leys a, du reste, produit nombre d'artistes remarquables : feu Lies, nature distinguée, qui mêlait le goût italien à la bonhomie flamande ; puis MM. Lagye, les frères De Vriendt, Vinck, Hendrickx, etc. Mais en somme, le plus important élève du maître est peut-être encore son neveu, M. Adrien De Braekeleer, qui, au lieu de refaire du gothique, chose aussi difficile que de refaire du grec, sest contenté d'appliquer les principes des primitifs, leur précision, leur sincérité absolue, leur caractère à l'exécution de thèmes modernes.

Une colonie d'artistes belges, installée à Paris, a paru pendant quelque temps constituer un groupe h part, que ses adversaires qua- Kfiaient railleusement (ïécoledugris. Le mot était mesquin, il n'était guère moins impropre. Pourquoi serait-il défendu de faire gris? Avant d'être une intelligence, un peintre, tout comme un chanteur, est un organe; son œil voit de telle façon plutôt que de telle autre, A voit la nature plus en jaune, B la verra plus en vert, en bleu, en lîlas, etc., d'où l'infinie diversité des reproductions que plusieurs artistes, fussent-ils tous également consciencieux et attentifs, feront du même site. Si donc un artiste voit gris, il n'y a pas à lui en faire un grief, du moment qu'il tient compte de l'échelle des valeurs et des rapports, et l'on sait combien certains maîtres, tels que Corot, sous ce gris qui voile leurs peintures, sont réellement plus colorés que les plus criards enlumineurs. Van Dyck et Velasquez, qui sont des peintres gris, comme Titien est un peintre brun et doré, sont-ils pour cela moins coloristes? Nous avions, il y a quelques années, toute une série de coloristes factices qui se figuraient ressusciter la chaude peinture de Jordaens en assaisonnant tous leurs tableaux d*une sauce rousse, alors fort goûtée; notre colonie parisienne eut peut-être le mérite de se moquer de cette convention, de remontrer que tout corps garde dans l'ombre la couleur spéciale qu'il a dans la lumière, et que lumière et ombre doivent être également francs et solides. Mais rien de moins semblable, d'ailleurs, à une école que ce petit groupe d'artistes, exploitant les genres les plus divers dans les manières les plus différentes, et parmi lesquels nous rencontrons à la fois deux peintres d'élégances mondaines et modernes, MM.AlfredStevensetDeJonghe,—unpeintredepetitssujets Louis XV, feuCoulon, — un talent épris de la couleur et des ajustements de Paul

Véi'onèsc, M. Hamman, — un nouveau Terburg, M. Willems, — un peintre de batailles, M. Louis Paternoster, — un peintre de portraits et de paysanneries, jadis statuaire distingué, M. Van Hove, — ' un peintre de chiens, M. Joseph Stevens, — et un peintre de sing^^^ et de renards, M. Verlat; pour accentuer encore cet ensemble h^' térogène, notre colonie française s'est complétée, dans ces de«^* nières années, par deux talents essentiellement flamands, les dei» de Cock, et par le chef même du mouvement anversois, M. Gusta^"^ Wappers.

Une évolution artistique qu'il importe encore de mentionner e^= celle qui a paru entraîner quelques-uns de nos peintres d'histoir—^ vers l'Allemagne, tandis que nos peintres de genre tournaient I ^ préférence les yeux vers la France. A la suite des efforts considérables faits par. le gouvernement pour ressusciter chez nous I» pointure murale, une exposition de grands cartons historiques allemands a eu lieu, en 1862, à Bruxelles; c'étaient des échantillons qu'on nous offrait des travaux remarquables entrepris en ce genre de lautre côté du Rhin. Mais, malgré des qualités incontestées, les maîtres allemands trouvèrent peu d'écho parmi nous, et le nombre de leurs prosélytes ne paraît pas destiné à s'accroître. La raison en est simple. Il y a eu de tout temps incompatibilité d'humeur entre fart allemand et le nôtre, l'un essentiellement idéaliste, abstrait, porté aux austérités du dessin, l'autre foncièrement réaliste et coloriste. Notre école ne pourrait se germaniser sans faire violence à tous ses instincts naturels. C'est pourquoi MM. GuflTens, Swci^ls, Pauwels et consorts, sont des maîtres restés sans élèves.

Enfin, il faut dire un mot d'une tentative encore un peu à son début : celle par laquelle un certain nombre d'artistes de notre jeune écoleentendent inaugurer un art absolument sincère, qui se développera librement par l'étude exclusive de la nature et en dehors de toute tradition. Comme sujets, ne prendre que des motifs absolument modernes, que l'artiste aura pu étudier par ses yeux; renoncer conséquemment aux compositions hypothétiques de l'histoire, aux spéculations de l'art religieux, et, en général, à tout thème de pure invention ; prendre tous ses types, pour les posséder plus intimement, dans le pays méme,^ au lieu d'aller les renouveler à l'étranger, comme cela s'est toujours pratiqué sans scrupule; — comme moyens d'exécution, rejeter tout aiUifice de facture, peindre à pleine pâte, sans l'expédient des frottis, sans le secours des glacis, tel paraît être, pour le fond comme pour la forme, le programme de

1 jeune école qui, du reste, jusqu'ici, ne s'est pas encore officiellelent formulé.

11 est évidemment des plus discutables et il y a grande apparence u*elle l'amendera d'elle-même sur plus d'un point. Toute l'histoire e l'art n'est-elle pas là pour attester qu'on peut faire de l'histoire et lôme de la fantaisie vivantes à la simple condition d'en prendre îs éléments dans la nature? Mais où sera, objecte-t-on, pour les ersonnages historiques, la ressemblance? Et qu importe la ressemlance? Est-on sûr seulement de faire ressemblant quand on repréente des faits et des personnages contemporains? Sont-ce d'ailleurs es ressemblances garanties qu'il nous faut ou des vraisemblances loquentes? Est-ce le fait, ou bien l'expression, l'émotion? Et voilà istement pourquoi les apôtres de Rembrandt sont aussi vivants et léme aussi ressemblants que les buveurs de Jeniers et de Van ^stade.

— Prétendre tuer l'histoire, croire même que l'histoire peut mouir, quel enfantillage ! Est-ce qu'elle n existera pas forcément aussi mgtemps que la famille humaine restera, qu'une nation aura ans son passé des faits à perpétuer, des leçons à vulgariser, des rands hommes à glorifier? Est-ce qu'enfin l'histoire, comme tout utre genre, n'est pas sûre d'exister aussi longtemps que la fantaisie adividueBe? Il vous convient de vous enfermer dans le présent. Et 'il platt à d'autres de descendre dans le passée d'interroger Faveir, d'essayer de s'approprier (ne fût-ce que par l'imagination) tous 5s points de l'espace et tous les moments de la durée! — Espéinces, souvenirs et regrets : cette devise surannée exprime pourtant » rêves éternels de l'humanité : il faudrait commencer par les lui iterdire pour tuer la peinture historique, l'art religieux, la fanlisie.

Qu'est-ce que cette fantaisie elle-même — et c'est bien là ce ui prouve l'inanité des querelles de systèmes — sinon le plus souent une nouvelle expression de la réalité, résumée en quelque type énéral? Sont-ce donc de pures inventions que Don Quichotte et ancho Pança, personnifiant, en les parodiant, l'un tous les rêves ardis, tous les instincts généreux de l'ûme, l'autre les appétits et » instincts qui nous retiennent asservis à la terre? L'individu en liair et en os, c'est le particulier, l'accident. Mille individualités indues en deux types généraux comme ceux-là, c'est la loi univerîlle, éternelle, c'est l'humanité telle qu'on la retrouvera d'un bo it e la terre à l'autre.

Et, de même, qu'importe le procédé, pourvu qu'on arrive au résultat? Titien entasse glacis sur glacis; Rubens et toute son école usent du frottis sans scrupule. Titien est-il pour cela moins franc a Rubens moins solide que les plus hardis peintres à pleine pite qu'on puisse leur opposer?

Le programme absolu de la jeune école belge a donné quelques individualités originales et brillantes, que nous aurons à citer toot h rheure, et Ton ne saurait, qn général, refuser à ses tableaux des qualités de saveur et de santé toutes particulières. Mais cette peinture systématiquement empâtée a le tort de manquer souvent de légèreté, d esprit, de variété et, par cela même, de n'être pas toujours appropriée à l'objet à rendre. La peur de la convention et de finvention rend aussi les artistes inhabiles à tout arrangement, à toute conception : on n'a plus des tableaux, on n'a que des m<N^ ceaux. Si Fart devait en rester là, c'est qu'il aui*ait confondu soo point de départ avec son but, et pris, comme on dit, ses houseaux pour ses jambes.

Nous avons esquissé rapidement les principales fluctuations de notre école à la recherche d'une esthétique définitive. Il nous reste à donner, genre par genre, l'effectif de ses maîtres principaux et de ses artistes les plus distingués, vivants et morts, depuis i830.

Histoire, ^ous retrouvons ici l'école de Navez, qui essaya vainement, après 1830, de coatinuer parmi nous les traditions de David. On a gardé un bon et pieux souvenir de cet excellent artiste qui se chargeait lui-même de démentir son enseignement par ses œuvres et dont les portraits d'après nature sont si supérieurs à ses compositions de style. Pour ses élèves, il faut reconnaître qu'ils sont restés médiocrement fidèles à ses leçons. M. Portaels est loin d'être un classique puriste; il ne cherche pas le style dans des surmoulages grecs ou romains ; il a été justement de ceux qui ont voulu faire de la peinture religieuse et historique avec des éléments vivants et il est allé jusqu'en Orient étudier les types de ses personnages bibUques dans la personne de leurs descendants. Une fantaisie, trèslibre d'ailleurs, servie par un dessin d'une grande souplesse et une coloration souvent originale. M. Stallaert n'emprunte pas davantage ses modèles à la sculpture romaine; c'est plutôt un néo-grec, formé à l'école moins pédante des peintures de Pompéi. Citons aussi MM. Joseph Gérard, Van Severdonck et Van Eycken, l'auteur des peintures murales de l'église de la Chapelle.

En dehors de De Keyser, son chef actuel, qui s'est essayé avec

jûtilieur clans tous les genres, témoin la vogue de ses poili aits, les nombreuses reproductions gravées de ses petits sujets et le sudeès écent de ses grandes peintures décoratives du veslibule du musée 'Anvers, Tœuvie capitale et inconiparahlement la plus mâle de lauïmr, t'école anversoîse est représentée par quelques noms maru&ùlâ : — M, Slirigeneyer, celui peut-être de ses maîtres qui ossède le mieux, avee M, Verlal, une de ses qualités les plus eaicléristiques, Ihybileté de la main^le brio delà touche, mêlé à Ifé préoccupations de drame qui se sont spécialement fait jour dans ^ Vtngeur et le Chrétien livré aux bétes; — M. Van Lerius, auteur le Paul e( Virginie, de Ceufirilkm, de Ludy fModiva et du ne séi^ie raulre^ fantaisies charmantes dont le charme doublerait, si lexécu» iofi, toujours soigneuse et distinf^uée, en était uu peu plus sponinée et moins travaillée; — M* Ed. Dujardin, élève et ami de f<f«ppers, mais peignant dans un style plus sévère et plus approprié \ux thèmes religieux qui sont ses sujets de prédilection ; — M, MariLelbach, palette fraîche» brosse fiicilc; — M. Jules Pécher» que des iuccès légitimes dans lart religieux, ou il apportait des instincts de lâlorisie remarquables, n'ont pas empêché de quitter la peinlure Kiur la sculpture, oii il paraît appelé précisément à réussir pai' ses {ualités de peintre et danangeur, et entin M. Van deii Bussche, Lnversois teinté de Vénitien, lempéi-ament de coloriste, cerveau de Iveur et de poète.

Où classerons-nous M, Eugène Smîts? Bieii que le peintre de Homa et des SaUons se soil qualifié lui-même, dans les livrets de ns expositions, délève de Navez, il na évidemment rien de corntiun avec TesUmable peintre dont sa gratitude rappelle le nom, Jest plutôt un élève de Titien et de Waiteau, également porté vers :e grand style et les splendeurs de ton de Fun et les caprices char- 3iàiils de laulre, mais bien oi iginal dans son genre » et qui laissera dans notre école une trace dautaiit plus durable que ses luâlités d*aristocratique distinction y sont moins communes. ■ De même comment classer feu De Groux et M. C. Meunier? La mûri de Charle^-Quini de De GrouK, de même que ses sirni's popufoiiv^, sont des œuvres qui procèdent directement de IVtude de la nature, avec une profondeur de sentiment très-rare dans le réalisme Xïûtemporaiu, M- G. Meunier, bien que plus inlluencé [leut-ètre par a tradition ancienne, a suivi la même voie. J en dis autant de W. Modeâte Carlier, dont Baudouin di^îrihuant de$ armf.s aux Mtmtoi», gmtide toile qui décore aujourdlmi Thùtel de ville de M on s.

rappelle à la fois avec bonheur les harmonies graves et le st -^ sévère des fresques du Campo Santo de Pise, tout en reproduisu.^ avec une frappante fidélité les types connus du Borinage.

On peut citer encore parmi les individualités originales de noi^ peinture dTiistoire, M. Hennebicq et sa Messaline rentrant à Rome au milieu des huées populaires, tableau bien vivant par ses ijpes comme par son sentiment passionné et dramatique; — et enfin trois jeunes talents parvenus presque de primesaut à la réputation, MM. Hermans, Cluysenaar et Wauters. M. Hermans, pinceau large et souple, montre des tendances réalistes et modernes particulièrement marquées. M. Cluysenaar a peint avec une maestria pleine d'emportement de grandes toiles dont les dimensions effrayeraient la plupart des peintres d'aujourd'hui, et paraît devoir renouveler notre peinture monumentale (à en juger par ses fresques de l'université de Gand) par des audaces originales et heureuses. M. Wauters, auteur de la Folie cCHvgo Van der Goes, a été formé à l'école de Portaels, d'où sont sortis beaucoup d'autres jeunes talents qui ont déjà M leurs preuves, tels que MM. Verheyden, Verdyen, Agneessens, Van der Hecht, Van der Stappen. Il a débuté avec un talent déjà mûr — trop mûr peut-être, et dont on devine difficilement les développements possibles — mais où un respect sincère de la vérité se mêle à une science profonde de la tradition.

M. Canneel, l'habile directeur de l'académie de Gand et Fauteur des savantes peintures murales de l'église Saint-Sauveur, MM. Soubre, Chauvin etCarpey à Liège, MM. Legendre etVanHollebeke à Bruges, doivent être cités parmi les notabilités de l'art historique en province.

Notre énumération enfin ne serait pas complète si nous n'ajoutions ici les noms de quelques débutants d'un grand avenir, MM. Wulfaert, Vandekerkhove, Van Hammée, Mellery, — ceux de deux jeunes talents enlevés prématurément à une carrière qui s'annonçait déji brillante, Emile Hamoir et Hippolyte de la Charlerie, — et enfin le nom d'un sympathique et spirituel étranger qui a importé à Bruxelles les traditions de l'école de Venise, M. Dell'Acqua.

Portrait. Quelques-uns de nos peintres d'histoire, en tête desquels il faut citer Gallait et après lui De Kcyser, Wappers, Narez, Portaels, ont obtenu dans le portrait des succès au moins égaux à ceux de leurs grandes toiles. On n'en peut dire autant de Wiertz, qui semblait ne considérer le portrait que comme un passe-temps et qui n'en a guère laissé qui ne soient des types de peinture lâchée.

— Une femme, dont la fin a été aussi triste que ses débuts furent brillants. M"** 0' Connell, a eu un moment, comme portraitiste, une vogue qui na pas duré; elle était, selon la mode du temps, une sorte de clair de lune de Rubens, et devait passer en même temps que passait le goût de ces pastiches. — M. Robert, talent souple et soigneux, s est fait également une popularité assez grande pour se voir, à la suite de l'exposition universelle, appelé en France, avec la commande du portrait du duc de Moroy.

Depuis, plusieurs réputations nouvelles sont entrées en scène. M. De Winne a donné dans les portraits de M""*" de Hirscb, de M"* Vander Stichelen, de M. Sanford des types de portraits bien compris, pleins de vie, d'esprit et de caractère. La souplesse et Thabileté de la peinture n'y laissent rien. à désirer. — M. Cluysenaar en a exposé, de son côté, deux ou trois fort beaux, enlevés avec la fougue, touchés avec la largeur et la fermeté de ses grandes peintures. — M. Smits n'en a guère fait que des études de têtes, mais d*une couleur et d'un caractère qui rappellent celles de Tintoret et de Paul Bordone. — M. Agneessens se distingue par des qualités de souplesse et de largeur remarquables. — Cette souplesse n'est pas précisément ce qui recommande les portraits de M. Lambrichs, gâtés aussi par les lourdeurs qui sont l'écueil de la peinture à pleine pâte : mais on ne saurait leur refuser beaucoup de sincérité et de caractère. — M. C. Van Camp, qui s'est essayé avec talent dans la peinture d'histoire et le paysage, s est fait dans le portrait une spécialité originale : il peint ses figures en plein arir, dans des fonds de paysages ; il semble qu'on les rencontre à la campagne, en promenade. A cela double avantage. Il évite ainsi l'air de pose qui rend tant de portraits guindés et ennuyeux. Ses jeunes femmes, d'autre part, éclairées de partout, se voient exemptes de ces ombres portées qu'elles regarderont toujours, quoi qu'on fasse, comme des taches déplacées dans un joli visage. Mentionnons encore M. Fontaine, pour ses sérieuses qualités de coloration, et MM. Henri Gosselin et Bourson pour leurs mérites de vie et de caractère.

Genre. Au début, quelques talents qui tâchent de continuer les anciens maîtres des Pays-Bas : DeBrackeleer, qui refait avec bonheur, mais dans une peinture trop molle, les écoles de Van Ostade, — De Block qui tâche de s'approprier son clair obscur, — Dyckmans, qui vise au fini de Gérard Dow, — puis David De Noter, Verheyden, etc.

Madou a une personnalité bien à lui. Personne comme lui — sauf

peut-être Henry Monnier, l'immortel créateur du type de Joseph Prudhomme — n'a lu dans le bourgeois, ne l'a vu avec son allure, son encolure, ses petites passions, ses prétentions. Il peint le bourgeois du xvin* siècle, et il le peint avec la même finesse, la même énergie, la même originalité que Brauwer et Teniers ont peint les rustres du xvn*. — C'est tout un filon de nouveaux sujets, également exploités par la brosse spirituelle de M. Dansaert et par le pinceau soigneux et coquet de MM. Glibert, Carolus et Serrure.

Willems, de son côté, remet à la mode, avec un charme et une finesse d'exécution enviée de Meissonnier lui-même, les types, les costumes, les décors du temps de Louis XIII ; je ne parle pas de certaines qualités délicates de sentiment qui brillent dans quelquesunes de ses toiles ; exemples, sa Jeune veuve et sa Visite à l'accouchée,

M. Alfi^ed Stevens, enfin, écrit le poëme de la femme moderne, j'entends de la femme élégante, avec un esprit, un mordant, une maestria d'exécution et de coloration qui lui assurent une place parmi les premiers maîtres de ce temps-ci.

Immédiatement à la suite de ces maîtres il convient de citer les pittoresques scènes zélandaises de Dillens, les saynètes parisiennes, toujours spirituelles et légères, de De Jonghe, les types bourgeois pleins de ft^anchise et de saveur des frères Oyens, les vigoureuses paysanneries d'Impens et des frères Linnig, les matelots et les pêcheurs de Source et de Cogen, et les jolies scènes d'enfants des frères Verhas, dont la peinture un peu précieuse peut manquer de souplesse et de spontanéité, mais qui se recommandent par de sérieuses qualités de goût, d'élégance et même d'originalité.

Paysage. C'est ici, sans contredit, que les talents sont le plus divisés et que la lutte est la plus vive enti*e la génération de 1830 et celle qui l'a suivie. De part et d'autre, les programmes sont bien distincts. Les derniers venus ont pour eux la sincérité de l'aspect, Tabsence de tout artifice et de toute atténuation, les masses hardies, la tache mordante; mais les premiers se recommandent par d'autres qualités qui ont leur prix: ils savent composer un paysage, ils entendent la distribution d'un effet, et tout en soignant les détails ils cherchent les ensembles; ils font des tableaux au lieu de s'en tenir commodément à l'étude d'après nature, au morceau, voire même à ces à-peu-près, où il faut trop souvent les yeux de la foi pour apercevoir quelque chose. En somme, il semble que les deux partis auraient tout avantage h se faire de mutuels emprunts. Il est certain

ue l*ancienne école a encore des progrès à faire et qu'il reste à la ouvelle plus d'une lacune à combler.

En appelant les noms, nous rencontrons successivement : Jacob icobs, qui est allé chercher les sites pittoresques et lumineux jus- . u en Orient et le paysage dramatique jusqu'en Norwége, — Fourlois, dont la couleur énergique et la lumière franche, voire parfois n peu crue, ont été les premières protestations contre les paysaistes de convention de l'empire, — Quinaux et Lauters, qu'on peut egarder comme deux adjudants de Fourmois, — Roffiaen et Kinermans, qui représentent plus spécialement, sous deux aspects ^ailleure très -différents, la science de lancienne école dans le eodu'du détail, si dédaigné par la nouvelle, — De Schampheleer i Papeleu, qui sont les poètes de leur parti, — Roelofs, qui en est ^ réaliste, — Lamorinière, avec ses sites un peu tristes, mais souvent d'un frappant caractère, — De Knyff et ses paysages élégants, oujours choisis et distingués;— et, si nous passons maintenant aux jenres qui dépendent du paysage, nous citerons — les vues de villes le trois légitimes réputations, Bossuet, Van Moer et Stroobant, — es belles et lumineuses marines de Clays, suivi, mais à distance, )ar Le Hon et Francia,— les moutons un peu secs, mais savants, de ITerboeckhoven, les chevaux de Van Kuyck, Tschaggeny et Vander ITin, les vaches largement peintes de Robbe et de De Haas, — et, [)Our finir, les fleurs de Robie : voilà pour l'effectif de l'école de

Du côté des jeunes, nous trouvons : M. Th. Baron et sa couleur i la fois robuste et délicate, éprise des intensités de la lumière ; a. Dubois et ses grands paysages décoratifs d'un effet souvent Vappant; Boulenger et Asselbergs, avec leur manière parfois un [)eu recherchée, mais originale ; Coosemans et ses larges peintures X)ujours habilement touchées; Huberti et ses finesses exquises, Tscharner et ses sites poétiques ; Crépin et ses petites toiles morlantes ; Vander Hecht et Verheyden, lun avec des peintures franches, 'autre avec des effets énergiques qui font également honneur à l'école de Portaels ; M*'"*' CoUart et Beernaert qui apportent ellesmêmes au paysage des énergies dignes d'un autre sexe; puis vingt autres encore : MM. Gabriel, de Beeckman, Jules Goethals, Raeymaekers, Léon Becker, M*^^"** Heger etBecker, etc. — Dans la marine, Clays a trouvé de sérieux concurrents dans Artan et ses toiles cavalièrement brossées mais étonnantes d'effet et de mouvement, dans Bouvier et ses études de lumière dignes de Claude Lorrain, etc. ; on

peut citer encore M. Heymans avec ses marines parfois un peu lourdes, mais puissantes. — M. Robert Mois, d'Anvers, dont le début date à peine de deux ans, et qui dispute déjà, à Paris comme à Bruxelles, le prix des vues de ville. — M. Alfred Verwée est devenu le chef incontesté de nos animaliers, reconnu aussi bien par Tancienae école que par la nouvelle. Étant donnés, de part et d*autre, ces talents qui se touchent déjà par plus d un point, on peut parier qu'avant dix ans, grâce à des concessions tiutuelles, les deux partis n'en feront plus qu un.

Les expositions de la société at;» Aquarellistes doivent avoir une place à la fin de cet article. Elles sont arrivées à changer une branche d'art jadis insignifiante en une spécialité lucrative et souvent très-originale.

Nous avons déjà formulé ailleurs nos idées sur le mouvement actuel de l'école belge. Il ne nous reste guère qu*à nous répéter.

Pendant trois siècles, l'Évangile de l'art aura été le sonnet de Carrache :

Celui qui désire et veut devenir un bon peintre

Doit se rendre familier le dessin de Técole romaine,

Le modelé de l'école de Venise

Et le coloris de Técolc lombarde.

Qu'il admire la manière hardie de Michel-Ange,

Le style suave et gracieux du Corrége, Et qu'il étudie, dans les œuvres du grand Raphaël, l'art de la composition. Tibaldi lui enseignera l'exécution des accessoires et la sagesse de la disposition; Qu'il observe dans Primaticc Theureux accord de l'imagination et du savoir, Enfin qu'il emprunte au Parmesan un peu de sa grûce.

— Excusez du peu! comme disait Rossini. Et pourtant nous avons encore agrandi cet ambitieux programme. Qu'on y joigne Holbein, Rubens,Fra Angelico et Cornélius, on aura la série d'imitations où notre siècle a cherché le progrès.

Comme si ces assimilations , ces acclimatations de beautés, de facultés étrangères étaient seulement possibles ! Comme si chaque sol ne produisait pas ses fruits spéciaux, qui sont ceux qu'il importe le plus de développer et qui ont seuls chance de venir à point! Et comme si les fruits importés, mûris en serre chaude, donnaient jamais autre chose que des résultats sans vigueur et sans saveur!

On a dit à des agneaux : — Rugissez comme le lion, ce maître! — à des bœufs : Ayez la grâce du serpent et la légèreté de l'écureuil: — au perroquet : Vous êtes le phénix des hôtes de ce bois.

Hélas! nous naissons lions ou moutons, et dans Fart comme dans la vie, notre précepte doit être celui de la sagesse antique : — Connais-toi toi-même.

L*œuvre d'art n'existe qu'à deux conditions.il tau t qu'elle s'inspire de la natui*e réelle : sans cela point de vie. II faut qu elle reflète î'arliste : sans cela point de personnalité. Deux conditions qui excluent également le vieux système des imitations et des pastiches.

Est-ce dire qu'il y ait lieu de répudier la tradition, de rejeter, comme inutile et dangereuse, l'étude des maîtres? Dieu gaixie la jeune école de cette sottise! Sans la tradition, tout serait à refaire chaque matin. Qui ne la possède pas ne sait rien des ressources infinies de son art, et s'expose, à tout bout de champ, à prendre une taupinière pour un nouveau monde. Mais, tout en admirant les maîtres, en étudiant leur marche, en prenant conseil d'eux dans la difficulté, il doit être entendu qu'il ne saurait être question et qu'il est matériellement impossible de les recommencer. La tradition n'est un chemin bon à suivre qu'à la condition de le quitter. Il s'agit d aller plus loin, et, en tout cas, d'aller ailleurs, de savoir ce qui est fait, pour faire autre chose et le faire, s'il se peut, aussi bien, et surtout d'être soi, faute de quoi, l'on n'est rien. Les reflets sont faits pour s'évanouir et les ombres n'ont jamais compté.

BiBUOORAPHiE. — Album national (Bruxelles, Ch. lien, 1845). Biographies belges contemporaines, Gustaf Wappers (Salon do i8i)0}; A. Baron, Coup d'œtl sur l'état des sciences, des iettreM et des arts en Belgique depuis i830 (Belgique inonumenlale, Bruxelles, A. Jamar et Cb. Hen), i844 (t. Il); •LUriuie, journal des Salons, i-cvue des arts et de la littérature, Bruxelles, \^\S à 4837, 5 vol. in-V ; La Renaissance, chronique des arts et de la littérature. Bruxelles, 18:i9-18&i. 15 vol. infol. , Revue de Belgique, Littérature et Beaux-Arts, 18i8 ii iSSO, 6 vol. in-fol. ; L. Alvin, Compte rendu du Salon d'Exposition de Bruxelles avec gravurtâ et lithographies, Bruxelles, 18^{B, \ vol. in-8<'; 0. Robin, Revue du Salon de Bruxelles, ia4i, in-8^; Eug. Landoy, Sa/on de 184:2 : Une gm'pe exilte, Bruxelles, 18'»â, in-8«;(E. Landoj). Analyse critique de l'Exposition des beaux- art s, par l'auteur d'une Gui'pe exilée, Bruxelles, i8tô, in-8o; Landoy, Le Salon, Exposition triennale, Bruxelles, 1857, iu-H"; Victor Jolj, Exposition d'Anvers, 1843, 1 vol. in-18i le même, Exposition de 1845, Bruxelles, 1845, iii-8*; le même, Les Beaux- Arts en Belgique de 1848 a 1857, Bruxelles, 1857, in-8o; Eugène de Kerckhove, Revue de l'Exposition nationale dex Beaux-Arts de 1845, Anvers, 1845, in-8o ; Album du Salon de 1845. Examen critique par J.-A. L., lithographies de Stroobantet Gbémar, in-fol. ; A. Wiertz, Exposition nationale des beaux-arts. Salon de 1848, Bruxelles, 1848, ÎB-S*; Album illustré du Salon de 1848, publié par une société d^artistes et de gens de lettres. Braxdles, 1848, 1 vol. in-ful., texte et pi. ; J.-B.-J. Gels, Exftosition triennale des Beaux-Arts 4f Anvers, 1849, Revue du Salon, Gand, in-8o; A. Wiertz, Exposition de 1851, La critique en matière de peinture est-elle possible? Bruxelles, 1851, in-8«; Ad. Van Soust de Borkcnfeld, VÈcoU belge de peinture en 1857, Bruxelles, 1858, 1 vol. iu-8»; Eugène Ercbe, Expitsilion mathnale des Beaux- Arts de Bruxelles de 1860, Tournai, 186», in-8«; L. VfsiU, Éludes sur Cart, Bruxelles, 1882, 1 vol. in-8»; Salon de Gand, 1868, Recueil auiographié, Gand, Lobcl, 1868^ pi. ; Hyacinthe de Bruyn, Exposition triennale des Beaux-Arts, 187i, Bruxelles, Muquanli, 1872; voir aussi les Jouruaux du temps.

Par M. CAMILLE PICQUÉ,

Coukervat«ur adjoint à It Bibiiolhrqun royale

Il s'agit d'examiner ce que furent, en Belgique, à l'époque gauloise, romaine, au moyen âge et dans les temps modernes, les petites fractions de métal, représentatives de la valeur des denrées .échangeables et désignées sous le nom de monnaies.

Puis viennent les méreaux^ monnaie de convention à Tusage de Féglise, des corporations, et de la place publique, où ils prouvaient Tacquittement d*un droit.

Les médailles, d'ordinaire, servent à conserver le souvenir de personnages marquants et à célébrer des événements mémorables/ Disons, en passant, que les monnaies grecques et romaines s'appellent aussi de ce nom. Ce sont surtout ces médailles-ci que La Bruyère regardait comme « des preuves parlantes de certains faits, et des monuments fixes et indubitables de Tancienne histoire. » Monnaies et médailles se rattachent à la sculpture en bas-relief et constituent une branche importante des arts plastiques.

\jis jetons, branche ultime de la numismatique, étaient destinés, à Torigine, à constater le résultat des opérations d'arithmétique. On les employait pour le service des comptables du trésor et de la chambre des comptes, des maîtres généraux de la monnaie, etc. Dans les Pays-Bas, au xvi« siècle, les jetons devinrent de véritables pamphlets de métal, manifestant, la plupart du temps avec virulence, le sentiment de la population.

Époque gauloise. — Nos Belges se trouvaient loin du contact civilisateur de la Gaule méridionale, où la colonie phocéenne, qui avait fondé Marseille , vers Tan 600 av. J. C. , connut l'usage de la monnaie plusieurs siècles avant les Gaulois. Les colons et les clients de Marseille dans le midi, imitèrent ses types. Rhoda etEmporiœ, colonies grecques de la côte d'Espagne, agirent, de leur côté, sur les nations gauloises plus rapprochées des Pyrénées; mais le reste des Gaulois emprunta ses images monétaires à la Macédoine. Ce furent les philippes d'or apportés sur les marchés de Ma\*seille, ou bien le trésor de Delphes, composé d'espèces monnayées frappées au nom de Philippe, fils d'Amyntas, et pillé par les Gaulois, qui devinrent le principe et le modèle du monnayage national dans les Gaules.

Les types du philippe sont, au côté droit, la tête laurée d'Apollon, l'Apollon tonsus , aux cheveux ras. On a dit aussi que ce pouvait être la tête d'Hercule jeune, ou du héros Karanos, l'auteur de la dynastie argive de Macédoine. Au revers de la monnaie, nous voyons un bige, et sous le bige, dans l'exergue, le nom de Philippe.

Cette monnaie était fabriquée en de notables quantités avec l'or des mines de Crénides ou Philippi, que Philippe II de Macédoine avait acquises vers l'an 356. On tirait annuellement de cesminespour à peu près 250,000 livres sterling de métal; aussi le statère de Philippe, le reffûk nomisma d'Horace et d'Ausone, circula-t-il bientôt partout. Comme nous l'avons dit, les Barbares le virent et l'imitèrent.

Il est naturel de penser que la première imitation du philippe fut servile. Nous sommes encore à l'an 300 av. J. C, ou approchant. Puis, les types de l'Apollon et du bige s'altérèrent : au lieu de la tête douce et charmante de l'éphèbe à la couronne de laurier, nous voyons apparaître une figure bizarre, dont la chevelure aux mille boucles tourmentées ou symétriques occupe parfois les deux tiers du champ de la monnaie:

Au revers, le conducteur du bige gagne des ailes; bientôt, eu Armorique, chevaux et conducteur se fondront en un tout, qui est un coursier androcéphale. Et comme barbares et civilisés ont toujours eu une tendance fatale à diminuer le poids et l'aloi de la monnaie, plus le temps passe, plus les espèces gauloises s'allèrent.

Elles se chargent d'accessoires ; chaque peuple finit par y introduire son emblème particulier. Il en est ici comme chez les tribus de la Nord-Amérique, qui ont chacune leurs totem^ représentés par un animal, un végétal ou toute autre chose. Dans la Gaule pareil-

lement, on finit par compter autant de symboles monétaires qu*il y a de peuplades. Pour exemple de ce fait, prenons les monnaies des Nervii, dont le type principal est Tarbre ou le rameau. On y voit la roue du bige des philippes se déplacer; elle se trouve sur ou sous le dievaU se transforme, se multiplie, et finit par devenir, si Ton veut, une représentation élémentaire du mouvement sidéral, un symbole astronomique.

On exhume fréquemment sur divers points du territoire belge des monnaies concaves (voy. fig, 1), en or jaune ou rouge, plus ou moins pèles suivant la nature de Talliage, et montrant sur une de leurs ftces un cheval désarticulégalopant aumilieud*un bizarre assemblage de roues, de disques et ^'•

de croissants. Du côté j^§^ de Lille et de Douai, Ton rencontre la monnaie de bronze au type du cheval allant à droite et à la légende VARTICE (voy. fig. 2). (Nous avons fait ce dessin d'après le plus bel exemplaire que possède de cette monnaie la collection de Saulcy au cabinet de France). Autour du cheval se promènent des anneaux, des croissants et des disques. L*arbuste du revers se présente souvent, dans les découvertes de monnaies de lancienne Atrébatie, sur des pièces coulées, de cuivre et de potin, du système kymro-belge, pour nous servir d'un termeemployé par feu M. Alexandre Hermand de Saint-Omer. On y a voulu voir une réminiscence de la tète du philippe entièrement dénaturée et décomposée par les Gallo-Belges, ou bien encore des dauphins à ITiarmonieuse volute, un palmier, le gui ou un foudre. Nous rappellerons, nous, le rameau doïsien, qui n'est autre que le symbole décorant, au commencement du xni* siècle, les petits deniers de Douai, et ressemblant h s'y méprendre à la plante d'ornement que Philippe d'Alsace, comte de Flandre, devenu comte de Vermandois par un mariage, fît graver sur son sceau équestre de H70 (v. Inv, des sceaux de Flandre^ 1873, n*138). Notons ce fait qui prouve la persistance d'un type, une fois imaginé, à se maintenir sur la monnaie, à travers la succession des siècles.

Quant à la légende VARTICE du côté droit, nous n'y verrons pas, [X>mme on a fait, un nom gaulois estropié, mais un nom de chef fcrit comme le vulgaire le prononçait (v. Revue num, de Paris, 1860, et Revue archéologique, 1866, art. de M. de Saulcy); très-pro-

bablement est-il ici question du chef qui trahit lès Nerviens. Cela se passait après la deuxième expédition de César en Grande-Bretagne. Le proconsul avait fait prendre des quartiers d'hiver à ses légions. Les Belges, Eburons, Aduatiques, Nerviens, allèrent attaquer, dans le pays de ces derniers, le camp que commandait Quintus Cicéron, le frère du grand orateur. 11 résista énergiquement, comptant sur la venue rapide de son général pour être dégagé. Mais il avait beau lui dépêcher des courriers, les Belges les prenaient et les exécutaient à la vue des Romains. Grâce à laccord effrayant des nations du nord, toutes les communications étaient interceptées. Le si^ durait déjà plus de sept jours ; il y en avait au moins douze que le corps d'armée de Sabjnus et de Cotta était détruit, et César ne sa\^il toujours rien ; quand Vertico vint tout sauver. « C'était, disent les Commentaires, liv.V, ch.45, un Nervien d'une naissance honorable, qui, dès le commencement du siège, s'était rendu près de Cicéron et lui avait engagé sa foi. Il détermine un de ses esclaves, par Fespoir de la liberté et par de grandes récompenses, à porter une lettre à César. » On présume que le proconsul reconnut cet immense service en mettant Vertico à la tête de ses compatriotes.

Le lieu de provenance el la présence du rameau doïsien nous autorisent à attribuer les monnaies à la légende VARTICE au sud-ouesl de nos anciennes provinces. Ajoutons toutefois que la numismatique des chefs gaulois a tant varié jusqu*aojourd*hui, que le doute scientifique ne laisse pas d'être de mise.

Qtiant au roi des Éburons, au chef de la coalition des peuples belges, il s'est vu enlever, par les derniers interprètes des monnaies de la Gaule, son denier d'argent AMBILO ou AMBILLI, à la tête casquée et au cavalier EBVRO. On lisait d'abord TAMBIL {catalogue D tichalais) ; Ghesquière, bollandiste courtraisien, croyait déchiffrer AMBIORIX. Dans ces dernières années, MM. de Longpérier etdeLagoy ont pensé que ^m^7/iM5 ne représentait pas plus Ambiorix que AmbigaàiS,e\L

Au dire de César, les côtes du sud-ouest de la Grande-Bretagne étaient occupées par des colonies venues de la Gaule-Belgique dans des desseins de rapine et de conquête. La monnaie prototype y fut, comme sur le continent, une imitation du philippe macédonien. Un demi-siècle avant J.-C, Commius, que César avait fait roi des Atrébates et des Morins, passa pour la seconde et dernière fois en Grande-Bretagne, où il dut retrouver un grand nombre de ses compatriotes. Ce fut lui peut-être qui fit faire, ainsi que deux priuces du même nom, les nombreuses monnaies britanniques portant le titre de C F., COM. F., ou COMMI. F. Dans le district de Kent, le plus civilisé de tous et qu'occupaient également des tribus belges,

les quatre rois mentionnés par César : Cingétorix, Carvilius, Taximagulus et Ségovax, n ont pas laissé de monnaies (v. John Evans, The Coim ofthe ancient Britons, 1864, p. 187.) Le nom d'Eppilus, un des fils de Commius, se rencontre sur des monnaies d'or, d argent et de cuivre trouvées presque exclusivement dans le duché de Kent.

Les monnaies d*or cl d'argent aux légendes BODVOC, BODVO sont attribuées par les numismates aux Belges de la Grande-Bretagne ou aux Nerviens. Lelewcl {Type gaulois, pi. VIII, i8et 19) voyait, sur la monnaie d'argent, Teffigie de Boduognat, Théroïque combaltant des bords de la Sambre.

Que Ton ne s*étonne pas de noire silence sur le groupe de monnaies aux légendes DVRNACOS-AVSCRO-AVSCROCOS; DVKNAC-EBVRO-EBVROV; DVRN-AVSC, etc. La science aujourd'hui en dépouille Tanlique cité de Tournai. (V. la discussion dans Rucher, rArt gaulois, 1. 1, p. 2^2 et sqq., et t. II, p. 148.) Ces médailles, au type du cavalier la lance en arrêt, paraissent avoir été frappées par une ligue, DVRN, inanus, lurma, des peuples du midi de la Gaule. (V. Revue celtique, n° !«' du 2« vol., et Mélanges de numismatique, l*""* fascicule, 1874, p. 10 et 11.) Le mot Eburo des prétendues monnaies d'Ambiorix et de Tournai désignerait simplement, d'après une conjecture de la Revue numismatique de Paris, 1862, un chef de peuplade appelé Eburovix.

ÉiH)QUE IMPÉRIALE. — La Belgique une fois conquise, la monnaie romaine seule y a cours. Les principaux ateliers des Gaules étaient Trêves, Treveris; Lyon, Lugdunum; Arles, Arelatum; Amiens, Ambiani; Arras, Atrebates^ et Cologne, Colonia Agrippina. Les premières lettres de ces noms servaient de différent aux établissements monétaires. Vers la fin du m'' siècle, pendant la période anarchique des trente tyrans ou usurpateurs qui se disputaient lempire. Ion battit monnaie partout, dans les camps, dans les villes, dans les campagnes. A peine un chef setait-il fait proclamer empereui* par ses troupes, que Ton gravait des coins à son eftîgia. La plupart du temps, les ateliers monétaires suivaient les armées. Le deuxième des trente tyrans énumérés par ïrebellius Pollion, M. Cassianus Lalinius Postumus,arégné dans les Gaules de 258 à 207 après J.-C.On a retrouvé de lui des médaillons d or, des aureus, des quinaires d'or, un médaillon de billon, des grands bronzes, des moyens bronzes, des petits bronzes, du billon du module du quinaire et des médaillons de bronze. Nous relevons, dans les Recherches sur les empereurs qui ont régné dans les Gaules au i\f siècle de Vère chrétiemie, par A/. J. de Witte, Paris, 1868, 384 monnaies différentes de Postume. Des pièces de grand bronze et de billon nous le représentent debout et tourné à gauche, la tête nue, revêtu d'une cuirasse, le pied droit sur un captif et de la main gauche s appuyant sur une haste. Il relève

de la main droite une fen^me à genoux, qui n'est autre que la Gaule, couronnée de tours et tenant la corne d'abondance. La légende de ces monnaies est RESTITVTOR GALUAR.

Sur des monnaies d*or cl de billon de Postume, les figures cmblémaUques du revers nous reporlcnt aux limites de son empire. Ici, c*est le Rhin, le front armé de deux cornes, assis à gauche, accoudé à une urne, la main droite étendue et tenant une rame ou un roseau ; près de lui, un vaisseau. Ailleurs, c'est Hercule sous sou manteau taillé dans un lion, avec cette inscription :

HERCVLI DEVSONIENSI,

peut-être THercule de la Deuso dont parle saint Jérôme : Deusone m regiùne Francorum, L*on a pensé qu*il s'agissait de Dcutz sur le Rhin (v. Numismatic Chrotiicle, i86.H, p. 85, article de M. F.-W. Madden). On sait qu'Hercule et Me^ cure étaient les deux divinités protectrices du nouvel empire gaulois ou iransalpin.

A la fin du iv*^ siècle, il y avait dans la Gaule trois ateliers monétaires, à Lyon, à Arles et à Trêves, procuratores nwnetae.,.. Lugiunensis, Arelatmsis, Triberorum^ dit la Notice de l'empire romain. Les Francs qui, par un singulier retour des choses d'ici-bas, devaient saccager Trêves et la ruiner à jamais, cent ans auparavant avaient été victorieusement combattus par Constantin le Grand. Il avait fait déchirer par les bêtes féroces, dans l'amphithéâtre de Trêves, les captifs qu'il avait ramenés et leurs rois. Les tribus franques qu'il vainquit furent les Bructêres, les Chamaves, les Chérusques et les Tubantes. Le panégyriste Nazarius y joint les Alemans et les Vangions. De précieux monuments numismatiques viennent confirmer le fait. Une monnaie d or portant, d'un côté, la tète laurée de Constantin, nous montre, au revers, la France assise à gauche dans l'attitude de la tristesse, appuyant sa tête sur sa main droite et posant la gauche sur un cippe ; derrière elle, se dresse un trophée. Dans lexergue on lit : FRANCIÂ. La légende fait allusion à la joie des vainqueurs : GAVDIUIM ROMANORVM.

Une autre monnaie d'or de Constantin représente deux captifs en proie à Taffliction assis au pied d'un trophée composé d'une cuirasse, de boucliers, de hastes et d'une roue. Ces captifs sont la France et l'Allemagne FRANC. ET-ALAM. TR. Flavius Julius Crispus, fils de Constantin, défit à son tour les Francs et les Alemans. Des quinaires, aux mêmes inscriptions, rappellent ses victoires.

Après la ruine de Trêves, ses établissements publics furent transférés à Arles, dont l'atelier monétaire produisit du numéraire au nom de tous les empereurs d'Occident jusqu'à Sévère. L'empire décline, agonise ; l'histoire de la monnaie est le triste reflet de This-

toire politique; mais bientôt Tindustrie monétaire se relève et couvre le sol de la Gaule d*ateliers dispersés sur tous les points du territoire.

Éh)qle mérovingienne. — La véritable patrie des Francs, le regnum FranciŒy fut aux rives du Rhin et de la Meuse. La Belgique, berceau de la monarchie mérovingienne, possède, indépendamment de cimetières francs bien constatés, des monnaies de la première race, dont le nombre peut aller augmentant avec les années. La terre, petit à petit, met au jour les monuments numismatiques qu'elle recèle. Le grand point, c'est que des trouveurs vandales ne détruisent plus L'on peut dire que les précieuses parcelles de métal acquises aujourd'hui à la science ne doivent d'exister qu'à la longue nuit où elles restèrent ensevelies.

Cent pièces d'or de Marcien, de Théodose II, de Valentinien III, de Zenon, de Léon, de Jules Nepos et de Basilisque; deux cents pièces d argent également romaines, dont une seule consulaire, voilà les seules monnaies que renfermait, avec les cendres, le sceau et les armes, le tombeau de Childéric trouvé à Tournai en 1654. De Clovis, non plus, nous n'avons pas de monnaies : apparemment il se contentait des bénéfices d'un monnayage au type impérial. En 544, Tbéodebert tit fi*apper à son nom des pièces d or en tout semblables aux monnaies des empereurs, « ce que les auti^es rois barbares ne peuvent faire, même quand l'or est à eux », dit Procope.

Sous les Mérovingiens, il y eut des atelier^ monétaires où le roi exerçait une autorité directe et des ateliers dont la surveillance et les bénéfices étaient donnés à des individus ou à des corporations. Les monétaires, qui très-souvent inscrivirent leur nom sur la monnaie, n'étaient autres que les descendants des monétaires romains. lis se trouvaient placés entre le souverain et les ouvriers.qui frappaient la monnaie. En règle générale, les Mérovingiens monnayèrent dans les divers établissements que les Romains avaient formés dans notre pays, dans les castra et dans les villœ.

Voici une liste de noms de lieux inscrits sur les monnaies mérovingiennes de notre pays :

Anvers, ANDERPVS, triens trouvé par M. P. Cuypers van Vellhoven ; Dinatii, DEONANT, DEONANTEX, DEONTEX, DEONV CIT, DEONANTE FIT,

{fit ou fitur indique la fabrication); Gembloux, le Gemiuiacum villa de Louis le Débonnaire. GEMELIACO F; — i*on

a pensé aussi, pour l'attribution de cette monnaie, au Grand-JumiU

hac dans la Dordognc ;

Huy, le Hoius vicus^ puis le Hoius cçmitaluSj prend, sur la moimaie

mérovingienne, une physionomie loul à fait franque; qu*on veuille d'ailleurs se rappeler que Hluodowig est pour les Francs Qùùkwich : CHOEFICITI, CUOEFICIT, CHOEFIT, CHOAEFIT, CHOFIT, CUOIVFIT, UOE FT, CIIOE + VAIO, et CHOiVAlC (de la collection Dassy) ;

Namur, NAMMVCO, NAMVCOC, NAMVCO, NAMVCOCIVE;

Nivelles, NiVlALCB (?) ;

Tournai, TOKNACVM, TVRNACO et TVRVNACO (?).

Bcaumont, qui dominait probablement la route romaine de Bavay vers Arlon, s*est vu doter d'une monnaie portant BELLOMONTE et le nom du monétaire AVDIERMVS. On Taitribue avec plus de certitude à Beaumont-lez- Valence, dausla Drôme ; — Cincy a un trions CANNACO, que M. Ponton d'Amécourt restitue à Cauac dans TAveyron ; — la légende GANTOFIANO FIT qui, selon quelques-uns, désigne Gand, doit être lue CAISTOLIANO FIT et désigne plutôt Canteleu dausla Seine-Inférieure. Nous ne pouvons discuter ici toutes les attributions douteuses.

Les monnaies mérovingiennes que Ton a retrouvées sont le sol (Tor de quarante deniers, qui constitue l'unité monétaire, le trierison tiers de sol et le denier d'argent. Le triens est la véritable monnaie

de la première race. Nous donnons ici h représentation d'un des rai*es sols d'or qui ont reparu au jour. 11 est seul de son espèce pour noire pays. Au droit se montre une léle ornée d'une chevelure crépue semblable à une résille. Sur le vêtement on distingue un double rang de perles. La légende est CHOAE FIT. Au revers, autour dune croix haussée posée sur le globe du monde, on lit : LANDEGISILOS MO (netarius). (V. Revue française, 1840, 1846, et Annales archéologiques de Diciron, 1848.) Le monétaire Landigisile, personnage important, a signé pareillement deux triens frappés à Huy, viens qui ne compte pas moins d'une douzaine de monnaies mérovingiennes. — «Mais, demandera le lecteur curieux, que pouvait bien valoir, sous la première race, le sol d'or hutois que vous décrivez? » — Le président Hiver {Recherches sur les monnaies, Paris, 1864, p. 13),

nous dira que le prix d'un che\'al ordinaire, d'après la loi des Alemans, des Bourguignons et des Ripuaires, était de six sous d'or, d'une valeur intrinsèque de 72 fr. 10c. et valant relativement 576fr.80. Notre figure n'* 4, est le triens tournaisien portant le nom du monétaire ANARIVS. Le vêlement paraît ici arrangé de la même

e sur le sol d'or. Au revers, on distingue une figure d*homme îux croix allongées. Cette précieuse monnaie du cabinet de (inte de Nédonchel, de Tournai, a successivement appartenu mdiste Ghesquière, au grand bibliophile Van Hulthem et à ure, professeur d'histoire politique et littéraire à l'université 1. (En 1869, un second exemplaire a été publié par M. De d'Amécourt.)

res monétaires ont inscrit leur nom sur des monnaies de Bel- Ze sont :

iigisilus , Abolinus , Amernus , Carifridus , Betlevinus , us, Gandebertus ou Gundebertus, Bobone, Beto, Tullione, Dumarus, Aicanarius, Teudcharius(?), Nectarius, Ausonius, lus. (Pour l'explication de quelques-unes de ces formes, jerses fonctiuns de nominatifs singuliers avec forme d'ablatif, Déclinaison latine à l'époque mérovingienne, par d'Arbois de ille, Paris, 1872.)

:e CARLoviNGiENNE. — A la fin de la race mérovingienne, quand iles successeurs de Clovis furent tombés du pavois dans un

traîné par des bœufs, pour parler comme Chateaubriand, }line des monnaies semblait périr avec l'autorité royale ; les

monétaires altéraient le poids et le titre de leurs pièces et aient les types. C'est alors qu'on voit l'énergique maison enne, dont Charlemagne devait sortir, arrêter le désordre et ler l'argent à l'or. En 755, il fut décidé, dans le parlement euil, qu'on ne taillerait plus que 22 sols ou 264 deniers à la argent; le poids du denier ou saiga se trouvait ainsi angle 1 *^'12 il allait à i "'24. Les monnaies de Pépin le Bref poriniiiales de son nom et son titre royal accompagnés de sigles scriptions plus ou moins complètes. Nous citerons ici de ce âge trois deniers du cabinet de l'État portant, au droit, soit angles cléchés, soit R. P. {rex Pipinus); au revers, il y a un V, ou bien la même lettre dans deux triangles cléchés, ou xVR, en monogramme et précédés d'un glaive. Sous le nom d'un autre denier, d'un style net, arrêté, significatif, l'on voit j sur le dos une hache dite francisque. Celte hache reparaît larlemagne à Gand et ailleurs^ (Voy. le denier restitué par Saint-Bavon, S BABS, Revue num. belge, 1860, p. 413.) les premiers temps de son règne, Charlemagne écrivit son deux lignes sur des deniers assez rudes et assez barbares

d'aspect. Plus tard nous en verrons d'autres d'un très-beau sljle. Au droit, paraît la tète laurée de l'empereur. Charles porte U longue moustache germanique. Au revers, une croix romane termine le mit du navire de Duerstede, DORESTADO, atelier monétaire très-aclif des deux premières races (au cabinet de VÊtat). L'art se relevait grandement dans l'empire d'Occident. M. Louis de Coster, dans une série d'articles de la Revue numismatique belge (1852, 1853, 1855, 1859 etl860), établit, par les arguments les plus convaincants, qu'il faut attribuer à Charlemagne tous les deniers qui, avec le monogramme, — ce fut Charlemagne qui donna au monogramme Taspect cruciforme et s'en servit constamment dans ses actes ; Pépin signait ses actes d'une simple croix, — ont, d'un côté ou de laulre, la légende CARLVS REX FR et quelques autres , notamment ceux qui ne portent que CARLVS REX autour d'une croix cantonnée de points, et, au revers, le temple avec XPISTIANA RELIGIO ou des légendes locales. Charles le Chauve, lui, ne copie aucun des types de son père Louis : il monnaye d'après son grand-père dont il porte le nom, se contentant de remplacer la légende CARLVS REX, ou CARLYS REX FR par la formule GRATIA D— I REX.

Nos fig. 5 et 6 représentent deux deniers carlovingiens séparés par un intervalle de près de cent ans (cabinet de l'État). Le premier a

été frappé sous Charlemagne à Dinant, DEO-NÂNT, sur la Meuse. H existe un denier de même style portant au revers LEODICO, Liège, en deux lignes {Notice*des monnaies françaises de M. Rousseau, iV^ 233, pi. III). Le pays de Liège était le centre politique du royaume d'Austi-asie, le lieu d'origine de Charlemagne et de ses aïeux. Le denier n" 6, qui est de Charles le Chauve et au monogramme carolin, porte l'indication du vicus de Nivelles NIVIALLA VICVV, Mviala . . . quam recentiores Nivigellam et Nivellam dixere (Hadrien de Valois, Notitia Galliarumy p. 377) et où Itta, veuve de Pépin de Landen,prit le voile. Le type du revers es4»en tout conforme à la 1 1*" m-escription de redit de Pistes, daté du 25 juin 864, laquelle veut que le revers porte un nom de lieu et une croix... ex altéra vero parte nomen civitatis et in medio crux habeatur. (Voy. Pertz, Legum t. I""*, p. 490.)

es noms de lieux inscrits sur des monnaies impériales et royales ovin^ennes, frappées dans les limites de la Belgique actuelle, lentent les formes suivantes :

Pff, ANTWERPIS CIVITAS, ANTVR (pis) MONETAS (cabinet de Itlat),

ANTVRPA CIVITAS (Berliner Blâtter, p. 284, 4873); Un de ces deniers est de Louis IV de Germanie. ;, Baude^ Bodesheim (?) (abbaye de) à une dcmi-lieue de Tabbaye de Brogne

(Namur) ; suivant d*autrcs, nom de lieu du diocèse de Metz, ou

localité rhénane : A L4-B0TES-UA1M, A LA-DOLES-liAlN ; (Botié;-

salahdm ?) ; ps, BRVGGAS, BRVCCA, BRVCCIA ; près, CERVIA; irai, CVRTRIACO; mt, DEONANT, DEONAN, DEOAEN, DEOiNEN, DEONEA, DEONTNIT,

DEONIT, DEONINII; nés, LEPTINAS FISCO, fisco équivaut à villa regia. Liftinœ ou Liplinœ

(v. Pertz, Legum t. I, p. 48). Il s'y tint un célèbre synode le

4*' mars 743 ;

d, GANDAVVM ;

ibloux^ GENCLIACOPOR, la qualification de portus s*appliquait à toute ville

entourée de fortifications ; poorter, bourgeois par excellence ; Ual (f). A, AR (ArUtallium ?); f, IN VICO HOIO, IN VICÛ CHOIO;

e, LEODICO ; uain? .... VANIO?

\s, CASTRALOC, CASTRALOCI, Châteaulieu, ancien nom de Mons.

mr, IN VICO HAMVCO, NAMVCO, NAHVCO, NA-IUV, NAMVCVM.

dles, NIVIELUVICV, NIVIELIA VICVS, NIVIALLA VICVV, MONETA IN NIGELLA.

ïl'Bavon, à Gand, S. BABS (Sancti Babonis), denier frappé au nom de Charlemagne ; pour Torthographc de Bavon, v. ActaS. S. oclobris, 1. 1 : de S. Bavone^ alias Alloytw. La monnaie est d'un des deux monastères fondés par saint Amand ;

U'Trand, SCI TRVDO, en 3 lignes ; denier de Cliarlcmagne trouvé à Domburg ;

in, Tudinium, Tulinum, Tuinum, TVN-HIS, TVN-NIS;

grès, TVMERAS, TVMERS, TNERAS, (du caulogue Rollin).

mai, TORNACO. TVRNACO(?), TORANPORT, TORNANPORTI, TORNAII- PORTl ;

i, IN VICO VIOSATO, denier; IN VICO VIOTO, VIOSAO, oboles.

^endant plus de vingt ans, on fouilla les ruines de Duerstede, dé* t par les Normands vers 837, et toujours on en tirait de nouux trésors numismatiques. Parmi les monnaies recueillies, figure ienier au*buste impérial et portant au revers des instruments de inayage. Il nous instruit de la manière de frapper les monnaies temps de Gharlemagne. La légende dit d*où le métal est tiré :

METALL. GERMÂN. (Voy. Revue de lu nutn. belge, 4855, elYander Chijs, Frankische- eti Duitsch-Nederlandsche Vorsten, f\.\ll, 35.) Deux coins de fer poli, égalisés à la lime, et qui plus tanf s'appelèrenl la pile et le trousseau, portaient Tempreinte de la monnaie; on plaçait sur la pile un morceau arrondi de lame métallique, puis od donnait des coups de marteau sur le trousseau qui couvrait la pile, jusquà ce qu'on eut la double empreinte de Tavers et du revers. Ce tut là le procédé généralement employé pendant le moyen âge.

La valeur relative des monnaies est égale à leur valeur intrinsèque, c est-à-dire du métal pur, multipliée par le pouvoii* ou valeur de l'argent. L'on a remarqué que la valeur du numéraire allait toujours décroissant, et, partant, que le prix des choses échangeables ne faisait qu'augmenter. Déterminer cette valeur pour les âges reculés est une opération délicate. En cherchant dans quel rapport la valeur de largent est avec le prix du blé ou du pain, des sa>'ants ont approché de la vérité. (Voy. Guérard, Polyptyque d'Irminon, et J.-H. MûUer, Deutsche Mûnzgeschichte, 1860, p. 331 etsqq.) Nous n'en dirons pas davantage sur cette question difficile, et nous nous bornerons à produire, d'après Guérard, deux exemples de valeurs intrinsèques et relatives. Prenons la valeur du denier d'argent, de 755 à 778, et du même denier après 778. Elle est de 26 centimes et de 36 centimes, cl la valeur relative de 2 fr. 56 c. et de 3 fr. 52 c. (Sur la question de la valeur et des variations de l'argent au moyen âge, l'on peut consulter encore : Mémoire sur les variations de la livre tournois, par N. deWailly, et Allistory of Pfices, par Tooke et Newniarch, au t. VI.)

Époque féodale. — Nous avons vu interrompre complètement la fabrication des monnaies d'or à partir de Pépin le Bref. Elle ne reprendra pas de longtemps. Sous Charlemagne, le monnayage s était grandement perfectionne. Dès Louis le Débonnaire, la décadence du style commence. L'empire ne tarde pas à se démembrer. Les grands de nos provinces, qui les premiers s'emparèrent des monnayeries, usurpant ainsi les droits régaliens, firent fabriquer des pièces de la forme et du système des deniers impériaux. Cela dura peut-être deux siècles. Peu à peu avec le développement du sentiment individuel et local, la monnaie s'émancipa.

Dans l'analyse d'une matière aussi vaste, un discours succinct appuyé de quelques exemples significatifs peut seul être de mise. Nous venons de dire que l'imitation fut d'abord presque servile : un

denier autonome royal de Lotharingie le viendra prouver. Il porte TZVENTIBOEC RE (a:).Zwentibold, Zuentibolch comme écrivent les Annales de Metz, le Swatoplouk slave, pérît dans un combat, au commencement du x® siècle. Cette monnaie, frappée à Trêves, une autre du même roi la été à Cambrai (Voy. Revue num. de Paris, 1864, p. 477, et 1866, p. 165), accuse un relief prononcé; c'est un pur reflet du monnayage carlovingien. Avec le temps, nous verrons diminuer le poids et le module, et le type ne plus rappeler que vaguement le temple de Charlemagne.

Les deniers au temple de Baudouin IV ou V de Flandre (fig. 7) furent trouvés, il y a quelque vingtcinq ans près d*Enner , village du Jutland; ils étaient mêlés à de nombreuses monnaies anglo-saxonnes. Peut-être venait-on de mettre la main sur le trésor qu'un pirate danois avait emporté des côtes d'Angleterre.

Cette monnaie de Balduinus qui a pris dans quelques chartes le titre de marquis , conserve les types carlovingiens du temple et de la croix ; mais le poids est plus faible, les figures éprouvent une certaine déviation, un M de la légende de lavers ressemble à un fragment d'arcature du xi" siècle. Saint Donat SCI DONATII RV {martyris?) du revers ost le patron de l'église principale de Bruges. (Voy. cal. C.'J. Tlwmsen de Copenhague, t. III, n" 3695.)

Un duc de la haute et de la basse Lorraine, Gothelon, de 1020 à 1043, a frappé un denier (à Verdun?) portant GOZELO DVX (voy. Revue de la num. belge, 1856, p. 271). Au droit, se trouve un homme debout; au reVers le profil de la Vierge.

Nous donnons à son successeur Godefroid IV, le Grand, le Hardi et le Barbu, et non à Godefroid de Bouillon, les deux deniers de la trouvaille de Maestricht faite en 1856 {voy. Revue de la num. belge, 1856, p. 432). Ils portent, sur un côté, une tête sans diadème; une large épée à gorge est placée droite devant la figure : GODE- FRIDVS. Au revers, on lit BVLONVS, de Bouillon, et au centre de la monnaie BEAT, dans un cercle perlé. Nous expliquons beat, non par beatus, adjectif ici sans signification, mais par Béatrix, nom de la princesse de Toscane que Godefroid le Barbu épousa en Italie en 1053, après que l'empereur l'eut dépouillé de la basse Lorraine et réduit à ses biens patrimoniaux (voy. Art de vérifier les dates, t. III, p. 101).

Bëatrix était veuve d'un comte de Modëne et mtrqois de Toscane, le prince le plus riche d'Italie. En 1069, Godefroid, que le roi de Germanie avait rétabli dans son duché de basse Lorraine, se sentant malade, se fit transporter à Bouillon où l'abbé de Saint- Hubert reçut sa confession. La veille de Noél, il mourait à Verdun. Sur le denier n° 45 de la trouvaille de Maestricht, Godeflroid porte un diadème, signe de sa puissance ducale {au cabinet de TÉtat).

Avant Godefroid le Barbu, un autre seigneur belge avait osé mettre son effigie sur la monnaie. II s appelait Albert et était comte de Namur. Nous croyons qu'il ne peut être question ici que du premier du nom (vei^ 973). II conserva la croix pattée dans un grènetis avec Namvamiy ou bien il écrivit, au centre de la monnaie, motieta et autour namvcetisis. (Voy. Chalon, Recherches sur les nmiiaies des comtes de Namur, pi. I.) La tète diadémée a de l'analogie avec le profil carlovingien du metallvm germanicifm.

Le monnayage du Hainaut commence par le denier portant RÂIN- NADVS, une épée, et MONTES, une croix. (Voy. Mém. de la Sœ. d^arch, de Saint-Pétersbourg, livraison IX, pi. XIII, n* 11.) II fiit trouvé dans des dépôts enfouis au x^ siècle à Rostow et à Egersund.

Un type fort intéressant de la transition de la monnaie impériale pure à la monnaie ducale nous est fourni par la trouvaille de Betecom sur le Démer. C'est le denier de Bruxelles à la croix pattée et à rinscription cruciforme BRVOC-SELLA, orthographe de la charte publiée par Mii'aeus sous Tannée 966. Nivelles, dont le monnayage a été si actif à l'époque carlovingien ne, était représenté, dans le dépôt de Betecom, par des deniers dont Tun porte une croix romane cantonnée d'un alpha et d'un oméga, et le nom de sainte Gertrude S. Gertndis virgo.

Avec le temps, les monnaies ne firent que s'amoindrir. En voici une, de 1185 (fig. 8), qui nous montre, à l'avers, Godefroid III, duc de Lotharingie, la tête ceinte d'un diadème à gros cabochons; il tient d'une main la hampe bosselée d'un drapeau au lion. Ce lion revient dans l'écu du revers qu'entoure la légende HENRIC. SCiVT {Henrici scutum, bouclier d'Henri). Godefroid, la monnaie le prouve, venait de s'associer son fils Henri qui fut le premier dans ses actes à prendre le titre de duc de Brabant. Entre les pattes du lion est écrit LEO, façon naïve d'expliquer la figure. En ce temps-là c'était un peu l'usage. A Herstal, nous verrons la bannière brabançonne

tenue d*une main ferme sur un denier frappé avant 1171 ; cette fois, au lieu de Técu, scutum, nous avons la bannière, bandum, du duc de Louvain : BAN. DVC. LOV. {au cabinet de VÉtat). De son côté, l'évêque d'Utrecht, Bernoldus, 1027-1054, avait fait graver, au long de son bâton pastoral, le mot qui l'explique BACVLVS.

Liège, dont la numismatique, au xn* et au xni*' siècle, est si riche et si variée, nous montre le perron, son palladium, PERV. VOC {vocatus) sur un montoir de quatre degrés placé entre le buste de Févêque bénissant et un porte-flambeau à la chevelure crépue (fig. n*' 9). Ce denier est au nom de Tévêque Raoul de Zaehringen (1167-1191). Sur d'autres deniei^ de ce Radulfus, nous lirons CLAVIS à côté d une clef, FACVN autour d'un faucon. Le mouton, MVTV, du denier d'Albert de Réthel, prévôt de Saint-Lambert, passe sur un pont de bois ; un cheval attaché à un arbre paraît au droit d'un autre denier du même prévôt. Jusqu'ici l'on a toujours lu ia légende du cheval : EQVVS VENAXIS, adjectif dont on fait malaisément venaticus (cauis venalicus, chien de chasse) , tandis que si l'on veut y voir avec nous un EQVVS VENALIS, cheval à vendre, la monnaie exprime tout uniment qu'il s'agit d'une foire aux chevaux.

Si l'on jette les yeux sur les numéros 10, 11 et 12 de nos figures.

la petitesse de la monnaie frappe tout d'abord. Ce sont une maille d'\'pres, IPRA, une maille anépigraphe de Bruges, et une obole au monogramme du Hainaut de Jean II d'Avesnes (1280-1304), tirée de la collection si riche de M. Chalon, aujourd'hui au cabinet de l'Etat. (Voy. Chalon, Recherches sur les monnaies des comtes de Hainaut, p. 10.) Cette obole qui, par parenthèse, est un exemplaire unique, ne pèse que O'^'SO. Tel est le système des petits deniers que notre pays inaugure à la fin du xn* siècle, c'est-à-dire au moment où la commune naissante s'affirmait partout. Lelewel, le créateur de la numismatique du moyen ûge, tira ces petites pièces de l'oubli. Les mailles qui portent le nom du prince sont en minorité; h peine le numéraire est-il signé du nom de la ville qui l'émit. On arrive à fixer sa provenance pnr l'étude du type et par sa comparaison avec

les sceaux. (Voy. les travaux de M. Ch. Piot dans la Revue nm, belge, t. IV.)

En Flandre, c'est toute une fleuraison de petits deniers. Alost se présente avec un guerrier à mi-corps vêtu d'une tunique de mailles; Axel se fait graver une tète couronnée de fleurs; Bergues a choisi le lis h grandes étamines; Bourbourg, le triangle flanqué de globules ; Bruges, sur le denier que nous avons dessiné sous le n"" il, nous montre un guerrier fièrement campé, coiffé d'un casque à timbre arrondi, et brandissant une épée à gorge profonde. Soq bouclier est au lion; une autre fois, il sera gironné. Cassel a une porte de ville crénelée, absolument comme sur son sceau; Cocr- TRAi,un écu triangulaire à un chevron accompagné de trois rosettes ou de trois étoiles ; Dixmude prend le buste d'un saint qui fut évêque; Douai reste fidèle au rameau plus ou moins orné dont nous pa^ lions plus haut à propos de VARTICE; Gand adopte pour type une tête casquée tournée vers la gauche ; Lille, sur ses vingt-deux deniers variés, fait fleurir les lis et les triangles cléchés;MuDE porte une ancre et deux étoiles; Orchies, un semblant de tête formé par la juxtaposition dun alpha et dun oméga; le sceau de Termonde de 1299, au château crénelé ouvert de trois fenêtres en plein cintre et flanqué de poivrières^ se reconnaît sur la maille; Ypres, enfin, grave sur ses vingt-six deniers variés tantôt l'écu aulion qui accoste, à dextre, son beffroi sur le sceau aux causes, tantôt un triangle cléché d'un triple nœud, et toujours, dans les angles et autour des écus, des étoiles, des annelets, des globules et des croissants. (Collection de Wismes, 1875, n** 14 à 119 des planches.)

La réforme monétaire opérée par Louis IX ne tarda point à être suivie dans nos provinces. Le roi de France avait créé des sols d'argent pur de douze deniers, appelés gros tournois, et restauré la monnaie d'or que nous avons vue disparaître au déclin de la moDârchie mérovingienne. En 1273, simultanément à Gand, à Alost et à Valenciennes, apparaît la grande monnaie. Elle est empreinte des

types nationaux du bouclier au lion, de la double aigle et du cavalier à l'épée courant à droite (voy. Serrure, Noticesur le cabinet monétaire du prince de Ligne, p. 213). Trois pièces de Marguerite de Gonstantinople devaient valoir en poids et en loi deux tournois du roi. Noire ligure n^ 13 reproduit le gros au

NOMfSMATiaUË.

ravalier de Valenciennes, MONETA VALENGENENSIS. U guerrier broche le destrier des éperons rudemeiu ; le glaive au poÎTig, il se louriic vers les ennemis, frappe, coupe» éveutre et dt^saivoniie. Au revei-s, se lil le nom de la comtesse : MARGARETA COMITISSA ; le centre de la pièce est occupé par une croix canionnëe de croissants et les mots SIGNVM GRVCIS séparés par des étoiles- Ces croiiisants et ces étoiles, nous les avons vus déj:'^ sur les mailles de Douai» de Lille, d*Ypre3. d'Amiens, de Valencieanes et de Mon^^,

Le châtel du gros tournois se popularisa et se répandit dans toute TEurope, De bonne heure nous ladopt^Unes, Seulement le Brabanl modilla les pilastres h annelets et le plan par terre de la monnaie franc-aise pour en taij'e un tout plus lié et plus élancé. Namur, de son côttî, parfois crénela son cliâteK tandis que le Hainaut, sous le comte GuilhiumellL flnsensé, réussit fi enfairela ligure de son monogramme* Le type du cavalier armé avait paru sur les petits deniers en Lorraine, de 1176 à lâUo, et h la même époque en Brabant, dans le comté de Rar et le Luxenibaurg. Cest encore une tbis une figut*e ^aigillaire. Le cavalier, sur le sceau du seigneur, vaut le trône du ^weau royaL De Valenciennes, le cavalier va partout* Nous le ven- ^■ontrons dans la seigneurie de Oeaumont, dans le comté de Namur, ^flans le comté de Flandre, dans le ducbé de Brabant, dans le comté ■ de Loox et dans le comté de Luxembourg,

^p tl en sera de même du type esterlin : Tester lin équivaut au tiers ^du gros tournois établi par saint Louis, On I avait vu naître en Anglp- ^lerre sous Henri M le Plantagcnet. A Namur, à Douai, h Alost et h ^pamme. Gui de Dampierre, à son tour, frappa des esterlins au type ^de la tête nue et du front orné de roses. Son llls aîné, Robert de I Bétliune, en fît faire au type des Édouai-ds, Le véritable esterlin à la ' tète .se retrouve dans le Brabant, dans le Hainaut, dans le comté de Hollande, dansfévôché de Liège, dans les seigneuries de Herstal et ^de Vorst, dans les comtés de Looz et de Chiny, dans les setgneu- ^Hes deRumuien, de Ounde, ^pAgimont et de Hornes et dans le comté de Luxembourg, Le gros aux quatre lions Hprappé l\ Louvain par le due ^^ean IlI, constitue un lier

type de monnaie nalionale (au cabiml de VÉtai) (voy. tig. i4). Ltn iid écusson à deux lions couronnés et à la queue nouée fourcbéa* lit. u

et passée en sautoir, et à deux autres lions lampassés et armés, occupe tout le champ : DVX BRABANTIE. C'est simple et grand. Au revers , s'épanouit une croix h ornements feuillus. Les trèfles qui la cantonnent ont beaucoup servi, à dater de la fin du xii^jusqu au XVI* siècle, dans la composition des roses et des arcatures. Il serait intéressant de rapprocher la flore murale du moyen âge de sa flore monétaire.

La monnaie d*or commence à paraître. Le premier type quelle adopte dans nos provinces est, d un côté, la grande fleur de lys à deux étamines, et sur l'autre face, un saint Jean-Baptiste raide et anguleux, couvert de son manteau de poil de chameau. Cette monnaie vient de Florence et s'appelle le florin. Le mouton, le franc ou chevalier à cheval, le royal, le franc à pied et la couronne la suivent bientôt.

Notre figure 15 reproduit, pour la première fois, une monnaie d'or de Namur antérieure h Philippe le Bon. Elle avait échappé jusqu'ici aux recherches des numismates {cabinet Garthe de Cologne), On s'est demandé avec raison pourquoi un prince riche

et puissant comme Guillaume!'^ de Namur (i337-1391)se serait abstenu de frapper de for. 11 est hors de doute qu'à l'exemple de ses voisins il a dû émcllre des moutons, des francs et des couronnes. Le type adopté pour le florin d'or de Guillaume parut en Gueldre sous Renaud III en 1371. Dans une niche ogivale à colonnettes crénelées et flanquées d'édicules, on voit le prince le glaive à la main et le front couronné de fleurs. WILHLM' COS. NAMS, et un petit écu au lion avec le bâton péri en bande. Au revers, dans une épicycloïde à six lobes trèfles, l'aigle biceps. L'empereur, en 1363, avait admis le comte de Namur à faire hommage direct de son comté à l'empire. Lég. : BNDICTVS : QVI VENIT INOM. {in nomme Domini).

Mais entre toutes nos provinces, la Flandre se distingue par son or. L'on ne saurait produire de preuve plus manifeste de la puissance et de la richesse oii elle était arrivée. Louis de Maie (1346-1384), à lui seul, frappe dix monnaies d'or différentes. Voici d'abord le heaume altier à l'écu de Flandre incliné, sous un vaste dais à clochetons abritant deux lions debout (fig. 16). Nous voyons étalés rutilants sous nos yeux le franc h pied dit Flandre, le nouvel écu au

lion, le vieil écu à Taigle de Malines, sa moitié et son quart, le mouton d'or, le franc à cheval, le lion et le demi-lion d'or. Le grand

PlCQOi DF.L.

heaume et les botdraegeis présentent un type flamand de noble allure et tout h fait national. De quelques-unes do ces monnaies, il a été frappé énormément d'exemplaires. Les moutons dor se nombrent par 4, 178, 272. En Belgique, Louis de Maie est le premier dynaste qui se soit flatté de Fétre par la grâce de Dieu {Dei gracia) .

Guillaume III de Hainaut est bien aussi magnifique dans sa monnaie d'or, mais moins original. Ses graveurs s'inspirent des types français. Trois de ses huit monnaies d'or, le grand mouton, le* grand réal et le grand franc à cheval, ne mesurent pas moins de 36 à 38 millim. de diamètre {au cabinet de VÉtat), Cent ans plus tard, Maximilien !•% roi des Romains, toujours auguste, étalera, dans nos provinces, le même faste et le même apparat que Louis de Maie. Comme hommes ils se valaient, et c'est assez dire : leurs monnaies ont un éclat incomparable.

A Liège, toujours il appartint « à monseignor et à nul autre en son pays, se ce n'est par son congié, de faire monoye dor et dargent selon le forme, manière et déclaration... reprises au Pawelhar, » comme dit Hemricourt. Ce privilège, les villes en payant pouvaient l'exercer. Le dimanche, 23 septembre 1408, l'évêque Jean VI de Bavière battit les gens de métiers dans les plaines d'Othée, et aussitôt après décréta que sa monnaie seule aurait cours dans le pays de Liège. Jean de Bavière émit de l'or et de largent splendides. Il eut son grand mouton d'or, son réal d'or, son florin d'or de Liège, ses deux florins d'or de Saint-Trond, — où on le voit debout, coupant la légende de la tête et de ses pieds, armé de toutes pièces, entre un lion et un écusson losange, — le double griffon d'or, le simple griffon

im

UELGItlL E MûkAUR ET INTKLLECTOEIXE.

ïi.^^N^

yR.i

doi% le Jemi-griflbn d'or (figure i8), doni la légeade complétée sr lit ainsi : Johannes- de* Buvaria. etectm. LeadiefistsM, e^meê. losmï'

sis. GrifFoas et tesioos semblent venir dltalie.

^^^^^^^ En 1484» révoque mitre et r>v. o^^^^^M 1^ busle nimbé de sainl Vkm firent place à la tête de lion du grtjnd moyeu r de la cit<!, de celui que, de soti vivant, on nppeiait le Sanglier des Ardennes, aprum Arduennatttm trtatu nmv homineït rocarere, (Voy. fayllon, Uht. Leod.) (%, 19.) Le tesLon de Guillîiume de h Mnrck jï |>cur

légende : WIIJIEI. i).

MARK, MAR, LEOD, {mambour dr Linje] et un petit perron. L*aiïné« suivante , le Sanglier était obligé de prendra enli-e les dents celte barbe majestueuse qtii cache en partie son pourpoint passementé d'or, pour perinetireao bouri^eau de lui couper proprement la léte.

11 est arrivé parfois que deux princes émeitaienl ensemble nihmonnaie commune ^'i leurs États* Ainsi voyoïis-uous Louis de Crée), comte de Flandre, et Jean 111 de Brabaiit faire frnppcr une monnaie de convention à Gand et à llalen, et plus tard h Gand el 5i Louvair; le même Louis de Crécy s'entendre avec Jenn l"' de Namur pour la fabrication de gros à quatre lions, et avec Jean V de Luxembout? pour l'émission de billon toujours au lion.

En 1384, Philippe le Hardi convenait avec la duchesse de Bi-abant de ne plus monnayer qu7i Malines el h Louvain« L'écu d'or et 1^ rooi^ehd-er d'argent qui naquirent de cette entente [nwneta imm Bn*

hatitie et Fhndrie) portent le nom du comte Jt' Flandre et de la il«' ^^ iSR^**¥S^I^Hiai çbesse Jeanne. Celait là un acbemincment vers Tu ni té pob' tique et mo* ,. — ïïTi^ net a ire. Flamands et

Brabançons allaient se faire h un gouvernement uniforme. Gependani. de 1392 à 1406, Jeanne fit frapper encore des monfiaies d*or, d*ar-

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geot et de cuivre à son nom seul, à preuve la belle tourelle d*or de notre n* 17, type propre au Brabant et inspiré du sceau des échevins de Louvain. L'écu qui s appuie contre la tourelle est aux lions de Limbourg, de Brabant, de Luxembourg et de Bohême.

LBS LÉGENDES. — La légende du revers de noire tourelle esl celle des nobles i la rose d'Angleterre : ihc (Jésus) vero. transie (n) s. per. mediv. eorvm. ibat ; c*est ainsi que s*exprime TEvangilc selon saint Luc, en parlant de Jésus marchant sur la mer. Nous avons lu signvm crvcis sur notre première grande monnaie nationale (fig, n^ 13), frappée en un temps où Ton se croisait encore. Sous Louis de Maie, on écrivait au revers du heaume d'or benedictvs. qvi. venit. in. nomine. DOMixi (fig. jo? 16). Pendant la période si agitée de Thistoire de Flandre qui finit ù la majorité de Philippe le Beau, nous relevons les légendes : salvvm. fac. *

POPVL\'M. TVV (m). DOMINE ; BENED1C. ANIMA. MEA. DOMINO ; SIT. NOMEN. DNI.

(Domini) bënedictvh ; ces derniers mots reparaîtront cent ans plus tard, en 1584, sur les lùms d*or des étals, frappés à Anvers [voir notre deim. fig.) et à Bruges.

Nous sommes en 148.^; la Flandre se met sous la garde du Seigneur : cvstodi Jios domine. Les légendes souvent sont humbles et résignées ; elles détachent Pâme de la terre pour Télever à Dieli : cvstodïat. creator. omniv (m), hvmile' (m), «R\T (m), svv(m) (1487); DET. tibi. mtr* {in terra) \ikt\* (vir tu tem). et. in. ZELis. GLORIA (m); DEY (m). PLVS. AMA. QVAM. ARGENTV (m) OU le mépris du veau i*or prêché sur la monnaie. Un splendide réal d*or de 1487, montrant Maximilien ians toute sa gloire, enseigne à ne point franchir la distance qui est entre les peuples et les rois : tene. mensmiam. et. respice. finem.

Gand révolté, en 1488, invoque le saint de su paroisse principale : baptista i»ROSP£R. ADESTO, et parle comme la Constitution de 1830 ; eqva. libertas. deo. srata, sur les coppenolles qui étaient des porins et des grvs^ ainsi appelés du nom iu fameux doyen de la Collace. (Voy. Serrure, Studentoi-Almamik, 1855, p. 60.)

Peu après, en 1489, Maximilien cherche à s'attacher les Flamands en leur accorlaot les réformes qu'ils exigeaient; il fait de la conciiiaiion, cicatrise les blessures le la guerre, et écril, dans un latin barbare, sur un grand double reformacio îVERRE. PAX. EST. La même année, on lisait sur le double sol de Maliiies : amissa ïELLO PAX RESTA VRET ! Que la paix rende ce que la guerre a fait perdre ! C'est vers la fin du xiv« siècle, que l'on commença de marquer le millésime sur la monnaie. il existe un gros d'Aix-k-Chapclle portant la date de 1375, et un (//w de Renaud le Schoonvorst de l'année 1391. Devançant en cola l'.Angleterre et la France, les Pays-Bas avaient adopté généralement l'usage d'inscrire le millésime sur la monnaie vers la seconde moitié du xv« siècle.

Épooue MODERNE. — Âvaut qu'il en eût le droit, eu 1426, Philippe le Bon se faisait appelei* sur ses klinklaerts et demi-klinklaerts, Théi itier de Hollande {hères HoL),Qumà lapi^esque totalité des Pays-Bas 5e trouva dans sa main, il décréta la fabrication d'une monnaie uniforme h Gand, à Bruges, à Louvain, h Dordrecht et à Valenciennes, ît frappa des cavaliers d or, des lions dor, des doubles sols, des simples sols, et leurs subdivisions, en qualité de comte de Flandre,

de duc de Bi^abant, de comte de Hollande et de comte de Hainaut.

Après Philippe le Bon, les diverses provinces des Pays-Bas frappèrent presque toujours les mêmes monnaies. Le numéraire ne se distingua plus guère que par le titre de duc ou de comte quepi^ nait le souverain, et par la marque de Tatelier monétaire. Au centre de la croix des plaques de Philippe le Bon, appelées vieiianâm, pour la première fois nous apercevons des marques : c'étaient pour la Flandre un lis, pour le Brabant un lion, pour la Hollande une rose, et un H orné pour le Hainaut. Au xvi"" siècle et plus tard, Gaod 'prendra un lion et Bruges un lis, Bruxelles une tète d'ange et quelquefois un B, Anvers la main, Maestricht une étoile h cinq rais, Boisle-Duc un petit arbre, Mons et Middelbourg une tour, Nimègueunc croix ornée, Ruremonde ses armoiries, Hasselt une simple croix, Namur le briquet, Malines son écu, Tournai une tour, Luxembourg son blason, et Arras un rat.

Au xvr siècle le nouvel or et le nouvel argent du Pérou et du Mexique augmentèrent singulièrement la circulation monétaire. Certaines monnaies s'agrandirent, mais il n'en faut pas conclure que toutes gagnèrent en aloi : au contraire, Charles-Quint, qui rêvait l'unification monétaire, fit se rapporter toutes les monnaies de Flandre et du Brabant h une unité, la myte. (Induction tirée par M. C. Serrure des faits produits dans le mémoire couronné de M.Groebe. \oy.Studenten almanak, 1856, p. 52.) Il ferma les ateliers de Namur, de Luxembourg etd'Utrecht,pour ne laisser subsister que Bruges, Anvers, le Vroenlwve de Maestricht, Dordrecht, Nimègueet Tournai. Les monnaies flamandes qu'il fit faire h partir de 1520, s'appellent la corte noire, le sixain ou pièce de six mites, le gros, la pièce de deux gros, le demi-réal et le réal d'argent, le vlieger ou volant, ainsi nommé de l'aigle éployée de sa face, le florin Carolus d'argent, le florin Carolus dor, le demi-réal dor, la couronne et le réal d'or. La progression que ces espèces suivent jusqu'au réal d'or est la suivante: 1,3,12, 24, 36, 72, 96, 480, 480,720, 864, 1440.

Depuis le commcncemenidu règne de Philippe 11 jusqu'à 1576, et de 1580 h 1581, la monnaie royale se frappa sans interruption à Bruges pour la Flandre, à Anvers et à Maestricht pour le Brabant, h Dordrecht pour la Hollande, h Middelbourg pour la Zélande, à Nimègue pour la Gueidre, h Hasselt pour TOveryssel, et à Uli-echt pour la seigneurie de ce nom. En 1581, quand la déchéance de Philippe H eut été prononcée, les provinces du nord abandonnèrent

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le monnayage royal ; Bruges et Anvers en firent autant jusqu'à leur reddition au prince de Parme. Pendant les années 1577, 1578 et 1579, en vertu de Tarticle 23 de la Pacification de Gand, les états de nos diverses provinces ordonnèrent la frappe à Anvers, à Bruxelles et k Maestricht, de couronnes et de demi-couronnes d or, d'écus, de demi et de quarts d'écu , de sous et de demi-sous , et de pièces de cuivre de 12, 6 et 2 mites. La légende de ces monnaies est PAGE ET JLSTICIA.

Les monnaies de Gand se firent, les premières, avant le 23 mai 158 i ; les deuxièmes, pendant le règne du duc d'Alençon, et les dernières, de 1583 à 1584 où Gand, devenu commune révolutionnaire, se donna des nobles, des demi-nobles et des quarts de noble dor ; mit, sur sa monnaie d'argent, la Pucelle tenant fécusson et le drapeau au lion de Flandre, et fabriqua du cuivre où Ion voit S. P. Q. G., ou un grand G et GHENT.

En 1584, Anvei'S, la place d armes des états, bloqué par les travaux gigantesques des ingénieurs d'Alexandre Farnèse , émit le lion (for de notre dernier dessin. Au milieu du XV* siècle, ce lion qui paraît sur la monnaie et des plaijues patriotiques, se disait croupani : « Lyon rampant en cronppe de montaiyne, ^^ chantait alors la poésie populaire. Le lion accroupi de la monnaie d or et d'argent frappée par ordre des états, IVBENTIBVS ORDINIBVS, — on l'a écrit au long des colonnettes du dais sur les beaux écus d'argent, — a pour devise : ANTIQVA. VIRTVTE. ET. FIDE.

Bibliographie. — Nous donnons ici une liste de travaux d'ensemble sur les monnaies do Bel;;iquc; les petites monographies vont à Tinfini. On trouvera beaucoup d'indications dans la Biblioiheca numaria, de Leiizniann, Weissensce, \Sffl. — Revue de la numismatique beige, publiée sous la direction de MM. R. Chalon, Piot, Serrure, L. de Gosier et Picqué. de 18tS k 1875,2)1) vol., et 2 volumes de Tables. - Revue numismatique françaite, publiée sous la direction de MM. E. Cartier, de la Saussayc, J. de Wittc et A. de Longpérier, 48^^-1870. 'M vol., et I vol. de Tables; — dr. H. (jrote, Biàtter fiirBlànzkunde, Leipzig, iHHHi et sqq... ; surtout les 4 premiers volumes ; Joachim Lclewel, Études numismatique» et archéoiofjique»,—type gaulois, ou celtique, Bruxelles, i8U, i vol et atlas; John Kvans, *TA« Coin» of the ancieut Briton», London, I86i; Eugène Hucher, L*Art gauloi» ou le» Gauloi» d'aprè» leurs médailles, Paris. 1868-1874, 2 vol ; dr. J.-H. MlUlcr, Deutnche Blïmzgeschichte bis zu derOttonenzeit, Leipzig, i860; Pabbé Ghesquière, Mémoire sur trois points intéressants de Vhistoire monétaire des Pays-Bas, Bruxelles, I78B, i vol.; Joachim Lelewel, yumismatique du moyen âge, considérée

foui le rapport du type, Bruxelles, 483K, 3 vol. et atlas; G. Combrouse, Jtkmitairtiéam mérovingietit, Paris, 4843; F. Fougères et G. Combrouse, Description de$momùaût la deuxième race royale de France, Paris, 4837 ; A. de Barthélémy, Liste des noms de fiox ia monnaies mérovingiennes, Paris, 4865; P. -G. Vander Chijs, De Munten der Frankude-tn Duitêch-yederlandsche Vorsten^ Harlem, 4866; Ch. Piot, Notice sur un dépôt de nmntàa découvert à Grand- Halleujr, Bruxelles, 4846; C.-P. Serrure, Notice sur le cabinet monitskt de S. A. le prince de Ligne, Gand, 4847, 4 vol. ; Victor Gaillard, Recherches sur les wuamm des comtes de Flandre, Gand, 48S9-4857, â vol ; L. Deschamps de Pas, Essai tur rkium monétaire des comtes de Flandre de la maison de Bourgogne et de la maison d'Autridu, Paris, 4861^-4874, â vol. ; Serrure, Jaerboeksken ^uin het Taalminnend Cenootsekap (Stndeoten Almanak) [Êtudet tur les monnaies de Flandre), Gent, 4854, 4855 et 4856, 3 vol. ; le eomte de Renesse-Breidbach, Uittoire numismatique de t'évéché et principauté de Liège, Bruxelles, 4830-4831,2 vol. dont un de planches ; Rénier ÇAlsXoh^ Recherches sur les monnaies da comta de Uainaut, Bruxelles. 1848 à 4854, 3 vol. ; Renier Cbalon, Recherches sur les monnaia du comtes de Namur, Bruxelles, 4860 et 4870, i vol.; P.O. Vander Chijs, De Munten der nw malige hertogdommen Braband en Limburg, Harlem, 4854 ; P.-O. Vander Chijs, De ËMten der Leenen van de voormalige hertogdommen Braband en Umburg, enz., Harlem, 4882; Aloiss Hciss, Descripdon gênerai de las Monedas Uispano-Cristianas, Madrid,.4865-4869,4ToL dont un de planches; A. Heylen, De steden der Sederlanden in de welke de respective toutereynen getdspecien hebben doen klagen gedurende de 44* en 45« eeuu^en, Brussel, 4787, Mé moire de l'Académie; D. Groebe, Beantwoordingderprijsvraag overde Munten eu hetgeendoot' toe betrekking heeft, sedert 4500 tôt den jare 4624, ingesloten, Brussel, 4835, Mémoire de l'Académie.-- Ordonnances, Instructwns et Placards imprimés, relatifs aux monnaies, depuii 4487;— 0. Mailliet, Ca<a%iitf descriptif dés monnaies obsidiotiales et de nécessité, Bruxellei, 4868-4873, 2 vol. et 2 atlas.

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