AMEUBLEMENT, CÉRAMIQUE, ARMURERIE, ORFÈVRERIE
Par M. EUGÈNE M. O. DOONÊE.
De rares trouvailles, quelques passages d*écrivains classiques founiissent tous nos renseignements relatifs aux industries somptuaires pratiquées, dans notre pays, avant larrivée des Romains. Tacite décrit la cabane belge, isolée dans une clairière, un fourré, un verger naturel, rappelant la tente des hordes nomades par sa forme circulaire, par son pilier central formé d'un tronc d'arbre. Les parois intérieures en pisé gâché sur clayonnage, maintenues par des solives, étaient recouvertes de terres choisies, dont les tons, un peu difféi^ents, formaient des zones produisant une décoration rudimentaire. Sous le toit conique, que soutenaient des traverses saillant au dehors, la chambre unique montrait, le long du mur, un amas de fourrures ou une botte de paille servant de lit. De petites tables, des escabeaux en bois, à peine équarris, complétaient lameublement.
Pour romaniser notre contrée, les premiers empereurs introduisirent d'autorité leurs constructions, leur mobilier, leui*s bijoux; comme ils implantaient leurs croyances, leur langue, leurs usages. Sous la direction des architectes et des artistes de l'Italie, nos travailleurs apprii^nt à connalti*e des procédés nouveaux, durent
s*inspirer des modèles classiques, tout en copiant la nature. Habiles déjà, ils ne tâtonnèrent qu'au début et progressèrent rapidement, au point d'envoyer à leurs maîtres certaines marchandises de luxe dont la Rome impériale déclarait ne plus pouvoir se passer. Un grand nombre de villas, bâties pour les gouverneurs et les chefs de stations militaires établies par Auguste, offrent le plan des constructions décrites par Vitruve, un peu modifié par suite des différences de climat.
Lorsque les tribus franques, s'établissant sur le territoire belge, constituèrent une nation, les chefs des confédérés occupèrent les villas abandonnées par les gouverneurs romains. Quelques-unes furent consacrées comme églises , lorsque Clovis professa les croyances chrétiennes, qui s'étaient déjà répandues dans nos contrées, mais ne s'établirent généralement que sous la puissance unitaire de Charlemagne. Pour ces premiers temples chrétiens, autour desquels se formaient peu à peu nos laborieuses cités, on rechercha les marbres du pays, que Ton sculptait avec élégance, dit Grégoire de Tours. On peignit sur les murs des scènes religieuses. Chez le roi, chez leleude, une salle d'honneur, au centre de l'habitation, se tapissait de tissus de laine ou de lin. Autour de la table en bois, que l'on chargeait de pain, de mets, de coupes, et qu'on enlevait le soir, les convives s'asseyaient sur de solides bancs fixés à demeure, recouverts de tapis à l'heure des repas. Le monarque avait une chaise sur laquelle on étendait également un tapis. Le long des murs de cette salle des banquets, des bahuts massifs renfermaient les armes et s'appelèrent dès lors armoires. Dans la chambre de la princesse, des courtines, où l'aiguille avait tracé des dessins de diverses couleurs, garnissaient le lit. Ici encore de lourds coffres, en ais mal dégrossis, recouverts de cuir, reliés par de solides traverses enfer, meublaient l'appartement. Ou y renfermait les bijoux dont on se parait à profusion et qu'on emportait dans la sépulture.
Le mobilier précieux recherché par les Mérovingiens portait l'empreinte du goût byzantin : des spécimens arrivaient par ambassade, à chaque accroissement de pouvoir des rois francs. Loi^sque Clovis, maître de toutes les tribus des Francs orientaux,eut reçu de l'empereur Anastase le titre de patrice, l'octroi des honneurs consulaires et les insignes royaux, le luxe devint effréné.
Époque des Carolingiens (752-877). — L'avènement de la famille belge des Carolingiens donna une nouvelle impulsion aux arts industriels. Maires du palais sous les rois fainéants, puis rois, empe-
reurs, ces nouveaux souverains semblèrent chercher à faire oublier les cours mérovingiennes, à rivaliser de faste avec la pompe de Byzance. Simple dans sa vie privée, Charlemagne se plaisait à éblouir les envoyés des princes étrangers, même les ambassadeurs de Tempereur d'Orient, affirme Eginhard. Le nouveau maître de TOccident avait groupé, dans chacun de ses châteaux, un grand nombre d'artistes industriels des deux sexes, pratiquant toutes les fabrications somptuaires de Tépoque. Ces communautés laïques, présidées chacune par un intendant bien au courant de ces divers métiers, comptaient surtout d'habiles orfèvres, d'adroits armuriers et des brodeuses de go6t. Les palais, les basiliques, et jusqu'aux plus petites églises, étaient meublés d'une façon fastueuse.
Auprès du monarqUe s'étalait un luxe excessif, que les capitulaires enrayaient chez les opulents serviteurs du maître. Les murs des vastes salles disparaissaient sous des tentures flottantes, quelquefois en soie. Les sièges, peu nombreux, étaient cachés sous de moelleux coussins de plumes, couverts de riches étoffes à bandes de passementerie d'or. Les tables, assez basses, se chargeaient de vaisselle précieuse. Charlemagne renchérit sur le luxe des Mérovingiens par des meubles d'orfèvrerie : c'étaient des tables en or, en argent, rondes, carrées, à pieds ciselés. Quanta la céramique, elle resta ce qu'elle était aux siècles précédents, perdant même la recherche coquette des élégants spécimens de la poterie belgo-romaine et de la charmante verrerie mérovingienne.
En défendant de porter « dans le pays » lances, boucliers, casaques à écailles de fer, la loi salique, revisée sous Charlemagne, nous fait connaître les armes alors en usage. Le robuste empereur, nous dit le moine de Saint-Gall, se coiffait d'un casque; ses mains, sa poitrine, ses épaules, étaient revêtues du même métal. La main droite reposait sur une épée dont le pommeau, comme l'agrafe du ceinturon, était d'or ou d'argent; delà main gauche il portait une lance. Sur le bouclier, rien que du fer. On avait laissé les chausses désarmées, pour ne point gêner les mouvements, Charlemagne les fit aussi garnir de courtes lames de fer cousues les unes près des autres. L'épée restait large et courte, h la i-omaine; la lance longue et acérée. D'ordinaire on n'ornait point les armes de combat. Quelquefois cependant apparaissaient, sur les armes des paladins, des traces d'un travail délicat et oriental, la daniasquinure. Les armuriers belges réussirent 5 rayer le fer de stries régulières ou à le ciseler en aspérités nombreuses pour y fixer au marteau des fils ou des feuilles d'or.
Le monarque, tout bardé de fer dans les combats, deveuail un géant dor, nous dit Eginhard, lorsqu'il recevait les envoyés des autres souverains : bouclier semé de pierreries, pièces défensives en métaux précieux, épée éblouissante de joyaux, ceinturon d'une richesse incroyable, équipement de cheval non moins magnifique réclamaient le travail associé de Tarmurier et de Torfévre.
Pour les églises impériales il fallait des candélabres ciselés, des ciboires, des calices, des patènes en or ou en vermeil, généralement ornés de repoussés, constellés de pierreries. Sous des panneaux d'argent relevés de figures au marteau, reposaient les reliques sur lesquelles le peuple, au jour du mail de mai ou du synode d'automne, jurait fidélité au souverain.
Le système d'ornementation, révélé par certaines plaques de la couronne que Barberousse retira du tombeau de Charlemague et par quelques bijoux recueillis dans nos cimetières francs, indique la recherche du relief et de l'éclat. On ne pouvait, comme dans les œuvres de grosserie, recourir à de larges repoussés. L'orfévre les remplaçait par de petits bossages, parfois de têtes de clous, accompagnant des cabochons précieux, surtout de cristal de roche.
Époque féodale (877-1068). — Le régime féodal, morcelant en menus fragments l'empire carolingien, priva les artistes industriels de la protection dont ils avaient joui. L'existence toute matérielle des barons, des ducs, des comtes, des vicomtes, absorbée parles combats et la chasse, étouffa le sentiment du beau. Quelques châtelaines trompaient leurs ennuis de recluses en exécutant des broderies, du genre de celles que l'on conserve à Soignies : preuve de patiente minutie plutôt que d'inspiration ou de goût. Dans les monastères, lieux d'asile pour les arts industriels, les moines copiaient les pieux manuscrits et reliaient eux-mêmes, en peau de cert ou de truie, leurs évangéliaires calligraphiés, ornés de belles et larges pages enluminées sur fonds d'or.
Les pèlerinages en Terre-Sainte, au retour desquels les seigneurs belges faisaient de larges donations aux monastères, renouèrent les relations de l'Europe avec l'Orient. Évêques et abbés appelèrent des mosaïstes pour décorer les temples construits en plein cintre. Des peintures à l'encaustique remplacèrent les fresques. On peignit tout l'intérieur des églises, jusqu'aux plafonds, d'abord de simples lisérés en vermillon encadrant les motifs de l'architecture, puis de larges enluminures. Les verrières coloriées, les tentures que l'on
drapait autour des autels complétaient cette somptueuse polychromie, à laquelle dut s associer le mobilier sacré et qu'imita lameublement des gentilshommes.
La céramique devint grossière; les brocs, les écuelles, les plats, en terre brune ou jaunâtre, ne reçurent ni reliefs ornés, ni glaçures de tons vifs. Les seigneurs possédaient quelques coupes en orfèvrerie, larges et évasées, mais sans décor ; parfois même ils buvaient dans des calices de fust, bois dur façonné et évidé au tour. L'armurerie ne cherchait point davantage l'élégance ; les armes défensives ne visaient qu'à être commodes. La cotte treillissée en cuir couvert danneaux appliqués à plat, le casque rond, puis pointu et à nasal, la petite cervellière, le grand bouclier cordiforme, n'exigeaient point d'ornementation, pas plus que l'épée large à deux tranchants, la courte dague du piéton, la longue lance, la hache et les javelines.
L'orfèvrerie sacrée chercha des formes nouvelles et une ornementation riche en couleur pour s'harmoniser avec les tons éclatants dont brillaient les sanctuaires. Les modèles byzantins que l'impératrice Théophanie avait apportés d'Orient, et qui faisaient école au pays rhénan, furent fidèlement imités pour les accessoires de la décoration. Pierreries, joyaux antiques, or, vermeil, argent, filigranes, nielles, fines ciselures, émaux en taille d'épargne, dont l'autel portatif de Stavelot montre un spécimen si intéressant, se mêlèrent à profusion.
Époque coM3ii:NALE(i068-1369.) — Les règlements des corporations de métiers, leurs prescriptions détaillées sur le choix des matières premières et la façon de les mettre en œuvre, l'imposition de la marque, l'organisation si pratique de l'apprentissage, l'obligation au chef-d'œuvre de maîtrise, assurèrent la perfection des produits. Parmi les arts industriels, la grosserie et l'armurerie appartiennent, dès le XI* siècle, h ces associations dont l'importance politique allait peu à peu se manifester triomphalement. D'autre part, le retour des premières croisades signala une nouvelle ère pour la féodalité. Les farouches barons rapportèrent, de ces expéditions lointaines, des besoins de luxe inspirés par les souvenirs de Venise et de Constantinople.Le castel se para avec plus de goût. Il réserva une vaste salle, h parois de marbre, pavée de carrelages. Des fenêtres closes par un treillis de vitres découpées, où les plombs formaient des dessins fantaisistes en verre incolore, enserrant ailleurs quelques peintures en rouge, bleu, jaune, violet, rehaussés de brun opaque, s'ouvrirent lar-
gement au dehors. Avant de dresser la table des festins dans la Mille • d*apparat, on tendait de riches gourdines. Des tapisseries à personnages cachaient sous leurs amples plis les murs en pierre. Sous une cheminée monumentale, les châtelaines ourdissaient la laine eu écoutant les ménestrels. Les écus, les larges (boucliers), les lances, les épieux, les cors cerclés d'argent étaient suspendus w mur. La peinture, la dorure décoraient toutes les poutres du plafond et la plupart des meubles élégants, que Ton drapait en outre de riches étoffes.
La céramique ne produisit que des œuvres très-imparfeites pour les vases usuels. La seule application qui profita dune recherche artistique fut celle des carrelages destinés à paver le chœur des églises. Au xn* siècle on vernissait des carreaux de couleur que Ton découpait avec art, sous des formes très-diverses, de façon que les différents morceaux pussent s'agencer les uns avec les autres pour produire, par leur enchevêtrement, des courbes, des entrelacs et des figures de toutes sortes. Au xin* siècle, dans les églises gothiques, les carreaux mosaïques furent remplacés par des carreaux incrustés à deux teintes produites par le choix des terres, glacées d'un vernis plombiftre coloré, sous lequel s'accusait fortement le dessin généralement composé de motifs héraldiques. Nos collections renferment de nombreux échantillons de ces carrelages pittoresques, entre autres ceux du tombeau de Pierre l'Ermite, rétabli en 1242.
Les armes défensives et offensives se fabriquaient à Bruxelles, à Liège, à Malines, h Lierre. L'équipement guerrier du piéton du XII* siècle est figuré sur les fonts baptismaux de Jehan Patras (1112). lise compose d'une large cotte de mailles tombant jusqu'aux genoux, d'un bouclier cordiforme assez grand pour cacher le combattant presque en entier, d'un casque conique sans nasal ni visière, à pointe légèrement recourbée vers l'avant. L'épée large, à lourd pommeau, à traverse en croix, suspendue à un baudrier transversal, s'engage dans le haubert, laissant la poignée à hauteur de la ceinture. Un peu plus tard, nous voyons le chevalier belge vêtu du haubert jûsemn célébré par nos trouvères, les chausses justes et les manches à gantelets du même tmvail, enveloppant de mailles l'homme des pieds à la tête.
La défense des franchises communales obligea les bourgeois à s'armer. Le droit en fut reconnu au xn* siècle et ils en profitèrent largement. La keure de Bruges (1296) impose même à chaque citoyen l'achat d'un harnois de fer de plates ou de mailles. A Mons, il fut
inSTOIRE DES ARTS INDUSTRIELS. 744
défendu de recevoir en gage les armes, que chacun devait garder prêtes (1337). En armes d'hast, les guisarmes (glaive à deux tranchants et à crochet, monté sur hampe), les pa/futs (hache) « plus tranchants que rasoirs ou coutiels, » les faussarts, les pikes, et les célèbres goedendags flamands (pique à crochet montée solidement à clous nombreux sur longue hampe) sont fréquemment cités dans les chansons de geste. Venaient ensuite les maçues (masses d armes), les martels de fer (marteaux), les glaives (coutelas), les coutiels (couteaux). Pour l'attaque à distance, nos fantassins maniaient la fondiefle (fronde à manche), lare et ses saiettes (flèches), les dartSy les gavelots, larbalète dont les carreaux furent vainement défendus par certains conciles. L'invention des armes h feu, qui devait briser Tarmure féodale, peut être revendiquée par les communes belges qui , dès le commencement du xni* siècle, maçonnèrent de lourdes bombardes dans les tours protégeant l'enceinte des villes.
Les moines orfèvres qui émaillaient nos pyxides et les belles châsses de Huy, continuèrent leur fabrication élégante. Peintres, sculpteurs, fondeurs, ciseleurs, miniaturistes, ils passaient sans cesse d'un établi à l'autre. L'orfèvrerie laïque fut appelée à ciseler les pots en or et en argent, les coupes à couvercle en or, les hanaps d'argent et de vermeil, les bacins (bassins) et fontaines en or et en argent pour se laver les mains avant les repas.
Ducs DE BouRGOGXK (1369-1477). — Les cours souveraines des États belges mirent à profit ce développement des arts industriels. Nos petits souverains s'entourèrent d'un luxe de bon goût, demandant ses chefs-d'œuvre, non pas au poids des métaux précieux, mais à l'élégance des formes et à la délicatesse de la main-d'œuvre. Les princes de la maison de Bourgogne, surtout, protégèrent nos industries somptuaires, et eurent l'honneur d'en favoriser l'âge d'or. Le dernier d'entre eux, Charles le Téméraire, comptait, dans sa maison civile, des artistes adonnés à toutes les professions de luxe, jusqu'à la peinture des cottes d'armes. Celte brillante époque effaça les derniers vestiges de la tradition byzantine qu'avait répudiée déjà l'école des sculpteurs tournaisiens, élèves de Guillaume du Gardin, S'inspirant des miniaturistes, auxquels Van Eyck donnait une impulsion féconde, créant le style flamand par le charme de l'expression et la splendeur de la beauté vraie , tous les arts s'appliquèrent à l'imitation de la nature.
Dans les demeures élégantes, comme jadis dans l'église seule-
ment, le moindre détail fournit un thème d'ornementation. Les beats intérieurs que nous représentent tant de vignettes des enlumioeurs, se remplissent d*un mobilier d'une richesse pittoresque. Ces salons, pavés de carrelages vernissés en teiTe incrustée, à sujets isolés empruntés au dessin héraldique, ou formant, par leur assemblage, des semis de larges fleurons, s'ouvrent sous un plafond dont les poutres en saillie sont ornementées par le sculpteur et le peintre; de grands manteaux de cheminée rompent lamonotomie des parois. Les murailles s'ajourent de fenêtres étroites, solidement fermées par les vantaux des volets extérieurs. Ici de minces losanges de verre double sont enserrés par des fils d'archal maillés; là le réseau des plombs trace une jolie armature. Les murs sont tapissés de tentures en cuir, dont les fleurages semés se détachent sur fond d'or: produits d'une industrie malinoise qui fournit l'Europe entière de CCS ors basamiés en cordouans vermeils, ouvrez et cherchez à soleiUt oiseaux et autres devises. On avait déjà frappé et gaufi*é les beaux cuirs bouillis pour reliures, dont les sujets répètent les bordures des manuscrits, comme ils copieront ensuite l'imagerie de nos premiers livres imprimés. D'autres cuirs estampés, à feuillages en relief, servaient de bourse ou d'aumônière. Des lustres en cuivre fondu, retouchés au ciselet, œuvres des Anversois ou des Dinantais qui émigrèrent à Namur puis à Malines, éclairent les appartements, en même temps que de grands chandeliers aux amples contours. Dans les meubles en bois, la sculpture de détails d'architecture remplace les peintures. Sur des carpettes en nattes, se dresse la table que Ton couvre du linge damassé de Courtrai, célèbre au XV'' siècle pour la solidité de son tissu et plus encore pour l'élégance de ses dessins. Les crédences et les dressoirs en panneaux de chêne sculpté, dont le nombre de degrés indique le rang du seigneur, supportent les bassins d or, les aiguières, les piles de plats de la riche vaisselle, les drageoirs et les hauts hanaps, posés sur une étroite nappe frangée, en points coupés. Un vaste banc, à simple fleuron sculpté dans le dossier, à clous de letton doré, couvert de riches coussins de soie à franges, est posé devant le foyer pour servir à la fois de siège et d'écran.
La maison du bourgeois dresse son haut pignon en briques à traverses de bois enchevronnées. Les étages, renfermant chacun une vaste chambre, surplombent au-dessus de la boutique à montants de pieire. Les chéneaux historiés, les gargouilles grimaçantes martelées en plomb, les gonds et les ferrailles ouvi'agées des
fllSTOlHE DES ARTS INDUSTRIELS.
^Bortea et des volets, lui donnaiu un aspect pittoresque. Entre les Hoâutes boiseries qui lambrissent les murs, les peintures des vitrages, les tentures, les carreaux vernissés produisent un effet rianl. Le mobilier des bourgeois n'admettant point la vaisselle précieuse copiait cependaiu les types élégants de rameublemenl des demeures seigneuriales* Toutes les formes étaient originales, et, du salon à ta cuisine, on ne voyait que des objets oïnemenlés par un tmvail patient* Les bourgeois se servaient de poteries d*étain, dont les flacons, les cruchons, les coupes, les plats reproduisaient les modèles des services d'orfèvrerie*
Les cruches eu grès copiaient mal ces hautes formes. Imparlaiiement arrondies, à pieds irrëguliers, favoanëes i\ la main, ces cruches fragiles subissaient un dédain que trahit la négligence de leur fabrication courante. Ce sont cependant, avec quelques carreaux de pavements vernissés, les seuls monuments céramiques que fou ait conservés de celte brillante époque, plus appliquée à favonner les métaux précieux, à enjoliver par imitation le cuivre et le fer, qu'à chercher des formes artistiques pour la modeste argile.
Le tuxe des ducs de Bourgogne se manifeste surtout par leur orfèvrerie et plus spécialement par de superbes œuvi^s de joaillerie. Les récits contemporains en ont conservé des descriptions minutieuses. D abord artistique, puis grandiose, la recherche dégénéra en goût tkstueux et enfin en modes éblouissantes. Ln grand nombre de tabtmujc (bas-reliels), de tigurines, composant lettt r/mpelle d'or et d'argent, appartiennent aux objets que les métiers distinguaient déjà en vaisselle d'église. Au xv- siècle, non-seulement les châsses, les ostensoirs, mais de petits reliquaires» des encensoirs se transformèrent en véritables édilices de style ogival, h contre- Jorts^à arcs-boutaiit8, exubérants de richesse et de détails comme les églises bâties en pierre sculptée.
La vaisselle de table des ducs de Bourgogne était d'un luxe inouL Les pierreries,. for, largent étincelaient sur leurs {jmmle$ mis (surtoutsde milieu) en orlëvrerie, gréées, matées, chargées de figurines. De petites nefs^ des salières en personnages ou en aoi^ maux, des rfia^eom^» véritables joyaux» entouraient la pièce centrale. L'exubérance des détails, labus des couleurs obtenues par l emaillure tinnslucide et le niellé» cai*actérisent ces œuvres* Lunilé manque quelquefois, mais la richesse et le pittoresque ne font jamais défaut.
Dans les provinces flamandes» tes guerres du %r siëete avaient