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7i4 BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
diminué Tor disponible. On ne pouvait plus, comme le fit uq bourgeois de Bruges, lors des fêtes de la Toison d'or (144i), « couvrir la façade de sa maison de feuilles d*or et le toit de feuilles d'argent.» La vaisselle d'argent doré remplaça les grandes pièces d'or ouvragé. On cessa de fabriquer dans le genre trop massif; même pour les églises, on travailla des plaques minces d'argent doré, chargées d'histmres relevées au marteau, gravées au niellé, peintes en émail.
Au xv** siècle, la joaillerie îprend le pas sur toutes les autres branches de lorfévrerie belge. Le travail du lapidaire inspire de nombreuses recherches. Le chroniqueur liégeois Jean d'Outremeuse, écrit pour ces industriels, les cristalliers et les peintres verriers, la Scienche des pierres précieuses, où il consigne les observations recueillies et communiquées par le voyageur Mandeville. La taille du dian^ant en facettes régulières, innovée par l'orfévi'e brugeois Nicolas de Berquen (1456), fait attribuer à cette pierre, ;u5ÇM'a/ors peu recheichée faute d'éclat^ la supériorité sur les rubis, les émeraudes, les saphirs, les topazes, dont le diamant possède toutes les couleurs à la fois, dans les feux irisés dus à sa forme prismatique et à la pureté de son eau.
Passionnés pour l'orfèvrerie, les ducs de Bourgogne font exécuter des armes défensives dorées ou argentées, à reliefs repoussés, à gravures au burin, quelquefois même tout en métaux précieux. Les armuriers et les orfèvres se confondaient. En 1424, le métier des oifévres de Gand contracta une alliance intime avec ceux qui forgeaient les armures d'apparat.
Parmi les armes offensives, la masse bourguignonne se reconnaît à î>a forme recherchée, rendant le maniement facile. Les armuriers de Liège rivalisaient avec ceux de Bruxelles. Le poète qui a rimé la Correxion des Liégeois nous apprend qu'au xv** siècle, les fehres fabriquaient un grand nombre de harnois (armures), des haubergeonx (jaques de mailles), des picques (piques), des saquebouttes (lancés k crochet pour désarçonner les cavahei-s), des haches, des guisarmes. L armure pleine était réservée aux chevaliei's. L'arbalète à mouflCy que l'armurier enjolivait en donnant l'aspect d'une tour crénelée à l'appareil qui bande l'arc, resta une spécialité de la fabrication belge. Aux gros mortiers de siège, on avait substitué des pièces mobiles, montées sur affût, dont les Gantois possédaient déjà un grand nombre à Roosebeke et que TAngleterre venait acheter en Flandre On fît de même de petites coulevrines à queue de bois, couleviines à main, appelées ensuite hacquebuttes, puis arquebuses.
Les cavaliers, encore tout bardés de fer, portaient, sur le pommeau de la selle, le court pétriiial sur fourche, premier type du pistolet.
Princes de la maison d'Autriche (1477-1556). — Nos artistes industriels, qu'enrichissait lopulence des communes, réunies pour la plupart sous le sceptre de monarques jaloux de nos gloires, multipliaient leurs productions. Us eurent Fhonneur de fournir des modèles presque à toute l'Europe. La domination de l'art belge, nonseulement dans les genres les plus élevés, mais dans les applications à l'industrie, s'étendit de la Scandinavie au Portugal : la plupart des objets de luxe et tout le mobilier élégant étaient importés de Belgique. Les métaux étaient travaillés avec non moins d'originalité que le bois; sans parler des dinanderies, la belle couronne de lumière, en fer doré, de la petite église de Bastogne, nous montre le goût et l'adresse des forgerons d'alors. L'amour des lignes pittoresques, des caprices qu'inspirait le mélange des styles, entraînait souvent les marteleurs à des tours de force d'une coquetterie singulière. Dans le palais bâti à Binche par la reine Marie, gouvernante des Pays-Bas (1538), un voyageur nota, entre autres œuvres d'art, force herbes et plantes, en fonte argentée^ qui se mouvaient par le vent. Les fabricants de meubles créèrent des compositions d'une ordonnance bien étudiée, d'une originalité puissante. Déjà ils avaient sculpté les lambris, les manteaux de porte, les grandes boiseries des revêtements intérieurs : ils y apportèrent des meubles plus commodes, plus nombreux, moins massifs qu'aux époques antérieures. La plupart des motifs proviennent des ornements remis en honneur par l'Italie du cinque cento, mais, dans le vaste domaine ouvert au sculpteur, reviennent surtout des représentations fidèles de figurines et de fleurs de nos contrées. Les maisons se paraient encore de la riante polychromie des carrelages et des verrières à médaillons peints que les comptes du Gantois Daniel Louis (1521) nous montrent très-fréquents chez des simples particuliers.
De 4540 à 1620, écrit l'auteur d'une Histoire de la céranjique, M. Marryat, les grès flamands deviennent une poterie de luxe ; ils jouissent d'une faveur incontestée que détruisirent ensuite les importations de porcelaine de Chine et du Japon. Nos céramistes continuaient la fabrication de vases vernissés, pour lesquels ils savaient se jouer de toutes les difficultés de cuisson et de retrait. Des aiguières en anneaux tubulaires, à long goulot, se compliquaient d'un second tore creux pour prouver l'habileté des potiers et mon-
trer le soin avec lequel ils épuraient la matière première. Les cannettes grises, du genre de celles que la tradition attribue à Jacqueline de Bavière, les vrauw Jacoba's Kannetjes^ faisaient admirer des motifs bien appropriés, nettement imprimés à laide de moules eo creux. Des gourdes à tenons latéraux, entre lesquels passait la lanière de support, recevaient aussi une ornementation Sigillée. Les goulots des grands pots étaient façonnés en tètes de silènes barbus, tels qu on représentait le légendaire roi Gambrinus honoré par les buveurs de bière. Des médaillons à portraits, des armoiries, des ornements répétés ressortaient sur les flancs arrondis. Des cruches trapues, brillamment vernissées en brun, de forme ogivale, offraient en bas-relief des suites de personnages, des scènes bachiques, des devises, des dates, avec des fantaisies de tous les genres. Pour les amateurs délicats, moins enclins aux caprices souvent grotesques, les céramistes modelèrent des vases en grès argenté, à traits peu profonds figurant des dessins légers, des écailles de poisson, imitant des cônes d*arbres résineux. Enfin ils firent admirer les superbes grès cérames de formes diverses, à glaçures en bleu, et plus rarement en violet, obtenues à Faide de sels, puis rehaussés encore de pastillages. Plus fantaisistes que les potiers rhénans, nos artistes varient sans cesse la rondeur étoffée des contours, les couvrent dune ornementation plantureuse et pittoresque. La faieuce rivalisait avec le grès cérame.
Le règne de Charles-Quint resserra les relations de nos provinces avec rilalie. Nos arts industriels senrichirent des plus célèbres fabrications de la renaissance italienne. Guido di Savino établit i Anvers une manufacture de majoliques à histoires à Tinstar des ateliers de Castel Durante. Des décorateurs de talent, nés dans nos contrées, peignirent des buires, des plats, mais sans employer les tons à reflets métalliques, dont Pesaro gardait le secret emprunté aux Arabes. Rappelons encore les beaux carrelages vernissés, surtout en jaune et en vert, que Ton continuait à fabriquer dans les Flandres et dont l'Angleterre ne pouvait obtenir assez d'exemplaires. La belle verrerie de Venise aux formes si originales, à la pâte si légère, fut aussi l'objet d une imitation anversoise sous Charles-Quint, et cette industrie prospéra jusqu'au xvii^ siècle. Quelques petits vases sornèrent aussi de masques moulés, dorés à la base comme les cubes des mosaïques, puis appliqués sur la verrerie de table ou de dressoir.
Les armuriers de Bruxelles et de Liège continuèrent la fabrication des armes défensives dont on se couvrait de toutes pièces malgré la
aiSTOIHE DES ARTS INDUSTRIELS.