TIT
mullipUcaiion des armes h feu. On garnit richement les armui-es, devenant de joui* en jour moins utiles, mais dont les derniers lour* nois faisaient rechercher la beauté. La ciselure, la gravure et surtout la damasquinure en or décorent les superbes armures de celte époque* Aux nerfe en relief du ti-avail allemand, qu*Anvers s^apptiqua à imiter dès 1540, nos habiles forgerons substituèrent les superbes <t maximiliennes n côtelées, dont les cannelures rayonnent avec goût, La plupart des musées, les collections de peintures, surtout les bas-reliefs sculptés par le Maliuois Alexandre Colin, nous fburnissem des renseignements très-exacts sur réquipement militaire de cette époque. Un vitrail de Saint-Jacques d'Anvers nous montre, au milieu du xvr siècle, une armure complète. Ou bardait les chevaux k Tinstar du chevalier* L*épée s allongea et devint plus massive. Sans abandonner tout à fait les poignées en croix, la t usée, le pommeau, les quillons se façonnaient avec variété et fantaisie, La tance porte une large rondelle aussi bien au combat qu à la joute courtoise. La masse d'armes, le marteau à deux pointes aftectenl aussi des formes élégantes. Les Liégeois confectionnaient de petits arcs et des arbalète^, (Cun pied environ, dont l'on s'armait secrètement. Les arquebuses et les pistolets étaient l'objet d'une industrie considérable.
Quelques religieux s adonnaient encore à Torfévrerie ecclésiastique. Nos métiers comptaient beaucoup d*orfévres spécialisant leur industrie à la besogne d*égUse, tandis que d'autres exécutaient la beitogm de cour. Les or lèvres de Liège de la première catégorie accomplirent leur chef-d'œuvre dans les figurines en haut-relief de la grande châsse de Saint-Lambert, achevée de 1d05 à 1S23 par Henri Zusterman, Les ciselures liégeoises passaient pour les plus belles, et le spécimen qui nous reste justifie ce renom, La grosserie, destinée aux princes, aux seigneui'S et aux riches communes, rappelait le faste des ducs de Bourgogne,
Epoque hispaxo-autricuibn^e (!o36-1797). — Les dix premières années qui suivirent Tabdication de Chartes-Quint laissèrent la Belgique jouir de sa gloire artistique et de sa prospérité commei-ciale, mds tes persécutions religieuses et les luttes intestities chassèrent un grand nombre des artistes industriels auxquels la patrie devait son renom et son opulence. Quelques États réussirent à recueillir ces fugitifs et â nous ravir la supériorité dans la plupart des fabrications somptuaii^s. Sous Ferdinand de Bavière, et les règnei
malheureux qui frappèrent la prospérité liégeoise, le célèbre orfèvre Pierre de Frasne, ciseleur d*un grand talent, auteur du grand vaisseau de cuivre sur pied d*ai*gent, destiné à Téglise Saint-Lambert (1633), accepta Tinvitation de la reine Christine et émigra en Suède. Il y modela des portraits, grava des médailles et cisela, comme chef-d œuvre, le gobelet d'argent que la souveraine emportait dans tous ses voyages. Le Hutois Gilles d'Ardenne (1617-1699) habita plusieurs années la France et l'Allemagne oùilfU quantité de belles statues et autres morceaux des plus impartants. A Londres s'étaient établis les frères Van Vianen, habiles fondeurs de vaisselle, auteurs des grands plateaux en argent qui servent encore au sacre des souverains de l'Angleterre.
Le mobilier religieux resta d'abord bien flamand. Des portes en cuivre ciselé, perforé, doré, reproduisirent les conceptions de nos sculpteurs sur bois. Nos chaires monumentales, nos confessionnaux, œuvres individuelles, sont des œuvres de sculpture plutôt que du mobilier. Les maisons particulières étaient solides, propres et^ ajoute Guicciardini, fournies de toutes sortes de beaux ménages.
Tous les motifs d'ornementation sont empreints du style delà renaissance ; mais l'amoncellement de détails, cherché pour atteindre le pittoresque, le rôle accessoire donné aux sculptures disproportionnées aux lignes, prouvent la persistance du goût flamand. Le mobilier confirme cet abus des détails. Chez quelques-uns l'ameublement, comme le lambris, consistait en marqueterie de bois variés. A Liège surtout, cette mode fut très-répandue au conmiencement du xvn'^ siècle. Nous possédons bon nombre de ces cabinets liégeois, aux formes de la renaissance italienne, où l'incrustation des diverses essences de bois jetait sur les montants un fouillis de détails hétérogènes. Pour les sièges légers, les tourneurs fournissaient des bâtons torses, sur lesquels on tendait les cuirs dorés pour la chaise dite à la Rubens. On sculptait aussi de hauts dossiei-s droits ou du moins d'élégants couronnements plats terminant les montants. En simple ébénisterie, où le placage remplaçait la sculpture du bois massif, nos ancêtres fabriquaient de solides armoires à colonnes, avec tètes de lion sculptées, pour séparer les tiroirs étroits placés dans la gorge au-dessus des vantaux. Les sculpteurs" en bois, auxquels la Belgique devait tant de créations admirables, ne laissèrent point tomber le ciseau devant les envahissements du goût français ou italien. Ils continuèrent à fouiller le chêne vis-à-vis des ébénistes employant les bois exotiques et des marqueteui-s admis
depuis deux siècles parmi les confrères anversois de Saint-Luc. Mais le mobilier usuel fut entraîné par le courant des modes françaises.
Au milieu de ]a tourmente politique, Tindustrie des grès flamands continua sa production élégante, perfectionnant ses formes grandioses, son décor élégant. Au pays wallon, on tournait de grands plats vernissés à engobe brun oii des pastillages, ou du moins des coulées de pâte à la corne de bosuf, représentaient les sujets de l'imagerie populaire : rois mages, châteaux d*un dessin naïf, dont les reliefs rendaient parfois le plat impropre à tout autre usage que rexhibition sur le dressoir, orgueil de la ménagère. De 1633 à 1717, les fabriques tournaisiennes de faïence déclinèrent rapidement. A cette dernière date, Fauquez rendit une certaine vie à cette fabrication, et, lors du départ des armées de Louis XIV, Peterynck Téleva au premier rang. Bruges, Gand, Itterbeek, Montplaisir, Namur, Saint-Servais ou Hastimoulin, Hastières, Nimy, Baudour, Chimay, Arlon, Attert, Andenne et dautres localités belges possédaient des établissements dont les produits sont souvent confondus avec ceux de Delft. La plupart imitèrent l'étranger.
Lorsque le Saxon Bôttiger eut reconnu, en Europe, le mystérieux kaolin des Chinois, on vit s'établir, dans la plupart des pays, des fabriques de porcelaine bientôt célèbres. La Belgique dut la sienne au prince de Lorraine, gouverneur général des Pays-Bas, qui la fonda en 1758, à Tournai, assure M. Briavoinne. A Tervueren aussi, le prince fit fabriquer des porcelaines. D'après les descriptions laconiques inscrites dans l'inventaire de Charles de Lorraine, ces porcelaines semblent avoir subi le goût mignard des produits de Saxe. On attribue encore à Tervueren des groupes en faïence blanche vernissée, moins détaillés que les anciens biscuits de Tournai et M. Pinchart croit « porcelaine de Tervueren » une fontaine à haut-relief (musée de Bruxelles) dans le goût de certaines productions lorraines.
L'armurerie belge résista vigoureusement au malaise commercial. Bruxelles surtout fabriqua artistement les dernières pièces défensives dont l'usage persista jusqu'à nos jours malgré les armes à feu. C'était, au xvn* siècle, l'endroit oii Ion savait le mieux fourbir une cuirasse et ciseler un casque. L'organisation des armées permanentes, à équipement uniforme, clôturait l'ère des armes élégantes dont les spécimens allaient devenir de plus en plus rares, désormais fantaisies de chasseurs plutôt qu engins de bataille. Les febvres liégeois comptaient une foule d'habiles armuriers. Leurs
7iO BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
carabines et leurs pistolets, menlionnés dès 1568, jouissaient duu renom européen. Bravant les édits, les làbricants de Liège confectionnaient des distilets (poignards), prohibés en 1612, des couteaux ronds à l'anglaise (sabres), des pistolets de poche (défense de 1612) et des fusils en forme de cannes (1725), probablement le fusil à air comprimé. Les armes à feu devinrent l'objet principal de la fabrication des industriels groupés dans les villages environnant Liège. La division du travail fil fleurir le commerce, mais l'élément artistique ne reparut qu'exceptionnellement, étouffé sous la préoccupation mercantile de la production à bas prix, oublié pour chercher les perfectionnements mécaniques, le rouet y la percussion^ la rotation de chambres multiples et bien d'autres améliorations qu'on croit découvrir de nos jours. Nos fondeurs de pièces d'artillerie déçoivent du moins leurs mortiers et leurs canons de reliefs coulés, analogues à ceux dont on ornait les cloches.
Ëpoqie contemporainr. — Lorsque la Belgique se fut constituée libre et indépendante, elle continua à demander à l'industrie le bien-être généi*al. Çà et là végétaient des fabrications somptuaires incapables de lutter contre l'indifférence du public et les envois des pays où l'élégance était, à bon droit, considérée comme une cause de succès. Quelques industries, où la machine n'a point encore remplacé le travail individuel, conservent cependant la tradition du passé que réveillent notre rénovation artistique hautement affirmée dans les sphères de fart pur et de sages conseils économiques formulés à propos des expositions universelles. Des essais d'instruction spéciale ont constaté le talent de bon nombre de travailleurs et les résultats féconds d une initiation remplaçant les anciens ateliers où s'obtenait la maîtrise. Â ces lueurs déjà nombreuses il est permis d'attendre un réveil glorieux de nos arts industriels, marchant de pair avec notre industrie, pour assurer le renom et la prospérité de la Belgique.
Biblio(;raphi£. — L^histoire des arts industriels belges est di&séininée dans une foule d'ouvrages quMI serait trop long de citer. Voir particulièrement : Henné et Wauters, Higioire de Bruxelles; la Belgique monumentale; Couvez, Inveniaire des objett d'art de la Flandre occidentale; Hénaux, Recherche» iur la fabrication d'armes à Uége; Broogniart, Traité de Cari céramique; Marr}'at, AU about pottery; Jacquemart, Hts/otre de la céramique; BriavoiBoe. X^ l'industrie en Belgique; Do};n.V, L'Art et l Industrie; le même, les Arts industriels à TfixpttsUioii de 1809.