‹ Patria belgica; encyclopédie nationale ou exposé méthodique de toutes les connaissances relatives à la Belgique anicenne et moderne, physique, sociale et intellectuelleChapitre 20 sur 37 · TAPISSERIE DE HAUTE LISSE , DINANDCHIE · texte numérisé non relu

TAPISSERIE DE HAUTE LISSE , DINANDCHIE

P«r M. ALEXANDRE PINCHART.

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Grayurr de médailles. — L'art de graver les médailles est né en Italie, dans les dernières années du xiv* siècle. II sy est développé pendant le siècle suivant, et les œuvres du célèbre Victor Pisano, de Paul da Ragusio, de Mathieu Pasti, d'André da Ci*emona, de Christophe Hieremia, du fameux sculpteur Donatello, de Sperandio et de tant d'autres artistes attestent que cet art y parvint rapidement à son apogée. Cette branche de la sculpture n'est, à beaucoup d'égards, qu'une des formes du bas-relief. Les médailles d'alors étaient coulées; quelquefois lartiste les retouchait au ciselet; ce n'est que vei*s le milieu du xvn*" siècle qu'apparaissent les pièces frappées.

En Belgique, où les orfèvres et les graveurs de sceaux pouvaient rivaliser avec les plus habiles maîtres de l'Italie, la repi*oduction par la ciselure et par la fonte des portraits-médaillons ne remonte pas au delà du dernier tiers du xv* siècle. Les monuments qui représentent des personnages plus anciens appartenant à notre histoire sont des productions de temps postérieurs. Je crois pouvoir attribuer entre autres à l'époque que je viens de citer trois médailles à haut relief rappelant le style des italiennes, savoir : celle qui reproduit le profil de Charles le Téméraire et les deux pièces où sont

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conservés les traits d'Antoine, le plus célèbœ des ^niants naturels de Philippe le Bon. Une médaille d'une valeur aussi considérable que les précédentes est celle de 1479, qui présente les bustes de Jean de la Gruuthuse, châtelain de Lille, et de Jean Miette, garde de la prison ducale dans la même ville. La médaille de Charles le Téméraii^e et de Maximilien d'Autriche; celle de Jean de Carondelet, chancelier de Bourgogne, et de sa femme, et qui porte la date de 1479; et une autre de Nicolas Ruter, premier secrétaire et audiencier de l'archiduc Maximilien, sont autant de monuments numismatiques d'une très-grande analogie avec ceux dont il vient d'être question et qui sont très probablement l'œuvre d'un graveur de la Flandre dont le nom est resté inconnu. Une dernière production du x\* siècle (1495) est le portrait-médaillon ovale du grand peintre Quentin Metsys ou Massys; je suis fort porté à croire qu'il a pour auteur Metsys lui-même, si on le compare à la grande médaille d'Érasme, de 1519, qui semble avoir été faite par le peintre-forgeron.

Le \\f siècle s'ouvre par une assez belle médaille à grand relief en l'honneur de Marguerite d'Autriche, due à un artiste nommé Cauvain, qui y a gravé son nom. Il faut mentionner ensuite la médaille de Jean, comte d'Egmont, faite en 1516, et une autre» qui lui est postérieure de quelques années (1532), où l'amiral Adolphe de Bourgogne est représenté vu de trois quarts. C'est la première fois qu'un fond de paysage apparaît sur une médaille : ce genre a surtout été traité au \\\f siècle par des graveurs hollandais.

En suivant Tordre chronologique, ici se placent les œuvres de Michel Mercator, né à Venloo, en 1490 ou 1491 , que l'on sait avoir travaillé en Angleterre, et auquel le roi Henri VllI, qui ne voulait être reproduit en médaille que par lui, conféra la dignité de chevalier, après lavoir comblé d'honneurs et de richesses. Après lu^, il faut citer Jean Second, le célèbre poète latin. Deux médailles dues à son burin sont aujourd'hui déterminées : lune représente la belle Julie, sa maîtresse, qu il a tant chantée ; l'autre, son frère Nicolas Grudius et la première femme de celui-ci.

Vers le milieu du xvi'^ siècle, vivait Etienne Van Hollant qui signe ses médailles du monogramme STE. H. (Stephantui Uollandicus). Plusieurs de ses œuvres se rattachent à l'histoire de la ville d'Utrecht, où il a dû séjourner ; elles sont datées de 1558. On peut déduire de la petite médaille qui rappelle le souvenir de Charles de Gocquiel, bourgeois d'Anvers, et qui fut gravée en 1561, qu'Etienne Van Hollant travailla aussi en Belgique. Je lui attribue la magnifique

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médaille qui reproduit la figure passablemenl banale de Luc Municli, dernier abbé de Saint-Bavon, à Gand, avec le millésime 1559.

C'est à cette époque que se fit sentir l'influence de l'émigration des médailleurs italiens. J*ai acquis la preuve que Léon Leoni, Jacques da Trezzo et Jean-Paul Poggini ont travaillé à Bruxelles. Leoni, le plus justement célèbre des trois, était à Bruxelles en 1549 et y exécuta, pour Charles-Quint et la reine Marie de Hongrie, plusieurs ytnaiges. Quelles étaient ces images, c'est ce que Ton ignore. En celte même année, eut lieu le voyage de Philippe, prince d'Espagne, dans les Pays-Bas, et il faut reporter à cette date l'exécution de l'une des plus belles médailles de Leoni, où, d'un côté, est le buste de l'héritier de Çharles-Quint, et de l'autre^ un véritable tableau allégorique en bas-relief, dans lequel l'artiste a déployé tout son génie. Immédiatement à la suite des artistes italiens, on doit enregistrer le nom de Jacques Zagar, qui appartient, selon toute probabilité, à une famille de la Zélande; son nom, en abrégé, se lit sur trois médailles qui ont du style et sont modelées avec intelligence.

Jacques Jonghelinck, graveur de médailles et de sceaux, sculpteur et fondeur de métaux, né à Anvers, en 1530, s'est beaucoup inspiré des Italiens. On connaît de lui deux médailles de petite dimension, représentant, l'une, les têtes laurées de Charles-Quint et de Philippe II ; l'autre, la même tête de l'empereur avec un autre profil de son fils. C'est à ce même artiste que j'attribue la ciselure des médailles de divers personnages des Pays-Bas ou qui vivaient dans ces provinces. Mais celui qui, à mon sens, dépasse tous ceux de la seconde moitié du xvi^ siècle, et dont le nom a malheureusement échappé à toutes mes recherches, c'est l'auteur des médailles du duc de Juliers, du comte d'Egmont, du duc d'Arschot, du comte de Hornes et de sa femme, Walburge de Nieuwenaar, et de la plus grande des pièces qui représentent Marguerite de Parme, etc. Il travaillait en 1565 et dans les années suivantes. Les têtes d'homme ont un caractère de distinction que je ne retrouve nulle part au même degré, les têtes de femme ne sont pas aussi belles ; mais les unes comme les autres sont modelées avec un grand art : il y a de la sobriété dans les détails et de la sévérité dans les lignes. A ce graveur j'en comparerai un autre, du nom d'Alexandre, quelque orfèvre sans aucun doute, auteur des magnifiques médailles du poète Jean- Baptiste Houwaert, sur lesquelles on lit les millésimes de 1571 et de 1578.

Un des plus féconds graveurs de médailles de la fin du xvi* siècle

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est Conrad Bloc. On ne connaît rien de sa biographie : tout semble établir qu il habita Gand. Sous Tannée 1577 se classent huit médailles de différents modules, dues à son burin et représentant toutes le profil de Guillaume le Taciturne. D*autres furent consacrées ensuite au duc d'Alençon, à Jean-Casimir, à Tarchiduc Ernest, à Maurice de Nassau, etc. Enfin, en 1599 ou 1600, Conrad Bloc a gravé sa plus belle médaille, celle qui réunit les portraits en buste des archiducs Albert et Isabelle. Une pièce de Maurice de Nassau, alors prince d*Orange, qui date de 1602, semble indiquer que Bloc alla s'établir en Hollande. Les têtes des médailles de cet artiste n*ont pas la distinction et la beauté de travail qui se remarquent dans les monuments numismatiques de ses devanciers immédiats; ses types sont généralement plus vulgaires. Un certain nombre de médailles, faites dans les Pays-Bas pendant la seconde moitié du xvr siècle et que je n*ai pu déterminer, peuvent être considérées comme des œuvres de Bloc.

Quelques médailles des années 1595 à 1605 accusent avec force le relief des portraits, et les têtes ont un cachet tel, qu*on les dirait modelées par quelque élève de Rubens. Puis apparaît Jean de Monfort ou de Montfort, qui a laissé de belles œuvres. Ses médailles sont ciselées avec plus d*art que celles de Bloc ; elles se distinguent aisément des productions de celui-ci en ce que les portraits sont mieux modelés et plus expressifs. Grâce à cet artiste et à l'auteur inconnu des médailles dont je parle, l'art, qui commençait à décliner en Belgique, se releva. Cependant le nombre des médailles sorties du burin de Jean de Monfort et signées de son nom ou de son monogramme est fort restreint. Puis se présente Adrien Waterloos, de Bruxelles» qui fut en même temps graveur de sceaux et l'un des médailleurs les plus féconds que compte la Belgique. Ses premiers travaux remontent à fan 1622 et sa dernière médaille, à laquelle une date peut être assignée avec certitude, est de l'an 1668. Waterloos a maintenu l'art dans la bonne voie : ses portraits sont très-ressemblants et fort distingués; les coiffures et les ajustements disposés avec goût. Une médaille, représentant Philippe, comte-duc d'Arenberg, duc d'Arschot, mort en 1640, et signée V. PETIT, est tout ce que l'on connaît de ce graveur. Une autre, faite vers le milieu du xvu* siècle, avec le buste de l'archiduc Léopold-Guillaume d'Autriche, porte le nom de Jérôme du Quesnoy, le fameux statuaire de Bruxelles.

Dans 1^ seconde moitié de ce même siècle, d'autres noms d'artistes sont à citer : c est d abord Denis Waterloos, neveu et élève d'Adrien,

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quiySansétre un artiste aussi remarquable que celui-ci, sut néanmoins conserver à Técole flamande le caractère que lui avaient imprimé ses devanciers. Ses œuvres sont en général supérieurement dessinées et modelées. 11 naquit à Bruxelles en 1627 et y mourut en 1715.

On ne doit pas s'étonner que je n aie rien dit encore d un célèbre artiste né en Belgique au xvn* siècle, de Jean Warin. Si Fart de la gravure des médailles s est soutenu en France sous les règnes de LfOuis XIII et de Louis XIV, cest à lui qu on le doit. Mais son uom n*est ici consigné que pour mémoire. Parmi les graveurs qui ont travaillé sous ses ordres, il faut mentionner Gérard-Léonard Hérard, né, comme lui, à Liège, en 1630, plus connu comme sculpteur, et qui resta aussi ti*availler à Paris. 11 existe de la même date une médaille religieuse, mieux ciselée que dessinée, qui a pour auteur Henri Flémalle, autre gi-aveur liégeois, et deux autres médailles encore, mais anonymes, gravées dans le pays de Liège sous le règne de Maximilien-Henri de Bavière.

Jean, Joseph et Philippe Roettiers étaient fils d'un orfèvre d'Anvers, qui, en 1625, se maria dans cette ville; tous trois furent attirés en Angleterre par le roi Charles II. Le premier avait déjà gravé en Belgique avant son dépait deux médailles: l'une, consacrée à l'archiduc Léopold-Guillaume, et l'autre à Charles Van den Bosch, évéque de Gand, en 1661. Il Ut de plus, en 1672 et en 1675, deux médailles qui appartiennent à l'histoire numismatique de notre pays et qui rappellent les travaux du port d'Ostende. En 1672, Joseph Roettiers fut invité par Golbert à se rendre en France pour remplacer Warin, et Louis XIV lui octroya des lettres de naturalisation en 1674. Philippe Roettiers revint habiter les Pays-Bas vers 1673; . en 1691 ou 1692, il y fut nommé graveur général des monnaies et mourut en 1718. Cet artiste exécuta, dans le cours des années 1679 à 1719, une importante série de médailles dans lesquelles la décadence de l'art est très-marquée; le dessin y est maniéré et manque à la fois d'élégance et de correction ; le modelé des chairs laisse particulièrement à désirer. Philippe Roettiers eut pour successeur dans ses fonctions et dans son art un de ses fils qui portait le même prénom.

Je dois mentionner encore les noms de trois graveurs de médailles et de jetons, contemporains de Philippe Roettiers le Vieux : Jean Harrewyn, de Bruxelles; Jean Van Hatten, mort en 1691, qui fut le prédécesseur de Roettiers dans la charge de gi*aveur général des monnaies, et Gilles de Backer, graveur des monnaies que Maximilien-

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Emmanuel fit battre à Namur en 1711 et 1712. Jean Duvivier ou du Vivier, né à Liège, en 1687, se fit un nom en France.

Après la mort de Philippe Rottiers le Jeune, arrivée en 1732, un de ses cousins, du nom de Jacques, sollicita et obtint la succession de sa charge. Il a gravé une quantité considérable de jetons, dont la plupart portent son initiale, mais on ne peut se faire illusion sur la valeur des œuvres de cet artiste. L*art était dans la décadence U plus complète en Belgique, lorsque Théodore- Victor Van Berckel fut nommé, en 1776, à la suite d'un concours, en remplacement de Jacques Roettiers, mort quatre ans auparavant, en qualité de graveur général des monnaies. Il était natif de Bois-Ie-Duc; son père et son grand-père avaient exercé la profession d'orfèvre, et ils ont gravé beaucoup de jolis jetons. Après avoir appris les premiers éléments de son art avec son père, il alla se perfectionner à Clèves, chez son parent J.-C. Marmé, artiste très-fécond. Mais il doit véritablement ses progrès à lui-même, progrès qui sont sensibles dans chaque médaille ou jeton qu'il livra au public. La liste des monuments de toute espèce sortis de son burin est innombrable. Van Berckel s'est montré à la fois heureux dans le choix de ses allégories, habile dans l'arrangement de ses groupes, élégant et correct dans son dessin, admirable dans le modelé de ses figures et dans le fini de l'exécution. On pourrait difficilement exprimer ce qu'il y a de moelleux dans ses têtes du stathouder Guillaume V, de Joseph II, de Charles de Lorraine, de Marie-Thérèse, etc., et surtout dans les portraits de ces deux derniers personnages. Le métal semble avoir • disparu; c'est de la chair, de la réalité. L'art se fait plus pailiculièrement sentir dans la médaille des académies, avec ces petits génies de la sculpture, du dessin, de la peinture et de l'architecture, aux poses gracieuses, aux formes si bien étudiées et si savamment rendues. Théodore Van Berckel émigra à Vienne, en 1794; il y demeura pendant quelques années et retourna mourir dans sa patrie, en 1808. 11 a emporté dans la tombe le secret de buriner 1 acier, de l'assouplir comme de la cire vierge ; ses productions nous restent et elles sont impérissables.

Au commencement du xix*" siècle, nous avions en Belgique deux artistes qui s'occupaient plus particulièrement de la gravure des pièces fines, et qui gravèrent aussi des médailles : Jean Simon et Léonard Jéhotte. Sous le règne de Guillaume P% l'art s'améUore et nous voyons apparaître sur des médailles les noms de Braemt, de Julien Leclercq, puis simultanément, vers 1830, ceux de Bai--

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