‹ Patria belgica; encyclopédie nationale ou exposé méthodique de toutes les connaissances relatives à la Belgique anicenne et moderne, physique, sociale et intellectuelleChapitre 21 sur 37 · MÉDAILLES, TAPISSERIE, DINANDERIE · texte numérisé non relu

MÉDAILLES, TAPISSERIE, DINANDERIE

bier, M. Borrel, Veyrat, F. de Hondt. A ceux-ci, dans les premières années du règne de Léopold I", viennent s'ajouter les noms d*Adolphe Jouvenel, de L.-J. Hart, de E. Dubois; puis les graveurs de médailles se multiplient tellement que leur énumération complète devient difficile; ce sont : Jacques Wiener et ses frères Léopold et Charles; Wûrden, H. Distexhe, Lambert, Nicolas Dargent, G. Wildiers, Viette, Van Acker, Constant Jéhotte, Fraikin, Alex. Geefs, A. Fisch, Stordeur, E. Baetes, etc. Dans cette liste on reconnaîtra quelques noms de statuaires : la sculpture aujourd'hui est plus que jadis encore la mère de la gravure des médailles. L'art de graver des coins a fait des progrès considérables, et depuis assez longtemps déjà une machine ingénieuse vient en aide à l'artiste, qui n'a plus à entailler patiemment le métal comme le faisaient ses devanciers. Il modèle son bas- relief en grand, et le tour le creuse. Cette manifestation de l'art est donc aujourd'hui plus accessible qu'elle ne l'était dans les siècles qui ont précédé le nôtre. Les médailles de nos artistes modernes sont plus belles d'aspect et, sans contredit, il y en a de fort remarquables. Ont-elles plus de valeur au point de vue artistique que les productions de nos maîtres du xvi* et du XVII*' siècle ; sont-elles mieux modelées que celles de Th. Van Berckel? Ce sont là des questions que je laisse indécises.

Tapisserie de haute lisse. — L'origine de la fabrication des tapisseries dites de haute lisse est inconnue. Vers le milieu du xi>'* siècle, elle se concentra à Arras, ville qui était située dans le comté d'Artois, et dont Louis de Maie, comte de Flandre, hérita après la mort de sa mère arrivée en 1382. Cette fabrication acquit bientôt une réputation européenne, et c'est sous le nom d*arrazzi que l'on désigne encore en Italie les tapisseries de haute lisse. Les tentures de ce genre devinrent un objet d'ameublement indispensable pour les nobles et les riches. A partir de la fin du \\\^ siècle, on commence à en garnir les palais, les hôtels, les châteaux, les églises, les salles des hôtels de ville, etc. On remplace les tentures d'hermine et de vair qui cachaient la nudité des murailles, par des tapisseries de laine et de soie, mêlées d'or et d'argent. On les employait beaucoup dans les occasions solennelles, telles qu'aux têtes de tournois et lors des entrées des souverains, pour donner une physionomie plus gaie aux rues et aux places publiques. Plus lard, elles devinrent un ornement obligé de toutes les cérémonies, et les marchands et les fabricants de tapisseries de haute lisse les

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louaient. La manufacture de ces tapisseries n*embi-assait pas seulement des tentures décoratives : elle s*occupa aussi, et surtout au xv*" siècle et dans la première partie du xvr, de fabriquer des couvertures armoriées pour les chevaux et les mulets, des garnitures de cheminée et de lit, des tapis de pied, etc. Elle subit à diverses reprises les influences de la mode, et on lit, dans une ordonnance de Tannée 1491, que, n'importe les changements que le goût du jour fera subir h la fabrication des tapisseries, les gens du métier pourront les exécuter.

D*Arras, cette fabrication n'avait pas tardé à se répandre vers le nord, à Tournai d*abord, à Audenarde, à Valenciennes, à Bruxelles, et dans bien d'autres localités ensuite. Du temps de Charles-Quint, presque toutes les communes un peu importantes de nos provinces d'Artois, de Flandre, de Tournaisis et de Brabant possédaient des métiers de haute lisse : on peut citer Lille, Douai, Béthune, Bruges, Gand, Enghien, Louvain, Mons, Malines, Diest, Anvers, etc. Il y en avait également à Saint-Trond, ville dépendant des États de Tévéque de Liège. Le commerce des tapisseries de haute et de basse lisse avait pris, au xvi*" siècle, une extension énorme, et Ion sait par un document authentique qu à Audenai*de, enti'e autres, en 1539, il y avait de 12,000 à 14,000 personnes vivant des difiërentes industries qui se rattachaient à leur fabrication. Anvers était alors Tentrepôt général des tapisseries ; on les y exposait pour la vente dans des galeries. Chaque corporation de haute-lisseurs avait ses règlements particuliers ; mais en 1546 Charles-Quint fit publier un édil général pour régler la manufacture des tapisseries de haute et basse lisse dans ses Étals des Pays-Bas, et mettre une barrière aux fraudes qui s'étaient introduites depuis quelques années dans les procédés de fabrication. Le prix d'exécution des tapisseries était élevé, souvent considérable. Ce fut toujours un objet de luxe. Les souverains les offraient en présents dans toutes sortes de circonstances : aux princes avec lesquels ils avaient des traités d'amitié; à des ministres, à des ambassadeurs, à des prélats ; à des églises auxquelles ils voulaient laisser quelque souvenir de leur libéralité.

La découverte de la manufacture des tapisseries de haute lisse, ou de la peinture en laine, comme on pourrait l'appeler, ti*aça la voie à la peinture historique à fhuile : elle imprima en outre un nouvel et grand essor à l'art véritable ; la connaissance du dessin se répandit. Pour couvrir d'immenses murailles, il fallait d'immenses compositions, et, par conséquent, des artistes capables de

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les concevoir et de les exécuter. Les sujets religieux étaient presque exclusivement les seuls que traitassent les peintres avant rétablissement des fabriques de tapisserie. Us s'inspiraient des traditions de TAncien et du Nouveau Testament, et s'occupaient parfois de retracer la légende de quelque saint. Les dessinateurs de patrons du \i\* siècle puisent à d'aulres sources : ils cherchent dans les épopées et les romans de chevalerie, dans la mythologie et dans l'histoire ancienne; ils font aussi beaucoup d*allégories.

Le dépérissement des manufactures de tapisseries diile de la révolution religieuse. Un fort grand nombre de haute-lisseurs s'expatrièrent et allèrent faire connaître en pays étrangers les procédés de leur belle industrie, qui depuis lors ne Kt plus que végéter. Une mesure que prit, en France, le ministre Colbert, en 1667, lui porta le plus terriblQ coup. Il fit signer par Louis XIV un nouveau tarif de douanes qui chargea l'importation de diverses marchandises, et notamment celle des tapisseries de Flandres^ au point d'équivaloir à une prohibition complète.

L'histoire de la tapisserie de haute lisse se lie intimement h celle des arts du dessin, et beaucoup d'artistes dont les noms ne sont pas inscrits dans les annales de la peinture peuvent cependant y revendiquer une place honorable. Les plus grands peintres de tous les temps n'ont pas dédaigné de faire des cartons pour les hautelisseurs; on conserve encore au palais de Hamptoncourt ceux que Raphaël a dessinés pour des tapisseries exécutées dans nos provinces. Les œuvres de Roger de la Pasture, dit Van der Weyden, de Rernard Van Orley, de Jean Gossart, de Pierre Coeck, de Rubens,. de Jordaens, des Teniers et d'une infinité d'autres sont lîi pour attester le fait.

La fabrication des tapisseries de haute lisse est une industrie éminemment belge, et c'est h nos compatriotes que Ton doit la fondation des étiïblissemenls du même genre qui ont été créés h l'étranger. Déjà dans la première moitié du xv^ siècle, un hautelisseur d'Arras travaillait à Bude, en Hongrie. On peut citer les manufactures d'Amiens, de Fontainebleau, de Moulins, d'Aubusson, d'Orléans, de Charleville, de Paris (les Gobelins), de Beau vais, etc., en France; ceux de Florence et de Mantoue, en Italie; de Delft et de Middelbourg, dans les Provinces-Unies; de Frankenthal, dans le Palaiinat; (le Mortlake, en Angleterre, etc. Aujourd'hui, la fabrication de tapisseries de haute lisse a recommence en Belgique. En i856, le comte de Monlblanc, gentilhomme français, passa un acte

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d*association avec les frères Braqueuié, de Tournai, qui avaient une manufacture de tapis à Aubusson, pour fonder un établissement k Ingelmunster, où le premier avait de grandes propriétés. Les premiers ouvriers vinrent d'Aubusson; les premiers cartons furent aussi l'œuvre d'artistes français. Les produits qui sont sortis de cette fabrique ont obtenu, dans différentes expositions, de légitimes succès, et maintenant, grâce à la générosité de lun et au dévouement des autres, tout est belge dans la fabrication. Les associés de la manufacture d'ingelraunster se séparèrent en 1869 : les héritiers du comte de Moniblanc ont continué à soutenir leur établissement, et MM. Braquenié en ont fondé un autre àMalines.

DiNANUEuiE. — L'industrie à laquelle je consacre ces quelques pages consistait originairement à fondre le cuivre, à le forger, à lui tisdre prendre, en le travaillant au marteau, toutes sortes de formes, selon le goût ou le caprice de l'ouvrier, puis à terminer certaines pièces en se servant du ciselet. De là le nom de batteurs de cuivre ou de eupères(d{x latin ci/prwm) donné à ceux qui exerçaient cette industrie. En ilamand, Texpression correspondante est coperslagers. Les habitants de Dinant,où cette industrie prit naissance, sont encore aujourd'hui désignés par le sobriquet de copères, qui subsiste dans la langue wallonne. Au xiv*' siècle, en France, le mot dynan ou dynanl était synonyme de potier d'aii'ain, et personne actuellement n'ignore ce que c'est qu'une dinandene ou plus correctement dinantme.

Dès le commencement du xii*" siècle, les habitants des bords de la Meuse allaient s'approvisionner de cuivre brut en Allemagne. Les Dinantais sont nominativement désignés dans une charte de l'an 1104, et d'autres des années 1171, 1203 et 1211 parlent des privilèges qu'ils obtinrent îi Cologne pour les produits de leur industrie qu'ils y importaient, et pour les métaux bruts, provenant des montagnes du Harz, qu'ils exportaient. Au xni*' siècle, les ports de la Flandre deviennent les lieux de rendez-vous des négociants hanséates et des marchands occidentaux et méridionaux de ditférenies nations ; c'est là que les uns et les autres vont s'approvisionner des denrées que produisent leurs pays respectifs. Les batteurs de cuivre des lives de la Meuse ne négligent pas de profiter de ce débouché. 11 est, en etlet, question des objets en cuivre manufacturés à Diuanl « et ailleurs où l'on a coutume d'en fabriquer », dans un tarif des droits de tonlieu à le\'er dans le port de Damme, tarif qui fut établi, l'u mai 1252, par MargutM'jte, conitessade Flandi-c et de Hainaul.

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