‹ Patria belgica; encyclopédie nationale ou exposé méthodique de toutes les connaissances relatives à la Belgique anicenne et moderne, physique, sociale et intellectuelleChapitre 25 sur 37 · BOURGOGNE-FLANDRE · texte numérisé non relu

BOURGOGNE-FLANDRE

Écftrtel^ au pivniier et quatrième d'azur »enié de fl«un àe Itk d'or à la bordure cornponfe d'or et de gueule* qui e«t de Nevert ou Bnurgofrne moderne ; au deuxième et troisième baudè d'or et d'azur k la bordure de goetiles qui e«l Bo<irf(Offne ancieu ; a l'èruMon de Flandre Hur le tout.

BOURGOGKE-BRABANT.

La seigneurie de Matines avait conservé les armoiries de ses anciens avoués, les Berthout de Grimberghe.

Louis de Maie maria sa fille unique Ma^gu^ rite, d'abord à Philippe de Rouvre qui lui apporta en dot le comté d'Artois, autrefois détaché de la Flandre^ ensuite k Philippe le Hardi, premier duc de Bourgogne de la maison de Valois. Le fils de Marguerite et de Philippe, Jean sans Peur, prit le titre de comte de Flandre à la mort de sa mère (1384) et plaça Técusson de Flandre sur l'écusson de Bourgogne.

Duché de Bourgogne-Flandre. — Quand Philippe le Bon eut réuni à ses États les autres principautés souveraines delà Belgique, les lions de Bi*abant et de Limbourg vinrent se joindre au lion de Flandre sur l'écusson de Bourgogne. Ces trois lions représentaient toute la Belgique, k l'exception de l'évêché de Liège. On se rappelle que Luxembourg portait le lion de Limbourg, Hainaut et Namur le lion de Flandre.

Quand la loi fatale de l'hérédité eut fait passer la Belgique tour à tour sous la domination espagnole et sous la domination autrichienne, les vieux emblèmes de sa nationalité ne servirent plus qu'à orner l'écusson de puissances étrangères. Lorsque en 1787 les provinces Belgiques essayèrent de secouer le joug de l'Autriche, les émaux des trois lions de Brabant, de Limbourg et de Flandre fournirent les trois couleurs du drapeau brabançon, et enfin, lorsque la révolution de 1830 nous eut définitivement rendu l'indépendance, ces trois couleurs Revinrent nos couleurs nationales, et le vieux lion de Brabant, devenu le lion de Belgique, a échangé sa couronne ducale contre une couronne royale qui, pour être plus pacifique que celle de Jean le Victorieux, n'en est pas moins glorieuse. Sans les avoir conquis, il voit flotter au-dessus de sa tête les étendards des neuf provinces, et, au cri de guerre de la bataille de Woeringen, il a substitué la sage devise : L'union fait la

FOHCR.

ÉraïK^lé: an pr^mif r et <|ii«tri^mi* de Ncver*; au deuTÎMBf parti de Bour^ognr et de Bnnaat; au troisième parti de Boiirgofcne et de Limbourf xur le tout de Flandre.

Par M. HENRI HYMANS,

C«>iiki>rviili*ur ■djotiit a la Bibliotlit^juf royal<*.

Le costlme des habitants uk la BEL(;iorK avant la domination romaine. IXKLIEXCE IIE LA CONQUÊTE. Les FkANCS. ChaKLEMAGNE ET SES

SUCCESSEURS. — Préciser le costume des diverses tribus gallo-germaines fixées dans les limites de notre territoire actuel serait chose impossible. On a pu toutefois, en i^approchant des monuments figurés — le plus souvent d'origine romaine — le témoignage des historiens latins, se faire une idée générale de la physionomie des peuples barbares. Ce rapprochement a pour premier effet d'établir entre le costume des différents peuples de l'Europe centrale une analogie d'autant plus naturelle, qu'elle traduit souvent une similitude non moins évidente de mœurs. Que la colonne Trajane nous montre les Daces, la colonne Antonine les Germains ou les Sarmates, ils sont toujours vêtus de braies flottantes retenues à la cheville {braccœ laxœ) et chaussés de souliers assez semblables à ceux de nos jours et que l'on voit déjà chez les Perses. S'ils combattent, parfois, le torse nu, ils sont plus généralement couverts d'une tunique à manches ajustées et d'une mie (sagum), étoffe quadrangulaire de moyenne longueur fixée à la hauteur de l'épaule par un nœud, et dont l'attache ramenée vers la poitrine permettait de rejeter sur les

épaules les plis flotlaïUs du manteau. 11 faut admettre que XiAém le costume des habiuinls,de nos conlrëes lorsqu'ils se livraîem ï h

vie aventureuse des chasses dans leurs forêts profondes ou de la pèche sur leurs côtes marécageuses (flg* 1).

La laine, la dépouille de faurochs, de rélan, de Tôui^s ei du loup emraieni dans la confeciioa de ce costuiBe, le même pour le;* deux sexes, k Texception des braies, et dont la coupe étaii invariable, La luoique des femmes différait par sa longueur seulement de celle des hommes.

•"^ « La principale richesse du véiemeftt

résultait d'une teinture plus ou moins éclatante ti'acée en baudet régulières, parfois entre-croisées, et il est à peine besoin d'indiqué»' que cette disposition celtique est restée en honneur pour le coiillon (kilt) des Ecossais,

Nos provinces appaitenaient à la Galtia comatu (chevelue) im Romains* Une semblable dénomination suffit k prouver combien était générale pour les habitants de ces régions l'absence de coiffure. Il n'est point inadmissible cependant que, parle froid des rigoureux f hivers» ces hommes, que nous venons de voir si bien couverts sur toutes les parties du corps, ne fissent usage d'un bonnet conique, fréquent chez les peuples seplentrionaux et qui fut adopté plus lard par les Romains eux-mêmes. On peut même supposer que lesganis ne leur étaient pas inconnus, du moins sous celle forme rudimentaire où nous les voyons encore portés par nos campagnaiJs et désignés en flamand sous le nom de wauten, qui est également leur nom en suédois. ■

Armés de coutelas de forme assez redoutable, de javelots et de ■ massues, les Belges avaient pour arme défensive un large bouclier génémlement recouvert dVne peau de béte, mais qui sabandonnaii bienlôt dans le combat, car, à cause même de sa grande surface^ A m ne tardait pas h se charger de traits ennemis, ■

La domination romaine» inégale dans nos contrées, n*y amena point, en ce qui concerne le costume, de changements pronoDcés. L'éloignement de la capitale, la difiérence des climats, étaient . des obstacles sérieux à ladoplion des mœurs ou du costume dii^ vainqueur par la masse des populations. Les Romains comp-

taient davantage sur le temps que sur leurs efforts pour romaniser les provinces nouvelles, et ce furent eux, au contraire, qui, renouvelant un exemple fréquent dans Thistoire des conquêtes, mirent une certaine ostentation à se parer des modes du vaincu. En bien des cas, le costume romain devient ainsi lui-même une source précieuse de renseignements pour Tétude du costume étranger. Ix>rsque les Ménapiens et les Nerviens vinrent prendre place dans les cohortes romaines, ils n avaient point encore perdu la physionomie de leur nation; des archéologues ont même constaté une remarquable analogie de costume entre les figurines sculptées sur un autel de la déesse Néhalennia adorée chez les Ménapiens et les personnages qui apparaissent dans des œuvres flamandes d*une date relativement récente.

La substitution de Tautorité franque à celle des Romains ne devait point davantage avoir pour effet immédiat de donner au costume des habitants de la Belgique un caractère nouveau. Le costume propre des Francs à Tépoque de la conquête différait h peine de celui des peuples qu'ils trouvaient sur notre sol. Nous avons pour l'établir le témoignage d'historiens qui, malgré certains désaccords, nous tracent de ces nouveaux Barbares une silhouette générale qui ne diffère pas trop de celle de leurs devanciers. Comme eux, ils se rasaient la barbe, ne gardant que la moustache; comme eux, ils portaient des tuniques et des braies, plus courtes et plus étroites, à la vérité, que celles des Germains de la colonne Antonine. Mais ces différences ne sont point assez radicales pour constituer un costume nouveau.

De même que sous les Francs une chevelure longue et ondoyante était le signe primoidial de la noblesse et de la liberté, la tonsure devenait à leurs yeux le signe d'un suprême abaissement et, avec Fintroduction du christianisme on vit cette humiliation volontairement pratiquée par les prêtres. Les cheveux longs restèrent jusqu'au vni* siècle environ le privilège exclusif de l'homme libre.

Le costume des hautes classes se ressentit de bonne heure de l'influence byzantine. Lorsque Tournai, le plus important des établissements romains dans nos provinces, fut devenu le siège de la monarchie franque, on vit les nouveaux conquérants subir l'ascendant de la civilisation supérieure dont ils trouvaient les traces autour d'eux, se parer de la tunique de pourpre et de la chlamyde romaine et faire éclater leur splendeur, non moins dans les riches tissus des leurs vêtements que dans leurs armes. Le front ceint de

couronnes d*or, dont la richesse servit seule d*abord à désigner les rangs, la chlamyde rattachée à Tépaule par de riches agrafes, des molletières et des brodequins senoiés de broderies, les bras chargés d anneaux précieux, tel fut bientôt le costume habituel de ces leudes qui prenaient place à la table des rois mérovingiens.

Les orneoients trouvés à Tournai en 1653 dans le tombeau de Childéric I*', et encore conservés en partie au Louvre, ne laissent aucun doute sur la splendeur des parures masculines à laquelle ne le cédait en rien la parure des dames, dont le costume ne différait point encore par sa coupe générale de celui des hommes. Cette assertion, que semblent démentir un grand nombre d*ouvrages, cessera d*étonner quand nous aurons dit que les sculptures du portail de la cathédrale de Gorbeil, si souvent reproduites comme des types du costume des rois et reines de la première race, datent en réalité du xii' siècle et perdent ainsi toute valeur pour l'étude du costume des siècles antérieurs aux croisades.

On peut admettre comme plus exacte la pierre tombale de Plectrude adossée, jusque dans ces dernières années, au mur de l'abside ifH=£CTRvpis de Sainte-Marie au Capitole à Cologne et aujourd'hui déposée dans la ci7pte de ce curieux monument (fig.2). L'épouse répudiée de Pépin d'Héristal est figurée la tète couverte d'un voile et vêtue d'une robe à manches flottantes et à ceinture basse. Ce costume simple el grand rappelle encore celui des matrones romaines. On le retrouve dans d'autres monuments de l'époque, qui viennent témoigner ainsi de son exactitude. Nous le reproduisons d'après le moulage du musée germanique de Nuremberg.

Sous Charleniagne, aucun changement essentiel ne îj'éiait encore introduit dans le costume. Ennemi du luxe et donnant à ses courtisans lexemple de la modération, Charles se montra toute sa vie fort attaché au costume des Sicambres. Il détestait les habits étrangers. Deux fois seulement il consentit à s'en revêtir; ce fut à Rome sur les instances du pape. Il prit alors, dit Eginhard, la chlamyde, la longue tunique et la chaussure romaine. « Son costume ordinaire consistait en une chemise et des braies de toile de lin, une tunique serrée à la taille par une ceinture de soie, des molletières sur lesquelles se croisaient les bandelettes de ses chaussures. L'hiver, son justaucorps était de peau de loutre,

Fig. «.

et il était toujours couveil de la saie des Vénètes. Son épée, suspendue à un baudrier, avait une poignée d'or ou d'argent et, dans les grandes circonstances, elle était ornée de pierreries. Il se montrait alors coiffé du diadème et avec un justaucorps et des chaussures brodés d'or et une saie rattachée par une agi-afe du même métal. »

On conserve, dans certains trésors, des parties du grand costume impérial, mais, à part quelques exceptions, l'authenticité en est au moins douteuse, et des écrivains sérieux la contestent. Disons enfin que, dans les rares images contemporaines de Charlemagne, sa physionomie ne répond nullement à celle que lui prêtent la plupart des artistes modernes. Il n'a surtout ni longue chevelure ni barbe majestueuse ; les cheveux cachent à peine l'oreille et le menton est absolument ras (fig. 3). Les laïques avaient d'ailleurs cessé de porter la barbe.

Une distinction plus franche s'était établie à cette époque entre le costume de paix et le costume de guerre, et la démarcation s'accentue avec l'importance croissante de la cavalerie.

Pour l'homme du peuple, pour l'artisan, le costume se réduit au nécessaire absolu. Son vêtement unique est le plus souvent une aube courte à manches et serrée à la taille, munie d'un capuchon. C'est encore la lacenia romaine et presque la blouse. A sa ceinture il poite les instruments de son travail et, par les froids, agit comme le paysan de nos jours, endossant par-dessus le premier vêtement un second de forme pareille, ou se couvrant d'un petit manteau qui n'a point complètement disparu dans les campagnes et que les laboureurs et les charretiers remplacent souvent par un sac plié qui en donne la physionomie parfaite.

Les braies se portaient justes et de diverses couleurs avec des chaussures de cuir montant au-dessus de la cheville ; à la vérité, laboureurs et ouvriers en sont souvent privés. Si les artisans portent parfois la barbe, ils ont toujours la tête rase.

Les successeurs de Charlemagne s'appliquèrent plutôt à augmenter la richesse du costume qu'à en varier la forme. Si le noble n'avait point comme le manant la tête rase, il allait comme lui nu-tête. Sa tunique enrichie de larges orfrois sur la manche à la hauteur du biceps, au poignet et au col, était cependant d*une forme fort simple. Ses brodequins, ses chaussures ornées d'or étaient

pareilles à celles des hommes du peuple. Le manteau seul appartenait en propre aux hautes classes; il avait conservé la forme romaine.

L analogie n'existait plus entre le costume des femmes du peuple et celui des dames de haute lignée. Elles n avaient cependant en général la tète découverte ni les unes ni les autres et la cotte n*était toujours que le vêtement masculin allongé. Un drap de tête à bouts flottants ne laissait visible que la face.

Les nobles dames avaient le manteau traînant. Leur voile à longs plis dissimulait complètement la chevelure. U est à peine besoin de faire observer la ressemblance générale de ce costume avec celui que les peintres primitifs ont donné à la Vierge. Elle se complète lorsque sur le voile vient se poser une couronne.

Les monuments du x"" siècle, ceux mêmes du xi*", ne révèlent encore dans le costume que des modifications peu frappantes. La célèbre tapisserie conservée à Thôtel de ville de Bayeux, où se déroule, sur une surface de SIS pieds, Thistoire de la conquête de TÂngleterre par les Normands, et qui serait, d*après la tradition, ToBuvre de la reine Mathilde elle-même, démontre à quel point le costume civil avait peu varié depuis près de deux siècles. Saxons et Normands chassent, voyagent et dînent, vêtus encore d'un costume entièrement semblable à celui qui était en usage au temps de Charlemagne. Mais, lorsque la guerre éclate, les combattants nous apparaissent pour la première fois complètement armés.

Les croisades ; leur influence sur le costume. Période communale. Les gildes armées. ^ La première croisade marque le point de' départ de modifications importantes dans le costume civil comme dans le costume militaire. C'est alors qu'apparaissent les splendides étoffes dont le nom seul indique souvent Torigine asiatique : le baudac, le siglaton, le sarcenet, le tiretaiîi, le cendnl des plus riches nuances, tissés et brochés d or, tantôt épais comme le damas ou légers comme la gaze, importée aussi à cette époque. Ces tissus précieux et parfumés étaient taillés en bliauts à manches flottantes et à traîne, d'un caractère absolument oriental.

Maîtres des lieux saints, beaucoup de croisés se conformaient en bien des choses à la manière de vivre des Orientaux. Le costume devait se ressentir de ces concessions.

Si singulier qu'il pût être de voir la chevalerie chrétienne se vêtir à la mode des infidèles, il est incontestable -que le costume du xn"" siècle alliait à un haut degré la noblesse à la grâce. Le blfaut

COSTUMES. TBl

des dames, étroitement lacé, dessinait les formes du buste et tombait en plis abondants et fins sur la chaussure, tandis que les manches flottanter ♦ouchaient presque la terre. Le manteau, inséparable du bliaut, rachetait par Fampleur de sa ligne la justesse du vêtement de dessous. Un voile léger posé sur le front laissait transparaître la chevelure, partagée en longues nattes entremêlées d'or et retombant sur le corsage.

Il fallait, pour porter avec avantage un tel costume, une perfection de formes dont le beau sexe savait racheter fabsence par des artifices de toilette qui sont de tous les temps. On en voit la preuve dans l'énergie que saint Gerlac — qui vivait aux environs de Maestricht au XII*' siècle — mettait à condamner l'usage du corset, habituel à son époque et dont il s'appliquait à faire comprendre les conséquences funestes. Disons en passant qu'il ne se montrait pas moins sévère pour les hommes qui se frisaient les cheveux.

Plus court pour les hommes que pour les femmes, le bliaut était posé sur une robe longue h manches justes. Cette mode persista pendant plusieui's siècles avec des variations de coupe qui n'en altérèrent pas cependant le principe. Porté tantôt avec, tantôt sans ceinture, le bliaut s'appela successivement robe^ surcot, gardecorps, etc., et ne disparut qu'à la fin du xiv* siècle.

Les hautes classes trouvèrent de bonne heure dans les fourrures un nouvel élément de richesse pour le costume. On a vu que le vêtetement d'hiver de Charlemagne était fait de peau de loutre. Ce n'était point là une exception. L'emploi des fourrures répondait à une ^nécessité et, dans nos provinces, riches et pauvres en faisaient un égal usage. Mais, tandis que les artisans se contentaient de peau d'agneau, de chien, de chèvre, de lapin, les riches avaient Yermhie avec ou sans queues, le vair « menu » ou « gros », le gris, amenés h grands frais dans nos contrées. Les aristocratiques appartenances de ces fourrures, si précieuses encore de nos jours, se disent assez par leur emploi fréquent dans le blason. Il ne fallait pas moins de mille à quinze cents ventres pour former un costume.

Quoique la soie et le velours (velous) fussent les matériaux préférés par les hautes classes, on employa aussi de bonne heure les beaux draps qui se fabriquaient dès le xi'' siècle dans nos provinces avec les laines importées d'Angleterre et d'Espagne, d'où les noms de Engelsch Iaken, draps d'EnghIeterre, Spaensch laken, qu'on voit dans les comptes du moyen Age. On en faisait de qualités et d'épaisseurs diverses et aussi de couleurs et de dispositions variées. Être m. LO

a dans les draps rayés» voulait dire, à Liège, que ron appartenait à la bourgeoisie. A Gand, les magistrats gardèrent leurs robes rayées jusqu à Tépoque où Gharles-Quint leur enjoignit, pa^ la concession Caroline (1540), d*en porter d'une seule couleur : Dut de schepemn, pensionarissen, rentmeesters, clercien ende dienaeren hun niet meer en zullen mogen cleeden met ghestreepte lakenen. Il s'agissait donc d*ua privilège.

La prospérité acquise par les classes bourgeoises ne tarda pas à se manifester dans leur costume, et le luxe excessif de la noblesse peut être attribué, pour une part, au désir de ne point se laisser éclipser.

Quoi de moins conciliable au reste que des ordonnances somptuaires avec les institutions de ces communes flamandes où Tautorilé du prince ne parvenait le' plus souvent à se manifester qu'au prix des plus importantes concessions? Si les femmes et les filles du peuple ne portaient, dans la vie de chaque jour, ni robes à traîne, ni manches flottantes, elles n*en avaient pas moins, comme les grandes dames, leurs cottes et leurs surcots, leurs amples chapes de beau drap, leurs guimpes de fine toile et leurs chaperons à'eêcarlale de Gand ou de drap d'araigne^ coiffure des deux sexes, car le chaperon n'est, h l'origine, qu'une chape réduite.

Mais, à défaut d'ordonnances du souverain réglant la longueur, la coupe ou l'étoffe des vêtements, les métiers eurent de bonne heure une réglementation propre, dont il importe de tenir compte dans

l'étude du costume national.

On est trop enclin à voir dans les milices flamandes des corps indisciplinés, suppléant par le nombre et la vaillance aux vices de l'organisation. G est presque une croyance populaire que les métiers marchant pour la défense des droits de la commune n'arboraient leur bannière que pour la suivre comme ces bandes tumultueuses que les révolutions modernes recrutent au hasard. Que d'œuNxes artistiques et littéraires ont perpétué cette erreur !

Les métiers avaient, au contraire, une organisation des plus sérieuses, une discipline très-sévère. L'armement était absolument déterminé par les règlements de la corporation, et déjà au xni' siècle les villes flamandes avaient adopté pour leurs milices bourgeoises l'uniformité de costume et le wapen frock (cotte d'armes) d'une même couleur. Elles n'allaient au combat que complètement armées pour l'attaque comme pour la défense, et les pièces diverses de l'armement étaient imposées à chaque compagnon.

Le costume civil des gildes n'était pas moins sévèrement réglé. La gilde payait la robe de cérémonie du doyen, et les confrères pouvaient porter un chaperon semblable au sien. En tout temps, ils étaient tenus de se vêtir le mieux qu'ils pouvaient, pour Fhonneur du drapeau. Us ne pouvaient pas même se présenter devant les chefs en costume de travail. Quant à la robe de cérémonie, elle était choisie en assemblée générale, tant jpour la qualité de Tétoffe que pour sa couleur, et des inspections avaient lieu, à des époques déterminées, pour constater si les confrères tenaient leur costume en bon état. On le voit, le droit des métiere était sans limite en matière de costume.

De ce que beaucoup de monuments nous montrent les princes revêtus de Tarmure, on conclurait à tort que les seigneui^s du moyen âge ne vécussent que maillés et bardés de fer, le heaume en tête. Cependant Tarmure était bien devenue par elle-même un costume, costume fréquent, variable en son ensemble et ses parties, et non moins soumis aux fluctuations de la mode que le vêtement civil. Cest ainsi que lorsque, au xiv« siècle, nous voyons le haubert étroit et court se substituer à la cotte flottante, une transformation analogue s'opérait dans le costume civil. L'ampleur, dont les inconvénients s'étaient sans doute manifestés, faisait place à une justesse plus gênante encore et le vêtement des hommes, de très-long qu'il était, de\int alors très-court, la robe longue ne se conservant que comme costume de cérémonie.

Cette époque est remarquable pour beaucoup de singularités, non toujours exemptes de grâce cependant. L'influence orientale, en s'atténuant, n'avait point mis fin au luxe et celui de la bourgeoisie se dit assez par celte exclamation de la jeune épouse de Philippe le Bel à la vue des dames brugeoises : « Je croyais être ici seule reine! »

Le costume français, qui pourtant le cédait en richesse à celui des classes aisées de notre pays, avait trouvé en Philippe le Bel un ■ impitoyable adversaire du luxe. Une ordonnance de 1294 avait fait défense « à tout bourgeois ou bourgeoise de porter vair, gris, eremines » et leur enjoignait de se délivrer de ceux qu'ils ont, aux pàques prochaines. lï était en outre défendu aux bourgeois ou bourgeoises de porter des couronnes d'or ou d'argent. Ces seules défenses prouvent la richesse des parures de la classe moyenne, et l'exclamation de la reine de France s'explique ainsi bien mieux par le dépit que par l'admiration, à laquelle on l'a parfois attribuée.

On comprend d'ailleurs ce que devait être le luxe de cette ville de Bruges qui obtenait de première source les plus- riches étoffes et qui donnait elle-même au monde les plus beaux draps et les plus précieux joyaux.

La vive admiration pour la ligne élancée qui se manifeste dans les œuvres d art du Iciv^ siècle se traduit de même dans chaque détail du costume. La cotte des dames : cotte hardie, cotardie (fig. 4), dépourvue de ceinture, laissait à découvert les épaules et le cou, dessinant dans toute sa pureté rattache de la tête, la silhouette sallongeant encore par le relèvement des cheveux, retenus dans un réseau d*or. Les courtes manches du surcot laissaient flotter une bande étroite, tandis que la manche y / p du vêtement de dessous couvrait la main jusqu'aux

I / doigts. La chaiissure fort allongée devenait en même

^ — <^ temps la fameuse poiilaine, si rebelle aux censures ^'•K *• ecclésiastiques. Poulaine était synonyme de « polo-

naise », comme le prouve la dénomination anglaise de crackowa h la cracovienne ». On disait en flamand tuitschoen.

Le costume pour les deux sexes se portait mi-parti. 11 se complétait, pour rhiver, par l'adjonction d'un chaperon (cappruyn)ii camail adhérent et à très-longue cornette (fig. 5). Le bord du camail se taillait en becs. Les hommes se couvraient aussi parfois d'une simple coiffe (coof) nouée sous le menton et en tout semblable à celle que portent encore nos paysannes. La barbe se portait au menton seulement. La ceinture des dames se fixait au bas des reins et sous le surcot, dont les ouvertures latérales laissaient visible le vêtement de fond.

On trouvait de bon goût de varier à l'infini les couleurs d'un même costume. Chausses, cotte, chaperon, souliers, constituaient parfois six nuances différentes. Le clergé luimême n'échappa point à la contagion, car en 1360 le chapitre de la cathédrale de Liège lui fit défense de porter dorénavant des vêtements mi-partis, des chaperons découpés, des brodequins à pointe et de diverses couleurs.

Ce n'est qu'au xiv^ siècle que le chapeau se vulgarise. Ce retard n'a rien de surprenant, car le besoin d'une coiffure indépendante devait se faire peu sentir aussi longtemps que l'on porta le capuchon. Aussi le chapeau fut-il d'abord une coiffure de voyage Élisant

à la fois loflice de parapluie et de parasol et surtout adopté par les pèlerins. Le chapel, que Ton ne doit pas confondre à cette époque avec le chapeau ou le chaperon, n'avait été jusque-là qu'une guirlande d'orfèvrerie ou de fleurs comme le rosaire (roosen kratis) dont se paraient les deux sexes. Le chapeau se posa d abord sur la coiffe ou le chaperon. Il était de diverses couleurs. Le Vierge le portait vert, et il a conservé cette couleur pour les archevêques et les évêques, du moins dans les armoiries. Les anciennes miniatures nous montrent leà juifs coiffés de chapeaux jaunes et de forme élevée.

Le chapeau du xiv* siècle a généralement la forme d'une toque, dont le bord postérieur et latéral se relève, le bord antérieur s'allongeant en bec. Fait de loutre, de castor {bievre, beever) ou simplement d'étoffe, il est parfois surmonté d'une houppe, et pour ne point renoncer au chapelet, les seigneurs le posèrent par-dessus le chapeau. Le règne de celui-ci ne date toutefois que de l'époque où apparaît le collet, c'est-à-dire après que l'on eut renoncé au chaperon.

La mode des poulaines avait donné naissance à Tindustrie des patins de bois, dont lextréme longueur des chaussures et Tabsence de semelles avaient rendu l'usage indispensable. Ce métier de pattyn maker était très-important et absolument distinct de celui des cordouaniers {cordewanniers), cordonniers. Il avait à Gand ses privilèges spéciaux. Les dames n'avaient point reculé devant l'inconvénient des poulaines si gênantes pour elles; elles y voyaient l'avantage de pouvoir allier le luxe des longues robes à celui de l'étalage d'une chaussure enrichie de broderies.

Période bourguignonne. — Le costume flamand de la fin du xiv* siècle ne peut être cité comme un type de beauté. M. Viollet-Leduc va jusqu'à dire qu'il semble avoir pris l'étude du laid et du difforme comme point de départ, et Ton ne peut lui donner tort.

Quoi de plus disgracieux, en effet, que ces énormes peliçons fourrés qui faisaient de tous les hommes des ventrus (fig. 6) et montaient la taille des dames jusque sous les bras. Quoi de plus laid encore que ces combinaisons savantes de laiton, de crin, de fleurs, de toile d'or dont les femmes se coiffaient sous le nom '''* * d^escoffion, si ce n'est pourtant le grotesque bonnet (barrette) de

Jean sans Peur venant battre le front de sa pointe rembour-

rée(fig.7)?

^vJ^S^ Pour n'être pas beau, cependant, le costume du jourcoô- ^ tait cher, et les sanglantes agitations dont nos provinces Fig 7. furent le théâtre n'avaient pas empêché le luxe d'y prendre des proportions excessives à la tin du xiv* siècle. En 1385, le magistrat de Bruxelles avait interdit pour sept ans le droit de donner, livrées, n'exceptant de la prohibition que les valets de la ville, les lignages, les métiers et la grande gilde de l'arbalète et de lare. Ces livrées, que les seigneurs distribuaient, à certaines époques fixes, à leurs familiers, étaient de couleur uniforme et constituaient, pour ceux qui les portaient, une marque d'honneur. Notre pays donnait alors le ton, même à la cour de France, et le peliçou de Jean de Bourgogne n'y était pas moins bien porté que Yescoffion à cornes d'Isabeau de Bavière (fig. 8). Plus connue sous le nom de he^inin, celte coiffure fut, dit-on, importée en France par la jeune épouse de Charles VI. Fort censurée, on en faisait d'autant plus volontiers un instrument de perdition qu'elle offrait plus d'analogie avec la coiffure du diable. Dans notre pays, le hennin était si généralement porté, que, dans les premières années du xv* siècle, un moine fameux du nom de Thomas Conecte vint prêcher à Mons exclusivement pour en combattre la mode. Mais, une fois le fougueux prédicateur parti, le hennin fut repris et lorsque, un peu plus tard, sa forme se modifia, ce fut pour prendre des proportions plus excessives encore.

Bruges, Gand, Ypres, Courtrai, Liège, Tournai, Louvain, Bruxelles, Malines avaient rendu leur nom célèbre par les produits de l'industrie et par le commerce où s'enrichissaient leurs habitants. Bruges voyait affluer dans ses murs une population nombreuse d'opulents étrangers dont les demeures étaient montées sur un pied seigneurial. Toutes les industries de luxe y étaient représentées. Lorsque Philippe de Bourgogne y conduisit le duc d'Orléans en 1440, les négociants \inrent à sa rencontre tous à cheval et accoutrés comme des princes. Les classes ouvrières se ressentaient de l'abondance de l'or, au point que, selon l'expression d'un contemporain, « il n'y avoit si petit compagnon de mestier qui n'eust une robe longue de drap jusques aux talons. » Et Ion sait que le vêtement traînant était resté le costume d'apparat des seigneurs, comme le prouve le grand costume de Tordre delà Toison d'or fondé en 1429.

Fig. ».

Si le costume de cérémonie demandait la dignité aux vêtements larges et amples, les seigneurs élégants n'allaient par la ville que très-court-vêtus, s eflForçant d'avoir les jambes d'une maigreur extrême et la carrure d'une largeur excessive obtenue à l'aide d'épaules artificielles nommées mahoitres (fig. 9). Les tableaux du temps accusent assez ce caractère d'excessive sveltesse qui, pour les femmes surtout, était le beau idéal. Dans les tableaux du xv* siècle, le visage même des personnages prend une expression grave et triste qui souvent n'est pas dénuée de charme. Sans prétendre que les cassures excessives des plis qui se voient dans les œuvres d'art de cette époque existassent dans la nature, il est hors de doute que les artistes d'alors, les plus scrupuleux imitateurs qui furent jamais, n'ont pu que les exagérer un peu selon le goût du jour. La nature particulière des tissus donnait certainement des reliefs que ne donnent point les nôtres.

Un écrivain bourguignon : Duclercq, sieur de Beauvoir, qui écrivait au milieu du xv^ siècle, a laissé dans ses mémoires une intéressante description des costumes de son temps. « Les hommes se vestoient si court, écrit-il, que leurs chausses alloient presque jusqu'à la forme de leurs fesses. Ils faisoient fendre les manches de leurs robes et de leurs pourpoincts sy bien qu'on y voyoit leurs bras parmy une desliée (fine) chemise. La manche de la chemise estoit large ; ils avoient longs cheveux qui leur venoient par devant jusques aux yeux et par derrière jusques en bas. Sur leurs testes un bonnet de drap d un quartier et demy de haulteur et les nobles et riches grosses chaisnes d'or au col avecq pourpoinct de veloux ou de drap de soie et de longues poulaines à leurs souliers de ung quartier ou quartier et demy de long et à leurs robes gros maheutres sur leurs espaules pour les faire apparoistre plus gros et fournis. Leurs pourpoincts estoient garnis de bourre et s'ils n'estoyent ainsy, ils se habilloient tout long jusques en terre dérobes tantost en habit long tantost en habit court. »

Beauvoir ne décrit pas moins minutieusement le costume des dames. « Elles ne portoient plus nulles queues à leurs robes, mais des bordures de gris de letisses (fourrure grise) de veloux et aultres choses de la largeur d'un veloux de hault; elles portoient sur leurs

chiefs bourlels en manière de bonnets ronds et diminuant par dessus de la haulteur de demy aulne ou trois quartiers de lon§^, aulcunes moins, aullres plus et desliés couvre, chiefs (voiles) par dessus pendant par derrière jusques en terre avec ceinture de soye de largeur de quati'e ou cinq pouces, les tissus et ferrures larges et dorés pesant 5, 6 et 7 onces d'argent, de larges colliers d'or en leurs cols de plusieurs façons. »

Passant des nobles dames aux bourgeoises, la mode subissait sans doute des modifications. Pourtant, il fallait alors, comme de nos jours, compter avec cet acharnement des femmes h lutter d'élégance, et plus d*une œuvre littéraire du moyen âge nous édifie pleinement là-dessus.

Largement décolletée, la robe décrite par Duclercq exigeait en maintes circonstances une gorgerette. Les porti'aits du temps permettent de constater que les bourgeoises restèrent longtemps fidèles au chaperon, qui était aussi la coiffure habituelle des veuves. On le désignait dès lors sous le nom de huve ou hucque {huyke) donné par extension aux manteaux de femme en général lorsqu'ils couvraient la tête. C'était un chaperon à très-longue cornette, « coiffure des béguines et des femmes de petit et pauvre estât. » Aussi lui préféi^-t-on le hennin, qui avait le mérite de se faire voir et qui, privé de ses cornes, fournit encore une longue carrière.

Perdant en largeur par le rapprochement des cornes, le hennin avait fini par n'être plus qu'un cône gigantesque. Tout le monde connaît cet entonnoir recouvert de drap d'or atteignant une hauteur de plusieurs pieds et généralement entouré d'un voile (fig. 10). Il emprisonnait complètement les cheveux, et si, d'aventure, il s'en montrait sur le front, on les arrachait. Tout au plus tolérait-on une mèche en fer à cheval, l'accroche-cœur du temps. Par-dessus cette coiffure, les belles dames glissaient la couronne comme les hommes posaient le chapelet sur le chapeau.

Incommode, irrationnel, immodeste, mais non disgracieux, le hennin sut résister à trois quarts de siècle Kig 10. de satires et de censures. Pour les femmes jeunes, il avait le mérite de faire valoir la délicatesse des contours et ce fut là sans doute le secret de sa vogue.

Quoique assez élevés un moment, les chapeaux des hommes n'entrèrent point en lutte avec les coiffures féminines. Ils se développé-

rent plutôt en largeur. Sous Philippe le Bon, les enroulements du chaperon en avaient fait un turban ou plutôt un bourrelet surmonté dune crête d'étoffe, qui /ut sans doute loi'igine de la cocai*de (fig. 11). Il ne subsista de la cornette qu'une longue pente qu'on utilisa pour suspendre le chaperon demère l'épaule. Le personnage ne restait pas pour ^-^'l cela nu-tête ; il se coiffait d'un bonnet ou d'un chapeau, > ' ^ el il n'est pas rare de rencontrer, dans les miniatures, ^'ig. »« des cavaliers à deux chapeaux. Le morceau d'étoffe plissée, qualifié encore de chaperon ou de chaussetqMe porte à Tépaule la robe de l'avocat, est la dernière trace de cette mode.

La calvitie de Philippe le Bon, survenue vers 1460, mit fin au règne des longs cheveux. On ne vit pi us, à dater lie cette époque et jusqu'à la mort du duc, que têtes rasées sur les tempes et jusqu'à moitié de l'occipiUil pour imiter l'aspect de la perruque du maître.

Le costume des artisans se ressentait peu des modifications que nous venons de signaler. Le principe qui préside avant tout autre à la confection des vêtements populaires est l'économie. L'artisan même, de nos joui's, n a pas pour les diverses saisons des vêtements spéciaux. Par les temps froids, il renforce son costume par la superposition des habits et procède en sens inverse par les temps chauds. Dès le moyen âge, le paysan portait la blouse {keerl, cort keerl) ou la jaquette, vêtement des deux sexes. Un acte scabinal de 1446 mentionne une grise jaquette fourrée {AoMée) de blanc et noir, un cottriel (jupon), un cappron, un demi mantiaul, une houppelande, formant une garderobe de bourgeoise, le tout de binisnette, drap de qualité ordinaire. La A^ct^ était portée par les deux sexes; un acte des archives d'Ath mentionne une heucke d'homme.

Pour les femmes la cotte jaquette en forme de cloche est aussi mentionnée. A Mons, au xv* siècle, un vêtement de cette forme, hérissé intérieurement d'épingles et d'aiguilles, était endossé de force aux femmes débauchées. C'était, sous une forme irès-affaiblie, le célèbre instrument de supplice de Nuremberg.

Le Bréviaire Grimani conservé à Saint-Marc à Venise, œuvre dont l'origine flamande n'est pas douteuse, nous montre des campagnards vêtus d'un costume qui ne diffère pas trop sensiblement de celui qu'ils portent encore.

A quelque classe de la société qu'elles appartinssent, les jeunes filles se mariaient les cheveux flottants, les pauvres couronnées de fleurs, les riches d'un diadème d'or et de perles. Un fait touchant

qui se rattache à cet usage est mentionné dans les annales montoises. Un vieillard charitable du nom de Jean Sourine fit donation h la « Grande aumosne » d*une couronne d*or que les jeunes filles pauvres pouvaient porter le jour de leurs noces. Elle servit aussi longtemps que persista la mode de coiffer ainsi les épousées, c*està-dire pendant plus de deux siècles.

La renaissance. Influence germanique. Influence espagnole. Ordonnances DE Charles-Quint. — Jusque dans le costume, le xvi* siècle manifeste dès ses débuts un esprit novateur vraiment remarquable. Sous son influence, le hennin s'écroule et la chevelure naturelle, que plusieurs générations avaient cessé de considérer comme une parure, reconquiert enfin ses droits. Portée par les femmes en baudeaux lissés sur le front et les tempes, elle accompagne sur les joues la ligne décrite par un gracieux béguin de velours ou de drap sombre enrichi, pour les dames de qualité, dune bordure dor et de pierreries.

La chaussure, jusque-là si étroite et si longue, s'adapte au contour du pied, qui prend naturellement son assiette. On voulut mieux encore; après s'être fait, pendant un siècle, des pieds diflFormespar leur longueur, on se les fit d'une largeur monstrueuse. Le maillot étroit qui faisait dire de ceux qui le portaient qu'au « despouiller » ils étaient « comme lapins qu'on escorche », se fractionne en haut et en bas de chausses constituant deux vêtements distincts, dont le dernier a conservé son nom de bas en français, de cauches en wallon et de komen en flamand.

Les vêtements sont mieux appropriés aux nécessités climatériques. La coiffure n'adhère plus à la robe, les manches n'ont plus la bourre destinée à élargir la carrure (fig. 12). Les hommes, enfin, portent leurs cheveux naturellement, gagnant même la nuque, et la barbe pousse en pleine liberté. Bref, la réaction se fait dans un sens que l'on qualifierait peutêtre aujourd'hui de réaliste.

On se montre en même temps un peu plus sobre ^'*^ ^* dans l'emploi des riches étoffes de velours et d'or. Les di-aps du pays avaient été longtemps dédaignés par les hautes classes, et Philippe le Beau, désireux de relever la draperie, interdit l'emploi du drap d'or et du velours.

Tandis qu'en France le costume se rapprochait visiblement du

type italien, notre pays, comme TEspagne, se ressentait de l'influence germanique.

La plume d'autruche, moins rare depuis la découverte du cap de Bonne Espérance, s'épanouissait sur la toque des cavaliers et des dames, comme sur le heaume de l'homme armé. Le chapeau s'était agrandi, ses bords se découpaient en festons et les larges ouvertures du costume de dessus laissaient voir le beau linge si délicatement ouvragé qui préparait la voie aux dentelles. Dans nos contrées aussi, comme en Allemagne, quoique h un moindre degré, les deux sexes faisaient un grand étalage de joyaux. On peut voir, dans les portraits du temps, les mains des personnages chargées dé bagues à chaque doigt. Nos orfèvres étaient d ailleurs arrivés à une juste célébrité. Ceux d'Anvers furent fréquemment les fournisseurs des cours étrangères.

Cependant l'influence germanique n'alla point chez nous jusqu'aux exubéi-ances caractéristiques du style allemand. Le costume flamand du \\f siècle conserva toujours une sévérité de ligne et de couleur qui n'excluait point la richesse dans le choix des matériaux.

Leshommes,coiffés d'une toque gracieuse souvent ombragée d'une plume, ont le visage encadré de cheveux coupés droits sur le front et tombant en longues mèches sur les joues. La toque, inclinée sur l'oreille, est retenue quelquefois par une résille ou une coiffe, ou bien, suspendue à un cordon, elle flotte sur l'épaule. Le paltrock, tunique à manches bouffantes, à plusieurs rangs de crevés, est serré à la taille par une riche ceinture qui supporte la dague. La jupe, à plis droits et réguliers, laisse le genou apparent. La tunique n'a point de collet, et pour les deux sexes une guimpe de toile flnement ouvragée, serrée à la gorge par une bande d'orfèvrerie, couvre le • haut du buste qu'il n'est cependant pas rare de voir entièrement nu pour les hommes comme pour les dames (fig. 13). Le vêtement de dessus est une ample cape bordée de fourrures, à plis réguliers et pourvue de manches qu'une ouverture antérieure permet de prendre ou d'abandonner à volonté. Les gants, complément indispensable du costume, ne sont point toujours de même cou- ^'f *' leur. Us sont généralement décorés de crevés comme le reste du costume. Dans sa jeunesse Charles-Quint était ainsi accoutré.

La robe des dames est traînante et à jupe rigide. Une riche cein-

lure châtelaine entoure la taille. Sur la coiffe se pose une toque qui ne diffère pas trop de celle des hommes. Les femmes de toute condition font volontiers étalage de leur beau linge ; non-seulement ad • buste, mais au coude, la manche était fractionnée à cet effet. Les femmes du peuple remplacent la ceinture riche par un ceinturon de cuir où pendent l'escarcelle et tout l'attirail de la ménagère.

Pour se faire une idée du luxe que savaient déployer nos cités aux grands jours, pour se faire surtout une idée de cet amour des beaux habits, assez général dans .toutes les classes de la société pour qu'il soit permis de le comprendre parmi nos caractères nationaux, il faut lire les relations des solennités qui eurent lieu à divei'ses époques dans nos principales villes. Les fêtes offertes à Charles- Quint à l'époque de son avènement ne furent sans doute pas étraugères à ses ordonnances contre « le grand désordre qu'est entre nos vassaux de nos pays de par deçà au fait de leurs accoustrements pour trop excessifz. » Les édits contre le luxe de 1531, 1545 et 1550 sont des sources précieuses de renseignements pour l'histoire du costume dans nos contrées. Malgré leur rigueur, ils furent médiocrement respectés et nous voyons les successeurs de Charles- Quint les reprendre.

Son fameux édit de 1531 défendait absolument l'usage des draps d or et dargent. Le velours et le satin cramoisi étaient rései-vés aux princes, margraves et comtes chevaliers de la Toison d'or ou bannerets de vieille souche « tenant bons chevaux ». L'usage du veloui^ n'était toléré pour les autres sujets que s'ils tenaient trois chevaux de selle, dont deux devaient avoir seize paumes et demie de haut au moins. Passé Noël, aucun tailleur ne pouvait confectionner de nouveaux habits que sur présentation dun certificat de l'officier chargé de rinspection trimestrielle des toilettes.

11 est à. peine besoin de dire combien ces ordonnances allaient à rencontre du but qu'elles prétendaient atteindre. Attribuant à un petit nombre d'individus le pouvoir d'humilier par des signes extérieurs la masse des citoyens, elles ne pouvaient qu'encourager chez d'autres la tendance à franchir les limites arbitraires qu elles élevaient. Aussi la bourgeoisie continua-t-elle à faire parade de ses richesses. Lorsque Guichardin vint à Anvers « qu'hormis Paris lu ne trouveras ville de çà les monts qui en richesse et puissance la puisse seconder, » il y fut frappé du luxe de costume des habitants. « Pour ce jourd'huy, dit-il, les hommes et les femmes de tout âge se habillent fort bien et toujours ha nouvelles et belles façons et

beaucoup plus richement et pompeusement que la civilité et honnesteté ne requiert, » « 11 est vrai, dit plus loin notre auteur, qu'en plusieurs manières les pauvres gens sont mangez des riches. »

Si Ton put voir l'Angleterre adopter, sous Elisabeth, les extravagances de la mode française comme une protestation contre Tenvahissement des idées espagnoles du règne précédent, il n'en fut pas de même chez nous, malgré le voisinage de la France. Les voyageurs français sont au contraire frappés de la sobriété relative du costume flamand. Nos précieuses dentelles se portaient moins encore dans le pays quaux cours de France ou d'Angleterre. Mais tout en évitant l'éclat, le costume flamand avait grand air (fig. 14).

Les crevés et les bouffants avaient généralement disparu. Pour les deux sexes, le corsage montant et quelque peu rembourré avait des manches plates. Le collet relevé laissait voir une petite fraise plisséc qui se répétait aux poignets. La coiffure ordinaire était alors une toque haute, garnie sur le devant d'une plume frisée; les deux sexes la portaient. Le pourpoint n'avait presque point de basque et la trousse sphériquc ne descendait même plus à mi-cuisse. Le soulier d'étoffe était fait à la forme du pied. La belle épée à grands quillons, à vaste coquille, pendait obliquement à la ceinture, où la dague était passée par derrière. La cape espagnole dépassait à peine la trousse. Elle était ordinairement munie d'un capuchon (fig. 15). Le drap employé pour la confection du costume était relevé de bandes de velours. La botte haute et très-juste, déjà adoptée par les cavaliers au XV*' siècle, s'était généralisée. On la conserva même* avec la cuirasse et les brassards, car l'armure complète nétait plus alors qu'un costume de joute ou de parade.

Le deuil avait été, de la part de Philippe II, l'objet d'une réglementation révère en Espagne. Dès le xv** siècle, les usages observés pour le port du deuil dans notre pays sont invariables. Peut-être PhilipjKî II jugea-t-il superflu de les prescrire par des ordonnances

Kig. 14.

Fig. 18.

Fig. 17.

particulières â nos provinces. Les chefs du deuil saffublaienl d'un chaperon noir dissimulant entièrement le visage et que Ion portait avec ou sans manteau (fig. 16).

Le caractère frappant du costume féminin était Tévasement de la jupe dépourvue de plis (fig. 17). De là les nombreuses figurines de femmes-sonnettes et de femmes-gobelets que Ton rencontre dans les collections d'antiquités. I^ corsage était trèsjuste, les manches formant aux épaules de forts bourrelets. La cape diflFérait peu de celle des hommes. Elle avait souvent des manches flottantes. Les broderies d'or, d'argent et de soie que Charles-Quint qualifiait de « nouvelles inventions » dans son ordonnance de 1550, avaient fini par envahir tout le costume. Elles en faisaient la principale richesse.

La coiffure des femmes, relevée en rouleaux, donnait au front un gracieux encadrement. Le chignon était pris sous une coiflFe plus ou moins riche, plus ou moins ornée de dentelles. Le béguin de toile des bourgeoises n'exhibait que parcimonieusement la chevelure dont rétalage était un objet de constante censure de la part de lautorité ecclésiastique. La démarche lente et les robes à traîne ne provoquaient pas moins ses critiques, qui d'ailleurs étaient écoutées, si Ton en juge par le soin que mettaient les Brabançonnes à se trousser et à s'embéguiner dans leurs huques. Elles avaient pour arranger leurs manteaux un art particulier et formaient autour d'elles comme une niche où se perdait le buste, au point de rendre la coquetterie de nul effet (fig. 18 et 19).

Les ménagères, court-vêtues, avaient la guimpe de toile et le tablier et allaient les bras nus. Les épousées laissaient toujours

Fig. M.

Fig. 1».

flotter leurs cheveux. Enfin le deuil des femmes se portait avec un long manteau et un large rabat de toile posé sur le vêtement noir. Les ordonnances de Charles-Quint avaient arriéré d*un siècle le costume des campagnards. Leur veste : buis (diminutif de wambuis) était sans basques, leurs chausses étaient encore collantes, et seuls ils avaient conservé la braguette, qui leur servait en même temps de poche.

Fin du xvi* siècle. — xvn® siècle. — Influence française. — On sait les extravagances de la mode française sous Henri III. La poupée des modes eut bientôt transporté en pays étranger la vaste fraise — qui valut au roi un si cruel afiront de la part des étudiants de Paris, — le manteau réduit aux proportions d*un collet, la longue trousse étroite et même le ruban d*ordre, qu*il fut le premier à substituer au collier de chevalerie.

Petit à petit les hommes et les dames en vinrent à s emprisonner le cou dans des collerettes à plusieurs rangs de dentelles, et les corsages allèrent s*allongeant en pointe, à mesure que les hanches se développaient par remploi de ce fameux bourrelet connu sous le nom de vertugadin (fig. 20).

L*usage des dames françaises de ne sortir que masquées ne semble pas s*être introduit chez nous. En Espagne, une ordonnance de 1586 le défendait sous peine de trois mille maravédis d'amende.

Lorsque, en 1598, le duc de Biron vint en ambassade à la cour de Bruxelles, il fut très-étonné de voir que les dames qui se pressaient sur son passage n*étaient point masquées. Lambassadeur décrit ainsi le costume que portait l'archiduc Albert pour sa réception :

<c 11 estoit assez bien vestu d'un bonnet (chapeau de haute forme à bords étroits) de velours avec pierreries non trop belles et des plumes grises, et autour de l'enseigne du bonnet des frisons incarnats et bleus, qui sont les couleurs de l'Infante. Un collet de senteurs (une fraise) et un pourpoint dargent et d'or. Des bas attachés noirs, une cape et une épée et une chaîne d'or au col, où estoit le portrait de l'Infante. » Rubens a fait de l'archiduc Albert un portrait dans un costume assez semblable à celui que décrit Biron.

L*année suivante Tarchiduchesse faisait son enlisée à Anvers. Sa haute coiffure conique où s'étageaient les pierreries était surmontée d'une aigrette. Sa fraise énorme et la coupe générale du vêtement se ressentaient de la raideur espagnole* en dépit des concessions faites au goût français. Un de ses portraits peints par Rubens reproduit avec soin tous les détails de ce costume.

Pendant la première moitié du xyu"^ siècle, les hommes conservèrent Tusage des cheveux courts et dressés sur le front.

A mesure que nous pénétrons dans le xvii*' siècle, nous voyons s atténuer dans la mode 1 influence espagnole et l'influence française gagner du terrain. Les bords du chapeau s*épanouissent, le manteau s'allonge et la trousse fait place à une culotte flottante {flodder broeck) (fîg. 21). La botte de cuir à canon évasé, le soulier à hauts quartiers, à talon élevé se généralisent. I^s femmes voulurent à leur tour se grandir en se perchant sur des patins souvent élevés d'un demi-pied et s exposant ainsi à de fréquents accidents.

La mode française détrôna aussi la fraise à tuyaux qui, après avoir éperdu de sa rigidité, finit par disparaître entièrement. Les dames voulurent avoir, Fij» ** comme les Françaises, de hautes collerettes en éven-

tail, y adjoignant toutefois des guimpes et des bavolets du plus beau point dit d'Angleterre et qui était en réalité de fabrication belge.

Le long séjour de la reine mère à la cour de Bruxelles contribua pour une bonne part à propager en Belgique le goût français. Les hommes, à l'exemple des gentilshommes français, en vinrent à porter les cheveux longs et bouclés, la moustache frisée, des canons de dentelles à leurs bottes, etc. A son arrivée en Belgique (1634), le cardinal-infant s'en indigna fort. Lorsque, le i**' novembre, il reçut à Louvain les députés du Brabant, il s'emporta à la vue de quelques seigneurs vêtus à la française. Avisant, entre autres, le fils du marquis d'Aytone, il le gourmanda d'importance et lui intima l'ordre d'aller sur-le-champ se faire tondre à l'espagnole. Le jeune homme en pleura.

11 n'est pas inutile de rappeler à ce propos qu'un bando de Philippe IV faisait défense de porter les cheveux plus bas que l'oreille et décrétait que nul ne serait reçu en audience royale ou ministérielle s'il contrevenait h cette ordonnance.

Le prince Ferdinand lui-même était vêtu non en cardinal, mais complètement de velours noir, avec de hautes bottes de maroquin, un chapeau à bords relevés des deux côtés a lespagnole et lecharpe rouge du commandement.

Cette simplicité de costume était strictement observée h la cour de Madrid. Le port des dentelles y avait même été interdit par Philippe IV et la prohibition ne tut levée que pendant le séjour en Espagne du prince de Galles, qui fut plus lard Charles I".

Mais toutes les rigueurs du cardinal-infant n empêchèrent pas la mode française de faire son chemin, car en 1640 nous voyons les chapeliers de Bruxelles, Anvers, Mons, Valenciennes, Lille, etc., se plaindre du tort tait à leur industrie par l'introduction des chapeaux français « si bien faits qu à première vue tout le monde en désire. » A la suite de leurs réclamations, les chapeaux français furent prohibés h rentrée.

La mode des cheveux longs nous venait de France. La calvitie de Louis XllI, absolument comme celle de Philippe le Bon, donna la vogue aux perruques, dont profitèrent surtout les roux et les teigneux qui nous ont laissé le mot tignasse. Ces chevelures postiches firent fureur en Belgique et en Hollande, et les censures ecclésiastiques les combattirent vainement.

Dans la seconde moitié du siècle, la mode française régnait en souveraine, et sous son empire on vit les belles Flamandes faire des étalages depaules auxquels leur beauté ressentie devait certainement donner un grand charme. Il y a tout lieu de croire qu'elles abusèrent un peu de la chose, témoin le curieux placard de lG8i contre les hmnodesties à Véglise, où il est dit que les femmtîs paraissent à leglise d'une manière dissolue et se vont voir découvertes comme si elles n'avaient d autre envie que de corrompre les hommes, pourquoi il leur est fait défense d'entrer dans féglise la gorge découverte, de se placer en avant, etc.

Les dames aussi adoptèrent fusage des cheveux longs et frisés encadrant le visage, le chignon faisant forte saillie.

Les corsages exagérément ouverts remirent en usage la capeline et la guimpe de toile que Ton porta conjointement avec la huque. Dans les provinces brabançonnes, celle-ci était surmontée d'un pompon (tig. 22.). Dans les Y^i. Flandres, au contraire, les plis de ce man- ^'J' " teau se projetaient sur le front en une gouttière : tuit (tig. 23), dont

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