IST
Mravaux de botanique que par les services qu il rendit aux âuti'es
bmtiches des scienceâ naiurelles; ces derniers sont loin cependant tsans importance, Ses ouvrages contiennent des faits iiiléres- "ânbpourla miuéralogîe. En mologîe, il publia un livi-e oii sont décrits pour la première fois une quantitc considérable d'animaux êSûtiqiiês, et eutre autres le dronte, si commun dans les lies de Franee et de Bourbon pendant le xvii^ siècle, et qui a aujourd'hui complètement disparu du monde*
Le célèbre naturaKste dont nous venons d'esquisser les travaux étiit d'AiTâs; mais il serait bien difficile de voir en lui plutôt un botaniite français qu'un botaniste belge* Non-seulement la ville JAmis faisait Ji cette époque partie de la Belgique, mais ce tut à Loyvain et à Gaiid qull lit ses études de droit, et à Anvers qu il fit iiprioïer ses ouvrages. En outre, comme fa dit Charles Morren, [ toites ses relations étaient l^elges ; les résultats de ses recherches
kdirigeaieot toujours vers la Belgique, qu*il regai^ait à juste titre mmt sa patrie, car toute sa vie prouve qu*il s'occupait beaucoup mmriâ de la France que des Pays-Bas ei de l'Allemagne. Linné le plaçait dans fécole belge, n
Nous pouvons égalemeal revendiquer comme Belge le botaniste MâUhias de TObel qui naquit à Lille, en 1538, d*une famille belge cTorigide, eut, comme de TEscluse, des relations constantes avec la Belgique et se fixa pendant plusieurs années à Anvers, où furent iaipriraés sas ouvrages. On y trouve les premiers fondements de la méthode naturelle; en cela il fut supérieur à ses prédécesseui^s Motm et de fEscluse, et Ion a pu le regarder comme ayant été, au XVI' siècle, te précurseur de Jussieu, de même que Ion a vu dans oeas te précurseur de Linné* Ses qualités comme botaniste ont
' hautement appréciées par Cuvîer dans les lignes suivantes qui nïûntrenl les progrès importants réalisés par de TObel : a On apervoitdaus les ouvrages de de fObel le sentiment des tamitles natu- ^tlûs; plusieurs même y sont assez bien distribuées : ainsi les f^meiis, les orchis, les palmiers, les mousses y sont déjà séparés «t caractérisés a peu près comme ils le furent plus tard dans les f^uvrages modernes. Les labiées, les personnées, les ombellifères y ^nl aussi rapprochées les unes des autres, mais beaucoup d'autres plantes y sont encope pêle-mêle. Toutefois le désordre y est beaucoup moindre que dans les ouvrages antérieurs, et Ton y voit clai-^ ^^Mmi un certain progrès. Il est surtout remarquable que chaque **ieiioii soit précédée d*nn tableau synoptique des divisions Ues
plantes. Ces divisions, quoique encore mal faites, pourraient conduire à la détermination des espèces et des genres. Enfin, c'est dans de rObel qu'on trouve pour la première fois la distinction tranchée des plantes monocotylédones et des plantes dicotylédones. Cette séparation est aujourd'hui fondamentale en botanique et y tient le même rang qu en zoologie la division des animaux en vertébrés et non vertébrés. »
Seconde moitié du xvi*' siècle. — Les savant* belges a l'étranger. — La prodigieuse activité scientifique qui règne en Belgique pendant la première moitié du xvi® siècle, et dont nous venons de constater Téclalante manifestation dans les grands travaux des Mercator, des Dodoens, des de TEscluse et des de TObel, devait malheureusement être brusquement arrêtée par les tristes événements qui signalèrent cette époque. Au moment même où Ton pouvait espérer que la Belgique allait devenir, dans les sciences comme dans les arts, la première nation du monde, la déplorable domination espagnole et les persécutions religieuses enlevèrent à notre pays ses savants, ses hommes de lettres, ses philosophes les plus illustres. L'émigration devint générale, et comment ne leût-elle pas été, lorsque nous voyons en 1544 le grand Mercator accusé d'hérésie, emprisonné pendant quatre mois dans la forteresse de Rupelmonde, n'échapper au bûcher que grùce à l'intervention du clergé de l'université de Louvain, alors que cinq de ses coaccusés étaient condamnés à la peine capitale?
Pendant une longue période de temps, notre histoire scientifique se poursuit, non en Belgique, mais en France, en Allemagne, en Russie, en Italie, en Angleterre, en Hollande surtout, où nos savants allèrent porter des talents qu'ils n'auraient pu utiliser dans leur malheureuse patrie. Gérard Mercator, quelques années après son emprisonnement, partit pour Duisbourg, où il se fixa. Dodoens et de l'Escluse furent appelés comme professeurs à l'université de Leyde; de rObel se rendit en Angleterre, où il fut le médecin de Jacques I". Citons encore le mathématicien Arnould de Lens, qui se rendit à Moscou, Van den Bosche qui s'établit h Paris, Henri Brucoeus (1531- 1593) d'Alost, qui se retira h Rostock, Desmet de Bruges, qui se réfugia à Leyde, Valerius Reynartius qui fixa sa résidence à Rome, le géographe Judocus Hondius à Amsterdam, le Gantois Loevinus 'Hulsius à Francfort-sur-le-Mein, Pierre Montanus de Gand, en Hollande, Nicolas Mulierius, qui devint professeur de mathématiques
et de médecine à Groningue, les deux Van Balbian, Gaspard Van Baerle d'Anvers, Isaac Beeckman et enfin Philippe Van Lansberge (1561-1632) de Gand, Pierre Plancius de Dranoutre (45S0-4622), Simon Stévin (1548-1620), Adrien Van derSpiegel, Jean de Laet,etc.
Pierre Plancius, qui naquit vers 1550 à Dranoutre, commune de Farrondissement d'Ypres, et que ses opinions religieuses entraînèrent en Hollande, où il ouvrit un cours de navigation, fut un géographe remarquable et se signala surtout par les services éminents qu'il rendit à la marine hollandaise. Mais il mérite également une place distinguée dans l'histoire des progrès de la physique. Le premier, il fit une table des déclinaisons de laiguille aimantée en différents points de la terre, grâce aux observations que lui communiquèrent des navigateurs hollandais, anglais et espagnols, et qu'il recueillit « non sans grands despens et trauval continuel, » dit Simon Stévin qui reproduit cette table et appelle son auteur le très-docte géographe Plancius. « Et ce de divers quartiers et coins de la terre, tant de ceux qui sont près que de ceux qui sont loin, tellement que quand les pilotes, en général, trouveront par cette manière les havres et les pays comme aussi aucuns en particulier les ont desja trouvez, le mesme Plancius sera à bon droit tenu pour le premier deceste invention. » Plancius mourut à Amsterdam en 1622, deux ans après Simon Stévin, auquel il nous faut consacrer une courte notice.
Simon Stévin, né à Bruges en 1548, est sans contredit le plus grand homme, le génie le plus complet que nous présente Thistoire des sciences physiques et mathématiques de notre pays. Par la variété et la profondeur de ses travaux, qui embrassaient non-seulement les mathématiques pures et toutes leurs applications, mais les sciences politiques, les langues, la philosophie, les sciences physiques ou naturelles, l'art de la guerre; par son habileté étonnante dans les constructions mécaniques; par la grandeur de ses découvertes dont plusieurs ont eu des conséquences incalculables sur l'avenir des sciences ; par les découvertes non moins grandes et utiles qu il entrevit et prépara et que Ion trouve en germe dans ses écrits, il a mérité l'admiration et la reconnaissance de tous ceux qui s'intéressent au développement des connaissances humaines.
Nous ne parlerons pas ici des œuvres militaires de Simon Stévin ; nous ne nous arrêterons pas non plus à ses inventions mécaniques, i ce chariot à voiles qui rendit son nom fameux dans toute l'Europe «l que célébrèrent en vers l'illustre Grotius et Constantin Huygens,
BELGIQLE MORALE ET INTELLECTOELtE.
père du grand géomèlie hollandais. Nous nous bornerons h dire quelques mots de ses travaux scientifiques propremem dits-
Larillimétique dojl (i Stëviii rintroduelion du calcul décimal» et cesL d tort qu on lui a contesté la gloire de celle invention. Tout au plus pourrait-on prétendre que la première idée lui en a été inspirée par la division décimale du rayon qu*employaieni avant lui plusieum géomètres pour exprimer le rapport delà circonférence au diamètre ou pour calculer les tables des sinus. Mais on ne peut refuser à Stéviii rhonneur d'avoir le premier compris la simplicité et la généralité de l'emploi des tractions décimali?s dans les calculs, et de les avoir le premier appliquées dans toutes les opérations de larilbnié* tique usuelle. Les ouvinges de Lyte, Hume, Beyer, Oughtred, etc*, dans lesquels il est question des tractions décimales, sont poster ieum h la publication de la disme oti Stévin,pour la première tbis,en donna la théorie. En algèbre, il est Tinventeur de la notation des puis* sauces par leurs exposants, notation qui, disail-il, « donne tella fàcilité pour toutes computations algébraiques que ce qu'à plusieum serait impossible de comprendre leur sera tacile. w 11 indiqua même, pour représenter des quantités radicales, (a notation des exposants fractionnaires, dont, longtemps après. Newton introduisit lemploi dans le calcul analytique et qu'il crut pouvoir sattribuer» La sUaitique, restée slationnaire depuis Archimède, doit à Simon Stévin la détermination du rapport de la puissance au poids sur un planincliné; il prouva Je premier, que ce rapport est égal au rapport d© la hauteur du plan h sa longueur, et, de ce théorème dont il donna une dénionstmtion extrêmement ingénieuse, il déduisit une décou verte d'une immense portée, un principe fondamental qui contient' la statique presque tout entière, le principe si fécond de la compo sition des forces que Ton a attribué à tort à Varignou, et qui Q*est autre, comme l'a tait remarquer Lagrange, que le tliëorème de Stévin sur l'équilibre de trois forces parallèles et proportion nelleift aux trois cotés d'un triangle quelconque* On trouve dans son Traité dliydrostatique tous les principes relatifs aux pressions exercées pap les liquides et l'évaluation de ces pressions pour les cas dune sur face plane, horiîsoutale, verticale ou oblique, U est le premier qui ail entrepris cette évaluation; le premier qui ait découvert et démontré le paradoxe hydrostatique que la pression qu un liquida exerce peut être de beaucoup supérieure ik son poids* Le traité de Simon Stévin fut traduit par le savant hollandais Snellius, dont le nom se rattache â celui de Stévin par une particularité assez curieuse.
ISrtriû déoouvril le paradoxe hydrostalique do m on a ikh honneur à pascal; Siieilîus, les lois de la réfractioo de la lumière que roti teigne habituel lemeul sous te nom de lois de Descartes, et que, luivaui le léïûoigîiage assurémeiu peu contestable dHuygetis, Saelexposa le premier dans un manuscrit que Descartes eut eulre lus peadatit son séjour en HoUatide*
s un aussi rapide aperçu des principaux travaux de Stévîn, ne ieruiis que mentioïnier son Appefidlx de iliydrosta tique, oix fûD peut constater qu*il connaissait la pesanteur de lair ; sa Pradique k la géamétîif, dans laquelle on trouve, suivant la remarque qui en zéi^ faite par M, Chasles, « le point de départ d'tine méthode de rmation de tigures qui a pris plus tard de lexteiisioii entre les de Lâhira et de Newton ; n son Astronomie, qui le range pîmi les iiétenseurs de Copernic, à une époque où la théorie de la lobilitéde la terre ét^nil vivement attaquée; son Traité de yéograplm, »iaas lequel d donne une théorie des marées Ibrl remarquable pour son tempSt etc.
Signalons cependaîil encore, avant de quitter notre grand géomètre, résprit philosophique qui présidait à la composition de ses ouvrages. Nous en indiquerons un exemple qui ne nous semble pas fflfâ intérêt* Le lj\Te de la géographie contient un chapitre intitulé kktikhvtomie^ dans lequel Simon Slévin expose avec netteté le piiuuipe de cette méthode» par laquelle « se peuvent expliquer avec {fiflde certitude toutes les parties d*uo tout ou les espèces d*un genre que l'on veut descrire; qui plus est, que ce qui est premier en la nature se peut commodément approprier en son lieu, et ce qui soit après; tellement que ce qui se dit n*est pas démonstré par une cliQse suivante ignorée» mais par un précédent cognu. » 11 montre rimportauce de cette méthode, les avantages quelle présente, et iiidinue le procédé à suivre pour arriver à une division dichotomique; il en fit, du reste» fréquemment usage et ses œuvres présentent de nombreux exemples de tableaux construits conformément au [iriacipe de la dichotomie. Si Ton songe au parti que Lamarck a M de t'iniroduction de cette méthode dans Tétudede la botanique, introductiou qui a été pour lui un titre de gloire; aux services qu elle ftnd tous les jours, on trouvera sans doute que Stéviti a droit aussi t quelque reconnaissance, non pour avoir découvert la dichotomie, Mm m se servait avant lui, mais pour en avoir compris toute la portée, et rou se rappellera cette phrase de notre auteuj' au sujet de sa n4jtauoii des exposants iVactionaairL'^ si souvitnt employée aprè^
lui : « II pourrait avenir que cette souvenance causer^t à un autre quelque avancement. »
Les œuvres mathématiques de S. Stévin furent traduites, annotées et réunies en un volume in-folio par Albert Girard qui, à ce titre seul, mériterait une place dans notre histoire scientifique. A. Gérard est l'auteur de plusieurs ouvrages fort remarquables dans les sciences mathématiques. L'ouvrage intitulé : Invetition nouvelle en algèbre, qui parut en 1629, donne pour la première fois la mesure des angles solides et celle des surfaces des triangles et plus généralement des polygones sphériques ; Girard y indique, huit ans avant Descartes* l'usage des racines négatives en géométrie. La trigonométrie lui est aussi redevable de plusieurs procédés nouveaux, et il est permis de croire qu'il eût fait faire aux mathématiques des progrès considérables, si le défaut de ressources et une mort prématurée ne l'avaient empêché de terminer ou de faire paraître de nombreux travaux, entre autres son ouvrage sur les porismes d'Euclide, dont il annonçait la publication prochaine.
Nous avons cru devoir consacrer quelques lignes à ce savant remarquable, nonseulement parce qu*il aida puissamment à la propagation des œuvres de Stévin« mais aussi parce que certains indices, à défaut de preuves positives, nous ont porté à croire que Girard était Belge. Disons d*abord que Ton ne possède aucun renseignement sur sa vie. On ne donne ni le lieu, ni la date de sa naissance; on sait seulement quMl mourut en 4633, et qu*il laissa sans ressources sa veuve et ses enfants, ce qui inspire à Montucla cette réflexion que « les porismes d*£uclide sont une mine qui ne vaut pas celles du Pérou ou du Potosi. » La plupart des biographes qui ont parlé de lui le considèrent comme Hollandais. Le seul argument que Ton puisse invoquer à Tappui de cette opinion est que les ouvrages de Girard furent publiés en Hollande; mais il en est de même des ouvrages de plusieurs savants belges qui s*^taient réfugiés dans ce pays, et entre autres des travaux de S. Stévin ; le nom de Girard n'indique pas une origine hollandaise, et toutes ses œuvres ont été écrites en français, ce qui semblerait indiquer que le français était sa langue maternelle. Il serait donc permis de douter que la Hollande fût sa patrie; mais on trouve dans le dernier ouvrage de Girard, son édition française des œuvres de Stévin, publiée à Leyde en 4634, et dédiée par la veuve de Girard aux états généraux des Pays-Bas, la preuve bien convaincante que Girard n'était pas Hollandais. Dans plusieurs des notes ajoutées par lui, il indique les travaux qu'il compte entreprendre ou publier, et se plaint des difficultés qu'il éprouve, par son peu de fortune, à mettre ses projets à exécution. L'une de ces notes contient les lignes suivantes : « Estant icy en pays estrange, sans Maecenas et non sans pertes, avec une grande famille, je n'ay pas le loisir, ny le pouvoir d'escrirc icy tout ce qui y pourroit estrc convenable. » Girard, dans les titres de ses ouvrages, fait d'ailleurs connaître sa patrie, en se disant c< Samielois. » Mais à quelle localité peut s'appliquer le mot Samielois, dont aucun biographe, à notre connaissance, n'a cherchée pénétrer la signification. Il ne peut se rapporter à aucune localité de la
HoUande et il oe convieot pas davantage aux localités des Flandres, bien que ^eurs historiens présentent Girard comme un géomètre flamand. Les deux seules hypothèses que Ton ait faites au sujet de la patrie de Girard sont donc erronées. Les écrivains français ne le revendiquent pas comme compatriote, et, éD reste, une semblable prétention ne nous paraîtrait pas plus admissible que les éeax opinions généralement reçues, le mot Samielois ne pouvant pas plus s*appiiqaer à la France, qù*aux Flandres ou à la Hollande. N*impliquerait-il pas que Girard était de Viel-Salm ou du moins de Tancien comté de Salm? On sait que les Inbitants de Viel-Salm sont encore aujourd'hui désignés sous les noms de Samiens ooSamiots qui ne diffèrent pas beaucoup de Samielois. Girard, en admettant qu'il fût de Viel-Salm, ne se fût pas désigné comme Samien ; car nous avons trouvé deax passages où il emploie ce mot avec Tacception qu'on lui donne habituelle- ■ent, c'est-k-dire comme signifiant de Samos. Restait donc le mot Samiot qui jemble une expression familière, une espèce de diminutif auquel Girard doit avoir, ti notre hypothèse est exacte, substitué le mot Samielois.
Parmi les nombreux savants que les persécutions religieuses forcèrent à quitter la Belgique, et au nombre desquels il faut peut-être placer Girard, grand partisan, comme Stévin, du système de Copernic, qu'il eût été dangereux alors de défendre dans un pays où l'inquisition était toute-puissante, nous trouvons un autre défenseur de ce système, l'astronome gantois Philippe Van Lansberge, auteur de tables dont les astronomes se sont servis pendant longtemps, et de différents autres ouvrages se rattachant à Tétude de l'astronomie. Ces ouvrages donnèrent lieu à une vive polémique dans laquelle un professeur de Louvain, le docteur Froidmont, voulant combattre les idées de Van Lansberge sur la mobilité de la terre, lui adressa cet argument, que sans doute il jugeait irréfutable: « La terre doit être au centre des cieux, car au centre de la terre se trouve Tenfer, qui doit être aussi éloigné que possible des cieux. »
Pour terminer cette revue des savants qui, pendant la décadence des études dans notre pays, portaient à l'étranger la gloire du nom belge, nous citerons encore deux grands naturalistes : Adrien Van derSpiegel (4578-1625) de Bruxelles, et Jean Delaet (1593-1649) d'Anvers.
Van der Spiegel, né à Bruxelles en 1578, fut appelé à occuper à Padoue la chaire d'anatomie et de chirurgie. « Il s'acquitta de ses fonctions avec tant de succès, dit Paquot, que le sénat de Venise, pour le récompenser, l'honora, le 25 juillet 1623, du titre de chevalier de Saint-Marc et lui fit remettre un collier d'or. » Par ses ifavaux en botanique. Van der Spiegel peut être classé parmi les fondateurs de l'histologie, de Fanatomie et de la physiologie végètes. Il eut aussi le mérite d'avoir, le premier, composé des herbiers
qu il appelait jardins d*hiver, horii hyemales, et d'avoir donné des indications utiles sur la manière de les préparer.
Jean Delaet, qu*il ne faut pas confondre avec Fastrologue liégeois qui porte le même tiom, naquit à Anvers en 1593|; mais, en 4624,1 habitait déjà la ville de Leyde, où furent publiées la plupart de ses œuvres. Il se distingua à la fois comme géographe, comme historiei et comme naturaliste. Dans son principal ouvrage, son Histoire ii nouveau monde ou Description des Indes occidentales, une large [Wt est faite aux sciences naturelles, et Ton y trouve, pour la -premièitj fois, la description et la figure exacte d'un certain nombre de plantai j et d'animaux remarquables, que ses fonctions de directeur de II ' compagnie des Indes occidentales lui permirent de se faire envojer directement d'Amérique.
Troisième période. — Décadence scientifique. — xvii* et xvni*8il- CLES. — On comprend assez que si la Belgique avait pu consenrar les hommes remarquables dont nous venons d'indiquer les œuvres, ils auraient exercé une influence profonde sur le développement des sciences dans notre pays. Cette influence ne tarda pas à se muft* fester dans les pays voisins, assez heureux pour recueillir les fipuïs de ces travaux, tandis que la Belgique opprimée, ruinée matériellement par les guerres, intellectuellement par les pertes immenses qu'elle avait faites dans le domaine de la pensée, descendit peu à peu du rang où elle était parvenue.
A l'université deLouvain, l'enseignement des mathématiques, qui y avait été négligé depuis la mort de Gemma Frisius, se releva pendant quelque temps sous Adrien Van Roomen, plus connu sous le nom d'Adrianus Romanus (1561-1615). On doit à ce savant distingué une détermination du rapport de la circonférence au diamètre, plus exacte que celles que l'on avait calculées avant lui ; un traité d'astronomie élémentaire; un autre traité sur les triangles sphériques; un ouvrage intitulé Spéculum astronomicum, et qui a pour but rexpO" sition des phénomènes de la sphère céleste ; puis la réfutation d0 prétentions de Scaliger au sujet de la quadrature du cercle, réfpl^ tion qui contient sur les mathématiques des idées d'une grande ju^ tesse et se rapprochant de la conception de Viète, dont l'applicatio devait faire faire à l'algèbre la plus grande partie de ses progrès Mais après Adrien Romain, la décadence des études mathématiqu6 ne tarda pas à se manifester à l'université de Louvain.On n'y trouu plus pour les représenter que Jean Sturmius (1559-1650), qui le
HISTOmE DES SCIENCES PHYSIQUES, ETC,
im
Bseîgrm en vers dans ses ouvrages parsemés d*énigmes et d'épiimmes, et qui fit de la botanique en cherchant dans la rose de irkhû Hmage de la sainte Tiinité. L'admirable ihëoiie de Copernic, iéfendue en Hollande par Stévin» Girard et Van Lansberge, était, à i méroe époque, conibattue i Louvain avec une aveugle opiniâtrelé 'Thomas Fienius (1566-1631), dont l'ouvrage sur la comète de ironlienl cependant quelques idées sages, et par IJbert Froidmi dont iious avons vu plus haut la bizarre argu monta tioiu yrius Puteanus {la74-164(i), leur collègue, « grand faiseur de I livres, ïî disait le PèreNiceron.et donl les ouvrages appartiens nt l>eaucoup plus aux lettres qo aux sciences, n'occupe qu*un bngbieu secondaire parmi nos mathématiciens* Si les proiesseui-s de l'université de Louvain que nous venons de ^riVurent qu'un rôle fort eflacé dans notre histoire scientifique» tut pas de même des deux naturalistes Anselme Boêce de It (1550-1 G32), et Jciiii-Baptiste Van Helmont (1 577-1644).
principal ouvrage du premier, son Hiiiiinre des gemmes et des
Tfs firt^demes, marque un progrès important dans l'étude de la
Bînéalogie. On y rencontre plus d'exactitude, de précision, de mé-
de que dans les tnvaux publiés jusqu'alors* Pour la première fois»
caractères des minéraux sont définis avec netteté; Timportance
rdilive de ces airaclères esl disculée avec soin; pour la première
[fais aussi, les minéraux sont classés méthodiquement. De Boodt y
oorie une échelle de dureté qui peut être regardée comme ayant
tmde type aux échelles de dureté employées après lui. En lin, près
Fon siècle avant que le Bolonais Domenico Guglielniini posât les
fondamentales de la cristallographie, de Boodt sut entrevoir
ries lois de b crislallisation et assujettir à ces lois l'art de tailler les
^ptrm précieuses*
V;ui Helmont est surtout connu dans fhistoire des sciences phy-
fquespar ses recherches sur les corps gazeux qui le placent parmi
^te fondateurs de la chimie pneumatique* Le premier, il désigna ces
orps iQus le nom de gaz, qui est resté dans la science. Il ne parvint
ITos, il est vrai» à les recueillir, à les isoler; mais il en étudia les
'îffOpriétés» reconnut qu'il existe des gaz de natures différentes, con-
jUla i'idéûtité de celui qui se produit dans la combustion du char-
Wm le gîîz que Ton obtient dans la fermentation, dans laclion
i icide sur le carbonate de chaux, ou celui qui se dégage de
I WAtts eaux minérales^ etc.
Ou lui doit une expérience, bien souvent répétée après lui, mais
dont il donna une explication inexacte : celle qui consiste à montrer la diminution de volume que la combustion fait éprouver à lair, ei faisant brûler une bougie sous une cloche de verre renversée sor une cuvette contenant de l'eau. En physique, il donna peut-être h première idée de la construction du thermomètre en constatant qnie leau contenue dans un appareil formé dune boule terminée par m tube de verre monte ou descend suivant la température du milin ambiant. En géologie, il fit preuve d'un esprit sagace et observate» en voyant dans les coquilles et les plantes fossiles non des jeux de la nature, mais la preuve d'un ancien séjour de la mer sur le oon* tinent. On trouve parfois, il est vrai, dans ses ouvrages, uneofédulité singulièrement naïve; lorsqu'il dit, par exemple, que l'eank: plus pure peut en se corrompant engendrer des vers, des grenouille»,* des sangsues. Mais, à côté de ces préjugés qui dominaient encore I cette époque les esprits les plus distingués et auxquels il ne sut pu se soustraire, à côté des écarts d'imagination qu'on lui a souvent, reprochés, il faut placer toutes les idées neuves, justes, originales» profondes, tous les faits nouveaux introduits par lui, et l'on recoanaîtra que Van Helmont a rendu aux sciences des services considérables, qu'il n'a pas été au-dessous de l'immense réputation dontfl jouissait de son temps.
Vers la même époque, lastronomie eut pour représentants es Belgique, deux hommes distingués, Godefroid Wendelin (1580-1660) et Michel Florent Van Langren. Le premier, né à Herck, se fitsw*tout connaître par son ouvrage sur l'obliquité de l'écliptique, et par celui qu'il publia sur les éclipses de lune observées de 1573 jusqu'ea 1643. Le second, qui habitait Bruxelles, est auteur de l'une desplos anciennes cartes de la lune. Son nom est resté attaché à l'une de» montagnes de notre satellite, la montagne Langi^enus, et rapprit ainsi le souvenir du ti^vail important de notre compatriote, auquel la sélénographie doit d'ailleurs une partie des noms par lesquels sont désignées aujourd'hui encore les montagnes lunaires.
Malgré le mérite de Van Langren, on ignore la date de sa nai** sance, celle de sa mort et même le lieu. où il est né, et pour lequ* on hésite entre Anvers et Malines. Cette ignorance suffirait à prouv* combien les sciences étaient alors négligées; mais le peu d'émuU tion qu'excitaient dans le pays les études scientifiques se manifes^ dans un fait bien plus caractéristique, c'est que, pendant un laps C temps considérable, presque tous les travaux qui parurent en B^ gique sont dus à des savants appartenant au clergé ou aux ordni
religieux. Comme aux époques les plus sombres du moyen âge, ce Q*était plus qu'à Tombre des cloîtres ou des presbytères que Ion pouvait trouver le repos nécessaire pour se livrer à Tétude des sdences. L'ordre des jésuites, tout-puissant alors, fournit aux sciences m certain nombre d'hommes remarquables dont les travaux jettent encore un assez vif éclat sur cette désastreuse époque. Mais leurs leçons fiirent stériles et, s'ils formèrent des élèves qui se distinguèrent dans les sciences, c'est dans leurs rangs seulement qu'on peut les trouver. Ni le rare mérite de leurs savants, ni la haute valeur de leur enseignement, qui éclipsait alors celui de l'université de Louvain, ne purent réveiller dans le pays le goût des études scientifiques, dont trop de préoccupations écartaient les esprits. Nous essayerons de retracer quelques-uns de leurs travaux qui furent utiles lia science, mais que la Belgique était alors incapable d'apprécier.
Nous rencontrons d'abord François d'Aiguillon, né à Bruxelles (1556-1617), sous la direction duquel l'enseignement scientifique commença à se développer dans l'école que les jésuites établirent à Anvers. Son principal ouvrage est un volumineux traité d'optique. On y trouve une exposition fort détaillée de la projection orthographique, de la projection scénographique et surtout de la projection sléréographique. Plusieurs des principes géométriques de cette dernière sont dus à d'Aiguillon et ce fut lui qui proposa pour la désigner la dénomination qu'on lui a conservée. On constate dans cet ouvrage que d'Aiguillon s'était préoccupé de la vision binoculaire dont il donna une théorie dite des projections, et qu'il avait été frappé de la différence que présentent les images produites par un objet dans les deux yeux, fait important dont les conséquences développées de nos jours par Wheatstone et Brewster, devaient donner naissance à la construction du stéréoscope.
Grégoire de Saint-Vincent( 1584-1667) qui, pendant quelque temps, servit d'aide à d'Aiguillon, et qui professa les mathématiques à Anvers, à Louvain et à Gand, est le plus célèbre des savants belges appartenant à l'ordre des jésuites. Leibnitz plaçait son nom à côté de ceux de Descartes et de Fermât, et disait que ces trois hommes avaient *^ plus utiles à la science que l'école de Galilée et de Cavalleri; I^rtes, pour avoir indiqué la manière de représenter les lignes W des équations; Fermât, pour avoir découverte méthode des ^ma et minima; Grégoire de Saint- Vincent, pour ses nombreuses ^admirables inventions en géométrie. Ses profondes recherches ^ la quadrature du cercle, qu'il poursuivit longtemps avec perse-
BELGiaiîE MORALE ET INTELLECTUELLE.
vérance,ne le couduisireiH pas au but qu'il espérait atteindre; rai elles enrichirent ta géométrie d'un grand nombre de faits nouveauï et de méthodes ingénieuses. « L^ouvrage de Grégoire de Saint-Vincent, dit Montucla, est un vrai trésor, une mine riche de vérités gt^mé* triques et de découvertes importantes et curieuses. Tels sont u» multitude de théorèmes nouveaux sur les propriétés du cercle et de chacune des sections coniques; la sommation géométriquement dé duite des termes et des puissances des termes des progressions; d moyens sans nombre de quarrer la pambole, et de mesurer les s lides de circonvolution des sections coniques; la mesi^re absolu de quantité de corps comme les onglets cylindriques sur des base circulaires, elliptiques, paraboliques ou hyperboliques; la fonnatî d'une multitude de nouveaux corps susceptibles de co'nsidératio géométrique, et qu'il mesui^e par la méthode qu*il appelle : DticU plani ui planum; telle est encore la symbolisation de la paraboli avec la spirale, qui n'est qu'une parabole enveloppée ou roulée circi lairement d*une certaine maniérée. »
Le grand ouvrage de Grégoire de Saint-Vincent, sur la quadratui du cercle, intitulé: Opm ijeometneum fiuarfratura' drciiU et seclionu cmi, produisit une vive sensation dans le monde savant et donna \k à une discussion à laquelle prirent part lïescarles et Huygens, qi démontrèrent la tausseté de la solution donnée par noire corapa triote. Mais, tout en le combattant» ses illustres adversaires n*< apprécièrent pas moins la profondeur et la féconde activité de s< génie mathématique.
De même que François d*Aiguillon et Grégoire de Sainl-Vinceni André Tacquet{ 161 2- 1660) enseigna les mathématiques h récoleqi les jésuites avaient tbndée à Anvers. 11 publia sur larithmétique, géométrie et la trigonométrie, plusieurs ouvrages élémentaires qi sont écrits avec clarté; mais celui de ses travaux qui contribua le pU à étendre sa réputation est son traité sur les corps cylindriques a annulaires, quun géomètre distingué, coutempoi'ain de Tacqu Etienne de Angelis, qualifiait de Opus aureum dans la préface de so traité De infiuiiis jmraboUs, m^vimé h Venise en lfi59.0n regrette voir que, dans son AshvntnnieM savant jésuite belge, sous lempire préoccupations religieuses, se soit rangé, avec Fieniuset Froidmon du côté des adversaires du sy>lème de Copernic. Cette coïncidence entre les doctrines professées sur ce point à runivei^ité de Louva et dans rétablissement rival dirigé par les jésuites fut probablemei bien moins le résultat d'une conviction réelle qu'une conséquen
HISTOmE DES SCJEPJCES PHYSIQUES, ETC.
TnéritaWe de la pression exercée sur reûseignement par les ordres
v«(ius de Rome. On voil, en effet, que dans une lettre adressée le
l*' septembre 1633 à runiversité de Louvain au nom du sacré collège,
I nonce apostolique imnonce rempnsonneraenl de Galilée et défend
i professeï' sa doctri ne-
L'école scientifique que les jésuiles' avaient établie à Liège fut
Hti Savoir le mi^me éclat que celle d'Anvers. L*un des professeurs
cette école, François Linus, né à Londres (1595-1675), s'est
quis cependant une certaine célébrité dans rhistoire de la physique
t discussions avec Boyie, au sujet de réiasticité derair, et avec
m, h loccasion de rcxpérience du spectre solaire* Mais, dans
165 dia' tissions, le professeur de Liège ne se distingua guère que
*la pauvreté de ses arguments et l'étrangeté de ses théories. Un
uire jésuite, Antoine Lucas, qui, après Linus, fut aussi professeur
fécole de Liège, s occupa comme lui de la dispersion de la lumière;
Us expériences contirmèrent les principaux résultats obtenus par
emon; mais il reconnut que, tout en employant un prisme dont
îangie était à fort peu près égal k l^angle du prisme employé par
mon, et faisant rexpérience dans les mêmes conditions que lui,
tespectre qu'il produisait avait une longueur beaucoup moindre que
die qu'avait constatée Nev^-ton.A moins que le résultat observé par
^eprotësseur de Liège ne provînt d*une imperfection de sa vue, il
îpoux-ait être dû qu'à l'inégalité des pouvoirs dispersifs des pris-
[©« employés par lui et par Newton. Ce résultat, s'il eut été alors
bien interprété» aurait tait faire un grand pas h la science; il avait
|»our conséquence la possibilité de ]*achromatisme des lentilles, qui
[ne fut démontrée que bien longtemps après par Dollond.
l*luTiiêurs autres savants belges, a-iparlenant îi Tordre des jésuï- ' tes. se firent reiBarquer au xvn^ siècle par leurs travaux ou leur enseignement. Nous mentionnerons Odon Van Maeicote de Bruxelles (IS7î-t6L*;), auteur d*un ouvrage sur Tusage des astrolabes et du plajiisphère ; le Montois Charles Malapert(lo81-Lj30),que Delambre tit^avec éloge dans son Histoire de Vastrommie, et dont il indique ^ méthode graphique pour trouver l'angle de Fécliptique avec la intridien; le Bruxellois Jacques Durand (159H-lfi44); Charles de la faille d^Vnvers (1397-1652); Alphonse de Sarassa (1618-1667) et Nntois Aynscom (1624-1660). qui priient le parti de Grégoire de SainhVificent dans la discussion que souleva la publication de son <ïpr3ge sur la quadrature du cercle; enfin, trois missionnaires, f^mis Xoël (1651-1729), Antoine Thomas et surtout leur prédé-
cesseur Ferdinand Verbiest de Bruges (1620-1688), qui, envoyé comme missionnaire en Chine en 1659, y transforma rastronomie chinoise et parvint à y réformer le calendrier, réorganisa lobsenitoire, qu'il garnit d'instruments européens, et fut nommé président du tribunal mathématique de lempire.
Notre histoire scientifique ne présente plus, jusqu'à la fondatioD de l'académie en 1772, qu un très-petit nombre de travaux intéressants. Dans la deuxième moitié du xvii** siècle, nous ne trouvons plos guère à signaler que deux noms, ceux de deux prêtres, François Va Sterbeecke d'Anvers (1631-1693), et René-François De Sluze d§ Visé (1622-1685).
La botanique est redevable à Van Sterbeecke de sa plus ancienoe çionographie de famille. Nous voulons parler de son ouvrage sur les champignons, intitulé Theatrum fungorum^ et imprimé à Anvers en 1675. Le grand nombre d'espèces trouvées par Van Sterbeecke, sa nomenclature simple et méthodique, la scrupuleuse exactitude de se3 descriptions, permettent de le regarder comme l'un des fondateurs de la science des champignons, science fort peu avancée aa xvn« siècle, et à laquelle le livre de Van Sterbeecke fit faire de grands progrès.
François De Sluze est un des mathématiciens qui, avant l'invention du calcul différentiel, contribuèrent le plus à étendre et à perfectionner les procédés de l'analyse, considérée surtout dans ses applications à la géométrie. L'ouvrage où il réunit les résultats de ses recherches est très-peu volumineux ; il renferme néanmoins beaucoup de faits géométriques nouveaux, de méthodes ingénieuses, plus simples ou plus générales que celles de ses prédécesseurs, pour la détermination des maxima et des minima, pour la construction des tangentes, pour la résolution des équations algébriques a» moyen d un cercle et d une section conique, etc. Les rapides progrès des sciences mathématiques' et surtout l'admirable invention du cal cul différentiel ont fait perdre à l'ouvrage de Da Sluze TimportanC qu'il avait au moment de son apparition ; mais il n'en présente p^ moins un grand intérêt dans l'histoire des mathématiques et compt parmi les plus remarquables qui furent publiés alors; c'est assuré ment l'un de ceux qui caractérisent le mieux l'état de perfectionne ment où elles étaient arrivées avant l'époque où les travaux immoi tels de Newton et de Leibnitz donnèrent à la science une voie bie plus large et des méthodes bien plus fécondes.
Avec De Sluze et Van Sterbeecke, disparaissent les derniers repn
HISTOIRE DES SCIENCES PHYSIQUES, ETC. ili *
sentants des sciences en Belgique pendant le xvii'' siècle. Après eux, noQS les trouvons tombées dans Fétat d'abaissement le plus déplorable. Les malheurs sans nombre qui pendant si longtemps désolèrent le pays avaient fini par y détruire toute activité scientifique. ATuniversité de Louvain, la décadence était complète. En 1691, on y voit la &culté des arts défendre à l'un de ses professeurs, Martin- Élienne Van Velden, de soutenir une thèse dans laquelle il affirmait h certitude du système de Copernic ; lui ordonner de supprimer cette thèse ou de la modifier de manière à la rendre moins compromettante, et, pbur avoir refusé d'obéir à ces injonctions, le punir d'une amende, l'exclure pendant trois mois de la faculté, le priver pendant ce temps des émoluments ainsi que des honneurs et privilèges attachés à sa position.
LA. Stévart a publié, en 1871, sur ce curieux épisode de notre histoire scientifique, un mémoire plein d*intérél, auquel nous renvoyons le lecteur ; on y verra Ibsaite de quelles circonstances Van Velden fut réintégré dans ses fonctions, et, dereou plus prudent, trouva le moyen de ne plus éveiller Tombrageusc susceplibilitéde ses coUègues. 11 admit avec Copernic le mouvement des planètes autour Al soleil; mais il se garda de mettre la terre au nombre des planètes et s*abstint néme d'en parler. « Dans une thèse soutenue en 1695 par un élève du Faucon <le?aat Van Velden qui présidait la séance, dit M. Stévart, on trouve cette marche Bettement indiquée, et plusieurs cahiers du cours d*astronomie de Louvain nous Tout montrée généralement suivie pendant un siècle. » En 1689, un professeur de ranirersité d*Utrecht, Jean Luyts, zélé aristotélicien et grand ennemi de la philosophie de Descartes, rejetait aussi dans son Astronomica instUulio le système ^ Copernic. L*ouvragc du savant hollandais était certes un anachronisme, qui proorerait qu*à Utrecht les études astronomiques étaient également bien arriérées; nais la condamnation formelle de ce système par la faculté des arts de Louvain, 1« procès fait à un professeur coupable de Tavoir enseigné, la punition qui lui fat infligée, la méthode qui fut suivie ensuite et qui consista à mutiler la vériié et, «"il est permis d*employer celle expression, à expurger la science, nous paraissent des faits bien plus significatifs : ils caractérisent en quelques traits, non-seulement l*2baissamcnt des éludes, mais, ce qui est plus grave, la soumission de la science ^l^aotorité religieuse et par suite la disparition de Tesprit scientifique qui n'admet P^ ({u'une autorité quelconque puisse, par des considérations étrangères à la science, renverser des faits scientifiquement établis.
Pendant les dernières années du xvn* siècle et la première moitié ^^ niii*, la vie intellectuelle, presque entièrement éteinte en Bel- P?ue,ne s'y manifeste plus que de loin en loin, par quelques travaux généralement très-secondaires et se rattachant à des branches toutes spéciales des sciences. Tel est, par exemple^ l'ouvrage du chanoine Poignard, de Bruxelles, sur les carrés magiques ; tels sont encore les ouvrages de François Bresmal (1660-1722), dT.dmond Nessel ,
de Warner Xhrouet, de G. De Paire, de Philippe Depresseux, de Joseph Rega (1690-1754), de Servais de Villers, de Philippe di Limbourg sur les eaux minérales de Spa, de Tongres, d*Aix,di Mariemont, de Huy, etc.
Ces ouvrages, sans importance au point de vue de la scicDce, ne présentaient guère qu'un intérêt purement local. G*est ainsi que le livre do François Bresmal sur les eaux minérales de la fontaine de Saint-Gilles, à Tongres, fut publié à la suite d'expériences publiques et solennelles faites le 24 août 1700, à la demande des magistnto de la ville, pour établir que toutes les propriétés de ces eaux 8*mcordaient entièrement avec celles de la célèbre fontaine dont Pline, dans son Histoire naturelle, avait donné la description et vanté iee qualités curatives. Les résultats de ces expériences, alternatiTemeol proclamés en français et en flamand par les docteurs Bresmal et Verheyen, furent accueillis par les acclamations enthousiastes de h foule, la sonnerie des cloches et les salves d'artillerie. On cbnçoil, en effet, l'intérêt qu'avait la ville de Tongres à faire reconnaître qœ la fameuse fontaine décrite par Pline était bien la fontaine de Tongres et non celle de Spa, comme l'avaient dit Fisen, Guichardioet Ortelius; toutefois, en laissant de côté cet intérêt, et n'envisageant que la valeur scientifique du livre, on y trouve une analyse faite aifcc soin, il est vrai, mais qui prouve combien la chimie était encore pea avancée à cette époque.
Si aux ouvrages que nous venons d'énumérer nous joignons le Traité des sections du cône par le géomètre montois Le Poivre (....- 1710), ouvrage qui place son auteur parmi les promoteurs d'une méthode de transformation fréquemment employée aujourd'hui 6t qui permet d'étendre aux sections coniques la plupart des propriàés du cercle ; si au Traité de Le Poivre nous ajoutons les ouvrages moins importants publiés par le professeur de l'université de Lonvain,Lepage,etpar quelques jésuites qui furent professeurs àLiége< Laurent Gobart (1658-1753), Jacques Gooden, Edouard Slaught» (1655-1729), Christophe Maire (1697-1767); les recherches phy^ ques et météorologiques d'Adam Braun (1702-1 768) qui ne parure* pas en Belgique mais à Saint-Pétersbourg où notre compatrio s'était établi, et où il était devenu membre deJ académie des science^ un mémoire que Pierre Geuns, de Maeseyck, fît paraître à \en\(y en 1768, sur la construction des aimants artificiels ; enfin, quelque ouvrages de physique du Liégeois Le Ratz de Lanthénée qui semb s être fixé à Paris où ses livres furent imprimés, nous aurons drc^
km fnafuère h peu près complète le bilan scientifique de la Belgique isquîi l'époque où lacadéinie de Bruxelles se tbrma sous tes auspices Marie-Thérèse •
QuATruÊMe PÉRioi»B. — Fin m xvnf siècle et cosraiENCEMEïtT du xiV. - Réveil uês sciences. — La créaliou de cette grande institution ddée à une époque, ou, suivant les paroles éloquentes de Lesbrousl, « OD aurait dit que les esprits, perdant insensiblemeiH leur ueur el leur activité naturelle, allaient retomber dans Tinertie slé- ! des siècles d'ignorance» « fut pour la Belgique un immense urait, et produisit dans les sciences comme dans les lettres une folutioji heureuse et rapide» Quetelet a aftîrmé avec raison que, la dernière partie du xvin" siècle, Thistoire des sciences et betles-Jetlres en Belgique est pour ainsi dire tout entière dans ti-avâux de faocienne académie de Bruxelles, Un coup d'œil jeté ces tra^-aux justifiera pleinement cette assertion. calcul infinitésimal, alors encore complètement ignoré dans if s, y apparaît pour lu première fois, cultivé avec succès par commandeur de Nieuport (1746 1827), que ses travaux mirent relaiion avec d*Alembert, Bossut, Condorcel et les plus illustres itarHs, el qui plus lard fui appelé avec Van Mons (1765-1842) à lîineur de taire partie de Tlnstilut, Bournons, qui était attaché imme professeur de raalhémaliques au collège Thérésien de s, y représenta aussi, mais avec moins d*éclat, la haute anaméléorologie, dont Têtu de a reçu de nos jours de si grands eloppements, y est lobjet de mémoires théoriques de Tabbé 1809) et de Tabbé de Needham (1713-1781), et reille les nombreuses observations, les premières qui soient bien nues pour la Belgique, faites par Tabbé Chevalier, le baron de lé. Du Kondeau, labbé de Wiliy, auxquelles il faut ajouter d*observations régulières faites de 1784 ii 1787, au moyen irtôiruments comparables par Tabbé Mann, La chimie y est repré- \i\ét principalement par Itî professeur de Tuniversité de Louvain Bochaute, qui tut Tun des premiers à se familiariser avec les .neîi alors nouvelles de Lavoisier, et le premier qui eût proposé iiûploi du gaz de la houille pour le gonflement des ballons; par fiers aussi (1748-1824), qui aida Van Bochaute dans ses expéel auquel on doit la première idée de rapplication de ce gaz récbimge des villes. Les sciences zoologiques n'y sont pas uégliniats, dans la plupart des travaux qui s y rapportent, oii constate
Rérie *
i74 BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
que les membres de Tancienne académie se préoccupaient surtout! côté utile et pratique et que, suivant Texpressiou de M. Van Beoede « la culture de la science pour la science, seule capable à*vm des progrès réels par la conquête des faits, était encore peu co prise et encore moins appliquée. » La même tendance domine au dans les travaux se rattachant à la botanique; on y remiarque si tout un mémoire de Burtin (1743-1818) sur les végétaux utiles i Pays-Bas, dans lequel Fauteur, en 1784, signale déjà la better comme pouvant remplacer la canne à sucre. Enfin, c'est dans cinq volumes publiés par Tancienne académie que Ton trouve premières recherches sur la constitution géologique du pays, et premiers travaux de paléontologie. Ces travaux sont dus à Fil Mann, dont la féconde activité se reportait successivement sur too les branches des sciences naturelles, à Tabbé dïverlange de Wil à Burtin, auteur d'un volumineux ouvrage sur les fossiles des ei ron3 de Bruxelles, et surtout à De Launay et à Robert De Limbou dont d'Archiac, dans son Introduction à Fétude de la paléontoloj a fait le plus bel éloge en déclarant qu'« au point de vue théofi et pratique, on doit reconnaître que De Limbourg et De Lau étaient réellement fort avancés pour leur époque, et que leurs i( comme leurs travaux ne le cédaient en rien à ce que nous montré leurs contemporains les plus éclairés en Italie, en Allema et en Angleterre. » L'astronomie seule n'y est cultivée que par étrangère ; on y trouve Charles Menier, l'abbé Chevalier, le te de Zach, Nathaniel Pigott, l'un des premiers astronomes qui i cupèrent des étoiles changeantes et des étoiles doubles ; et ei Fabbé Mann, remarquable par Fétendue et la diversité de son sa et qui, en astronomie, possédait une connaissance approfondie tous les progrès que la science avait faits.
En dehors des travaux académiques, la fin du xvni* siècle ne i présente que bien peu d œuvres scientifiques belges dignes de que intérêt, et encore leurs auteurs avaient-ilâ, en général, quiti Belgique. Nous mentionnerons les ouvrages du botaniste Nat Joseph de Necker (1729-1793), auquel on doit la première flore ait paru dans les Pays-Bas; elle fut publiée en 1768 sous le ti Deliciœ gallo-belgicœ. De Necker fit partie, comme associé, de F demie des sciences de Bruxelles, mais il paraît être resté étrai aux ti'avaux de ce corps savant. On cite aussi parmi les Belges en dehors de nos firontières s'occupèrent d'études scientifiq Ant. Chaudoir, de Spa (1749-1824), qui fut professeur à Funive
de Fraaeker, Robert de Lo-Looz( 1730-1786), quimourut à Paris, où il publia des recherches se rattachant à différents points des sciences physiques, enfin Charles De Villers, qu'on croit être né dans le pays è Liège et qui en 1789 fit imprimer à Lyon, où il s'était établi, un ounage assez étendu sur Fentomologie.
La suppression de l'académie en 1794, l'occupation de la Belgique par les armées françaises et son incorporation à la France arrêtèrent brusquement le mouvement scientifique qui avait commencé à se produire. L'étude des sciences physiques ou mathématiques y sembla de nouveau presque entièrement abandonnée; les sciences naturelles, moins délaissées, donnèrent encore lieu à quelques travaux qui ont survécu : on y voit que, malgré les nouveaux désastres qui frappaient le pfeiys, le culte de la science et l'esprit d'observation n'y avaient pas encore disparu. Nous devons signaler en première ligne Fauteur de la plus ancienne carte géologique de notre pays, le doyen des savants belges, le vénérable d'Omalius qui, en 1808, fit paraître sa géologie du nord de la France, et qui depuis, par ses nombreux travaux, a si puissamment contribué aux progrès de la géologie et de la paléontologie. Nous citerons en second lieu le chimiste Van Mons, connu depuis 1785 par la publication de son Essai sur les frimpes de la chimie antiphlogistique, et qui, en 1796, fut. nommé membre associé de Flnstitut de France.
Quelques botanistes belges s'attachèrent vers la même époque à répandre la connaissance de notre flore nationale. On doit à Roucel unefloredu nord de la France, publiée en 1803; au docteur Lejeune, de Verviers (1779-1855), la- flore des environs de Spa qui parut en 18H ; à J. Kickx (1775-1831), celle des environs de Bruxelles qu'il fit imprimer en 1812. Plusieurs autres de nos compatriotes qui se sont acquis un nom distingué dans les sciences allèrent s'établir en pays étranger et surtout à Paris. C'est dans cette ville que se fixèrent Brizé-Fradin, auteur d'une chimie pneumatique appliquée aux travaux sous l'eau, et d'une physique appliquée à l'artillerie ; le Liégeois Nysten (1771-1818), auquel on doit plusieurs travaux se rattachant surtout à l'étude de l'électricité, et dont le Dictionnaire de lûédecine a popularisé le nom; Robertson (1763-1837), né aussi à Liège, bien connu par ses nombreuses ascensions aérostatiques, par ses appareils ingénieux, par son invention de la fantasmagorie, etc.; Joseph Christian, de Verviers (1776-1832), qui pendant ^eize ans fut chargé de la direction du conservatoire des arts et niétiers, et qui composa un traité de mécanique industrielle, écrit,
il est vrai, k un point de vue exclusivement pratique, et s'adressani beaucoup moins aux savants qu'aux industriels.
Si la période que nous venons de parcourir fut peu féconde pour notre histoire scientifique» il n*en est pas de môme de celle qui s'étend de 1815 à 1830, et que Ion peut appeler la période néerlandaise* La fondation des universitës de Liège, de Gand, de Louvaiu;! la création des musées, des bibliothèques, des jardins botaniques»! le rétablissetneat de lacadémie de Bruxelles furent les gi'ands évé^j nements scientifiques qui suivirent de près notre réunion à la Uol-I lande; ils ne tardèrent pas à l'éveiller dans le pays une ardeur scien-j tifique soutenue et propagée par des publications périodiques! consacrées aux sciences, telles que les A7inales des seimces physiÀ ques et naturelles, de Van Mons, Di^ptez et Bory de*Saint-Vincenl,i qui, malheureusement, n'eurent pas longue durée, el la Cofresjmidance malhémutiqite et physique, qui, commencée par Quetelet eii| 1824, re^ut pendant plusieurs années les travaux d'une foule da géomètres distingués ainsi que les premiers essais de savants qui, plus tard, occupèrent une position élevée dans les sciences, et n©j cessa de paraître qu'en 1839. |
Les mathématiques donnèrent lieu, pendant la période néerlan-J daïse, à des travaux fort remarquables dus au commandeur defj Nieuport, à Quetelet (1796- 1«74), à Dandeliu (1794-1847), à Ghasles j î\ Pagani (1 796-1 8o5), Qu'il nous suffise de citer les mémoires»! devenus célèbres, dans lesquels Quetelet et Dandelin découvrireiHji et démontrèrent, par une méthode nouvelle et entièrement géomé*) trique, un grand nombre de proposilions sur les sections coniques,' Ce sont ces propositions qu un savant français, M. Théodore Olivier^ a appelées les théorèmes belges. Les démonstrations de Dandelin,* admirables de simplicité et d^élégance, sont aujourd'hui classiques,
L^asimnomie fut moins cultivée; la collection des mémoires de lai nouvelle académie ne contient qu un seul mémoire aslronomiqua^ paru avant 1830; c'est celui de Quetelet sur quelques construc^ tions graphiques des orbites planétaires. Les mémoires du mèmeî savant sur les caustiques par réflexion ou par rétï-action sont aussi à peu près les seuls qui, dans celte collection, concernent f étude dâ la physique; mais, en dehors des publications de Tacadémie» plui sieurs travaux, entre autres les dissertations inaugurales, parmi lesquelles on remarque celle de >L Plateau sur quelques propriéléa des impressimîs produites par la lumière, et celle de M. Gloesenei^ sur l'identité de Télectricité et du magnétisme, prouvaient que
ismuce avail déjà trouvé en Belgique de savants inierprètes.
{^Iflilt^ltEssi eii dehors des travaux de TAcadémie que Ton doit
[itotber les publications qui parurent alors sur la botanique; elles
miêQt surtout la flore nationale* En 1827, M. B. Duinortier,
icoôiiu par ses Commentalionei^ hotanicœ.^ publiées en 1822, par
une rDoaograpbie des graminées, un mémoire sur les roses et un
ira^il sur les saules, imprimés en 1823, 18M et 1825, fit paraître
kFicTuia iîd</ica, ouvrage où pour lapi-emière fois, dit M. Ed.Mor-
[pen, tt nos plantes sont soumises aux principes de la méthode natu-
mlle, » En 1828, parut le premier volume du Compendlmn ftorœ
[îa^fte^, dû k la collaboration du docteur Lejeune et de son compa-
[ïriûte Richard Courtois ('I8U6* 1835), « Le Compcndiutn, ditM.Mor-
B, disposé encore selon le système litméen , est un modèle
[fesactitude et de sage critique, auquel le temps n'a rien enlevé de
|ia valeur, n
Dans la zoologie, on ne peut encore citer que les travaux de
[Vaiidediridein qui commença ses recherches entomologiques par
de* ubservalions sur les hyménoptères d'Europe, de la famille des
' foyi&seunî. Mais les études géologiques, encouragées parracadémie,
qui mit successivement au concours la description géologique des
iliftefentes provinces, donnèrent lieu aux mémoires de Drapiez, sur
le Haniaut; de Cauchy (1795-1842), sur la province de Namur; de
I iteiuinger et d^Engelspach'Larivièi'e, sur le grand-duché de Luxem'
bourg; de Dumout et de Davreux, sur la province de Liège, Parmi
cesimvauJt, dont plusieurs sont irès-remarquables, le mémoire de
Dumom {1809-1857), qui fut couronné le 5 mai 1830 et rei^ut plus
lurdb médaille d'or de WoUaston à la société Géologique de Lou-
Lires, 4c ie distingue d'une manière éminente, disaient les com-
fmissair^, par IVxacLiiude et l etejidue des détails, aiusi que par la
nouveauté des considéi^tions générales qui 8*y trouvent. i> Nous
m ^mprumons au rapport séculaire de >L Dewalque les lignes suivantes
^^iicn-ont apprécier la grande portée de ce premier travail de notre
^Ipbd géologue : v Dumont débute en 1830 par un coup de maître.
Il débrouille la constitution du terrain anthraxifère, vrai chaos avant
lui et lui assigfie son i-aug après le terrain ardoisier et avant le ter-
^lû bouiJler, Il tait plus : il trace ses règles a la stratigraphie,
raoïitre ce que le principe de supeiposition a d'illusoire dans les
|Jbmations tourmentées et le parti à tirer de la continuité des assises.
[La géologie sli*atigraphique se trouvait ainsi, sinon fondée, au
Wm utîci-uiie huv sa véritable base. «
178 BELGIQUE MORALE ET mTELLECTUELLE.
Cinquième période ou période nationale. — Cet aperçu sommain des travaux scientifiques accomplis de 1815 à 1830 prouve u réveil incontestable de l'esprit scientifique. Mais on ne le coDStat encore que dans un certain nombre de branches des sciences, e mathématiques notamment , où parurent alors des travaux supi rieurs à tous ceux qui avaient été publiés depuis plus d'un sièdi Mais, dans les productions scientifiques de cette époque, que c lacunes on remarque encore ! A côté des sciences qui furent cultivée avec succès; à côté des mathématiques, de la botanique, de la gk logie, que de sciences délaissées ! A partir de 1830, dans la périod que nous pouvons nous glorifier d'appeler nationale^ ces lacuni disparaissent successivement, et les travaux se multiplient à t point dans toutes les branches des sciences mathématiques, phys ques ou naturelles que leur simple énumération dépasserait c beaucoup les bornes de cet article. Nous nous contenterons c quelques indications générales.
L'une des sciences les moins cultivées pendant la période hollai daise, et dont la brillante renaissance appartient aux années qui oi suivi notre émancipation politique, est l'astronomie. A partir de 183! après la fondation et la mise en activité de l'observatoire, les travai astronomiques occupent une large place dans les publications ( l'académie. A côté de Quetelet, qui pendant si longtemps avait é le seul représentant de cette science en Belgique, sont venus se plac< des hommes savants et actifs, dont les efforts unis aux siens oi relevé l'astronomie de l'état d'abaissement où elle était tombée. Noi avons à peine besoin de nommer M. Houzeau, dont tout le mow connaît la science à la fois profonde et attrayante ; le colonel Liagt dont l'académie vient de reconnaître les services éminents en Va pelant à l'honneur de succéder à l'illustre Quetelet' comme sécréta perpétuel; M. Ernest Quetelet qui, depuis 1857, s'occupe d'un ca logue des étoiles ayant un mouvement propre, et qui comprend environ dix mille étoiles; M. Mailly qui, dans son rapport sécufô publié en 1873, a donné une excellente histoire des travaux ast nomiques faits en Belgique depuis un siècle, etc. Adolphe Queti est un des premiers astronomes qui aient étudié avec soin les étoi filantes; Taverse périodique du mois d'août a été pour la premi fois signalée par lui au monde savant.
C'est aussi à partir de la création de l'observatoire, et c'est gr surtout à Quetelet que deux branches importantes des scien physiques, la météorologie et la physique du globe, dont l'éti
était, avant 1830, presque entièrement négligée, ont pris en Belgique une si grande extension. L'énergique persévérance avec laquelle Quetelet poursuivit le développement de ces sciences, Thabile direction qu'il donna à leur étude, ses nombreux travaux, les observalions de MM. Crahay,Duprez, Dewalque, Leclercq, Montigny, Maas, Germain, Van Oyen, Parent, Loppens, Cavalier; les ouvrages de V. Houzeau, etc., ont placé la Belgique au rang des nations où la météorologie et la physique du globe ont fait le plus de progrès.
Les diverses branches des sciences mathématiques ont aussi fait lobjet de recherches importantes ; nous nous bornerons à mentionner les travaux d'analyse pure de MM. Gai'nier, Pioch, Schaar,Pagani, Catalan, Gilbert, Timmermans, Meyer, Le François, Schmit, Mansion, Craindorge, etc. ; ceux de MM. Lamarle, Pagani, Timmermans, Schaar, Steicben, de Tilly, Folie sur la mécanique; ceux de MM. Quetelet, Liagre, Meyer, Verhulst, Adan sur le calcul des probabilités appliqué aux phénomènes naturels, aux observations astronomiques, géodésiques, topographiques, à la statistique, à la balistique expérimentale; les belles recherches de MM. Lamarle, Catalan, Gilbert, sur la théorie géométrico-analytique des surfaces ; le mémoire de Brasseur « sur une nouvelle méthode d'application de la géométrie descriptive à la recherche des propriétés de l'étendue », etc.
Les travaux qui concernent l'étude de la physique n'ont pas été moins nombreux; plusieurs ont pris rang parmi les acquisitions les plus importantes de la science et font maintenant partie essentielle de l'enseignement de la physique. Il n'est pas aujourd'hui un ouvrage, même élémentaire, où l'on ne trouve lexposition des belles recherches de M. Plateau sur l'optique, la description de ses ingénieux appareils, ses recherches plus récentes sur les figures d'équilibre des masses liquides soustraites à l'action de la pesanteur, etc. « Peu de noms, a dit M. Van Beneden, sont entourés d'une estime ^ussi universelle que celui de ce savant devenu victime de la science ^ns la maudire et sans se faire un titre de son malheur. 11 ne s'est ^ème pas découragé, et, bien que privé de la lumière, dont il aimait ^«t à admirer les merveilles, il a encore étonné le monde savant Pîïr ses nouvelles découvertes. » Après les travaux de M. Plateau, ^^xquels nous devions une mention toute spéciale, nous indiquerons '^s recherches de MM. Lamarle, F. Plateau, Van der Mensbrugghe, '^uprez, Bède, sur différents phénomènes se rattachant aux actions ^pillaires; les travaux de M. Montigny sur la réflexion, la réfraction, '^ dispersion de la lumière, la scintillation, etc.; les études si origi-
nales de M. Delbœuf sur les illusions d'optique ; celles de MM.D Valerius,Montigny,etc., sur l'acoustique; l'expérience de M. Do qui a jeté une lumière nouvelle sur la théoi:ie si importante de l\ lition des liquides; les travaux sur l'électricité ide MM. Grahay»!! VanMons, Martens, Louyet, Gloesener, Duprez, Melsens ; le mém récemment couronné, de M. Pérard sur le magnétisme; dai physique mathématique, les recherches de M. Gilbert sur la dif lion; dans les applications de l'électricité, les perfectionne!! apportés à la télégraphie électrique par le savant professeï Liège, M. Gloesener, « dont l'ardeur au travail semble augmenter l'âge »; les ingénieux appareils électro-balistiques de MM. Nav Le Boulengé; la machine magnéto-électrique de NoUet, etc.
En chimie, nous citerons le remarquable travail de M. Stas s loi de Proust, qu'il a démontrée n'être qu'une illusion ; la* confi tion éclatante donnée par lui à la loi des proportions tixes. <c vérité, que des analyses approximatives avaient révélée au gén Wenzel, de Richter, de Proust, de Dalton, de WoUaston, M. St établie par des déterminations tellement exactes, quelles appra delà précision a})so\ue.>y{WàviT, Histoire des doctrines chimiques ù Lavoisier jusqu'à wo*;onr«.) N'oublions pas les nombreuses et in tantes recherches de M. Melsens, notamment son travail sur Y acétique, ses .études sur les poudres de guerre, de mine et de et son mémoire sur remploi de l'iodure de potassium dans ies ii cations saturnines et mercurielles, etc. ; les travaux de MM. Mai Mareska, Louyet, De Koninck, Chandelon, De Wilde, Berge, Sv Donny, Henry, Dubois, etc.
Nous devons mentionner aussi un savant étranger, M. K( qui, en 1858, a fait faire un progrès considérable à la théor l'atomicité des éléments en établissant la tétratomicité du carbo dont les découvertes et les théories ont contribué pour une larg à la transformation qui s'est opérée dans les doctrines china pendant les dernières années. M. Kékulé a acquis droit de cité nous par les sei*vices éclatants qu'il a rendus à l'enseignement chimie et par les élèves qu'il a formés.
La botanique a été cultivée avec ardeur par un grand nomt savants qui ne se sont pas bornés à l'étude de notre flore, ma ont compris dans leurs recherches toutes les blanches de la b que. L'un de nos plus éminents botanistes, Charles Morren,ape un quart de siècle fait preuve d'une activité infatigable en publiai nombreuses et savantes recherches sur l'anatomie, la téi*atolo
la physiologie des plantes et beaucoup d*autre$ ti*avaux sur toutes les branches des sciences naturelles. A Charles Morren, à M. B. Dûmortier qui, aujourd'hui encore, est considéré comme le chef de la botanique belge, nous devons ajouter J. Kickx, fondateur de notre flore cryptogamique, le docteur Lejeune, dont nous avons déjà parlé, labbé Goemans, auteur d'une flore fossile du terrain crétacé du Hainaut, mort avant d'avoir pu terminer la paléontologie végétale de la Belgique dont il préparait les matériaux, MM. Spring, Decaisne, Caleotli, J. Hannon, M. Martens, Ed. Morren, A. Wesmael, J.-J. Kickx, Bommer, Bellynck, Tinant, Van Haesendonck, labbé Michot, Crépin, Pire, etc.
Le développement qu'ont pris les sciences zoologiques s'est manifesté par des travaux considérables et dont plusieurs ont élucidé eolièrement des questions d'un grand intérêt, sur lesquelles on ne possédait auparavant que des notions fort imparfaites. Telles sont les recherches de M. Van Beneden sur les vers parasites, qui ont obtenu le grand prix des sciences physiques de l'Institut de France, recherches par lesquelles M. Van Beneden a démontré « que ces animaux se reproduisent comme tous les autres; que les parasites ne fournissent aucun argument en faveur de la spontéparité, et que certains phénomènes obscurs et inexplicables sont le résultat de métamorphoses et de transmigrations dont on n'avait aucune idée avant ces recherches. » Tels sont encore les travaux de nos paléontologistes qui ont eu un si grand retentissement chez les savants de tous les pays; les découvertes de Schmerling, de Spring et plus récemment celles de M. Dupont. « De l'aveu des hommes les plus autorisés, dit M. Van Beneden, les cavernes de Belgique sont celles qui ont été étudiées avec le plus de méthode et d'intelligence. Grâce à l'activité d'un de nos plus jeunes confrères, on connaît le mobilier des premiers habitants de ces lieux souterrains tout aussi bien, si pasmieux, que celui de nos campagnards d'aujourd'hui et, à force de recherches, nous savons que la marmotte, le chamois et le glouton habitaient alors le pays à côté des éléphants et des rhinocéros. »
Aux noms que nous venons de mentionner, nous ajouterons ceux de MM. Wesmael, de Sélys-Longchamps, Lacordaire, si connus par leurs travaux entomologiques ; Schwann qui, en faisant connaître la cellule animale, a formulé le premier la loi fondamentale de l'histologie; Gluge, à qui l'Institut de France a accordé en 1852 un prix Montyon pour son Histologie pathologique; Ed. Van Beneden, dont l'académie a récemment couronné un beau travail sur l'œuf en gêné-
rai ; De Koninck, qui a su cultiver avec un égal succès l'étude de la chimie et celle de la paléontologie; Candèze, Cantraine, Dumortier, Fohmann, d'Omalius, Fossion, Dewalque, Cornet, Chapuis, Briart, Houzeau de Lehaie, Deby, Lambotte, Masius, Van Lair, Malaise» Ch. Morren, Nyst, Félix Plateau, Poelman, Thiernesse, d'Udekem, etc., etc.
L'histoire des sciences minérales pendant la même période nous présente, après MM. d'Omalius, Dumont et les autres savants qui déjà pendant la période hollandaise donnaient h Tétude de la géologie la vive impulsion qui devait la porter si haut, plusieurs géologues * distingués, entrés après eux dans la carrière scientifique. C'est Galeotti couronné au concours de 1831 pour son mémoire sur la constitution géognostique de la province de Brabant; c'est M. G. Dewalque, le digne successeur de Dumont h l'université de Liège. Ce sont MM. Dupont, Gosselet, Malaise, Briart et Cbrnet, Lambotte, Le Hon, Moreau, Gonthier, Mourlon, etc. La magnifique carte géologique du pays, dont Dumont fut chargé en 1836 et qu'il termina après seize années d'un travail presque surhumain, est une des œuvres les plus glorieuses de notre histoire scientifique. Depuis la mort de Dumont, la géologie s'est enrichie de résultats importants; les principaux sont « le terrain silurien mieux connu, de nouvelles subdivisions établies dans le terrain anthraxifère, la question du grès de Luxembourg éclaircie, la connaissance du terrain tertiaire et surtout celle du terrain crétacé et du quaternaire singulièrement étendues. » (G. Dewalque, rapport séculaire. Voir aussi dans le i" volume de la Patria Be/f/ica, l'article Géologie, oix M. Michel Mourlon a esquissé la part prépondérante que nous devons à M. d'Omalius, à Dumont, à Schmerling, dans l'inauguration et le développement des sciences géologiques en Belgique et exposé les principales études auxquelles chacun de nos terrains a donné lieu.)
Un aussi grand nombre de brillants résultats obtenus dans les diverses branches des sciences atteste avec évidence une situation scientifique dont nous pouvons être fiers. Ces résultats, nous les devons en grande partie à l'académie des sciences, dont le rôle a été prépondérant dans tous les travaux de météorologie, de topographie, de botanique, de zoologie, de géologie, de paléontologie ayant pour objet l'étude de la Belgique. A côté de cette grande institution viennent se grouper des associations libres, qui, sans négliger non plus les questions de science générale, se proposent surtout, par une division plus e^rande du travail scientifique, de réunir rapidement
les matériaux qui permettent d'arriver à une connaissance de plus eo plus parfaite du pays. Ces associations deviennent tous les jours plus nombreuses , témoignant qu'en même temps que la science progresse, ses adeptes se multiplient. La prospérité de nos établissements d'instruction supérieure augmente d'année en année; des traités remarquables, dus à nos professeurs, font dispai-aître peu à peu le tribut qu'autrefois nous payions à l'étranger pour renseignement des sciences. Cet enseignement s'est étendu récemment par la création de nouvelles écoles spéciales ; dans toutes nos universités l'étude des sciences est aujourd'hui complétée par celle de leurs applications; cette création ne peut que produire les plus heureux résultats au point de vue des progrès de l'industrie et des arts, aussi bien qu'au point de vue du développement des sciences théoriques, qui trouveront dans les ingénieurs instruits sortis de ces écoles de nouveaux auxiliaires et peut-être d'habiles inventeurs.
Bduographie. — Après les ouTrages de biographie générale, et ceux qui ont pour objet iliistoire générale des sciences, tels que VUistotre des mathématiques de Montucla ; VEssai m thistoire générale des mathématiques de Bossut, V Aperçu historique sur l'origine et le Moppement des méthodes en géométrie de Chasles ; Y Histoire de l'astronomie de Delambre ; ^Sitoire philosophique des progrés de la physique de Libes ; l'Histoire des sciences naturelles àt CoTier; V Histoire de Vastronomie de Von Màdler; les ouvrages publiés récemment par F. Hoefer sur Thistoire de la zoologie, de la botanique, de la physique et de la chimie, de ristronomie, des mathématiques, etc.; nous citerons les ouvrages suivants qui se rattachent plus spécialement à Thistoire des sciences en Belgique : Ad. Quetelet, Histoire des sciences mathématiques et physiques chez les Belges, Bruxelles, i864 ; Van Hulthem, Discours sur ^itst ancien et moderne de l'agriculture et de la botanique dans les Pays-Bas, Gand, 1837; l D. Hannon, Histoire de la botanique en Belgique [k la suite de la Flore belge, dans la Bi- UiothèqQe nationale) ; B Du Mortier, Discours sur les services rendus par les Bflges à la Panique (Bulletin de la société royale de Botanique de Belgique, tome i'^ n« 1) ; Broeckx, Emiiur l'histoire de la médecine belge avant le xix« siècle; Goethals, Histoire des lettres, ^taencesetdes arts en Belgique, etc., Bruxelles, 1K40; le m^me. Lectures relatives à l'his- ^ft des sciences, des arts, des lettres, etc., en Belgique, Bruxelles, iKW ; Paquot, Mémoires poiarfervir à l'histoire littéraire des dix-sept provinces des Pays-Bas, etc.; Valère André, Bibliotheca Belgica ; Foppens, Bihliotheca Belgica ; Do Becdelièvre, Biographie liégeoise, ^, 1837; Delvenne, Biographie du royaume des Pays-Bas, Mons, 18*29 ; Pauwels de Vis, l^ieiiùnnaire biographique des Belges, Bruxelles. 184^^, etc., etc.
Koas indiquerons ensuite comme se rapportant plus particulièrement k chacune des épo- <iaes de notre histoire scientifique: Ch. Slallaert et Ph. Vander Haeghen, De l'instruction P^Uqueau moyen âge (tome XXIH des mémoires couronnés par l'Académie); Léon Lebon, ^^»toire de l'enseignement populaire en Belgique, Bruxelles, 1868; Pouchet, Histoire des •«WM naturelles au moyen âge; Ch. Potvin, Nos premiers siècles littéraires, Bruxelles, 1870; De Saint-Génois, notice sur Rubruquis ou Ruysbroeck (Bulletin de l'Académie, toiw XIII, i» p. 373) ; Biographie nationale, v® Rubruquis; De Reiffenberg, Mémoires sur les ^premiers siècles de l'université de Louvain (dans les mémoires de l'Académie); J. Van ^mdonck, Gérard Mercator, sa vie et ses œuvres, Saint-Nicolas, 1869; F. Van Huist, Orte- "•"(Biographie nationale); Ch. Morren, Quelques /leurs de fuchsia sur la tombe d'un père ^la botanique belge, Remacle Fuchs, de Limbourg (Bulletin de l'Académie, XVII); Ed. Mor- «n, Jiotice sur Remacle Fuchs (Bulletin de l'Académie, !2« série, XVI) ; Heffner, Notice sur ^uger-Ghislain de Busbeck (Bulletin de l'Académie, annexe aux bulletins, 1853-1854); Van Veerbeeck, Recherches historiques et critiques sur la vie et les ouvrages de Rembert Dodoens, H^lines, 1841 ; D'Avoine. Éloge de Rembert Dodoens, Bruxelles et Malines,1850; Ch. Morren
i84 BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
Dodonée (dans la Biographie nationale); Ch. de TEsclase, Quelque* fleur» de UMia jetém sur la tombe d'un des pères de la botanique belge, Mathias de l'Obel (Bulletin de TAcadénifi tome XIX, !2<', i85i) ; Goelhal», Notice historique sur la ifie et les travaux de Simon Stém é Bruges, Bruxelles, i84i ; Sleichen, Mémoire sur la tne et les travaux de Simon StinM Bruxelles, 1846; Ad. Quetelet, Simon Siétnn (dans la Biographie nationale); Van de Weyei Sitnon Stévin et M. Du Monter, etc. ; J. Kickx, Soiice sur l'ancien géographe anversoifjea de Laet (Bulletin de l'Académie, 1« série, t«»me XIX, 3*»); Gilbert, Notice sur le maikmat cien louvaniste Adrianus Romanus (Revue catholique, tume XVII, 6« série, 1859;; J. Kiek Esquisses sur les ouvrages de quelques anciens naturalises belges, Anselme Boëce de Beot (Bulletin de TAcadémic, XIX, !2o); F. Hoefer, Sur les travaux de Van Uelmont (Toir Jiiitoéi de la chimie, Paris, 1866, et Histoire de la physique et de la chimie, Paris, 1874); W. Ron melaere. Études sur J.-B. Van Helmont (Mémoire couronné par TAcadéniie de m6leciiie i Belgique, Bruxelles, 1868f; De Backer. Bibliothèque des écrivains de la compagnie de Jétm Liège, 1851; J. Kickx, Notice sur François Van Sterbeeck -(Bulletin de rAcadémie, IX, *• Van Huist, Notice sur René François Sluse (Bulletin de TAcadémie, tome VIII. 1«) ; Sias, i l'organisation de l'ancienne université de Louvain (Bulletin de TAcadémie. tome XX, 9*); 1 Ram, Considérations sur l'ancienne université de Louvain (Bulletin de TAcadémie. tome XXI,i* A. Stévarf, Procès de Martin Etienne Van Velden, professeur à l'université de Louvain (« ciété de THistoire de Belgique, 1871).
Les principaux ouvrages sur l'histoire des sciences en Belgique à partir de la fondation < l'Académie sont : Ad. Quetelet, Sciences mathématiques et physiques chez les Belges au cm mencement du xix« siècle, Bruxelles, 1866 (cet ouvrage contient les biographies de plusiea savants cités dans cet article, entre autres le commandeur deNieuport, J.-B. Van Moos, Dai delin, Verhulst, Pagani, Gamier, Crahay, Cauchy, J. Kickx père, J. Kickx fils, Mareska,G< leotti, etc ) ; Académie royale de Belgique, centième anniversaire de fondation : discours < M. P.-J. Van Beneden sur les travaux de la classe des sciences, rapports séculaires ( MM. Ed. Mailly, De Tilly, Duprez, de Koninck, P.J. Van Beneden, Ed. Morren et G. Dewt que sur les travaux d'astronomie, de mathématiques, de physique, de chimie, de zoologie, < bounique et de physiologie végétale, de minéralogie et de géologie; Aiph. Le Roy, L'unire site de Uége depuis sa fondation, Liège, 1869 (cet ouvrage contient d'excellenies notices i un grand nombre de savants, parmi lesquels nousciu^rons J.-B. Brasseur, Courtois, Dandeli André Dumont, Fohmann, Mcyer, Ch. Morren, Noël, Pagani, Schaar, Schmerling, Gloese» Schwann, etc., etc.) ; Cauchy, Rapport sur les progrès et sur l'état actuel en Belgique de géologie (Bulletin de TAcadémie); De Koninck, Discours sur les progrès de la paléontologie Belgique (Bulletin de l'Académie, tome XVIII, 1851); Dictionnaire des hommes de lettres, i savants et des artistes de la Belgique, Bruxelles (établissement géographique de Vand maelen, 1837); Ad. Quelelet. Les bulletins et Tannuairc de TAcadémie renferment des noti sur Schmerling, Cauchy, Dandelin, Mareska, Galeotti, Pagani, Timmermans, Schaar, en Mourlon, Histoire de la géologie en Belgique (article Géologie, dans la Patria Beuuc Ch. Morren, Notices sur J. Kickx (Paris, 18:>2), A. Roucel ^Bulletin de TAcadémic, tome Courtois, Fohmann (Annuaire de TAcadémie , 18!^), Minkelers (Annuaire de TAcadéi] 1839), etc. ; V. Fayn, André Dumont^ sa vie et ses travaux, Paris et Liège, 1864; d'Omali Notice sur André Dumont (Annuaire de l'Académie, 1858) ; Liagre, Notice sur Brasseur ( nuaire de l'Académie, 1869), Notice sur Nerenburger (id., 1871); De Cuyper, Notice néen gique sur le professeur Lemaire, Liège, 1853; De Koninck, Notice sur la lie et les travasu Louyet (Annuaire de l'Académie, 1851; ; Ed. Morren, Charles Morren, sa vie et ses^auv Gand, 1860 ; Notice sur la vie et les travaux de Jean Kickx, Gand, 1857 ; Gilbert, Notice êu. vie et les travaux de Michel Pagani, Louvain, Bruxelles, 1856; J. Kickx, Notice sur Êjeji (Bulletin de l'Académie, VIII); Malaise, Notice sur Coemans (Annuaire de l'Académie, 48 Candëzc, Notice sur Th. Lacordaire (Annuaire de l'Académie, 187â); Poelman, Notice J. Kickx (annuaire de l'Académie, 1865) ; H. Denis, Notice sur H. Lambotte (Bulletin d( société malacologique, 1874) ; De Sélys-Longchamps, Notice sur Constantin Wesmad ( nuaire de l'Académie, 1874), etc., etc.
Par M. GOBLET D'ALVIELLA.
Il est assez humiliant, dans un travail sur les découvertes géographiques des voyageurs belges, d'être réduit à démontrer qu'ils n'en onljaaiais &it aucune. Il n'y a peut-être d'exception que pour certains résultats de la mission entreprise par Ruysbroeck en Tartarie ; mais Ion verra s'ils méritent encore le nom de découvertes, après le voyage de Carpini qui, huit années plus tôt, avait h peu près suivi le mémo itinéraire. Des quelques découvertes proprement dites qu'on a voulu attribuer à des voyageurs belges — comme les îles Açores, le détroit de Lemaire et le cours inférieur du Mississipi — il n'en est pas une seule qui ne donne lieu aux plus vives contestations, soit sur la réalité ou la priorité de l'exploration, soit sur la nationalité de Texplorateur. Nous tâcherons d'exposer, sans parti pris, l'état de ces controverses où l'on a trop souvent obéi aux inspirations d'un patriotisme, fort méritoire sans doute, mais tout à fait hors de mise dans la rigueur des recherches scientifiques.
Toutefois, si nos compatriotes ont peu découvert, on doit leur concéder maint voyage attrayant et utile. A partir du moyen Age, "ous voyons continuellement des Belges s'aventurer dans des régions qui, sans être précisément vierges de toute exploration, n'en gardaient pas moins un certain mérite de nouveauté et d'éloignem. * 13
lad
BELGIQUE MOHALE ET miELLECTLELLE.
meut- Quelques-uns de ces voyageurs ont même laissé des relatiooj qui ont fortement contribué à élargir les connaissances de leun contemporains et qui servenl encore aujourd'hui h nous éclairer su certains pays de leur temps. Il serait, sans doute, irès-intéressan de grouper, dans une étude sur les Belges h Télranger, les noms e les aventures de tous ceux de nos compatriotes qui ont trouvé» dam des contrées lointaines, une occasion de contribuer, soit au déve loppement général de la civilisation moderne, soit k la prospérité, i Unstruction ou au prestige de notre patrie. Guerriers, diplomates^ pèlerins, missionnaires, colons, trafiquants, marins, artistes, m vants, toutes les carrières et tous les pays fournii-aieni une ampl moisson à ce Panthéon de nos gloires extérieures* Nous nous contenterons de choisir parmi cette brîllanie pléiade, si difficile qui soit d'établir ici une ligne de démarcation bien nette, les person nages qui ont réellement voyagé, c esL-à-dire qui se recommandent abstraction faite de leurs entreprises et de leur but, par riniérét d( leurs récits, par loriginatîté de leurs aventures ou par Tëlendue d< leurs excursions; et ils sont encore assez nombreux pour que noui devions nous borner k une sorte d'énuraéralion de leurs noms aina que de leurs voyages,
Nous poumons classer les voyageurs beJges soil d'aprèîs la date, soi! d'après Ij th<1âtre de leurs pérégrinations. Mais, en suivant l*ordre chronoîogiqiic% oou n'obtiendrions qu*un catalogue sans lien apparent coniniç sans vue d*ensemblc, c en suivant Tordre gi^graphique, nous serions tort embarrassés pour les individu qui ont visit*? plusieurs pays. Il nous paraU. donc plus commode et plus ïntéressaq de grouper nos voyageurs d'après le motif dominani de leur présence à Tétranger i expéditions militaires, pèlerinages, missions religieuses, missions dîplomalîquei captivités, émigrations, relations commerciales» voyai^es artistiques, reclierrhe scientifiques. Nous aurions pu y ajouter le simple besoin de déplacement, mai iusqu'à une époque toute récente on ne voyageait guère pour voyager, PresqïK lousles voyageurs dont le souvenir nous est parvenu rentrent dans une des divi s ion s que nous venons de tracer ; ils se bornent, en général, à un objet nettenien déterminé et, une fois leur but atteint, se hâtent fîe regagner leur pays avec ul soulagement peu dissimulé. La seule exception est peut-être Guillebert de Lannoii que la multiplicité de ses courses et la diversité de leurs motifs nous empêchent d^ rattacher k aucune catégorie de voyageurs spéciauJÊ.
GiiiLLEBiinT tiE Lasnoik* ^ Ce fut certainement le plus gram voyageur de son époque* Tour fi tour soldai, croisé ♦ pèlerin, diplomate, il peraonnifie Lien les côtés aventureux, brillants el naïfs dé cette société féodale qtïi, épuisée par les croisades, allait partoul s effondrer devant le développement de la centralisation monarcliiqne* Né vers 1380 et mort en 1462, il passa plus de cinquante atiiiées ec
VOYAGES, DECUUVËHTËS, ÊMIGKATIÛNS,
votages de toutes espèces, et pourtânl il trouva encore le moyen de remarier trois fois dans les intervalles de sa longue odyssée. Dès 1399, on le voit guei Toyer dans Tîle de Wight, sous les ordi^s dû mmm dii Sainl-PoL En 1400, il fait naufrage devant Saint-Malo et doiï gagner à la nage les cotes de Bretagne. En 1401, il accomplit un premier pèlerinage en Palestine, d*ûù il revient en 1403 pour aller coisbattre pendant plusieurs années les Maures de TEspagne et du pDrtugàL En 14H, il court sus aux idolâtres du Brandebourg 2m les chevaliers de Tordre Teutonique; puis il s'en va parcourir ^nlmlneau la Russie orientale, pour revenir festoyer aux cours de Pologne et de Boht^me. En 1413, il passe aux îles Britanniques pour miter le trou de Saint-Patrick, mais, retenu prisonnier, il ne rentre (tos son pays qu'en 1415, pour retourner encore une fois dans la ♦Iraiide-Hretagne comme ambassadeur du duc de Bourgogne. En 1420, le roi d'Angleterre, qui rêvait une nouvelle croisade, l'envoie enPak'i^line par TEurope centrale. Revenu de Jérusalem en 1426, iprès d'innombrables aventures, il suit son suzerain dans Texpédiiion de Hollande, et il est nommé gouverneur de Rotterdam. De 1428 à H30, il est successivement chargé de nouvelles ambassades en Bohètne, en Autriche, en Ecosse et a Bàle, L'année 1435 le trouve «n pèlerinage à Saint-Jacques de Calice. Pendant les sept années îuivames, nous le perdons de vue; mais, en 1442, nous le voyons nevenir dune mission à Francfort pour entreprendre un troisième ïojage k Jérusalem; puis il ne reparaît plus qu'en 1450, où nous l'apercevons à Rome dans les fêtes du jubilé; mais un passage de son maDuserit laisse supposer que là ne se bornèrent paa ses der- ^m pérégi*inations.
U relation qui nous est restée de cette carrière si remplie est une des plus curieuses que nous ait léguées la fin du moyen âge; cest surtout dans le récit de sa seconde excursion à Jérusalem que notre voyageur abonde en curieux détails sur les nations et les cours eo- ^i*e îi demi barbares de l'Europe orientale, relevés par des aven- 'tiï^s de chasse, des rencouires de brigands el des réceptions ipHiiciéres, caractéristiques du temps et du pays. Comme on peut \àé]k le voir dans noire conrte notice, Guillebert de Lannoie ne se lï^tin^tie pas seulement par le nombre de ses voyages, mais encore ar la diversité des motifs ou plutôt des prétextes qui lârrachèrent *» ïM>uveal à son foyer et qui semblent révéler chez lui un besoin de ement assez rare à cette épofjue, intermédiaire entre les croi* K»t les grandes expéditions maritimes.
Expéditions militaires. — Il est inutile de remonter à cette p^ des migrations barbares ou notre nationalité était encore en V( formation. Mais dès que la féodalité se constitue, nous voyon Belges suivre leurs suzerains dans toutes les guerres de Fi d'Allemagne et dltalie. On sait le rôle considérable joué pa ancêtres dans ce mouvement des croisades qui aida puissamn rectifier et. à développer les connaissances géographiques des pies occidentaux, non-seulement sur l'Orient, mais encore si différentes parties de l'Europe elle-même. Il suffira de raj Godefroid de Bouillon et les autres princes belges qui occuper trône de Jérusalem ; l'empereur Baudouin de Constantinople nombreux chevaliers qui se taillèrent des principautés dans U bris de fempire d'Orient; le patriarche Arnould de Rohes qi des premiers, écrivit la chronique des croisades; la vaillante I Hainaut qui s'en alla fouiller l'Asie Mineure pour retrouver son ( disparu, vers 1096, entre Antioche et Constantinople, sans coi les figures légendaires de ce Gilles de Chin et de ce Gillon de zegnies, qui appartiennent au roman plutôt qu'à l'histoire. On naît les étranges aventures de ces pirates verts qui, à la I xi" siècle, écumaient la Méditerranée avec Siger de Bruges, G de Courtrai et Winkmar de Boulogne. Un jour qu'après années d'absence, leur flottille remontait le Cydnus pour ten pillage de Tarse, quelle ne fut pas leur surprise de trouver le! leurs de Flandres flottant sur les remparts de la cité! C'esl Baudouin, le frère du duc Godefroid, venait de surprendre 1 avec une armée de croisés flamands. On raconte que ce prince c alors nos corsaires à partager la fortune de ses armes.
Un de nos collaborateurs a déjà signalé les exploits militain Belges au service des princes étrangers, ainsi que dans les ai des divers gouvernements qui se sont succédé en Belgique d le moyen ûge. Nous nous contenterons de mentionner ici, c( expéditions lointaines, leurs campagnes en Lithuanie vers la j xiv' siècle, en Bohême avec Jean TAveugle, en Serbie avec Jeai Peur, enfin en Tunisie sous Charles-Quint, sans compter leurs ventions en Portugal au xif siècle, pour contribuer à l'expulsio Maures, en attendant qu'ils y inteiTinssent au xix*, pour partici la défaite des Miguélistes. Dans le siècle actuel, il convient de peler la part que les Belges prirent, sous Bonaparte, à lexpéc d'Egypte et, après 1816, aux campagnes coloniales des Pays sans oublier la récente expédition du Mexique qui nous a vahi
VOYAGES» DECOUVERTES, ÊMIGRATrONS
^m relations iiitéressarxies des aventures survenues k nos cooipa-
irioies.
PaKRiKJuiEs. - — Le sentiment religieux a inspiré trois espèces de voyage* dans la sociélé chrétieîine : les croisades, les pèlerinages et les missions. M, Is, Plaisant, dans son travail sur les Belges célébrerai Italie, parle de quatre Flamands qui fondèrent à Rome, dans la première moitié du viir siècle, rhôpiial de Saint-Julien des Flamands, pour secourir tes pèlei'ins flamands de passage dans cette capitale de la chrëtietitë. Nous ne rangerons pas dans la catégorie dfô pèlerins les nombreux ecelésiasliques qui, pendant les premiers sikles du moyen âge, se rendirent près du souverain pontife ou m cOûeites de Tliglise, ni même certains religieux qui, comme GatHaamede Ruvsbroeck, suivirent les croisés en Palestine. Dès le milieu du xi* siècle, nous voyons Robert le Frison, fils du comte de Ftadm, accomplir un pèlerinage h Jérusalem, après avoir guerroyé miire les Sarrasins en Galice. Un autre pèlerin h citer, c'est Guil- (aump de Satlingeri,un héros de la bataille des Éperons, qui finit par atH^stasier en Égj^ne et mourut pacha du Soudan au commencement ^XR^siëele. En 1389, un prêtre de Maestrîcht, Jean Van Hees, iÊSih Palestine et en rapporta des récits plus bizarres qu exacts. Aprè-s Cuillebert de Lannoie, dont nous avons raconté les pèleri- 'la^fôjl faut citer le Flamand Jean Aertsz, facteur au service du Portupi, qui parcourut la terre sainte en 1454; sa relation, publiée à GauJ, est assex exacte en ce qui concerne Jérusalem, mais elle Bfcieiit fort embrouillée dès que lauteur commence h décrire les f^oos avoisinantes* Ensuite viennent plusieurs Belges qui ne nous OUI bissé aucune narintion de leurs aventures : un gentilhomme du Hainatit, le sire de Wavrio, un Gantois, Martin Villain (1458), un îBiiionte flamand, le P. Griflbn (1475).
lîn des récils les plus complets et les plus remarquables que nous il donnés cette catégorie de voyageurs, c'est la relation de Josse ^'an rihistele, un membre du magistral de Gand, qui, d'après Schayes, fçi;Ht de ses contempui-ains le surnom de grand voyageur. Il partit en Hël pour la Palestine ; mais, de même que Guillebert de Lannoie, il ï^emble n'avoir cherché en terre sainte qu*un prétexte de satisfnîre W ^oif de déplacement, car à peine a-t*il parcouru la Palestine, qne "US te voyons passer en Egypte, remonter le Nil jusquà ThèUes ^ Memphis, trava^ser TArabie jusqu'au golfe d'Aden, revenir en iyHe pour visiter la Mésopotamie et la Perse, avec le regret de ne
HELGIQL^E MURALE ET INTELLECTIELIE.
pouvoir savenlurer jusqu'à Tlnde, enfin regagner TEumpe par les ties de FArcbipeK Comme exactitude et comme imérêt, le récit de Van Ghislele dépasse de beaucoup les relations écrites par la plupari des pèlerins, non-seulement de cette époque, mais encore des siècles suivants. Ainsi que Tobserve de Saint-Geuois, on y trouve un esprit critique fort rare dans ces temps déjà lointains et un fond de connaissances générales tout à tliit exceptionnel chex les pèlerins.
Tous ces récits contribuèrent, d'ailleurs, quoique à un degré inégal, à accroître nos connaissances sur fOrient» Mais à partir du xvf siècle, il ny avait plus guère de nouveaux détails à recueillir sur les chemins battus de la terre sainte. Aussi nous bornerons-nous à mentionner les noms des pèlerins qui nous ont laissé une relationj écrite de leurs aventures en Orient depuis la fin du x\^ siècle; cej sont : Claude M irebel (1485); George Languerrand,deMons(148a); Pierre deSmet,de Bruxelles (1505); Jean Van Zillebeke, de la flan-i dre orientale (1513); Kessel VauMartena (1517); Geerl Kuynretortîi (i520); Joannes Pascha (1527); Jean de Zuallarl, d^Ath (1580) ;j Orner Galle, de Furnes (1624); Vincent de Stocliove» de Bruges (1630); Jean Van der Linden, d*An vers (16:^3); Bernardin Suriiis,j de Ruremonde (1644); Antoine Gonsales» de Malines (1665); Ba^ ihélemy Deschamps* de Liège (1666); F* Caffin, de Liège (1754);. Marin Geubels, deCiney (1770); A*-J. Rothier, de Beveren (1775)*i
La reproduction des mêmes itinéraires, la description des même* villes et des mêmes églises, parfois des aperçus fantaisistes d'histoire et d'archéologie, des citations bibliques, des dissertalioos suri le coran, des légendes sur le royaume do prêtre Jean, toute una série de racontages orientaux oii la superstition lient plus de place que la science, des récriminations stéréotypées sur la rapacité des Levantins et sur la cruauté des infidèles, eufm des incidents mari^ limes et des rencontres de pirates, tel est désormais Tunique fondl de ces relations écrites dans un style troid, diffus et filandreux,, d'autant plus dépourvues d*intérét qu'elles se rapproL-hent davantagei des temps modernes. Nous ne ferons d exception que pour le récit de Stochove; par Tétendue de ses excursions comme par l'ampleur de ses vues, ce gentilhomme brugeois mérite de ne pas être con-r fondu dans la foule de ceux qui le précédèrent ou le suivirent eiî| Orient,
On con^îûit que nous passions sous silence les innombrables voya-^ geurs qui ont visité la Palestine dans le siècle actuel; car aujour4 d'hui on se rend en terre sainte plus facilement qu'autrefois à Mar-,
VOYAGES, DÉCOUVERTES, ÉMIGRATIONS, m
OU à Hambourg, avec un biUel-circulaire qui se prend à Pliuelque agei)cé de Paris ou de Londres, et qui règle d avance les moindres (larlicularités du voyage, depuis le pourboire des drogmaii$ jusqu au menu des repas.
Mi$MOKs RELiGiEi'SËS. — Sî les misslonnaîres ont quelquefois provoqué, par yn ztâe inlempeslif, des complications internationales toi les puissances européennes ne se sont pas toujours tirées avec ^siecès DU avec honneur, il feut cependant reconnaître que, dans la ipJièm de leur action individuelle, ils ont généralement servi de mobiles plus ou moins conscients aux influences de noire civilisation elqti'ik ont même souvent coniribué au dëveloppement de nos conoaiâsances sur Télat social et politique des pays barbares. Les missîoiiimires belges sont fort nombreux depuis le xvi" siècle; avec les |*riiis jls consiituent malheureusement la seule catégorie de voyajî6urspar laquelle la Belgique puisse se comparer aux autres nations lie lEurope,
Jims nous bornerons à mentionner ici Jusse Ryckius, un tVancis-
caiij de ïiand, qui importa le froment au Pérou vers 1534; Nicolas
Cfcvnaerls» de Louvain, cité par M. Thonissen comme un des pre- *
«iiers pliilolagues du xvr siècle, qui visita le royaume de Fez en
Ï340 ei nous a laissé des détails fort instructiis sur réiat con-
'^porain des lettres arabes au Maroc; Gaspard BartEseus ou Barl-
ai, qui, vers la mèuir époque, parcourut les indes orientâtes avec
U François* Xavier, et qui a décrit ses voyages dans uu recueil
t^iitulé : Littera- Indua; Gmpari Barzœi; Nicolas du Toit ou del ^eclio, qui écrivit rhistoire des établissements des jésuites au Para- &^ay; le P. Ignace Toebast, qui tut martyrisé sur les bords de rOrénoque; le Luxembourgeois Guillaume llolton, qui pénétra jusluVu Californie; au siècle suivant, un religieux brugeois, le P, Barthélémy de Blende, qui remonta le Paraguay pour trouver une nouvel II route vers le pays des Chiquitos^ mais qui périt en chemin, ^Usa.Hsiné par les sauvages Payaguas; Pierre Coomans, qui fut tué
Pux îles Mai'iannes en 1604: Henry Busens, qui vécut à la cour du »rand Mogol; Pierre Spira, qui parcourut la province chinoise de kiannài; enfin le célèbre FerdinaiidVerb test, de Pitibem,qui mourut tn 1698 à ta cour de Pékin, président du tribunal des raathémati- ^ues.ajîri.'s avoir réformé le calejidrier chinois, dirigé lobservatoire impénal et réorganisé l'artillerie du céleste empire.
Il j eut é^tement, h la !\n du xvii'' siècle, un récollet athoîs qui
i9i BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
mérite d'être signalé plus longuement. Nous voulons parler di P. Hennepin, à qui Ion a attribué la découverte du cours infériew du Mississipi. A Tépoque où le P. Hennepin se rendit au Canada, ob connaissait du Mississipi ce que nous connaîtrions du Nil, si la dernière hypothèse de Livingstone était fondée, c'est-à-dire que par la mer des Antilles on avait reconnu lembouchure, et par le Canada b partie supérieure du fleuve, sans qu'aucune exploration eût encore rattaché ces deux tronçons du bassin. Dès 1539,Hernandez deSoto avait parcouru les terres situées entre le Mexique et la Floride, jusqu'au delà de l'Arkansas. D'autre part, ou savait au Canada, d'après les rapports des sauvages, qu'à l'ouest des lacs une graude nvière s'écoulait vers le sud. Peut-être même Joliet et le P. Marqueitt avaient-ils, en 1672, descendu ce cours deau jusqu'au confluent & l'Arkansas, atteignant ainsi par le nord l'extrême limite des expions tions venues du sud un siècle auparavant.
Quoi qu'il en fût, le P. Hennepin, parti à la fin de J678 avec m expédition que dirigeait le Finançais la Salle, traversa toute I région des lacs et parvint, vers la mi-janvier 1679, sur la rivière de Illinois, ou ses compagnons bâtirent le fort de Crèvecœur. Cornu de la Salle n'osait s'engager plus loin sans approvisionnements, 1 P. Hennepin s'embarqua seul avec deux rameurs sur la rivière qi passait au pied du fort. Arrivé, au bout de quatre jours, sur le Mis sissipi, il le remonta jusqu'à sa source, conformément aux instrui tions qu'il avait reçues de la Salle. Mais, tombé entre les mair des sauvages, il ne parvint à regagner le Canada qu'à la fin de 168^ Telle est, en substance, la première relation de ses aventures, comit il la publia à Paris en 1683-1684. Quelque temps après, la Sal ayant organisé une nouvelle expédition avec le chevalier de TonI réussit cette fois à descendre le Mississipi jusqu'à son embouchure,^ il périt sous les coups de compagnons révoltés. Le récit de cette expl ration parut, dès 1691, dans un recueil de Leclercq sur les travaux c3 missionnaires au Canada. Quelle ne fut donc pas la surprise géi raie quand, six ans après, le récollet athois publia à Utrecht, sc ie titre pompeux de : Nouvelle découverte d'un très-grand pays sU dans l'Amérique du Nord, une édition refondue de son voyage, où réclamait l'honneur d'avoir précédé la Salle à l'embouchure du M sissipi?
Dans son premier récit, le P. Hennepin avait affirmé que les sauvages Tavai empêché de tenter la descente du fleuve. Pour expliquer cette contradictioD allègue, dans sa nouvelle édition, qu'il avait craint de provoquer les ressentime
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delaSalleen avouant qull avait outre-passé les instructions de son chef légitime, liibeureusement, en voulant intercaler sa nouvelle version dans son premier récit, leP. Heonepin est réduit à ne s*accorder que quarante et un jours pour descendre derillinois au golfe du Mexique et pour revenir ensuite à son point de départ avec SOD canot d*écorce et ses deux rameurs. Or, longtemps après, suivant Touvrage de i. Sloddard sur la Louisiane, les bateaux qui trafiquaient sur le Mississipi à Taide deTOiles et de rames s*estimaient fort heureux quand ils parvenaient à remonter (fOriéans à Saint-Louis en soixante et dix jours! En second lieu, non-seulement le P. Heonepin prend dans les ouvrages antérieurs de Leclercq et de Tonti la descrip- ÙOD sommaire des lieux qu'il prétend avoir visités, il leur emprunte encore, en se bornant à changer les dates, le récit des aventures incidentellcs qui diversifièrent la seconde expédition de la Salle, et, avec une inconcevable maladresse, il va j usqu'à ea^ier UxiuelUmmt certaines pages de Leclercq. Les passages identiques des deux laies se trouvent .coUationnés tout au long dans le remarquable ouvrage de I.J. Sparks sur la biographie de la Salle. Ainsi, quoi qu'en aient dit MM. Eyriès, de SaiDt-Genois, Van Hulst et Max. Veydt, il n*est pas nécessaire de recourir à une intrigue des jésuites, les protecteurs de la Salle et les rivaux traditionnels des récollets, pour expliquer les accusations de plagiat qui se sont élevées à rélraoger contre la seconde version du P. Hennepin.
Les Précis historiques, recueil fondé à Bruxelles par le P. Terwecoren, renferment un grand nombre de lettres écrites par les missJonnaires belges qui ont opéré de nos jours sur les différents points du globe, notamment les PP. Cravau et Soupart au Bengale, Beaurepaire en Chine et De Smet dans les montagnes Rocheuses. Les lettres de ce dernier, qui embrassent plus d'un quart de siècle, ne manquent pas d une certaine valeur scientifique dans leurs aperçus sur la nature du pays comme sur les mœurs et les superstitions des peaux rouges ; elles ont été réunies en volume dans le cours de 4873. La même année a vu paraître un ouvrage sur les voyages de Bruxelles ^Mongolie, où se trouvent retracés les pérégrinations et les travaux des missionnaires envoyés dans le nord de la Chine par la congrégation de Scheutveld lez-Bruxelles.
Missions diplomatiûues. — Notre diplomatie nationale, tombée avec 'es d'Artevelde, ne s est relevée qu'au xix** siècle, après la restauration de notre indépendance. Mais, au point de vue qui nous occupe, nous devons citer plusieurs Belges qui ont accompli des missions ^■ares, lointaines et difficiles, pour le compte de nos divers maîtres ou d'autres souverains étrangers. Ainsi au xiii'' siècle, c'est comme ^voyé de Louis IX que Ruysbroeck accomplit son fameux voyage en Tartane.
Guillaume de Ruysbroeck ou Rubruquis était un moine flamand que la septième croisade avait emmené en Palestine. Il se trouvait
miQiQVE mnAiE et fntellectitelle.
eu 1232 à Saiiit-Jeari d'Acre, quand le roi de France lui confia oi ambassade près du grand khan, Ilclu-Khatni. On sait avec quel rapidité avait grandi la puissance mongole. Tonte TAsie sepientri nale était soumise aux successeui^ de Cengis-Khan. La Chine él démembrée, la Russie tributaire, lu Pologne envahie, FArméoie su^Hj juguée ainsi que le Tui kestan et la Perse. Il s agissait pour TOce ™ dent do détourner ce nouveau flot de barbares, peul-étre même d trouver un allié contre les musulmans de Syrie, qui, sous la b] nière du fameux Saladin, baiiarenl en brèche les dernières princ -^^^ paulés de la Palestine. Dès 1245» Innocent l\ avait envoyé grand khan le moine italien Carpini, qui ne sut obtenir aucun enj gement positif* Cependant, peu après le retour de cette ambassade le bruit se répandit en Europe que le grand khan seiait converti a christianisme, et ce fut Ruysbroeck qu'on chargea de s'en assurer^- Le bi'uit était erroné et cette nouvelle mission n*obtin( encore auçui résultat politique ou religieux, mais, ïi l'instar de Carpini, notre cum patriote rappo!'ia de son voyage, qui dura un peu plus de deux ans, une série de renseignements et d'observations qui contribuèi-ent puissamment :i éclairer ses contemporains sur Thistoire, les mœurs et le pays des Mongols.
Embarqué à Coiistaniinople, le 7 mai 1252, Ruysbroeck aborda à Soldaïa en Crimée, doù il se dirigea, par les steppes du Turkesian, vers la ville de Karakonini, capitale de rempire mongol, située entre le lac Baïkal et rAltaï, Le grand khan se trouvait à quelque distance de la capitale, dans un palais où deux fois Tan il réunissait les principaux chefs de Tempire; cest Ih qu'il reçut renvoyé de Louis IX, dans toute la pompe barbare de sa cour. Ruysbj^oeck rencontra a Karakorum plusieurs captifs européens qui y exerçaieni divers métiers et il cite un certain Baudouin du Hainaut qui Tavait précédé en Tartaine.
Après un séjour de quelques mois dans la capitale du grand kban notre voyageur revint eiî Palestine par le Turkesian, le Caucase el la Syrie. Sur presque tout ce parcoursi son itinéraire se confond avec la route suivie par Carpini Luit années auparavant. Mais, plus heureux que son devancier, le moine belge put pénétrer dans cette mys lérieuse Ka ni ko ru m qu'il nous décrit avec ses murailles de terr percées de quatre porit's, ses douze pagodes, ses deux mosquées e son église: image multiple des divers peuples el des difféi^ents cultes qui se confondaient sous h domination des Mongols* En second lieu, tandis que Carpini avait regagné son point de départ en refai-
saDt la même route en sens inverse, Ruysbroeck, de retour sur les bords de la Caspienne, traversa le pays des Âlains, franchie les Portes de fer, visita l'Arménie et vint se rembarquer pour la Palestine au port de Kouch. On lui attribue d avoir le premier décrit les bœufs duThibet et signalé les effets médicinaux de la rhubarbe. Il a également le mérite d'avoir dissipé, par une description complète et raisoQûéedu bassin caspien. Terreur de ses contemporains qui, malgré fassertion d'Hérodote, persistaient à croire ce grand lac en communication avec l'océan Boréal. Cette rectification hydrographique devait déjà résulter implicitement des relations fournies par Carpini, et même, sept siècles plus tôt, par le Byzantin Zémarque, puisque ces deux voyageurs avaient également franchi, de la mer Noire à rAllaï. les tenues situées au nord de la Caspienne. Mais la relation de fambassadeur byzantin était encore ignorée du monde occidental, et, quant à Carpini, il avait si peu reconnu la position de cette grande mer intérieure qu il l'avait prise pour un simple prolongement de la naer Noire.
Nous avons déjà parlé des diSërentes missions confiées à Guillebertde Lannoie pendant la première moitié du xv® siècle. A partir de cette époque, nous voyons les ducs de Bourgogne, qui ne cessaient de rêver de nouvelles croisades, envoyer en Orient une série de gentilshommes belges. Le principal fut un Brugeois, Anselme ' Adornes, qui, outre deux missions en Ecosse, se rendit en Turquie et en Perse pour le compte de Charles le Téméraire. Son fils, Jean Adornes, l'accompagna en Orient, et nous a laissé une relation de ce voyage ,* qui se poursuivit à travers les États barbaresques , Itgypte, la Palestine et larchipel grec. 11 est probable qu'Adornes était alors chargé de préparer le terraind'une expédition éventuelle, car en 1473, nous le voyons repartir pour proposer au roi de Perse une alliance contre le sultan ; malheureusement nous manquons de détails sur ce dernier voyage, et Anselme Adornes fut assassiné en Ecosse au commencement de 1484.
En 1533, un Flamand de Nieuport, Corneille Scepperus ou de Scheppere, qui avait longtemps rempli les fonctions de secrétaire près du roi Christiern II et qui avait même obtenu en Suède la seigneurie du Jamtland, fut chargé par l'empereur Ferdinand de conclure un traité de paix avec le célèbre Soliman. Le rapport adressé i l'empereur sur les résultats de cette mission a été retrouvé dans les archives impériales de Vienne et publié par M. Von Gevai. On y ^uve d'intéressants détails sur le cérémonial diplomatique en usage
à la cour du Grand-Seigneur. Tout n était pas rose à cette époqie dans la vie d*un diplomate. A peine parvenu à Constantinople, Seepperus est mis au secret dans son hôtellerie; après de longuM instances, il finit par obtenir une audience du sultan ; mais à b sortie du palais, il est brutalement insulté par les janissaires. Foreé de revenir en Autriche par terre, il manque d*étre retenu prisooaiei à Belgrade, et atteint Presbourg dans un tel état de fatigue et d'épuisement qu'il ne pouvait plus ni se tenir à cheval, ni s'asseoir a voiture.
De 1554 à 1562, nous voyons encore un Belge, Auger de Busbecq, remplir près de Soliman les fonctions d'ambassadeur impérial. II nous a laissé sur cette mission quatre longues lettres publiées i Paris, successivement en latin et en finançais. Parti de Vienne à b tîn de 1554, il traversa la Hongrie, descendit le Danube jusquli Belgrade, franchit les Balkans et gagna Constantinople par Philippepolis. Ayant échoué dans ses tentatives de conciliation, il reprit h chemin de la Hongrie et rentra à Vienne, après une année et deaw d'absence : de même que Scepperus, il était si maigri et si épuia qu on le crut empoisonné par les Turcs. Cependant, quelques moi après, il revint à Constantinople pour y reprendre ses négociations Cette fois, ouvertement repoussé par le sultan, menacé d'avoir le oreillesetle nez coupés, abreuvé d'aflFronts et de mauvais traitement! il resta pendant six ans dans une sorte de demi-captivité, sansauti compagnon que son médecin, le Courtraisien Guillaume Quacquc been, qu il eut même la douleur de perdre durant la peste de 155 Enfin, en 1562, Soliman, ayant consenti à traiter, permit à Busbc* de regagner Vienne avec une convention qui devait suspendre pei dant huit années le long duel de l'Europe et du mahométisme. Bu becq est un des premiers diplomates qui ait voyagé en observatei scientifique. Sa relation est pleine de renseignements, encore exac aujourd'hui, sur l'état social des populations ottomanes. Rien ne I échappe des mœurs, des coutumes, des superstitions, des partie larités ethnographiques et même linguistiques qui se rencontK sur sa route. Il signala notamment l'existence au Caucase d'une p( plade qui offrait dans son langage et dans ses traits beaucoup d'aï logie avec les populations néerlandaises. Archéologue et numisma il observa avec soin les restes de l'architecture antique, rapporta de cents manuscrits grecs, enfin recueillit un grand nombre d'inscri tions et de médailles. Naturaliste, il étudia la botanique de la Ti quie en compagnie de Quacquelbeen et introduisit en Occident p
àsm platites nouvelles, TiotammeiU la tulipe, qui devait un jour imtmr une passion de la Hollande, et le lilas de Perse, que BermriiQ et Sainl'Piene proposait de planter sur un monument érigé easoutenir de uotrediplomate-botanisLe.
flows devons eiîcore tiier un geiitilhomme gantois, Charles Rym, <|ue Maximilien 11 envoya conclure avec Sélim la trêve de 1367, Mallieua^userneni sa relation est perdue. C'est la dernière missiou duii Ji|jlûmat4î belge qui vaille la peine d être signalée comme voyage avaiu la fin du xvui* siècle. Ici se place la mission du prince de Ligne i\m fut chargé par Josepli U d accompagner la grande Catherine de Russie dans le fameux voyage de cette princesse à travers les lioiivelles conquêtes de son empire*
liepyis 1830, plusieurs agents du gouvernement belge ont rempli ï Uirmger des missions qui méritent une place dans cette étude, telfist surtout le voyage que M. Blondeel Van Ceulebroeck, alors consul général à Alexandrie, lît en 184! dans rinlérieur de TAbysmk. Débarqué au port d'An ki ko sur la mer Rouge dans lautomne !iel840,M, Bloudeel pénétra successivement jusqu'il Gondar et Gamklsha, où il obtint du prince Gochb des manuscrits abyssins extrémmm précieux. Notre envoyé se proposait même de pousser jusque chez les Gallas, mais, arrêté par la maladie, par répuiseraent de ses ressources, par la défection de ses serviteurs et surtout par b ifoubles incessants dont ces contrées étaient le tbéAtre, il revint en É^ple, après deux ans d'absence, par le Scnnaar et la Nubie, reintsaîit ainsi ritiaéniire que Bruce avait parcouru au siècle derm. U^ lettres de M. Blondeel, remplies des détails les plus curieux m leu péripéties de son voyage» mériteraient certainement dêlre publiées.
Lorsque en 18421e ti^îté de Nankin eut ouvert aux Européens cinq de la Chine, ce fui un Belge* M> Moxhet, alors consul à Sinppore, qui fut le premier agent européen à protitcr de cette conmm). Après lui, MM, J. Lannoy, en 1845, et d^Egremont, eu lïïT, remplirent une mission dans lempire du Milieu, En 1866, M- Eniest lïaluin se rendît de Tanger à la cour de Fez, pour y noiilîer ra\énement de S. M. Léopold II; son rapport, inséré au Montimklije des 4 et 5 octobre 1806, s'éteiid d'une façon intéressanto ^•>i' les mœurs et tes institutions du Maroc, Rappelons, eu terminant, HiJ»^ "fe occasions permanentes de voyages lointains sont désor- "tai.^ offertes a nos di{ilomales, par letablissemejitde légations beli^ h Pékin et à Yukubama.
Captivités. — Nous rangeons sous cette rubrique les voyageurs qui ont dû spécialement à leur captivité chez des peuples bartai» la notoriété de leur nom et de leurs aventures. Ainsi, paimi les TÎetimes de la piraterie barbaresque des derniers siècles, nous avons i mentionner TAnversois Grammaye et le Brugeois d'Aranda, qui nous ont tous deux laissé une relation détaillée de leurs infortunes. J.-B. Grammaye, qui fut surpris sur les côtes d'Espagne, passa râ mois à Alger, de 1619 à 1620. Sa relation ne nous entretient guto de ses aventures personnelles, mais elle renferme une descriptior géographique et politique du littoral algérien, où l'auteur s appesantit longuement sur l'état social des populations barbaresques Ce livre, dédié à Philippe IV sous le titre de : Africx illustraUBr decem, se termine par l'exposé dun plan qui, dans l'esprit de Gram maye, devait aboutir à la conquête des États barbaresques par l'Es pagne, soutenue de toute la chrétienté. Emmanuel d'Aranda tomto en 1640, entre les mains de quelques pirates qui croisaient sur te côtes de Bretagne et qui remmenèrent à Alger avec deux de sei compatriotes, Saldens et Van Caloen. Après un an d'esclavage, i fut échangé contre des Turcs qu'on retenait prisonniers à Dunkerque La relation de sa captivité se borne au récit d'incidents personnels mais elle donne par là une idée assez exacte des mœurs et des usage qui prévalaient alors à Alger, ainsi que de la misérable condition o étaient réduits les esclaves chrétiens chez les Barbaresques.
Le même siècle nous fournit encore les voyages forcés de Pirai et de Jean Van Termonde. Pjrau ou Pirard de Laval, que la Biogr* phie universelle de Michaud revendique comme Français, mais q' de Saint-Génois fait naître, avec assez de vraisemblance, à Stembei près de Verviers, était parti de Saint-Malo pour les Indes en 160' Une tempête le jeta avec ses deux navires sur les îles Maldives, do les habitants le réduisirent en esclavage. Heureusement, il sut gagn la feveur du roi qui l'employa au port comme interprète et courti( Il put ainsi, au bout de cinq années, trouver loccasion de s'embî quer clandestinement sur la flotte du roi de Bengale. Bientôt p venu à Goa, il regagna Saint-Malo en 1610, et l'année suivante publia à Paris une relation de ses aventures, élogieusement citée ] Raynal et Buffon. Quant à Jean Van Termonde, c'était un chirurg qui, ayant pris du service en 1670 sur la flotte russe de la Caspieni fut capturé par les gens du Daghestan et retenu en esclavage à C makié. Mais il parvint à se faire racheter par l'intermédiaire d Géorgien, envoyé du roi de Pologne, et, au bout d'un an, il put
VOVAGKS, DÉCOl VERTES, ËMU;HAH0NS.
im
rendre dlspâhan h Batavia pour regagner sa patrie par cet énorme cifoiiit. O fut son compagnon de captivité, le navigateur hollandais Jêao StruYS, qui publia à Amslerdaiti, en 1676, le récit de leurs
Kous arrivons maintenant h un récollet flamand, dont lodyssëe est oîrtaiïiettjeot In plus extraordinaire qu'on puisse rêver. S11 faut en h relrition flamande publiée 5 Bruges en 1778, sous le titre iCortesiwndance fk Pierre Partie relative à ses aifenlures lors de son mmid vojfû^e à Jémmkm^ le frère Fardé naquit à Gand en 1651. Mrf fort jeune dans I ordre des récoUels, il avait déjà accompli un pèterinage en terre sainte» lorsque en 1686 ses supérieurs le cliarffcreot li une mission Ji Jérusalem. Il alla s'embarquer au port d*Am- ) itmiam sur un navire mat^chand, qui arriva sans accidents à Listes, mais qui, à peine sorti de ce port, fut attaqué par des pirates |llj)ériiTO, L'équipage se défendit vaillamment, Fardé en tête, si bien I <|ue les assaillants durent abandonner leur proie et que le navire, ipràs quHques jours de relîkhe aux A(;ores, put continuer sa roule vers la Méditeï*ranëe, Mais arrivé à la hauteur de Candie, il fut de oonmu attaqué par les Barbaresques qui, celte Ibis, s*emparèrent ii Tioire j'écollet et de ses compagnons. Débarqué à Bone le 24 oc- Kïhre IfiSfi, Pierre Fardé fut acheté, en même temps que récrivain du vaisseau, Daniel Van Breugliel, par un homme du Soudan, Saura felyû, qui s eu revenait de Perse et qui ne tarda pas à reprendre Hpc st^ nouvelles acquisitioiis la route d'Aghadès, sa ville natale. U 14 décembre, la caravane entrait dans cette capitale de TAir, ou hîié trou^^a déjà plusieurs esclaves catholiques, grecs et juifs, sans compter des moines italiens qui arrivèrent dans la suite* ne notre héros avait appris Farabe dans son premier voyage en itiae, il sinstnua facilement, gnice à ses talents darchitecie, ^lans les bonnes grâces de son maître, qui voulait se bâtir une villa ^riîalienue. Mais le tVère Fardé était possédé par le génie du pro- ^tSyiime et il avait déjà converti plus de deux cents indigiMies, sans «^Mjfter ses compagnons grecs et juifs, quand il fut dénoncé par un «^lavt» huguenot nommé I.ouîs de la Place. Condamné h la baslonuade, il n y écliappa que par la promesse d'une rançon fixée h îlKlrixdalers. Quand celle somme lui tul arrivée de Belgique par ^«fllrmise d'un négociant hollandais établi h Saint-Georges d'EI- "^'ïw, sur la côte de Guinée, il i-erut enfin sa liberté, et le 10 juillet 'fission maître lui donna une escorte de deux indigènes pour le Wwhiire jusqu au Niger, Mais ses compagnons l ayant quitté h h
tùO BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
ville d'Ouber (Ghouber?),il dut s'aventurer seul dans les désertsipi le séparaient de la Guinée. Plusieurs jours il erra dans des plaines, puis dans des montagnes, tant quil rencontra des Maures quik dépouillèrent de ses vivres et de ses vêtements. Après être resK deux jours sans nourriture, il mangea avidement quelques fruits qu Tempoisonnèrent ; mais au moment où il allait rendre Tàme, il fo recueilli par une caravane de deux cents chameaux et de cinquanti éléphants qui se rendait de la Guinée au Congo. Cinquante-sep jours il voyagea en compagnie de ses sauveurs qui, montrant rorieût se dirent appartenir à la religion des brahmanes et qui lemmeoè rent jusqu'à la côte d'Angola. Quand Fardé s'y trouva à borddi navire qui devait le rendre à son pays, il put se croire au bout des» infortunes, mais il avait compté sans la tempête qui engloutit toui ses compagnons dans les parages de Sainte-Hélène et le jeta seo sur un flot inhabité, long de trente pieds et large de quarante, où i mena pendant près d'un an l'existence de Robinson. Il commencsi à désespérer, quand un beau jour il vit s'approcher un navire pw tant le pavillon hollandais. Mais, nouvelle mésaventure, c'étaient de corsaires qui l'emmenèrent à leurs chantiers de Salé pour y travaï 1er, en attendant une nouvelle rançon. Alors, enfin, il parvint regagner l'Europe dans le courant de décembre 1690, mais ce nef que pour mourir aux bains d'Aix-la-Chapelle, épuisé par la d'épreuves, dans la quarante et unième année de son âge.
Nous ne croyons pas qu'on ait jamais révoqué en doute Tauthenticité de ce relation. M. P. A. Tielc la cite parmi ses précieux « Matériaux pour une bibli graphie des relations de voyages néerlandais » {Bibli ographische advenan la Haye, 4873). M. Ph. Blommaert Ta élogieusement analysée dans le VlaffM Belgie, de 4844, et de Saint-Génois dans ses Voyageurs belges, où il fait n sortir « l'énergie et le courage dont cet homme en apparence fréle et maigre preuve dans toutes ses infortunes. » Toutefois personne jusqu'ici ne semble av< saisi l'imporlance géographique de l'odyssée accomplie par le frère Fardé, car n'eût pas manqué de faire ressortir que nous avons là, parmi nos gloires national un prédécesseur des Barth et des Livingslone. Pierre Fardé est, en effet, d'api son itinéraire, le seitl Européen qui, depuis les temps de Pline, ait pénétré à\ l'oasis d'Aïr, VAgysimba regio des Romains et le seul voyageur connu qui ait jan passé, par terre, de la Guinée au Congo. Malheureusement un examen quelque] attentif de ses lettres démontre clairement que nous nous trouvons puremeni simplement devant une ingénieuse supercherie littéraire. L'étrangeté même aventures qu'on y relate, leur merveilleux agencement, cet échange de corresp dance régulier et continu entre les Pays-Bas cl le fond du Soudan, l'absence toute réflexion sur les caractères distinctifs des populations arabes, touaregi nègres qui habitent celle région, comme sur l'aspect particulier de cet Aîr <
Barthderait appeler THelvélie du Soudan, la banalité et Tincxactilude des quelques deuils géographiques que Fauteur doit produire pour la liaison de son voyage, en nnmot, le manque complet de toute couleur locale est déjà plus quMl n*en faut pouréveiller les défiances du lecteur. Mais il y a, en outre, deux raisons pleinement suffisantes pour faire éclater Tévidence do cette mystification géographique m yeux de quiconque possède quelques notions sur Tintérieur du continent africaio. C'est d'abord Timpossibilité matérielle, si Ton s'en réfère aux itinéraires décrits par Rarth, Duveyrier et le colonel Mircher, que Pierre Fardé, débarqué kUoctoinre à Bone,puissc être arrivé à Aghadès le ^A décembre suivant^ et qu*il ait pQ recevoir dans cette ville, à la date du 7 septembre, une lettre envoyée de Gand ie9;Htii€/dela noéme année. C'est ensuite la fable de cette caravane qui, pour la première fois se serait rendue par terre de la Guinée au Congo, dédaignant la voie naturelle de Teau salée pour couper à angle droit, par une route chimérique, les fleuves, les marécages et les déserts encore inexplorés de toute l'Afrique équatorialeiEo résumé, les lettres du frère Fardé, à part les citations édifiantes dont abuse l'auteur suivant le goût de son époque et l'habitude de sa' profession, conservait tout l'attrait d'un roman. Mais elles ne sont qu'un roman, écrit par quelque Joies Verne du xvtu* siècle, avec moins d'érudition et de talent. 11 est possible que fefrère Fardé ait réellement vécu, il est même possible qu'il soit tombé entre les naios des pirates barbaresques, mais il est certain qu'il n'est jamais allé à Aghadès oodu moins qu'on n'en a jamais rien su. Dans une des lettres publiées à son sujet, on parie de prédications et de quêtes destinées à recueillir chez les âmes pieuses Targent nécessaire à sa rançon. Là est peut-être le secret de toute cette histoire.
Émigrations et coloxies. — Si les émigrations sont parfois la conséquence de grandes calamités publiques, elles sont plus souvent la preuve d'une vitalité surabondante dans les forces de la nation; elles constituent, dans certaines limites, un contre-poids nécessaire à l'accroissement progressif de la population, en même temps qu'une soupape de sûreté, toujours ouverte aux éléments de turbulence et fcilalion. Les Belges, qui émigrent peu aujourd'hui, sont au nomlïre des nations qui ont le plus émigré au moyen âge ; l'historien Beckmaun, dans son histoire de la principauté d'Anhalt, décerne niéme à la Belgique de cette époque le titre, jusque-là réservé à la Scandinavie, de Vagina gentium.
Nous ne remonterons pas ici aux établissements des Morins et des ^^napiens dans le sud des îles Britanniques, moins encore à l'installation des Belges en Pannonie. M. Emile Varenbergh a récem- Daent esquissé les échanges continuels de populationqui, dès la chute d<i l'empire romain, s'opérèrent entre les tribus de race identique lixées sur tout le littoral de la mer du Nord. On sait le rôle que jouèrent nos ancêtres dans l'expédition de Guillaume le Conquérant, ^^ la pan qu'ils obtinrent dans la distribution des terres confisquées ^i»x vaincus; ce fut une vraie colonisation, s'il faut admettre avec m. 14
BELGIUIÊ MUKALE ET INTELLECTUELLE.
M, Van Bruyssel, que la plupart des seigneurs metitioûnés dans Domesday hook avaient emmené leur-s vassaux et leurs tenanciers-
Sous Henri r% de nombreuses femîlles, chassées des Flandres ^
la grande inondation de lHl, cherchèrent un refuge dans la Gmod
Bretagne; le roi les établit en plein pays de Galles, principaleme::^ ! sur la péninsule de Gower, dans la baie de Swansea. La petite coW nie parait avoir rapidement adopté Tusage de Tanglais, mais ce fm^ précisément cette circonstance qui lerapécha de se fondre dans population environnante, exclusivement galloise. Daprès un aulci^ anglais, le patois du district renferme encore aujourd'hui beaucot—^ de mots flamands mélangés d archaïsmes anglo-saxons, et Ion y i*» — : trouve partout des spécimens de l'archiieeture flamande; la populo- I tion elle-même a conservé, malgré sept siècles d intervalle, une oi ginalité de traits et de mœurs qui la dislingue k la fois des Gall et des Anglais. Le même phénomène s'est reproduit dans le Peicrj brokeshire, où nos colons fondèrent le port de MiKbrd Haven ---^ construisirent la fameuse chaussée dite F/emiH^.^ïrff^.M. Varenber^^ soutient que la langue flamande se conserva jusqu'au xv"" siècle dai ^s cedistrici^ qui avait cependant déjà reçu alors le nom de « Petite? Angleterre par delà les Galles >\ LiUk Engîand heyomi Wales; 9û pourmit donc supposer que, tout en conservant leur individualité, nos colons y avaient adopté la langue anglaise pour mieux marquer leur alliance avec les conquérants du pays. Des émigrations îndusirielles viin*ent renforcer cet élément belge sous les règnes d'Henri II, d'Edouard 1'^ et d^Édouard UL
En Allemagne, nos émigrations remontent également aux premiers temps du moyen âge. Charlemagne, qui transporta des Saxons en Belgique, passe pour avoir transporté des Belges sur les rives de l'Elbe. En 822, saint Adélard fonda sa Noùvelle-Corbie avec des ouvriers et des laboureurs originaires comme lui du pays d*Audenarde. Mais c'est au xn"^ et au xuj' siècle, après le premier ébraidement des croisades, que noire mouvement d'émigration vers TAllemagne devint un véritable exode.
M- Em. de Borchgrave, qui a savamment traité Thistolrc des éUbljssemenls belges en Allemagne, défie d y citer un État qui n ait pas reçu de nos ancêtres quelque renfort de population ou quelque geiTïie de progiès. Ces colonies obtinrent en générât des privilèges considérables, le maintien de leurs coutumes, ainsi qu'un droit et une juridiction spéciales; elles dispai'urenl peu h peu, d*autant plus facilement absorbées par félément germanique qu'elles appartenaient
presque toutes à la partie flamande de notre population. M. le doc- .icur Grûohagen parle cependant d une colonie wallonne qui s'était établie à Breslau dès le commencement du xi* siècle, avant la germauisatioD de la Silésie. Il p^aft que Ton compte encore aujourd'hui en Allemagne une quarantaine de villages portant les noms de Fkmming, Flemingen, Flemingsdorff, Flemsdorffy etc.
De nombreuses colonies belges s établirent également, au xn** et au XIII* siècle, en Hongrie ainsi qu'en Transylvanie. Une tradition assez curieuse se rattache à leur origine. Dans la première moitié du if siècle, des Hongrois, chassés de leur pays par la famine, avaient trouvé un refuge sur le territoire de Liège, où un quartier porte encore le nom de quartier Hongrée. Vingt-cinq ans après, comme la principauté liégeoise était à son tour ravagée par la famine, la Hongrie paya sa dette de reconnaissance en accueillant une nombreuse colonie wallonne, qui garda, jusqu'à la fin du xv* siècle, sa bngue et ses usages. Pour parer à la famine, aujourd'hui les États échangent des denrées: on voit qu'autrefois ils trouvaient plus simple d'échanger des populations.
n est surprenant que nous devions descendre au xv* siècle pour trouver une première tentative de colonisation maritime dans l'histoire du peuple flamand, malgré ses relations lointaines et sa nombreuse marine. On sait que l'archipel des Açores porta autrefois le nom Slles flamandes. Cette dénomination lui est-elle venue de ce qu'il aurait été découvert par des Flamands, comme le déduit Orteliuslui-même, ou simplement de ce qu'il fut colonisé par nos ancêtres, comme le soutiennent la plupart des auteurs étrangers? Suivant la version te plus en faveur chez nous, un marin brugeois, Josué Van den Berg ou Van den Berghe, fut poussé par une tempête sur les Açoresvers rannéel44S; arrivé àLisbonne,il parla de sa découverte aux Portugais, qui y envoyèrent aussitôt une expédition maritime.
Nous ferons d^abord observer que la découverte de Van den Berghe devrait se ^rner ii Terceire et peut-être aux îles voisines, car les Formigas étaient déjà explorées par les Portugais depuis 4432, Sainte-Marie était connue depuis 1432 et ^ïigucl depuis 1444. Mais, même dans ces proportions réduites, l'exploration ^ Van den Berghe fut-elle bien une découverte?
Jld'Avezac, reproduisant Tacte de donation qui octroya en 1450 la seigneurie <^*Terceireà Jacques de Bruges et à sa descendance même féminine, remarque ^uc les avantages extraordinaires insérés dans cette concession semblent appuyer ^^ préicDlions de nos compatriotes à la découverte ou tout au moins à la première wcupaiion de File. Mais, comme l'observe M. R. Major, dans sa savante History '^l pr^ Henry tkenavig(Uor,cei avantages trouvent une explication bien suffi-
santo dans lo fait que Jacques de Bruges éiait noble et riche, qu*il avait épousé u^^hvc dame de la cour, (fu'il était entré au service du roi sur la recomniaudalion de sa
tante, la duchesse de Bourj^ogne, et qu'il devait supporter tous les frais de la col .^Ionisation. Si ce Jacques de IJruges, «jue de Sainl-Genois identilie avec Josué Van d^ Mk^ Berghe, avait participé ii la découverte des îles, Tacîe de donation n'eût pas manq- ,^^uc de faire valoir un titre aussi sérieux. M. Major fait observer en outre {{uedès i43^E:^ 39, rensend>le de rarcl)ij)el se trouvait ciairenieut dessiné sur une carte catalane av,^^ ivec la mention suivante : i< Ces îles furent trouvées par Diei^o de Séville, pilote du mr roi de Portugal, en Tannée 14iV2 ( i4"27 disent «juelques commentateurs).» De son côr ^>ôté, Martin Hehaim, le beau-fils de Job Van lluerlerqui colonisa une partie de Tarchip» «- j[ pcK écrivait en 140:2, sur son fameux globe de Nuremberg, (jue les dix îles furent dt"» découvertes par l'expédition portugaise de 14^:2.
D'ailleurs cette controverse perd beaucoup de son importancci quand ou reliée' ^i^ -^chil que l'existence des .Vvores était un fait avéré longtemps avant Tépoque de la col <i^-=olonisation etméme de la première expédition portugaise. Nous ne faisons pas allusi m ^ss, sion ici aux connaissances plus ou moins légendaires (}ue les Romains et les ArabzS^ -^^^cs pouyaicnt posséder sur rarchipel; mais il est incontestable que des navigatOL» --"-wîure chrétiens y avaient abordé au xiv siècle. Un auteur anglais, J. Kingston Tuckc^ ->*cv, prétend bien, d'après des autorités que nous ignorons, que ces marins étaient fc^ ^^ Bnigeois, et que révénenuint se passa ù la tin du siècle; mais cette exploratioc::^ -■<>''• même avérée, ne justifierait pas nos prétentions à la priorité delà découverte, CJ^.^^^^*"» sans même attacher trop d'importance à l'assertion du P. Cordeyro, qu'un Gr'^ ^^ auraitfait à Fayal, en i 1^70, une tentative de colonisation, il est certain que 1*6'^==^'^' semble du groupe eft>t fort exactement reproduit sur une carte catalane de 1375 ^
même sur un portulan génois de 1351, avec ce seul défaut que les îles y sont orie tées, non du nord-ouest au sud-est, mais du nord au sud. Ce serait donc aux coi citoyens de Coloml) qu(î reviendrait l'honneur d'avoir trouvé ces jalons de la gran route vers rAméri(iue. Quant à nous, nous devons nous borner à réclamer i'hoi neur de leur colonisation.
Do 14oU à liOO piusi.'ui-s iiiilliei's de Belges se ti'îinsporlèi-eut dan:^^ lafcliipel avec des capitaux et des iiisliuiiients de ti^avail. Jacques d^^^^ Bruges el GuillaiiiiieVati Dagoiva i)euplèfeiil Tei'ceii*e; Guillaume Vaii der Haegeii mil eu ndiufe Goi^vo, Floiès et Saiiit-Geofges; eiitiii Job Van Ilneiiei' eoloiiisa le Pie et le Payai; celle dernière île priu même le nom de .V<>/av//<' Flandre. Malheureusemeiil les Vlaernsche" Eylanden élaieiU trop sur le cliemiii des Portugais pour ne pas retomber bieiilol eiilre leurs' iiiaiiis. Qu'elles aient été Iranstérées un moment, en tout ou en partie, à la priui'esse Isabelle de Bourgogne, comme le dit Martin Hi^haini, ou qu'elh's aient élé direelement affermées aux premifrs eon^'essionnaires parle roi de Portugal, comme le soulienlavec beaucoup de vraisejublanee le P.Gordiîvro, toujours est-il que nous voyous, dès l'origine, les capilain-'s donataires relever exclusivement de Lisbonne el, au l)0ul de (juebiues généralious, céder la place à des nobles |).)rlugais. Il sullisail, du reste, aux Poi-
VOYAGES, dP/:ouvertes, éwigrations. 200
tugais, déjà exclusivement établis h Sainte-Marie et h SaQ-Miguel,de se répandre dans les autres îles pour y absorber peu à peu Téiénient flamand, qui avait cessé de se recruter dans la mère-patrie. Mosquera, qui écrivait, en 1622, sa description du nouveau monde, rapporte qu à cette époque il y avait encore dans l'archipel et notamment auFayal des familles flamandes rcconnaissables par les qualités de leur race; mais elles avaient adopté Fusage du portugais et elles avaient même traduit dans cette langue leur nom patronymique, comme ces Van der Haegen, qui,, sous le nom de Da SUvad, étaient devenus une des familles les plus puissantes de Saint-Georges.
Dans les mêmes parages, une des Canaries, l'île de Palma, fut , repeuplée, après la destruction des indigènes pendant la dernière moitié du x>^ siècle, par des familles industrieuses que les Espagnols attirèrent de Flandre. De même qu'aux Açores, elles ne tardèrent pas à se fondre dans l'élément ibérique et traduisirent même leur nom en espagnol. M. Pegot-Ogier, dans sa description des îles Canaries, parle d'un marquis de Monteverde, qu'il rencontra à Ténériffeet qui descendait d'une famille flamande appelée Groenberghe, • Citons encore la petite colonie agricole qu'Isabelle d'Autriche,* reine de Danemark, fit venir de Flandre, en 1514, et qu'elle établit dans la petite île d'Amack en face de Copenhague. Les colons, qui s'y livrèrent, de père en tils, h la culture maraîchère, avaient conservé, selon Malte-Bcun, jusqu'à une époque voisine de la nôtre, les traits caractéristiques de leur costume et de leur langage.
Enfin, en 1517, le comte d'Arschot, amiral de Flandre, ayant obtenu la concession du Yutacan, voulut y envoyer plusieurs navires tîhargés de colons flamands, mais, à peine parvenus à San-Lucar, ils durent rebrousser chemin devant l'opposition des Castillans.
Ici commence une nouvelle phase dans l'histoii-e de nos émigrations Bien que la propérité de nos grandes communes eût déjà reçu ^^ profondes atteintes sous le gouvernement des derniers princes bourguignons, il semblait, à voir notre richesse industrielle, notre ^î^périence maritime, l'extension de notre commerce et l'éclat de nos études géographiques, que iious fussions mûrs pour participer au Dïouvement des grandes découvertes inaugurées par les Colomb, les ^^sco et les Magellan. Mais alors éclate la révolution religieuse du W siècle et l'on voit se scinder nos dix-sept provinces. La Hollande hérite (Je toutes nos perspectives maritimes et commerciales, pour jouer un rôle éclatant dans la conquête géographique du globe, tan- ^^^ que la Belgique, appauvrie et mutilée, commence sa grande déca-
i06 BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
dence sous le joug politique et religieux de TEspagne. Désormais nos émigrations ne sont plus l'exubérance d un peuple libre et prospère qui se sent à Tétroit dans ses limites territoriales et qui cherche de nouveaux débouchés aux produits de son industrie, mais le lamentable exode d'une nation qui voit fuir par toutes les issues le plus clair de son or, de son intelligence et de son sang. Pendant un quart de siècle, les pays voisins se peuplent de nos proscrits. Sans compter les innombrables fugitifs qui portèrent dans la partie émancipée des Pays-Bas leur activité intellectuelle et commerciale, des milliers de réformés se réfugient en Angleterre où ils fondent de véritables colonies, à Lynn, à Norwich, à Sandwich, à Canterbury, à Colchester; d'autres se dirigent vers rAllemagne, les provinces rhénahesetles villes hanséatiques ; un certain nombre se fixe en Danemark el même en Suède, où un protestant liégeois, Louis De Geer, fonde, avec plusieurs centaines de forgerons wallons, les célèbres forges de Danemora et de Norkôping.
Quand tout ce qui avait le courage ou la possibilité de s'expatrie eut quitté notfe malheureux pays, il se fit un long repos qu'on pi) * croire de l'apaisement. Dans les deux siècles qui suivirent lavorU ment de notre révolution, nous ne trouvons plus à mentionner aucui entreprise de colonisation privée ou publique, sauf, en 1652,racqu sition par quatre Brabançons d'un îlot situé sur les côtes à Schleswig, l'île de Norstrand, et, en 1723, la fondation de quelqu* comptoirs, sur les oôtes du Bengale, par la compagnie d'Ostende
Après 1815, notre courte réunion à la Hollande nous admit à jouissance du vaste empire colonial que nos anciens compatriot avaient su se créer par leur habileté et leur persévérance. Lorsq la révolution de 1830 nous eut refermé ce \^ste marché, fort pi cieux à une époque où le protectionnisme dominait dans la politiq commerciale des États européens, le gouvernement belge song plusieurs fois à créer quelque appendice de la mère-patrie qui | servir de débouché à nos émigrants et à nos produits. C'est ainsi q de 1838 à 1850, une douzaine de localités ont plus ou moins rieusement attiré son attention dans les cinq parties du monde. Ma sauf en 1848, sur les bords du Rio Nuîjez, à la côte de Guinée, la Belgique retint pendant un an la possession nominale d'un disti cédé par les chefs indigènes, aucun de ces projets ne reçut même commencement d'exécution, soit à cause des exigences que.manif tèrent les États intéressés, soit en raison des conditions défavorab que présentaient les territoires à coloniser, soit encore par crai
\éÊtg^ et des complications oii celle politique nouvelle pouvah aili!llDer notre pays, alors que le libre échange battait chaque jour ffl krècheles aiaïUageset les principes de l'ancien système coloniah
Us tentatives de quelques compagnies' privées pour concentrer sur œrlâins territoires privilégiés le mouvement de rémigralion Mp oout pas abouti à des résultats plus positifs. En 1S41, il /était formé à Bruxelles une société anonyme intitulée : Compagnie kl§e(U €ohnisatwn, qnî avait pour but de créer, au profit de nos émijràïits, de$ établissements agricoles, industriels et commerciaux àm les différents États de rAmérique centrale. Une commission Jesploration qu elle envoya Tannée suivante au Guatemala, sous les erfc du colonel de Puydt, obtint la concession d*un territoire ma considérable sur le golf? de Honduras: ce tut le trop fameux établissement de Santo-Tomas. lîn millier de Belges y furent Iransl»oiléssar les navires de TÉtat; mais l'insalubrilë du climat, la difficullé des défrichements, rabsence de voies de coramunicalion, la péaurie Jes ressources financières et peut-être aussi la mauvaise wpiiiMion de la colonie ne lardèrent pas à jeter le dëcout^ai^Hmenl el le désordre parmi les nouveaux débarqués, La compagnie finit parsi'ertbudrer, en laissant à ses actionnaires des tilt es de propriété jïuremeiH illusoires. Quant aux colons, les uns revinrent dans leur pays, les antres se dispersèrent sur tous les points du Guatemala, où, eu 1870» on comptait encore une centaine de Belges, établis, poiif ]m trois quarts, dans la capitale, et, poilr le reste» dans les immii provinces de la république,
E[] 18.Î4, une tentative du même genre fut faite par la compagnie lielge*lirésilîenne de colunisaiion. Ayant obienu une concession de ïiiigi lieues carrées dans la province de Sainli*-Calheriue» elle y en- \mmi directeur, \L Van Lede» avec un groupe de colons qui ne tardèreïtt pas à se disperser, sous rinfluencede mécomptes paitiels t^lde (lisseiïsîons itilcstines. Cependant en 1851 on trouvait encore (•ii^4îîaiitf>.deux familles belges établies sur les bords de THagady,
y seid groupement d'émigrés belges qui pi^ospère, à tiotre confiai^saiice^ s'est spontanément opéré dans le nord des États-Unis. Wtjurs familles wallonnes sétaient établies dans le Wiscousin, îHiidivirûus de Green-bay; rannonce de leur succès netarda pas a aiLirer leurs anciens voisins d'Europe. On raconte que, dans le Bradant wallon, on vil ainsi émigrer un village entier, son curé en lêle, ^m 1862, ou comptait à Green-bay environ sept mille de nos comfiairioles: leurs villages portaient les noms significatifs de Nouveau-
Bruxelles, Grez-Doiceau, Rosières, Walhain, Grand-Leez, etc. Da ^ un rapport inséré au Recueil consulaire de 1862, un de nos agent^^ M. A. Massé, sétend élogieusement sur l'activité, Tinslruction et prospérité de ces petites colonies qui, paraît-il, ont conservé jusqc-^ présent les mœurs et les usages de leur pays natal.
Notons, en terminant ce sujet, qu'entre 1861 et 1870,1a moyeni m annuelle de Témigration n'a pas dépassé 10,349 individus. Cenoc^ bre, inférieur même au chiffre correspondant de rimmigration, <■" » bien faible pour un pays qui renferme depuis longtemps la popul ^ tion la plus dense de l'Europe et qui, pendant la môme période d^^^ cennale, a vu sa population s'augmenter d'environ 350,000 âmeî^.'
Commerce et navigation. — Nous n'irons pas exposer, après notre collaborateur M. Van Bruyssel, les vicissitudes qu'ont traversées le commerce et la marine de notre pays ; mais nous rappellerons seulement que, "dès le moyen âge, on voit les marchands des Flandres s'avancer au sud jusque dans la Méditerranée, et au nord jusqu'en Norvège ainsi qu'en Russie. Il vint un moment où la langue flamande obtint dans la navigation la place aujourd'hui occupée par la langue anglaise, et où le nom de Flamand devint, dans certains pays, le synonyme de trafiquant. Parmi les Belges que des intérêts commerciaux ou industriels ont entraînés vers des pays lointains, nous citerons un Flamand de Middelbourg, Apollonius Levinus,qui publia en 1567 une description.du Pérou, écrite au point de vue commercial. On croit qu'il mourut en 1570 aux Canaries pendant son retour en Europe. En 1583, un Anversois, Franz Koning, taillait le diamant à Goa. En 1598, un Tournaisien, Nicolas de Smid, introduisait à Géra, en Russie, la fabrication des étoffes de laine. Vers la même époque, plusieurs marins belges, que le malheur des temps avait éloignés de leur patrie, mettaient leur activité au service de la Hollande. Ainsi, en 1598, un Bruxellois, Nicolas Blieck, s'engagea dans l'expédition de Sebald de Weerth, qui cherchait à-ouvrir une nouvelle voie de communication avec les Indes par le détroit de Magellan. De 1605 à 1630, un Anversois, Pierre Van den Broeck, qui devint plus tard un des directeurs de la compagnie des Indes, s'en alla visiter les îles de l'Atlantique, les côtes de la Guinée et du Congo, la Perse, l'Arabie et les Indes, tantôt comme agent commercial, tantôt comme chef d'escadre et comme ambassadeur. Il a laissé de ses voyages une relation fort intéressante, «on-seulement par la description des pays on il a touché, mais encore par les renseignements qu'il fournil sur
les rapports établis avec les peuplades de l'extrême Orient. Citons encore, en 1616, Gilles Miébais, de Liège, premier marchand à bord du navire qui découvrit les côtes de la Nouvelle-Hollande ; en 1633, Jean Seghei-s,de Bruges, qui, avec sept matelots, tit volontairement lexpérience d'un hivernage sur les côtes du Spitzberg; enfin, en 1666, Hubert Laîresse, de Liège, qui fut envoyé à Ispahan par la compagnie des Indes hollandaises pour nouer des relations commerciales avec la Perse.
Cn des voyages célèbres dans l'histoire du xvii* siècle est Texpédition que Jacques Lemaire entreprit, en 1615, avec le capitaine Schouten,à la recherche d'un nouveau passage vers les Indes orientales. Sorti du Texel le 14 juin, Lemaire découvrait, à la fin de décembi'e, le détroit auquel il a laissé son nom, et, le l*' novembre soiv-ant, il atteignait File de Java. Mais faussement accusé d'avoir traversé le détroit de Magellan malgré les privilèges de la compagnie deslûdes, il fiit dépouillé de ses navires et mourut pendant son retour en Europe. •
Quelques auteurs ont soutenu, à la suite de M. Barthélémy Dumortier, que Lemaire était Belge de naissance. A Tappui de cette prétention, on alléguait un nia- Boscrit du chanoine Dufief, évéque d'y\rras, rapportant qu* Isaac Lemaire, le navû fUter, était né à Tournai, qu*il y épousa 4ine demoiselle de Bary, qu*il eut deux filles de ce mariage et qu*il se réfugia en Hollande pendant les troubles de religion ; I A.-G. Chotin ajoute même qu*il faut placer sa naissance entre 1545 cl 4550. On K kemble pas avoir remarqué que, dans cette hypothèse, Lemaire n*aurait pas compté, k ses débuts dans la carrière des explorations maritimes, moins de 65 ^ "il m, et, sauf le baron de Reiffenberg, personne ne paraît s'être arrêté devant l'objection que, dans tous les actes officiels de sa vie, comme dans toutes les relations de ses aventures, le compagnon de Schoutcn est sans cesse désigné sous le Dom de Jacques (/aai6); s'il s'était appelé Isaac,ileûtété notre compatriote; donc Itvcdtmil être son nom ! Par malheur pour ce beau raisonnement, il est avéré aujourd'hui qu'lsaac Lemaire, comme on pouvait s'y attendre, était le père du ^èbre navigateur. M. A. Tiele, dans son mémoire sur les journaux des anciens ûî^'igaleurs néerlandais, dit formellement que le voyage de Schoutcn et de Lemaire fateoutpris aux frais de quelques habitants de la ville de Hoorn et principalement "^Hostigation de Tinfatigable marchand Isaac Lemaire, pérc de Jacques. »
Apartirdu xviii* siècle, nous ne voyons plus aucun Belge figurer dans une expédition commerciale ou maritime qui mérite d'être mentionnée. Même les navires expédiés par la compagnie d'Osteiide ne sfeirient pas des. voies qui sont devenues les routes banales du commerce européen, et Tunique originalité de leurs rapports nau- ^ues consiste dans Texposé des entraves apportées par les Anglais
et les Hollandais ù Textension de nos relations avec les Indes. De nos jours, tout ce qu on peut dire de notre marine commerci^sle, c est qu elle fait flotter le pavillon belge dans toutes les mer^^.^ di globe, sans compter les lignes de paquebots qui mettent Anversb^ ei relation avec les deux Amériques, ni nos bateaux de pêche qui pc^^ursuivent la morue et le hareng jusque dans les parages de rislaa -<te.
Voyages d'artistes. — Les artistes belges qui ont complété K ^ar éducation à l'étranger sont tellement nombreux, qu'il serait imp^^)^. sible de les énumérer. La même raison nous force à passer soirs silence la plupart de.ceux qui ont cherché au dehors l'emploi de leurs talents. De tout temps, un voyage en Italie a été de ti^adition cher les peintres ou les sculpteurs, et, comme l'observe M. Fétis, c'est à l'étranger que tous nos grands compositeurs se sont fait leur réputation. Parmi les quelques artistes qui méritent d'être cités, à notre point de vue, mentionnons le célèbre Jean Van Eyck qui, tout jeune encore, fut envoyé à Lisbonne en 1428, par le duc Phijippe de Bourgogne, pour rapportera ce prince un portrait de sa fiancée, la princesse Isabelle de Portugal; unpeintre d'Utrecht, nommé Reuwich, qui visita la Syrie en 1481 ; un dessinateur d'Alost, Pierre Coeck, qui, après avoir achevé ses études à Rome, tenta en 1533 d'importer à Constantinople la tapisserie des Flandres ; dans les dernières années du même siècle, le peintre anversois, Georges Hoefnagel, qui, après avoir parcouru à pied toute l'Espagne, visita l'Allemagne ainsi que l'Italie, en compagnie du fameux géographe Ortelius, et qui nous a laissé un volumineux recueil illustré de ses pérégrinations; enfin, aux époques suivantes et surtout de nos jours, les nombreux paysagistes qui vont surprendre la nature dans ses retraites les plus pittoresques et les plus inaccessibles.
Explorations scientifiques. — Les voyages par lesquels on se propose d'enrichir nos collections ou d'accroître nos connaissances scientifiques ont pris de nos jours une grande et féconde extension. La Belgique n'est pas restée étrangère à ce mouvement. Dès la fin du siècle dernier, un Anversois, F.-B. Solvyns, étudia les mœurs, les usages el les institutions deflnde; ses observations furent consignées dans son magnifique ouvrage sur les lndous,dont il grava lui-même les planches et dont la réputation devint un moment universelle. Pendant notre réunion à la Hollande, nos naturalistes prirent une certaine part aux exploi^tions organisées sous les auspices du gou-
veruemeot. En 1833, deux Belges, MM. Crabbe et Degrolle, explorèreot quelques parties du Brésil pour le compte de rétablissement géographique fondé parles frères Vander Maelen. Eu 1837 s'organisa, ao même établissement, une Société des missions belges de VOcéanie, qui envoya aussitôt MM. Lacourt recueillir en Australie des objets d'histoire naturelle. Après eux, MM. Mouatt. et Gheude explorèrent nie de Madagascar, MM. Verheyen et Galeotti le Mexique. De son côté, le gouvernement belge chargeait de missions scientifiques MM. Ghiesbreght, Linden et Funck dans l'Amérique centrale (1837), ' M.CaroIus dans le Brésil (1840), M. Linden, dans les républiques du Venezuela et de l'Equateur (1841), enfin le capitaine Eyckholdt dans les mers de Chine (1844). La plupart des collections formées par ces explorateurs ont été déposées au musée d'histoire naturelle.
En 1838, la France avait organisé un voyage de circumnavigation sur le bâtiment-école YHydrographe. Par les soins de notre gouvernement, un groupe de jeunes Belges prirent part à cette expédition sous la direction scientifique de M. le professeur J. Moreau. Malheureusement, après avoir contourné l'Amérique du Sud, le navire fit naufrage h Valparaiso.
Parmi les explorations purement individuelles, nous pourrions mentionner depuis 1852 les excursions de M. Julien Deby au Guatemala, de M. J.-C. Houzeau au Mexique et au Texas, de M. J. Van Volxem en Amérique et en Asie, enfin de toute une série de jeunes naturalistes qui ont complété leur éducation scientîfique par d'importants voyages à fétranger. En 1861, MM. l'ingénieur Eloin et le lieutenant de vaisseau Michel explorèrent, aux frais du roi Léopold 1*, les archipels de l'Océanie, particulièrement les groupes <les îles Fidji et des Nouvelles-Hébrides. Dans le cours de l'année 1868, M. l'ingénieur F. Dupont fut chargé par le gouvernement chinois d'explorer les richesses minérales de l'île Formose et M. l'ingénieur P. Desguins remplit une mission analogue dans la partie ouesidu Maroc. Enfin, *en 1873, M. l'ingénieur Paul Le Hardy fit partie de l'expédition envoyée par le gouvernement américain à la •cherche d'un nouveau passage vers le bassin récemment découvert du lac Yellowstone, cette région merveilleuse que le congrès de %hington a cru digne de devenir le parc national des États-Unis. Les recherches de M. Desguins ont paru dans l'unique bulletin de la société belge de Géographie ; la Revue trimestnelle a publié les récits ^MM. Deby et Houzeau, et la Revue de Belgique publie en ce mo- Mient la relation de M. Paul Le Hardy.
On fera peut-être la remarque que nous n'avons pas accordé de mention spéciale aux nombreux touristes de notre pays. Ce n'est p» que nous prenions au sérieux la spirituelle boutade de Sterne mettant sur le compte d'infirmités physiques ou morales, tous lesvopges entrepris par simple fantaisie. Nous estimons, au contraire, que ces voyages d'agrément constituent une des habitudes les plus heureuses de .notre époque. Sans parler des effets salutaires que le changement d air et de régime ne manque pas d'exercer sur b plupart des constitutions physiques, il est certain que les voyages développent l'intelligence par la nouveauté des aperçus, comme il h reposent par la variété des impressions, et, si l'on peut dire qu'ib mûrissent la jeunesse, on doit ajouter, avec non moins de fondemeol, qu'ils rajeunissent fàge mûr. Mais, outre que la grande majorité de nos touristes se bornent à des excursions banales, on comprend que les voyages d'agrément passent sans laisser de trace dans le public. Même les relations qui en sont restées sont trop éparses dansia librairie et dans la presse pour qu'on puisse en faire une revue à la fois succincte et complète. Nous nous bornerons donc à une observation générale qui nous est venue fréquemment à la lecture de ces publications : c'est qu'elles sont pour la plupart un peu trop superficielles et subjectives. D'une part, nos touristes manquent de cette teinture scientifique qui, si légère qu'elle soit, décuple non-seuleraenl 1< profit, mais encore l'attrait des voyages. D'autre part, ils sont for enclins à raconter moins ce qu'ils voient que ce qu'ils ressentent de là, parfois, une frivolité de pensée et de style assez fatigan' quand elle n'est pas relevée, comme chez les écrivains français, p^ ces qualités de verve et d'esprit qui font à la fois la gloire et le m^ heur de nos voisins. 11 en est autrement en Allemagne et surtout^ Angleterre, où la plupart des voyageurs possèdent des connaissanc suffisantes, sinon pour concourir eux-mêmes à la solution des dive problèmes scientifiques, du moins pour se mettre au courant d différentes questions qu'ils rencontrent en quelque sorte sur le roule. Peut-être ]a raison en est-elle que, chez ces peuples, la scient parle la langue du monde au lieu d'un jargdn barbare à l'usa) exclusif des initiés, et que l'éducation première y tend davantage développer, dans toutes les classes, l'esprit de recherche et d'obse vation scientifiques.
Il est vrai que chez nous la mode des excursions est encore d'il portatioii récente. Malgré l'exemple donné, avant son avènement trône, par le souverain actuel de la Belgique, quand il entreprit s
voyages à travers les pays de l'extrême Orient, c'est seulement depuis six ou sept années qu'une heureuse réaction semble s'opérer, surtout parmi les générations nouvelles de nos classes éclairées, contre des habitudes trop longtemps sédentaires. Pour s'en con- \mçre, il suffît de feuilleter les registres d'hôtels, non-seulement dans les grandes villes de l'Europe centrale et dans les localités classiques du Rhin, des Alpes ou des Pyrénées, mais même dans des régions plus lointaines, comme la Sicile, l'Algérie, l'Ecosse, la Norvège et l'Orient. Partout on pourra constater que, si les Belges u'atleignent pas encore, toutes proportions gardées, le contingent lourni par les populations de l'Angleterre, des États-Unis, de TAllemagiie et même de la Hollande, du moins ils dépassent déjà fortement le nombre relatif des touristes appartenant à la France, ,et eo géuéral aux races latines.
Ou aura aussi remarqué, dans notre classification, l'absence de tout chapitre consacré à ces grandes explorations géographiques, qui sont les vrais voyages de notre époque. Qu'on parcoure la liste des hardis pionniers qui, des pôles à l'équateur, rétrécissent chaque aoDée le domaine de l'inconnu sur la surface du globe, on y trou- . verades Anglais, des Américains, des Allemands, des Français, des Hollandais, des Italiens, des Russes, des Scandinaves, des Suisses, mais pas un nom belge! C'est un phénomène d'autant plus étrange eu apparence que, par ses savants, la Belgique a beaucoup contribué, de nos jours, aux progrès des sciences naturelles les plus intimement liées à la géographie. .Cependant, quand on songe au peu de diffusiou et mênlfe au peu de faveur réservées chez nous aux études Je géographie pure, on ne saurait plus s'étonner de cette stérilité.
Si Fou veut combler cette lacune, qu'on se mette sérieusement à organiser l'étude de la géographie, surtout dans l'enseignement "^ojeo, par l'augmentation des cours, la réforme des méthodes, la ffluliiplicaiion des caries et la nomination de professeurs spéciaux ; lu'oQ institue des chaires de géographie dans l'enseignement supérieur, qu'on développe l'étude pratique des langues vivantes; qu'enfin Ton augmente les bourses de voyages et qu'en même temps ^ exige de leurs titulaires un examen préalable et des travaux uHêrieurs. Quand on sera ainsi arrivé à répandre parmi nous le goût et rinielligence des recherches géographiques, alors probablement 'a pairie de Mercator et d'Ortelius pourra regagner les nations voisines dans la voie des grandes découvertes. Nous avons beau n'être iu'uu[K^lil pays, nous n'avons pas le droit de rester étrangers aux
progrès d*uae science qui, prise dans son sens le plus large et le plus élevé, est non-seulement l'auxiliaire, mais la synthèse de beaucoup d'autres.
BiBUOGRAPHiE. — A. Tielc, Bouu'stoffen wor eene Bibliographie van yederUuuche rmbeifchrijvingen (dans les Bibliographische adversaria, n«* 'i, 4, 7, 9 et iO, La Haye, 1S1Si874) ; Jules de Saint- Génois, Lex Voyageurs belges du xiii* au xvii« siècle (£ncyclopédi< {lopulaire, Bruxelles, 4846-1847); Vivien de Saint-Martin. Histoire de la géographie, hm i873; Emile Vaieubergh, Histoire des relations entre la Flandre et l'Angleterre au mofo dge^ Bruxelles, 1874 ; J.-J. Alimeycr, Histoire [des relations des Pays-Bas avec le nord et l'Europe pendant le xvi« siècle, Bruxelles, 1840. Dans les Mémoires publiés par rAcadénie Mémoire sur les relations de la Belgique et du Portugal, par le baron de Reiffenberg; Jfr> moire sur l'histoire des colonies belges en Allemagne, par M. Emile de Borchgrave; £m historique sur la colonies belges de la Hongrie et de la Transylvanie, par le même; Mémtir sur les colonies wallonnes de la Silésie, par le docteur G rQnbagen. Fastes mititaira de Belges, Bruxelles. 1835; Titus Tobler, Bibliographia geographica Palestinœ Leipzig, 1467 Ëruest Van Bruyssel, Histoire du commerce et de la marine en Belgique, Bruxelles, 1861 Ad. Levae, Recherches historiques sur le commerce des Belge* aux Indes, Bruxelles, 1812 Ed. Fétis, Les artistes belges a l'étranger j Bruxelles, 1857; Is. Plaisant, Mémoire sur le hommes célèbres de la Belgique qui ont visité l'Italie (Revue Belge d'histoire et d'arebé» logie, tome IV).
DÉCOUVERTE DE.S AçoREs : Voir spécialement une notice de M. Aug. Voisin dans les Balle tias de l'Académie (lome VI, II, p. 181); Les îles d'Afrique, par M. d*Avezac (Paris, colleetio Didot) et The life of prince Henry the navigator, by R. H. Major (London, 1868).
Voyages du P. Hennepin ; Comparez ses deux relations, publiées, l'une à Paris en 1683 1684, lautre à Utrecht en 1697-1698, ainsi qu'un article de M. F. Van Hulst dans la Remà Livge (tome 111), enfin le volume consacré à la Salle par le docteur Sparks dans son toIu mineux ouvrage The library oj American biography (Boston, !26 vol., 1834t.
Nationalité de Lemaire : Voir la discussion entre M. Barthélémy Dumortier et le biro de Reiffenberg dans les Bulletiu!> de TAcadémie (tome II, I, pages 10, 08 et 69;, la notice t M. A.-G. Chotin sur Isaac Lemaire, hydrographe et navigateur, et les Mémoires bibliogrqk ques sur les journaux des navigateurs néerlandais, par P. -A. Tiele (Amsterdam, 1867,1 fol p. 69).
Parmi les ionombrublcs publiéations périodiques, la géographie est peut-être la ii> science qui n'ait pas son organe spécial en Belgique. Les sociétés géo^phiques, qui ailten hC comptent en si grand nombre, n'ont jamais pu se maintenir chez nous. La seule qu^oni pu constituer, à la suite du congrès géographique tenu à Anvers en 1873, n*exi8ie plus guè que sur le papier. Nous n'avons pas même à nous prévaloir d'un club alpin, d'un jfêcM> club ou d'une véritable association de vuyageurs, alors que ce genre d'insiituiions foison dans le reste de l'Europe. V Établissement géographique, fondé en 1830 par jes frère* Vand Maelen, pouvait devenir un autre institut de Gotha : ses premiers fondateurs morti* s'écroule peu à peu devant Tabstentiun du gouvernement et surtout devant TabsteutioX public. .Elfon s'étonnerait que nous n'eussions ni géographes ni explorateurs !
— «j^ow» p
vu
Par M. EDOUARD ROMBERG, AaewB direelear dn affiirM industrielles au ministère de riutérienr.
IjiDusTRiE LAINIÈRE. — Nous avons VU, dans la partie générale de ce travail {Patria Belgica, IV partie, chap. XXVIII), que Tindustrie lainière était déjà répandue dans nos provinces au temps de la conquête romaine, el nous avons suivi les vicissitudes de cette industrie pendant les premiers siècles et durant le moyen âge. Les efforts jaloux de l'Angleterre tendaient constamment à entraver la sortie des laines vers la Belgique et à attirer sur le sol anglais les meilleurs tisserands belges. On peut dire que du xni*' au x\f siècle, la question de l'industrie lainière domine les rapports diplomatiques et politiques entre les deux pays. Un fait suffu'a pour marquer le caractère ombi-ageux de la politique commerciale de la Grande-Bre- ^oe au XVI* siècle : les marchands des Pays-Bas étaient contraints de prendre autant de vieilles laines que de nouvelles, et encore la quantité des unes et des autres était limitée ; quand on permettait îiux marchands italiens ou à ceux des villes hanséatiques de tirer directement des laines d'Angleterre, c'était à la condition expresse 'leue point les ti'ansporter aux Pays-Bas.
Au moment où éclatèrent les troubles de religion, la draperie '^'ge était en pleine décadence, et les persécutions religieuses, en
chassant du pays un grand , nombre d'ouvriers qui allèrent pons leur travail en Hollande, en Allemagne et en Angleterre, achèverai de la ruiner. Le gouvernement espagnol essaya vainement d'arréte cette ruine, en ayant recours à des mesures de protection douaniiat Rien n y fit. L'industrie drapière était à peu près perdue pour k Flandres, où elle avait eu une importance extraordinaire.
En 1752, la corporation des drapiers à Gand ne se composait pin (jue de huit maîtres. A Bruges, en 1773, il ne restait que ti-ente-troi métiers à tisser la laine. Cette industrie s*était également effacée Hasselt et à Saini-Trond, où les drapiers de Louvain avaient émigi à la suite des troubles qui éclatèrent sous le règne de Jeanne el d Wcnceslas ; il en était de même à Liège, où les manufactures i draps avaient eu une certaine importance.
Dès le xii'' siècle, les habitants de Verviers avaient commeucé travailler la laine et à fabriquer des draps ; cette industrie fut inin duite, au siècle suivant, dans le pays de Limbourg par les soins d Waleran III, dernier duc de cette contrée. En 1612, la productio annuelle du di-ap, h Verviers, à Ensival et à Stembert, s'élevait environ quarante-sept mille pièces; elle était de seize mille pièce dans lo duché de Limbourg. L'industrie drapière se fixa définitive ment dans cette partie de la Belgique, où il n'existait pas de corf de métiers, où il n'y avait pas d'impôt sur la consommation, el o toutes les circonstances se réunissaient pour rendre la productio plus économique. En '1757, l'industrie verviétoise produisi 70,000 pièces de tissus de laine.
Au moment de la réunion à la France, il y avait, dans la conlri qui s'étendait de Verviers à Eupen, trente mille ouvriers, répart entre vingt-cinq villages et cinq cent quatre-vingts hameaux. Cesoi vriers habitaient, en général, la campagne; ils recevaient lalaii pour transformer cette matière en fil, ou le fil pour tisser fétoffi ils travaillaient à façon au milieu de leurs familles qui les aidaie dans ce travail.
Dans le courant de l'année 1798, un ouvrier anglais se présen à MM. Biolley et Siraonis qui tenaient dès cette époque, le premi rang dans l'industrie verviétoise; il venait de Stockholm, où il avî construit plusieurs machines dont on se servait déjà en Angleier pour la filature de la laine, et il leur proposa de fabriquer quelqu assortiments de ces machines. Le marché fut accepté; le prix chacun des assortiments était de 25,000 francs; il se compos d'une droussette, d'une carde, d'un moulin à filer en gros el
LES GMNDES liVDUSTRJES,
fumlre moulins à tiler en fin. L'ouvrier qui rendit ce service à notre
I industrie dmpière était William Cockerill père.L*usage de la navette volante lut iiUroduit îi Verviers en 1803; la machine à lainer fui employée pour la première fois en 1806; les premières machines à
|\apeiir furent montées chez MM. Hodson, Sauvage et Biolley, en 181T: les tondeuses furent importées d'Angleterre en 1827. Liadustrie drapière na cessé de se développer, à V^erviers, depuis
I le commencement de ce siècle, et elle y a joui d'un bien-être presque non interrompu. Très-prospère sous le régime français, ses produits ligurèœnt avec éclat aux diverses expositions qui furent ouvertes à Paris, noumimeiit â celle de 1806. Elle se releva promptement de la MCiMisse qu elle reçut, comme toutes les industries, en 1815; depuis 1830» elle a pris une importance de plus en plus considérable, et
(«tfemt coûsiamment maintenue à un rang de supériorité, grâce à
Ifecelleat esprit des fabricants verviétois, qui ont toujours cherché l« succès dans rapplication des procédés perfectionnés et repoussé
[leàinf^reux secours de la protection douanière*
Ûa fiourra se faire une idée du développement rapide de l'indusirie lainière, par laugmentation de ta quantité des laines mises en
[ceavredans nos fabriques depuis trente ans. Cette quantité, de 18ii à 1850» était, en moyenne, de 5,590,000 kilogrammes par an; elle
(i été, en 1872, de 49,016,000 kilogrammes,
Larrondissement de Verviei's possédait, en 1871, 480,000 brodm, dont 280,000 pour les filés et 200,000 pour les tissus. Ces li^us consistent non^seulement en dmps, en casimirs et articles imiilaire^v, mais encore en étoffes de fantaisie. Cette dernière fabri- QÙQu domine particulièrement à Verviers même. Lmdu strie verni'laise produit actuel leinent, par an, 390,000 pièces environ de
I inpâ et tissus similaires; le tiers en est exporté. Les produits de la lilatiiTe sexpédient aussi à l'étranger en très-grande partie : fexpormioo des lîléâ a été, en 1873, de 7,544,400 kil. dont 5,583,400 kiK
\ fmr FAngleterre seulement.
Onsailque les produits de la filature de la laine se divisent en laine P^ée et laine cardée. La filature de la laine peignée, qui donne des fils pour les étoffes rases et non foulées, et aussi pour la passementeeet la honDeterie, na été introduite en Belgique, d'une manière ^eiise, que depuis Irenle-cinq h quarante ans. Les établissements 01 loii s occupe de cette filature sont principalement situés dans l^ Hatûaut, le Brabanl et la Flandre orientale. Les fils de laine «anifesant employés, soit pour la draperie, soit pour la fabrication tu. 15
lis
BELGliîOE MURALE ET INTELLECTUELLE.
des étoffes légères et mélangées; les fils cardés servant à ce demiei usage ne se font en Belgique que depuis un assez petit nombre dL*années.Un arréié royal du 14 juillet 1843 avait institué des droits f>rûtecteurs pour favoriser rétablissement de cette industrie; ce rég^ime de protection fut aboli par le traité avec la France, du 13 décembre 1845, lequel eut pour résultat de stimuler la fabrication des étoffes de laine rayée et mélangée (orIéans,paramaHas, ihibels^aliiagas, etc.)Xette fabrication a pris une grande importance dans notre ' pays,et lutte, aussi bien sur le marché intérieur qu*à réti*aoger,avec] les industries similaires d* Angleterre et de France.
IisDUSTftifi coToMiÊRE. — Les premiers essais pour le travail d^ cotons en Belgique paraissent remonier au xiv^ siècle, mais cet, %t industrie ny acquit une véritable importance qu'à la fin du sièc^l^^ dernier. Les fabriques belges mettaient en œuvre de 500,000 600,000 li\Tes de coton, par au.
En 1767, Margrave avait inventé la machine à filer pour li^ct»' appelée spintiing-jenny ; ArkwTight étendit cette invention, en t7i3^i , en trouvant le m^Heicanfinu, spécialement applicable à la producti^^jH pour chaîne; enfin, Samuel Cromplon inventa, en 1775, le mmM^^^ jenny, métier à filer, composé des deux précédents et produisant <3^ la trame ou de la chaîne mécanique, ^Ê
lin Gantois, Liévin Bauwens, qui faisait des voyages en Aug'^^^ terre, eut connaissance de ces nouveaux procédés, comprit les grat^^ o^ avantages qui devaient résulter do leur application, et résolut tl^^H taire profiter son pays» H atteignit son but, au prix de sacrifia" ^^*^ considérables et en n'échappant qu'avec difficulté aux rigueurs de loi britannique, qui punissait très-sévèrement ceux qui tentaient faire sortir d'Angleterre des machines nouvelles. Bauwens réussi embaucher quarante ouvriers anglais, et il monta, en 1791, dans local de la Chartreuse, à Cand, un élablissemeat où le coton et cardé et filé d'après le nouveau système; cet établissemeiii, en développant, comprit jusqu'à soixante et dix mnll-jennys^ de 21fi 240 broches.
Le gouvernement français portait un grand intérêt à Tenlrepri de Bauwens; des modèles de ses métiers furent déposés au Co! servatoire des arts et métiers de Paris A l'exposition des produits Tindustrie de Tan jx, la médaille d'or fut décernée à Bauw^ens : il ava exposé des cotons filés à la mécanique jusqu'au n" 250, des bî^ gins, des piqués, des mousselinettes ; il fut nommé chevaher de f
LES GRANDES JNDUSTHIES.
lon d*hoiiiieur. Les événements de 1812 à 1815 vûirenl renverser
sa fortune industrielle; il se relira à Paris, oii il est mort en 182ti.
D'autres industriels de Gand, d*Audenarde et de Renaix avaient
Impliqué les procédés de filature importés par Bauweas; à la fin de
Lleuipire. on comptait k Gand 20 filatures de coton, comprenant en*
Pilm 85,000 broches; la filature d'Âudenarde en possédait 6»000.
Pendant la réunion de la Belgique à la Hollande, et surtout h partir
k 18iO» cette industrie prit une grande extension et s'enrichit de
Iti; perfectionnements trouvés en Angleterre et en France.
h \m, il y avait à Gand 1dO,000 broches, et en 1830, 283,000,
Ûûput évaluer à 400,000 le nombre de broches de toute la filature
belge à œtte dernière époque.
Le fit-emier tissage mécanique de coton fut monté à Gand»
, par M>l. Lousbergs; mais leur système était incomplet, et
hi queri 1824 que les powaioams furent établis dans la
de M, Voortmau. En 1830, il n'y avait encore que 700 de
mécaniques en activité h Gand.
h -ions sur coton étaient pi-aiiquées en Belgique dès le
CfttDiî. , ni du siècle dernier. En 1700, un privilège fut accordé
iM. Vaa Doederstadi pour la leinture et rimpression des toiles de wtoci blanches, que Ton tirait alors des Indes, Des privilèges analopïià furent octroyés en 172*i à M J.-B. Meeus, et, en 1756, à M Jean BeereoLroeck* L'établissement de ce dernier, situé a Anvers, li\Ta au coinmoji:e,de 1767 à 1770, une quantité annuelle de 60,000 pièces; niîisles impressions étaient grossières, Le prim:e Charles de Lori^ine fonda lui-même, en 1759, une tabrique modèle d*indiennes, €lfit voyager en France et en Suisse M. Pierre de Schavye, pour étudier les meilleurs procédés et slnitter surtout aux notions chi, p!i, qui étaient peu connues des fabricants bnlges. Au moment réunion de notre pays à lu France, il y avait des fabriques ^impressions à Bruxelles, à Gand, h Vilvorde, à Anvers, à Lierre, à ;es H à Lokeren. A partir de 1795, celte industrie fit des prorapides : en 1801» on comptait 18 fabriques dans le seul dépar- ^m delà Djie, formé, comme on sait, de la province de Brabant, lue statistique faite en 1803 indique lexistence, JiGand, de 22 imprimeries sur coton, grandes ou petites; en 1829, les quinze éta- Wiisemeuts en activité, presque tous de pi-emier ordre, avaient pnMluit, pendant l'année, 300,000 pièces de toiles imprimées, f*n sait que l'impression se faisait uniquement, à Torigine, au •ï^ojeude planches de bois gravées en relief, et sur lesquelles les
im
ïîtLGIUUE «ORALE ET INTEtUCTUEUE.
différentes couleurs s appliquaient au pinceau. Liévin Bau\v^ mi introduisil en 1799 d'Angleterre une machine à imprimer m planches de cuivre, gravées au burin ou k reau-forle; ce mode d^^ pression, très-imparfait dans le début, présentait des inconvéni^^iîy qui disparurenl par rinveniion de la machine i imprimer au i — m^ leau, dont la première application fut faite à G and, en 1805.
D*autres branches de Tindustrie cotonnière; telles que la fabrica'" lion des tulles, la teirïture en rouge d'Andrinople, etc*, s'exerL^ieoi avec succès, en Belgique, dès le commencement de ce siècle. f^iiS dant Texistence du royaume des Pays-Bas, la tabrication du cot^oii, dans son ensemble, était arrivée à un liant degré de prospérité ; ^^^ estimait alors sa production annuelle, dans les provinces belges, à plus de 40,000,000 de francs. Les événements de 1830, en privam nt rindustrie belge du marché de la Hollande et de ses colonies, vinr^iïl porter h cette prospérité un coup sensible; une nouvelle crise éd^l^ en 1834, par suite dune hausse notable dans le prix de la maLife'"^ pi-emière; de graves difticultés surgirent encore en 1838, lors d€S désastres qui atteignirent de nombreuses sociétés industrielles »st financières. L'industrie cotonnière eut également à souffrir de l^îiistabiUté des tarifs, tant en Belgique qu*à Tétranger, et les fabrica «^t® belges, sous Tinfluencedeces secousses répétées, se laissaient p^*^^ ibis dépasser par leurs concuri^nts étrangers dans remploi ci^ procédés perfectionnés. 'U
La filature de coton languit pendant longtemps. Le jury de l'-fc^ position de 1841 remarqua qu elle n'avait pris aucun accroissenci^^"^ depuis lexposition de 1835; plusieurs anciens établissements t^^t^^ maient ou avaient même été démontés; aucune nouvelle filat:^»-^'"^ n'avnitétë érigée. Le nombre de broches était évalué alors à420»O*^^ dont 280,000 à Gand seulement; la production était restée bor»'" ^' en généi^al, aux bas numéros. Le tissage, par contre, avait fait ^^ progrès : Gand possédait environ 3,00Q powetiooma. Une autre fa 1^^'^" cation, celle des tissus en couleur (cotonnettes, siamoises, et^^ *'' avait gagné de Timportance et s était répandue surtout dans ceriaî *^^ localités de la Flandre occidentale, telles que Courtrai, Benaix, ^*^^; La fabrication des étoffes pour pantalons, en coton pur nu mêla m^^^ de lin, de laine, etc., qui existait en Belgique dès 1780, sest acti^*^^ ment développée k partir de 1835. Le jur^ de lexposition de l* avait noté les progrès remarquables de ce genre d'industrie, lexposition de 1847, ces progrès parurent encore beaucoup p'^ ^ sensibles, etj depuis lors, cette industrie s est étendue et perlée -
LES GRANDES IKIlUSTRIES,
lioanée de plus en plus. La fabrication des étoffes de cotan lissées au mémv Jacquard a été établie à Gand en 1833 et elle s'est aussi très-heureusemeal développée.
Durant les viDgt-cinq dernières années, notre industrie cotonnière a réalisé des progrès considérables : elle a renouvelé son outillage, idoplft les meilleurs procédés de fabricalion, varié et amélioré ses pfoduiu^ au point de vue du goût, et elle a paru avec avantage h i exposition universelle de 1867, à Paris, ainsi quà t*expositton universelle de Vienne, La Belgique, qui possédait en 1867 685,000 broches, en a aujourd'hui 800^000; le nombre des métiers mécaniques a augmenté aussi d*une manière notable. Pour les fils numéros gros et moyens, ainsi que pour les tissus ordinaires, 'éotre fabrication peut soutenir la concurrence avec celle des pays b plus avancés ; pour- les filés des numéros élevés et pour les tissus fins, elle est plus loin du but.
buisTRiE LiMÈiiE. - La Belgique est une des contrées qui ont les ières connu cette industrie- On fait remonter llntroduction de la culture du lin et de la fabrication de la toile dans notre pays ZUvi^ ceuts ans avant l'ère chrétienne, lorsque les peuples habitant bords de la mer Noire descendirent par les côtes de la Baltique jasquau centre de rEurope. 11 est certain qu*à Tépoque de la conquête ramaine on filait et tissait le lirt dans quelques parties de la Belgique actuelle, La renommée des tissej^ands belges était très- Féptodue pendant le moyen âge. L'industrie linière prit un grand développement au xv'' et au xvi^ siècle, par suite de la décadence de k draperie. Au xvn** siècle, Colbert chercha à attirer en Frîince, Pr toules sortes dencouragements, les tisserands flamands, qui vi'nreat s'établir en Picardie, en Normandie, etc- Ce furent encore t'es ouvriers flamands, abandonnant leur pays pour cause de reli- Çioij, qui importèrent en Ecosse» vers 1724, la fabrication de la liaiiste,
Lmdustrie linière était parvenue h un haut degré de prospérité »ous le régime autrichien, L exportation annuelle des toiles variait <l«* dix-sept à vingt-deux millions d'aunes. Cette prospérité s'arrêta au ent de la révolution; mais elle reprit vers le commencement de npire. En 1814, le marché français ayant cessé d'être librement ^\mn U notre industrie linière, dont il était le principal débouché, ntte fabrication subit une erise assez intense. Malgré le système restrictif qui dominait de plus en plus en
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BELGIQUE MORALE ET mTELLECTUELLE.
Fmoce, ce pays continua cependant à recevoir des toiles belges en quantités considérables. De 1825 à 1830, le mouvemenl de notre exportation de tissu 5i de lin pour ia France fut, en moyenne, par année, de 3,500,000 kit., représentant une valeur approximative de vingt deux millions de francs. Les circonstances politiques vinrent, en 1830, troubler la situation favorable de industrie linière; mais lu secousse fut de courte durée, et jusquen 1837, la nombreuse populalion ouvrière qui vivait du filage et du tissage jouit en paix du fVuil de son travail. Elle commença alors à ressentir d'une manière sensible les effets de la révolution qui s était graduellement introduite dans rindustrie linière; En 1810, lempereur Napoléon 1"', obéissant ci la pensée de créer un moyen de lutter avec succès contre rindustrie anglaise, par l'emploi perfectionné dVne matière filamenteuse, supérieure au coton et que !e sol frant;ais produisait abon* damment, avait institué un prix d'un million de francs pour t< Un* venteur, de quelque nation qu'il pût être, de la meilleure machine propre à filer le lin. n Des essais antérieurs avaient, eu lieu, notamment en Belgique, où, dès fan n de la république, Liévin Bauwens avait introduit, dans les ateliers de la maison de détenlion de Gand, lapplication de la mécanique à la filature du Hn ; mais ces essais navaient donné que des résultats incomplets. Le prix ne fui pas décerné, mais il fut mérité par Philippe de Girard, dont les liti-es furent tardivement reconnus. Dès 1820, son invention fui appliquée en Angleterre, qui en garda pendant quatorze années le monopole; en France et en Belgique, les premières filatures de lin furent érigées en 1834, Six ans plus tard, les filatures françaises ne réunissaient encore que 57,000 broches, et les fdatures belges 47,000, tandi.^ que les filatures de l'Angleterre en possédaient plus de 1,000,000. Lmitiativc prise par la filature anglaise lui permit de produii'e d'une manière plus rapide et plus économique, et de se faire une place importante sur les marchés étmngers, tandis que le tilage à h main se trouvait dépassé et vaincu par ce redoutable concurrent. On hésita pendant longtemps, en Belgique surtout, h se rendre à Févidence; des habitudes séculaires, la force des préjugés, la résistance des intérêts empêchèrent la vérité de se faire jour% Mais elle finit par s'imposer aux plus incrédules, L'Angleterre qui, en 1825» vendait à peine 1,000 kiL de fd et de toiles ài la France, lui en fourîiit, en 1837, plus de 3,iJOO,000 kiL, et ta Belgique perdait tout le terrain que gagnaient les filateurs et les tisserands anglais, La question pour notre pays était dune importance capitale. Llndustrie
liûière (filature et lissage) y occupait plus de 350,000 pei^oniies, èâl près de 280,000 appartenaient aux deux Flandres. La crise mdtislfielle fut encore compliquée par une crise alimentaire, indépendamment du trouble amené par les désastres fmanciers de 1839 etdesdiflicultés provoquées par Tesprit de fiscalité des tarifs Irançais et espagnol. Une association se forma pour venir an aide à llndustne linière; malheureusement, ses promoteurs étaient animés «tpbsde zèle qu^ils n'étaient convaincus du caractère sérieux et défimtîf de la transformation que subissait celte industrie et' pénétfé* des vrais moyens à employer pour mettre les fabricants et les tHjviiers belges en état de reprendre la lutte avec avantage. Le goiifcniemèût intenïnt de son côté; il institua une enquête et prit une Mfie de mesures, dont quelques-unes, comme la création d'ateliers tfapprerUissage et de perfectionnement, furent efficaces. Aujourd'hui, l'irnlusirie linière est tout à fait remise de la crise qui lavait si profoûdémeut ébranlée : elle a adopté les nouveaux procédés de tmvail rtmodiité complètement son organisation économique. Le filage k la main a disparu en très-grande partie, sauf comme travail domestique, et pour la production de certaines qualités spéciales, telles qoele fît de mulquinerie, propre à la tabrication de la dentelle. Xiguère les toiles se tissaient par des ou\Tiers isolés dans les catQpagnes, travaillant, soit pour le compte d'un petit entrepreneur qiiiËUâait battre de cinq à dix métiers, et qui fournissait le fil, soit pour leur propre compte, avec la matière qu'ils avaient récoltée sur tettr propre champ ou qu'ils avaient achetée; chaque centre de travail i^itson espèce particulière de toile; sans guide et sans instructions spëetales, le tisserand suivait ses anciennes habitudes, et les ttiarchés étaient encombrés de pièces de toiles qui avaient presque chacune leur qualité à pain, .aujourd'hui, que la filature mécanique a TOn|iIacé la quenouille et le rouet, le tisserand n'est plus à la fois eutfi'preneur d'industrie et ouvrier ; il reçoit le fil du fabricant et lui t^ndla loile, que celui-ci livre directement au commerce,
Lapplicîition de la mécanique au tissage du lin a été introduite «n Belgique, et y a pris une certaine importance.
Ui nombre des broches de filature s élevait, lors du recensement Witstriel dK 1860, à 180,000. On peut l'estimer aujourd'hui à 220,000
U fabrication du linge de table damassé et ouvragé existe en Belgique depuis le xtr siècle. La ville de Gourtrai eut une grande renom- ■^fepour cette industrie; elle fournissait les riches services à des-
in RELGIOIE MORALE ET ÎNTELLFXTIÊLLE.
sins ljIslorii|ue$ el allégoriques, qui ornaient les tables priacières, dans toute rEurope. Un permis octroyé par Philippe le Beau, en 1496, autorise rétnlilissementà Courtraid*une nouvelle fabrique de /iii ouvragé. Henri 111 appela en France des ouvriers flamands, pour j répandre les notions de ce ti-avaiK En 1810, les fabricants couriraisiens oceupaienl encore 3,000 méuers h celle industrie. Depuis lors, elle a été introduite dans d*aulres localités (Alost, Turnhout, Vilvorde, etc.); mais elle a perdu de son ancienne importance*
Industrie ï»fnteuièrk. — Litalieet la Belgique se disputent llionneur de riiivenlion du point de dentelle. Il paraît certain que si la fabrication de la dentelle à laiguille eut son origine à Venise, c'est à Bruxelles que se firent d*abord les dentelles aux fuseaux. Il est question pour la première fois de la dentelle comme industrie, dans un ti^aité de commerce entre T Angleterre et la ville de Bruges, en Tannée 1390, En 1463, sous Edouard IV, les dentelles de Venise, de Flondre et de France étaient prohibées eu Angleterre, afin de protéger les produits situilaires de ce pays. L'histoire rapporte qu en 1476 Charles le Témémire perdit ses dentelles à la bataille de Gmnson, mais elle ne dit pas si celaient des dentelles des Flandres. Dans plusieurs anciens tableaux de nos églises, on voit des pei'sonnages portant des costumes ornés de dentelles. A fé^lise de Saint-Gommaire, à Lierre, notararaenl, on remarque, dans une loile de Quentin Meisys, une jeune lllle ira vaillant la dentelle aux fuseaux, sur un carreau à tiroir semblable k ceux dont on se sert aujourd'hui. Dans une suite d estampes représentant les occupations humaines aux divers âges de îa vie et gravées vers 1380, sur les dessins de Martin Devos, d Anvers, lartiste a représenté aussi, entre autres, une jeune dentellière assise, ayant sur les genoux un carreau; ce fait permet de croire que rinduslrie dentellière était assez répandue ^i cette époque. On s'en occupait particulièrement dans les couveots de femmes.
Le luxe des dentelles ayant été poussé très-loiû, une déclai^tion du roi Louis XUl, du 30 mars 1635, interdit Ji toutes personnes di porter au^mi point cimpt et denieik de Flandre. En vue d'une pro — tection douanière, le gouvernement anglais renouvela, au \v\f siècle^ la défense d'importer des dentelles de provenance flamande; le go' vernemenl espagnol répondit k cette mesure en prohibant Tenir des draps anglais. En 1701, par un statut du règne de Guillaume ^* Marie, la prohibition fut levée en faveur des dentelles de la Fbnd»""'i
LES GRA?«DES miïrSTRIES
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|liq)igtiole, h la eonditîon toutefois que rentrée des draps anglais
àt d être défendue dans cette province. Au %\\f siècle, on fabri-
Iquaiten Belgique le point de BruxeUts (dentelle à I aiguille), la r/ui-
||«rf /iïif, la miijnonneîtif {point clair) Je point double (ou point de Pttris
ÏQ&foint de champ) et la mnlines. A la même ëpoque, les fabricant^?*
de presque tous les pays faisaient venir de Flandre les qualités fines
de (ils de lin employés pour la dentelle; les^ prix variaient de 15 à
tRK) livres le marc» et allaient même au delii.
Colbert provoqua rimmigration en France des meilleures ouvrières
dcîilelliÈres de Belgique; cet exemple fut suivi par TAngleterre, la
Saeet d'autres États. Le gouvernement s ernut de ce fait, et un édit
' àté de Bruxelles « du 20 décembre 1698, prononça la oonliscation
contre toute personne qui embaucherait des deulellières,
La fabrication du point de Valenciennes, ainsi appelé du nom de la ville où il était en usage dès le xV siècle, fui importée en Bel* fique vers l'année !t)o6. Ce fut à Ypres que Ton commença à faire ce [«tint, mais la tabrication n y progressa qu*av6c lenteur; en 1684, il ft'eïistait dans cette ville que trois maîtresses d*aielier, occupant 83demeilîères, et, d*après un recensement tait en 1787, époque où mk ladusitrie spéciale prospérait encore à Valenciennes, ce nombre navaitpas^ augmenté d'une mauière très-sensible»
La confection du point de Brui-ellea fut, de loul temps» la branche b plus renommée de Tindustrie dentellière dans nos provinces; la kmïie de Bruvelles était connue et recherchée dans le moude eiiUer. l-n rapport adressé au conseil des finances du Brabant, Ifiîûciobre I7ti2, par le conseiller du commerce Bacou, nous appr«d que celte fabrication occupait à cette époque 15,000 personnes; elle en avait employé au delh de 22,000, avant que les Wïncanl^ anglais, aidés par des ouvrières belges, Feussent im- (wrtteehez eux» vers 1730. Les imitations anglaises auxquelles on Jonna le nom de poini d\ingkterre ne valurent jamais le point de iiruuUes.
Vmûmi la réunion de la Belgique à la France la situation de lin- Jiiitrie de la dentelle fut en général prospère. Les articles de luxe ^taietn surtout très-demandes. Pour le niariage de Timpératrice Harie-liOuise, la fabrique de Bruxelles (burnît, entj'e autres, une pmiure de lit d*une richesse inouïe, et une robe dont les fleurs, rooiiir^ or et moitié fil , étaient appliquées sur un réseau de Bruxelles d'une linesse exlrordinaire» tïfpuîs ISL'S, l'industrie dentellière eut h supporter plusieurs
crises. La première, qui éclata vers 1816, fut occasionnée parFmvention du tulle, dont la concurrence força les fabricants de dentelles à baisser le prix de la main-d'œuvre et à diminuer de beaucocp ' la production de leurs articles. La situation devint tellement gme, que le comiperce des dentelles s'adressa au gouvernement néeriandais pour obtenir des mesures extraordinaires de protection. Cependant la vogue des tulles cessa, quand l'avilissement du prix de cet article en eut rendu l'usage commun, et la situation derindustrie dentellière était redevenue favorable, lorsque en 1846-1847 la cherté des grains, la maladie des pommes de terre et le typhus répandinol la misère et la désolation dans les Flandres. Depuis lors, Findostrie dentellière eut à supporter encore plusieurs crises, notamment \an de la guerre de sécession en Amérique ; mais, en résumé, c'est a» des fabrications les plus vivaces et les plus prospères' de notre pays.
On fabrique en Belgique quatre points différents de dentdles, savoir : la dentelle de Malines,en fil de lin, appelée aussi malinesin' dée, à cause du fil plat qui entoure le mat des fleurs; la denteOeie Bruxelles, connue également sous le nom di application de Bruxdkii parce qu'on applique les fleurs de dentelle sur du réseau ; la dentelle dite valenciennes, qui, comme la malines, se fait au fusem d*une seule fois, tantôt à maille ronde, tantôt à maille carrée, etb dentelle noire de Grammont, en fil de coton ou de soie. Nous avons dit que la fabrication de la dentelle vaknciennes avait été introduite dans les Flandres au xvir siècle; il n'y a guère que trente à trente-cinq ans que Ion a commencé à faire à Grammont et à Enghieo des dentelles noires, dont on s occupait en France dès le milieu do siècle dernier. Depuis vingt ans, Tindustrie dentellière a fait de grands progrès en Belgique au point de vue du goût; il s'est fonni dans notre pays une école de dessinateurs habiles.
D'après la statistique de la Belgique faite en 1860, l'industrie de la dentelle occupait dans notre pays 130,000 ouvrières : l'on peut évaluer, dans ce nombre, à 45,000 au moins, celui des dentellière* qui fabriquent la valemnennes. La valeur annuelle de la production dentellière était estimée, en 1846, à cinquante millions de franc» nous pensons que ce chiffre doit s'élever au double aujourd'hui.
Tapis. — La fabrication des tapis de haute lisse en Belgique t€ monte au moins au xui*" siècle. A cette époque, il y avait à Ypres ufl manufacture de tapis. Les historiens rapportent que Philippe le Hard
distribua aux seigneurs aaglais, lors des négociations de paix entre h France ei FAngleterre, de beaux tapis de Flandre, travaillés avec oDe grande perfection.
Au XV* siècle, les tapis les plus remarquables se fabriquaient à Audenarde, à Bruges et à Tournai.
La renommée des tapisseries de haute lisse de Belgique est surtout éclatante au xvf siècle; elle est chantée par TArioste. Ce furent des ouvriers flamands qui introduisirent cette industrie «France. Henri IV les fit venir de leur pays. Ils étaient d abord sous la direction du sieur De Fourcy, intendant des bâtiments do roi; mais bientôt on les plaça sous celle de deux fabricants belges, de grand mérite, Marc Coomans et François De la Planche, auxquels le roi de France donna des lettres de noblesse en 1607. On appelait les tapisseries dont ils dirigèrent la fabrication : tapisseries façon de Flandres. A Marc Coomans succédèrent plus tard ses fils, Charles et Alexandre, et à François De la Planche, son fils, Baphaël. Jans, d'Audenarde, venu de Flandre, en 1650, est nommé maitre-tapissier du roi Louis XIV. Ce furent également des ouvriers belges qui portèrent en Angleterre la fabrication des tapis.
Cette industrie déclina peu à peu dans nos provinces. En 1750, le métier des hauts tisseurs de Tournai comptait cent cinquante-trois ooiils batteurs ; en 1772, il n'y en avait plus que quatre-vingt quatorze, parmi lesquels trente-six seulement fabriquaient de la haute lisse; les autres s'occupaient de la confection de diverses étoffes.
Peu d'années après, le corps des hauts lisseurs cessa d'exister: sa suppression eut pour motif « la préférence que l'on donne aujourd'hui (1776) aux cotojis imprimés, toiles peintes et papiers dessinés, sur les hautes lisses et moquettes dont on meublait autrefois les appartements. » A cette industrie succéda celle des tapis de pied, qui existe encore aujourd'hui à Tournai et dont le fondateur fut ï. PiatLefebvre. La manufacture qu'il créa reçut les encouragements du gouvernement autrichien ; sous l'empire, elle fut chargée de la confection des tapis destinés k la salle du trône. Cette manufacture ^ quelques autres usines importantes fabriquent les grands tapis de luxe dits à nœuds, genres Savonnerie et Smyrne, les tapis moquette, ainsi que les tapis imprimés sUr chaîne et veloutés.
Depuis quelques années, on a introduit de nouveau en Belgique, ^J^abord à Ingelmunster, puis à Malines, la fabrication des tapisseries décoratives à basse lisse, dont le point est pareil à celui des ^pis des Gobelins. C'est à M. le comte de Montbianc que revient
l'honneur d'avoir restauré en Belgique cette intéressante industi dans les ateliers créés par lui à Ingelmunster.
Industrie houillère. — On fait remonter à Tannée 1198 premiers travaux pour l'extraction de la houille en Belgique, semblent dus à un maréchal ferrant nommé Hullos, du villagi Plainevaux, qui aurait tiré la houille d'une mine située dans uim calité appelée Publémont, dans la province de Liège. La lég« mêle le merveilleux à cette découverte, et prétend qu'elle fat indic à HuUos par une apparition céleste.
On exploitait les houillères des provinces de ((amur et de Haii dès le xiv"" siècle ; Guillaume II, comte de Hainaut, permit aux gistrats de Mons, par un octroi de Tannée 1337, d'exploiter les m de Frameries et de Quaregnon. Il existe des règlements de 1 sur la navigation de la Haine, entre Mons et Condé, qui prou' que, dès cette époque, l'extraction et le commerce de la hou dans le bassin de Mons, avaient une certaine importance.
Au XVI*' siècle, Tindustrie houillère avait une organisation c plète dans la province de Liège. Le prince Ernest de Bavière ] mulgua, le 14 avril 1593, des règlements d'après lesquels il ( défendu à tout individu quelconque de s'occuper de Tindustrie charbon de terre, dans Tévêché de Liège, à moins de s'être &it n voir dans le métier des mineurs et charbonniers, sous peine d amende de deux florins d'or. Des jurés de charbonnage rendaier justice parmi la corporation. Les ouvriers bouilleurs restaient heures par jour dans la mine et gagnaient jusqu'à trente sols.
Un rapport rédigé par Tordre de Louis XIV renferme des dé assez intéressants sur les mines du Hainaut au xvii"^ siècle. Le bi de Charleroi était encore inexploré. La houille s'exploitait de 1b mont à Quiévrain, sur une étendue de sept lieues de longueur e deux de largeur; le maximum de profondeur des puits étaii soixante et dix mètres. « Les paysans aux houilles, dit le rappor sont pas assez riches pour faire les frais de l'épuisement des & Il serait à désirer que des personnes plus riches ou plus intellige s'appliquassent, par Tusage de machines pareilles à celles dont se sert dans le pays de Liège, à tirer du même fossé tout ce < peut y avoir de charbon. Il s'est fait depuis deux ans (en 1695) société d'ouvriers et de marchands qui ont établi le travail su pied, dans le territoire deWasmes; l'entreprise a nécessité avance de vingt-cinq mille écus. Ils ont une machine pour
Veau, feite en petit comme celle de Marly. » Les Flandres s'appro- Tisionnaient de charbon en Angleterre.
L'emploi des premières pompes à feu pour Tépuisement des houillères eut lieu vers 1730, sur la montagne de Saint-Gilles, près de liége; on s*en servit un peu plus tard à Lodelinsart, dans le bassin deCharleroi. L'usage, dans nos charbonnages, des machines à rotatioo pour extraire la houille date de 1810; ce fut à la même époque qBeM.Orban établit les premiers chemins à ornières en fer, au fond des fosses, dans les mines de la Plomterie et de Sainte-Marguerite.
A la fin du siècle dernier, lextraction de la houille n'atteignait pas, en Belgique, un million de tonnes par an. En 1830, elle était de 2,513,000 tonnes, ainsi réparties : Hainaut, 1,913,000 tonnes; Uége, 550,000 tonnes; Namur, 50,000 tonnes. En 1840, Textraction s'élevait à 4,000,000 de tonnes; en 1850, à 5,800,000 tonnes; 681860, à 9,600,000 tonnes; en 1871, à 13,700,000 tonnes; et en 1873, à 15,778,000 tonnes; cette dernière quantité représentait une valeur de près de trois cent quarante millions de francs. Le nombre d'ouvriers employés à lextraction de la houille était, en 1840, de 37.629; en 1850, de 47,949; en 1860, de 78,232; en 1871, de 94,286; en 1873, de 107,902.
Industrie sidérurgique. — L'exploitation et le traitement du minerai de fer remontent, en Belgique, à une haute antiquité. Au mois d'octobre 1870, on mit à découvert à Lustin, sur la rive droite delà Meuse, entre Namur et Dinant, à 0'",70 environ sous le sol actuel, des cavités renfermant des substances métalliques, produites par une opération dont la date paraît antérieure aux temps historiques. Il paraît tout à fait incontestable que les Belges travaillaient, i l'époque romaine, le fer que leur sol fournissait en grande abondance. Daprès les témoignages des historiens, l'industrie du fer avait déjà une certaine importance au x* siècle; au xiv* siècle, la création d'une cour des jurés et la promulgation de chartes pour les mières de Morialmé (1" mars 1394) attestent qu'à cette époque l'industrie sidérurgique constituait une fabrication très-active. Le fer se traitait alors dans des fourneaux d'une nature analogue aux foyers catalans et aux stuckofen, où l'on obtient immédiatement du fer et Don point de la fonte. Karsten, dans son Histoire de la Métallurgie^ aseure que c'est dans les Pays-Bas que l'on construisit les premiers fcauls fourneaux, dont Imvention remonte au \\f siècle. D'après un document authentique. Ton comptait, en 1560, dans la province de
Namur, 35 fourneaux pour la fonte du fer et 85 forges pour transformer la fonte en barres.
Avant la réunion à la France, Tindustrie sidérurgique parait zm été assez languissante dans nos provinces qui étaient soumises ï Tadministration autrichienne. 11 ^ existait environ 45 hauts fooN neaux au charbon de bois, produisant par an 14,600,000 kilogrammes de fonte, dont une petite partie était employée aux olqcto de moulage; le surplus passait à lafïinage au charbon de bois.
Dans le pays de Liège, à la même époque, on comptait iSfom^ neaux, 13 forges et 4 platineries ; les hauts fourneaux produisaient, année moyenne, environ 4,000,000 de kilogrammes de fonte.
De 1800 à 1815, la fabrication du fer se développa et surtool se perfectionna dans nos provinces. On améliora la forme et on agrandit les dimensions des hauts fourneaux; on substitua les souf flets à piston aux soufflets en cuir et en bois ; on appliqua à la fo^ gerie le mode d'affinage à la comtoise. C'est à cette époque aussi que remontent les premières tentatives sérieuses \)Our remplacer, dans les usines belges, le charbon de bois par le coke pour la production de la fonte; cette innovation, qui existait en Angleterre depuis le milieu du siècle dernier , avait été expérimentée, mais sans suite, en Belgique, sous le régime autrichien.
En 1815, voici quelle était la statistique de la sidérurgie belge: 89 hauts fourneaux, 124 forges, 35 martinets, 18 fenderies, 27 platineries. Après la paix, cette industrie, comme presque toutes les autres, resta pendant quelque temps stationnaire ; mais, à partir de 1821, elle prit un essor considérable. Les premiers hauts fou^ neaux au coke furent érigés durant cette année, presque simultanément aux Hauchies (près de Charleroi), à Seraing et à Cou\in. Mais c'est surtout h dater de 1834 que lesprit d'association donna un développement extraordinaire à l'industrie sidérurgique : des établissements considérables furent élevés sur les bords de la Sambre, à Châtelineau, à Monceau, etc., et sur les rives de la Meuse, dans la province de Liège. Les usines de Seraing, de Couillet, de Couvin appartiennent à la période de 1820 à 1830.
En 1835, il existait 276 usines, alimentées au charbon de hrf*. savoir: 80 hauts fourneaux, 117 forges, 34 martinets, 18 fenderies et 27 platineries, et 13 hauts fourneaux et 6 forges et laminoirs travaillant au coke. Le nombre de ces derniers augmenta successivement, tandis que les usines où le chai'bon de bois était employé diminuaient d'année en année : en 1837, il y avait en activité, dans
L£S GRANDES INDUSTRIES. i31
ie royaume, 23 hauts fourneaux au coke et 66 au charbon de bois; lî production annuelle de la fonte était alors d'environ 150,000 tonnes. £û 1S39, le nombre des hauts fourneaux au coke avait été porté à 45. A celte époque, une fièvre de spéculation poussa l'industrie métallurgique à une production exagérée, et plus du tiers des établissements existants finit par chômer. Cette crise se prolongeai pendant plusieurs années avec plus ou moins d'intensité, ^ elle ne cessa guère que vers la fin de 1844, grâce aux besoins nouveaux provoqués par l'établissement des chemins de fer en Belgique et au dehors. Mais bientôt la création d'un trop grand nombre d'usines métallurgiques, l'élévation excessive du prix de la fonte et un mauvais système douanier amenèrent une nouvelle crise. En 1845, la productipn était d'environ 134,000 tonnes de fonte, estimées valoir 14,570,000 francs. Deux années après, en 1847, la production de la fonte était arrivée à près de 250,000 tonnes, valant 29,700,000 fi^ncs. A cette dernière époque, la valeur des produits fabriqués dans toutes nos usines sidérurgiques (fonte et fer) dépassait 58,000,000 de fr. Les événements de 1848 vinrent arrêter cette prospérité. En 1849 et en 1850, la valeur annuelle des produits de la sidérurgie belge fut de moins de 31,000,000 de fr. Ce fut seulement en 1854 que cette inijustrie se retrouva dans • des conditions favorables ; depuis lors, sa prospérité a continué, sauf de rares intermittences. Après avoir été en 1854 de 70,785,919 francs, en 1860 de 81,073,867 francs et en 1870 de 149,000,553 francs, la production de la fonte et du fera atteint, en 1871 , la somme énorme de 245,581,099 francs (dont T0,248,24O francs pour la fonte et le surplus pour le fer sous ses diverses formes). Le travail au charbon de bois a presque complètement disparu ; il n'existe plus que quelques usines qui suivent ce procédé, pour des usages spéciaux, dans la province de Namur. Voici quel était en 1873 le nombre d'usines sidérurgiques en acti- ^té : hauts fourneaux, 54 ; fonderies, 176 ; fabriques de fer, 53 ; usines à ouvi'er le fer, 54.
Verrerie. — La fabrication du verre est très-ancienne en Belgique : Charleroi, Jumet, Namur, Chimay étaient les centres principaux de cette industrie. D'après le préambule dun octroi du 3 avril 1686, les verreries belges étaient alors dans un complet état <le décadence. Cet octroi confère à Jean Colnet, maître de la verï'erie de Gilly, le privilège exclusif, pendant douze ans, « de fabri-
quer dans les Pays-Bas des verres à vitre en table, des bouteilles des gros ouvrages en verjre. »
Dans le xviii^ siècle, de nombreux octrois furent accordés pai gouvernement pour l'établissement de verreries à Namur, à Gani Charleroi, à Gosselies, à Ghlin, à Bruxelles, etc.; ces concessii permettaient d'introduire librement les matières premières et d porter sans droits les produits fabriqués, et conféraient eno d'au 1res privilèges, tant aux patrons qu'aux maîtres-soufQeurs.
La première fabrique de cristaux qui ait existé en Belgique celle que M. Dartigues fonda, en 1802, à Vonéche, et qui fiitl'i des plus importantes de l'empire français. M. Kemlin, longtei directeur des travaux à Vonéche, créa, en 1826, la manufacture Val-Saint-Lambert.
La fabrication des glaces coulées ne s'est établie que tardivem dans notre pays. M. Dartigues avait fait construire, en 1820, à' nêche, une halle pour cette destination, mais ce projet n'eut pas suite. 11 en fut de même des tentatives faites dans le même but, 1820 à 1830, par M. de Roederer, à LefTe, près de Dinant, et M. de Saint-Roch, près de Lodelinsart. La société du Val-Sa Lambert fut autorisée, par l'acte qui la constitua en 1826, à &1 quer des glaces, mais les événements empêchèrent l'exécution ce projet. Ce fut seulement en 1840 que la Société anonyme manufactures de glaces, verre à vitres, etc., de Bruxelles, comme à Oignies la fabrication des glaces ; la première coulée eut liei 5 mai de cette année, et peu de temps après, la société envoyai l'exposition de 1841 des produits qui furent jugés dignes de la i daille d'or. On fabrique aujourd'hui des glaces à Oignies, à Flor et à Courcelles, près de Charleroi.
La verrerie s'exerce dans les arrondissements dé Mons, de Nan de Liège, de Bruxelles et de Charleroi ; mais elle est groupée s tout autour de cette dernière localité, où se rencontrent tous éléments de la fabrication du verre.
Le relevé total de la production de cette industrie pour tôt pays était, en 1851, de 8,278,260 fr.; en 1860, de 18,512,000 et en 1873, de 46,212,050 fr.
Industrie céhamiquk. — L'industrie céramique compte plusi divisions : les terres cuites et la poterie, les faïences, la porcela
La fabrication des briques, tuiles, carreaux ordinaires et tuyj qui appartient à la première catégorie, est très-ancienne en
LES GRANDES INDUSTUIES. 233
jique, où elle trouve la matière première en abondance. La Belgique possède aussi dexcellentes terres réfractaires, dont elle fait des ustensiles de première qualité, à lusage des fabriques et des laboratoires.
Les potiers flamands avaient jadis (xv*', xvi* et xvn* siècles) une grande réputation pour la fabrication des vases en grès-cérame ; les grès flamands sont remarquables par leur belle couleur bleue, la richesse de leurs ornements et leurs formes généralement bizarres. Dans lancien langage de la curiosité, toutes les poteries de grès, qu'elles proviennent de Flandre, de Hollande ou d'Allemagne, étaient connues sous le nom de grès de Flandre. Cette industrie passa de Flandre en Angleterre, lors des troubles de religion, et si elle existe encore dans notre pays pour la fabrication des objets usuels, elle y a malheureusement perdu tout caractère artistique.
La fabrication de la faïence italienne, connue sous le nom de mjolique, fut importée à Anvers, dans les premières années du Vf siècle, par Guido di Savino, de Castel-Durante. Ce sont les 6îenceries des Pays-Bas espagnols qui fournirent les terres émaillécs, de forme italienne déviée, qui ont servi de type aux premiers essais tentés dans l'ouest de la France et aux matamores de l'Espagne.
Au isiif siècle, il y avait des manufactures de faïence très-renommées à Bruxelles et à Tournai, ainsi qu'à Malines, à Bruges et à Liège. Une manufacture de carreaux existait en Flandre au commencement du XVI* siècle; sous le règne d'Henri Vlll, on se servit de can'eaux de pavage flamands pour décorer Christ-Church Collège, à Oxford, et le palais de Hamploncourt.
Nous avons aujourd'hui un certain nombre de fabriques de iaïence commune, pour la production d objets servant à l'usage domestique, pins quelques établissements assez importants pour la fabrication te faïences fines, surtout dans le genre anglais. Mais si les uns et 'es autres ont des qualités industrielles très-recommandables, on ne peut pas dire que les produits qui sortent de ces fabriques brillent, ^n général, sous le rapport de l'art.
La première fabrique de porcelaine tendre fut établie, en Belgique, par Joseph Peterinck, en 1750. Le siège en était à Tournai. Peierinck obtint, le 3 avril 1751, un octroi du gouvernement autrichien; la fabrique eut jusqu'à 240 ouvriers; elle faisait des ouvrages,
d'une belle exécution, dans le genre de Dresde et de Sèvres. Cette
"idusirie est aujourd'hui peu importante dans notre pays.
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^IM lltLGlOlK MOHALR ET INTKLLECTIÉLLE.
La fabrication de la porcelaine dure a été introduite en Bel| vers la fin du siècle dernier, par M. Cretet, qui avait son étabi ment à Bruxelles, rue d'Arenberg. Nos fabriques de porcelaine ( au nombre d'une dizaine, peuvent soutenir avec avantage la sur tous les marchés, pour les objets de consommation cour mais il leur serait difficile de laffionter pour les articles de que, d'ailleurs, elles ne produisent guère.
Armlrekie. — La fabrication des armes à feu est restée, de temps, concentrée à Liège et dans les environs. On comptait dans cette ville, avant 1789, une vingtaine de commissionnain marchands qui se chargeaient de faire fabriquer les armes sur mande. Sous l'empire, le gouvernement français créa à Liège manufacture d'armes de guerre, pour le compte de l'État, auquc livrait, tous les ans, 27,000 fusils; l'industrie privée ne pouva briquer que des fusils et des pistolets de luxe; elle fournissai nuellement, en moyenne, 6,000 fusils et 2,000 pistolets.
Cette industrie se releva vivement pendant la réunion de la gique à la Hollande. En 1829, les ateliers liégeois fournirent 190 armes à feu.
Depuis 1830, cette industrie a fait des progrès notables et stants : la production a été : en 1841 , de 208,239 pièces ; en 1 de 423,347 pièces; en 1860, de 362,279 pièces; en 1872 757,133 pièces.
La fabrication se compose d'armes de luxe, de chasse et de merce,et d'armes de guerre; voici la décomposition du chiffre 737,133 pièces : fusils de chasse, 333,976 ; fusils de bord, 49, pistolets d'arçon, 17,664; pistolets de poche et revolvers, 326, armes de guerre, 29,841.
On prétend que Je premier canon fut fondu en Belgique; i prouvé du moins qu'un potier detain, Pierre de Bruges, fabrii déjà des canons, à Tournai, en 1346. Ces canons étaient en f car Pierre de Bruges, en sa qualité de potier d'étain, n'aurait j exécuter d'autres, sans enfreindre les privilèges de son métier ne lui accordaient pas la « franchise du marteau, » c'est-à-di droit de forger le métal. Ces canons n'avaient rien de commun bablement avec ceux que fabrique la fonderie royale de carioi Liège. Cet établissement existe depuis 1802; sa réputation esl verselle; il a eu pour clients les gouvernements de presque toi Etats.
LES GRANDES LNDLSTRIES. 2H5
BraSwShrir. — La brasserie ne peut être oubliée dans cette revue des principales industries belges. L'usage de la bière remonte, en Belgique, d'après la tradition, à une très-haute antiquité. La légende attribue la découverte de cette industrie h Gambrinus «roi de Flandre, duc de Brabant, » qui aurait \l5cu 1,200 ans avant Jésus-Christ. D'après des historiens, la légende aurait commis une erreur de date de vingt siècles, et Gambrinus ne serait autre que Jean 1"', duc de Brabant, qui régna de 1261 et 1294, et dont le nom sert encore d'enseigne à beaucoup de brasseries et de lieux où Ion consomme la bière. Quoi qu'il en soit, au temps de l'invasion romaine, la bière était la boisson favorite des Nerviens et des autres peuplades qui étaient établies dans l'intérieur de la Belgique; ils cultivaient l'orge pour cette fabrication. Le Gambrinus de la fable ou de rbistoire peut n'être que l'auteur delà méthode d'emploi combiné des céréales, crues et germées,qui s'est maintenue jusqu'ici en Belgique.
Au moyen âge, les corporations des brasseurs étaient parmi les plus importantes. A Bruges, où la commune était divisée en neuf membres qui comprenaient tous les métiers, les brasseurs faisaient partie du premier membre, lequel était composé des quatre grandes professions mercantiles. A Malines, les brasseurs étaient parmi les six métiers qui avaient le privilège d'entrée au conseil ; dans cette ville on n'était admis dans la corporation des brasseurs que par droit de naissance ou en épousant la fille d'un brasseur. Menîn était un des centres principaux de cette industrie; avant les guerres de religion, celte ville comptait 104 brasseries, et le droit d'un demipaiard mis sur chaque broc, au profit de la ville, était affermé à 5,000 florins par an.
La ville de Louvain était au moins aussi renommée, au moyen âge, par ses vins que par si bière. Les vins de Louvain étaient ser\is avec honneur à la table des ducs de Bourgogne. On en connaissait de divers crus, parmi lesquels on distinguait le vieux Boesselberg, le Roesselberg moyen, le nouveau RoesselbergJe Calvaienl^rg, le Resselberg, le Galgenberg, le Hoegenberg, le Henneberg elleSchoerberg.
Plusieurs fois des brasseurs belges allèrent porter leur industrie •» lélranger ; de ce nombre fut Hans Kraenne qui brassa, eh 1540 ou 'îWl, la première bière blanche à Nuremberg.
La brasserie est une des industries les plus importantes de notre P^ys, moins cependant par le nombre d'ouvriers que la fabrication wcupe d'une manière permanente (le nombre était, d'après le re-
censément de 1856, de 6,640, dont 6,300 hommes et 240 femmesT"" que par son rôle dans ralinientation et par les ressources qu'ell^B procure au trésor; en 1872, les droits d'accise sur la bière on~^ donné une recette de 15,547,605 francs.
La fabi-icalion des machines et mécaniques, comme grande indus— «i trie, date de ce siècle. Antérieurement on ne trouve que des inven-ic teurs, dont quelques-uns sont des hommes de génie préparant, avec» un succès plus ou moins complet, la voie aux applications de Fin- m dustrie moderne. Ce fut en 1800 que Cockerill père, qui imports-^ véritablement en Belgique l'industrie des machines, vint . résidai -^ d abord à Verviers, puis à Liège, et entreprit la fabrication de mé^ caniques spécialement pour l'industrie lainière, dont quelques-une étaient de son invention et dont il avait importé, les autres d'Angle terre. Ses fils lui succédèrent en 1813; Seraing devint leur propriét»^ au mois de janvier 1817 ; les débuts de cet établissement fui'ent asseasB modestes, et ce n'est que quatre ou cinq ans après sa création qu'fc^ se développa, aussi bien comme atelier de construction que comoL^ centï'e de production métallurgique. Le Phénix, à Gand, qui pendant longtemps a été l'atelier le plus considérable après celui de Serain^r* et où se faisait surtout l'outillage pour l'industrie cotonnière, f«r^ érigé en 1821.
Le premier bateau à vapeur, construit en Belgique, le fut en 182*,^ mais c'est seulement un peu plus tard que ce genre de construction^ ^i commença sérieusement dans les chantiers de Cockerill. Ce fut i Icment à Seraing, et au mois de décembre 1835, que fut fait< première locomotive sortie d'un établissement belge.
La fabrication de Vader existait depuis longtemps en Allema^^ne fet en Angleterre, lorsque, en 1807, la Société d'encouragement de Paris offrit un prix de 4,000 francs à celui qui produirait en gr^and de l'acier fondu, égal en qualité aux meilleurs aciers étrangers- Ce prix fut obtenu par MM. Poncelet, de Liège, dont l'établissement ^^tait de 1802, et qui, outre le prix i)romis par la Société d'encan» ^gement, reçurent du gouvernement une somme de trente mille fi-ai* *^» à titre de récompense.
Les premiers essais d'extraction et de fabrication du:5/wcremont^^''* à 1790. M. Douy, de Liège, qui s'en occupa, obtint en 1805 la CQ -^ cession de la mine de calamine de la Vieille-Montagne. En ISf^^' M. Douy livrait déjà au commerce 300,000 kil. de zinc par anné^^' ce métal valait alors 2 francs le kiIogi*amme. On a fait des prog
depuis ce temps; en 1871, la production de zinc ouvré a été de 65.390 tonnes d'une valeur de fr. 29,135,015.
Les commencements de la fabrication du papier, en Belgique, ne paraissent pas remonter plus haut que le xvii*' siècle. Par des lettres patentes du 13 février 1664,ie roi Philippe IV accorda à Pierre Gauthier, seigneur de Beauvais, un octroi de soixante années exclusif ans le Brabant, pour fabriquer du papier à écrire, d'impression et pour cartes à jouer. La papeterie était située à la Hulpe.
Les procédés mécaniques ont été employés en Belgique, pour la première fois, en 1830, par M. Hennessy, propriétaire de rétablissement qui existait dans la même localité.
La Belgique est un des premiers pays où l'industrie typographique ait été exercée. L'imprimerie en caractères mobiles ^tait à peine connue, lorsque Thierry Martens ou Mertens publia, à Alost, en 1473, kSpeeulum co7wersionis peccatoruin. Louvain eut sa première irnprinerie en 1474; viennent ensuite Bruges, Anvers et Bruxelles, en 1476.
La typographie brilla du plus vif éclat h Anvers au xvi® siècle, par les travaux de Christophe Plantin, que Philippe II nomma son protottffographe. Après Plantin, son gendre, Jean Moretus, et les descendants de celui-ci maintinrent la haute réputation de l'établissement (TAnvers, qui s'occupait particulièrement de l'impression des livres d'église. La réunion des Pays-Bas catholiques à l'Autriche, au com- Jnencement du xvni^éiècle, en fermant le débouché de l'Espagne et des colonies, porta un coup fâcheux à cette industrie. Sous l'administration autrichienne, on commença h Bruxelles quelques contrefaçons douvrages français; mais la concurrence de la Hollande et des pays de Bouillon et de Liège empêcha le développement de ces opérations.
L'imprimerie belge a pris un essor actif surtout depuis 1814. Il y avait à Bruxelles, en 1815, vingt imprimeries, avec 27 presses; il y ^ eut quarante en 1829, avec 84 presses, et cinquante-deux en 1838, avec 229 presses ; les ateliers typographiques des autres villes ^"pays possédaient environ 200 presses.
les premières presses mécaniques furent introduites en Belgique après 1830. Le nombre des ouvriers typographes (compositeurs, pressiers, apprentis compositeurs, etc.) était, dans la capitale, de 650 en 1851, de 777 en 1860 et de 1,000 en 1874. Le nombre des presses à bras, aux mêmes époques, était respectivement de 163, ^56 et 58, tandis que celui des presses mécaniques montait à 27, •*0 et 116; enfin le nombre de machines h vapeur (moteurs) s'est ^levé de 7 en 1851, h 12 en 1860 et à 24 en 1874.
•i:jS BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
La fabrication des tissus de soie, qui n a plus qu'une minin importance en Belgique, y a eu ses temps de prospérité et de splei deur. Au xvi^ "siècle, d'après Guichardin, on fabriquait à Anve « toute espèce de draps de soye, comme velours, damas, satin, tafl tas et autres. » A la même époque, on avait cherché à acclimater Belgique la culture du mûrier et l'éducation des vers à soie; mj cette tentative réussit peu : elle fut renouvelée plusieurs fois, sa plus de succès.
A la fin du siècle dernier, la fabrication des soieries était enc( une industrie considérable à Anvers. D'après un rapport du mag trat de cette ville, du 11 septembre 1786, elle était exercée par de cent soixante maîtres et donnait de l'emploi h quatorze cents tis rands; en outre, plus de quatre mille personnes étaient occupéei dévider et à apprêter la soie pour le tissage.
La réputation de la carrosseiie de Bruxelles est déjà ancienne, siècle dernier, ses produits étaient très-demande? à l'étranger, lit dans un document de 1755 que dans l'espace de quatre anné 97 voitures avaient été exportées de cette ville pour la Hollani l'Allemagne et la France.
La tailk du diafnant se pratiquait, à Anvers, dès le xvi* sièc tandis qu'à Amsterdam l'on faisait la taille dite hollandaise pour polissage des brillants et des roses à 24 facettes, Anvers conseï presque uniquement la taille des roses à 18, 15, 12, 6 et 3 fecett connue sous le nom de taille de Brabant ou à! Anvers.
Les événements de la fin du siècle dernier ruinèrent cette iodi trie, au point qu'en 1822, on ne comptait plus à Anvers que vin cinq à trente ouvriers faisant la taille du diamant; cette indusl se ranima alors; elle périclita de nouveau après 1830, mais, dep une douzaine d'années, elle a repris une grande importance.
BiDLiuGKAPUic. — Rapport du jury sur TExpositiou belge de 1835, par M. Gachard, porteur général du jury; Rapports bur les Expositions nationales de 1841 et de 1847 et su Expositions universelles de Paris, de Londres et de Vienne ; Exposés décennaux de la sitôt du royaume, publiés par le gouvernement; Annuaires statisiiques, publiés par le mini) de rinlérieur, 4870-1873; Briavoinue, De l'industrie en Belgique, Bruxelles, 1839; £> Van Bruyssel, Histoire du commerce et de la marine en Belgique, Bruxelles, 1863; Ed. Bi Essai sur l'histoire du commerce et de l'industrie delà Belgique, Bruxelles, 1858; Félix Aï L'industrie dentellière à l'Exposition umrerselle de 18oo (volume V des travaul de la com sion française), Paris, 1856, etc., etc.
vin
Par M. VICTOR DESGUIN, Ui-mbrt corm|M)ndaol de l'Aradéroie r4)yal«> d^ inédri-ide.
Nous diviserons l'histoire médicalede la Belgique en cinq périodes, doni la délimitation sera marquée par quelque grand événement, ou par l'apparition d'une doctrine importante, ayant sur le progrès des coimaissances médicales une influence prépondérante. Ces points <•« repère sont la fondation de luniversité de Louvain en 1426, 'apparition du système de Van llelmont en 1648, la suppression de l'université de Louvain en 1797 et la réorganisation de notre enseigiieiuent supérieur en 1835.
Les temps anciens jisqu'a la fondation i>r i/rNiVEUsiTÉ de Louvain (1426). — 11 ny a pas eu, pendant longtemps, en Belgique, de îicience médicale propremcMit dite. A côté de pratiques superstilieuses semblables à celles qui existent chez tous les peuples entants, se remarquent des prescriptions hygiéniques fort sages, dont Tobs^rvation était nécessaire à une nation essentiellement guerrière. De niérae que chez les Juifs, du temps de Moïse, les premiers médecins durent les prêtres, les druides, en Belgique, étaient les seuls dépositaires des secrets de Tai't de guérir, et leur traitement consistait surtout on cérémonies religieuses; le gui était chez eux en grande
Yéiiéi*alion ; ils lui attribuaient le pouvoir de guérir tous les mim m^ et même de les prévenir.
Si, dans les premiers temps de notre ère, quelques apôtres chré— -Stiens ont fondé des écoles dans les Gaules, cette ébauche de civili — ^isalion ne semble guèi'e avoir d^intérét pour notre sujet. Toutefois lea^t^ses religieux, au fond de leurs cloîtres, conservèrent les conquêtes ac— .c:>cquises, les connaissances très-rudimentaires de la médecine, consi- modérée tout entière par eux comme une partie de la physique, et ains^ .cisi comme une des branches des sciences philosophiques.
Il faut arriver aux croisades pour trouver une véritable impulsioŒ <:> on donnée aux sciences médicales. C'est alors seulement que les pro-<:>-^iX)vinces belgiques furent mises en contact avec des peuples plus m^ lus avancés, qui avaient recueilli, en le dénaturant, il est vrai, Théritag^'^^ ge scientifique des Grecs.
"Déjà les Arabes, lors de leur arrivée en Europe, avaient cultiva "^^'ivé les sciences, mais ils furent plutôt des commentateurs de Galien e^» et d'Aristote que des créateurs; ils observèrent moins qu'ils ne discu- «-» -utèrent. A la môme époque, Yécole de Salenie jouissait en Occiden mtm ^nl d'une grande renommée et connaissait les écrits arabes. Ce qu^*-^.^* nous possédons des ouvi^ages de cette école, célèbre durant plu- -■-■ *** sieurs siècles, montre néanmoins une décadence complète de&^^^®^ sciences médicales.
A tout prendre, la médecine arabe, bien que ses théories soient ^* '^^ notablement inférieures h celles de la médecine grecque et romaine,^. '^ ^®* est le principal trait d union qui, à travers le moyen âge, relie la^^ médecine ancienne à la science moderne. C'est à cette médecine que -^ *^^ sont allés puiser, pendant les croisades, les savants qui suivirent -• ^ les expéditions dirigées vers la terre sainte.
Grâce à la connaissance de la langue, qu'ils acquirent pendant ^ leurs voyages en Palestine, les Belges rapportèrent dans leur pays ^^ des notions de médecine et de chirurgie, et surtout de pharmacologie ; ils eurent également connaissance, mais d'une manière impar- ^ faite, des ouvi'ages de Galien. Brochant sur le mysticisme des Sémites, l'astrologie, dont les pratiques étaient en grand honneur dans les provinces belgiques, contribua, sans aucun doute, à retarder les progrès de la science médicale, fit tomber dans l'oubli la plus grande partie des notions scientifiques qu'elle contenait, pour se borner à une thérapeutique informe, ne consistant qu'en une stérile énumération de remèdes sans base et sans lien, en un mot, à un grossier empirisme.
Telle était la médecine dans le peuple. Seuls, les savants de Tépoque conservaient, étudiaient et commentaient Galien et les auteurs arabes, mais sans remonter aux sources de la science. Ils ne juraient que par Galien, Avicenne ou Averrhoès, et s épuisaient en de vaines disputes pour soutenir lauteur de leur choix ou combattre celui de leur adversaire.
Cesl du milieu de ce chaos que Ton voit surgir une importante personnalité, Jean'de Saint-Amand, chanoine de Tournai, le premier auteur belge dont les ouvrages soient parvenus jusqu'à nous. Il vécut vers l'an 1200.
Échappant plus ou moins à Tinfluence galénique, qui était prépondérante alors, Jean de Saint-Amand fut lauteur d'une thérapeutique générale, qui est un pas considérable dans la voie du progi'ès. Ses (Kuvres, dit Broeckx, étaient tellement estimées, qu'en 1395, OQ conservait encore avec un soin tout particulier, aux archives de b fecullé de Paris, son livre intitulé : Concordantiae Joafinis de SanetO'Amando. Le doyen était spécialement chargé de la garde de cet ouvrage, et devait le remettre à son successeur. Jean de Saint- Amand professa avec le plus grand éclat à la môme faculté ; il a traduit et commenté les œuvres d'Hippocrate et le traita de Galien sur les maladies aiguës, et il était plus attaché à la doctrine des Grecs qu'à celle des Arabes. Sa tliérapeutique générale contient les principes d'une véritable philosophie médicale. On y trouve, entre autres, ces préceptes, remarquables pour le temps où il vivait : ■ Le traitement symptomatique doit suivre les indications fournies parles causes; cependant on est libre de le choisir à volonté dans les circonstances suivantes : 1" lorsque la douleur est très-vive; î* quand d'autres accidents menacent d un danger imminent ; 3" lorsque les forces de la nature sont opprimées ; 4" quand la chaleur est trop considérable. » Et plus loin : « Un symptôme passager ne doit pas épouvanter le médecin et lui faire abandonner tout de suite son traitement général ; mais encore moins doit-on constamment faire ttsage d'un seul et même moyen. »
Malheureusement celte tentative de Jean de Saint-Amand resta sans grand écho ; longtemps encore la médecine, dont l'astrologie formait une des branches, se traîna dans Tornière des disputes scol^stiques. Il faut, pour voir briser cet échafaudage de théories superstitieuses et de pratiques absurdes, arriver à Vésale, c'est-à-dire à la démonstration de connaissances positives en anatomio et en physiologie.
242 lltLGIQUE MOHALE ET INTELLECTUELLE.
Ce qui démontre le peu de progrès qu'avait fait la science médicale pendant le xiv*" siècle, c'est l'histoire des épidémies peslikft tielles qui, à celte époque, ravagèrent la Belgique. Trois fois, couj sur coup, le fléau s'abattit sur notre pays, en 1319, 1349 et 1369 La première de ces épidémies, selon les historiens du temps, em porta le tiers de la population; la seconde fut tellement meurtrier que, d'après les mêmes historiens, elle fit plus de victimes qu'il ne était tombé, du temps de Moïse, soUs les coups de l'ange extermina teur. Enfin la troisième épidémie dépassa les deux premières pa l'étendue de ses ravages. Le seul moyen rationnel qui fut mis e pratique pour s'opposer, jusqu'à un certain point, à l'extension d fléau, fut la séquestration des malades. Pour le reste, on ne voja dans ces calamités que des signes de la colère divine, et on se reï fermait dans un fatalisme aveugle; un jour on accusa les juil d'avoir provoqué le mal en empoisonnant les sources, et oni périr un certain nombre d'entre eux sur les bûchers; la dernière d ces maladies donna naissance à la secte des flagellants, lesquek après avoir parcouru les campagnes en psalmodiant des litanies, J livrèrent au brigandage et ne furent réduits qu'à grand'peine.
Ces épidémies, ainsi que plusieurs maladies nouvelles qui i déclarèrent un peu plus tard, la suette, le scorbut, la coqueluche, syphilis, ne furent pas étudiées spécialement par les médecins i l'époque : les chroniqueurs seuls nous les ont fait connaître. Cen'e guère qu'au xvi'' siècle qu'on en trouve de bonnes descriptions.
Toutefois, grùce aux travaux de deux bibliophiles belges, eûle\r trop tôt aux recherches d'archéologie médicale auxquelles ils se so livrés avec une noble ardeur, les docteurs Carolus et Broeckx, nous a été donné de connaître les ouvrages d'un maître dont science et la pratique ont laissé loin derrière elles les connaissance de ses contemporains; nous voulons parler de Jean d'Ypres, coni sous le nom de Jehan Yperman. Toute la chirurgie belge ava Vésale, toute la médecine de celte époque se personnifient da; maître Jehan Yperman, dont plusieurs manuscrits furent découvert à Bruxelles, dans les riches collections de la bibliothèque de Bou gogne, par le docteur Carolus, qui publia, en 1854, la traducw des œuvres chirurgicales du médecin yprois, sous le titre : Chin (jie de maître Jehan Ypermans, le père de la chirurgie flamcm (1295 à 1351). Cette traduction ne contient que les trois premie livres, le tiers seulement de la chirurgie d'Yperman; mais, en 186 .le texte même de la chirurgie de Jehan Yperman fut publié p
IIISTOIIŒ DE LA ML DIXINE. !*43
Broei'kx, sur le manuscrit qui exrste à la bibliothèque de Cambridge. Eufin, en 1867, Broeckx rencontra, dans la bibliothèque royale de Bruxelles, uu manuscrit d'Yperman, copié, sans titre, en 1331.
Lelrailéde chirurgie d'Yperman était classique dans les Flandres avant Vésale. Oiy trouve, sur Tanatomie des régions, sur le traitement des plates et sur beaucoup d opérations cliirurgicales, des données d*une grande sagacité et des observatioDsqui devancent leur temps. Pour le pansement des ulcères, des fistules, etc., il emploie la poudre d*Albucasis, composée de chaux vive, d'oliban et de sangdraf^oo. Kéceuinient Temploi des mêmes poudres a été proposé pour empêcher la fryémie après les amputations. 11 donne, pour distinguer les hémorrhagies artérielles des hémorrhagies veineuses, les préceptes qui nous guident encore aujour- (Tbai; mais il pense que les vaisseaux artériels seuls viennent du cœur. Les opéraiioDS de la ligature et de la torsion des artères sont parfaitement décrites et hn^t mises en pratique par le célèbre chirurgien belge, bien longtemps avant que d'iulres chirurgiens se fussent acquis des titres de gloire en les proposant de nou- Tcau. Il décrit l'opération du trépan, opération qu*il n*aimait pas à faire : il enlcnit toujours le moins d*os possible ; ses instruments étaient d*ailleurs imparfaits ; plmtardoo s*engouade cette opération; aujourd'hui la plupart des chirurgiens RTieonent, à ce sujet, au sentiment d'Yperman. Notons encore le chapitre des plaies pénétrantes de poitrine, où il décrit Topératiou de Tempyème. L'auteur iéleod longuement sur l'histoire de la lèpre, dont il étudie les symptômes, le tnitemcDt et ses diverses variétés. 11 consacre aux empoisonnements un excellent dapitre, où il recommande d'éliminer d'abord le poison, puis de traiter les symptômes dérivant de son ingestion. Carolus a relevé, dans les écrits d'Yperman, UM liste de 615 plantes médicinales, portant presque toutes des noms flamands.
Le seul manuscrit actuellement connu de la médecine d'Yperman contient 4i chapitres, dans chacun desquels apparaissent les théories humorales de Galien, mais tempérées par le désir continu de n'accepter que ce qui est raisonnable, Batarel, et de rejeter les explications hypothétitjues et celles qui tiennent du merveilleux. Toutes les descriptions sont tracées avec une sagacité, une finesse d'obsenationque l'on s'étonne de trouver au commencement du xiv« siècle, et qui, en iMcndeji pomts, ne seraient pas désavouées par les cliniciens de notre époque.
DeKIS la FO.ND.VTIOX DE L UNIVERSITÉ DE LoUVAIN (1426) JUSQU A L AP- PARITION DU SYSTÈME DE Van Helmoxt (1648). — L'iiistoirc de la médecine belge avant le xix* siècle se confond, pour ainsi dire, avec l'iiisioire de l'ancienne faculté de médecine de Louvain.
C'est le 18 octobre 1426 que s'ouvrirent les cours de Tuniversilé <le Louvain. Le premier professeur fut Jean De Neele, de Bréda, qui avait reçu le titre de docteur à Tunivei^silé de Cologne, fondée par '^ pape en 1388. Il y eut dès le commencement à Louvain deux professeurs en titre : l'un enseignait, d'après Hippocrate et Galieu, l^s choses naturelles et non naturelles, res naturales et non naturelles, '♦*î>l-à-dire Tanalomie, la pliysioloj^Me et l'hygiène; l'autre traitait
iU BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
des choses prxter naturatn, c* est-h-dire des maladies propi*em^r»c dites, de leur traitement et de la matière médicale. A ces professeurs étaient joints des agrégés.
Les médecins les plus distingués de ce temps furent : Jacques Despars, chanoine de Tournai, professeur à la faculté de Paris, médecin du roi de France Charles VU et du duc de Bourgogne; auteur d'un long commentaire sur Avicenne et de la première description de la fièvre pétéchiale; Jean Spierinck, chanoine de Louvain, et deux fois recteur de l'université de cette ville, premier médecin de Philippe III, duc de Bourgogne et de Brabant; Jew Wytinch ou Wytings, plus connu sous le nom de Joannes Wesalia (originaire de Wesel), un des ancêtres de l'illustre André Vésale.
A cette époque déjà, l'université dé Louvain possédait des maîtres si instruits et si distingués, attirait un nombre d'élèves si considérable et marchait si résolument dans la voie du progrès, qu'à peiii^ \ un siècle après sa fondation, dit M. Stas, elle put rivaliser avecle^ plus célèbres académies de TEurope. On peut affu-mer, ajoute-t-il^ sans crainte d'être démenti, qu'elle rendit alors les plus éminent^ services à la cause de la civilisation, et qu'elle fut l'orgueil et lïP gloire de la patrie.
En 1530, Wenceslas Bayer, professeur à la faculté de médecine de Leipzig, vient à Louvain soutenir quatorze thèses sur la sueur anglaUe, épidémie qui venait de décimer cruellement l'Europe et en particulier la Belgique.
L'un des plus remarquables parmi les professeurs de l'ancienne université de Louvain fut Thriverius, De Dryvere ou Drivere (Hieremias Thriverius), né à Braekel en 1504, qui fut chargé en 1543 de tout l'enseignement médical. Il publia des commentaires sur Hippocrate, sur Galien et sur Aristole, et fit un ouvrage pour résoudre la question encore si controversée alors : où faut-il saigner dans la pleurésie? H démontra, se fondant sur les principes hippocratiques, que la saignée doit être pratiquée près de l'endroit malade, mais sans négliger la saignée révulsive, faite loin du siège du mal. Ailleurs, parlant des affections de la peau, il signale l'acarus de la gale, insecte qui, en creusant sous l'épiderme de longs sillons, occasionne un prurit intense. Thriverius mourut en 1554, mais ses doctrines et son enseignement ne périrent pas avec lui.
André Vésale fut le plus distingué de ses élèves ; son influence sur les progrès de l'anatomie, de la chirurgie, des sciences médicales tout entières, est prépondérante; elle n'est pas restée confinée dans
son pays natal, mais s'est étendue aux nations voisines, à l'Europe enlière. Vésale fut le précurseur de ces anatbmistes célèbres qui ont nom Euslache, Varole, Fabrice d'Aquapendente, Fallope.
Descendant d'dne ancienne et glorieuse famille de médecins, Aiidré Vésale naquit à Bruxelles le 30 avril 15i3 d après les uns, le 31 décembre 1514 d'après d'autres. « Il fut le premier, dit M. Burggraeve, qui osa entreprendre de décomposer cette machine comp'iquée que l'on nomme le corps humain, afin d'ea faire conûâlut les ressorts les plus secrets. L'entreprise était immense et semblait eîdger le concours de plusieurs générations. Il y suffit cependant, malgré les clameurs et les oppositions que rencontra sa tentative. A l'âge de vingt-trois ans, selon l'expression de Senac, // ^couvrit un nouveau monde pour les savants et les médecins. Avant Vésale, il n'existait pas danatomie humaine. On ne possédait que les descriptions informes de Galien. Noire compatriote en lut le créateur. »
Par ses découvertes anatomiques, Vésale porta le coup de mort à la confiance aveugle que la plupart des médecins avaient accordée jusqu'alors aux anciens et'aux arabistes. Le premier résultat 'de ses découvertes fut l'abandon des traductions que les Arabes avaient feiles des écrits grecs et romains, et le recours aux textes originaux, ce qui rendit à la médecine un service signalé, en faisant connaître les principes des vrais maîtres de la science. Mais Vésale réagit encore contre cet engouement trop absolu et démontra que, si grands que fussent les génies d'Hippocrate et de Galien, leur parole cependant ne pouvait être acceptée sans examen, que la science était loin d'être constituée à leur époque, que Galien n avait disséqué que des singes, et que d'importantes découvertes restaient eiMîore à taire. Il ne se borna pas à étudier Panatomie normale, il s'altacha également à l'anatomie morbide, fort négligée encore, et il peut être appelé le fondateur de l'anatomie pathologique, à laquelle cependant il n'attribua pas l'importance prépondérante que certains auteurs modernes lui ont accordée.
Après avoir terminé se§ premières études, Vésale se rendit à ^Jogne, puis à Montpellier, enfin à Paris, où l'attirait la réputation de quelques professeurs, et notamment de Jacques Dubois (Sylvius), qui bientôt devint son ennemi, et fit même sur son nom ^l affreux jeu de mots : Vesalium non esse, sed vesanum. La guerre entre François I" et Charles-Quint le fit revenir en Belgique, et, en '53o, il fut nommé professeur à Louvain, suivit ensuite les armées
2ir> lifcLGlQLE MOKALE ET INTELLECTUELLE.
en qualité de chirurgien, fui appelé à professer ranatomie à ï versité de Padouc, l'enseigna également à Bologne et à Pise, ( 1543 reçut la charge de premier médecin de Charles-Quint, ch qu'il remplit ensuite sous Philippe II. Sa fin fut tragique. LTiis laconte qu'un grand seigneur étant mort, et Vésale ayant obten faire lautopsie, on vit le cœur palpiter sous son scalpel. Il ; prouvé plus tard que cette accusation était fausse, et avait été in tée par l'envie et la malignité. Dénoncé à l'inquisition, il fut damné à la peine de mort, mais cette peine fut commuée e pèlerinage en terre sainte. Vésale partit donc en 1564 pour Ch; puis arriva à Jérusalem. Nommé professeur d'anatomie à Pa( où il devait remplacer Fallope, le plus illustre de ses élèves, récemment, il se rendait» à son nouveau poste, quand une ten le jeta sur les côtes de l'île de Zante, où il mourut le 2 octobre.
Nous ne pouvons faire ici que très-brièvemeni la nomenclature de sesf pales découvertes.
Vésale décrit d'une manière exacte la plupart des os du crâne et de 11 explique le mécanisme de la voix, relève les erreurs de Galien dans la desci des os des membres, et monlre que Tos incorruptible, que Galien et se cesseurs placent dans le cœur el qui doit ressusciter, n'existe pas; il exp structure des muscles et des ligaments, en décrit plusieurs qui n*étaiei connus avant lui ; il confirme la doctrine de Galien, que les artères contienn sang comme les veines, mais, ignorant la circulation du sang, qui n*avi encore été découverte, il attribue aux veines tous les phénomènes de la nut il donne des artères, des veines, des sinus et du cœur des descriptions qui entrevoir la circulation du sang, et durent aider puissamment à ladécouT premier il fit connaître exactement la disposition des viscères abdomin ihoraciques et de leurs enveloppes ; il montra le trajet et les fonctions de I part des nerfs. Il fut enfin le premier qui, à Tappui de ses descriptions, fitp des planches anatomiqucs.
L'ouvrage principal de Vésale porte pour titre : De human paris fabrica libri septem (Basileae, J. Oporinus, 1543, in-folio] dessins de la première édition de cet ouvrage sont dus, d'ap bibliophile Van Hulthem, à Jean Stevens de Calcar; d'autr( attribuent au Titien. En 1725, Herman Boerhaave et Albinus paraître une édition complète des travaux de Vésale.
Les connaissances étendues de Vésale en anatomie devaiei cessairement le porter à réformer aussi la chirurgie de son U sa part dans les progrès de la science chirurgicale est imni on en trouve la preuve dans son ouvrage : Chimrgia mag septem librifs digesta (Venetiis, 1509, in-8").
IIISTOIKK DE LA MÉUPCINK. "IM
In fait domine toute. l'histoire de ses travaux, et Ton ne saurait assez le mettre en lumière. Ses maîtres et lui-même d'abord n'avaient éludié Tanatomie que dans les écrits de Galien. En voulant s'assurer de l'exactitude des descriptions du médecin de Pergame, Vésale s'aperculqu'il n'y était question que de l'ostéologie du singe, et que, concluant de l'apparente similitude de conformation à l'identité du squelette, Galien avait appliqué à l'homme ce qu'il savait des os du singe ; celle première découverte faite et maintes fois vérifiée, il vit bientôt qu'il ne pouvait avoir aucune confiance dans ces écrits et il relit enlièreraent, non-seulement l'anatomie de l'homme, mais aussi celle des animaux. On ne peut donc pas dire, à proprement parler, que Vésale ait fait des découvertes en anatomie : on doit dire qu'il h découverte tout entière, qu'il en a été le ciéateur ou le révélateur, et toutes les recherches subséquentes n ont fait que confirmer «amplifier l'œuvre de ce grand génie.
Avant de citer les médecins belges qui s'illustrèrent après Vésale, faisons la rapide nomenclature des épidémies qui surgirent à cette époque ou qui furent observées alors pour la première fois.
Au xvr siècle, la syphilis fut décrite par Remacle Fuchs, de Limbourg, et par Brucaeus, plus tard professeur à Rostock; le scorbut par Jean Hecht et surtout par Baudouin Ronss, plus tard par Jean Weyeret par Dodoëns (épidémie de 1556); la coqueluche, par Lemnius et par Weyer (épidémie de 1580). Une épidémie très-meurtrière i^ grippe, qui sévit sur toute l'Europe au \\T siècle, eut pour historien Boeckelius, d'Anvers, plus tard professeur à Helmstadt. De grandes épidémies de peste décimèrent la population à la même époque; le fléau se montra notamment à Huy en 1533, puis à Liège, H fui décrit par Boschius, qui devint professeur à Ingolstadt; en ItiOo il régna sur tout le pays et fut décrit par Boeckelius; la peste ^vii à Turnhout en 1571, puis à Anvers, et se montra de nouveau fn 1374, en 1575, 1576 et en 1577 : elle fut observée alors par Cemma et par Dodoëns ; les deux Marcquis décrivirent de nouveau 'a peste du wn'' siècle, qui fit surtout des ravages à Bruges (1666), où elle fut combattue énergiquement par Vanden Berghe (Montanus) de Dixmude. Une autre épidémie, très-meurtrière, qui donna lieu i des processions nombreuses, fut la suette, qui sévit surtout h Anvers en 1528, et fut bien décrite par Roelants et par Castrius. î^ous possédons encore un écrit de Vander Heyden sur la dysenterie qui régna à Gand en 1539, et un autre, du même auteur, sur les ^ladies des polders.
i4« BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
I/un des médecins les plus importants du xvi'' siècle fut Rembe Dodoêns, né à Malines en 1517, mort en 1585, après avoir été dh decin de Maximilien II et de son fils Rodolphe II, et avoir remp pendant les dernières années de sa vie les fonctions de professeur Tuniversilé de Leyde. Il s'est fait connaître par ses travaux sur texte grec de Paul d*Égine, par la publication de tableaux syno| ti(iues de physiologie et par un recueil d'observations médical rares, qui le place parmi les créateurs de lanatomie pathologiq» On sait que Dodoëns fit aussi une description remarquable d plantes indigènes, et peut être appelé ^le père de la botanique el ( l'horticulture en Belgique.
Citons encore, parmi les illustrations de cette époque, Jacqw Bording, né à Anvers en 1511, médecin du duc de Mecklembour] professeur à la faculté de médecine de Rostock, puis à celle de 0 penhague, où l'attira Christian III, roi de Danemark, et oîi il moun en 1560; Corneille Van Baesdorp, de Bruges, premier médecin c Charles-Quint, conseiller et chambellan, comte palatin, plus tai médecin des reines Éléonore et Marie ; Jossc Van Lom (Lommius qui publia des ouvrages remarquables et fut médecin de Philippe!
Il n'existait pas, avant cette époque, de clinique hospitalière. ( fut au milieu du xvi*' siècle que le magistrat de Louvain imposa ai professeurs l'obligation de conduire auprès des malades les élèv les plus avancés. C'est à la même époque que fiit créé, sous le ne d'ars parva de Galien, le cours de pathologie générale dont V Biesen (Biesius) fut le premier titulaire ; il devint plus tard médec de l'empereur Maximilien II. Après lui vint Corneille Gemma, q fut un des hommes les plus savants de son siècle, et mourut de peste en 1577.
On aurait tort de croire d'une façon trop absolue que la vie int< lectuelle s'éteignit à Louvain vers la fin du xvi^ siècle. Il y eutenco à cette époque et un peu plus tard des hommes qui se distinguèrei et dont le nom mérite de figurer dans les fastes de l'histoire. L*i des premiers fut Jean V^^alter Viringus, Louvaniste. Pendant le pt fessorat de Viringus, la peste fit en Belgique des ravages consid rables, de 1574 à 1580. La ville de Louvain seule perdit envin cinquante mille de ses habitants : tous les professeurs de médeci furent enlevés, Viringus seul excepté. Citons encore son successe Thomas Fyens, d'Anvers, qui, professeur à Louvain, remplit en mêi temps les fonctions de médecin de l'électeur de Bavière Maximilie puis des archiducs Albert et Isabelle ; Corneille Mathys, de Brug(
HISTOIRE D£ LA MÉDËChNË. 249
oédeciu de la reine de Hongrie Marie, gouvernante générale des Pajs-Bas; Henri Mathys, aussi de Bruges, médecin de Charles-Quint el de Philippe lU qui suivit l'empereur dans sa retraite au couvent de Saint Just, en Estramadure; Jean Boschius, de Looz, professeur i l'université dlngolstadt; Joostens, d'Eecloo, qui fut médecin de Guillaume le Taciturne, et lui sauva la vie en le guérissant de la blessure qui lui avait ouvert la veine jugulaire; Henri Smet, d'Alost, médecin de l'électeur palatin Frédciic III, puis professeur à Heidelbcrg; Philippe Gherinx, de Saint-Trond, médecin d'Ernest de Bavière, qui attira Tattention du public sur nos eaux minérales, par sa Ikicription des fontaines acides de Spa, et de la fontaine de fer de Ttaigres (Liège, 1583).
Il est encore un nom que nous ne pouvons passer sous silence, c'est celui de Pierre Coudenberg, h qui une statue fut érigée à An- Tersle 17 août 1861. Dans un rapport adressé à TAcadémie royale de médecine, Broeckx a démontré que Coudenberg est le premier pharmacien belge qui ait écrit sur son art, et qu'il l'a fait près d'un siècle avant les pharmaciens français. Un de ses ouvrages, intitulé : Mies sur le dispensaire de Valerius Cordus^ obtint une immense vogue, non-seulement en Belgique, mais en France et en Hollande. Coudenberg se distingua pendant l'épidémie pestilentielle de 1558; il contribua à faire renaître la confiance dans la population affolée, eu inveutaut un remède préventif, dont les magistrats ordonnèrent la distribution gratuite aux indigents.
Tandis que les hommes éminenls dont nous venons de parler s'efforçaient, en marchant sur les traces de Vésalc et de Dodoëns, d'ajirandir lentement et patiemment le champ de la science, et ne s'appuyaient que sur des données positives, d'autres, plus aventureux ou plus impatients, poussés par le goût du surnaturel et du merveil- 'eux, qui est toujours sûr de rencontrer la sympathie du vulgaire, •^Hachèrent l'explication de toutes les maladies à des influences Occultes, et voulurent se servir également d'agents occultes pour les piérir. C'est ainsi que, nonobstant les vigoureux efforts de la renais- ^»ce, la magie, l'astrologie et l'alchimie restèrent maîtresses du domaine des sciences médicales. Agrippa de Nettesheim (1486 à *53i), médecin h Malines, et l'un des contemporains et des précur- ^rs de Paracelse, fut le premier qui, en Belgique, relia la méde- ^ncau système des sciences occultes, tel qu'il lavait conçu. Paracelse lui-même, esprit brillant et chercheur, grand chimiste et grand cl^arlatan tout à la fois, vint, dans le cours de ses déambulalions m. 17
250 BELGIQUE MOKALE ET INTELLECTIELLE.
visiter les Pays-Bas et y fit des prosélytes. L'histoire impartiale à dire que Paracelse a rendu un grand service aux sciences médical par rimpulsion qu'il a donnée aux investigations chimiques; lait rapeutique lui doit l'usage des médicaments héroïques et l'empl des principes actifs, inconnus avant lui; il a donc porté un ru coup à la polypharmacie. Le progrès que Paracelse a fait faire i thérapeutique a porté ses fruits; quant à ses théories alchimique elles rencontrèrent, dès leur apparition, de vigoureux adversaire
Le plus ardent et le plus ingénieux d'entre eux fut Jean Weyer,< Wierus, né à Grave-sur-Meuse en 1515. On est frappé d'adroirali( devant la hauteur des vues de Weyer, quand on se rappelle li erreurs et les préjugés dans lesquels se traînaient alors certaini parties de la science médicale. Le premier, il s'élève contre la crain et la haine que faisait éprouver la vue des aliénés, contre lespn tiques superstitieuses qui présidaient à leur traitement, contre V tortures et la mort même qui leur étaient infligées. 11 montre qc les prétendus possédés sont des malades, ordinairement des femiw hystériques, des mélancoliques, des hallucinés; il s'attache à expt quer par des causes naturelles, physiques, les désordres de l'aliéiM tion mentale. A en juger par l'immense extension que prirent k croyances à la sorcellerie, on peut penser que les idéesde JeanWeye eurent peu d'écho.
Au commencement du \y\f siècle, eut lieu la plus importante A couverte qui fut faite dans le domaine des sciences médicales, cell de la circulation du sang par Harvey, découverte qui divisa le mond médical en deux camps : l'un défendant la doctrine des ancieiys l'autre adoptant les nouvelles idées. Plempius, d'Amsterdam, appel à Louvain par l'infante Isabelle, prit une part active à la lutte. So ouvrage principal est intitulé : Fumlamenta sive institutiones médian libri VI (Lovanii, 1638). Il y réunit tous les arguments qu'on pouva faire valoir contre la circulation du sang, et eut à soutenir à ce sujf une vive polémique avec le philosophe Descartes. Mais, dans la se conde édition de ses Fundamenta, l'auteur déclare que toutes le peines qu il s'est données pour réfuter la circulation du sang, toute les recherches et les expériences qu il a faites lui ont, en fin à compte, démontré son erreur; il convient que la circulation s'iiD pose maintenant à son esprit et h sa raison avec une force invincible De sorte que, de détracteur de la découverte de Harvey, Plempius e devint le plus ardent défenseur. Il fit des vivisections pour en prot ver la réalité, et, pour nous servir de l'expression du professeu
ban, il en fil en quelque sorte une seconde fois la découverte. Cette némorable conversion eut sur les idées des médecins de cette époque a plus grande influence, et la circulation prit définitivement droit k cité en Belgique.
Sous devons encore une mention à Van den Zype (Zypaeus), qui publia à Bruxelles, sous le titre de : Fundamenta medicinx physicomtmica, un résumé de toutes les connaissances médicales du moment, livre qui resta longtemps classique à Louvain.
Mais la figure qui domine incontestablement cette époque est celle de Van Helmont, et Tinfluence de ses doctrines fut telle, que SOD apparition marque véritablement une ère nouvelle pour notre histoire médicale.
Depuis l'apparition du système de Van Helmont (16^8) jusqu'à la SUPPRESSION de l'université DE Louv'AiN (1797). — Jeau-Boptiste Van Belmont, seigneur de Mérode, de Royenburgh, d'Oirschot et de Pellines, né à Bruxelles en 1577, fut l'élève le plus brillant de Tuniverâté de Louvain. Après avoir suivi les cours de philosophie, puis assisté aux leçons de magie du père Martin Del Rio, il s'adonna à Félude des sciences médicales, lut et relut les livres d'Hippocrate, deGalien, d'Avicenne et de tous les auteur^ arabes, ainsi que ceux de ses contemporains, et s'aperçut alors que, fort sur la dispute, il était complètement incapable de guérir une maladie quelconque. Aussi se décida-t-il résolument à recommencer ses éludes médicales tout entières, et h réformer la science et la pratique. Après avoir risité les principales écoles de l'Europe, il s'enferma dans son domaine de Vilvordc et y consacra trente années à l'étude des sciences naturelles et médicales, partageant son temps entre les nombreux indigents à qui gratuitement il prodiguait ses soins, et les recher- ^eseï les expériences de son laboratoire.
On pourrait croire que, soustrait à rinfluencc des disputes scolasiiqucs, placé ^r le terrain de la saine observation, toujours aux prises avec la nature elle-niCme ^ïtsfiils positifs. Van Helmont s'est affranchi des idées su|)crslilieuses qui doini- ■^cai la médecine et les autres sciences. On se tromperait. S'il a montré Tinaniié •^^^syslômcs médicaux de la plupart de ses devanciers, tel était encore Tempirc ^ la magie, que Van Helmont nFiésite pas à la reconnaître comme cause délernyoantc de maladies.
li csi le précurseur de la médecine vitalislc, bien que celle-ci ne soit arrivée <iac beaucoup plus lard à la formule à laquelle elle répond aujourd'hui. La base ^"^m système csl le spiritualisme. Au sommet des actes organiques, et les domi- •^ tous, il place Tarc/i^, reproduction du principe qu'Hippocrate avait désigné
sous le nom de nature, et qui fut plus tard Vâme de Stahl, la farce vilalt des modernes.
Outre un archéc principal. Van Hclmont admet des archées subalternes, qii existent dans chaque organe et président à leurs fonctions. Les archccs ne penveU rien par eux-mCmcs, mais agissent par rintcrmédiairc de fermenU : les fertmU existent dans toutes les parties du corps. Plus près de nous, Bichat disait qae chaque organe a sa vie propre. Barlhez et IVcole de Montpellier admettent Icprâicipe vital, puis les forces agissantes ou in aclu et les forces radicales ou inpm. En changeant les termes et en faisant la part des idées sous Tcmpirc desquelles vivait Van Helmont, on retrouve dans son système, et la proposition de Bichat, et la doctrine de Técole vitaliste. Les ferments ne sont pas des élrcs concrets, aytat une vie formelle, ils ne sont que les moyens qui déterminent Taction de rarcbée. La' maladie est le résultat de la désobéissance d*un archéc subalterne, désobéissance qui jette le trouble dans Téconomie : c*est là le principe de la localisaiioB des maladies, qui cependant restent soumises à 1 ctal général de Torganisinc.
Il rejette la théorie qui fait dériver les maladies de rintcmpérancc des quatre humeurs, dont il réfute Texistencc : il fut le plus puissant adversaire de rbunOrisi/ke de Galien. La maladie, pour lui, réside dans la souffrance, la frayeur ou 11 colère de Tarchée. Toutefois il reconnaît des maladies locales, comme la gale, cl d'autres qu'on avait attribuées avant lui à des vices humoraux.
IMocalise les fièvres dans les voies digcslives, ou dans le duumvirat composé de Testomac et de la rate. Celte idée fut plus tard développée par Rega ; niaisc*esl Uroussais qui, au commencement de ce siècle, Ta reprise. Ta rajeunie, et, sam même citer les noms de ses prédécesseurs, en a fait la buse de la doctrine physiologique dont il s'est proclamé le fondateur.
la thérapeutique de Van Helmont est naturellement fondée sur sa théorie. 0 devait combattre les souffrances de Tarchée, en régulariser les mouvemcots, les modérer ou les stimuler suivant les cas, et s'occuper ensuite des affections locales. Pour arriver 'à ce but, il recourt surtout aux ressources de l'hygiène, et croili l'efficacité de certaines paroles pour agir sur l'imagination des malades. Parmi ta médicaments, il recommande principalement, comme agréables. à l'archéc en fureur, les mercuriaux, les anlimoniaux, l'opium et le vin. 11 s'élève avec force contre l'abus des saignées : c'est ce que la médecine de nos jours fait encore es condamnant les excès du broussaisisme. 11 s'oppose aussi à l'administration <ta purgatifs trop violents ou trop souvent répétés, qui affaiblissent et empêchent h manifestation des crises. Les principes qu'il donne pour le traitement des maladie chroniques sont également marqués au coin du bon sens.
On voit que le système de Van Helmont conleuail en germe la plupart des doc irines médicales qui surgirent plus tard, et spécialement la doctrine vitaliste cl ^ doctrine dite physiologique.
Van Helmont moui'ut en 1644. II a laissé plusieurs ouvrages paru lesquels il faut citer surtout : Ortus medicinee, id est, initia phyHc iimudita, progressus mediciuœ uotnis in morhorum uUionem ad vitit longam {Amsfel., apud Ludov, Elzeviriumy 1648, 1652, in-4**), o' vrage qui a eu au moins dix éditions, mais dont plusieurs altribuei à Tauteur des morceaux qui ne lui appartiennent pas.
Le philosophe René Descartes s'empara de la théorie des ferments, mais en combattant les idées spiritualisteç de Van Helmont. Il fit des ferments des êtres matériels ; et, vers le milieu du xyu*" siècle, la doctrine des ferments de Van Helmont, jointe à celle des tourbillons de Descartes, s'imposèrent partout, malgré les efforts et les condamnations du nonce du pape à Louvain.
Le système de Van Helmont inspira celui de Sylvius de le Boë, le créateur de la chimiùtrie, dont toute la doctrine consistait h attribuer les maladies aux combinaisons et aux décompositions qui se fout dans les humeurs, aux fermentations, etc., des éléments chimiques, et dont la thérapeutique se bornait à l'emploi des réactifs ohiffliques : doctrine et pratique qui allèrent ii rencontre de ce qu'avait voulu Van Helmont, c'est-à-dire lobservation attentive des malades.
Herman Vander Heyden, de Louvain, exerça la médecine pendant cinquante années à Gand, et publia les résultats de sa pratique dans un ouvrage où nous remarquons surtout un discours sur les effets tijnalés et incroyables de Veau, véritables éléments d'hydrosudopaihie, et un discours sur les fièvres tierces et quartes causées par l'inftction des polders et terres avoisinées de la mer et d*autres maresca-
De celte époque, milieu du xvn* siècle, date l'introduction du quinquina en Belgique. En 1652, l'archiduc Léopold, gouverneur général des provinces belgiques, fit usage du quinquina pour une fièvre quarte, et guérit; atteint une seconde fois, il prit le même remède et guérit encore ; mais la lièvre layanl atteint de nouveau, il refusa de recourir au médicament et mourut. Cet événement jeta un grand discrédit sur le quinquina, qui fut accusé davoir causé les récidives ; il ne s en releva qu'à la suite des publications de Roland Slorms, qui prouva que le quinquina est un remède excellent, mais qu'il faut savoir l'administrer, et qu'il est urgent de l'avoir pur de toute falsification. Les travaux de Storms eurent ce résultat que, dès 1660, l'emploi du quinquina fut populaire en Belgique, bien avant que l'anglars Talbot ne Tinlroduisît en France, et que Louis XIV, guéri par la précieuse écorce, ne s en fût fait le panégyriste (1682).
François-Mercure Van Helmont, fils de Jean-Baptiste, fit de fréquents voyages à travers TEurope, et répandit partout les doctrines de son père. Il fut le premier qui s'occupa sérieusement de l'éducation intellectuelle des sourds-muets; sa méthode consistait à figurer ^ parole au moyen du jeu des diverses parties qui concourent îx la
^ia4 BELGIQUE MORALE ET liNTELLECTlËLLE.
phouaiioii : joues, lèvres, langue, dcuts, glotte; l'ouvrage quil pu^^o- ;| blia à Sulzbach, en 1672, renferme un grand nombre de gravure^^-es ] montrant la position respective de ces organes.
Le 24 août 1862, le cercle archéologique du pays de Waes inav.flsaugurait, h Vcrrebroeck, près de Saint-Nicolas, un monument à Ves^^'erheyen, né dans cette localité le 23 avril 1648. Verheyen, issu d'uK JC-uoe famille d'agriculteurs, n'avait reçu, jusqu'à Tàge de vingt-quatre an .racns, d'autres leçons que celles de son curé, qui, remarquant en lui d» t^des dispositions toutes spéciales pour les hautes études, l'envoya h ïurwL mmversité deLouvain. Le jeune homme se destina d abord à la théologii "^gie, mais une affection grave ayant nécessité l'amputation d'une de s^3t ses jambes, il se mit à étudier la médecine avec le plus grand succès^ -ses. Ses études terminées, il se rendit en Hollande pour y suivre les cou jl^* urs* de plusieurs anatomistcs renommés; puis il revint en Belgique, f^ firt nommé professeur d'anatomie h Louvain, et ensuite professeur » de chirurgie. En 1689, il fut élevé à la dignité de recteur nutgniïSqu X-p-ue. Ce fut un des anatomistes les plus illustres de son époque. Sa ^-^.m. «. nommée s'étendait au loin. Les ouvrages qu'il publia sont nomhreuM- »m Deux d'entre eux constituent surtout ses titres de gloire : le Corpor^ ^^rti hutnani anato^nia et le Supplementmn anatomicum. Verheyen mour-:»- jrut en 1710.
Un autre anatomiste et chirurgien distingué, contemporain jg \
Verheyen, fut Jean Palfyn, né à Courtrai en 1650. 11 était fib d"^a'un ^ chirurgien-barbier et devait succéder à son père ; mais bientôt c^ —on- j vaincu que des connaissances anatomiques précises lui étaient im pensables pour arriver à pratiquer la chirurgie avec sécurité, il toute son ardeur à l'étude du corps humain. Les obstacles qui furent suscités étaient si grands, et tel était son désir d'appren qu'il alla jusqu'à violer les cimetières afin de se procurer des c vres. Pour échapper à la rigueur des lois, il dut se réfugier à G s'y instruisit encore, puis visita Paris et la Hollande, et se lia d'an avec les plus grands savants, Leeuwenhoeck, Boerhaave, Verhe^y^-^S®^' H vint ensuite s'établir à Ypres, où, tout en exerçant son art, il c:^^^^"^' tiima ses études, toujours en vue d'arriver *à une réforme comp IT ^ ^ de la chirurgie et de son enseignement. Plus tard nous le retrouv"^ — '-^on à Gand, où il fait paraître son premier ouvrage, VOstéoIogie.Ca li^^**'^^^^* écrit en langue flamande, et souvent cité par l'illustre Boerhac^' ^^^ ' fut traduit en allemand et en français, et répandu par toute TEurcr^'^^, * Il ne renferme pas seulement la description des os, mais toutr"""*"^^ pathologie chirurgicale du squelette, et la réfutation des errei
encore accréditées. Il publia encore une Note sur la circulation du mg chez, le fœtus ^ une Desaiption anatomique des parties de la femme fvt tervent à la génération^ et, plus tard, son ouvrage capital, le Traité fanatomie chirurgicale, qui constituait pour cette époque un immense progrès. Quelques années après,- parut le complément de ce li\Te, nn traité de toutes les opérations pratiquées couramment à celle époque.
Le plus gcand titre de gloire de Palfyn est sans contredit l'invenliondu forceps. En 1721, Palfjn, alors septuagénaire, se rendit à Paris, pour y présenter à TAcadémie des sciences, sous le nom de nains, un instrument avec lequel on pouvait, comme avec des mains artificielles, aider la sortie de la tête d'un enfant sans Tendommager. Le spectacle des mutilations qu on faisait subir à la femme dans les parturitions difficiles, et la connaissance profonde qu'il avait acquise deTanalomie du bassin, lui inspirèrent certainement son invention. L'idée première du forceps a été contestée à Palfyn, mais aujourd'hui ibondenl les preuves qui démontrent qu'elle lui appartient. Le mausolée qu'on lui éleva cinquante ans après sa mort, en l'église de Saint-Jacques à Gand, est décoré d'une figure du forceps. Palfyn était mort le 21 avril 1730, pauvre et ignoré.
A l'époque où nous sommes arrivé, et jusqu'au milieu du xvin* siècle, les doctrines de Van Helmont, avec les modifications qu'y avait apportées Sylvius de le Boë, et combinées avec le système philosophique de Descartes, dominent la médecine, non-seulement en Belgique, mais en France et en Allemagne : lanimisme de Stahl se borne à substituer l'àme à l'archée de Van Helmont. C'est la période de systématisation de la médecine, et de la réaction contre la fhimiàtrie;Borelli, Boerhaave, Hoffraan et Stahl, en différents points delEurope, combattent la chimiàtrie, tandis qu'en Belgique, elle ifouve, à côté de certains opposants, comme Devillers de Huy, des défenseurs ardents, comme Favelet.
L'adversaire, le plus redoutable de la chimiàtrie en Belgique fut Henri-Joseph Rega, né à Louvaiii en 1690 et mort en 1734. Après ^voirfaii dans sa ville natale des études brillantes, il alla suivre à Paris les leçons des maîtres les plus renommés. C'est en 1721 qu'il fitpai-altre son ouvrage capital, le Tractatus medicus de sympathiâ. Cet ouvrage est remarquable à bien des titres, et mérite surtout 'attention parce qu'il fut le précurseur de la doctrine physiologique dcBroussais, ou plutôt parce qu'il la contient tout entière, abstraction faite de l'exclusivisme du réformateur français. Ainsi Rega
enseigne qu'il n'y a pas de lésions de fonctions sans lésions d*<o^ ganes; que les maladies ont leur siège dans les solides etncadani les humeurs; que toutes les parties concourent harmouiquement) la consei*vation du coips; que tout organe malade exerce une sympathie sur les autres organes, sains ou malades. 11 explique e» sympathies par la continuité des tissus et par les communication! nerveuses. 11 démontre les sympathies réciproques de restomacd du cerveau, et recommande, dans le traitement de tqutcs les m ladies, d'avoir toujours égard h Télat de l'estomac, parce que sot influence est générale sur tout le corps.
Rega a encore publié un Traité de médecine, dans lequel on troun un certain nombre d'autopsies cadavériques. Réagissant contre t chimiàtric, il s'efforce de retourner aux traditions hippocratiques,à rejeter les hypothèses dont on s'était payé jusqu'alors, de fonder li médecine sur la connaissance exacte de la structure des organes e des tissus, do leurs fonctions et des sympathies qui les unissent 11 rejette d'une manière absolue tout raisonnement à priori, qu*i considère comme entaché derreurs presque inévital.les.
Un contemporain de Rega, De Scheppcre, décrivit d'une manier complète l'épidémie de fièvre maligne qui décima pendant TannéelïS la ville de Renaix. Le traitement qu'il mit en usage marque un gi-a» progrès dans la pratique médicale. D'autres épidémies signalèreE la fin du xvin*' siècle. En 1772, une fièvre bilieuse putride^ extrénw ment grave, régna dans la ville d'Anvers ; Van Elsacker, médecin c cette ville, s'en fit l'historien, et commença sa relation par l'expos de la topographie et de la constitution médicale d'Anvers.
L'épidémie à^ angine gangreneuse de Péruwelz, en 1765 et 176^ fut décrite par Planchon, de Renaix, auteur d'un travail remarquab sur la nature considérée dans la maladie. Mais l'une des épidémies U plus meurtrières qui aient frappé la Belgique pendant le cours c xviH" siècle est la dyseîiterie. Afîrès avoir sévi violemment, surtout Bruxelles, en 1739, elle régna de nouveau, mais avec une intensi incroyable, en 1779, et envahit cette fois le pays tout entier. Noi possédons une excellente histoire de cette maladie par Éloy, le mêii qui fut l'auteur d'un dictionnaire historique de la médecine, trfc estimé. Éloy décrivit de la manière la plus précise la dysenterie qi ravagea le Hainaut. Après en avoir recherché les causes etenavo soigneusement exposé les symptômes, il constate que l'intensité • la malignité du mal croissent en raison directe du nombre d'ind vidus atteints. Suivant cette idée, que la maladie consiste sarioi
: difls l'altération et la rétention de la bile, il conseille remploi des I hiatifs pour évacuer la matière peccante; parfois il applique des [ sangsues h Fanus. Celte épidémie dysentérique dura plusieurs années. A peine avait-elle cessé, que, par suite des guerres qui marquèrent la fin de ce siècle, elle se reproduisit dans les Flandres, où die fil de nouveaux et cruels ravages.
A la même époque, une autre épidémie exerça la sagacité des médecins :1a fièvre puerpérale, qui fit de nombreuses victimes dans toutes les parties du pays et dans les contrées voisines. Van Stichel Fattribue à la pléthore laiteuse, à Tacescencc du lait et à sa tendance iia coagulation ; il explique par les différentes localisations de cette pléthore la diversité des phénomènes de l'état puerpéral, et, partant de celte hypothèse, il préconise pour combattre le mal remploi de l'huile de tartre, dont bien des praticiens font encore usage de nos jours.
Plusieurs autres questions de la plus haute importance furent encore discutées à la même époque et suscitèrent parmi les savants les querelles les plus vives. En premier lieu vient Yinoculation de la fetite vérole (la vaccine n'avait pas encore été découverte); cette inoculation, prise comme moyen préventif de la variole, fut hardiment défendue par les uns et violemment combattue par les autres. Puis se présente l'espèce de tournoi entre les partisans de Yopération cimimie et ceux qui prônaient la symphyséotomie ; l'accoucheur fioppens, de Gand, montra que l'une et l'autre de ces opérations répondent à des indications spéciales, et qu'elles ne peuvent être praiiquées indifféremment.
Parmi les illustrations médicales de ce temps, il faut citer Van Boehaule, de Malines, professeur h l'université de Louvain et l'un des premiers chimistes de son époque, il s'occupa surtout de la composition chimique de la bile et de la nature du chyle. Un autre chimiste, Pierre Minkelers, découvrit, en 1784, le gaz de la houille. Enfin, un des médecins les plus distingués de la fin du xvni" siècle fut Pierre Wauters, de Moerzeke, qui mourut en 1840, h l'âge de 93 ans, après avoir « contribué pour une immense part à entretenir dans les localités que nous habitons, ce feu sacré de la science, d'observation surtout, qui encore au moment actuel nous sert si puissamment de boussole. » (Guislain.)
Le fait le plus considérable de la fin de ce siècle fut la suppres- S'on de l'université de Louvain, qui avait près de quatre siècles d existence. Quelles que soient les appréciations des historiens h cet
égard, constatons seulement que l'université représentai! le psmé et devait périr avec lui. Un décret de l'administration centrale di département de la Dyle, en date du 4 brumaire an vi (25 octobre 1797), supprima définitivement cette institution.
De la suppression de l'université de Louvain (1797) a ia Ktwh GAMSATioN DE l'enseignemext SUPÉRIEUR (1835). — L'univcrsilé de Louvain n'était pas le seul établissement d'instruction supérienre qui existAt en Belgique : dans la plupart des grandes villes, notamment à Anvers, à Bruges, fi Gand et h Bruxelles, il y avait des collèges médicaux et des écoles do chirurgie, fondés vers le milieu di xvii'' siècle. Le gouvernement de la république, voulant qu'il n'yeill plus dans le pays qu'un seul mode d'enseignement, conforme m principes républicains, supprima du même coup tous ces établissements et organisa dans chaque chef-lieu de département une Mk centrale. Mais ces mesures ne furent d'aucun effet. En l'an xn furent créées ou plutôt réorganisées trois écoles pratiques de médecine et de chirurgie, h Anvers, à Bruxelles et à Gand; en outre, des écoles libres avaient été élevées : à Louvain, par quelques débris de l'ancienne université; à Liège, par Ansiaux et Comhaire.
A cette époque aussi parurent en Belgique plusieurs journaux de médecine; le premier en date fut publié en 1786, par Van Zandycke; ce n'était que la traduction en flamand du journal de médecine de Londres, et son existence fut éphémère. Ensuite vint to Journal de chimie et de physique, de J.-ïi. Van Mons, qui ne dura (p* doux ans. En 1805 parurent à Gand, sous la direction de Kluyskens, Vrancken et Dubar, les Annales de la littérature médicale itm:!^ gère, qui subsistèrent jusqu'en 1813. Elfes furent suivies du Jovam^ ijénéralde médecine de la Belgique, sous la direction du docteur Val Peens. A Bruxelles, on publia les Annales générales des sciences pk$ siques; à Ypres, le Decueil des sciences médicales, journal de santi; Ostende, les Annales de la littérature médicale britannique. En 1821 sous la direction de Tallois, De la Haye et xMarcq, et avec la colla boration active des docteurs Seutin, Vleminckx, Marinus, Froment Graux, Gouzée, parut la Bibliothèque médicale nationale et étrangère qui se proposa pour but principal de soutenir les doctrines de Brous sais; ce recueil vécut cinq années. Ensuite vint VHygie, du docteu Comet; YObservateur médical qui, rédigé par Ansiaux, Frankinet Grégoire, Royer, Sauveur et Votlem, à Liège, s'appliqua à luttei contre le broussaisisme, auquel aucun médecin belge n'était i*est^
niSTOlHK DE IK MrOFXiNE. 259
ndifféreiu, tous prenant ardemment sa défense, ou le combattant ivec non moins de véhémence. Aussi pnut-on dire que la propagaioQ en Belgique des doctrines du célèbre réformateur du Val-de- Grtce, continuateur, comme nous l'avons montré, de noire compatriote Rega, eut sur l'évolution de la médecine belge une énorme influence, surtout par le goût du travail qu elle développa et par les publications dont elle suscita Téclosion. Parmi ces publications, nous citerons encore : YEncyclographie des sciences médicales, fondée en 1832 par Marinus, vaste réperloii'e de toutes les productions médicales, et qui, depuis son origine jusqu'à sa disparition, en 1854, a publié 268 volumes in-8". Tandis que YEncyclographie s'était surtout préoccupée, du moins à son début, de faire connaître les trawux étrangers, XObsewateur médical belge, publié en 1834 par Van Esschen, se consacra spécialement îi mettre en lumière les travaux denos compatriotes. VObservateur médical, en 1836, se fondit avec ane autre publication, Y Abeille, du docteur Lequime, et réunis, ces deux journaux fournirent une carrière de dix-huit ans, pendant les- (joelsils mirent au jour 63 volumes.
En même temps se fondèrent, signes précieux du retour de la litalité scientifique, plusieurs sociétés médicales : à Bruxelles, la Société de médecine, de pharmacie et de chirurgie, sous la direction de Van Asbroeck et de Van Mons; à Anvers, la société Genoot- «*op tôt bevordering van genees- en heelkunde, sous la présidence de Leroy; puis la Société d'émulation, sous les auspices du marquis d'Herbouville; à Liège, la Société d'émulation, qui dura peu. D'autres surgirent encore pendant cette période, nous ne citerons que celles dont l'existence fut la plus longue ; à leur tête figure l'Académie des sciences et belles-lettres, qui, fondée en 1769 par le comte Cobenzl, ministre de Marie-Thérèse, puis supprimée lors de b seconde invasion française, fut rétablie par arrêté royal du 7 mai 18I(). L'année 1819 vit naître la Société des sciences médicales et Daiurelles de Bruxelles, qui existe encore; elle est due à l'initiative deBauwens, Froidmont, Laisné, Seutin et Kickx. A Mons se fonda h Société provinciale des sciences, des arts et dos belles-lettres du D^naut; en 1834 s'érigèrent deux sociétés qui existent encore dans toute leur activité : celle de Gand et celle d'Anvers; en 1835, celle de Willebroeck, qui, sans être dissoute, sommeille depuis dix-huit ^ïïs, et, la même année, la Société de pharmacie d'Anvers.
Les guerres qui signalèrent la fin de l'empire, et dont notre pays ^1 le théâtre, les batailles de Ligny, de Quatre-Bras, de Waterloo
m) BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
firent éclore des capacités chirurgicales ignorées jusque-là, (ji montrèrent que, dans le champ de la chirurgie pratique, les Bd^ étaient les dignes successeurs des hommes éminents dont no» avons esquissé Thistoirc.
Un nouvel ordre de choses surgit alors pour la Belgique réuni à la Hollande. Trois universités furent fondées dans nos provinces à Gand, à Liège et à Louvain (1817). En 1818 fut promulguée la le sur lart de guérir, loi qui nous régit encore aujourd'hui, et qui serait si désirable de voir reviser, bien qu'à l'époque où ellefii faite, elle signalât un progrès considérable.
De 1824 à 1830, nous assistons h un véritable tournoi entre te partisans de la doctrine physiologiste de Broussais et les défenseur des théories humorales. Jean Van Rotterdam, de Gand, le plus graoi praticien dont s'honorent les Flandres, comme s'exprime M. Burg graeve, se signala surtout dans cette lutte; il s'efforça de défeodr la tradition menacée par les nouvelles doctrines. 11 avait assist à la terrible épidémie de dysenterie de 1777, étudié et médité le œuvres des anciens; quand apparut comme un météore la doctritt de Broussais, qui entraîna toute la jeunesse médicale belge, Vai Rotterdam, presque seul, résista à l'enthousiasme général, cerlaii qu'il serait suivi, h courte échéance, d'une réaction complète. Cclt prévision, lavcnir la justifia tellement qu'en 1840, le système d Broussais ne comptait presque plus de partisans avoués en Be gique. L'apparition du choléra de 1832, épidémie que Van Rolte dam avait étudiée, l'année précédente, sur les renseignemec fournis par les médecins dc^s contrées déjà visitées par le fléau, 1 le tombeau de la médecine physiologique. Le médecin gantois, da sa Dissertation sur le choléra-morbus asiatique, avait d'avance réfi la théorie de Broussais, qui faisait de cette maladie une simple ga tro-entéritc. Van Rotterdam mourut en 1834, après avoir formé d élèves qui n'eurent pas, comme beaucoup d'autres, le reg1*et devoir brûler ce qu'ils avaient adoré.
Vw autre professeur de Gand, digne à tous égards d'une mentio est De Block, né à Hal en 1806, mort en 1862, un des fondaieu de YObsenateur médical belge et de Y Encyclopédie y auteur d'un tr vail très-remarquable sur le choléra de 1832.
Temps coxtempohains. — Si la révolution de 1830 ouvre u période nouvelle de Thistoire politique de la Belgique, il n'en c pas de même de son histoire médicale. Les institutions u'avaie
HISTOIRE DE LA MÉDECINE. tbi
guère été changées par le gouvernement provisoire, ou les modificatioDS apportées avaient même été funestes à renseignement. Il faut arriver ;i 1835 pour trouver une véritable et solide réorganisation de la part de TÉlat. Mais, Tannée précédente déjà, l'initiative parliculière avait devancé celle du gouvernement et avait fondé deux oniversilés rivales. Lune fut établie h Bruxelles, et inauguiée le 80 novembre 1834. On peut dire que la plus grande pensée du libéralisme belge, la plus grande marque de virilité qu'il ait jamais donnée, est la fondation de celte université libre de Bruxelles, avec le libre examen comme bamiière, et pour but la science dégagée de loaies entraves dogmatiques. Presque en même temps renaissait de ses cendres l'antique Aima mater: le 4 novembre de la même année, s'érigeait à Malines une université catholique qui, deux ans après, alla reprendre à Louvain le siège de son aînée. Ainsi, tandis que renseignement officiel n'était pas constitué, tajulis que les chambres législatives en discutaient h pein^ l'organisation future, deux tribunes libres et d'un esprit complètement opposé, s'élevaient en face Tttnede l'autre : grand exemple de la liberté d'association et de la liberté d'enseignement inscrites dans notre pacte fondamental.
Un arrêté royal du 27 septembre 1835 décréta la fondation de deux universités de l'État, Tune h Gand, l'autre a Liège, et supprima les écoles secondaires dq médecine, devenues inutiles. Un jury central et unique fut établi, siégeant à Bruxelles. Ce système fonctionna jusqu'en 1849, où fut constitué le jury combiné^ conception malheureuse qui subsiste encore aujourd'hui, et qui fut aggravée par les dispositions de la loi du l**' mai 1857 établissant des cours i certificat. Ces différentes mesures, d'après tous les hommes compétents, eurent pour effet immédiat et inévitable rabaissement du niveau des études.
L'esprit d'association, qui avait fondé des sociétés savantes et créé deux universités rivales, se manifesta encore d'une autre manière, par une pensée qui, pour avoir eu peu de durée, n'en fut pas moins féconde : le congrès médical du 24 septembre 1835, dont les premières bases furent posées par le docteur Marinus, et qui eut Seutin pour président, Lebeau pour vice-président, aborda dans sa première session les sujets les plus variés. L'assemblée adopta unanimement le vœu de M. VIeminckx de voir le gouvernement créer "»e académie de médecine. Elle accueillit également la proposition ^^ M. Julien (de Paris), touchant la fondation d'un conseil central ^c salubrité, pour relier les comités de salubrité des différentes
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villes. De chaleui*eux discours de Mariiius et de Froment avaîei convié les médecins belges au travail, en leur rappelant leurs illn très ancêtres et en les conjurant de rendre à leur patrie la brillaot position quelle avait occupée dans la science. Le 23 septembr 1836, eut lieu la seconde session du congrès, dans laquelle se dis entèrent d'importantes questions, et principalement celle de la mé thode de Seutin pour le traitement des fractures des membres.
D'autres congrès s'organisèrent encore dans la suite : le congre dhygiène de 1851, le congrès ophthalmologique de 1857; FAssoda tion internationale pour le progrès des sciences sociales (coûgrèsd Bruxelles, 1862; congrès de Gand, 1863). Ces différentes assises d la science rendirent des services réels, mais le mouvement scient! fjque s'accentua surtout dans les sociétés. On vit s'établir la Soda de médecine pratique de la provi iice d'Anvers, à Willebroeck, en 1835 le conseil central de salubrité publique de Bruxelles, en 1836; la So ciété médico-chirurgicale de Bruges, en 1839 ; la Société des science médicales et naturelles de Matines, en 1840; la Société de médedn de Boom, en 1844; la Société anatomo-pathologique de Bruxelleseï 1837; la Société médico-chirurgicale de Liège en 1861 ; la Fédératioi niédicale belge en 1863; la Société de médecine mentale en 1869
L activité était partout, lion-seulement dans les associations, mai aussi dans la presse. Le bulletin médical, YEnq/clographie, YObur valeur médical et Y Abeille réunis ayant cessé leur publication, bienlJ d autres journaux prirent leur place : les Annales d'oculistique-cti gynécologie, de Cunier et Martin Schoenfeld, et les Annales d'oculù tique, qui existent encore sous la direction de M. Warlomonl; le Archives de la médecine belge, de M. Lequime, firent connaître 1( travaux de la plupart des sociétés scientifiques, et vécurent jusque 1853; puis vinrent les Annales médico-légales ; la Gazette médiea belge; la Belgique médicale; les Archives belges de médecine militair qui, fondées en 1848, portent depuis 1863 le titre d'Archives miù cales belges; le Scalpel, organe des intérêts scientifiques et profe sionnels, fondé et rédigé par M. Fesiraerls; la Presse médicale bel qui, sous la direction de M. Thiry, a surtout pour but de rend compte de renseignement de l'université de Bruxelles. En outre, plupart des sociétés médicales publient elles-mêmes le résultai ( leurs travaux; aujourd'hui nous avons les journaux ou annales de Sociétédes scien(îes médicales et naturelles de Bruxelles, des sociôK de Gand, d'Anvers et de Liège, de la Société anatomo-pathoiogiqu de la Société de médecine mentale, etc.
Eq 1841, ie 19 septembre, fut inaugurée, selon le vœu ftîrmulé parle congrès médical, l'Académie royale de médecine de Belgique. Elle a pour objet 1** de répondre aux demandes du gouvernement sur tout ce qui concerne Thygiène publique, la médecine légale et la médecine vétérinaire; 2"* de s'occuper de toutes les études et recherches qui peuvent contribuer aux progrès des différentes branches de Fart de guérir. L'Académie eut pour premier président M. Vleminckx qui la préside encore aujourd'hui ; pour premiers vice-présidents. Graux et Lombard; pour premier secrétaire. Sauveur. Mal reçue au commencement par diverses sociétés scientifiques du pays, qui craignaient de se voir annihilées par un corps savant que patronnait l'État, TAcadéaiie a bientôt montré que son existence n'est pas incompatible avec celle des autres associations médicales, que son but est différentde celui de ces dernières, qui restent essentiellement des sociétés locales, chargées d'être la manifestation de la médecine locale, laquelle varie avec la topographie, le climat, les habitudes, les industries. La suite a prouvé que les craintes formulées par ces sociétés col été vaines : toutes ont continué leurs travaux, qui ont été plutôt stimulés qu'amoindris par l'existence de l'Académie.
Telles sont les différentes sources de science et d'enseignement que nous possédons aujourd'hui : les journaux de médecine, les sociétés, deux universités de l'État et deux universit<^.s libres, et, au-dessus de tout, TAcadémie royale de médecine, qui contrôle les rfeullals des recherches particulières, discute avec compétence les questions les plus grandes et les plus ardues de doctrine et de pratique, collige les travaux des associations et ceux des individualités, qui est, en un mol, la plus haute expression de la science médicale.
Le mouvement scientifique enBelgique depuis 1835 a été immense; wus n'entreprendrons pas d'en faire l'historique, qui a clé excellemment retiticé par le docteur L. Marcq, dans un mémoire couronné parlAcadémie en 18G6, et publié par elle. Nous nous bornerons à citer les fiiils les plus importants.
En premier lieu vient la méthode amovo-inamovible de Seulin, qui *fiit le tour du monde, et inspiré tous les procédés de déligation actuellement en usage.
Seutin, né à Nivelles le 18 octobre 1793, et mort à Bruxelles le î9 janvier 1862, fit ses premières armes en 1813 comme chirurgien aiJe-major à l'armée d'Allemagne ; il fut fait prisonnier à Leipzig, ^ista ensuite à la bataille de Waterloo, fut nommé plus tard chi- "*^n eu chef de l'hôpital Saint-Pierre de Bruxelles, médecin en
chef de Tannée, et professeur de clinique chirurgicale à luoiversîté de Bruxelles. 11 conserva cette dernière fonction jusqu*2i samort^et sen acquitta, lui qui avait été créé baron, qui était sénateur, qn était arrivé aux sommets des honneurs et de la fortune, avec m dévouement, une abnégation sans exemple, que peuvent seuls appti cier ceux qui ortt eu le bonheur d être de ses élèves. Cesl en 18H que Seutin publia Touvrage où il exposa sa méthode. Des modifications furent apportées au bandage amidonné, et les applications de la méthode amovo-inamovible de Seutin furent étendues; mais illô restera toujours Thonneur d avoir été, parTinvention de sonapparcfl, le père de la chirurgie conser\^atrice.
Dans la pratique des accouchements, nous devons signaler ks inventions du docteur Van Huevel, également professeur à Bruxelta: le pelvimètre universel et le forceps-scie qui, malgré les discussions auxquelles a donné lieu ce dernier instrument, sont maintenait entrées partout dans le domaine de la pratique obstétricale.
Une des illustrations les moins contestées de la médecine belge est Joseph Guislain, dont les savants travaux de médecine mentale font autorité. Ne h Gand en 1797, Guislain s'appliqua, dès sa promotion au doctorat, à 1 étude de laliénation mentale, fut nommé eo 1828 médecin en chef des établissements d'aliénés de Gand, et publia en 1835 son Traité sur les phrénopathies. 11 visita lesmaisoas de santé de la Suisse, de Tltalie, de la Hollande, et fît introduireea Belgique de notables améliorations au régime des maisons d'aliéûés. Nommé professeur d'hygiène h l'université de Gand, lore de sa fondation, il obtint en 1850 l'autorisation de donner un cours clinique des maladies mentales, et publia ses le^ops eu 1852, sous letilrt de : Leçons orales sur les phrénopathies, Joseph Guislain 'lâourut 6ï 1860, après avoir fait école, et avoir vu ses travaux appréciés daff le monde entier.
Signalons, pour finir, les travaux chirurgicaux de Sommé, d De Lavacherie, de Verhaeghe, de MM. Burggraeve, Soupart, Michaux Crocq,DeRoubaix; ceux de KIuyskens,d'AnsiauxetdeM.HubertÉ gynécologie et tocologie; les mémorables discussions auxquelW a donné lieu l'ophthalmie militaire, dans les sociétés scientifique puis à l'Académie de médecine; les remarquables travaux de sypb lographie de M. Thiry ; la réglementation de la prostitution, prov^ quée par le congrès médical de 1835, et accomplie en 4843, surli conclusions d'un rapport de M. Vleminckx; les nombreux mémoin qu'ont suscités les épidémies de choléra de 1832, 1849, 1854, 185
ell866; les travaux de topographie médicale de M. Meynne et de H. laossens; les ti-aités danatomie de MM. Burggraeve et Van Kempen; leurs recherches, ainsi que celles de Fohmann,' de Rossignol, de Lambotte, de Poelman, de Spring, de MM. Schwann, Gluge, Thiernesse, dans le domaine de lanatomie générale et de la physiologie; dans le champ de la médecine proprement dite, les travaux de Graux, de Fallot, de Spring, de M. Gouzée. D'autres noms encore de\Taient être cités, d'autres productions devraient être mentionnées qui ne le cèdent aux précédentes ni en intérêt, ni en valeur scientifique.
In devoir de reconnaissance nous a fait laisser pour la fin les recherches historiques de Vanmeerbeek, D'Avoine, De Meyer, De Mersseman, Carolus, Snellaert, Marcq. de MM. Burggraeve, Haan, Lefebvre, etc., et surtout de Broeckx, dont Tinfatigable activité, malheureusement brisée par une mort que déplorent les amis de la , science, nous a laissé sur l'histoire de la médecine belge des docuinenls nombreux et de grande valeur, oii nous avons largement puisé.
Snuocr.APHlE. — A. Hiraei Elogia itluxtrium Belgii scriptornm, Antverpiae, 1602, in-h2; Viierii Andraie Bibliotheca Belgica, de Belgii vitd, etc., Lovanii, 164;^, in-> ; Ëloy, IHctionmirt kutorique de la médecine ancienne et moderne, Mons, 1718, 4 vol. in-i«; P.- A. Marcq, ^tttat actuel de renseignement médical en Belgique, Bruxelles, 18!21 ; Van E^schen. De fttai actuel de l'art de guérir^ RruxeHcs, IHîU ; le môme, Cours d'histoire de la médecine Âvumn d'introduction, prononcé à runiversité libre de Bruxelles dans la séance du !29 déeabre ISiii ; C. Broeckx, Essai sur l'histoire de la mcdccine belge avant le xix^ siècle., (iand, 1^; le même, Discours sur l'utilité de l'histoire de la médecine, Anvers, 18U); le même, Cwp Ml sur le* instituions médicales belges depuis les dernières années du XYiii» siècle jwçi'a MM jours, suivi de la bibliographie de cette époque, Bruxelles, 1841 ; le même, Docu- ^^tx four servir a l'histoire de la Bibliographie médicale belge avant le WX" siècle, Anvers, t^Tet 1858; le même. Histoire du collegium medicum antwerpiense, Anvers, 1858; le même, BUtoire du collegium medicum brujellense, Anvers, 1862 ; le même, Notices sur Van deu ^•Klf, Cuill. Marcquis, Van Bavegon, P. Coudenberg, Jean de Saini-Amand, J. Pypers, '• Vao (lea Keotcele, Leelercqz, Vcreycken, Lazare Marcquis, Sassenus, Louis Overdatz, Ro- '•«dSlorms, Matthey, Quickelberghs, Johan Feireulx, J.-B Leroy, Yan Bolierdam, Caro- ''»*»flc. ; Burggraeve. Etudes sur André Vésale. Gand, 18H ; le même. Éloge de Vésale, ^'fll«, 1845; le même, Études médico-philosophignes sur Joseph (inislain, Bruxelles, *8K; Haan, Notice sur la me et les ouvrages de Philippe Verheyen, Louvain, 18i2, in-12; '*'n^in«, Notice sur la vie et les ouvrages de llieremias Thriverius, Louvain, 18i6; Yan Mcer- ■*fk,Coap d'œil sur l'état actuel de l'enseignement médical de Paris, comparé à celui qui est ^^ n Belgiifue, Bruxelles, i842; le même. Recherches historiques et critiques sur la vie ** les ouvrages de Dodoèns, Malines, 4841, in-8'; Graux, Coup d'œil sur l'esprit médical et ^tendances en Belgique pendant la première moitié du xix« siècle (discours prononcé à académie de médecine], Bruxelles, 1842; D'Avoine, .Vofice» sur Joachim Boelants, Jean Morins, ■**ûbeii bodoêns. Van Bochaute, Jean C. Jacobs, etc. ; De Mersseman, yotice sur Jean ^^Ififn, Bruges, 1H44 ; De Meyer, IS'oticcs sur Thomas Montanus, Van Baesdorp, etc. ; *• Schoenfcld, De l'état des praticiens étTt vains et des journaux lie médecine m Belgique, *****rlfroi, 1SW; De Meyer, Recherches historiques sur la pratique de l'art des accouchements, ^ ^fugtt, depuis le Tii\* siècle jusqu'à nos jours, Bruges, 1843; Malcorps, Sotice sur Rega, sa **« «» fcritt, Louvain, 1846; François, Éloge de P. Verheyen, Bruxelles, 1847, in-4«'; Slas, m. 18
266 liELGlUUK MOBALE ET INTELLECTUELLE.
Sur l'organisation de l'université de Louvain, et l'influence iiu'dle a ejcercee sur le dtvelopfte ment intellectuel du pays (discours prononcé en séance de TAcadéniie des sciences^ Brttx.eil0i> 4853; Marinus, Eloge de Van //«/mow/, Bruxelles, 4853, iu-4''; Lefebvre, jYo/tce^ifr l'ancstK»t faculté de médecine de Louvain, et spécialement sur Jean Walter Viringus, Louvain, 4M» le même. Kotice sur Jean Morins, professeur à Louvaio, Louvain, 4858; Gluge, i>e l'infimmc^ des Académies sur les progrès des sciences (discours prononcé en séance de l'Académie Ô€^ sciences), Bruxelles, 4857 ; V. Pasquier, Étude sur la vie et les travaux de Pierre Coudât^ berg, Anvers. 4861 ; Marinus, La vie et les travaux de Seutin, Bruxelles, 4862; Jules Sauvetff Histoire de la législation médicale belge, Bruxelles, 4862; De Bam, Anciens statuudela /bculté de. médecine de Louvain, Bruxelles, 4864; L. Marcq, Essai sur l'histoire delà mideoM belge contemporaine (Mémoire couronné j»ar TAcadémie royale de médecine), Bruxelles, 4886; Bou)mclaerc,£/u(/e« sur J.-B. Van Uelmont (Mémoire couronné par TAcadémiede médedoi^, Bruxelles, 4868; Mandon, /.-/?. Van Helmont, sa biographie, ses œuvres, etc. (Mémoire publié par l'Académie de médecine de Belgique), Bruxelles, 4868 ; Daremberg, Histoire des seêmoet médicales, Paris, 4870, 2 .vol. in-8"; Boyer, article Histoire de la médecine (Dictionuaire encyclopédique des sciences médicales), Paris, 4873; Alph. GoflSn, La vie et les travaux de Jean Palfyn, appréciation de ses titres h l'invention du forceps (Mémoire récompensé par la Société d'émulation de Courtrai en 4874, encore inédit); Ch. Van Esschen. Essai star la liberté d'enseignement et les jurys universitaires, Bruxelles, 4861.
Par M. EMILE GREYSON, Directeur uu iuini»U*rf de l'iulérieur.
Avant Charlemagne, il n y a pas d'instruction publique en Belgique. On ne saurait considérer comme ayant dû exercer une influence quelconque sur nos populations ces écoles impériales de Wves, fondées par Valentinien II, et qui, au dire des historiens, furent si florissantes. Dès le iv" siècle cependant, TÉglise chrétienne P<jssédait dans les Gaules des catéchèses pour Tinstruction religieuse, où Ion combattait le paganisme; des séminaires, où se formaient les ûiaîires ou instructeurs; des écoles épiscopales, où, indépendamment f de la religion, étude principale, s enseignaient la grammaire, Tarithfliélique, la géométrie, la dialectique, la rhétorique. Mais cette admirable organisation ne pénétra pas jusqu'à nous. Les moines bénédictins, en venant fonder, de 626 à 696, les monastères, tant réputés plus tard, de Saint-Bertin, de Saint-Pierre et de Saint-Bavon, h Gand, de Saint-Martin, à Tournai, ceux de Stavelot, de Malmedy, de Saint- Ghislain, de Waulsort, de Fosses, de Lobbes, de Saint-Trond, d'Aulne, di* Thourout, allumèrent les premiers foyers de civilisation en Belgique, car bientôt chaque monastère eut son école.
CiiARLEMAGNE. — Lc premier soin de Charlemagne fut d amener le clergé à s'instruire, à réformer ses mœurs, à s'acquitter de la mis-
-268 BELGIQUE iMORALE ET INTELLECTUELLE.
sion intellectuelle à laquelle il l'appelait. Il promettait d*excitef I l'élude par^son propre exemple, et il fut fidèle à cette promesse. Il ordonna qu'on ne choisît pour le saint ministère que des hommes qui eussent la volonté d'apprendre et le désir d'instruire. En 789, il demanda qu'on instituât des écoles de jeunes lecteurs, et, en 805, que l'on envoyât des enfants s'instruire dans Fart de la médecine. Les évéques et les abbés devaient lui rendre compte périodiquement de l'état des études. Il avait des missi dominici, pour veiller à l'exécution de ses ordres. C'était l'empereur lui-même qui désignait les livres d'enseignement. Le prêtre de chaque paroisse était tenu d'apprendre à lire aux petits enfants, sans distinction «de naissance, et gratuitement.
L'enseignement émanait donc bien directement de l'État et remttissait uniquement à son autorité : l'État donnait des lois, organisait, surveillait, punissait, récompensait.
Louis le Débonnaire rappela encore aux évêques, dans un capilulaire de 825, la nécessité d'établir, dans des lieux convenables, d« écoles pour l'éducation et l'instruction des enfants et des minis très du culte. Charles le Chauve pourvut lui-même à la nomina lion des professeurs dans les écoles des monastères. Mais, ensuiK le prince n'intervient plus. Les ordonnances, les règlements relati à l'enseignement sont désormais portés exclusivement par les aui rites ecclésiastiques, abbés, évêques, conciles ou pape.
Le concile de Verne, de 844, ordonne aux chefs des diocèses pourvoir à l'instruction des prêtres des campagnes; celui de Valent de 855, recommande de tenir des écoles de sciences divines et b maines; celui de Savonnières, de 859, parle en faveur de la liltéi ture profane, que l'on néglige et qui a autrefois répandu tant lumières sur l'Église. Au concile de Langres, tenu la même anné on expose les progrès que fait l'ignorance et on supplie les princ régnants et les évêques d'apporter tous leurs soins à l'établisseme d'écoles, semblables à celles de Charlemagne, partout où se trou quelqu'un capable d'enseigner.
Les abbayes et les monastères. — Du x'^ au xn*" siècle, notre histoi est marquée par l'existence des écoles monastiques et des écol cathédrales.
On appelait Liège la cité de la sagesse et la nourrice des gram arts : c'était le principal foyer des éludes en Belgique. L'école de cathédrale eut surtout sa période de gloire sous les évêques Élienn»
Éracle, Notger et Wazon et sous Fécolâlre Adelman. Le monastère deSlavelot, dont l'école était, au x' siècle, la plus renommée de la Germanie et de la Gaule, était une sorte d'école normale supérieure, où les moines venaient puiser les leçons des grands maîtres, pour allerporter,àleur tour, l'instruction dans leurs monastères respectifs. Les monastères de Lobbes, de Saint-Hubert, de Gembloux, les abbayes de Saint-Trond, de Waulsort, d'Afflighem, celles de Saint- Pierre et de Saint-Bavon à Gand, l'école de Saint-Martin à Tournai ont formé des savants, des lettrés, des artistes. A Saint-Hubert et à Sainl-Trond, on se livrait à l'étude de la peinture, de !a sculpture, de la ciselure, de la miniature pour manuscrits et aussi de la musique.
Avec leurs riches bibliothèques, leur personnel de professeurs d'élite, les abbayes et les monastères, comme les écoles caihédi-ales, ont rendu d'immenses services. Mais, bien qu'en principe l'instructioD fut gratuite et qu'elle s'adressât aux laïques comme aux clercs, leafent pauvre n'y pouvait prétendre qu'à la condition de se vouer au sacerdoce. Les chaires étaient occupées, dans les écoles des cathédrales, par l'évéque ou l'archidiacre et les chanoines, ou même parfois par des professeurs laïques d'un haut renom. Dans les écoles iDonastiques, c'était le chef de la communauté et les moines désignés . parlai qui faisaient les cours.
Jusqu'au xi* siècle, on n'avait réclamé de ceux qui se vouaient à rinstruclion aucune licence. Lorsqu'on en établit une, elle s accorda sans examen. Seulement les maîtres devaient jurer obéissance et soumission. Le concile de Latran de H79 recommanda qu'il ne fût prélevé aucune contribution sur ceux qui enseignaient et qu'on n'interdît à personne qui en fût capable le droit d'enseigner.
H s'était aussi ouvert des écoles monastiques pour femmes. On en cite deux dans le pays : l'école du béguinage de Malines et celle de l'abbaye de la Cambre. Elles avaient un enseignement littéraire, mais la principale occupation était la confection des riches broderies et tapisseries, encore tant admirées de nos jours. Les filles nobles seules pouvaient prétendre à une éducation complète.
Les universités. — D'autres établissements semblent bientôt mieux f^pondre aux besoins de l'époque. La jeunesse studieuse court aux universités de Paris, de Cologne, d'Oxford. Nous sommes au xu'' siècle.
" y a des écoles chapitrâtes, ou grandes écoles et petites écoles : les premières particulièrement fréquentées par les enfants de la lH)urgeoisie et des artisans aisés, les autres élémentaires, qu'on dé-
-i70 IU.L(;iOlIK MOKALK KT INTKLLFX.TUELLE.
signe même sous le litre iYécoles des pauvres. Leur organisation se rapproche déjà de celle de nos écoles communales. Dans les villes, un écoldtre, nommé soit par le souverain, soit par le chapitre de li collégiale, est chargé de surveiller et de diriger ces institutions, dont l'administration est souvent exercée simultanément par le chpitre, Técolàtre et le magistrat. Voici donc de nouveau- Fautorilé civile et Taulorité ecclésiastique associées pour renseignement.
Mais un nouvel élément va se faire jour. La liberté revendique sa part d'action, et la question se pose à peu près dans les termes où elle apparut dix siècles plus lard.
Les historiens disent que, de temps immémorial, la direction suprême de renseignement dans le pays appartenait au duc, comte ou souverain. A Gand, le comte de Flandre avait laissé aux chanoines de Téglise de Sainte-Pharaïlde la direction des écoles de cette ville et le droit d'ériger des écoles nouvelles. Mais cette délégation était faite par le comte en sa qualité de seigneur foncier, plutôt qu'en si qualité de souverain, ce qui prouverait que lautorité en cette matière n était point absolue. Un incendie ayant détruit, en 1192, les archives de l'église et toute trace écrite de ses privilèges, les bou^ geois de Gand contestèrent tout à coup au chapitre le droit dont il se prétendait investi ; et, malgré la menace solennelle d'un interdit par larchevêquc de Reims, ils forcèrent le comte de Flandre* approuver une nouvelle keure qui proclamait en termes énergiques et formels la liberté denseignemi^nt la plus absolue: « Si quelqu'un a la volonté, la capacité et les moyens de tenir des écoles à Gand, disait la keure, il y est autorisé, et personne ne pourra y porter obstacle. » C'était pour le prince une véritable abdication; maisTautorité eut bientôt repris ses droits. En 1233, la comtesse Jeanne de Flandre délégua de nouveau la maîtrise des écoles au chapitre de l'église.
A Ypres, les choses se passèrent autrement. Le magistrat de b ville réclama hardiment contre le monopole de l'enseignement exefC* par le chapitre de Saint-Martin. Après plusieurs sentences d'excotî^' munication lancées contre les échevins et les bourgeois, la cause f^^ finalement portée devant le doyen et officiai de Cambrai, et il f^^ convenu, entre autres, que le droit d'enseigner était entièreme^^ libre à Ypres jusqu'à un degré d'instruction supérieure. Tout ceqi^^ nous appelons aujourd'hui enseignement primaire et enseigneme ï'* moyen devint donc du domaine de la liberté. Quant à l'usage quift-^ fait do ce droit, la chose nVst pas bien établie.
A Bruxelles et à Anvei's, les tentatives pour échapper à la juridiction du chapitre sont les mêmes. Les écoles laïques, sous la direction exclusive de lautorité communale, se multiplient.
Mais, tandis qu'une part plus large est faite à cet enseignement, l'Église, de son côté, étend son action : une sorte de concurrence s'établit. Les écoles chapitrales deviennent plus nombreuses, et on va même jusqu'à y organiser un enseignement gratuit.
Cest à peu près alors que se répandirent en Belgique les institutions pédagogiques de Tordre des hiérony mites ou frères de la vie commune, dont Gérard Groote, de Deventer, fut le fondateur. Ces institutions forment une transition entre les études du moyen âge et C5ellesde la renaissance. Les hiéronymites réagirent suilout contre la scolastique et contribuèrent largement à donner plus de vie à renseignement en propageant le goût des auteurs anciens; mais ils ae bornèrent pas leur action à Tétude des classiques. On les voit s'occuper aussi d'instruction primaire. Leurs écoles ne furent pas nombreuses dans les Pays-Bas. Il y en eut à Bruxelles, à Gand, à Grammont, à Malines, à Louvain, à Liège, où, dès le xiv® siècle, ne tr-ouvait plus de trace des écoles cathédrales autrefois si renommées, Au commencement du xv* siècle, s ouvre enfin en Belgique cette ^''^iversité qui devait acquérir une si haute renommée, rivaliser de se ^ience avec les universités les plus célèbres et jouer un rôle si ''^ portant dans les événements politiques du pays.
Sur la demande du duc de Bi-abant Jean IV, une bulle papale éta-
f^'ît à Louvain, « à perpétuité, une étude générale dans toutes les
^^uliés, accordant aux docteurs, maîtres es arts et écoliers, ensem-
'^' et en particulier, les libertés, immunités et indulgences que
r^^x des universités de Cologne, de Vienne, de Leipzig, de Padoue,
^ Mersebourg tenaient du siège apostolique ou d'ailleurs. » Les
^^îtres, docteurs, écoliers, officiers ou serviteurs obtinrent Texemp-
^^n et l'immunité des gabelles et péages, et le droit de bourgeoisie
^ns la ville, droit considérable qui se vendait aux étrangers et que
^^ plus grands personnages s empressaient d'acheter comme sauve-
^^rde.
Nous n'étions donc plus tributaires des autres pays pour l'enseignement supérieur: Tinstruction moyenne se donnait dans les écoles ^tines des chapitres et dans certaines écoles des hiéronymites; ^enseignement élémentaire, grâce à la concurrence indiquée plus ^^ut, se puisait à la fois dans les écoles chapitrales et dans les ^^X>les communales. La vie intellectuelle se répandait partout.
Premières entraves mises a l'instruction. — Déjà, sous les ducsde Bourgogne, le pouvoir sest montré bien impatient, de Taltièrefil énergique fierté des communes. Les critiques quelquefois acerbes des chambres de rhétorique sont mal accueillies et poursuivies par des rigueurs. D'ailleurs, les monarchies s'élèvent, l'autorité se centralise, tandis que, d'autre part, l'invention de fimprimerie met uœ force nouvelle au service des idées. La grande lutte du xvi* siède commence.
Un édit du 8 mai 1521 défend de publier, sans autorisatioo expresse, les livres faisant mention de la sainte Écriture. Un autre édit, du 24 octobre 1529, interdit d'imprimer, de copier, de faire imprimer ou de faire copier, de vendre ou d'acheter, de distribuer, de lire, de cacher ou même de recevoir les ouvrages des réformistes condamnés par la faculté de théologie d^ l'université de Louvain. L'interdiction rétroagit même sur les ouvrages imprimés ou écrits pendant les dix dernières années, s'ils n'ont pas été préalablement autorisés. En 1531, on établit, pour quiconque publierait un \m sans avoir des lettres de permission, la peine du pilori et la marque avec un fer chaud en forme de croix, «si profondément, porte fédit, qu'on n'en pourra plus effacer la trace. «Le juge pouvait,à la vérité, laisser au condamné le choix d'être ainsi flétri ou d'avoir un œil crevé ou une main coupée. Les inquisiteurs ont, de par une instruction de 1545, à s'enquérir de la conduite des maîtres d'école, d* caractère de leur enseignement et à provoquer, au besoin, la desti tutionde ceux qui paraîtraient mériter cette peine. Nul ne peut, a^ termes de l'édit de 1550, tenir école sans autorisation des principal officiers civils et de l'ordinaire.
Mais le mal augmentait avec les pénalités, comme si elles l'eng^ draient. L'édit conflrmatif donné à Augsbourg frappait de mort, p le fer, par la fosse, par le feu, les imprimeurs, les copistes de livf hérétiques pour lesquels vingt ans auparavant la peine du pilori, perte d'un œil ou d'une main semblaient suflfire. Nul ne peut 1er; école s'il n'est admis préalablement à cette mission par l'offic» principal du lieu et le curé de l'église paroissiale, ou bien par 1< chapitres ou écolàtres. Et encore ne pourra-t-il lire et employer qi les livres désignés sur l'avis et déclaration de « ceux de luniversi de Louvain. » On exige d'ailleurs des instituteurs un cei^ificat < bonne conduite et d'orthodoxie délivré par le curé. Ils doivent ( plus prêter un serment de fidélité à la religion romaine.
Cependant l'université de Louvain, dont la faculté de théolog
HISTOIRE DE- L'INSTRLXTION PIBLIQIE. 273
mit la haate main sur le choix des livres, et qui seule pouvait diseiter des doctrines de TÉglise, était devenue un des plus fermes appuis de la foi catholique contre la réforme. Grâce à ses privilèges, elle s'était acquis une influence considérable. Elle avait vu s établir autour délie, depuis sa fondation» plus de cinquante collèges qui attiraient dans la ville tout un peuple d'écoliers et de savants. Elle comptait 8,000 étudiants en 1570. Parmi les collèges dont les noms sont encore connus, figurait le collège des Trois Langues, fondé, d'après les conseils d'Érasme, par Jérôme Busleiden, où Ton enseifoait le grec, le latin et Thébreu, et qui était considéré comme le premier collège du monde.
Personne ne pouvait, d après une décision du sénat académique, être immatriculé aux cours universitaires qu'après avoir juré haine aux dogmes de Luther et des autres hérétiques, si bien qu'un assez grand nombre de jeunes gens de la noblesse s'en allèrent, pour obéir il leur conscience, étudier en Suisse et en Allemagne. Pour empêcher cette désertion, le duc d'Albe, par placard du 4 mars 1569, interdit d une façon absolue la fréquentation des universités éti*angères : ce qui n'empêcha pas l'université de Leyde, fondée en 1575, de prospérer rapidement.
La COMPAGNIE DE Jésus. — Philippe II fut mieux inspiré, au point de vue de sa politique, en accueillant les jésuites, malgré lavis et la résistance de son conseil privé.
Les lettres patentes autorisant les jésuites à fonder des institutions d'enseignemenf dans les Pays-Bas datent de 1556. On y mit la ^r\e qu'ils n'ouvriraient aucun collège ou qu'ils n'acquerraient aucune propriété sans le consentement des magistrats locaux. A Lou- ^in, Tadministration de la ville ne leur permit d'accepter des legs qu'à des conditions assez dures. On connaît leur lutte contre l'université et la condamnation qu'ils obtinrent du pape contre le profes- ^upBaïus.L'animositè devait devenir plus grande encore beaucoup plos tard, en 1713, à l'occasion de la publication de la bulle Uniye-
La compagnie obtint les mêmes privilèges que les ordres men- ^^nts.Le 12 août 1595,1e conseil de Brabant lui permit d'enseigner Ptibliquement la philosophie; mais le cours fut supprimé, un an P'us lard, par le souverain pontife, sur les plaintes de l'université. ^^ 1381, les jésuites remplacèrent, h Liège, les hiéronymites, qui ^lors disparurent du pays, et ils eurent un succès tel qu'ils durent
agrandir presque aussitôt les bâtiments de leur collège. En lS86,ib élevèrent leur première institution d'enseignement moyen à BruxeUei grâce à l'intervention d'Alexandre Farnèse, qui triompha de larépignance du magistrat. Le xvr siècle n'était pas écoulé qu'ils poasi daient en Belgique 21 maisons professes et près de 300 collèges.
II faut rappeler ici qu'à côté de ces collèges il en existait uni Ath, fondé par la ville, et un à Virton, fondé par le curé Dumoiil Il était ainsi pourvu partout ou presque partout à l'instructioi moyenne ou secondaire.
Un synode réuni à Mons, pour les provinces wallonnes, le 23o( tobre 1586, institua des écoles dominicales, auxquelles les parenti et les maîtres étaient tenus d'envoyer leurs enfants et leurs dom« tiques, sous peine de se voir chasser de la ville ou du village. Ce écoles étaient confiées à la surveillance des écolâtres des égiiae cathédrales et collégiales ou à celle des doyens ruraux. Daos le endroits où leur érection était difficile, c'était au curé à réunir dit que dimanche les enfants, au son de la cloche, dans l'après-midi oi après les vêpres, à l'église. Ce n'est qu'en 1607 qu'un synode, teoi à Malines, s'occupa des mêmes intérêts pour les provinces fli mandes.
Décadence de l enseignement. — Le gouvernement d'Albert elflsi belle reproduisit les interdictions prononcées en matière de livre et d'enseignement par les édits de Charles-Quint "et de Philippe 11 mais décréta l'établissement d'écoles quotidiennes ou dominicale partout où il en manquait encore. On devait y enseigner à lireet; écrire, à connaître les principes de la foi et, avant tout, l'oraisoi dominicale, la salutation angélique, le symbole des apôtres, le commandements de Dieu et de l'Église, la manière de se confesse et de dire la messe. Les pauvres, sous peine de perdre les secoor de la table, les autres sous d'autres peines, devaient être forcés pe les magistrats et les autorités locales d'envoyer à ces écoles leur enfants et leurs domestiques. Les ordonnances invoquent celle foi le salut de l'État, qui « dépend en grande partie de la bonne édu cation et de l'instruction données à la jeunesse. » On ne dirait p> mieux ni autrement aujourd'hui.
En 1616, nouveau rappel des édits antérieurs contre les livres < les imprimeurs : seulement on se borne îi bannir à perpétuité A infliger une amende de 300 florins. Un règlement de 1617 resliW à l'université de Louvain le monopole de l'enseignement supérieï
HISTOIIŒ DE L'INSTRrCTION PinUOlIE. -27r)
;Jace cet enseignement sous la surveillance d un agent du pouvoir itral ; mais l'agent cesse bientôt d'être désigné, et Ton n'exécute B beaucoup plus tard cette disposition d un règlement qui s'occuit en même temps des grades académiques, des devoirs des projseurs, de la conduite et de la discipline des étudiants : toutes oses dans lesquelles des abus s'étaient glissés. On cite encore, comme une mesure qui eût dû relever Tuniverlé, un tîdit de Charles II, en date du 24 avril 1693, en vertu duidaul ne pouvait être admis aux charges publiques qui exigeaient degré de licence, ou à la profession d'avocat, à moins d'avoir udié pendant quatre ans dans une université de TÉtat. Malgré tout, l'enseignement à tous les degrés suivait cette pente ! décadence sur laquelle il glissait depuis longtemps. Un édii du 17 octobre 1703 défend de nouveau aux maîtres et illresses d'école de se servir de livres contraires à la religion ou IX bonnes mœurs; il oblige les élèves à assister à la messe, à se tofesser uiîe fois par mois. C'est le curé de la paroisse qui est argéde veiller à l'exécution de ces dispositions.
Marie-Thérèse. — Sous Marie-Thérèse enfin, le gouvernement Dge sérieusement à organiser, à ranimer, à relever l'enseigne- Ml, et, pour la première fois, des intentions réellement grandes louables sont apportées à la solution de cette question difficile. 1 règlement fameux, mais qui ne devait jamais être appliqué dans pays, reproduit avec bonheur une idée déjà exprimée par le node de Malines : « Le génie et la manière de penser de peuples iliers ne- dépendent certainement que d'une bonne éducation et de manière d'élever les enfants dès leur tendre jeunesse. » Malheureusement, ce peuple des Pays-Bas, que Marie-Thérèse «irait éclairer et instruire, fut le premier à s'opposer à toute résine de ce genre. Le pays semblait saisi d'une sorte d'horreur perstitieuse pour ce qui était nouveau.
Les écoles primaires restèrent donc partout dans le même état, il tenues, en nombre insuffisant. Quelques villes cherchèrent à en ierde nouvelles, et le gouvernement les soutint, en contestant «ne au clergé le droit exclusif de désigner l'écolàtre, ce dignitaire i exerçait une influence si grande et si directe : mais ces tentaîs furent isolées.
-es réformes décrétées dans l'enseignement supérieur et dans seignement moyen furent, sinon mieux reçues, du moins exécu-
-27fi BELGIQUE MORALE ET INTELLECTUELLE.
lées. Des rapports officiels de l'époque représentent le corps professoral de l'université de Louvain comme entièrement livré à li barbarie pour les sciences, à la rusticité pour les mœurs. Plus tard, sous Joseph II, on signalera officiellement aussi la célèbre mmsite comme arriérée de deux cents ans dans, les études. Le maoviit goût littéraire dont elle faisait preuve et le pédantisme de son eùtAgnement étaient connus ii l'étranger. Il était devenu urgent de réagir contre cette inertie et cette déplorable routine; mais comment s*ittaquer à une institution aussi puissante, qui avait ses privilégeii ses richesses, presque son monde à elle? C est alors que Mario- Thérèse érigea l'Académie impériale et royale des sciences et bellei* lettres de Bruxelles, attachant à la qualité de membre de rAcadéoiei les distinctions et les prérogatives de la noblesse. Ce fut unfojer vivifiant pour ce pays qui s'était, d'ailleurs, laissé devancer depoii longtemps, à cet égard comme à bien d'autres, par presque toolfi l'Europe civilisée.
En vue de relever l'enseignement de la médecine, comme onanï fait pour l'enseignement littéraire, on créa, aux frais de l'État, des instituts spéciaux pour l'enseignement de l'art des accouchements et de la chirurgie.
La direction des collèges continuait d'être presque tout entière aux mains des jésuites, des prêtres séculiers, des augustins, des oratoriens et des récollets. Mais l'expulsion des jésuites, décrétée p^r lettre patente du 13 septembre 1773, laissa beaucoup de villes sans enseignement secondaire. Une commission royale des études fut aussitôt chargée d'éclairer le gouvernement sur les moyens de combler cette importante lacune. Quiconque ferait preuve de talent et d'une moralité irréprochable pouvait être admis à l'honneur dlnstruire la jeunesse. Par cette déclaration on donnait enfin accèsdans l'enseignement moyen aux professeurs laïques : le privilège dont jouissaient les corporations religieuses les en avait exclus jusque-là. C'était un retour à la liberté d'enseignement.
Les deux règlements et plans d'études de 1777 et de 1778 émanent de celte commission. Tous les collèges existants, comme ceux (pi allaient être créés, y étaient soumis. Le programme comprenait h langue latine, la langue grecque qui avait disparu de l'enseignement et qu'on y faisait rentrer, la langue maternelle, l'histoire et la géographie et les éléments des mathématiques. C'était toute une révolution que d'appeler, en si petite somme que ce fut, les sciences exactes dans la formation d'un humaniste. Les livres classiques durent être
soumis à une révision sévère, et la besogne fut rude, tant les absurdités et les erreurs y abondaient.
Le trésor public supportait les frais des collèges nouveaux et cela teâçon libérale et intelligente; il y avait des collèges-pensionnats àfinstar du collège Thérésien de Vienne, et des collèges simples; le nombre des professeurs devait y être proportionné à celui des flères.On institua des collèges-pensionnats tout d'abord à Bruxelles, pois à Anvers, à Gand, à Bruges, à Ruremonde, à Namur, à Luxembourg; on ouvrit des collèges simples ou externats à Ypres, à Audeuarde, à Courtrai, à Alost, à Hervé, à Nivelles, à liai et à Marche. Le gouvernement avait la direction suprême cette fois de toutes ces institutions; mais l'inspection en était remise aux magistrats comamoaux et aux évéques.
Marie-Thérèse avait pris, le 6 septembre 1777, pour tous les États fcja mai^n d'Autriche,]un règlement sur renseignement primaire, regardé aujourd'hui encore comme Tune des œuvres les plus comjlèles qui existent sur la matière. Tout y était prévu : la formation finslituteurs capables, le genre d'études, le mode de construction eldWetien des maisons d'école. On donnait au maître, en vue de relever son prestige et son autorité, un rang et l'une des premières places dans les cérémonies publiques. Au plat pays, y est-il dit, on fera usage d'un petit livre qui est composé pour constituer un honnête citoyen et lui apprendre l'économie. Quel pas dans une voie (pon n'avait osé même entrevoir, et comme déjà le xvnr siècle et ses idées se reflètent dans cette réglementation, qui conclut en décrétant l'obligation pour les enfants de fréquenter l'école primaire, pour les parents et les tuteurs de la faire fréquenter !
C'est ce règlement, comme nous l'avons déjà dit, qu'il fut impossible d'appliquer. Les réformes dans l'enseignement ne s'acceptèrent pas non plus sans résistance. C'était la première fois pourtant qu'un gouvernement arrivait avec une idée bien arrêtée de relever le pays par l'organisation complète et sérieuse de l'instruction publique.
Joseph II. — Au point de vue où nous nous plaçons ici, le règne de Joseph II est marqué par la formation du fonds spécial qu'il appelât la caisse de religion, destiné à pourvoir aux frais d'instruction desenÈnts pauvres, et qui devait être alimenté par le produit de la vente des biens des corporations religieuses.
Invoquant ce motif que l'enseignement théologique donné dans les ^nûnaires épiscopaux et dans les abbayes manquait d'élévation, et
qu'il était nécessaire de préparer une pépinière d'élèves donir»struction solide et éclairée tût une garantie pour les ouailles qui leur seraient un jour confiées, Joseph U institua un séminaire géoéxAï Louvain et un séminaire filial à Luxembourg, en même temps qui ordonna la fermeture de tous les autres séminaires. Cette mesue, qui porte la date du 16 octobre 1786, fut considérée comiDe coitraire aux lois constitutionnelles, et les remontrances arrivèrent nooseulement de la part des évêques, mais des états provinciaux.
L université de Louvain s'était placée à la tête de la résistaocii L'empereur lui enleva les induites de la collation d'emplois qtiVIl tenait de la papauté ; il priva la faculté de théologie de ses biens et' de ses revenus, pour l'administration desquels il nomma un recevor particulier; il réserva. aux seuls élèves des séminaires impérian les bourses créées pour la théologie; il destitua des professeurs, supprima l'élection du recteur et se réserva la nomination de ce dignitaire.
11 croyait briser les obstacles : il ne fit qu'aigrir les esprits. Lti séminaires impériaux étaient ouverts depuis plusieurs mois, etpo^ sonne ne s'y présentait, tandis 'que, malgré la défense, les leçon continuaient d'être suivies dans les séminaires épiscopaux. Il fentt ces séminaires comme rebelles ; il suspendit l'université comme séditieuse... On sait le reste.
La déchéance de Joseph 11 prononcée et les États Belgiques pith clamés, l'université fut de nouveau ouverte et les professeui^s révoqués remontèrent dans leurs chaires. Seulement on ne rendit pasà l'établissement la vie scientifique et littéraire qui en avait fui. fluaii , au magnifique plan d études adopté pour l'enseignement moyen,ilfi* abandonné, et les collèges et les écoles latines rentrèrent dans leur désolante incurie.
La république française et l'empuœ. — Sous le règne de la loi d'organisation générale, du 3 brumaire an iv, il y eut une école primaire par canton, une école centrale par département, des écoles spéciales et un institut national. L'idée de l'institut était due à Tslleyrand qui l'avait indiquée dans son remarquable projet à la constituante. C'est Condorcet qui, pour la première fois, parla de renseignement spécial, enseignement tout nouveau alors, que nous connaissons sous le nom d'enseignement professionnel et qui est entré depuis, peu à peu, dans le système d'instruction de presque tous les pays, cherchant parfois à primer l'enseignement classique
HISTOIRE DE L'INSTRLCTION PUBLIQUE. 47î»
OU les humauités. Mais la convention était allée au delà dos vues et des intentions de Condorcet, car elle sacrifiait complètement ces (tanières études. On ne devait enseigner dans les écoles spéciales que les langues vivantes et les sciences naturelles et exactes.
La Belgique ne profita guère de toute cette organisation : on sv borna à y ériger des écoles centrales avec adjonction de pensionnats. Quant aux écoles primaires, quelques grands centres de population seulement en fondèrent. Cependant, l'instabilité des lois et des mesures proposées ou prises avait fait disparaître, sous un nouveau souffle de défiance et de crainte, le peu d enseignement primaire qui avait encore persisté malgré tout. Le premier venu s'improvisait instituteur, et l'école était tenue dans un atelier abandonné ou dans m salle de cabaret.
L'université de Louvain, qui par la forme et la nature de son ensagnement uappaitenait plus à aucune des catégories d'établisse- Mts officiels, que l'on ne pouvait ranger ni parmi les écoles spéciales, ni parmi les écoles centi*ales, qui ne pouvait offrir que le vieil enseignement académique et qui voulait rester fidèle à ses ODDvictions eu ne pliant pas plus devant ces nouvelles réformes (p'elle ne l'avait fait devant les réformes antérieures, fut supprimée, sur le réquisitoire du commissaire du directoire exécutif, par arrêté deladministration centrale du département de la Dyle, en date du tbrumaire an vi. Les scellés furent apposés sur tous les locaux, bibliothèques et collections, et les personne^ qui occupaient les bitiments à titre gratuit ou du chef de fonctions abolies, furent contraintes d'en sortir dans un délai de dix jours. Un second arrêté, du 18 brumaire, supprima également les collèges annexés à l'université. Ses immenses biens ainsi confisqués furent placés sous la régie d'une commission spéciale ; quatre années plus tard, ils furent cédés 2Qprytanée, puis à l'école de Saint-Cyr, puis enfin, vendus, en exécution d'une loi du 23 janvier 1805.
Presque tous les projets, élaborés en grand nombre à celte époque, partaient de l'idée que l'homme doit être façonné dès son eofence pour le gouvernement de son pays. Le consulat n'eut garde fe s'écarter de cette doctrine et, plus tard. Napoléon, devenu empereur, l'accentua d'une façon plus personnelle en déclarant qu'il se croyait obligé d'organiser l'éducation de la jeunesse de manière à pouvoir surveiller l'opinion.
A la loi du 3 brumaire an iv avait succédé la loi du 1 1 floréal an x, qui ciéait, outre des écoles primaires, des écoles secondaires, des
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lycées et des écoles spéciales : loi célèbre qui inaugura tout k régime nouveau, consolidé ensuite par le décret du 17 mars 1808
Ce décret, concernant Yuniversité impériale, instituait : i* le facultés, pour les sciences approfondies et la collation des grades 2^ les lycées, pour les langues anciennes, Thistoire, la rhétoriqu( la logique et les éléments des sciences mathématiques et physique 3** les collèges, écoles secondaires communales, pour les élémen des langues anciennes et les premiers principes de l'histoire ei di sciences; i"" les insiitutiom, écoles tenues par des instituteurs pi ticuliers, où renseignement se rapprochait de celui des collège 5** les peiisionsy pensionnats, appartenant à des maîtres particuUe et consacrés à des études moins fortes que celles des instilutionî 6"* enfinv les petites écoles primaires, où l'on apprenait la lectur l'écriture et les premières notions du calcul.
Depuis 1802, Fétude des langues anciennes était devenue la ta de l'enseignement moyen, mais, selon les exigences de l'esprit doi veau, on donnait à Thistoire et aux sciences exactes plus de dévelo| pement qu'on ne le faisait dans les collèges de l'ancien ré^e.
La Belgique eut deux académies, dont l'une fut placée à Bruxdk et l'autre à Liège. Chacune d'elles avait un certain nombre de lycée de collèges, d'institutions, etc. Quant aux lycées, ils furent maiott nus là où ils avaient déjà été érigés en vertu de la loi de 1802, < les écoles secondaires devinrent des collèges. Il y avait sur noU territoire cent vingt et un établissements de toute espèce : lycée collèges, institutions et pensionnats.
Cette vaste organisation trouvait une garantie de succès, quant la fréquentation, dans les nombreuses bourses instituées par lepr mier consul, qui en créa pour toute la France d'un seul coup s mille quatre cents, représentant la somme énorme de cinq à six du lions de francs. Mais elle mettait tout entières, il ne faut pas l'oublie sous la main du pouvoir, non-seulement les écoles de l'État, maisl écoles particulières. Toutes devaient avoir pour base de leur anse gnement : 1** les préceptes de la religion catholique; 2** la fidélité la monarchie conservatrice de l'unité de la France ; 3* l'obéissa» aux statuts du corps enseignant, qui ont pour objet l'uniformité < l'instruction et qui tendent à préparer pour l'État des citoyens ait chés à leur religion, à leur prince, à leur patrie, à leur famille.
Telle est la part de l'instruction supérieure et de l'instrucli' moyenne. Quant à l'enseignement primaire, ce n'est pas quel petites écoles fissent défaut sous lempire, mais les maîtres ma
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quaient de savoir et de méthode; point de bons livres et point de contrôle. C'était d'ailleurs riustruction primaire qui avait le moins préoccupé l'empereur.
RoTACME DES Pays-Bas. — Cette situation allait changer enlin. Une loi du 3 avril 1806 avait régénéré les institutions scolaires en Hollande; elle avait fait ses preuves. Dès que le traité de Paris, de 1814, eut fondé le royaume des Pays-Bas, le prince souverain, à qui les puissances avaient confié nos destinées, décréta que toutes te provinces du royaume seraient soumises à cette même législatioa. Mais comme cette loi n'admettait le concours d'aucun culte, dès le début on y vit, en Belgique, un danger pour la religion catholique et romaine, religion de la majorité. L'épiscopat belge demanda ' des garanties, voulant même qu'on assurât le maintien inviolable de tous^les droits et privilèges dont il avait joui- avant l'invasion des Français.
Cependant la loi fondamentale de 1815 remettait toute l'instruction publique aux mains de l'État; le gouvernement interpréta du œoins ainsi l'article 226, qui portait en propres termes : « L'instruction publique est un objet constant des soins du gouverne- .ment, » et ce fut cette interprétation, peut-être un peu étroite et surtout intéressée, qui fut la cause de toutes les difficultés, de toutes les oppositions. Une part quelconque faite à la liberté eût sauvé peut-être la situation. Mais la défiance était mutuelle. Les évêques disaient ouvertement quil était impossible de laisser à un souverain qui ne professait pas la religion catholique le droit de régler l'instruciion publique; le roi, de son côté, cherchait à donner les uiêmes idées, les mêmes aspirations, les mêrties intérêts à deux peuples si différents de caractère et de mcjcurs. La pensée de Guillaume ne manquait ni d'étendue ni d'utilité pratique, mais il s'attaqua 8UX susceptibilités nationales, eut l'air de sacrifier l'esprit et les tendances des provinces méridionales à l'esprit et aux tendances de la Hollande, et, presque par les mêmes moyens que Joseph II, arriva iumême résultat : sa propre chute.
Toutes les écoles, sans distinction, étaient placées sous la sur- ^'eillance du gouvernement. Il fallait être agréé pour pouvoir ouvrir "ue école primaire. Les collèges et les écoles latines devaient être infirmés dans leur existence par le ministre de Tintérieur. Défense fut Êiiie d'enseigner dans les maisons particulières les langues anciennes aux enfants de plusieurs familles réunies, saris avoir obtenu m. 19
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le grade de candidat en philosophie et lettres. On soumettait toi l'instruction moyenne au contrôle du gouvernement et Ton entn\ laction des établissemeiits religieux, notamment des établissemc des jésuites, que Ion voulait détruire. On institua un collège phi sophique h Louvain en interdisant aux séminaires épiscopaux recevoir les élèves qui n'auraient pas fait leurs études dans ce ( lége. Le gouvernement avait ainsi la direction d'une pai'lic mé des études conduisant au sacerdoce.
Cependant les familles catholiques, impatientes de cette immixt constante de l'État dans ce qu'elles considéraient comme du resî de leur conscience, envoyaient leurs enfants en France, doU ment à Saint-Acheul, où il y avait un établissement de jésuites tr renommé. Presque aussitôt, pour contrecarrer cette manièred*édi per à sa juridiction, le pouvoir déclara qu'il ne serait plus coni / de grade, de fonction ou d'office qu'à ceux qui auraient fait te études dans le royaume.
Ces mesures furent prises pour ainsi dire coup sur coup; el datent du 25 juillet 1822, du 1" février 1824, du 7 avril, du 4jo du 14 août 1825. Ce fut alors que se déchaîna la tempête. Tool monde se ligua en vue de reconquérir des libertés qui toutes avai reçu quelque atteinte. Une union se forma en 1829 entre les call liques et les libéraux de l'époque : on y demandait les mêmes drt pour tous, pour l'enseignement religieux comme pour Tenseigi ment philosophique. La révolution de 1830 éclata.
Ce que le gouvernement de Guillaume a fait en matière d'instn tion publique dénote néanmoins une sollicitude sérieuse pour grand intérêt.
Un règlement général du 25 septembre 1816 avait organisé Ti seignement supérieur dans les provinces méridionales, par la en tion de trois universités de l'État, juste autant qu'il en existait dî le nord. Celles-ci étaient h Leyde, à Utrecht et à Groningue; cellci furent établies à Gand, à Liège et à Louvain, Louvain qui rede nait ville universitaire. Le règlement de 1816 est un modèle dî son genre et forme encore aujourd'hui le code de l'enseignei» académique hollandais.
Les collèges ou écoles latines étaient considérés et le sontenc^ aujourd'hui en Hollande comme le premier degré de Tenseig ment supérieur. Dans les provinces où il n'existait pas d'universi l'un des collèges communaux prenait le titre dathénée et conî tuait une sorte de petite université de la bourgeoisie et des g
HISTOIRE DE LliNSTRlJCTION PUBLiaUE. «88
do monde. La Hollande en possède actuellemenl encore deux, Tun situé à Amsterdam et lautre à Deventer, donnant des cours de droit, de médecine, de sciences naturelles et exactes, de philosophie et lettres et de théologie.
Une nouvelle source d'études fut ouverte à Bruxelles, en 1827, sous le nom de Musée scientifique et littéraire. C'étaient des cours poblics et gratuits d'histoire nationale, de littérature générale, dliistoire de la philosophie, de botanique, d'histoire des sciences, de zoologie, de chimie, de construction, d'histoire générale et de littérature hollandaise. Ces cours étaient confiés aux professeurs les plus capables et les plus distingués du royaume.
On organisa auprès de chaque université un cours de pédagogie obligatoire pour quiconque, étant muni du diplôme de docteur en philosophie ou en sciences, aspirait à une chaire d'athénée ou de eollége.
Presque au lendemain de l'inauguration du nouveau royaume des hys-Bas, le gouvernement avait établi à Lierre, pour la formation de bons instituteurs primaires, une école normale, semblable h celle dont peu de temps aup'aravant avait été dotée Harlem. De plus, on créa, dans les principales villes, des écoles primaires royales, écoles modèles, vraies petites écoles normales, où se recrutaient les Bstlres pour les communes rurales.
Le gouvernement s'associa aux efforts des sociétés pour l'encouragement de l'instruction élémentaire : l'une d'elles propageait l'en- Sttgnement simultané par la publication à bon marché des livres classiques et fonda même les premières écoles d'adultes, ainsi qoedes écoles dominicales. Cette politique était habile et sage, en rendant solidaires le gouvernement et les sociétés, en donnant plus ^Icforce et d*autorité à celles-ci, plus de sécurité à celui-là. Est-ce h iire que l'État eût accepté le concours de tout le monde? Défiant jiBquau bout à l'égard du catholicisme, le roi refusa d'admettre <ians le royaume les frères de la doctrine chrétienne, défendant à *<His les Belges de porter l'habit de cet oindre.
En un peu plus de dix ans, il avait été construit et réparé U46 locaux d'écoles et 668 habitations d'instituteurs. 2,145 brebis de capacité avaient été délivrés à des instituteurs et à des insti- Wces. La population des écoles primaires s'était accrue de près fe cent mille enfants...
Tous ces résultats étaient dus à un régime d'autorité. L'État seul ^seigoait, I*État seul dirigeait, n'admettant l'intervention de la
commune que par voie de délégalion, tout en lui laissant la c de la plus grande partie des fixais. A ce régime va succéd régime de liberté complète.
« L'enseignement est libre; toute mesure préventive est dite; la répression des délits n'est réglée que par la loi, » pon ticle 17 de la constitution du 7 février 1831.
Mais le congrès a dû prévoir le cas où l'État voudrait, ai du principe de liberté, se jeter dans larène. En ce cas, ajout ticle, ce rinstruction publique donnée aux frais de l'État est ment réglée par la loi. »
On ne se défiait pas de la liberté, et l'on avait de bons pour redouter lés empiétements du pouvoir.
Voici donc que, pour la première fois, une épreuve sériai être faite d'un système qui veut le concours de tous. Mais c est-à-dire l'ensemble des autorités publiques constituées, n'ai point ses droits, et bientôt il a son enseignement primai» enseignement moyen, son enseignement supérieur. Est-ce i que de n'avoir pas compté exclusivement sur l'initiative p A bien des égards, la liberté d'enseignement ne peut être fé qu'à la condition que l'État lui-même la stimule en lui faisan currence.
Notons, mais simplement pour mémoire, que le roi Guill s apercevant enfin de la gravité des événements, s'était mis ; des concessions. Un arrêté du 27 mai 1830 abolit la conditi fréquentation des cours d'une des universités du royaume obtenir un grade académique, et proclama que quiconque acquis les connaissances nécessaires, de quelque manière quelque lieu que ce fût, serait admis à tous les examens, p( obtenir tous les certificats ou degrés requis pour l'exercice d taines fonctions ou professions. Il était trop tard : on voulai davantage.
De 1830 AU VOTE des lois okganiques. — Dès le 12 octobre le gouvernement provisoire proclamait l'abrogation des arrêt avaient mis des entraves à la liberté d'enseignement-; il maii toutefois les institutions organisées parle pouvoir déchu, jus( que le congrès national eût statué sur la matière : il ne fallî qu il y eût interruption dans les études. Malgré tout, le pouv prenait son rôle. »
Un décret du 22 octobre décida 1 ouverture immédiate des
des athénées et des collèges subsidiés par l'État. II supprima les boréaux administratifs et abolit le cours spécial de langue hollandaise, renseignement devant se faire dans la langue qui conviendrait aux besoins des élèves. .
Le 16 décembre, les trois universités furent réorganisées provisoirement, mais on ne laissa plus à Gand que les facultés de droit et de médecine, à Louvain que les facultés de philosophie et de médecine, à Liège que les facultés de droit, des sciences et de médecine. En d autres termes, il n*existait plus qu'une seule faculté de philosophie et lettres, une seule faculté des sciences, deux facultés de droit et trois facultés de médecine.
L'État pouvait stipuler pour les établissements érigés ou subventionnés par lui; mais tous les autres, ceux des communes, ceux des associations, ceux des particuliers, échappaient à son action, et les administrations communales notamment devenaient seules juges de Topportunité des dépenses pour l'instruction.
Ce fut bientôt de l'anarchie, puis de l'indifférence. La liberté, réclamée par tout le monde, menaçait de tourner contre les intérêts intellectuels du pays. Des communes et des villes se débarrassèrent de leurs collèges, de leurs écoles et de leurs professeurs, sous prétexte que c'était ou l'œuvre ou l'émanation de l'ancien régime. D'ailleurs, n'était-ce pas à la liberté désormais à pourvoir à ce grand intérêt? Au fond, le plus souvent, la liberté, et les documents officiels le constatent, avait pour premier effet de dégrever les caisses locales. D y eut d'assez nombreuses cessions de collèges communaux faites au clergé.
Dans une circulaire très-ferme et très-énergique, datée du 25 jauger 1831, l'administrateur de l'instruction publique, M.Lesbroussart, &iten Ces termes le tableau de la situation : « ... Depuis deux mois 8wtout,les régences de beaucoup de communes rurales et même de <iuelques villes assez importantes destituent des professeurs et des instituteurs primaires, soit en les remplaçant par des hommes qui offrent rarement les garanties désirables, soit même sans les remplacer... Ailleurs, ce n'est pas seulement à des individus que l'on ^*en prend, on supprime d un trait de plume des établissements envers, ou l'on retire la subvention allouée par la commune. »
Le principe de la liberté étant non-seulement de laisser chacun "Wiltre de prendre Tinstruction où il le voulait, mais de permettre h chacun de donner cet enseignement, sans contrôle, sans garantie, <^n vit entrer dans la carrière des hommes dépourvus des qualités et
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des connaissances les plus indispensables et qui firent aux institsleurs diplômés une concurrence portant sur le bon marché. Uécole normale de Lierre chargée de former les instituteurs primaim devenait inutile: on la ferma. Un arrêté du 31 mai 1831 àuçprimales commissions d'instruction et les inspecteurs d*écoles primaires. Jusqu'à l'adoption des dispositions législatives sur l'instractioQ publique donnée aux frais de l'État, le gouvernement devait, après avoir entendu les autorités provinciales, prendre les mesures oéeessaires pour la surveillance des établissements salariés en tout on eo partie par le trésor.
Mais les dispositions législatives devaient attendre longtemps encore avant de voir le jour. Le problème à résoudre se posait en ces termes formels : En présence de la liberté d'enseignement proclamée au profit de tout le monde, du clergé indépendant, de h commune émancipée, comment assurer au pouvoir central une action à la fois légitime et suffisante?
L'administrateur général de l'instruction publique proposa, en 1831, un projet de loi organique des trois branches de renseignement; mais ni ce projet ni le contre-projet de la commission spéciale à laquelle il fut soumis ne furent admis par le gouvernement. Deux ans encore devaient s'écouler avant toute nouvelle tentative de sortir du provisoire. C'est, en effet, à la fin de 1833 seulement qu'une seconde commission fut chargée d examiner cet important objet. D'après ses propositions, la loi se serait occupée, en fait d'enseignement primaire, des seules écoles qui recevaient un subside du trésor public. On ne donnait pas alors au mot État, employé par l'article 11 de la constitution, le sens qu'on y a attaché depuis et qui lui ^ embrasser tout ce qui tient au pouvoir public, que ce pouvoir soit exercé par la commune, la province ou le gouvernement central, l^ commune, comme l'individu, restait indépendante. Le bon emp^^ des fonds alloués par la province ou par le trésor était surveillé p^ une commission provinciale dont l'action se combinait avec celle ^ la commune et d'un comité local de surveillance. Le gouverneme avait le seul droit d'établir, à ses frais, un petit nombre d'écol* modèles et trois écoles normales. En ce qui regardait l'enseignem^ moyen, l'Etat n'avait sous sa direction que trois athénées modèles; I* villes et communes administraient librement leurs écoles moyenne ou collèges. Cette phase de la question est curieuse à constater quan on connaît la législation actuelle de l'instruction publique.
Le projet de l'administrateur général ne conservait, en 1831
qo'uoe seule université dont les facultés auraient été disséminées dans le pays. La faculté des lettres eût été h Louvain, celle des sciences à Liège, celle de droit h Gand, celle de médecine à Bruxelles. G*était la consécr<ition d'une tendance déjà manifestée par rirrélé du gouvernement provisoire, du 16 décembre 1830. Mais cette mutilation avait soulevé des réclamations de la part des anciennes villes universitaires, comme le nombre trop grand des universités pour un pays de l'importance du nôtre avait soulevé, avant 1830, les réclamations générales. La commission de 1833, tout en semblant pencher vers la convenance de n'établir qu'une université unique, trancha la difficulté en maintenant deux des trois universités, mais en les maintenant entières.
Il serait difficile de dire quel accueil aurait reçu devant les chambres ce projet de législation sur les trois branches de l'enseignement public; toujours est-il que le gouvernement hésitait à les en saisir, quand une circonstance des plus importantes l'obligea tout à coup à faire régler l'enseignement supérieur. L'épiscopat belge avait fondé à Malines une université qui s'ouvrit le 4 novembre 1834. Cne association libérale installa, le 20 du même mois, une université à Bruxelles.
L'université de Malines, qui peu de temps après fut transféi'ée à Louvain, devait reprendre les vues et la forme de l'ancienne Aima ïater. Les sciences et les beaux-arts y allaient être enseignés, au P'us grand avantage de l'Église et de l'État, par des maîtres orthodoxes et professant la religion catholique. Ainsi disaient les fondâ- ^*^rs, et les fondateurs de l'université de Bruxelles rendaient hom- ^ge,de leur côté, à cette idée de l'épiscopat, ajoutant que ceux qui, P^ur la mettre en lumière, prenaient avantage de la théorie toute Moderne de la libre concurrence, attestaient, en cela du moins, lïi'ils appartenaient, eux aussi, au xix*' siècle. L'université de ^uxelles, tout en traçant une ligne de démarcation entre les ^iences sacrées et les profanes, cultiverait tout à l'nise et avec le 'aspect qui était dû aux croyances de la majorité des Belges l'immense terrain qui lui était livré. Telles étaient les raisons d'être des ^^\xx nouvelles institutions, d'après ceux-là mêmes qui les éngèrent.
C'est alors que le gouvernement comprit la nécessité imminente ^'avoir un enseignement universitaire de l'État et d'assurer par l'établissement des jurys d'examen toutes les garanties pour l'ob- ^niion des grades, réclamées dans l'intérêt même de l'enseigne-
ment libre. 11 détacha du projet de la commission de 1833 h putie relative à l'instruction supérieure, et il en sortit cette loi inflte^ tembre ISS^qui devait être par la suite soumise à certaines relisions, surtout en ce qui concerne le système de collation des gndei académiques et la constitution des jurys d examen.
Les seules questions politiques que la discussion souleva portèrent sur le nombre des universités et sur le mode de formation de jurys. Les uns voulaient une seule université centrale, une unîfcrsite belge, une àme nationale, comme disait M. Rogier; les autre) désiraient qu'il y eût au moins une université wallonne et une université flamande. Ce fut ce dernier système qui l'emporta. L'uneftl établie à Liège, l'autre à Gand. Louvain perdit son rôle de ville ouversitaire de l'État : elle devint presque tout aussitôt le siège de l'université catholique.
* Pour la nomination des jurys, six modes difiérents étaient indi^ qués. D'après celui qu'on adopta, chacun des JU17S d'examen étut composé de sept membres ; deux nommés par la chambre, den par le sénat, trois par le gouvernement.
L'enseignement supérieur donné aux frais de l'État était dooe organisé, mais il devait s'écouler sept ans encore avant qu'on efti une loi sur l'enseignement primaire et quinze ans avant qu'on en eût une sur l'enseignement moyen.
Un fait important, en l'absence d'une législation spéciale sur ctt deux branches de l'instruction publique, a contribué à r^ler^l assurer, dans une certaine mesure, le contrôle utile de l'autoritt centrale, à stimuler le zèle et l'activité des autorités locales, 01 plutôt à vaincre leur indifférence : nous voulons parler de la pro mulgation de la loi provinciale et de la loi communale, celle-ci l 30 mars, celle-là le 30 avril 1836, qui résolurent plusieurs ques tions relatives à l'organisation de l'enseignement primaire et d renseignement moyen. Les bourgmestres et échevins se trouvèreu investis du droit d'administrer les établissements communaux; mai le gouvernement et la députation permanente avaient leur mol dire, en cas de contestation, dans les frais de ces établfssements Les conseils communaux nommaient aux places de professeurs 0 d'instituteurs. Le droit d'ériger des établissements publics éta reconnu explicitement aux conseils provinciaux, mais sous l'appt^ bation royale. Les conseils provinciaux devaient porter annuell ment au budget des dépenses les secours à accorder aux commun* pour l'instruction primaire et moyenne.
U se présente ici, en ce qui concerne l'enseignement moyen lotimment, une série de mesures qui méritent d*étre notées.
Lïlat, dont les uns sollicitaient l'intervention pécuniaire, à qui es autres contestaient le droit de cette intervention qu'on allait usqu'à traiter d'inconstitutionnelle, n'avait aucun moyen de courtier tout au moins le bon emploi de ses fonds. Il semblait rester iTécart dans une question d'un aussi grand intérêt, en présence de 'activité déployée par les provinces, les communes et le clergé. Les «mmunes employèrent généralement leurs pouvoirs nouveaux à élever leur enseignement primaire et moyen ; les provinces foulaient des écoles normales et des bourses pour les aspirants instimeurs; les évéques créaient, de leur côté, des écoles normales' loprès des petits séminaires; les corporations religieuses ouvraient le nombreux établissements d'instruction primaire ; des sociétés lédagogiques enfin entraient dans l'arène et stimulaient au travail i à l'étude.
Eq 1840, un nouveau cabinet étant venu aux affaires exprima intention d'accélérer la discussion des deux lois en retard et qu'il îonsidérait comme indispensables. En attendant, le gouvernement AStitua des concours généraux, auxquels devaient prendre part tous es établissements d'enseignement moyen subventionnés.
Le discours du trône de 1841-1842 appela de nouveau l'attention le la législature sur cette palpitante question de l'enseignement noyen et de l'enseignement primaire donné par l'État. Ce dernier winlfut abordé enfin. Le ministère déposa un projet de loi le !8 janvier 1842. Dès le mois de mai suivant, la section centrale en îOlama l'examen; la discussion publique s'ouvrit le 11 juin et, iprès dix-:>ept séances, la chambre adopta la loi, à l'unanimité moins ^is voix. Au sénat, pas une voix ne se prononça contre. Elle fut promulguée le 23 septembre 1842.
Nous avons dit que le projet de 1834 excluait de la loi non-seu- «ment les écoles privées, mais encore les écoles primaires commuïîiles entretenues exclusivement aux frais de la commune. La loi le 1842 consacra pour la première fois le sens du mot État employé par l'article 17 de la constitution. La loi appela donc sous sa ïïridiction et sous son contrôle toute école primaire alimentée par 'Décaisse publique quelconque.
Cependant l'enseignement moyen continuait à n'être régi que par l^ simples mesures administratives. Le concours, celte institution ^ utile, fut maintenu d'année en année, avec des modifications
capables d'améliorer son action et son influence, jusqu'à ce qn^il passât dans la loi organique, en 1850. Ce n'est pas qu'avant cett^ dernière date on n'eût tenté d'arriver à une organisation complète et légale. En 1845 et 1846 notamment, des projets de lois furctmt proposés, l'un par M. Van de Weyer, l'autre par M. le comte 4^ Theux ; mais des circonstances politiques les empêchèrent d'amves-^ à la discussion.
Le 14 février 1850, M. Rogier, ministre de l'intérieur, déposâtes projet de loi d'où est' sortie nôtre-législation actuelle sur l'enseigne--^ ment moyen. Voté par 72 voix contre 27 et 4 abstentions & li^ chambre, le projet reçut la sanction du sénat par 32 voix contre 19 et une abstention.
Il avait fallu vingt années d'existence à la Belgique indépendante pour être pourvue d'une législation complète sur l'instruction publique.
BiBUOGRAPHiE. — Cb. Stallaert et Ph. Vander Haeghen, De Vimtrnction publique au mo^em âge (VIII* au xvi* siècle) (mémoire couronna par TAcadémic royale de Belgique, mai ISSQ); Yallei de Viriville, UUtoire de l'instruction publique en Europe et principalement en France, ^ Paris, 4849; Th. Juste, Essai sur l'histoire de l'instruction publique en Belgique, BruxeUet, 1844; L. Lebon, Histoire de l'instruction populaire en Belgique, Bruxelles, 1868; Rapport tar renseignement supérieur en Belgique de 1794 à 1843, Bruxelles, 1843; Rapport décennal sur l*état de l'enseignement primaire en Belgique (1830 à 1840^, Bruxelles, 184^2; Êtai de rûufmc. tion moyenne en Belgique (18^10 -184:2), rapport présenté aux chambres légslatifes, le l<r mars 1843, par le ministre de Tiiitérieur ; État de l'inttruction moyenne en Belgique {i^HS^ 1848/; Rapport présenté aux chambres législatives, le '20 juin 1849, par le ministre de Hâtérieur; Rapports triennaux sur renseignement primaire, sur l'enseignement moyen et car renseignement supérieur.