‹ Patria belgicaChapitre 13 sur 86 · DÉCÈS SUR 4,000 H · texte numérisé non relu

DÉCÈS SUR 4,000 H

EN t866.

Brabant. . . .

Auvei-s ....

Hainaut. . . .

Flandre orientale.

Liège

Luxembourg. . . Namur ....

Flandre occid. .

Linibourg . . .

Totaux. . .

43 sur 4,000 hab.

Ain'si Namur, le Luxembourg et le Limbourg ont été peu atteints dans les quatre premières épidémies; le Brabant, Anvers et la Flandre orientale ont pi-ésenté chaque fois une assez gi*ande morta-

lité; Liège et le Hainaut n'ont eu que deux fois un grand nombre de décès.

Il n'y a pas d'induction à tirer de ces faits. D ailleurs, les quatre premières épidémies nous ont appris peu de chose au point de vue de la médecine préventive. On a constaté que Tété était 1 époque habituelle de l'apparition du choléra ; que les fatigues et les excès pendant les fêtes et kermesses, la misère, la malpropreté et les grandes réunions d'hommes étaient des causes ordinaires de propagation ou de recrudescence. Mais les influences du sol, du climat, des marais et cours d'eau, des effluves particuliers de l'atmosphère, toutes hypothèses qui ont été longuement discutées, trouvent encore des adhérents et des détracteurs.

La statistique de l'épidémie de 1866, qui a été dressée avec beaucoup de soin, permetti-a peut-être d'élucider quelques-unes des questions qui se rattachent à la genèse de cette affection. Cette statistique fait connaître la mortalité de chacune des villes et communes du pays.

Pour étudier ce problème, le gouvernement avait voté, en 1867, une somme de 100,000 francs; mais, jusqu'ici, les conclusions de ces recherches n'ont pas été publiées. En attendant que l'Académie de médecine remplisse ce devoir, nous allons chercher à déduire quelques enseignements étiologiques et prophylactiques de ces précieuses données, qui jusqu'à présent n'ont été utilisées dans aucun travail médical.

Il résulte de l'étude de ces tableaux que :

1** Toutes les grandes villes ont fourni une mortalité excessive : Bruxelles, 3,469 décès; Liège, 2,628 ; Anvers, 2,661 ; Gand, 2,769.

2** Les villes en général, même celles de troisième et quatrième ordre, ont eu une forte proportion de décès : Verviers, 900 ; Namur, 501 ; Bruges, 779; Tournai, 371; Ostende, 324; Malines, 610; Mons,420 ; Courtrai,401; Louvain, 424; Alost, 238 ; Grammont,667; Ninove, 265, Termonde, 292; Soignies, 253; Wetteren,176; Charleroi, 217; Hal, 212; Lierre, 146; Tamise, 206; Menin, 128, etc. Il y a à peine dix villes, toutes d'une importance secondaire, et qui ne sont pas resserrées dans des fortifications ou d'étroites limites, tjui n'ont pas eu de décès ou n'ont eu que quelques décès seulement. Nous nommerons Antoing, Eecloo, Furnes, Dixmude, Dinant, Rou- 1ers, Ghistelles, Messines. En revanche, mille communes rurales au moins n'ont eu aucun cas, et cinq cents autres communes rurales n'en ont eu que deux, trois ou quatre.

112 f BELGiyiE PQJ.1T1ÛIJE ET SOCIALE.

3** Tous les grands centres industriels, où la population est trèscompacte, ont encore été fortement atteints. Dans le Borinage et les environs de Mons, nous trouvons : à Jemmapes, 261 décès ; à Pâturages, 135; à Cuesmes, 209; à Wasmes, 176; à Boussu, 159; à Quaregnon, 164. A Dour, Ghlin, Baudour, Hornu, il y en a eu tout autant. Le seul arrondissement de Mons a compté 2,698 morts.

Les environs de Charleroi ont donné : Chàtelineau, 143 décès; Gilly, 204; Couillet, 160; Ghùtelet, Jumet, Dampremy, Marchienneau-Pont ont eu également beaucoup de morts. Cet arrondissement a eu 2,600 décès.

Or, si Ion compare les autres arrondissements du Hainaut (ceux d'Ath, de Tournai et de Thuin, arrondissements plus agricoles) à ceux de Charleroi et de Mons, on constate que les trois premiers n ont eu ensemble que 908 décès. 11 y a là un contraste remarquable.

Liège et ses environs, où nous rencontrons des masses ouvrières très-compactes, donnent, pour larrondissement seul, 6,000 morts ! Sei*aingena675; AnsetGlain, 144; Grivegnée,212; Jemmeppe,169; Tilleur, 136, etc. Tandis que tout l'arrondissement agricole de Waremme, qui fait partie de la même province, n'a eu que 103 décès.

Verviers et son arrondissement, où il y a beaucoup dagglomérations industrielles, ont eu 2,089 décès. Dison en a eu 433; Ensival, 104; Verviers (ville), 900; Lin^^ourg, 86, etc.

4*" Les faubourgs ou communes qui touchent aux grands centres de population présentent encore une grande mortalité.

Près de Bruxelles, Molenbeek a eu 693 décès ; Schaerbeek, 269 ; Anderlecht, 428; Ixelles, 259; Koekelberg, Evere, Uccle, Laekeu en ont eu tout autant. L'arrondissement de Bruxelles, comprenant toutes ces communes environnantes, a eu 8,894 décès. Ce chiffre frappe d'autant plus quand on le compare au chiffre des morts dans l'arrondissement voisin (de Nivelles) qui n'en a eu que 634.

Près d'Anvers, nous constatons, à Berchem, 125 décès; à Borgerhout, 295, lorsque plus de trente communes rurales situées à quelque distance de la ville ne donnent que çà et là un cas.

Autour de Gand, ce sont encore les communes le plus en contact avec la ville (Ledeberg, Oostacker, Gendbrugge) qui donnent le plus de décès.

5" Enfin, presque toutes les communes rurales peu resserrées, qui ne sont pas en contact avec des centres populeux, ont présenté peu ou point de morts : Bastogne, comme ville, a 55 décès, et tout le reste de l'arrondissement n'en a que 70; Bruges, comme ville, a beaucoup

de décès; Courtrai, Menin et Ostende aussi, tandis que 245 communes rurales de la province ne fournissent que 500 cas. Des arrondissements entiers, presque exclusivement agricoles, sont peu atteints : celui de Thielfna que 25 décès; celui d'Eecloo, 72; celui de Roulers, 18; celui de Furnes, 24; celui de Dixmude, 13. Nulle part on ne trouve là des agglomérations compactes.

De ces divers faits il ressort à l'évidence que toutes les grandes agglomérations, tous les centres populeux et les communes qui y touchent sont frappés d'une grande mortalité. Partout où il y a des quartiers resserrés, des populations très-denses, des ruelles étroites fortement habitées, des impasses, des enclos ou des cours de miracles, le choléra moissonne largement.

C'est que, dans ces conditions, il y a toujours une viciation extrême de l'air, un manque absolu de soins hygiéniques, souvent une absence permanente de soleil, de lumière et de vent; souvent aussi la misère, avec toutes ses privations et ses désordres.

Dans ces quartiers resserrés, il y a des communications incessantes entre les familles; c'est presque la vie en commun, c'est à peu près la cohabitation. Tous y respirent le même air vicié; les malades y sont en contact avec les bien portants. Dans les impasses, corridors et bataillons carrés, toute la population participe forcément à la malpropreté et aux désordres de quelques-uns; une solidarité réelle existe entre ceux qui soignent leur demeure et ceux qui vivent dans l'incurie la plus complète.

Or, ce contact incessant, cette atmosphère miasmatique commune constitue la cause de la plupart des atteintes du choléra. Aussitôt qu'un cas se montre dans une de ces ruelles, il devient fatalement le foyer d'où la maladie irradie dans les chambres et habitations contiguës. La sphère respiratoire du cholérique, ses déjections et émanations deviennent à leur tour la cause déterminante de nouveaux cas. Ce n'est pas le contact proprement dit qui explique la propagation, c est l'atmosphère miasmatique qui se dégage du malade.

Il y a bien quelques atteintes subites dont on ne trouve pas la cause -déterminante ; mais c'est la transmission d'un malade à des personnes bien portantes qui doit être accusée dans la très-grande généralité des cas.

Et la transmission est d'autant plus favorisée qu'il existe dans un milieu donné plus de malpropreté et de misère, plus d'habitations étroites, sombres, malsaines, plus de désordre et d'excès. Car. toutes ces conditions antihygiéniques, qui facilitent la propagation

des maladies infectieuses en général, facilitent aussi la communication du cholém; si bien, que Ton peut dire que les classes logées dans les quartiers très-populeux et pauvres vivent toujours dans un état, qui les prédispose à être atteintes des maladies ou épidémies régnantes.

Certes, dans les grands centres industriels, dans les faubourgs populeux, dans les ruelles ordinaires des classes ouvrières, il n'y a pas partout le même encombrement ni la même malpropreté que dans les cours de miracles; mais il y existe une ignorance du danger, un encombrement. relatif, un manque de soins incontestable, un oubli complet des mesures préventives, un frottement incessant entre les voisins ; et cela explique sufTisamment pourquoi toutes les épidémies y font plus de victimes que dans les quartiers espacés et salubres et dans les demeures isolées des campagnes.

C'est donc la propagation par voie miasmatique qui constitue le principal danger en temps de choléra ; c'est le point capital que la médecine préventive doit avoir en vue. Nous croyons, pour notre part, que s'il était possible, par une quarantaine sérieuse et complète, d'éloigner d'une ville les personnes qui sont les premières atteintes du choléra ou qui en portent le germe, l'épidémie ne s'y montrerait jamais. Nous éprouvons une incrédulité complète à l'égard des hypothèses qui font descendre cette maladie d'effluves atmosphériques, ou de sporules et de germes transportés au loin par les nuages ou par les grands fleuves.

Envisagé de cette manière, le choléra perd absolument son côté mystérieux. 11 devient une maladie spéciale, propre à certaine contrée de rinde, comme la fièvre jaune est propre à une partie du littoral américain. Et cette maladie s'étend de proche en proche, irradie de l'Orient vers l'Occident, et exerce surtout ses ravages là où se rencontrent les causes prédisposantes — d'encombrement, de malpropreté, de misère — que nous avons indiquées tantôt.

C'est en partant de ces idées que, déjà en 1866, nous avons soutenu et répété que la mesure préventive la plus puissante contre la propagation du choléra consisterait à isoler les malades autant que possible et aussitôt que les premiers symptômes se montrent. Dans cette vue, nous avons recommandé à chaque ville, à chaque commune de ne pas recevoir les cholériques dans les hôpitaux ordinaires ni dans des locaux situés au milieu d'autres habitations, mais de les traiter dans des baraques en bois, élevées exprès pour l'épidémie et que l'on placerait au milieu d'un champ, d'une plaine ou d'un vaste

jardin, où il y aurait bon air, un isolement complet et un service (l'infirmiei's qui n'aurait pas de communications avec le dehors.

Avant de terminer ce sujet, disons un mot de Tinfluence du sol, des rivières, des marais, etc.

On s'est demandé si les polders, les inarais, les prairies basses et palustres, si toutes ces localités où les fièvres intermittentes sont plus ou moins endémiques, ne donnaient pas une certaine immunité contre le choléra?

Les faits semblent d'abord apporter quelque appui à cette hypothèse. 11 est certain que dans la plupart des terrains poldériens, dans les environs de Furnes et de Dixmude, au nord de Bruges et de Gand, puis à Damme, Loo, Moerkerke, Bouchante, Westcappelle et \ingt autres communes des polders, il n'y a eu que de très-rares cas de choléra. Les exceptions que nous avons constatées pour Burght, Selzaete, Breedene et quelques autres villages n'infirment pas cette obseiTation. Dans les contrées à marais, il y a eu également très-peu de décès : l'arrondissement de Maeseyck, un des plus marécageux du pays, n'a fourni que 10 décès; celui de Hasselt, passablement marécageux aussi, n'en a eu que 43; la Campine tout entière, qui présente beaucoup de fanges et de flaques palustres, n'a eu qu'une mortalité minime. Mais ici se présente cette question : ces polders et contrées palustres sont-ils préservés à cause de la nature du sol? ou bien ne le sont- ils pas, parce que la dissémination des demeures, l'absence d'agglomérés compactes, les communications rares avec les grandes villes les placent dans la même situation que les communes rurales en général, dont nous avons reconnu l'immunité assez caractérisée?

Quoi qu'il en soit, il résulte tout au moins de ce fait que les terrains à fièyi'es intermittentes ne sont pas plus favorables que les autres terrains au développement ou à la propagation du choléra.

Le voisinage de la mer exerce-t-il une action préservative? C'est encore une hypothèse qui a été soutenue; et l'on se fondait sur la pureté de l'air maiûtime, qui est sans cesse renouvelé par les brises, et sur les sables defe dunes qui forment incontestablement le terrain le plus salubre que l'on connaisse. Il a été reconnu, en ettet, que dans les divei^ses épidémies de choléra, la zone des dunes a été presque constamment préservée. Heyst, Blankentferghe, Knocke, Wenduyne, Westende, Lombartzyde, Nieuport, Oost-Dunkerke, la Panne n'ont jamîiis vu que çà et là un cas importé du dehors et qui ne s'est pas propagé. Mais ici encore l'on peut se demander si

ce n est pas risolement de ces communes qui explique leur immunité. On peut le supposer avec d'autant plus de fondement, que la ville d'Ostende, placée en partie dans les sables des dunes, a subi à plusieurs reprises une forte mortalité en temps de choléra. Il est vi^ai que cette ville renferme un certain nombre d allées, d'impasses et de cours intérieures, où toutes les conditions de l'hygiène sont oubliées.

La rareté du choléra au bord de la mer offre donc aux personnes craintives, ou dont l'imagination est frappée, de grandes chances d'échapper à l'épidémie.

Demandons-nous enfin si, comme on l'a dit souvent, la mortalité est plus forte le long des rivières qu'ailleurs? On pourrait, en effet, citer Malines(610 cas), Courtrai (400), Boom (301), Lierre (146), Termonde (292), et y ajouter Anvers, Bruxelles, Gand, Liège, etc.; mais l'on pourrait aussi citer des centaines de communes rurales situées sur l'Escaut, la Lys, le Demer, la Dendre, les Nèthes, oii le choléra n'a pas paru. C'est plutôt à leur qualité de villes et au resserrement des habitations que ces localités doivent la mortalité assez foi'te dont elles ont été atteintes. Et si les grands ports de mer, Anvers, Marseille, Brème, Hambourg, le Havre, etc., sont presque toujours les premiers à constater le retour du choléra, cela tient à leurs communications incessantes avec l'Orient, et non pas à leur situation sur quelque fleuve. C'est ainsi que Mareeille a revu huit fois le choléra depuis 1831, tandis (\ue les pays centraux de l'Europe ne font vu que cinq fois.

Ckoissance ou décroissance de certaines maladies ou infirmités. — Les. renseignements que nous possédons sur ce sujet tout nouveau sont encore très-incomplets, la statistique n'indiquant les causes des décès que depuis une quinzaine dannées. Nous allons toutefois poser les premiers jalons de cette étude, qui doit devenir plus tard d'un grand intérêt pour l'hygiène publique.

La tnortalité générale subit progressivement une légère décroissance :

Pendant la période quinquennale de 1841-1845, elle élail de 1 décès sur 43 habil.

Ce recul s'ex^^lique par la grande mortalité qui a eu lieu dans le pays flamand pendant la famine de 1846-1848.

Pendant la période de 1831-1855, elle a été de 1 décès sur 45 habitants. » 1856-1860, « 1 » 45 »>

De 1861 à 1863, il y a encore décroissance; mais en 1864-1866, il y a un second moment d'arrêt, et la décroissance reprend en 1867.

En somme, ceci démontre que la généralité des maladies perdent peu à peu de leur fréquence, ou tout au moins de leur léthalité.

La phthisie et la fièvre typhoïde, deux de nos affections les plus meurtrières, sont de celles qui perdent de leur gravité. La tuberculose a donné, sur 1,000 décès généraux, la mortalité suivante :

De 1851 à 1855 198 décès.

La fièvre typhoïde :

De 1851 à 1855 46 décès.

Pour les deux dernières années (1866-1867). . 32 »

Beaucoup de maladies inflammatoires , catarrhales, rhumatismales et autres : la fièvre intermittente, la dyssenterie, le scorbut, montrent aussi moins de fréquence qu'anciennement. Mais certaines autres affections prennent, au contraire, plus de développement.

Le croup présente notamment une aggravation considérable :

1851 1,429 décès.

1861 4,087 décès et 559 par angine couenncuse.

1862 4,468 » et 1,070 id.

1863 6,111 » cl 1,695 id.

1864. ..... 6,852 » et 1,608 id.

Pour les deux années suivantes, le nombre des décès diminue ; mais la progression depuis quinze ans n'en est pas moins patente et excessive.

La proportion des mort-nés n'augmente pas, mais la faiblesse ou débilité de tuiissance devient plus comniune :

De 1851 kl 855, il y a de ce chef. . . . 8,944 décès. » 1856 à* 1860, » .... 13,552 »

ii8 BELGIQUE POLITIQUE ET SOCIALE.

La rougeole et la scarlatine sont encore deux affections trèsmeuilrières pour Tenfance. En dix années (1851-4860), elles ont occasionné plus de 23,100 décès. Depuis, elles semblent prendre plus dextension, car dans les sept années qui ont suivi 1860, il y en a eu 19,700.

Pendant plusieurs années, de petites épidémies de ces fièvres éruptives ont été assez fréquentes dans les provinces du sud.

Ces fièvres sont notablement plus communes dans les villes qu'à la campagne. C'est parce que la transmission est plus facile dans les quartiers resserrés et dans les agglomérations populeuses.

Suicides, — 11 y a annuellement plus de 200 suicides, et le chiffre en augmente considérablement.

11 y a cinq suicides chez les hommes sur un cas chez les femmes.

D'après un relevé de M. Heuschling, il y avait pour la période de 1835-1838, et pour le pays entier, 1 suicide sur 45,598 habitants; pour la période de 1851-1855, on a constaté 1 cas pour 27,300 habitants; et pour 1856-1860, 1 cas pour 21,700 habitants.

D'après un ouvrage de statistique (déjà un peu ancien, ce qui fait supposer que les chiffres devraient être plus élevés aujourd'hui), on comptait :

En France, 4 suicide sur 18,000 habitants.

» Prusse, 1 » 14,400 »

» Autriche, 1 » 20,900 »

A Londres, 1 » 5,000 »

A Berlin, 1 » 2,940 »

Dans les armées, les suicides sont beaucoup plus communs, surtout dans l'armée anglaise. Nous estimons que, dans notre armée, il y a annuellement un cas sur environ 2,500 soldats.

Comme distribution géographique, nous ferons remarquer que ce genre de mort, il y a^ trente ans, était rare dans les provinces de Luxembourg, de Limbourg et de Namur (1 suicide sur 124,000 habitants).

La différence était très-grande avec le Brabant, Anvers et Liège, où il y avait 1 suicide sur 20,000 environ. La vie paisible et calme des campagnards du Limbourg et des Ardennes, le peu de communications entre ces contrées et les grandes villes étaient évidemment des conditions avantageuses. Mais, depuis cette époque, les

premières provinces voient la proportion des suicides augmenter sensiblement, et la difïërence tend à s'effacer de plus en plus.

C'est surtout dans les grandes villes et dans les grands centres industriels que ce genre de décès est devenu fréquent. Là se rencontre toute une population remuante, passionnée, adonnée aux excès de toute nature ; les déceptions y sont fréquentes, les revers de fortune journaliers, les séductions communes. Mais, en dehors de ces causes en quelque sorte sociales, les suicides ont aussi fréquemment pour cause déterminante : d abord certains états de maladie (délire, aliénation, hypocondrie, nostalgie, maladies douloureuses et incurables), ensuite les chagrins domestiques, la misère, etc.

Les décès par accidents étant en partie le résultat du développement de l'industrie, et surtout de Tindustrie minière, on pressent que le nombre en doit augmenter progressivement, et que les provinces de Liège, de Hainaut et de Namur doivent y avoir la plus large part.

Dans Tespace de cinq années (1831-1855), ces décès se sont élevés au chiffre de 7,363

Dcl856-1860 . 7,7H

De 1861-1865 8,847

La mortalité annuelle est donc de près de 1,800

La part des diverses provinces est celle-ci :

Liège 31 décès annuels sur 1,000 décès généraux.

Hainaut 30 id.

Namur 26 id.

Luxembourg 18 id.

Anvers et Brabant 14 id.

Flandre occidentale . . . . i"! id.

Flandre orientale et Limbourg. 10 id.

Le genre d'accidents se divise comme suit :

.350 à 400 noyés par an.

Plus de 200 tués dans les mines, 450 écrasés par voitures, locomotives, corps lourds. Plus de 70 tombés d'échafaudages, etc..

Plus de 800 tués de différentes manières (explosiqp de machines ou armes à feu, asphyxie, accidents dans les filatures, morts de faim, de froid, etc.).

Les accidents dans les mines sont ceux qui augmentent le plus; c'est aussi l'industrie qui a pris le plus de développement. De 1831 à 1840, il y eut 1,016 tués sur 31,500 ouvriers; de 1841 à 1850, il y en eut 1,336 sur 47,300 ouvriers; et de 1851 à 1800, on en constata 3,145 sur 76,200 ouvriers.

G est donc une dtme mortuaire de plus de 200 décès par an que les bouilleurs et mineurs payent à cette industrie. C'est un lourd tribut qui mérite d'être pris en sérieuse considération.

Les maladies cérébrales forment une des familles nosologiques qui entraînent le plus de décès.

Plusieurs catégories de ces affections, notamment les inflammatoires et les congestives, restent stationnaires sous le rapport du nombre; mais certaines autres, dans lesquelles les passions, les excès, la vie agitée des gi^andes villes, l'ambition, les déceptions deviennent des causes déterminantes, prennent, au contraire, une plus grande extension. A celles-ci appartiennent les aliénations mentales, ainsi que les suicides.

Voici un relevé qui donne une idée de la fréquence de certaines inaladies cérébrales, et qui démontre avec quelle régularité se présentent les affections dans lesquelles le climat, la saison, l'âge, les constitutions interviennent comme causes principales. Rien ne prouve mieux que l'évolution de beaucoup de maladies suit de véritables lois, des lois presque fatales.

Maladies inllainmatoirct :

A|M>plexieii,

, ronge»! inii<

encèphalriet*

el

Morts siibiie».

Coutrokioa».

méningites.

etc.

ramnlIiMemriiis.

2,202 décès.

4,008 décès.

547 décès.

7,099 décès.

Si nous classons ici les morts subites et les convulsions parmi les décès dus à des maladies cérébrales, cest que celles-ci expliquent la plupart de ces deux ordres de décès.

Il résulte encore 4e ce relevé qu'il meurt annuellement au moins 10,000 personnes d'affections cérébrales, lorsqu'on y comprend les aliénations mentales, les tubercules cérébraux, l'hydrocéphalie, etc.

Les aliénations mentales augmentent rapidement, si l'on peut s'en rapporter aux premiers relevés, qui peut-être n'ont pas été faits avec toute l'exactitude désirable.

Le relevé de 1842 indiquait, pour le pays entier, 4,515 aliénés.

soit 1-aliéné sur 961 habitants; et le recensement de 1858 porte le nombre à 6,451, ou 1 aliéné sur 714 habitants.

Ces affections sont beaucoup plus fréquentes dans les villes qu'à la campagne : c'est ce que Ion pouvait pressentir. Quant à leur distribution géographique, nous lavons indiquée à la page 100.

L'augmentation progressive des aliénations mentales se constate dans la plupart des pays (en France, en Angleterre, aux États- Unis, etc.) aussi bien qu'en Belgique- Ce fait tatal tient en partie ^ cette vie d'agitation continue, d'excès en tout genre et d'entreprises hasardées qui distingue notre époque. On ne doit pas se le dissimuler, la société est profondément troublée, la vie de famille s'affeiblil, on cherche chaque jour des émotions nouvelles, et le sentiment du devoir n'est que trop souvent mis de côté pour satisfeire des passions funestes.

Les sourds -mv et s, d'après le recensement fait par M. Lentz en 1858, étaient au nombre de 1,989, soit 1 cas sur 2,348 habitants.

Cette infirmité existe le plus souvent à la naissance (deux fois sur trois), et la catégorie des cas qui dépendent d'une cause native augmente en proportion.

A l'égard de la distribution dans les diverses contrées du pays, nous constatons que le Limbourg et le Namurois, deux provinces bien opposées de toutes manières, en ont le plus; et qu'Anvers et le Luxembourg, encore deux provinces opposées sous le rapport sanitaire, en ont le moins.

L'explication de ce fait nous échappe complètement.

Enfin, pour finir ce paragraphe, disons que les maladies cancéreuses et squirreuses augmentent aussi d'une manière considérable.

En cinq ans, de 1851 h 4855 ,H,927 d(?c(>s.

« Uc 1856 à 18(30. ..... 6,447 »

» de 1861 à 4865 .^ 8,179 »

En résumant les données qui précèdent, on constate donc que si un grand pombre de maladies, parmi lesquelles deux des plus meurtrières, la phthisie pulmonaire et la fièvre typhoïde, perdent de leur- fréquence, il y en a d'autres, et de fort tristes — notamment les folies, le croup, la scarlatine, les suicides, la débilité congéniale, les cancers, — •qui prennent une extension visible.

Influence du séjour a l.\ c.\.mpagxe or dans les villes. — Pour avoir un terme de comparaison entre les décès des citadins et ceux des

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