‹ Patria belgicaChapitre 24 sur 86 · HISTOIRE POLITIQUE DU MOYEN AGE · texte numérisé non relu

HISTOIRE POLITIQUE DU MOYEN AGE

Par M. P. A. F. GÉRARD,

Abvîvu auililfur |(éuérftl.

Période konainf.. — La Belgique ne tij^ure dans Thistoire que depuis Tépoque ou les Romains en Hrent la con({uéte, un demisiècle en\iron avant la naissance de Jésus-Christ. Son territoire fidsait partie de cette fraction de la Gaule que César dit être occupée par les Belges et séparée du pays des Celtes ou (Gaulois par la Seine et la Marne. Ses habitants semblaient être entrés dans la Gaule par le bas Rhin ; ils s'étaient tenus en de^à de la forêt des Ardennes, dont une des i*amifications sétendait de Test à louest, depuis la Moselle jusque vers les sources de TEscaut et d«^ la Lys. (r«»st à peu près la limite méridionale de la Belgique actuelle.

Cette population se divisait par tribus, que Thistoire distingue sous les noms de Ménapiens, Nerviens, Ëburons, Aduatiques, Trévires, etc. Nous n'avons pas à déterminer ici les limites des territoires habités par chacune de ces tribus ; rappelons seulement que les Ménapiens occupaient encore les deux rives du Rhin inférieur, lorsque l'armée romaine enti^a en Belgique; que les Nemens s'étaient répandus dans le Hainaut, le Brabant et une partie de la Flandre; que les Ëburons avaient le plus grand nombre de leurs habitations entre le Rhin et la Meuse ; que les Aduatiques habitaient 'c pays de Lomme ou de Namur, et que le territoire des Trévires se composait des pays de Trêves et de Luxembourg.

190 HELGIQl K POLITIQUE ET SOCIALE.

Tous ces peuples, les uns après les autres, lultèrenl coui*ageuseinent contre les Romains; mais pour résister à larmée de César, qui était forte de plus de soixante mille hommes, il aurait fallu qu'ils fussent réunis sous un même chef. Malheureusement il n'y avait pas entre eux de lien politique, pas de relations assez étroites pour qu'il fût possible de concentrer leurs forces et de coordonner tous leurs moyens d'action et de défense.

Les Nerviens et les Aduatiques sont les seuls qui prirent les armes, dès le principe, pour empêcher les Romains de pénéli^r dans le pays, l^es Trévires avaient envoyé des députés à César, implorant son assistance contre les Suèves, et dans la bataille qu'il livra aux Nerviens, les cavaliers trévires se trouvaient comme auxiliaires parmi les troupes romaines.

11 paraît aussi qu'après la défaite des Nerviens et des Aduatiques, les Éburons firent spontanément leur soumission à César; car celui-ci traversa leur pays sans obstacle, pour aller combattre les Usipètes et les Tenchtères, qui venaient de traverser le Rhin. On ne trouve, d'ailleurs, dans ses Commentaires aucune mention d'une première conquête du pays des Éburons, tandis qu'il y est parlé de la reconnaissance de leur chef Ambiorix pour les bienfaits de César, qui lui avait rendu son fils et son frère, retenus comme otages par les Aduatiques.

On conçoit, du reste, que les Éburons, autrefois tributaires des Aduatiques, n'eussent manifesté aucune disposition hostile aux Romains, tant que ceux-ci n avaient fait que les délivrer de cette sujétion; mais ils changèrent de sentiment et de conduite dès qu'ils éprouvèrent les effets de la domination étrangère : ils devinrent alors les ennemis les plus acharnés et les plus redoutables de l'armée romaine.

Après plusieurs campagnes contre les diverses tribus disséminées dans ce petit pays. César, désespérant de leur faire accepter la domination de Rome, prit la résolution de les détruire. Les mesures ordonnées à cet effet sont décrites dans ses Cjommeutaires.

Il partage son armée, qui se composait de dix légions : il en laisse une h Tongves (Aduatica), pour garder les bagages; il envoie Labienus, avec trois légions, vers l'Océan, dans le pays qui touche aux Ménapiens; il ordonne à Trebonius de marcher, avec le même nombre de légions, vers les contrées voisines des Aduatiques, et de les ravager. Quant à lui, il pi'end la résolution d'aller, avec les trois autres légions, vers l'Escaut et de se rendre à l'extrémUé de la forêt

HiSTOlKt hJLITIUlK l>L' MOYh.N ACiK. iî)7

des Ardeiines, où Ton disait qu'Ainbioi'ix s était letii'é avec (luelque cavalerie.

Les indigènes n'avaient, dit César, nulle troupe réji^lée, nulle garnison, nulle place en état de défense. Ce n était qu'une multitude éparse. Rencontraient-ils un vallon couvert, un bois épais, un marais inaccessible qui leur ofl'rît quelque espoir de sûreté ou de salut, ils s'y arrêtaient : ces retraites étaient connues des habitants voisins. La prudence était nécessaire, non pour protéger le corps de larmée réunie, qui n'avait rien à craindre d'iionnnes ettrayés et dispersés, mais pour détendre chaque soldat isolément. L*a])pàt du butin en avait entraîné plusieurs à de longues distances, et les ditticultés des chemins, dans ces forets épaisses, empêchaient de marcher en masse. Si Ton voulait terminer cette guerre et détruii*e cette race de brigaads, il fallait diviser farmée en nombreux petits détachements. Cependant il fallait user de toutes les ressources de la prudence; il valait mieux, quel que fut le désir de la vengeance, faire inoins de mal à Teniiemi que d'exposer les troupes à trop de périls.

Les instructions de César furent exécutées à la lettre et avec une extrême rigueur. Les villages, les habitations que les soldats i'omains rencontraient devenaient la proie des flammes; tout fut mis au pillage; les hommes et les chevaux consonnnèrent le blé; le reste fut détruit par la pluie et les orages. Le petit nombre d'habitants qui échappèrent en se cachant dut, après le départ des troupes, périr de faim et de misère.

César croyait sans doute'qu'en répandant la teneur de ses armes sur les rives du lUiin, il arrêterait les émigrations des Germains dans la Gaule. Ce fut précisément le contraire qui arriva. A peine le bruit de c-e qui se passait a-t-il pénétré dans la Germanie, que les Sicambres, voisins du Khin, assemblent deux mille chevaux; ils passent le fleuve sur des i-adeaux et des barques; ils entrent dans le pays des Éburons, et apprenant que les richesses des Romains sont déposées dans leur camp, ils marchent sur Aduatica. Peu s'en fallut que la légion romaine qui y était retranchée ne tut entièrement détruite; elle se vit attaquée avec vigueur et perdit beaucoup de monde. Cet événement mit fin aux campagnes de César dans cette partie de la Gaule.

Auguste pai'aîl avoir compris que cette politique de sauvage ne pouvait avoir que de mauvais résultats. Sous son règne et sous celui de Tibère, plusieurs colonies de Germains vinrent repeupler le pays. Les Romains permirent ce qu'ils ne pouvaient empêcher.

198 BELGIQIE POLiTIQlE ET SOCIALE.

Presque toutes les anciennes tribus avaient péri; elles fui'enl remplacées par des l'biens, des Sicambres, des Suèves, des Tongres, des Toxandres, des Suniques, des Béthases, etc.

César avait confondu sous le nom de Belges tous les habitants du territoire situé au nord de la Seine et de la Marne, sans méconnaître cependant que la plupart étaient d'origine germanique et qu'ils avaient anciennement chassé les Gaulois de ce pays. Sous Auguste, lorsqu'il fut procédé à l'organisation administrative, on distingua des Belges les Germains cisrhénans, et Ion donna le nom de Germanies, première et seconde, aux contrées qu'ils habitaient ^ et qui s'étendaient le long du Rhin, depuis les environs de Bàle ou de Colmar jusqu'à l'embouchure du fleuve. La Belgique actuelle fut comprise, en tout ou en partie, dans la seconde Germanie ou Germanie inférieure. Le reste du pays que César avait dit éti-e habité par les Belges forma une province distincte sous le nom de Belgiqi*e; cette province avait pour habitants les Rémois, les Suessonniens, les Véromanduens, les Bellovaques, les Amiénois, les Calèles, les Atrébates et les Morins.

On ignore quelle était la ligne de séparation entre cette province de Belgique et la Germanie inférieure; on sait seulement par Ammien Marcellin qu'à l'époque où il écrivait, c'est-à-dire au temps de Julien, la Belgique d'Auguste était divisée, comme la Germanie, en deux provinces, appelées première et seconde Belgique. La première contenait les villes de Trêves et de Metz; la seconde, Amiens, Chàlons-sur-Marne et Reims. Il est dduteux qu'une fraction quelconque de la Belgique actuelle fût comprise dans ces deux provinces. Tongres et Cologne sont citées comme les seules villes de la Germanie inférieure; dans la première Germanie se trouvaient Mayence, Worms, Spire et Strasbourg.

Le partage de la Belgique d'Auguste en deux provinces parait avoir été fait sous Constantin et se rapporter à l'ordre des circonscriptions ecclésiastiques. Il est indiqué avec plus de détails dans la Notice des provinces et cités de la Gaule, document qui appartient au règne d'Honorius. Suivant cette notice, la pr'emière Belgique contenait les villes de Trêves, Metz, Toul et Verdun ; la seconde Belgique, les villes de Reims, Soissons, Chàlons-sur-Marne, Noyon, Arras, Cambrai, Tournai, Amiens, Thérouanne et Boulogne. Il y est feit mention, comme dans Ammien Marcellin, de Cologne et de Tongres, villes de la seconde Germanie. Les limites occidentales et méridionales de cette province ne sont pas indiquées, mais on voit qu'elles se trou\*aient en deçà du diocèse de Tournai.

HISTOIRE POLITIUIE Dl MO^KN AGE. 199

La domination des Romains pesa lon^enips sur noire pays, et leur retraite fut également une opération de longue durée. Elle avait commencé depuis bien des années déjh , lorsque, en 3M.S, Julien fut chargé de reconquérir les provinces orcujW'es par des tribus germaines. Les Allemands avaient pris possession de Strasbourg, Brumath, Saverne, Seltz, Spire, Worms et Mayence. La ville de Cologne avait été prise d*assaut par les Francs. Julien rencontra, près de la Toxandrie, une tribu de Francs Saliens, qui depuis longtemps déjà s'y étaient établis avec leurs fennnes, lein's enfants et leurs troupeaux. Après Julien, il ne resta de Homains sur le sol de la Belgique que dans quelques lieux fortifiés des boi'ds du Rhin et de la Meuse. Saint Servais, *le dernier évécjur de Tongres, sous la période romaine, abandonna son siège en 37o et courut se réfugier k Vaestricht, qui était une tête de pont fortiliée sur la Meuse.

Pendant près de deux siècles que dura la décadence de Tenipirc, la Belgique n'avait pas cessé de recevoir de nouveaux habitants, de sorte qu'à l'époque de sa complète délivrance, sa population a dû se trouver entièrement renouvelée. Tout le nord de la Gaule appartenait aux Francs; les Saliens occupaient le territoire qui s'étend de la Meuse à la mer du Nord, les Ripuaires étaient séparés des Saliens par la Meuse. La frontière méridionale des Francs Saliens était toujoui-s la forêt des Ardennes, appelée Charbonnière, qui couvrait, entre la Meuse et l'Escaut, les plateaux du Hainaut et de la Flandre occidentale actuelle.

Période fraxqle. — Grégoire de Tours rapj)orte qu'après la mort de Theodemer, roi des Francs, Chlodion, aussi distingué dans sa nation par son mérite que par sji noblesse, fut roi cl qu'il habitait Dispargum (probablement Diest) dans le pays de Tongres. « Dans la même région, ajoute-t-il, jusqu a la Loire, habitaient les Romains. Au delà de ce fleuve, le pays était soumis aux Goths. I^es Burgondes, attachés également à la secte ariimne, habitaient de l'autre coté du Rhône, qui passe à Lyon. Chlodion, ayant envoyé des éclaireurs vers Cambrai, vint en personne examiner le pays, écrasa les Romains et s'empara de cette ville. Après y être demeuré quelque temps, il étendit ses conquêtes jusqu'à la Somme. »

Cet événement, dont la date précise est douteuse, doit avoir eu lieu entre les années 430 à 446. Il y a de fortes raisons de croire que c'est après avoir reculé leurs limites jusqu'à la Somme, que les Francs s'occupèrent de la rédaction de la loi salique. En effet, les soixante-

iO(» liKUaùlE POLlTlUlt: ET SOCIALE.

cinq premiers litres, qui coinposaieut primitiveiuent toute la loi, ne coiilieunent aucun vestige de christiauisme, et daulre part, plusieurs de leurs dispositions ont pour objet de régler les rapports des Francs avec les Romains. 11 fallait donc que les Francs fussent encore païens et qu'ils occupassent des territoires habités par une population gallo-romaine.

L ordre social chez les Francs Saliens avait pour base la liberté individuelle et la propriété foncière. Un des traits caractéristiques de ce peuple est lesprit d'individualisme ; sa manifestation la plus accentuée se trouve dans l'usage du wehryeld, fondé sur le droit de vengeance, la faida. Lorsqu'un acte de violence avait été commis, le coupable restait exposé à la vengeance de l'oflensé ou des membres de sa famille Jusqu'à ce qu'il eût payé le prix de la composition, le wehrgeld. L'État ne punissait que les crimes contre la chose publique, les offenses contre les personnes étant considérées comme n'intéressant que ces personnes et leurs. proches; on n'admettait pas que le règlement des intérêts privés pût être soumis au contrôle du pouvoir social. Cette coutume explique les rixes sanglantes dont il est fait mention dans le prologue de la loi salique et auxquelles on voulut mettre fni par la promulgation dune loi fixant le prix des compositions pour tous les crimes, même pour l'homicide accompagné des circonstances les plus graves; et aiin de ne pas méconnaître la supériorité des vainqueurs sur les vaincus, on détermina des compositions différentes pour les offenses commises par les Francs à legard des Romains et pour celles que les Romains pouvaient connnettre à l'égard des Fiancs. Sous le nom de Romains, on désignait les Gaulois.

La propriété foncière était, avec la liberté individuelle, la condidilion formelle et indispensable de la qualité de citoyen. Le corps politi({ue, la nation proprement dite se composait exclusivement d'hommes libres et propriétaires fonciers; en eux résidait la souveraineté, qu'ils exerçaient en participant aux assemblées générales et cantonales. Le Franc inyenuus, c'est-à-dire libre et propriétaire, constituait l'unité politique; le territoire d'un certain nombre d'iugenui formait un gau, en IsLiin pagus ; à la tête de chaque gau était un graf^ magisti'at électif, chargé de convoquer les hommes libres et de présider à leurs réunions. La fédération de tous lesgaus constituait l'État. Chaque année au mois de mars, tous les ingenui se réunissaient eu assemblée générale, pour délibéi'er sur les hauts intérêts de la nation. On n'aperçoit guère de place pour la royauté dans cet ordiX'

TOIRE POLlTIULt 1)1 MOYEN AGE. ^01

politique, et cependant il paraît que les Francs avaient des rois, peut-être pour la guerre seulement.

Ghlodion eut pour successeur Merowig, autrement dit Mérovée, qui donna son nom à la dynastie mérovingienne. Childéric succéda à Mérovée; après bien des aventures et des expéditions dont Thistoire est fort obscure, il mourut à Tournai en 481. On a retrouvé sou tombeau, près de cette ville, et dans ce tombeau, entre autres objets précieux, un anneau d or portant cette légende : CAiWmri régis. Tournai parait donc avoir été la première résidence des rois francs. C*est dans cette ville probablement que naquit Chlovis.

Les Francs Salieus demeurèrent dans leurs nouvelles limites jusqu'à Tannée 486. A cette époque, Chlovis, attiré par les évêques gaulois, ti*aversa la Somme avec un corps de cinq mille hommes, aempai*a de Soissons et de Reims et, peu de temps après, se rendit mitre de toute la partie de la Gaule qui n'était pas occupée par les Coths et les Burgondes. Cette glorieuse conquête eut sur les destinées delà Belgique une funeste influence; depuis lors, le pays des Saliens se trouva uni au pays des Gaulois par des liens souvent rompus, mais toujours prêts à se renouer.

Chlovis mourut inopinément en 511. 11 laissait quatre lils, qui se pai'tagèrent ses possessions et s*établirent tous dans le centre de la Gaule. Théodoric ou Thierry eut sa résidence à Metz, Chlotaire à Soissons, Childebert à Paris, Chlodomir «'i Orléans. Le royaume de Thierry comprenait le pays des Francs Saliens et celui des Ripuaires, cest-à-dire toute la Germanie cisrhénane, plus les territoires occupés par les Allemands et par les tribus franqucs qui s'étaient fixées au delà du Rhin. La population de ce royaume était homogène, composée de Germains exclusivement.

Le roi Thierry, décédé en 334, eut pour successeur son fils Théodebert, qui le suivit dans la tombe en 547. Théodebert ne laissait quun fils infirme, du nom de Théodebald, qui vécut peu d'années et n eut point de postérité.

En 553, le royaume de Thierry fut de nouveau réuni aux autres États des Francs, sous Chlotaii*e qui, après la mort de ses trois frères et de ses neveux, reconstitua l'unité de la monarchie; mais déjà lui-même approchait de sa fin, il mourut en 501.

Chlotaire i*"' ayant laissé quatre fils, il fut fait un nouveau partage des États fondés par les Francs. L'ancien royaume de Metz échut à Sighebert; Chai'ibert eut le royaume de Paris; Gonlramn celui d'Orl&ins; Chilpéric celui de Soissons. Sighebert fut pour ainsi 11. li

î20-2 BELGIULE POLlTIUtE ET SOCixVLE.

dire le premier des rois d'Austrasie; car, après la mort de Charibcrt, les possessions des Francs turent réparties en trois royaumes, auxquels on donna les noms d'Austrasie, de Neustrie et de Bourgogne. L'Austrasie se composait des pays germains, y compris la Belgique, avec les villes de Chàlons-sur-Marne, Reims, Laon, Cambrai, mais sans la rive gauche de l^Escaut en amont de Gand, ce territoire appartenant à la Neustrie.

Le roi Sighebert épousa en 566 la fameuse Brunehault, princesse espagnole du sang des Goths. Cette femme apporta en Auslrasie toutes les traditions du gouvernement impérial que les Goths s'efforçaient de faire revivre en Espagne et en Italie. Elle excita son mari à faire la guerre au roi de Neustrie. Sighebert fut assassiné par des agents de Frédegonde, femme de Chilpéric, laissant un fils du nom de Childebert. Celui-ci, bien qu'il n'eût que cinq ans, fut proclamé roi d'Austrasie par les grands de ce royaume, qui le placèrent sous la tutelle de Wendelinus, l'un d'entre eux. Childebert hérita de la couronne de Bourgogne, après la mort de son oncle Gontramn, en 693. 11 vécut jusqu'en 596.

Il est resté de ce prince un édit daté de Cologne, qui jette un peu de jour sur la situation intérieure de la Belgique à cette époque. On y voit qu'une assemblée dite Champ de Mars avait été tenue à Andernach sur le Rhin en 593; une autre à Maestricht en 594, et une troisième à Cologne en 595, date de l'édit. Les dispositions prises dans ces assemblées ne laissent pas de doute sur l'influence cix)issante de l'esprit gallo-romain : toutes les dispositions de Tédit de Childebert tendent à substituer aux usages consacrés par la loi salique des règles empruntées soit au droit romain, soit au droit canonique.

Cet édit contient d'abord une disposition relative à l'hérédité des biens allodiaux : il y est statué que les petits-fils, issus du fils ou de la fille, viennent à l'hérédité de ces biens concurremment avec leurs oncles et leurs tantes, comme si leur père ou leur mère étaient \ivants, c'est-à-dire par représentation. 11 est traité ensuite des prohibitions de mariage entre parents ou alliés aux degrés fixés par les canons de l'Église. Aucun Franc ctinosus ne doit épouser la femme de son frère, ni la sœur de sa femme, ni la femme de son père ou de son parent consanguin. Quiconque s'allie à la femme de son père encourt la peine de mort. Les évéques doivent, par leurs exhortations, empêcher les hymens qui portent ce caractère incestueux ; et celui qui n'écoutei*a pas la voix de son évéque sera excom-

HISTOIKE PULITIUIK IH MOYEN A(;K. Jd:;

munie, chassé du palais, et perdra tous ses droits à la succession de ses pai^ents légitimes.

Cet édit contient aussi quelques règlrs sur la pivscj'iption. Il y est dit que personne ne peut réclamer ce qui a été possédé pendant dix ans par autrui; mais s*ii s'agit d'un Inen cpii aurait a])[)art(Mui à des orphelins, la possession devra remontera vingt ans. Celui (jui, malgré les lois, fera une semblable réclamation, jmyera (juinze sous d or et pei'dra tous ses droits. On se référera, pour les autres lois, au code de Théodose.

D*auti*es dispositions ont pour objet de substituer au wehr(jeld rie la loi salique la peine de mort dans tous les cas de rapt, (riioniicide, de vol, de brigandage. Il est statué (jue le juge qui dt'couvrira un voleur le fera lier pour être envoyé devant le roi, si c'est un Franc; mus si c'est une personne de condition inférieure, il la fera pendre sur le lieu.

Enfin redit supprime la chremrhriula, une vieille* coutume germanique qu'il qualilie de païenne; d'autre part, il ordonne de respecter la sainteté du dimanche. Quiconque, à pareil jour, se sera livré à d'autres travaux que ceux qui sont nécessités par la j>réparatioN du boire et du manger, s'il est Franc, composera de «piin/c* sous d'or; s'il est Romain, de sept sous et demi ; s'il est serf, de trois sous d'or ou « de son dos ».

A la mort de Childebert, ses Ktals furent partagés entre ses deux fils, Théodebert et Théodcric, autrement dit Thierry. Le juemier «ml l'Austrasie, le second la Bourgogne. Us étaient mineurs tons deux. Brunehault demeura à la cour de Met/, auprès d(» son peiit-lils Théodebert. Elle s'empara de la régence (M s'ctiorça d'amoindrir la puissance des leudes; mais ceux-ci, étant les plus forts, chnssèi-ent la régente, qui dut chercher un refuge à la cour de l{ourgogn(^ Le désir de la vengeance en fit une furie : elle arma les deux frères l'un contre l'autre; elle les entraîna ensuite dans sa querelle avec Fn''d«igonde; pendant de longues années, elle ne cessa d'attiser le feu de la discorde et de la guerre. Elle avait près de soixante et dix ans lorsque, ses deux petits-fils étant moi'ts, (*Ile tenta encore de ressiiisir Taulorité rovale comme tutrice des enfants d(» Thierrv; elle fut j-epoussée par les Austrasiens, auxipiels (Hle pn'senlail le jeune Sigheberl pour roi. Enfin Clilotaire, tils de (^hilpéric et de Fiinlégonde, s'empara de sa persoinie et la fit mourir dans de cruels supplices. Les enfants de son petit-llls furent également sacrifiés.

Après celte sanglante exécution, qui eut lieu en 01 i, les trois

couronnes furent réunies sur la tête de Chlotaire 11 ; mais celui-ci n ayant été que Tinstrument de laristocratie des trois royaumes, on chargea du gouvernement effectif des États trois maires du palais, auxquels le roi dut promettre l'inamovibilité.

Le nouvel ordre constitutionnel créé par les événements de 614 n était pas né viable. Les Auslrasiens ne tardèrent pas à se montrer mécontents d'un roi qui, ne résidant pas au milieu deux, subissait les influences gallo-romaines de la Neustrie. Chlotaire se vit forcé, en 622, de céder la couronile d'Austrasie à son fils Dagobert et de lui donner pour ministres deux seigneurs de ce pays : Peppin de Landen et Arnulfe, évéque de Metz, furent appelés à ces hautes fonctions, le premier avec le titre de maire du palais.

L'Austrasie avait donc retrouvé son indépendance ; mais en 628, à la mort de Chlotaire 11, le roi Dagobert, craignant que son frère Charibert ne s'emparât du trône de Neustrie et Bourgogne, assembla une armée nombreuse, marcha sur Paris et parvint à soumettre à sa puissance toutes les parties de la monarchie. Les gi'ands de l'Austrasic l'avaient secondé dans cette entreprise ; peu de temps après, ils menacent de l'abandonner. Dagobert, qui avait besoin de leurs armes pour soutenir la guerre contre les Wenèdes, se voit conti*aint, comme avait fait son père, de leur donner un de ses fils pour roi d'Auslrasie. Vers la fin d'octobre 633, lui-même conduisit à Metz son fils Sighebert, âgé de deux ans seulement, pour le faire reconnaître roi des Francs orientaux.

En 635, la reine ayant donné à Dagobert un second fils, du nom de Chlovis, un traité fut conclu entre le roi et les grands des trois royaumes, à l'effet d'assurer leur indépendance respective. 11 fut convenu qu'après la mort de Dagobert, la Neustrie et la Bourgogne seraient dévolues à Chlovis II, et que l'Austrasic entière, c'est-à-dire augmentée des territoires qui en avaient été détachés, appartiendi'ail à Sighebert II. Dagobert étant mort en 638, les stipulations de ce ti'aité furent strictement exécutées.

Peppin, après avoir suivi le roi en Neustrie, rentm dans son pays. Il reprit avec Cunibert, archevêque de Cologne, la direction du gouvernement de l'Austrasic, sous le sceptre de Sighebeil* qui était encore mineur. Après la mort de Peppin, la charge de maire du palais fut dévolue à son fils Grimoald, qui occupa cette position tant que Sighebert fut de ce monde; mais à la mort de ce prince, en 656, Grimoald voulut mettre son propre fils sur le trône, à la place du fils du roi, qu'il fit enlever et confiner en Irlande. Chlovis II, roi

HISTOIRE IMïLlTIgî K IK MnVK.N \<.F.. iu:.

de Neustrieot do liour^^ojriio, nttira ^iriiiinalJ. :iiii>i 4111' >tni (ils. à Paris et les fil jeter dans une prismi, nii ils innm'iirtMi!. l >! «'Vt-nement eut pour résultat de rriiiiir dt> nniivran rAii>lr.tsit> aux aiitrrs royaumes des Francs.

Deux mois à peine sViaient **('rMd«''S drpiiis la lin lrai:i<|iie de Grimoald et de son lils, lorsi|ut» le roi rjilovis II ri*ssa d*exist»'r. il laissait trois entants niàh's; mais, eontrairtMnent à la routunu* des Francs, on décida ijne la nionairhit» ne serait pas pai1ai:«V; que laine, du nom de Chlotaire, n>^nierait srul sous la tntdlf'di» sa nirre Bathilde, assistée d*I'j*clnnoald, maire du ])alais. I/Anstrasie, la Xeustrie et la Bourj:ojrn<Mlemeur(''r(Mit réunies j:endant «juatre ans, sous le sceptre de (Ihlotairr III et le jîouverm'miMil di* sa mrre. Au bout de ce temps, les Austrasicns voulurent, nmnnr toujnnrs, former un Etat distinct et demandrriMit pour roi un entant de la tamille royale. La reine lem» envova son secoml lils, apprli' t;iiild<*rir, qui o*avait que neuf ans, et le ronlia aux soins de Widfoald. nommé maire du palais d'Austrasie.

Bathilde se retii-a du monde politiijue en liOl. I.a Nenstrie et la Bourgogne furent alors gonvern<M»s smis le nom de (Ihliitaire III, par 16 061651*6 Ebroin, qiii avait sutMM'dr' à Wnlfoald dans la digniti' de maire du palais.

IjC roi Chlotaire mourut en lîTO. i.e Irone de Nenstrie et l»onr4(0''ne étant vacant, Ebroin, afin de ctmserver K» pouvoir, se hâta «Tv pla(*er le plus jeune llls du roi ïliierry. Ol aele audacieux attira la colère des grands, qui n'avaient pas été consullt's, celli' surtout di's j^n-ands de FAustrasie, qui entendaient rétablir à leur piolit Tunih'' de la monarchie sous le sceptre de (ihildc'ric II, h' rru de U'ur pays. Ils prirent les armes et marclièr«Mit sur Paris. Ebroin tondia entre leurs mains, ainsi qu(^ son roi Thierry, le li'oisiènn» du nom. L'un et l'autre furent tonsun»set enfernjés, le roi :i Saint-Denis, le maire du palais au monastère de Luxeuil.

Childéric II joignit les couronnes de Neuslrie et dcî lîourgogne fi celle qu'il portait déjJi ; mais à peint» Tunilé de la monarchi(* est-elle reconstituée, (jue le monarque, sa femme et ses enfants succond)ent sous les coups d'une band«» d'assassins. 11 y eut alors en Nenstrie une p(5riode d'agitations confuses (M dt* guerrt^s civiles, à l'issue de laquelle Thierry III fut rétabli siu' le trùne, (*l Ebroin se retrouva maître du pouvoir avec son ancien titre de maiie du palais.

Quant à FAustnisie, son inch'pendance parut être pour quelque temps raffermie par un «événement impn*vn. Le lils de» Sigheberl,

appcilé Dagol)ort comme son aïeul, ce prince que Grimoald avaii tait enlever et confiner dans un cloître en Irlande, reparaît tout à coup; il se rend à Metz, où les grands du royaume le proclament roi d'Austrasie et désignent Wulfoald pour les fonctions de maire du palais.

Dagobert II ne régna pas longtemps ; il mourut assassiné en 679. Comme il ne laissait pas d'enfant mâle, il n'eut point de successeur et le trône resta vacant.

Il n'y avait donc plus de roi en Austrasie ; mais il y avait une famille puissante, qui aspirait à la royauté et qui fut assez habile pour s'élever jusqu'au trône d'une des plus vastes monarchies. Nous voulons parler des descendants de Peppin et d'ArnuIfe. On sait la fin tragique de Grimoald et de son fils. Peppin de Landen n'avait pas d'autre enfant mùlc; mais une de ses filles nommé Begghe, avait épousé un fils de saint Arnulfe, et de ce mariage était né Peppin dit d'Herstal. Celui-ci succéda, dans les fonctions de maire du palais d'Austrasie, à Wulfoald, qui mourut en 676; il occupait donc cette haute position au moment de l'assassinat de Dagobert II. Au surplus, et par le fait seul de l'immense fortune de sa maison, il marchait h la tête de l'aristocratie austrasienne, avec un autre petit-fils de saint Arnulfe, appelé Martin.

lin changement notable allait se produire dans la politique de l'aristocratie franque. Les guerres qui jusque-là avaient armé les uns contre les autres les grands d'Austitisie et de Neustrie, n'étaient pas des guerres nationales proprement dites; elles n'avaient pas le caractère d'une lutte de peuple à peuple : leur source était dans la rivalité des classes dominantes. A peu d'exceptions près, les membres de l'aristoci^atie étaient d'origine franque dans toutes les régions de la Gaule ; mais les Francs d'Austrasie et les Francs de Neustrie et de Bourgogne se jalousaient mutuellement. La cause principale de cet antagonisme était la cupidité des grands, l'esprit d'envahissement et de conquête qui les animait. Nous avons vu les Austrasiens se séparer des Ncustriens toutes les fois que le siège de la royauté était établi en Neustrie; ils voyaient avec peine alors leur pays n'être plus qu'une province de la monarchie fondée par leurs aïeux; ils voulaient avoir un roi et un gouvernement distincts; mais aussitôt qu'ils entrevoyaient la possibilité de faire passer les trois couronnes sur la tête de leur roi à eux, ils saisissaient avec empressement l'occasion de rétablir l'unité de la monarchie, sauf h revenir à leurs idées de scission si le roi et la cour allaient s'établir en Neustrie.

HISTOIRF. PoLlTlni l hl M**\ï\ \ÙY e.'T

Ce qui occasionna la rupiuie Jf^o** cr-ivUMirifiix. ir- t;:î la it.ii- (luite d'Ebroln ù regard dos jrrauJ> de Nru>irio t-i df iMiur^^n^'iu». Cet homme, qui nappailenail point, par >;i nai<s;i!k*o. ii rari^inoniîie franque, haïssait tout ce qui portait le nom do Franc; il avait, d'ailleurs, des motifs de rancune contre ceux qui avaient pris |iarti contre lui après la mon de Childeric 11. Il les jiersêcuiaiï, les dt'jMjuillait de leurs biens, les ibn;ait à êniijri-er. La [ilupart se ri^fujrièreni en Austrasie, où ils furent accueillis par Peppin et Martin, qui embrassèrent leur cause et sommèrent KItroin de les réintéj^rer dans leurs biens et leurs dignités. Sur so!i r^ fus, ils nunvlièreni coniiv lui avec une poignée d'hommes, en (i8M. dette campagne ne fut pas heureuse : Ebroln avait soulevé et armé toute la population des deux royaumes. Les Austrasiens furent battus à Latïiuix, entre Laion et Soissons; Martin tomba entre les mains de i'eiuiemi, qui le fit périr; Peppin sévit forcé de battre en i-elraite el «le riMilrer dans les limites de l'Auslrasie.

Ébroïn mourut peu de temps après, mais sa mort ne changea pas le caractère de la lutte désormais engagt*e eiilre les Francs et les Gaulois. En 687, Peppin réunit dans la forêt Charbonnière une arnuM» nombreuse, à laquelle se joignirent les bannis de Nenstrie et de Bourgogne. Bertaire, qui était alors maire du palais de Nenstrie, souleva, comme avait lait Ebroïi», les populations gauloises et tit marcher les milices des villes, l'ne innombrable mnltTiude de p«»uph» suivait ses bannières. Les deux armiVs s\''tani mises en maivhe, la rencontre eut lieu à Testry. Les masses populaires de Nenstrie, mal oi^nisées et mal commandées, précipitées sans ordre sur un ennemi habile au métier des armes, vinrent se briser contre les lignes de fer des AusUiisiens.L armée neustrienne fut battue et sa dércmte fut complète. Bertaire fut tué, pendant la retraite, par un des siens. Le roi Thierry, qui assistait à la bataille, se trouva fort heureux de pouvoir i-egagner Paris.

On a assimilé cette victoire l\ une nouvelle complète de la CanU» par les Francs. Cette appréciation est un peu (exagérée, mais elle n'est pas absolument dépourvue d'exactitude. Il est incontestable que la bataille de Testry eut pour conséquence d'assurer la suprématie de FAustrasie sur la Neustrie et la domination des Francs sur les Gaulois jusqu'à la dissolution de Tempire deCharlemagne. Peppin ne voulut pas cependant abuser de sa victoire : loin de détrôner le roi Thierry, il le fit reconnaître par les Austrasiens, qui n'avaient plus eu de roi depuis la mort de Dagobert II; mais il se réserva

rexercice de la puissance souveraine et prit le titre de prime et duc des Francs, Un de ses fidèles, nommé Norbert, fut placé auprès du roi pour remplir les fonctions de maire du palais.

Peppin retourna dans ses domaines en Austrasie et fixa sa résidence à Herstal, près de Liège :ce qui lui fit donner le nom de Peppin d'Herstal. Le siège de la puissance des Francs se trouva ainsi transporté des bords de la Seine aux bords de la Meuse.

Tout ce quon sait du régime intérieur de la Belgique à celte époque, c'est qu un nouvel élément social s'y était introduit et développé i-apidement. Des religieux étrangers, la plupart appartenant à la noblesse gauloise, avaient obtenu de vastes concessions de terres, pour y fonder des communautés de moines. Les chefs de ces établissements exerçaient sur la population desclaves, de serfs et de colons qui vivait dans leurs domaines et cultivait leurs terres, des droits absolus de juridiction. Les rois leur avaient accordé des immunités telles, qu'ils étaient indépendants des pouvoirs publics et que, dans la suite, plusieurs devinrent de véritables souverains. Les domaines auxquels s'appliquaient ces immunités cessaient, en quelque sorte, de faire partie du territoire national, pour se convertir en colonies ecclésiastiques.

La propagande organisée pour étendre ce système social vers le nord paraît avoir été la principale cause d'une guerre qui éclata, en 689, entre les Austrasiens et les Frisons. Ceux-ci avant refusé de payer le tribut auquel ils s'étaient précédemment engagés, Peppin d'Herstal entra avec une armée dans la Frise citérieure, c'est-à-dire dans le territoire situé entre la basse Meuse et le Rhin. Il transporta la frontière austrasienne jusqu'à l'embouchure de ce dernier fleuve, et le duc Radbod fut contraint à payer le tribut comme par le passé. Ce ne fut point toutefois en une seule campagne que les Frisons furent réduits à se soumettre : cette guerre paraît avoir duré jusqu'en 645, époque où Peppin remporta une victoire signalée à Dorestad, aujourd'hui Duerstède. Saint Willibrod, qui avait suivi l'armée avec une compagnie de moines, s'établit alors à Wiltaburg et fonda l'Église d'Utrechtice qui était vraisemblablement le but de l'expédition.

A la mort de Peppin d'Herstal, en 714, le duc des Frisons s'empressa de reprendre les armes. D'autre part, les Neustriens, croyant le moment venu de se soustraire à la domination austrasienne, choisirent, pour les conduire en Austrasie, un seigneur franc, établi dans l'Anjou et nommé Ragenfrid ou Rainfroi. Un accord paraît

HISTOIRE POLITIQUE \)V MOYEN Af.E. -il»*»

s*être formé entre le chef des Neustriens el le du*!' des Frisons; leur objeclifcommun était la ville de Cologne, oii résidait Plectrude, la veuve de Peppin. Radbod remonta le cours du Rhin avec un jçi-and nombre de bateaux; Rainiroi conduisit son aruM'^^ par 1rs ArdtMines; rAusli*asie était perdue si Peppin ifavail pas laissé un tils digne de lui, quoique de légitimité prol)lémati(iue, el si ce tils, connu dans rhistoire sous le nom de Charles Martel, n*avait pas été tiré assez tAt de la prison où Plectrude l'avait fait enfermer.

Charles se hAta de réunir tout ce qu*il y avait d'hommes de guerre dans la contrée, et avec cette troupe peu nombreuse, il courut arrêter les progrès de l'invasion. Il se jeta dabord sur les Frisons, qui le repoussèrent, mais sans persister dans leur entreprise. Il se mit, après cela, à la poursuite des Nerviens, rjui déjà battaient en retraite; il ne put les atteindre qu'Ji Amblève, près de Siavelot. Là, i/les surprit dans leur camp, tomba inopinément au milieu d eux et les mit dans une déroute complète.

L'Auslrasie était sauvée, mais cela ne suffisait pas à Charles Martel, qui voulut reconquérir la grande position (ju'avait occupée son père. Il s'engagea à cet effet dans une série de guerres qui n^mplirent toute sa vie. Le nombre de ses victoires est égal à peu près à celui des batailles qu'il eut h livrer. Pai'mi ses actions les plus glorieuses, on cite d'abord la bataille de Vincy, qui, en 717, diM^ida du sort de la Neustrie et puis surtout la bataille de Poitiers, qui sauva la France du danger de tomber sous le joug des Arabes. La Belgique est en droit de s'attribuer une bonne part de la gloire militaire de Charles Martel, non-seulement à cause de la nationalité du héros, mais aussi parce que nos ancêtres le suivirent dans toutes ses expéditions.

Jusqu'en 737, il y avait eu un fantftme de roi mérovingien sur le trône de Neustrie; mais après la mort de Thierry IV, ({u\ eut lieu à cette époque, Charles Martel ne jugea pas oppoi'tun de lui donner un successeur. Se sentant lui-même approcher de sa fin, il partagea l'empire des Francs entre ses deux fils, Carloman et Peppin dit le Bref, Le premier eut l'Austrasie, avec la Thuringe et la Souabe; le second, la Neustrie, la Bourgogne et la Pi^ovence.

Charles Martel étant mort en 741, ses deux fils permirent aux Neustriens de placer sur le trône un clerc mérovingien qu'ils avaient tiré du couvent, et de lui doinier le nom de Childéric 111. C'était un de ces rois cités par Eginhard « qui devaient se contenter, pour toute prérogative, de leur titre de roi, de leur chevelure

ilO BELGIQUE POLITIQUE ET SOCIALE.

flottante, de leur longue barbe et du trône où ils s'asseyaient pour représenter l'image du monarque, pour donner audience aux ambassadeurs des différents pays et leur notifier, comme expression de leur volonté propre, des réponses qu'on leur avait apprises et souvent même imposées. »

Le grand événement de cette époque est le concile de Leptines, tenu en 743 au château des Estinnes, près de Binche. Il fut résolu dans ce concile de faire rentrer en la possession de l'Église les biens dont elle avait été privée. Charles Martel n'avait pu faire la guerre pendant un quart de siècle sans récompenser ses fidèles, et les seules récompenses possibles à cette époque étaient les concessions d'immeubles à titre de bénéfice, c'est-à-dire de jouissance usufiruitière. Les rois mérovingiens avaient trouvé dans la Gaule l'usage de ces concessions; ils l'avaient adopté, par mesure de prudence, après avoir fait déjà de nombreuses donations en pleine propriété. Mais il paraît qu'au temps de Charles Martel cette ressouit5e était épuisée ; les communautés religieuses avaient absorbé la plus gi'ande partie du domaine public, et le reste servait à rémunérer les fonctionnaires de l'État. De là vint la nécessité d entamer les bénéfices ecclésiastiques. Les compagnons de Charles Martel voyaient, d'ailleurs, d'un œil d'envie la richesse de ces domaines, dont les détenteui'S étaient pour la plupart de nation gauloise. Eux aussi, ils auraient voulu devenir évéques ou abbés, pour jouir des revenus des abbayes et des évêchés; quelques-uns furent assez heureux pour remplacer les titulaires qui avaient pris parti conti'e les Francs; mais au plus grand nombre Charles MarteJ ne put faire distribuer que des parcelles de terres enlevées aux communautés religieuses.

Le concile de Leptines avait à réparer ces désastres et à reconstituer la fortune de l'Église. L'occasion était favorable : deux jeunes princes inexpérimentés venaient de succéder à un homme politique de grande valeur. Vu capitulaire de l'an 742, confirmé en 743, décréta en principe la restitution aux églises de tous les biens dont on les avait privées pendant la guerre , mais il était à prévoir que l'exécution de cette mesure rencontrerait bien des difficultés. Afin de les éluder, on stipula qu'une certaine partie des biens ecclésiastiques serait retenue, à titre de précarie et de cens, pour les besoins de l'armée, à condition que les détenteurs payeraient annuellement à Téglise ou au monastère dépossédé un solidtis pour chaque casata. Il est à remarquer que ce décret consacre un des usages qui ont servi de fondement à l'ordre féodal.

HISTOIRE POLITlun: TU' MOYEN A(;E. -211

Après avoir assuir, autant qu'il «Hait en son |M)uvoir, lexécution des dtkri'els du concile, Cai'loman, à (jui son pèi'o avait Icj^ué le gouvernement de TAustrasic, ivsolul do se retirer du monde et de renoncer à la vie politi(iue. II déposa ses pouvoirs, en 747, entre les mains de son frère et se retira en Italie.

Peppin, resté seul en |)Ossession de la puissance tbndiMî par les Francs, supprima, en 752, la royauté fictive des Mérovingiens, et, dac<^rd avec le pape Zacharie, il monta lui-même sur le trône. A dater de ce moment, l'histoire de TAustrasie se eonlond avec celle des autres États de la domination française.

Période caroijxgiexxk. — Charlemajçne succède li Peppiii le Bref en 768. Bientôt il rétablit IVmjïin* d'Occident; toutes les jiopulalions indistinctement qui habitaient les diverses parties de ce vaste empire sont soumises au même joug. La Belgique ifa dautn? pi'ivilége que de pouvoir se dire le berceau de la dynastie. Charlemagne lui ai)partient évidemment; on ignore h> lieu précis de sii naissance, mais toutes les circonstances connues saccordent avec la tradition pour Élire présumer qu'il était |né en Belgique, à Herstal, à Jupille ou h Aix-la-Chapelle, qui faisait partie du même paam. ïriutes ses afteclions étaient pour les bords de la Meuse, la foret des Ardennes et les eaux d\\ix-la-Cha|Kîlle. Il parlait habituellement la languie de ce pays, un dialecte germain (pielconque, allemand ou flamand. F^e latin, source des dialectes romans, était pour lui uih* langue étrangère. Il est incontestable que la dynastitî (*arolingienne était dorigine belge, et que, par suite des événements qui soumirent à cette dynastie l'empire d'Occident, la Belgique fut pendant de longues aimé(»s le foyer de la plus vaste des monarchies europé<nnuîs. C'est un sujet de consolation pour Tamour-propre natioiral;mais nos ancêtres ihî l'ontils pas payé trop cher pour que nous ayons le droit de nous en glorifier? C'est une question que nous n'entreprendrons pas de résoudi'o.

Le système politique de Charlemagne est assez connu. Comme tous ses contemporains, il confondait h'S affair(»s de l'Église avec celles de l'État et se croyait le di'oit de régler les unes aussi bien que les autres. Sa doctrine politico-théocratique tendait à la fusion du monde germanique avec le monde romain; il pensait que la société ne pouvait être gouvernée que par le concours de deux puissances, cesl-Ji-dire par l'autorité ecclésiastique, dont le pape était le chef, et par l'autorité politique, qui était celle de l'empereur. Toutefois, il entendait (pie l'Église fût dans l'empire, et non l'em-

m BELGIQl E POLITIOI E ET SOCIALE.

pire dans TÉglise. Tout on reconnaissant laulorité tlu papo, il cunsidc^rait son autoi'itc^ propre comme devant tou>urs prédominer. Il sentait bien qu'il y avait certaine limite entre son pouvoir et celui qu'on appelle aujourd'hui spirituel, 'mais ses idées là-dessus n'étaient pas bien arrêtées. Tandis qu'il prétendait que les préti-es ne doivent pas s'immiscer dans les affaires de l'État, d'autre part il les employait à toute occasion comme agents de sa politique. Au reste, l'histoire de l'empire de Charlemagne n'est pas un sujet spécialement belge; nous n'avons à nous en occuper ici que relativement aux conséquences générales dont la Belgique eut à subir sa part.

L'usage des concessions bénéticiaires, ce premier élément de la féodalité, prit sous Charlemagne une extension considérable. L'empereur employait les bénéfices comme traitements, comme salaires, pour rémunérer ses officiers et les agents du fisc à tous les degrés. Dans le célèbre capitulaire de villis, il est fait mention d'intendants et même d'écuyers, de palefreniers qui possédaient des bénéfices. L'or et l'argent étaient rares; les terres seules étaient abondantes, c'était la monnaie dont se servaient le roi, les membres du haut clergé, tous les possesseurs de grands domaines, pour payer les senices des fonctionnaires qu'ils employaient. Quant aux anciens hommes libres, propriétaires d'alleux, leur nombre diminuait incessamment; il en était de même de la propriété indépendante, qui tendait à disparaître pour faire place à la propriété bénéficiaire et plus tard au fief.

On a fait un mérite h Charlemagne de ce qu'il réunissait assez fréquemment les placites généraux; mais peu de personnes pouvaient y assister, attendu qu'il les convoquait sur tous les points de son vaste empire, partout où lui-même se trouvait temporairement; et d'ailleurs, la composition de ces assemblées n'avait rien de commun avec les anciens placites généraux des Francs. Ce n'étaient plus les hommes libres et indépendants, les ingenui, qu'on appelait à délibérer sur les intérêts de la patrie : c'étaient, d'une part, les grands de la cour, les conseillers et courtisans du roi, les princes, les comtes, les seigneurs et les petits bénéficiers, minores; d'autre part, les évêques, les abbés et les clercs.

Les placites cantonaux n'étaient pas moins dénaturés. Les comtes avaient pris la place des anciens //ra/i<îdans la présidence de ces assemblées, et comme il n'y avait pas de comtes dans toutes les petites localités, ils se faisaient représenter par des agents subalternes, appelés vicairea ou centeiners. Ceux-ci devaient, b la vérité, se conformer aux

HISTOIRE POLITlUlE DL MuMl.N AGE. 2ia

usages nationaux et convotiuer les hommes libres, lesquels étaient obligés de se rendre au plaid sous peine d amende; mais cette obligation même tut ce qui tua rinstitutioii. Il arriva ([ue les cenleniers, qui percevaient les amendes, multipliaient les convocations [lar cupidité, au point d'en faire une charge pour les habitants. On aurait pu facilement corriger cet abus, soit en punissant ceux (|ui s'en- rendaient coupables, soit en su])])rimant les amendes: Charlemagne trouva plus convenable et i>lus conforme a ses vues de supprimer les placites cantonaux. Il les rem]tlaca par des espèces de tribunaux composés de sept juges appelés scahini. C'est Torigine de féchevinage.

En mémo temps qu'il supprimait les anciennes assenibhies locales, Cbarlemagne instituait, sous le nom de triapUuita, des réunions qui àc tenaient trois fois par année dans chaque comté, et ({u*il ne faut pâs confondre avec les placites généraux. La substitution des tria placita aux anciennes assenddécs locales est un fait plus grave qu'il ne paraît. Ce n est pas seulement la fréquence de ces réunions qui est diminuée, c'est encore leur c(.)mposition qui se trouve modifiée; le but même, l'objet de l'institution a subi un changement radical. Autrefois les iiujenui seuls, honnnes libres et j propriétaires d'alleux, seréunissiiient pour régler les afiaires de leur /m//M,s'; désormais tous les habitants du comté seroul confondus : propriétaires indépendants, béiiéficiei*s et vassîiux, tous indistinctement seront convoqués, non pour débattre librement les intérêts de la jiopulalion, mais pour recevoir communication des mesures prises soit par le comte même, soit par l'autorité su[»érieure. La grande division (jui séparait les deux ordres de société, les deux espèces d'hommes, disparait; les fils des mjenui passent sous le même niveau que les habitants des domaines concédés à titredelJénélice ou deprécarie. Tous indistinctement sont lancés sur la pente qui doit les conduire au régime féodal. A Charlemagne succéda Louis le Débonnaire, dont le règne n'eut pour la Belgique d'autre résultat que de la faire participer à la décomposition d'un vaste empire. Lorsque Louis parvint au leime de sa longue et pénible carrière, en 840, déjà l'empire n'existait plus de fait; le prestige du grand nom de Charlemagne était le seul lien qui parût encore attacher" entre elles les diverses nations (ju'il embrassait dans S4ÎS limites. Les A^iuitains, les Callo-Francs, les Cerniains, les Italiens, tout en reconnaissuit encore la suprématie nominale d'un empereur unique, s'étaient instinctivement séparés les uns des autres. Peut-être eut-il été heureux pour ces peuples que leur sépara-

414 KELGIUliE POLITIULE ET SOCIALE.

tion tût définitive, et que les prétentions dynastiques ne vinssent pas remettre en question leurs nationalités; mais il en fut autrement. Après la mort de Louis le Débonnaire, l'aîné de ses fils, Lothaire, fit connaître à tous les peuples de l'empire qu'il avait pris possession du trône impérial, qu'il punirait les rebelles et récompenserait les fidèles. Il voulait qu'on le reconnût comme empereur dans tous les États de la monarchie. La conséquence immédiate de cet acte fut une guerre fratricide, qui se termina par la bataille de Fontenailles ou Fontanet, où Lothaire fut vaincu par les forces réunies de ses frères, Louis et Charles.

La paix fut ensuite conclue et le partage réglé par le célèbre traité de Verdun, de l'an 843. Lothaire conserva le titre d'empereur, avec de vastes États comprenant tout ce qui autrefois composait le royaume d'Austrasie et s'étendant le long de la Meuse, de la Saône et du Rhône, jusqu'aux Alpes et à la Méditerranée. Nous ne possédons pas le texte de ce traité; mais nous savons, par les Annales de Saint-Bertin, que tout le pays situé entre le Rhin et l'Escaut jusqu'à la mer, avec le Cambresis, le Hainaut et les comtés de Lomme et de Castrice, faisait partie des États de Lothaire. Au delà du Rhin étaient les possessions de Louis, qui fut appelé le Germanique. Le territoire situé au sud-ouest de l'Escaut appartenait à Charles le Chauve, qui avait l'ancien royaume de Neustrie.

Lothaire mourut à l'abbaye de Pruim en 8o5, après avoir fait le partage de ses États entre ses deux fils : il laissait l'Italie, avec le titre d'empereur, à Louis II, qui était l'aîné, et léguait à Lothaire, son fils puîné, la partie de l'ancienne Austrasie, qui depuis fut appelée Lotharingie.

Le règne de Lothaire II offre peu d'intérêt au point de vue de l'histoire politique du pays. Après la mort de ce prince, qui eut lieu en 869, la Lotharingie fut partagée entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, par traité du 9 août 870. On coupa la Belgique en deux fractions, séparées par la Meuse et l'Ourthe, et Ion donna au roi de Germanie tout ce qui se trouve du côté oriental; de sorte «jue Charles le Chauve eut tout le territoire qui s'étend depuis les bords de l'Ourthe et de la Meuse jusqu'à l'Océan ; il concéda la rive gauche de l'Escaut, comme comté relevant de sa couronne, à Baudouin Bras de Fer, qui avait enlevé et épousé sa fille Judith, et qui fut le premier des comtes de Flandre.

A dater de cette épo^iue, la Flandre a son histoire particulière, distincte de l'histoire de la Lotharingie. Nous y reviendrons après

HISTOIRE POLITJULE DL MOYEN AGE. iK)

avoir exposé en peu de mots quelle fut la suite des événemenls en ce (jui concerne la partie principale du pays.

Louis le Germanique, décédé en 876, eut pour successeur Louis de Saxe, que Charles le Chauve s efforça vainement de déposséder de la fraction de la Lotharingie qui faisait partie de son héritage. Aprè& une bataille, qui eut lieu près d'Andernach le 8 octobre 876, le partage de Tan 870 fut maintenu. Même sous le successeur de Charles le Chauve, ce traité fut renouvelé, en 878 ; mais en 879, à la mort de Louis le Bègue, la fraction de la Lotharingie qu'il avait conservée fut cédée à Louis de Saxe, de sorte que les deux parties du royaume de Lothaire furent de nouveau réunies, et la Lotharingie se vit placée sous le même sceptre que la Germanie.

Louis de Saxe, autrement dit Louis II, eut pour successeur Charles te'Gros, en 882; celui-ci fut déposé par la diète de Tibur, en 887, et remplacé par Arnulfe, fils naturel de son frère.

(Tétait l'époque des incursions normandes. Depuis la mort de Louis le Bègue, la Belgique avait été envahie de plusieurs côtés par les Normands; ils étaient entrés dans lEscaut, dans la Meuse; ils avaient débarqué sur les côtes de Flandre; la ville de Gand était devenue une de leurs places d'armes; ils avaient formé un camp retranché à Elsloo sur la Meuse, un autre aux environs de Louvain; ils occupaient presque tout le pays. Louis II avait été empêché de défendre cette partie de ses États par la maladie dont il mourut à Francfort. Quant à Charles le Gros, son ineptie et sa faiblesse sont précisément ce qui motiva sa déposition. Les Normands occupaient la Lotharingie depuis près de douze aïis, lorsque le roi Arnulfe entreprit de les expulser. Il leur livra à cet effet, en 891, une bataille sanglante vers l'endroit où s'éleva plus tard la ville de Louvain.

Dans une assemblée générale tenue à Worms en 895, Arnulfe céda la couronne de Lotharingie à son fils naturel Zwentibold. Ce prince, d'un caractère fougueux et tyrannique, ne tarda point à s'attirer la liaine des grands du pays; il priva de leurs honneurs et dignités des comtes qui se croyaient inamovibles. En effet, la plus grande partie de la Lotharingie était soumise à la couronne de France, à l'époque où Charles le Chauve avait, par son fameux capitulaire de Quierzy, décrété l'hérédité non-seulement des honneurs et offices, mais encore de toutes les concessions bénéficiaires. Zwentibold ne tenait aucun compte de cette loi constitutionnelle ; aussi fut-il obligé de prendre les armes pour réprimer les insuri'ections d'une aristociiitie puissante.

Après la mort d'ArnuIfe, en 899, son fils légitime, Louis dit l'Enfant succéda à la couronne de Germanie, et comme Zvventibold continuait de se rendre odieux par ses violences, ses exactions et ses rapines, les grands de la Lotharingie offrirent également à Louis la couronne de ce royaume. Zwentibold, devenu furieux, se mit à ravager les propriétés de tous ceux qui lui faisaient défection; mais des secours leur vinrent de la Germanie, une bataille fut livrée sur les bords de la Meuse, et Zvventibold y perdit la vie.

États féodaux. — Le roi Louis mourut en 912 ; il était le dernier des Carolingiens orientaux. Sa mort occasionna la séparation des royaumes de Germanie et de Lotharingie. Dans une diète tenue à Forchheim en Bavière, Conrad, de la nation des Francs Ripuaires, fut élu roi de Germanie; d autre part, les seigneurs lotharingiens, dont quelques-uns étaient antagonistes de Conrad, offrirent la couronne de leur pays au roi de France, Charles le Simple, qui se fit représenter dans son nouveau royaume par un duc bénéficiaire. Cette dignité fut décernée à Régnier, comte de Hainaut, et après Régnier, à son fils Gislebert.

Lorsque, en 922, Charles le Simple fut renversé du trône de France, il eut à lutter, pour conserver la couronne de Lothaiingie, contre le duc auquel il avait confié le gouvernement du pays. Gislebert s'était retranché dans la forteresse de Chèvremont, où le roi le tint assiégé pendant quelque temps; il fut délivré pai* Hugues, fils de Robert. Peu de temps après, Charles le Simple, étant rentré en France, tomba entre les mains de ses ennemis. Dès lors, les liens qui unissaient la Belgique à la France furent rompus; les Lothaiingieos offrirent la couronne au roi de Germanie, Henri de Saxe, et leur pays' se trouva de nouveau uni à FAllemagne. Gislebert demeura néanmoins en possession du titre et du pouvoir de duc; le roi lui doiuia même, pour se l'attacher, la main de sa fille Gerberge.

Mais à lavénemcnt d'Othon 1", en 936, Gislebert, qui cherchait l'occasion de s'affranchir, embrassa la cause du jeune frère d'Othon, appelé Henri, qui s'était posé en prétendant. Le roi Othon maix^ha contre eux avec une armée ; Gislebert, battu et mis en fuite, se jeta dans le Rhin, où il périt. Le roi lui donna pour successeur Oddon, fils de Ricuin, auquel il confia l'éducation de son neveu, Henri, fils mineur de Gislebert et de Gerberge.

En 944, le duc Oddon et son pupille étant morts lun et rauti*e, le roi conféi^ le duché de Lotharingie à Conrad, qui, peu d'années après.

IIISUHUK hUJTlniK DL MOYKN A(;E. ^217

devint son gendre. Cenouveaudur lit raser les forteresses de (luehiues seigneure lolharingiens, nolanimunl un des elmteaux du romle Hegnier, neveu de Gisleberi. (iet aiie i>araît se raj»porler à la gutM're que les comtes de Hainaul avaient enlr(*pris(î pour rentrer en jmssession du duché, qu'ils consid(;raient comme un héritage de famille; ils voulaient en même temps sapproprier les biens (pn^ (ierbcrge avait reçus en dot de leur aïeul Gislebert. Les principaux de ces biens étaieiit le château de (]hèvremonl,les ttM-res dt' M<»erss(Mi et de Litoy et le comté de Valencicnnes, on dit ménn» le conitti de Bruxelles. Vn différend sélant élev(i entre le duc Moin*ad et le roi Othon, celui-ci lui retira le duché de Lotharingie et en investit son propre frère, Brunon, qui fut sacré archevêque de (lologne. lue i)artie de la Belgique fui alors ravagée par le duc rléchu et parles hostilités mutuelles des deux partis en présence, ilegnier 111 profita <le la circonstance pour semparer de la dot de (lerbergts mais Ihunon, de son côté, fil enlever la fenniu? et les «Mifanls dt» U<^gnicr, de sorte que celui-ci dut renonctM- à ses j)rétentions, pour (d)tenir la délivraniîe de sa femille. Cependant Régnier prit encore les arm(\s contre le gouvernement de Brunon, en ÎKlî); mais alors il fut tait j>risonnier et envoyé en Allemagne, doii on ne le vit jamais revenir.

Larchevéque Brunon, (lésesj)érant de maintenir Tordre dans son gouvernement de Lotharingie, prit la résolution de diviser le pays en deux parties qui furent appelées duchés de haute et de basse Lotharingie. On donnait aussi au premier, qui conqn'enait TAIsace et la IjOminc moderne, le nom de Lotharingie Mos(»IIane. Frédéric, comte de Bar, fut investi de ce ducrhé, (pii resta dans sa famille. Il paraît que Brunon se réserva la basstî Lotharingie, comprenant tout le pays situé entre le Rhin, THscant et la Meuse vers son embouchure. Les évêchés de Trêves, Metz, Toul et Verdun furent séparés (le la Lotharingie et abandonnés aux évéques de ces sièges, sous la suzeraineté immédiate de Tempire. Il en fut probablement de même de révÊché de Liège, confcM'é en 972 par Othon, devenu empereur, h Xotker, un de ses conseillers, moine de labbaye de Saint-Gall, mais issu d'une maison princière de Souabe.

Les grands vassîmx laïques tendaient vers le même but ; ils auraient voulu ne relever que de l'empire, comme le comte de Flandre relevait immédiatement de la coui'onne de France. Les comtes de Hainaul avaient peut-être des vues plus élevées; mais depuis la défaite de Régnier m, le gouvernement de leur (^omté avait été confié à deux seigneurs appelés Garnier et Renaud. Les lils de Régnier, qui

-ii8 BELGIQUE POLITIQUE ET SOCIALE.

selaient rétujçiés en France, n avaient pas renoncé i\ lespoir de rentrer en possession de leur héritage; ils avaient d ailleurs contracté des alliances puissantes : laîné, appelé Régnier comme son père, s était marié avec une illle d'Hugues Capet; Tautre, appelé Lambert, avait obtenu la main d une fille de Charles de France, frère du roi Lothaire.

A la mort de Tempereur OthonT", en 973, Régnier IV et Lambert envahirent le Hainaut avec une petite armée, et livrèrent à Garnier et Renaud une bataille dans laquelle ceux-ci trouvèrent la mort. Mais Tannée suivante, Othon II envoya des troupes dans le comté; Régnier et Lambert furent expulsés ; le château de Boussoit, qu'ils avaient fortifié, fut pris et démoli. Othon partagea alors le Hainaut entie Godefi'oid d'Ardenne, qui eut le comté de Mons, et Arnould, qui eut celui de Valenciennes. En 976, Régnier et Lambert revinrent avec une nouvelle armée, soutenus par plusieurs seigneurs français, notamment par Charles de France. Godefroid et Arnould marchèrent contre eux; une nouvelle bataille s'engagea, dans laquelle le comte Godefroid fut grièvement blessé. La victoire paraît être restée incertaine.

L'archevêque Brunon était mort depuis Tan 965, de sorte que le duché de basse Lotharingie était \'acant. Othon H, dans un dessein de conciliation et de paix, loffrit à Charles de France, beau-père de Lambert : c'était un commencement de réparation pour l'ancienne maison de Hainaut. Le roi Lothaire se montra furieux de cet arrangement; il fit une incursion armée jusqju'à Aix-la-Chapelle: Othon répondit à cette bravade en faisant une incursion semblable jusque sous les murs de Paris. Ces actes d'hostilité n'eurent pas d'autre suite pour le moment; mais à la mort d'Othon II, en 984, Lothaire tenta de s'emparer de la Lotharingie. Il fut repoussé par les troupes d'Othon IH, à la tête desquelles se trouvait notamment le comte Godefroid d'Ardenne. Dans une bataille qui eut lieu sous les murs de Verdun, Godefroid eut le malheur de tomber entre les mains de l'ennemi et fut emmené prisonnier en Fmnce. C'est de là que lui vint le nom de Godefroid le Captif.

Celte circonstance malheureuse fut suivie de négociations qui eurent pour résultat définitif la restitution du comté de Hainaut aux descendants de Régnier. Godefroid fut mis en liberté après la mort de Lothaire, qui eut lieu en 986. C'est probablement à la même époque que Régnier IV entra en possession de son comté. Peu 'de temps après, Lambert fut investi du comté de Louvain.

IIISTOIIIK l'OLUlUl K 1)1 MOVK.N A(;E. -il.»

Charles de Franro, duc de hasso l.othariiigir, (Mail lils de Louis IV, surnommé d'Outrc-mor et de Gerberj^t» cjui, veuve de Gisleliert, avait épousé tm secondes noces le roi Louis IV. Après la mort de sa mère, (Charles avait hérité d'une partie de son domaine dotal, quelques auteurs disent mémo des comtés d(» Bruxelles et de Valeneieiines. Ce qui est moins jiroblématique, c'est qu'il possédait, en Brabant, de grands biens provenant de cette sourc*? et qu'il établit sa résidence à Bruxelles, où il fît construire un château dans une île de la Seinie. Il avait épousé Bonne, tille de (iodetroid dWrdeniies, et il en avait eu trois enfants : Othon, qui lui succéda; Tierberge, épouse de Lambert, comte de Louvain, et IhM-manpn-dc, qui épousa Albert V'\ con)te de Namur.

En 987, Louis V, roi de France et nev(îu de Charles, élant moi 1 sans postérité légitime, Hugues Capet s'empara de la couronne qui, dans Tordre légal des successions, devait revenir à CharK's. Celui-ci revendiqua ses droits par les armes, s'empara de la place de Laon et sut se maintenir avec énerLrie <lans le rnvaume de France; mais un acte de trahison et de lâcheté le livra à son eimemi : il lut surpris sans défense, pendant la lunt, enlevé (»t enfermé, par onhv d'Hugues Capet, dans la tour d'Orléans, où il périt (mi lUOl.

Il n'est pas invraisemblable qu'un partage» des all(»ux provenant de la dot de Gerberge ait été fait à cette époque entre les (Mil'anls de Charles, et que ce soit en vertu de ce pai-tage (pie Lambert, époux de Gerberge II, ait été investi du comt('^ de Louvain. Les dernières recherches ont fait constate!* (lue Lambert était comte de Louvain en lOO.'J, ce qui coïncide assez avec la mort de Charles.

Ces détails, comme on le veri^a bienl(')t, ne sont pas inutiles pour expliquer le démembrement du royaume de Lotharingie et la formation des petits Etats féodaux.

Après la mort d'Othon, en 100»^>, le duché d(» basse Lotharingie semblait être destiné à Lambert, gendre du duc (Charles, beau-frère du duc Othon et, d'ailleurs, l'un des descendants du duc Régnier. L empereur Henri II en disposa autrement; il investit de ce duché Godefroid, fds aîné de ce Godefroid d'Ardenne qui nvail autrefois combattu les comtes de Ilainaut. Pour que ce choix eût la vertu de raffermir l'autorité ducale, il aurait fallu (pie la maison d'Ard(Mni(\s fût assez puissante pour imposer son autorité à la maison de Ilainaut et à ses alliés. Cette sup(*riorit(i de force lui faisant di'faiiL il était à prévoir (pwî rantorit(î ducale ne ferail que fh'cliner. Siis-^i «pie vovons-nous? Loin de commander, U) (Un: («odelVoiil oM nWluii à .e

220 BKLClOl E POLITIOlK KT SOCIALK.

défendre contre le comte de Louvain, qui dévaste son château d'Eenaeme, et à combattre le comte de Namur,qui s'est allié à Lambert pour attaquer le château d'Hougacrde. Enlln les comtes Gérard d'Alsace, Thierry de Hollande, Régnier V de Hainaut et, après Lambert, Henri de Brabant luttent contre lui sans être châtiés.

Gothelon succède h son frère Godefroid en 1024, et par suite de la mort de Frédéric, duc de haute Lotharingie, il a l'heureuse chance de réunir ce duché au sien. C'était une magnifique occasion de restaurer un puissant État; mais lui-même en prépare le partage dans le règlement de sa succession, de sorte qu'à sa mort, en 1044, la Lotharingie est de nouveau divisée en deux duchés. L'aîné de ses fils, Godefroid dit le Barbu devient duc de basse Lotharingie, et Godefroid H recueille le duché de Mosellane. Le Barbu sollicite vainement l'empereur de reconstituer à son profit l'État que son père avait possédé. A plusieurs reprises, surtout après la mort de son frère Gothelon, il voulut emporter de force ce qu'il ne pouvait obtenir autrement; il prit les armes contre son suzerain; il entraîna dans sa querelle les comtes de Flandre et de Hollande; mais les tendances générales de l'époque n'étaient pas à la centralisation. Pendant qu'il s'épuisait en vains efforts pour réunir les deux parties de la Lotharingie, celle qu'il possédait sans conteste tendait de plus en plus à se morceler.

Godefroid le Bossu, fils du précédent, prit parti pour la comtesse Richilde de Hainaut contre Robert le Frison, et participa aux défaites de cette princesse ; il fit aussi la guerre au comte de Hollande dans l'intérêt de l'évêque d'Utrecht; il se distingua dans la guerre que l'empereur Henri dirigea contre les Saxons, et obtint en récompense févêché de Liège pour Henri de Verdun, son parent. L'histoire ne dit pas ce qu'il fit pour son pays.

Godefroid de Bouillon, qui lui succéda, était son neveu, il se couvrit de gloire dans la croisade; mais il abandonna le gouvernement de son duché, vendit son château de Bouillon à l'évêque de Liège et mit en gage ses autres domaines, pour aller chercher la .mort en Judée. Il était le dernier rejeton mâle de la maison d'Ardenne.

Bien que le duché de basse Lotharingie n'eût plus qu'une exis- ' lence en quelque sorte fictive, la dignité ducale n'en continua pas moins d'être un objet d'ardente compétition. L'empereur Henri V en investit d'abord le comte 'Henri de Limbourg, issu de la maison d'Ardcnne; mais, en IIOG, il fit droit aux réclamations du comte de

HISTOIRE POLITIOIE W MOYKN AGE. 2il

Louvain et transféra le duclié au comte Godefroid,qui possédait à peu près tout le Brabaut moderne ainsi que le marquisal «rAnvers. Les comtes de Limbourg ne cessèrent de revendiquer ce qu'ils considéraient comme un apanage de leur maison; des hosiilités s'engagèrent entre les deux familleset ne se terminèrent qu'en 1 155, par le mariage (le Godet'roid III avec Marguei-ile d(» Limbourg. Il lut alors conveim que les comtes de Limbourg jouiraient du titre de duc dans le pays situé entre la Meuse et le Khin et que les descendants des comtes de Louvain garderaient le nom de ducs de Lotharingie, (^est depuis lors qu'ils se sont appelés ducs de Lotliier et de Hrdbant.

Cette qualification n'étant plus qu'un titre honorifique, le morcellement de la Lotharingie se trouvait accompli. (Comtes, évéques et abbés, chacun travaillait à se l'aire une petite souveraineté particulière; les plus forts, les plus puissants parvinnMit à leur but; ils se donnèrent à eux-mêmes des vassaux, en inféodant des fractions soit de leurs propriétés allodiales, soit même de Itiurs tiets. Les devoij*s de subordination tV»odale qui liaient les teudataires de l'empire à leur suzerain ne les empêchaient pas d'exercer presiiue tous les droits régaliens : ils faisaient la guerre; et la paix de leur propre autorité; souvent même, ils prenaient les armes contre fempereur.

A partir de ce moment, la Belgique n'a plus (rhisloirc générale; chacun des petits États entre lesquels son territoire est partagé a son histoire particulière. Le cadre de cett(» publication ne nous permet pas de nous engager dans toutes ces complications historiques; nous devons nécessairement nous borner à l'exposition des faits généraux. Quant à la division féodale du pays, elle est parfaitement expli«iuée ci-dessus, dans la Géiujvaphie liistorujue de M. Piot.

CoMMLNKS. —Revenons maintenant à Thistoire <le la Flandre; cela nous conduira à l'histoire des communes.

Baudouin Bras de Fer avait épousé Judith, iille de Charles le Chauve, ei» 848. Il avait re^u pour apanage le comté ou marquisat auquel fut donné le nom de Flanjlre. Ce fief comprenait tout le pays situé entre l'Escaut et la mer, y compris TArtois, le Vermandois et le territoire des Morins. Les places les plus importantes étaient au midi Anus, au nord Bruges et Gand; il est douteux que le territoire situé à fouest du bas Escaut, ainsi que? les îles d(i Zélande en fissent partie : ces contrées paraissent avoir a|»[)artenu à fanciennt» Austrasie et par suite à la Lotharingie.

Baudouin II, qui succéda à son père, épousa une princesse

l'ii i;kl(;iqi K politmji k et socialk.

;inj(l:MS(» du nom tl'ElsIrudc, lille d'Altrt^d le (iraïul; il <mi cul diui\ lils, Arnould et Adolphe. En 941, sous Arnould, à la suite d'une jçueire dans laquelle le comte de Flandre était inlerveim pour soutenir les droits de Louis d'Outre-mer, Fenipereur Olhon V se mil en possession d'une partie du pagus gandemis, ainsi (jue du pays de Waes et de's Quatre-Métiers (ambacliîen ou villœ) qui en dépeiidaient.U lit construire à Gaiid une forteresse, qui fut appelée le château d'Othon, et y plaça un comte chargé de veiller à la conservation du pays de Waes et des îles de Zélaude.

Arnould dit le Vieux survécut à son fils Baudouin III, dont la veuve, Mathilde, se remaria avec Godefroid, comte d'Ardenne et de Verdun. Arnould le Jeune, fils de Baudouin III, était encore entant lorsqu'il succéda à son grand-père. En 987, n'ayant pas voulu reconnaître pour roi Hugues Capel, il se trouva engagé, connne l'avait été son a'ieul, dans une guerre si malheureuse, qu'il dut chercher un refuge auprès du duc de Normandie. Celui-ci le réconcilia avec le roi.

Baudouin IV, fils et successeur d'Arnould II, se ligua avec les principaux seigneurs de la Lotharingie et noiiimment avec Lambert de Louvain, contre l'empereur Henri II et le duc de Lotharingie Godefroid III, fils de Godefroid et de Mathilde. Baudouin s'empara du château de Valenciennes et s'y maintint courageusement contre des forces supérieures. Celte agression fut le signal d'une guerre ou plutôt d'une série de guerres auxquelles participa le comte de Hollande, Thierry, et qui ne prirent fin ({u'en 10.^)7, sous Baudouin V. Lempereui' (îéda alors au comte de Flandre, à titre de fief, le château d'Othon, le comté d'Eenaeme ou d'Alost, les Quatre-Métiers et l(îs îles de Zélande. C'est de])uis lors qu'on a distingué la Flandre impih'iale de la Flandre sous la couronne, et que les comtes de Flandre sont devenus feudataires de l'empire pour une partie de leurs possessions.

En 10G3, Baudouin V, ayant deux fils mariés, l'un îi Richilde, comtesse d(» Hainaut, l'autre i\ la veuve de Florent, comte de Hollande et de Frise, régla le partage de sa succession dans une assemblée tenue à Audenarde. Baudouin, époux de Richilde, fut désigné pour recueillir le comté de Flandre relevant de la couronne de France, de sorte qu'à la mort de son père il réunit ce comté à celui de Hainaut. La part réservée à Robert le Frison se composait de la Flandi'c impériale avec les îles de Zélande.

Baudouin VI, comte de Hainaut et de Flandre, eut de son mariage

IIISTOIUE POLITIQIE l»i: MOYEN ACE. i-iH

avec Richilde deux lils, Ariiould vl Iiaudouiii. Lorsqu'il mourut en 1070, ses entants étaient encore mineurs. Arnould lut reconnu comte de Flandre et placé sous la tutelle de son oncle Robert. Baudouin, auquel était échu le comté de Hainaut, demeui-a sous la tutelle de sa mère. Richilde, peu satisfaite de ces arrangements, forte d ailleurs de l'appui du roi de France, parvint à chasser Robert et sempai'a de la régence du comté de Flandre.

Mais il arriva que Robert fut rappelé par les grands du pays; presque toute la Flandre se souleva en sa faveur. Il revint, amenant avec lui quelques troupes auxiliaires de Hollande et de Frise. D'autre part, le roi Philippe s'avança vers la Flandre avec une ai*mée. Deux batailles successives furent livrées aux enviions de Casse! ; la victoire fut pour Robert le Frison. Le jeune comte Arnould ayant perdu la vie sur le champ de bataille, son frère Baudouin aurait dû lui succéder dans le comté de Flandre; mais c'eut été donner à Richilde le bénéfice de la victoire. Robert n'étant pas disposé à y consentir, le roi Philippe reçut de celui-ci le serment de vasselage.

Richilde, irritée de cette usurpation, qui n'était que la conséquence de sa conduite, implora l'assistance de touë les seigneurs de la basse Lotharingie. Pour ol)tenir de levéque de Liège des secours en hommes et en argent, elle lui fit cession de la suzeraineté du Hainaut, et obtint la ratification de cet acte par l'empereur Henri IV, lequel voulut sans doute se montrer reconnaissant des services que lui avait rendus l'évêque. Enfin Richilde entreprit, en 107:2, une nouvdle campagne contre Robert le Frison ; mais elle essuya, près de Broqueroy, une défaite qui mit fin à son ardeur belli([ueuse. ' Robert le Frison eut une nombreuse postérité : son fils Robert II s'illustra dans la croisade, où lui fut décernée la couronne de Jérusalem, avant que Godefroid de Bouillon leiit acceptée. Une de ses filles épousa le roi Canut de Danemark et donna le jour à Charles le Bon ; une autre, mariée h Thierry d'Alsace, fut mère d'un fils également appelle Thien^.

Robert II eut pour successeur son fils Baudouin VII, dernier membre de la branche flamande issue de la descendance masculine de Baudouin T*'. Quelque temps avant sa mort, en 1119, Baudouin Vil désigna, pour lui succéder, le fils du roi Canut de Danemark, Charles dit le Bon.

L'avènement de Charles le Bon au comté de Flandre coïncide avec la division de la Lotharingie en autant de petits États qu'elle conte-

42i HELGIUI t IMJLITIQI K KT SOCIALK.

liait de vassaux assez puissants pour se soustraire ii Taulorilé dueaK*. Malgré rinJépendance de chacun de ces vassaux ù IVgard des autres, un grand tait politique est commun a tout le pays: nous voulons parler de l'institution des communes.

In certain nombre d'hommes libres avaient échappé au régime de la féodalité, c'est-à-dire qu'ils n'étaient ni vassaux ni serfs. Mêlés aux habitants de conditions diverses qui, en se rapprochant, conimen^aient à former des centres de population, ils y apportèrent l'élément qui devait donner naissance aux communes. Eux seuls n'avaient pas perdu la qualité iYhujemii ni celle de payeuses; car, pour 1(» reste des habitants, le pafjus, considéré comme une institution politique, n'existait plus. Les hommes libres devenus vassaux appartenaient à un autre ordre de société; pour eux, la juridiction du payus avait fait place aux tribunaux féodaux.

Mais ceux des hommes libres qui étaient restés fidèles aux traditions nationales s'efforcèrent de rétablir l'autorité des scabiui, en transformant réchevinage du pagus en échevinage local. Eux seuls eurent d'abord le privilège d'occuper les charges de celte magistrature; eux seuls aussi, dans les premiers temps, étaient justiciabhs des échevins et i:égis par leur administration. Les personnes de condition servile continuèrent, pendant longtemps encore, d'être gouvernées et jugées par les officiers du prince; mais peu h peu elles obtinrent leur affranchissement, et, en formant des corporations de métiers, elles apportèrent aux communes un élément qui servit à compléter leur organisation.

C'est probablement dans c(^ mode de formation qu'il faut chercher l'origine des geslaehten ou lignages, qui, en Brabant, conservèrent, jusque vers la fin du siècle dernier, le privilège de fournir des magistrats municipaux aux villes de Bruxelles, Anvers et Louvain. Il y avait également des familles qui jouissaient de ce privilège en Flandre; mais nulle part l'influence des traditions germaniques ne se manifesta d'une manière aussi évidente que dans la principauté de Liège. Jusqu'au xnr' siècle, la bourgeoisie des villes liégeoises est exclusivement composée des habitants de race libre. En 1125, les serfs de l'évêque de Liège, appartenant à la classe des artisans, des gens de métiers, sont affranchis de la servitude; ils deviennent hommes libres sous le rapport des droits privés, mais, quant i\ l'exercice des droits ])oliliques, ils continuent d'en être exclus ; ils n'obtiennent aucune participation au gouvernement de la commune. Ne croirait-on pas assister à la restauration de cet ordre

HISTOIRE POLITIQIE Dl >h)YK.N ACK. d'i:\

sorial dans loquol les int/eiiui seuls étaient eonsi(l<''n'»s eonnne membres du corps politique constituant la nation?

Les communes ne se sont pas fondées partout imi même temps ni dans les mémos conditions. Pour quelques-un(»s iW ces associalions d'habitants, les franchises communales ont été acquises à l'aide d'insurrections; pour d'autres, à prix d'arjifenl; mais dans celles où s'était établi dès le principe un échevinaj^e libre, l'institution communale s'est produite connue un fruit naturel des traditions du pays. Les comtes de Flandre particulièrement eurent le bon- esprit de favoriser le commerce dans le^ connnuncîs nouvellement formées ou en voie de formation; ils établirent des foires, des marchés publics h Bruges, à Gand, à Courtrai, ii Tourcoinj^, à Turnhout, à Cassel. Dès les premiers temps, il s'était formé h Gand un centre de population assez considérable; rin<lustrie des tisserands et C(?lle des foulons paraissent y avoir été introduites par Baudouin IH, de 938 à 961. On attribue h Baudouin IV letablisscîinent de l'adminis- Inition communale de Bruges, en iOÎW. La reddition du château d'Olhon, en 1057, fut pour la ville de Gand le signal d'une vie nouvelle. Il y a lieu de croire que Grammonl avait déjfi des statuts communaux en 1068; le texte en a été reproduit, plus ou moins relouché, dans une charte de confirmation de l'an 1200. On v Irouve exprimées les garanties ordinaires; il y est fait mention d'éch(îvins, comme d'une institution déjà précédemment existante; ce nVst pas une législation nouvelle, c'est la consécration des continues antérieurement adoptées.

L'institution des comnnmes prit dans la Flandre une très-grande

extension. Les chàtellenies substituées aux /m^// foi-mèrenl aussi des

communautés, ayant chacune son échevi nage régi par une heure. On

connaît la keure du Franc de Bruges, de l'an 1190 cA celle des

Quati*e-Métiers, de date incertaine. Les villages mêmes obtinrent

des statuts communaux. Dès qu'un village était parveim ii un degré

de prospérité suffisant, il se transformait en conmiune, et le prince

lui accordait une keure.

Ce mouvement ne se bornait ])as à la Flandre, il paraît avoir été général; mais les heures sont plus rares dans les autres provinces, î>oit qu'on les ait conservées avec moins de soin, soit ([u'on n'en ait paâ délivré un aussi grand nombre. Au surplus, les communes pou- ^"îïieutotre organisées sans statuts écrits. La plupart des chartes ne londent rien, n'organisent rien; elles ne font qu<^ constater un état dechosi»s préexistant. La charte de Vilv(u*de, j»ar exemple, de l'an

•2->6 IJELGIOrE POLITIQIE ET SOCIALE.

I i 42, ifinstilue pas le collège des échevins, elle en reconnaît l'exislence légale et en garantit les attributions. En promettant aux gens de Vilvorde qu*ils n auront jamais d'autres juges, elle ne crée pas une juridiction nouvelle, elle ne fait que garantir le maintien exclusif d'un tribunal existant. En statuant que les impôts seront arrêtés par les échevins, elle n introduit pas une forme nouvelle d'administration, elle ne fait que consacrer un usage précédemment établi.

Le développement de la pi'ospérité publique et de lesprit de liberté fut si rapide dans les communes, que bientôt elles eurent acquis assez de puissance pour intervenir dans les affaires gouvernementales. Les événements qui suivirent le meurtre de Charles le Bon, à Bruges, en i i2G, en fournissent le premier exemple.

Les auteurs de ce crime étaient fds et petit-fils d'un habitant de Bruges, nommé Erenibold, homme d'extraction servile qui, apr6s avoir tué le châtelain son maître, avait pris sa place et épousé sa veuve, avec laquelle il vivait précédemment en adultère. De ce mariage était issue une famille opulente de châtelains h laquelle appartenait le prévôt de Saint-Donat, Bertulphe, chancelier de Flandre. Or, il arriva que, par suite d'un conflit avec la famille (le Stratis (Vander Straeten), une nièce de Bertulphe fut mise en demeure, par décision du comte Charles, de prouver qu elle était de tamille libi'e. 11 lui fut impossible de réunir les douze compurgatores requis pour faire cette preuve, d'où résulta que Torigine de sa famille fut rendue publique. Les descendants dlîrembold se virent exclus de la noblesse et privés de leurs fiefs; ils formèrent une conjuration, dont Bertulphe était lame, e! résolurent de se venger par la mort du comte Charles. Cet atroce dessein fut mis à exécution dans l'église de Saint-Donat.

Charles le Bon étant mort sans postérité, son successeur légitime, dans Tordre des lois féodales, était Thieri^ d'Alsace; mais celui-ci se trouvait trop éloigné, et d'ailleurs Louis le Gros voulait donner l(» comté de Flandre à Guillaume de Normandie. Le roi vint à Arras, où se rendirent aussi les châtelains et autres vassaux; mais, 'd'autre part, les bourgeois de Bruges se réunissaient et juraient de n'accepter pour conue que le prince qui leur paraîtiiiit le plus digne. A Arras, le comte Guillaume fut proclamé par le roi et par les barons de Fraiice et de Flandre. Les bourgeois de Bruges, s'étant concertés avec, ceux de Gand, consentirent h recevoir le comte Guillaume, mais après qu'il aurait acquiescé à leurs conditions. Introduit à Bruges avec le roi, le comte jura sur les reliques des saints qu'il respecterait

IIIST(»ir.K iMHJTIi»! K IM MdYKN AC.K. -Hl

l(*s lilNM'tôs cî los iH-i\ilr|^'(*s de Saint-Doiiîil; (|ii(' h^s linliitaiils soniieiil exemptés di* pay(M' le loiilieu el le mis dt^s liahilatioiis, el iiu'il leur serait faciillalif d(? CDrii-^er et d'auM'horer leurs lois et courûmes selon les exij::ences du t(*m{)S. Les eiloyens, de leur cotr, jurèrent fidélité au eoiule v[ lui finMU houiiuaj]f(\ Ensuite le? romte iveul les honuTiajres des autrt^s villes et d(»s vassaux, auxquels il Hecorda Tinvestiture de leurs liets.

Guillaume de Normandie si»ml)le avoir voulu procéder à une réoi^anisalion eonstitulionnelle du pays. Dans les docunuMils de eette époque, il n est plus tait mention de pauus : la division féodale par chàtellenies devient dominante. Pendant les trouhl(»s (jui suivirent lassassinat du comte C.harles, on avait vu des châtelains ametuM' sous leurs bannières les habitants d(» leurs juridictions, et lors de Télection du comte, ceux des châtelains qui étaient présents à Arras s'étaient prononcés en lav(»ur d<î Guillaume, devant Louis hî (Iros. Ces circonstances paraissent lui avoir inspiiv l'idée de réj^ui'r en sappuyant sur les châtelains, (jui seraient <levenus les exécuteurs de ses volontés. Croyant sans doute que tous les habitants de la Flandre estaient disposés à s(î ranimer sous leurs bannières, il s etlorca d'éleiidre Finstitution, en établissant des chàtellenies dans toutes les parties du pays. Mais U»s prétentions des châtelains, leurs (?xaclioiis et leurs violences soulevèrent non-seulement les bomj^oois des villes, mais encore un bon nondire de vassaux. .\ la suil(» dum» assemblée j^énérale tenue à (îand, deux siûj^neurs, hvan d'Alost et Daniel deTermonde, sechargènMil d'aller porli^-au comte les plaintes de la population; le voyant <lécidé à em])loyer la fonte d(»s arnu^s pour soutenir ses châtelains, ils lui signitièrent,tain en Icmu* propn* nom quau nom des (iantois, (ju'ils lui retiraient rhommage.

Après cette sorte de déclaration di» diM-héance, les insurj^és ap])e-

lèrent Thierry d'Alsace, qui fut reconnu hé'ritier h'j^ntinie du comté

«le Flandi'e. Thierry s'attacha l(\s nohl(»s par des concessions de fîefs,

el les bourgeois des villes en leur accordant diverses indemnitiis et

privilèges. Il semble être parviMui d<» c<'tte manière à contenter les

uns et les autres; mais les classes infi'rieures, (jui ne participaient

quindirectenuMit aux privilèges de la bourgeoisie, connnencaient }i

se remuer. Il v eut ;i Gand, sous U' rèj^ne <le Thierrv, un soulève-

meut des tisserands de laine, des foulons, des poissoiniiers et des

houchei-s. Des désordres plus graves paraissent avoir eu lieu dans

la Flandre occidentale. Les historicMis font à peine mention de ces

événements, auxquels ils attachent assez peu d'importance, (tétaient

±1H lîEU.lQl E POLITIUIE ET SOCIALE. ,

cependant les premiers symptômes d'une situation complicpiée qui devait avoir de sérieuses conséquences.

Dans le principe de la formation des villes, quelques concessions de privilèges pouvaient suffire pour calmer les émeutes populaires, parce que les habitants étaient unis entre eux, bien que divisés par classes, et qu'ils ne s'insurgeaient pas les uns contre les autres. Dans la Flandre, le comte s'appuyait ordinairement sur le peuple, pour résister aux exigences du roi, et lorsque le peuple avait à se plaindre du comte, il s'adressait au roi, qui manquait rarement d'intervenir, ne fût-ce que pour faire acte d'autorité au préjudice de son vassal. Mais les temps et les mœurs n'étaient plus les mêmes : le classement primitif des habitants des villes en hommes libres se gouvernant par eux-mêmes, et en habitants de condition servile gouvernés par un officier du prince, s'était modilîé sensiblement. Quelques familles puissantes, issues de la classe des hommes libres, étaient en possession du gouvernement des villes et n'entendaient pas en partager les bénéfices. L'esprit de domination et de cupidité de cette aristociiitie bourgeoise n'était tempéré par aucun sentiment généreux ; elle exerçait sans vergogne le monopole des fonctions municipales et exploitait ces fonctions à son pi'ofit exclusif. Mais comme, d"*autre part, la petite bourgeoisie, composée de marchands et de gens de métiers, s'était organisée en corporations, une lutte était devenue inévitable, dans le sein même des communes, entre la classe des bourgeois gouvernants et celle des gouvernés. C'est sous Gui de Dampierre que cette lutte éclata.

Les gens des classes inférieures considéraient le comteGui(r^/ en Hamand) comme leur protecteur contre les exactions de leurs magistrats municipaux. En effet, ce prince voulait forcer les échevins et administrateurs des villes à rendre annuellement compte de leur gestion financière; mais les Trente-Neuf Ae Gand, qui avaient été substitués aux anciennes familles patriciennes, s'adressèrent au parlement du roi. Philippe le Bel prit parti pour la classe dominante de la bourgeoisie gantoise et s'assura ainsi, dans toute la Flandre, Tartection des giimds, qui formèrent un parti politique sous le nom de Leiiaerts, D'autie part , cette alliance du roi avec les grands eut pour effet d'attacher plus étroitement à Gui de Dampierre la petite boin-geoisie, la(|uelle, confondant Philippe le Bel et les Leiiaerts dans une haine commune, se rangea sous les drapeaux du comte. Il s'ensuivit une gueri*e de plusieurs années entre le roi et son vassal, ou, pour parler plus exadement, entre la France et la Flandre.

HiSTOIKE POLITiyiE IK >I()YKN ACK. 2-20

Gui de Dainpierre fut tait prisonnier; Philippe le I>el eoulisquîi son fief pour cause de félonie, et prit possession du eonilé de Flandre,qu'il déclai*a réuni h la eouroiuie.En 1300, il vint lui-même se faire reconnaître dans les principales villes. Partout il fut revu avec enthousiasme par les Leiiaerts, mais non j)ar le peuple, qui, par des murmures et des cris témoigna de son mécontentement. Après le départ du roi, une émeute éclata à Bruges; Pieire de (>>ninck, doyen des tisserands de drîip, fut arrêté par le bailli et emprisonné avec vingl-cinq capitaines de la bourgeoisie, mais les b<)urg<»ois ne tardèrent pas à les délivrer. Aloi-s les grands de la ville senlendirentavec les lieutenants du roi pour réprimer <*(»lte é'meute; chui cents lances, rassemblées devani la ville, devaient y pénétrer, (mi même temps que les Leiiaerts tondxM'aient en armes sur les petits bourgeois. Mais ceux-ci, informés de ce cpii se passait, se jetèrent eux-mêmes sur les Leiiaerts et prirent d'assaut le (îliàtoau dans lequel ils avaient cherché un refuge. Quelques-uns des grands furent tués, un plus grand nombre blessés; les autres s échappèrent par la fuite.

Cependant le lieutenant du roi revint avec des forces supérienrcîs; il se rendit maître de la ville de Bruges, en lit raser liîs remparts, et commenta la construction d'une citadelle. Il déclai-îi les habitants déchus de toutes leurs libertés, coutumes et i>rivil('»ges. Cette conduite eut pour résultat de lui aliéner toutes les classes de la population; les grands comme les petits se séparèrent de la cause du roi : tous les citoyens de Brugccs s'unirent dans un sentiment commun de haine contre l'étranger. Presque en même temps une émeute violente éclatait h Gand contre les Leiiaerts; les gens de métiers les poursuivirent jusque dans le château du comte; deux échevins furent tui's; les autres, ainsi que le bailli et les grands, forent coniraints, pour avoir la vie sauve, de prêter serment de lidélité aux vainqueurs.

Le gouverneur du comté, Jacques de Chatillon, rassembla près de Courlrai une armée nombreuse; le voisinage de cette force encouragea les Leiiaerts de (îand à reconstituer leur parti (M rcMidit impossible la fédération projetée des deux principales villes de la Flandre. Bruges se vit réduite à capituler; pi*ès d(i cinci mille personnes qui avaient pris part à l'insurrection sortii'ent de la ville et se retirèrent sur les bords du Zwyn et dans les villes d'Ardenbourg et Ooslbourg. Chatillon, qui s'était engagé Ji n'entrer à Bruges qu'avec trois ciînts chevaux, en amena dix-sept cents et un corps nombreux d'inlanlerie. Tout annon(,"ait de sa pai't des desseins de vengeance;

•i-2S lîELGIQlE POLlTlglE ET SOCIALE. ,

cependant les premiers symptômes d'une situation eomplicjuée qui devait avoir de sérieuses conséquences.

Dans le principe de la formation des villes, quelques concessions de privilèges pouvaient suffire pour calmer les émeutes populaires, parce que les habitants étaient unis entre eux, bien que divisés par classes, et qu'ils ne s'insurgeaient pas les uns contre les autres. Dans la Flandre, le comte s'appuyait ordinairement sur le peuple, pour résister aux exigences du roi, et lorsque le peuple avait à se plaindre du comte, il s'adressait au roi, qui manquait rarement d'intervenir, ne fût-ce que pour faire acte d'autorité au préjudice de son vassal. Mais les temps et les mœurs n'étaient plus les mêmes : le classement primitif des habitants des villes en hommes libres se gouvernant par eux-mêmes, et en habitants de condition servile gouvernés par un officier du prince, s'était modifié sensiblement. Quelques familles puissantes, issues de la classe des hommes libres, étaient en possession du gouvernement des villes et n'entendaient pas en partager les bénéfices. L'esprit de domination et de cupidité de cette arislociiitie bourgeoise n'était tempéré par aucun sentiment généreux; elle exerçait sans vergogne le monopole des fonctions municipales et exploitait ces fonctions à son profit exclusif. Mais comme, Jaulre part, la petite bourgeoisie, composée de marchands et de gens de métiers, s était organisée en corporations, une lutte était devenue inévitable, dans le sein même des communes, entre la classe des bourgeois gouvernants et celle des gouvernés. C'est sous Gui de Dampierre que cette lutte éclata.

Les gens des classes inférieures considéraient le comteGui(r^/ en flamand) comme leur protecteur contre les exactions de leurs magistrats municipaux. En effet, ce prince voulait forcer les échevins et administi'aleurs des villes h rendre annuellement compte de leur gestion financière; mais les Traite-Neuf Ae Gand, qui avaient été substitués aux anciennes familles patriciennes, s'adressèrent au parlement du roi. Philippe le Bel prit parti pour la classe dominante de la bourgeoisie gantoise et s'assura ainsi, dans toute la Flandre, l'artéclion des grands, qui formèrent un parti politique sous le nom de Leiiaerts, D'autre part, cette alliance du roi avec les gi*andseul pour effet d'altacher plus étroitement à Gui de Dampierre la petite bourgeoisie, laquelle, confondant Philippe le Bel et les Leiiaeris dans une haine commune, se rangea sous lesdi^apeaux du comte. Il s'ensuivit une guerre de plusieurs années entre le roi et son vassal, ou, pour parler plus exactement, entre la France et la Flandre.

HISTOIRE POLITIQUE J)l MOYEN AGE. 229

Gui de Dampierre fut fait prisonnier; Philippe le Bel confisqua son fief pour cause de félonie, et prit possession du comté de Flandi^e, qu'il déclara réuni à la couronne. En 1300, il vint lui-même 56 faire reconnaître dans les principales villes. Partout il fut reçu avec enthousiasme par les Leiiaerts, mais non par le peuple, qui, par des murmures et des cris témoigna de son mécontentement. Après le départ du roi, une émeute éclata à Bruges; Pierre de Coninck, doyen des tisserands de drap, fut arrêté par le bailli et emprisonné avec vingt-cinq capitaines de la bourgeoisie, mais les bourgeois ne tardèrent pas à les délivrer. Alors les grands de la ville senlendirentavec les lieutenants du roi pour réprimer cette émeute; cinq cents lances, rassemblées devant la ville, devaient y pénétrer, en même temps que les Leliaerts tombei'aient en armes sur les petits bourgeois. Mais ceux-ci, informés de ce qui se passait, se jetèrent eux-mêmes sur les Leliaerts et prirent d^assaut le château dans lequel ils avaient cherché un refuge. Quelques-uns des grands furent tués, un plus grand nombre blessés ; les autres s'échappèrent par la fuite.

Cependant le lieutenant du roi revint avec des forces supérieures; il se rendit maître de la ville de Bruges, en fit raser les remparts, et commença la construction d'une citadelle. Il déclai'a les habitants déchus de toutes leurs libertés, coutumes et privilèges. Cette conduite eut pour résultat de lui aliéner toutes les classes de la population; les grands comme les petits se séparèrent de la cause du roi : tous les citovens de Bruges s'unirent dans un sentiment commun de haine contre l'étranger. Presque en même temps une émeute violente éclatait à Gand contre les Leliaerts; les gens de métiers les poursuivirent jusque dans le château du comte; deux échevins furent tués; les autres, ainsi que le bailli et les grands, forent contraints, pour ivoir la vie sauve, de prêter serment de fidélité aux vainqueui's.

Le gouverneur du comté, Jacques de Chatillon, rassembla près ie Courtrai une armée nombreuse; le voisinage de cette force ensouragea les Leliaerts de Gand à reconstituer leur parti et l'endil impossible la fédération projetée des deux principales villes de la Flandre. Bruges se vit réduite à capituler; près de cinq mille personnes qui avaient pris part à l'insurrection sortirent de la ville et se retirèrent sur les bords du Zwyn et dans les villes d'Ardenbourg lH Oostbourg. Chatillon, qui s'était engagé h n'entrer ;i Bruges qu'avec trois cents chevaux, en amena dix-sept cents et un corps nombreux d'infanterie. Tout annonçait de sa part des desseins de vengeance;

^l'M) i;kL(;iolk poliïiuie lt socialk.

mais le désespoir ranima le courajje de la bourgeoisie; un lioiimip d'une mre énergie, Jean Breydel, doyen de la eorporation des bouehers, se mit à la tète des émigrants et revint avec eux au secours des Brugeois. Tous ensemble tombèrent Ji Timprovisle sur les Français, le 18 mai 1302; ils en tirent un massacre épouvantable. Chatillon ne parvint qu avec peine à se sauver dans la direction de Courtrai.

La lutte prit dès lors le caractère et les proportions d'une guerre nationale. Les partisans du Lys furent chassés d'Ostende, de Nieuport, de Furnes, de Bergues, de Bourbourg, de Cassel; la garnison fran(;aise de Wynendaele dut capituler; le château de Cassel, occupé par les Français, fut assiégé, de même que celui de (lourtrai. Gand était la seule ville de la Flandre flamingante où \es Leiiaerts avaient pu se maintenir. Au commencement de juin, Gui de Namur, frère du comte, arrive à Bruges avec de la cavalerie allemande ; les gens des communes d'Ypres et de Courtrai, ainsi que de la ville et de la chàtellenie d'Audenarde, se joignent h lui ; Jean de Renesse, seigneur zélandais, lui amène aussi quelques-uns de ses compatriotes; enfin sept cents Gantois, sous les ordres de Jean de Borluut et de deux échevins, bravant le ressentiment des Leliaerts, quittent leur ville, pour accourir devant Courtrai, où se sont réunis les insurgés. Guillaume de Juliers s y rend aussi, avec une troupe nombreuse de combattants de la Flandre occidentale.

Dautre part, le roi de France a convoqué toutes les milices de rile-de-France, de la Champagne, de la Normandie, du Poitou et de la Picardie. Robert, comte d'Artois, est mis à la tête de cette armée, forte de près de dix mille cavaliers, d'autant d'archers et de quarante mille fantassins. Presque tous les comtes et barons de Finance en état de tenir la campagne se joignent à lui. L armée fi*ancaise vint camper à deux lieues de Courtrai ; les Flamands l'attendaient dans la plaine située en avant de l'ancienne abbaye de Groeninghe, à l'est de la ville. C'est là qu'eut lieu, le 11 juillet 1302, la fameuse bataille dite (les Éperons, qui a été si souvent décrite en prose et en vers. Les forces des Flamands étaient à peu près égales en nombre à celles des Français ; mais ils n'avaient presque pas de cavalerie : le gros de leur armée se composait de bourgeois, ce qui était une cause d'infériorité. On sait quelle fut néanmoins l'issue de cette terrible bataille : Jacques de Chatillon et Robert, comte d'Artois, furent vaincus par lM(MTe deConinck et Jean Breydel; les gens de métit*rs de la Flandre remportèrent une victoire éclatante sur la fleur de la

HISTOIRE i»OLITlUlE hl MOVE.N AGE. -IM

chevalerie li*ancaiî>e. Soixante-quinze princes, ducs, coinlcs et barons, et plus de mille chevaliei^s restcrent sur le champ de bataille; la perle totale des Français fut évaluée à vingt mille hommes.

Lavictoire deCourtrai n eut pas, pour les habitants de la Fhmdre, les résultats qu'ils pouvaient en espérer. Le roi de Fnince ne renonça point à la lutte. Bien qu'il y mît depuis lors moins d ardeur et de précipitation et beaucoup plus de prudence, il Unit par recueillir les meilleurs fruits de cette guerre. Le comte de Flandre rentra dans son fief; le roi voulut bien consentir a ce que les villes conservassi^nt leurs anciens privilèges; mais il obtint, outre des sommes d'aigent considérables, la cession de la Flandre française, qui demeura en s;i possession pendant de longues années, comme gage d'unn indemnité de trois cent mille livres.

Nouvel ordre politique. — Si Ion considère le pays dinis son ensemble, au point de vue de ses institutions politiques, on doit reconnaître qu'il avait fait d'immenses progrès. Un système mixte, en quelque sorte transactionnel, s'était substitué au système (h la féodalité pure. Le développement de ce nouvel ordi*e politique, qu'on pourrait appeler démocratico-féodal , eut des conséquences importantes. On vit bientôt les villes, les communes, même les franchises figurer comme personnes politiques, à côté des barons et des chevaliers, dans les actes publics, dans les traités de paix, d'alliance et de commerce; les bourgeois réunis en communauté avaient acquis une sorte de personnalité féodale; ils étaient devenus, sous un certain rapport, les égaux des feudataires.

Dès l'an 1194, les villes de Bruxelles, Anvers, Louvain, Nivelles, Gembloux, Tirlemont, Léau et Jodoigne intenieniient dans un traité de paix et d'alliance conclu entre Henri I"', duc de Lothier et de Brabant, et Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut. Plusieurs che\'aliers, de part et d'autre, garantissent lexécution de ce tiaitt's les représentants des villes susdites, et de douze autres villes pour la Flandre, contractent la même obligation; tandis que les princes déclarent consentir, s'ils manquent h leurs engagements, à ne plus recevoir aucun service ni des villes, ni des chevaliers; ils les autorisent même, le cas échéant, à prendre les armes contre eux.

En 1207, ce n'est plus dans un traité entre deux feudataires que les députés des villes sont appelés à intervenir; c'est un prince étranger, c'est Philippe de Soual>e, compétiteur d'Othon de Brunswick à la couronne impériale, qui, avant de donner en mariage une

n^l BELGIQl'E 1»0LITIUIE HT SOCIALE.

de ses filles au duc Henri, exige que les stipulations du contrat soient garanties par le serment des vassaux et des villes du Brahant,

En 1267, le fils aîné d'Henri HI, duc de Lothier, abdique en faveur de son frère Jean r',dans une assemblée, tenue à Cortenbergh, à laquelle assistent, avec les chevaliers, les députés des villes, grandes et petites, du Brabant. La ville de Louvain s'oppose à celte mutation; les Louvanistes soutiennent leur opposition par les armes, et ce n est qu après en être venus aux maiiis avec leurs adversaires, après s'être d'ailleurs assurés de la retraite du jeune Henri dans un monastère de la Bourgogne, qu ils consentent à recevoir le duc Jean. Cependant, comme le duc de Brabant relevait de lempire. Pacte d'abdication du duc avait été soumis à l'approbation de Richard, roi des Romains. Celui-ci voulut avoir la certitude que cet acte avait été fait de plein gré, avec l'assentiment de la duchesse mère, des barons, des autres grands et des villes du Brabant, ou du moins de la plus grande et saine partie d'icelles. Il envoya, h cet effet, des commissaires chargés de prendre des informations, et ne consentit à ratifier facte du 3 juin 1267 qu'après avoir reçu une réponse satisfaisante.

Il serait assez difficile de concilier ce fait avec les principes de la féodalité. Mettre les villes et communes sur la même ligne que les vassaux, c'était les assimiler aux possesseurs de fîefs, aux seigneui's; mais imposer au duc l'obligation de n'agir que de commun accord avec elles, dans les choses relevant de la puissance ducale, c'était implicitement leur reconnaître le droit de participer à l'exercice du gouvernement. De là au principe de la souveraineté nationale, il n'y avait plus qu'une étape h franchir : nous allons voir comment les villes se sont de plus en plus rapprochées du but.

C'est sous le règne de Jean I" qu'eut lieu la fameuse bataille de W'oeringen et que, par suite de la victoire remportée par les BrabaïH'ons, le duché de Limbourg fut annexé au duché de Brabant. Les dépenses faites à cette occasion ayant épuisé les ressources du prince, il lui fut accordé un subside extraordinaire : ce qui donna lieu à un acte politique fort important. Dans une convention datée du 1**' avril 1292, le duc Jean reconnaît que le subside qui lui est accordé est un acte de libre volonté, et non l'accomplissement d'une obligation; il déclare que ni lui ni son successeur ne pourront jamais s'en prévaloir; il consent, en cas de contravention, k ce qu'on prenne les armes contre lui ou ses descendants, et il autorise les cours de justice et les magistrats des villes de Louvain, Bruxelles,

IIISTOlKt: POLITJUIE DU MOYEN AGE. tir»

Aiivei'S, Bois-le-Duc, TirleinoiU, Nivelles, Léau, Jodoigiie el autres à suspendre toutes fonctions, tant civiles que militaires, relatives à son sei-vice, à donner même conseil et assistance à ses vassaux el ;i leur ouvrir leurs portes, pour leur tenir lieu de places de sûreté. Il s'engage à faire ratifier cette convention par le chef de Tempire, et rei[uiert les princes voisiiis de soutenir ses sujets contre les atteintes que lui ou ses successeurs entreprendraient de porter à cet engagement.

Au mois de septembre I31î2, le duc Jean H appelle cinquante-huit (le ses vassaux el les représentants de dix-huit villes et fianchises de son duché à venir donner leur adhésion à la célèbre charte dite de Cortenberyh, Les villes sont Louvain, Bruxelles, Anvers, Bois-le-Uuc, Tirlemont, Léau, Nivelles, Gembloux, Lierre, Herenthals, Hannul, Viivorde et Genappe; les franchises, Turnhout, Tervueren, Isque, MeiThtem et Cappelle-au-Bois. Cette assemblée est peut-être la première des assemblées constituantes que Ion connaisse. La charte adoptée par elle est fort remarquable. Il y est dit que, « par avis commun du pays, le duc et ses successeurs choisiront quatre chevaliers, des plus aptes et des plus sages, et trois bonnes gens de Louvain, trois de Bruxelles, une d'Anvers, une de Bois-le-Duc, une de Tirlemont et une de Léau; que les personnes ainsi choisies se l'éuniront àCortenbergh de trois semaines en trois semaines; qu elles auront le pouvoir de s enquérir et connaître si dans le pays il y a manquement de quelque chose, en quelque manière que ce soit, et de pourvoir à toutes ces choses, de les améliorer, de faire toutes autres bonnes choses et disposer pour le mieux, dans rintérêt du prince et du pays. » Le duc promet que « tout, ce qu'ils feront ainsi el disposeront j-estera ferme el stable, sans (jue ni lui ni ses successeurs viennent jamais à rencontre en itucune manière quelconque. » Le duc Jean III marcha sur les traces de son |)rédécesseur; il «loniia au Bi'abanl la charte dite Wallonne, bien qu elle ait été [»ubliée eiitlumand comme en frim^ais : celle charte garantit aux citoyens ^ pt*u près tous les di'oits et privilèges qui se sont perpétués, en s(î 'It'veloppant, dans les institutions du pays.

la nouveau phénomène politique se produit à cette épociue, une l^-n'iaiiceàréunirce que lemouveuKuitft'odala séparé. SousTinfluence •'«-'Jacques Van Arlevelde et de la gueire faite au roi de France par '^''ouard III, un traité de fédération est conclu, en 1334, entre les "•*'Hlanls de la Flandre el ceux du Brabanl. De part et (fautre, sept ^nk'Sfi ([uaranle seigneurs donnent leur adiiésion à ce traité, por-

U. Ki

dU BEIXIUUE POLITIQUE ET SOCIALE.

tant que le coiniaerce sera libre entre les deux provinces, qu'on y fera usajçe de la même monnaie, et <jue le comte et le duc, ainsi que les villes de Bruxelles, Anvers, Louvain, Gand, Bruges et Ypi-es enverront trois fois par an des députés à une assemblée qui sera tenue successivement à Gand, à Bruxelles et à Alost, pour y délibérer sur tout ce qui peut contribuer au repos et au bonheur des deux pays. I.e comte de Hainaut, Guillaume H, adhérant à cette convention, joignit ses troupes à celles du Brabant et de la Flandre, pour aller porter la guerre en France.

Le traité de fédération de Tan 1334 n'eut point de résultat dural)le, mais on peut le considérer comme un signe du temps. Ce qui ne contribua pas médiocrement à faire échouer cette combinaison, ce furent les troubles de la Flandre, occasionnés par Tantagonisme d(»s classes dans les grandes villes.

Lorsque le roi d'Angleterre Edouard III entreprit de disputer le trône de France à Philippe de Valois, les Flamands refusèrent de se ranger, avec leur comte, sous les drapeaux de la Fmnce. Jacques Van Aj'tevelde, setant mis à la tête du peuple de Gand, demanda pour la Flandre un état de neutralité absolue; il exigeait en même temps que le roi abandonnai Lille et Douai, qu'il détenait en garantie de l'indemnité qui n'était pas encore payée. A cette condition^ les Flamands se seraient engagés à ne pas porter les armes contre la France. Le roi paraît avoir consenti au principe de la neutralité, mais il refusa de se soumettre à la condition qu'on voulait lui imposer.

Van Artevelde entra alors en négociation avec le roi d'Angleterre, qui se trouvait à Anvers. Les principaux habitants de la Flandre, les anciens Leliaerts surtout, répugnant a le suivre dans celte voie, il fut obligé de chercher un appui dans la classe inférieure, dans la petite bourgeoisie; il essaya de fonder un gouvernement tout à lait démocratique. Les trois villes pi'incipales, Gand, Bruges et Ypres, devaient exercer la souveraineté au nom du pays. Il trouva de l'appui à Ypres et à Bruges, où dominaient les corps de métiei's; mais à Gand, la haute bourgeoisie était toute-puissante, et elle lui lit une opposition (pi'il voulut vaincre en organisant sur de nouvelles basés la magistrature communale et en donnant la prépondérance aux artisans sur les classes plus élevées.

D'après le nouveau système, chaque métier devait former un corps indépendant dans la ville, comme chaque ville dons le pays. On vit bientôt que ce régime n'était que l'anarchie organisée. A Bruges, les tisserands menacèrent les courtiers; les habitants d'Ypres sacca*

HISTOIRE POLITIQUE DU MOYtiN AGE. it6,i

gèrent Poperinghe; les tisserands et les foulons de Gaiid se livrèrent des combats acharnés; la ville de Termonde fut prise et pillée par les Gantois, pour punir les habitants d'avoir fabriqué certaines espèces de draps dont la ville de Gand se réservait le monopole. Enfin Van Artevelde lui-même tomba victime de la démence populaire, lorsqu'il voulut donner à la Flandre un comte du sang royal d'Angleterre.

On ne saurait méconnaître les imperfections et les inconvénients sans nombre du régime communal, tel qu'il s'était organisé. L'antagonisme des classes bourgeoises, causé tant par l'ignorance et Fesprit d'envie des uns que par l'orgueil et la cupidité des autres, était une source intarissable d'agitations et de troubles. Non-seulement dans la Flandre, mais aussi à Anvers, à Bruxelles, à Louvain, I Bois-le-Duc, les gens des métiers supportaient impatiemment la supériorité des patriciens ou gens des lignages; souvent ilscouraient aux armes, attaquaient et pillaient les habitations des magistrats municipaux. L'histoire de Liège est celle d'une longue série de luttes entre les divei'ses classes de la population : les gens du chapitre, les nobles, l'aristocratie bourgeoise et les métiers, il eu était de même dans toutes nos provinces. A Tournai, par exemple, nous voyons en 1307 les tisserands et les foulons s'insurger contre leurs magistrats, démonter les portes de fhôtel de ville et y introduire les ribauds des faubourgs.

Quelque déploi-ables (jue fussent ces excès, il n'est pas moins vrai qu ils aidèrent au développement des institutions communales, comme nous allons le voir pour le Brabant.

Jean IH, duc de Lothier et de Brabant, n'avait pas de lils, et ses trois fdles étaient mariées k des princes voisins. Craignant qu'après $a mort, ces princes ne voulussent partager ses États, les villes du Brabant, conclurent, avec les villes et franchises du Limbourg, une convention par laquelle elles s'engageaient h ne pas souffrir que le pjiys fût morcelé et h n'admettre comme souverain que l'époux de l'ahiée de ces princesses, sauf à assigner aux deux autres une part d'héritage, et à condition que l'époux de l'aînée consentît à garantir au pays la conservation de ses libertés, privilèges, chartes et usages. Cette convention est datée de Louvain, 8 mars 1354. Le successeur ainsi désigné de Jean III était le duc de l^uxcmbourg, Wenceslas, frère de l'empereur Chai'Ies de Bohême, qui avait épousé la princesse Jeanne. La convention de Louvain lut ratifiée par la Joyeuse Entrée de Jeanne et Wenceslas, dont l'article 1'' porte que,

-230 HtLGIUlE POLITlUl E ET SOCJALE.

coiitbrinéuieiU à leur acte d*uiiion, les députés des villes réglei*onl entre eux la part des deux sœurs de la duchesse. Quant aux libertés et privilèges, leur garantie est stipulée dans une autre charte, comme elle le tut dans toutes les Joyeuses Entrées qui suivirent.

Mais cette garantie ne suffisait pas : c'était la promesse d'un statu quo perpétuel, et l'établissement communal avait encore besoin de progi esser. Il y eut à Bruxelles et à Louvain des émeutes formidables; les corporations des métiers se soulevèrent contre les lignages, qui continuaient de jouir du privilège d occuper toutes les places de la magistrature. Ce mouvement populaire fut réprimé à Bruxelles ; mais il prit des proportions extrêmement graves à Louvain, où la population ouvrière était fort nombreuse, et où le mayeur, Pierre Coulhereels, la dirigeait. Lexaspéralion fut portée à son comble après la bataille de Bast>veiler, et au retour de Wenceslas, qui avait été fait prisonnier par le comte de Juliers. Les tisserands de Louvain se rendirent maîtres de la ville et se mirent à mavssacrcr les patriciens; dix-sept magistrats furent traînés à Thôtel de ville et jetés par les fenêtres sur les piques des ouvriers qui couvraient la place. L ordre ne put être rétabli qu après un siège régulier, qui fut suivi de l'émigration d'une bonne partie de la population ouvrière.

Voici maintenant quel fut le résultat politique de cet événement : une ordonnance du 8 septembre i378 porte qu'à l'avenir trois des sept échevins seront pris dans les corporations de métiers; que sur vingt et un conseillers communaux, les métiers en fourniront dix, et qu'enfin il y aura deux bourgmestres, l'un pour les lignages, l'autre pour les métiers.

La deuxième fille de Jean III avait épousé le comte de Flandre Louis de Maie, qui, peu satisfait de la part qu'où lui offrait ou mécontent de la manière dont Wenceslas j-emplissait ses obligations, envahit le duché de Brabant, en 1336. Il paraît même avoir occupé Bruxelles, le duc Wenceslas s'étant retiré à Maestricht. Les Flamands furent vaincus et expulsés par Evrard T'Serclaes; mais Wenceslas se vit obligé d'abandonner à son beau-fj-ère la ville d'Anvers, qui demeura détachée du Brabant pendant près d'un demi-siècle.

La Flandre, sous Louis de Maie, continua d'être agitée par des soulèvements populaires, qui prirent bientôt le c^u'actère de guerre civile; car les Biugeois se séparèrent des Gantois et recurent le . comte dans leurs murs. Les insurgés de Gand furent battus à Nevele, en 1381. Le comte ayant exigé d'eux qu'ils vinssent riuiplorer pieds ims et la corde au cou, ils refusèrent de se soumeUi*e

HISTOIRE POLITIOI'E m' MOYEN ACE. 237

à celle humiliation. Philippe Van Arlovelde, fils de Jacques, se mil à leur têle, marcha avec eux sur •Bruges et s empara de la ville. liOuis de Maie se sauva en France, et bientôt après le roi Charles VI enlm dans la Flandre avec une armée française, qui pril, h Roosebeke, en 1382, sa revanche de la bataille de Courtrai.

Louis de Maie mourut peu de temps après. Il avait eu de son mariage une fdle unique, appelée Marguerite, qui épousa, en 1369, Philippe de Bourgogne surnommé le Hardi. Cest cette union qui ouvrit à la maison de Bourgogne les portes de la Belgique. Philippe le Hardi et Marguerite de Flandre eurent trois entants, deux fils appelés Jean et Antoine, et une fille appelée Marguerite comme sa mère.

Depuis la mort de Wenceslas, en i382, la duchesse Jeanne, qui gouvernait seule le Brabant et qui n'avait pas d enfants, s'intéressa aux enfents de sa nièce, Marguerite de Flandre. La maison de Bavière, qui avait succédé à la maison d'Avesnes dans les comtés de Hainaut et de Hollande, était devenue puissante en Belgique. En 1383, Jeanne entra en négociation avec Albert de Bavière, qui était alors régent des comtés, pour unir deux de ses entants avec ceux de Philippe le Hardi et de sa nièce : Jean de Bourgogne épousa Marguerite de Bavière, en même temps (|ue sa sœur épousait Guillaume de Bavière, héritier préson^ptif des comtés de Hollande et de Hainaut.

Après cela, la duchesse Jeanne de Brabant s occupa du sort d'Antoine de Bourgogne, second tils de Philippe le Hardi et de sa nièce Marguerite. Elle désigna Marguerite pour son héritière, en fautorisarl à disposer des duchés de Brabant et de Limboui-g en faveur d'Antoine. Cet arrangement reçut aussitôt un commencement dexécution, Antoine ayant été nommé ruwaert ou régent du duché; mais lorsque, à la mort de Jeanne, il fut question de le proclamer duc de Brabant et de Limbourg, Antoine se trouva en présence d'un compétiteur. Le roi de Bohême, Wenceslas, neveu du duc de ce nom, invo<}uait une convention éventuelle de succession, conclue en faveur de la maison de Luxembourg, et à laquelle les villes de Brabant avaient adhéré à Maestricht en 1357. La question devait être résolue par une assemblée de députés de la nation, qui fut tenue à Louvain. Philippe le Hardi vint en personne défendre les droits de son fils. Il ne le fit pas en vain, car Antoine fut inauguré solennellement à Bruxelles, et son père eut la satisfaction d'assister h cette cérémonie.

Philippe mourut peu de jours après ; son fils aîné, Jean, lui succéda immédiatement dans le duché de Bourgogne; sa veuve Mar-

giiei'ile conserva la Flandre et TArtois jusqu'à sa mort; après quoi, ces comtés fureni réunis h la Bourgogne.

Le duc Jean de Bourgogne mourut assassiné en 14-19. Il eut pour successeur Philippe le Bon, son fils, qui gouvernait la Flandre en son nom depuis la mort de Marguerite.

Quant a Antoine de Bourgogne, duc de Brabant ei de Limbourg, Tacle politique le plus important de sa vie tut son mariage avec Elisabeth de Gorlilz, héritière d'une l)ranche de la maison de Luxembourg, et qui avait des droits sur le duché de ce nom. Antoine s'efforça de faire valoir les droits de son épouse; mais avant dy avoir réussi, il fut tué h la bataille d'Azincoui't, en L41o.

Le duc Antoine avait laissé deux fils, connus dans l'histoire sous les noms de Jean IV, duc de Brabant, et de Philippe, comte de Saint- Pol. Pendant leur minorité, ces princes furent placés sous la tutelle d'un conseil nommé par les états du pays. Jean IV épousa, en 1 418, Jacqueline de Bavière, à qui étaient échus les comtés de Hainaut et de Hollande. Jacqueline était persécutée par son oncle Jean, prince de Liège, qui avait voulu la contraindre à devenir son épouse, et qui, n'ayant pu réussir, chercha îi s'emparer de son comté de Hollande. Elle prit elle-même les armes et, suivie de son mari, elle défendit courageusement son patrimoine; mais Jean IV, peu flatté d'avoir épousé une héroïne, se brouilla avec sa femme et vendit au prince de Liège la possession temporaire du comté de Hollande; il voulait même lui céder le gouvernement d'Anvers. Alors les Brabançons se révoltent, chassent le duc et appellent le comte de Saint-Pol, Ji qui ils décernent la dignité de mwaert. Mais bientôt Jean IV revient avec des troupes qu'il est allé recruter en Allemagne. On se bat dans les rues de Bruxelles, et le duc tombe entre les mains du peuple.

C'est dans ces circonstances que l'organisation communale de Bruxelles fut moditiée, comme l'avait été celle de Louvain sous Wenceslas. Les lignages cessèrent d'être maîtres absolus de l'administration de la commune; on fit une part aux nations, composées des corporations de métiers. Il y eut un bourgmestre des lignages et un bourgmestre des nations; les sept échevins continuèrent d'être pris dans les lignages, mais il leur fut adjoint six conseillers appartenant aux nations.

Il est à remarquer que, sous ce rapport, la Flandre avait devancé le Brabant. Dès la première moitié du treizième siècle, le régime aristocratique des communes avait été modifié, par l'adjonction, à la magistrature communale, d'un collège de conseillers ou consaux.

HISTOIRE POLITIQUE ï)l' MOYEN AGE. 239

en nombre égal à celui des échevins. Les consaiix prenaient part à toutes les grandes affaires de la commune, bien qu'ils ne participassent point à lexercice du pouvoir judiciaire. Dans d'autres villes, îi Tournai, par exemple, la même institution se retrouve sous le nom de jurés. L\ége porta beaucoup plus loin les conquêtes de la démocratie. Dans un traité conclu le 14 février 1313 et connu sous le nom de Paix d'AtujIeur, il était stipulé qu'aucun bourgeois de Liège appartenant h la noblesse ne pouvait devenir bourgmestre ou membre du conseil municipal, s'il ne faisait partie d'une corporation (le métiers. Avant de recevoir leur exécution, les résolutions des bourgmestres devaient être approuvées par le conseil, <'ompos<» d(* cinquante membres élus par les vingt-cin([ métiers.

Jacqueline de Bavière, ayant abandonné son mari, s'était retirée en Angleterre, où elle trouva un autre époux plus digne d'elle; api'ès avoir vainement sollicité la permission du pape, elle se remariîi avec*. Humphroi, duc de Glocesier et frère d'Henri V. Le prince» anglais s'empressa de lever un corps de quelques milliers d'honunes et vint débarquer avec sa petite armée à Calais; de là, il gagna la frontière du llainaut et s'empara de la ville de Mons. Alors Philippe le Bon, qui, d'une part, était fils de Marguerite de Bavière et, de l'autre, héritier de la branche aînée de Bourgogne, prit les armes pour empêcher (jue les droits des deux maisons, si heureusement confondus, ne fussent séparés au profit d'une dynastie nouvelle. Likî guerre s'ensuivit : le duc Humphroi et sa pelitiî armée fuient expulsés du continent, et Jac([ueline tomba aux mains du vainqueur. Phi-lippe la lit enfermer au château de (iand. V^lle parvint à s'évad<»r ; mais de guerre lasse, lîlle signa en 1428 h? traité ((u'on appelle concordat de Deift, qui assurait son héritage au duc de Bourgogju».

Philippe le Bon n'eut pas h atteindre sa mort pour recueillir cet héritage : Jacqueline lui céda tous ses droits, en 1438, pour obtenir la lil)erté de son troisième mari, Franck, van Borssel, grand-bailli de Zélande, ([u'elh^ avait épousé secrètement et que Philippe avait fait ^'mprisonner, comme coupable de trahison, dans la fortei'csse de Bu[»elnion(ie. Le duc (h* Bourgogne» réunit alors à ses autres Etats l<*s c^omlés de Hollande! et de Hainaul, dont il avait déjà la r<fgence. Le duché de Brabant lui était échu, dès l'an 1430, par la mort du 'omte de Sainl-Pol, (pii avait succéd*' à son frère Jean IV. Peu de ^emps après, il y joignit le marquisat de Namur, dont il avait acquis la sur\'ivance à prix d'argent . Il ne* lui manquait plus que le duché lie Luxembourg.

540 HRIGlurK POUTIQIK KT SOCIALE.

(> poys avîul M lV)l)jei d'un Irnfir ronipliqut^ depuis que IVniperciir Wenceslns IV l'avait donnt'î en jrage a J(»an de Moiiivie, en 1388. En dernier lieu, Guillaume de Saxe avait acquis les droits de souvcï-ainetc', qui appartenaient à la fille de l'empereur Sipismond, en payant ce qui pouvait être dû aux détenteurs précédents. Mais Elisabeth doGorlitz, veuve d'Antoine de Bourc^of^ne, (jui occupait le duchi» à titre d'engagiste, s'assura l'appui de IMiilippe le Bon en le nommant mamhom* ou protecteur. Philippe s'empara du pays parla force des armes; le prince saxon, n'étant pas en état de s'y opposer, prit le parti de renoncera tous ses droits, moyennant une indemnité de 120,000 ducats. C'est ainsi que la maison de Bourgogne finit par se trouver en possession de toutes les provinces de la Belgique.

Ici finit notre tâche. Pour résumer aussi succinctement une histoire politique de plus de quatorze siècles, nous avons dû négliger non-seulement tous les détails, mais encore un bon nombre de faits intéressants. Nous croyons néanmoins quecetépitome suffît pour donner une idée exacte du mouvement social qui s'est produit en Belgique depuis la chute de l'empire romain jusqu'aux ducs de Bourgogne.

L'histoire de ce pays avant et pendant la domination romaine n'est pas celle d'une nation proprement dite; c'est celle d'une contrée successivement habitée par diverses tribus dans lesquelles il serait fort difficile de retrouver les ancéti'es des habitants actuels. Ce n'est (ju'après l'expulsion des Romains et sous l'influence de la confédi'ration franque, que plusieurs d(* ces tribus forment, en se rapprochant, un corps de nation.

A peine cette nation est-elle formée que la tendance instinctive qui enti'aîne les hommes du Nord vers les contrées méridionales, détermine la partie guerrière de la population i\ entreprendre la conquête du pays voisin. Mais bientôt les Francs restés fidèles au sol de la patrie cessent de s'entendre avec les Francs romanisés de la Gaule celtique. Ceux-ci veulent réagir contre les institutions et les mœurs nationales; ceux-là veulent participer aux avantages de la conquête; ils se séparent et forment des États distincts sous les noms d'Austrasie et de Neustrie. Une lutte s'engage entre ces deux fractions d'un même peuple; la supériorité matérielle est du côté des Austrasiens, mais l'esprit de Rome a pénétré partout; les grands d'Austrasie, qui en sont imbus comme ceux de Neustrie, ne triomphent que pour restaurer l'empire d'Occident.

I.a Belgique aloï's n'a plus d'autonomie; elle est perdue dans ce

HISTOIKE POLITIQI'E Dr MOYEN ACK. -211

vaste empire; son exislonoe ne se révcMe que par le séjour qu'y l'ont habituellement les princes carolingiens. Mais après Cliarleniagne, leiHlîce impérial, construit de matériaux hétérogènes, s'écroule, et Tanciennc Austrasie se reconstitue sous le nom de F.otharingie. Malheureusement les institutions nationales ont péri; un nouvel ordre de société s'est installé au milieu des débris de la société primitive; une grande partie de territoire est soumise au régime de la féodalité. Peu h peu, les comtes, anciens officiers de la couronne, deviennent, ainsi que Tévêque de Liège et labbé de Stavelot, de petits potentats, chacun dans les limites de sa circonscription.

Cependant il y a encore des hommes libres, étrangers à la composition de la société féodale. Ils forment, avec les habitants de toutes classes, des centres de population dans lesquels ils dominent fabord et qui deviennent des communes. C'est l'origine de la bourgeoisie, divisée en deux classes dans les principales villes.

Les grandes communes ne sont pas exemptes de dissensions et de troubles; néanmoins elles ne cessent de croître en prospérité et en importance politique. Elles deviennent assez puissantes pour que laristocratie féodale soit obligée de compter avec elles et de les admettre à participer, comme corps politiques, à tous les grands actes intéressant les destinées du pays. Au surplus, le pouvoir souverain a perdu une bonne partie de sa force en se scindant : la Belgique sest fractionnée en plusieurs grands liefs, relovant presque tous de l'empire germanique; un seul, de la couronne de France. Ces petites principautés indépendantes les unes des autres sont trop souvent agitées pour qu'il puisse s y établir un pouvoir fort. Les libertés publiques s'en trouvent bien ; elles se développent sous le nom fort impropre de privilèges.

Mais un régime nouveau se préparc. Le cours naturel des événements, bien plus que la volonté des princes ou celle des peuples, a pour effet de réunir successivement sous un même sceptre toutes les provinces de la Heigique actuelle, plus le comté de Hollande, moins le pays de Liège, qui continue d'être gou veiné par ses évHjues. Alors la Belgique forme, avec les possessions héréditaires de la maison de Bourgogne, un État considérable, qui ne le cède en puissance et en richesse à aucun autre État de l'Europe.

BlKLifiOKAPlIlK. — CésHi-, Commriitarii de (tello Gaiiico; THcite. Dr Mor.hits (leniiniinrum ; yUa Affnroltf; Amiale» ; HittoritF ; IMiiU', Hittoria uatitraiiit, de (ialiin. I. I\\ c ITi fl 17; Su«*liHU', Juiiun (jfior, AnifHxtitt, Tibenim; Arniiiicn .Marcolliii, lientin fiextarnm lihri \V, XVI tl XVII; Bucherius, lielijinm rnmnuuni eccletiasticiim vl avite, Li'odij !H.")<); S^'lmyes. I,« Brhftqne avant et /tendant la dnnunatinn romaine, Briixt-llos, 1H.SX; Di's Rm'hcs. llisttnre

aucieune des Pays-lias autrichiens, Anvers, 1787; Brandes, Dus ethnoyrayhinche Vfrhifltmss der Kdten und der Germanen, Leipzig, 18o7 ; D'Anville, yotice de l'ancienne Gaule, Pans. 1770; Walckenaer, Ancienne (jéographie historuine et comparée des Gaules, Paris, l8-'i9; Wastelain, Description de la Gaule belgique, Bruxelles, 1788; Imbcrt, Geoyraphia paijorum, (laiib les Annales de l'université de Louvain, 1818; Houle/, Observations sur un passage de Pline, relatif a la Gèntjraphic de la lielyique, dans les Bulletins de rAradémie de BruxilU'>, tome XVII, ^ partie, page îiU; le même. Les deux Germanies faisaient-elles partie de tu province de Gaule belgique? l. c, t. \XI1I, l""' partie, paj^e 7()H; Poinsignon, Essai sur le nombre et l'origine des provinces romaines depuis Auguste jusqu'à Dioclètien, Paris, 184(1; Baillet, fUudes sur lu division des Gaules en dix-sept provinces, dans la Bibliothèque de l'école des chartes, série IV, vol. 4; y'otitiœ veteres provinciarum et civitalum Galliœ, apud Bouquet, t. II.

(irégoire de Tours, Histoire des Francs ; Loebel, Gregor von Tours und seine Zeit, Leipzig, 18119; Sidoni us Apollinaris, m Major, panegyr., ap. Bouquet, t. I; Wendelinus. Leges salicœ iltustratœ, Antwcrp,, 1640; Pardessus, Loi salique ou Hecueil contenant les anciennes rédactions de cette loi, Paris, imprimerie royale, 1841^; Waitz, Dasalte Itecht der Salischen Franken. KicI, 18-i6; Davoud-Oiîhl )U, Histoire de législation des anciens Germains, Berlin, 184o; Eccard, Leges Francorum salicœ et Hipuar, Francfort et Leipzig, 17î20 ; De Petijjny, fjudes sur l'histoire, les lois et les institutions des Mérovingiens, Paris, 18^*^^; Lehuvrou^ Histoire des institutions mérovingiennes, Paris, 1843; Roth, Geschichte dos Benejicialwesens von den œltesten Zeiten bis im iO Jahrhundert, Erlangen, 185(); Schoene, Die Amtsgewalt der Frankischen majores domus, Braunscliwcig, 18.')6; Pertz, Die Geschichte der Merovingische Hausmeier, Ilannovcr, <814; Chifflet, Thésaurus sepulchralis Childeherti I, Francorum legis Tornuci effossus; Huguenin, Histoire du royaume mérovingien d'Austrasie, Paris, 180*2; UcuM'Iicnius, De tribus Dagobertis diatriba, Antwerpiîe, 1H55: Flodoard, Historia remensis ecclesitr; Flodoardi chronicon, Heims, 1854; Baluzius, Capilularia regum Francorum, Paris, 1780; (ilies quière, Acta Sanctorum Ùelgii selecta; Miraeus, Opéra diplomatica ; Annales Britiniani, ap. Bouquet, t. VII.

Lesbroussart, Mémoire historique sur les causes et l'agrandissement de la famille des Pépins, dans les Mémoires de rAcadémie de Bruxelb-s, 1790; Loebell, De cansis regni Francorum a Merovingis ad Carolingos translati, Bonnœ,1844; Oelsner, de Pippino, Bege Francorum, quœstiones aliquot, Vratislav.. 1853; Chronicon Moissiacense, ap. Perlz, t. I, p. 24:2, etc.; Annales Lauriss, maj., ap. Pert/, t. 1, p. OVi; Eginhard, Vita Karoli imperaioris et Annales Francorum, in-8'», édition Pertz, Hannoverœ, 184tS; Warnkœnig et Gérard, Histoire des Carolingiens, Bruxelles, 1802; Gaillard, Histoire de Charlemagne, Paris, 1784; Oranié, Histoire de Charlemagne, Paris, 1819; Balduinus, De Carolo magno dissertatio htstorica, Wittemberg, I06î:i; Dippold, Leben Kaisers Karels des Grossen, Tubingen, 1812; Hegewisch, Geschichte der Begierung Kurls des Gro»sen. Leipzig, i818; Halin, Sur le lieu de naissance de Charlemagne, sans date, Henaux, Sur la naissance de Charlemagne a Uége, Liège, 1854; Léo, Karl der Grosse der Abstammung nach ein Bomane, Halle, I8it2; Gfroerer, Geschichte der Oost-und West-Karolinger vom Tode Ludwigs bis zum Ende Conrads l, Freiburg, 1848: Hcyer, De iniestinis sub Ludovico Pio in regno Francorum certaminibus, Monasterii. 1858; Wenck , Das Frankische Bcich seit dem Vertrag von Verdun, Leipzig, 185! ; Lejeune, Becherches sur la résidence des rois francs aux Estinnetf, .Vnvers, 1857.

Biehcri Historiarum libri IHl ; Luilprandi , Liber de rébus gestis (Htonis; Widukindi Bes gesla' saxonicœ; Huotgeri Vita Brunnnis, édition Pertz, Hannovcrœ, I8ii9, in-8»; Bertinuini el Metenses annales, ap, Pertz, Monumentu Germ. hist , t. i ; Achery, Spicitegium, t. Il; Bosi.Mcs, Slemmata Lotharinguv el Barri ducum, Paris, 1580; Depping, Histoire des expéditions maritimes des \ormands, Paris, 18^20; D. Calmet,//i.v/o/r^ de Lorraine; Nithardi Historiarum libri lltt; Lamberti Heresfcidensis Annales, édition Pertz, HannoTcrs, 18îW, in-8"; Honllieim, Historia Treviiensis diplomatica ; Ernst, Dissertation historique et critique sur la maison d'Ardenite ; Duchesne, Histoire de la maison de Luxanbourg ; Bertholei, Histoire du duché de Luxembourg ; Ernst, Histoire du Limbourg; Mémoire sur ies comtes de Louvain, Liège, 1837 ; Histoire abrégé du tiers état de Brabant, Maestricht, 1788 ; Deklerck, Bymkronyk van Brabant ; Dcvadder, Traité de l'origine des ducs et duchés de Brabant. Bruxelles, 1(57:2 ; Buikens. 7>o///i(r«t//< /^ra/xi»/; a Thymo, Historitr Brabantiœ diplomatica, Bruxelles, I8;10; Diva^us, Opéra varia, Lovan. 1757.

vin

Par M. ALPH. VANDENPEEREBOOM.

Tous les ans, vers la fin du mois de septembre, au jour fixé par le programme officiel de nos fêtes nationales, on voit se former, sur Tune des places publiques de Bi'uxelles, de nombreux groupes (le bourgeois robustes, aux allures viriles et presque militaires. Ces citoyens, venus des diverses provinces du royaume, ont de riches éleodaitls; ils portent des blasons et des armes d'un autre Age; leurs chefs ont une attitude gi*ave et font, non sans fierté, miroiter au soleil les insignes de leur dignité.

De joyeuses fanfares donnent le signal du ralliement; au roulement des tambours se mêle la voix des capitaines; puis le silence se &it, Tordre s établit; chaque groupe a sa bannière; un cortège se fome, et, di-apeaux déployés, tamboui's battant, clairons sonnant, musique en tête, Tinmiense colonne se dirige, par les rues les plus populeuses de la cité, vers la Grand'Place, et s y range en baille devant le splendide palais de Tancienne commune brabançonne.

Ce spectacle peut sembler bizarre aux étrangers, ignorantsde notre passé; mais, pour les Belges, il a sa signitication historique. Ces diverses sociétés sont, en effet, les héritières de nos antiques gildes ; ces archers, ces arbalétriers ont pour ancêtres les frères de nos

Ui MICAQVE POLITIQUE ET SOCIALE.

vioillos eorporalions, et leurs {{raves présidents d'aujourd'hui sont les successeurs des anciens « chefs hommes » de nos serments d'auti'efois.

« Les gildes, écrit Aujrustin Thierry, acquirent en Belgique un très-grand développement, et Ton peut même dire quelles dominent toute la civilisation belge. »

C'est que la gilde jeta, dans notre pays, les fondements d'une société nouvelle. Dès le haut moyen âge, elle protégea les faibles contre les forts, organisa le travail, créa nos cités et en fit bientôt, au milieu du monde féodal, les riches mais rares oasis des libertés populaires.

Plus tard, la gifde devint le berceau de la commune belge; elle exerça sur toutes nos institutions, sociales, politiques, administratives, militaires et industrielles, une influence dominante et durable; toujours elle défendit les droits, les franchises et l'indépendance de nos communes et de nos divers États, c'est-à-dire des duchés, comtés et seigneuries qui forment aujourd'hui les neuf provinces du royaume de Belgique.

A toutes les époques, la gilde eut de profondes racines dans les mœurs de nos populations; son esprit se reflète encore sur notre caractère national, et nos démocratiques institutions du xix** siècle se rattachent presque toutes à la gilde primitive par des liens d'une filiation directe et légitime.

L'histoire de nos gildes, de nos métiers et de nos serments demanderait une étude sérieuse et complète que nous espérons pouvoir publier un jour, et dont nous donnerons ici une simple esquisse. Quant aux gildes religieuses, littéraires et artistiques, qui furent et sont encore si nombreuses dans nos villes et dans nos campagnes, elles appartiennent à l'histoire morale et intellectuelle du pays et renti'ent dans la troisième partie de la Patria Belgica.

Oui<;iNR nps GiLORS. — Il existait, paraît-il, des corps d'art et métiers à Jérusalem, au temps de Salomon; Rome avait aussi ses confréries {.sodalitntes) et ses corporations d'ai'tisans (collegia opificinn). Mais nos gildes nationales ne se rattachent ni aux corporations du peuple de Dieu, ni aux sodalités du peuple roi : elles sont d'extraction plébéieime et descendent directement des gildes populaires de la Germanie.

Ces gildes naquirent dans la Scandinavie, à une époque si reculée qij'il n'a pas été possible jusqu'ici de préciser la date de leur nais-

r.lLDES, COUPS I)K METItKS, SEK.MKMS. ÛM'^

sanee. « Dans les inœui's primitives de la Scandinavie, dit M. Steclier', la gilde était le repas solennel qui, trois fois [)ar an, léunissait les hommes libres d'un même canton : les noms de ces banquets, où Ton burait aux dieux et aux héros, signiliail, à la lettre, la contribution volontairement apportée par chaque convive. » I{i(»ntôl ce repas donna son nom h l'association même des Frères du haiHjuel, La gilde Scandinave avait pour bases la Ihilernité, réji^alité (*t la solidarité; « elle portait, dit Augustin Thierry, assurance mutuelle contre tous les périls, les accidents de la vie, les voies de lait, les injures, les naufrages et aussi contre les poursuites l('»gales^ encourues pour des crimes ou des délits même avérés; elle ne connaissait pas de rangs sociaux et se prati(|uait entre le prince, le noble, le laboureur et Fartisan : tous pouvaient être conjurés, frères du banquet. »

Ces fraternités se développèrent et se multiplièrent rapidement dans la Germanie; avant Tère chrétienne, elles fonnaient déjà la base des institutions politi(iues et sociales que sciaient domiées les énergiques populations de ces vastes contrées.

Dès le second siècle de notre ère, des émigrés de la Saxe et d'autres tribus germaniques sciaient établis entre la mer Halti(pie, l'Elbe et la mer du Nord; au siècle suivant, on vit échouer les frêles embarcations de ces hardis et aventureux navigateurs sur le littoral (le notre pays et sur les côtes de THe des Bretons. La communauté (l'origine des colons qui peuplèrent ces trois rivages expli(|ue Tinlimilé des relations politiques et connnerciales qui se nouèrent si lacilement, au moyen Age, et se maintinrent toujours, entre les habitants de la Belgique, de l'Angleterre et de l'Allemagne du Nord.

A dater de cette époque, le courant de ces migrations fut actif et pour ainsi dire permanent; des Germains débarquaient chaque année sur nos côtes, mais les Saxons y dominèrent toujours; dès le (juatrième siècle, ils avaient donné leur nom à la contrée que des documeuls de cette époque nomment : littus saiouicum. Plus tard, (juand la domination franque eut mis un terme aux luttes et aux désordres qui marquèrent, dans le nord de la Gaule, la chute de l'empire romain, les nombreux colons venus de la Germanie établirent, dans leur patrie adoptive, à côté des ruines laissées jiar la civilisation laiiue, les institutions, et notamment les gildes, qui avaient fait la puisi^ance de leur première patrie.

Les gildes constituées sur le rivage saxon des Gaules furent d'abord, d'après les capitulaires, « des conjurations de serfs; » elles

coiiservèrenl, longtemps après rabolilion du servage, un caractère exclusivement plébéien.

Les principes de tralernité, d'égalité et de solidarité de la gilde saxonne restèrent toujours les bases de nos gildes nationales, même a lepoque de leur décadence. Les membres de ces associations populaii-es juraient solennellement d'exiger, par la force, le redressement de leurs griefs communs, de se faire justice sans Tintervention seigneuriale, de prendre les armes pour défendre la communauté et ses membres contre les seigneurs et les grands, en un mot, du se prêter mutuellement assistance contre tous et dans toutes les circonstances de la vie.

Créées d'abord, et avant tout, pour protéger les intérêts matériels, commerciaux et industriels de leurs membres, nos gildes deviment plus tard des corps politiques et conservèrent longtemps une organisation militaire.

A l'époque de la domination féodale, alors que partout la force primait le droit, cette organisation s'imposait à des associations fondées pour assurer la défense des classes populaires. Mais, comme toutes les communautés, dont la paix peut seule assurer le développement et la prospérité, nos fraternités avaient des instincts pacifiques; elles prenaient les armes sans hésitation pour défendre leurs droits, jamais pour faire des conquêtes, et rarement elles firent naître des guerres ou des tumultes sans motifs sérieux. Les conjurés belges restaient ainsi fidèles aux traditions de leurs ancêtres : « Les Saxons, illustres entre tous les Germains, dit iM. Stecher, d'après Tacite, n'appuyaient leur grandeur que sur la loyauté ; sans convoitise, sans ambition, calmes et concentrés, on ne les vit jamais provoquer la guerre, inquiéter leurs voisins par des brigandages, ou obtenir la puissance au prix d'une perfidie. »

Cette appréciation si élogieuse du caractère de nos ancêtres ne s'appli([ue-t-elle pas à leurs descendants? Nos corporations de métiers ne refusèrent-elles pas souvent de suivre leurs seigneurs dans des expéditions entreprises pour faire des conquêtes? Et même aujourd'hui, les Belges «sans convoitise et sans ambition, calmes et concentrés, » songent-ils à répandre l'inquiétude chez leurs voisins? songent-ils a étendre les limites de leur petit mais heureux pays?

Nos gildes primitives avaient toujours un trésor commun {(jemeene beuvse), alimenté par des cotisations dont leurs membres fixaient librement la quotité; les chefs étaient élus par les frères et ne recevaient qu'un matidat temporaire; les frères seuls étaient éligibles.

GILDES, COUPS DE MÉTIERS, SEKMENTS. 247

et de bonnes coutumes, obligatoires pour tous, sans exceptions ni privilèges, précisaient les droits et les devoirs de chacun, en temps de paix comme en tem[>s de guerre, soit conlie Tctranger, soit, h Imtérieur, contre la féodalité.

Toujours on retrouve les coutumes organicpies et les principes constitutifs de la gilde germanique, au milieu des dispositions réglementaires les plus variées, lesquelles, suivant les temps, les localités et les circonsliuices politiques ou industrielles, forment plus tard les lois ou heures de nos corps de métiers. Plusieurs de ces principes organiques furent, au moyen âge, les solides assises de nos institutions sociales, de l'organisation démocratique de nos communes, et de nos assemblées provinciales et générales.

De nos jours encore, comme jadis dans la gilde, tous les pouvoirs, dans notre société belge, émanent de ses men)bres, qui forment la nation, et tous les Relges sont égaux devant la loi. Lelectîon directe des représentants du pays, de ses administrateurs provinciaux et communaux, la durée limitée du mandat contié à ces élus, l'admission exclusive des Belges aux enq)lois publics, le vote annuel de rim[)ôt par les mandataires du i»euple, d'autres grands principes, également empruntés à la gilde, sont inscrits dans notre constitution de 1881 et dans nos lois organiques, (lonnne pour les frères de la gilde primitive, ces prérogatives constitutionnelles ne sont-elles pas, pour les frères de la grande famille nationale belge, les plus sûres et les meilleures garanties de ses droits de souveraineté?

11 serait difficile d'indiquer, d'une manière exacte, dans quelles régions de notre pays, a quelle époijue et comment se constituèrent nos premières gildes nationales; toutefois l'ensemble des faits historiques et d'anciens documents jcîttent (juelque lumière sur la naissance de ces fraternités.

Naissaxck kt nÉVKLOPPKMKXT HKs <;n.i)Ks nKij;i:s. — D'après des an-

"îih'stes et des historiens respectables, c'est sur les frontières de la

-Worinie et de la Ménapie, entre Saint-Omer, Ypres et la mer, dans

'^ conii-ée nommée plus tard le Wcstland (Weslflandre), que des

&"des, en même temps que des colonies saxonnes, furent d'abord

créées.

^ gilde germanique naquit pour ainsi dire spontanément et se *^*^lioi)alisa facilement dans ces cantons du « rivage saxon. » Des ^^'ges, des Morins et des Méiiapiens habitaient ces pays. C'étaient

i48 BtL(;iUUE POLITIUIE ET SOCIALE.

trois tribus de race celtique, mais déjà « une certaine dose de s;iiii: germanique s y était mêlée; » elles étaient énergiques, actives et vaillantes. César, qui les avait vaincues sans pouvoir les suhjuguer, a rendu hommage au peuple dont nous avons Thonneur de [>orUT le nom. Les Morins et les Ménapiens ne se soumirent jamais à la civilisation latine. Les mœurs et les usages des Germains mêlés aux Celtes avaient continué à prévaloir dans les tbrêls et les marécages occupés par ces populations de la Gaule-Belgique.

Quand, après de longues migrations et de sanglantes guerres, les nouveaux émigrés du Nord se fixèrent dans ces contrées, ils y trouvèrent, pour ainsi dire, des frères, ayant les instincts et les sentiments traditionnels des peuples d outre-Rhin.

D'un autre côté, <c les premiers apôtres du christianisnje, dit encore M. Stecher, après avoir inutilement tenté d'abolir les gildes, songèrent à taire tourner au profit du nouveau culte une coutume contemporaine des premiers âges de la race; » ils christianisèrent peu h peu ces associations d'idolâtres. Les bienfaisantes doctrines de la charité chrétienne s'allièrent facilement et se substituèrent enfin aux principes vivifiants de fraternité et d'assistance mutuelle prati<|ués par la gilde païenne; et bientôt, selon fauteur déjà cité, c( au lieu de lever, dans de solennels et tumultueux banquets, des coufies^profondes au nom de Thor et d'Odin, » les fidèles invoquèrent, dans de pieuses agapes, le Christ et les saints. Ce baptême imprima à nos gildes un caractère inefiàcable; jusqu'au jour de leur auppi-ession, nos fraternités, même laïques, eurent constamment des tendances religieuses.

L'influence du christianisme, comme fidentité d origine et de mo.'urs des populations indigènes et émigi-ées, facilitèrent donc lacréationdenos premières gildes nationales et leur rapide développement.

br:^ rapitulâircs de la tin du vnr siècle nous apprennent qualors déjà " les conjurations de serfs » étaient nombreuses et puissantes 'iaii- le Memjmcus, et surtout « dans les lieux voisins de la mer. » ^>it^' Mtuation explique la création d'associations plébéiennes. Des ♦;:ijjgr«-> volontaires, des déportés et les populations indigènes issues [fluri ou moins de même souche et fidèles aux traditions de leur n*':*r. .Vêlaient unis et fédérés, afin de mieux assurer leur défense •:.>Ui5ijune contre la féodalité déjà puissante. Ils formèrent bientôt un >-3j; W, \*' peuple des Flamings cjui, comme le dit fauteur de la vie .• ^-îîiî t!oi, s'était crée, dès GT8, une jMtrie nouvelle (/>(i(/ii.v //a/idf^HéU — peandevland — Vlandrin >.

GILDES, CORPS DE MÉTIERS, SERMEiNTS. -210

Les Flainings ne tardèrent pas à se partager en deux classes : les uns se disséminèrent dans les campagnes, les autres fondèrent des cités; partout ils constituèrent des gildes "populaires.

GildfH rurales ou Wateringues. — A toutes les époques de notre histoire, ces associations furent plus rares dans les campagnes que dans les villes. Des diplômes du xn*' siècle nous font connaître cependant qu'alors, depuis longtemps déjà, il existait des fraternités rurales, au moins dans le nord et l'ouest de la Flandre; elles sont désignées, dans les anciens documents, sous le nom de omle yeveue (vêtus hevina), de Eveninghe et même, quelquefois, sous celui de IVaeteringhe. Les plus anciennes keures de ces associations prouvent que les yêvene primitives, surtout lorsqu'elles n'étaient pas exclusivement seigneuriales, avaient pour bases les règles organiques et les principes de fraternité et de solidarité de la gilde germanique. Elles étaient, en effet, administrées, d'après nos chroniques, par des chefs élus {moeitneester, dykgraeve) ; elles avaient leur trésor commun, alimenté par les cotisations dont les frères fixaient euxmêmes le montant, une justice spéciale rendue par des échevins particuliers (scabinï)^ et des assemblées générales qui se terminaient, comme dans la Scandinavie, par des repas toujours solennels et parfois aussi tumultueux.

Ces associations, véritables gildes rurales, secondèrent puissamment les chefs des grandes abbayes et les seigneurs' féodaux dans leurs entreprises pour conquérir, sur les fleuves et sur l'Océan même, pour défricher et mettre en culture les terres basses de nos pays. Depuis plus de mille ans, elles défendent contre, les flots ces campagnes si laborieusement conquises; elles ont presque toutes consei-vé, sans en excepter les repas solennels, leurs usages, leur nom, leurs coutumes, leurs statuts traditionnels, et les chefs de nos wateringues portent fièrement au xix** siècle, comme leurs prédécesseurs au moyen âge, les titres de dykgraeve (comte de la digue) et de jurés (jurati).

Ici donc, le présent se lie encore au passé, et c'est à l'esprit d'association, à la gilde, que plusieurs de nos provinces doivent leurs plus verdoyants pâturages et leurs polders les plus fertiles.

Gildes urbaines. — En même temps que la gilde organisait ces associations rurales, peut-être avant cette époque, elle jetait aussi les fondements de nos modernes cités et de nos fraternités urbaines.

Ixîs populations indigènes et immigrées, toujours poursuivies, par les Romains d'abord, par les guerriers francs ensuite, longtemps u. \î

ino BELGIQUE POLITIQUE ET SOCIALE.

nomades, enfin vaincues, s'étaient établies peu à peu, sous les murs mêmes des châteaux (buvfjus) bâtis par leurs vainqueurs, ou sous les murailles des grandes abbayes, entourées aussi d'ouvrages de défense. Des serfs ruraux se réfugièrent bientôt en grand nombre dans ces nouveaux « forbourgs » {foras et burgus; en flamand voorbur(f). Ces « inhabitants » (submanentes), nommés plus tard bourgeois {burgenses), tous dorigine germanique, contribuèrent puissamment au prompt et prodigieux développement de nos premières villes flamandes; ils y importèrent les industries pratiquées dans la Morinie et la Ménapie, pour ainsi dire de temps immémorial. Depuis longtemps, en effet, les saies des Morins étaient connues et appréciées à Rome, et l'on voit-, par les cartulaires des plus anciennes abbayes, que les religieux de ces monastères faisaient usage de camsiles, tissus de lin fabriqués dans la Ménapie.

Telle fut l'origine de nos grandes cités du moyen âge, et leurs échevins, deveims puissants, rappellent souvent plus lard, non sans fierté, que « d'anchienneté leur ville avoit esté totalement fondée de faict et exercice de la draperie et de ce qui en dépend. »

Cependant, une concentration aussi rapide d'une multitude de travailleurs industriels, plus ou moins libres, avait fait naître dans les bourgs une situation difficile pour les manants et périlleuse pour l'agglomération elle-même. C'est alors quel'initiative populaire, guidée par l'esprit d'association delà race germanique, créa nos gildes urbaines.

Gildes industrielles ou corps de métiers. — Les serfs et les autres travailleurs venus des campagnes, dont le travail dans les bourgs n'était plus réglementé par des maîtres, dont le salaire et le pain quotidien n'étaient plus assurés, se trouvaient abandonnés à euxmêmes, sans direction et sans guide : leur isolement, leur liberté même faisaient leur faiblesse. Alors ces nouveaux bourgeois s'unissent fraternellement, ils se lient par des serments et constituent nos premières gildes industrielles ou corporations de métiers.

Gildes commerciales. — Bientôt le travail libre, stimulé par l'intérêt personnel, devient plus actif, ses produits plus abondants excèdent les besoins de h consommation locale; le commerce, par des éclianges avec d'autres pays, peut seul faciliter et assurer l'écoulement de ces produits : c'est alors que se forment, spontanément encore, les gildes commerciales ou « gildes de marchands », en vieux langage flamand : Coomahs ghilde.

Gildes communes ou administratives. — Mais ces associations commerciales et ouvrières, se mouvant dans le cercle de leurs inlé-

GILDES, COUPS I)K MÉTIEUS, SKKMKNTS. -2.M

rets spéciaux, toujours diffërents et parfois opposc's, ne pouvaient, par leur actiou isolée, ni réglementer leurs relations, ni préciser leui's devoirs mutuels, ni taire respecter pacitl([uenienl liMirs droits; elles ne pouvaient, en un mot, établir et maintenir Tordre général dans les bourgs.

Les seigneurs territoriaux étaient impuissants aussi à remplir cette tâche. Ces princes et leurs châtelains, guerroyant sans cesse, se bornaient à assurer le payement des redevaiures féodales; ils ne se préoccupaient pas plus de ladministration intérieure d(îs nouveaux bourgs que des intérêts de leurs îiianants. L'autorité seigneuriale s'affaiblit ainsi de jour en jour dans les bourgades, (»t hi désoi'dre y eût bientôt régné, si les gildes industrielles et connnerciales, taisant une plus large application du principe d'association, et obéissant du reste à des nécessités sociales, industrielles et politiques, n'a- ^■aient, en se fédérant, donné une oi'ganisation administrative n'^gulière à ces « communautés » naissantes. Elles y créèrent la fiilde itipérieure ou cmnmune; cest, sans doute, parce que toutes les corpoi^ations locales saffilièrent a cette gi-ande fraternité <[ue nos plus anciens diplômes désignent « la gilde commune », tantôt sous le nom de « amitié » {amintia)^ tantôt sous celui de « généralité, » envieux langage fran(;ais, de « communité », en latin : universitas, rommunitas.

Les gildes de marchands, (Composées d'honnnes libres et même des habitants les plus notables et les plus rich(»s du bourg (nonnnés en flamand pooriers), avaient de bonne heure exercé une influence dominante sur les corporations ouvrières, formées de serfs et de nianants. Les associations commerciales prirent bientôt la direction delà gilde supérieure ou commune. Les conjurations particulières a>'aient fixé les droits et les devoirs de leurs membres : la gilde commune détermina les relations des diverses corporations; j»uis, par de «sages coutumes et de bons usages, » elle régla successivement, dans les agglomérations urbîiines, toutes les (juestions d'ordre public et d'intérêt industriel ou local i[u'une organisation sociale toute nouvelle lit naître.

Comme presc^ue toutes nos institutions nationales, ces grandes fédérations s'étaient formées peu à peu; il est donc diflicile, ainsi que nous l'avons dit, de préciser l'époque de leur constitution; leur primitive organisation coutumière est aussi entourée d'incertitudes, ^pendant, des premières keures ou lois écrites qui leur furent oc- ^''oyées plus tard, on peut, ainsi que le fait remarquer Warnkœnig,

déduire les caractères habituels de cette organisation et de ses développements. Ces keures confirmèrent, en effet, par écrit, les usages depuis longtemps admis par les gildes communes, et Ion peut voir par ces chartes que ces fédérations locales étaient fondées sur les principes de fraternité et régies par les coutumes constitutives de la gilde germanique elle-même.

PuisSyVNCK DES ciLDES. — Nos corps dc métiers plébéiens et les gildes communes étaient, dès la fin du vnr siècle, si puissants, qu'ils parurent redoutables à la féodalité elle-même. En 779, Charlemagnc fait publier un capitulaire portant : « que personne n'ait l'audace de prêter ces serments par lesquels on a coutume de s'associer dans des gildes...; que personne ne se lie par des serments au sujet de la contribution pécuniaire, pour les cas de naufrage cl d'incendie...; » et, comme des gildes « séditieuses », d'après l'empereur, s'étaient formées en grand nombre sur le rivage saxon et dans les contrées limitrophes, le puissant monarque lance bientôt un capitulaire spécial contre « les conjurations de serfs qui s'étaient établies dans le Fleandreland, le Mempisque et d'autres lieux voisins |de la mer; il ordonne h ses envoyés (missi) d'informer les seigneurs et les maîtres de ces conjurés, qu'ils ont à empêcher • désormais leurs serfs de faire de pareilles conjurations, sous peine deti'e condamnés eux-mêmes h de fortes amendes {sexaginta solidos), »

Les gildes que les apôtres de la foi nouvelle avaient christianisées, sans pouvoir les vaincre, résistèrent, quoique jeunes encore, aux capitulaircs du grand empereur et à toutes les persécutions de la féodalité. Elles survécurent même aux violences des Kordmans, A l'époque de ces invasions, les bourgs et les poorten furent pillés, les grands travaux des wateringues furent détruits; mais l'esprit d'association avait déjà des racines trop profondes dans nos pays pour que la gilde pût périr : elle se releva plus vivace et plus énergique qu'auparavant, dès que « le torrent des barbares se fut, suivant l'expression d'un historien, tari par la violence et la rapidité de son propre courant. »

La gilde, portant en elle-même une force irrésistible d'expansion démocratique, s'étendit bientôt des contrées maritimes, oii elle était née, sur le Mempisque tout entier, puis sur nos autres pays; partout elle favorisa l'émancipation des serfs et protégea \e^ petits; partout elle créa des institutions démocratiques, et pailout aussi elle

transforma en villes riches et puissantes les bourgs si modestes à leur origine.

Dès le xn* siècle, en effet, il existait sur le territoire actuel de la Belgique un grand nombre de riches et puissantes cités. L'emplacement des premiers édifices religieux de Bruges démontre, d'après Moke, que « ce poort ou burgus avait alors une enceinte mesurant près de quatre mille de nos mètres; » la situation des églises d'Yprcs prouve aussi que cette métropole industrielle de la vieille Flandre avait déjà une étendue à peu près égale à celle qu elle occupe aujourd'hui et, de plus, que ses faubourgs étaient immenses. Gand,Louvain, Bruxelles étaient des villes considérables; Anvers se préparait à disputer à Bruges sa prééminence commerciale Ji peine conquise.

On serait tenté de croire que chacune de ces villes a été bâtie en un jour. Ces centres de population, en effet, quand leur nom est cité pour la première fois dans l'histoire, y figurent comme étant déjà des villes d'une grande importance. Leur création et leur rapide agrandissement ont été considérés longtemps comme des problèmes historiques; mais aujourd'hui que l'histoire de nos anciennes institutions est mieux connue, il est démontré que ces villes durent leur prompt et presque phénoménal développement à leurs corporations ouvrières et à leurs gildes communes. C'est ainsi que Liège, où la civilisation et la langue romanes prévalurent, fut une grande cité avant d'autres villes wallonnes, parce que, de bonne heure, elle emprunta à ses voisins d'outre-Rhin les institutions populaires de ia Germanie et constitua, d'après M. Borgnet, dès le haut moyen âge, ses « libres agréations de catégories d'artisans. »

La gilde donc, après avoir jeté les fondements de nos bourgs, en fit des cités riches et puissantes; elle y créa aussi une société nouvelle, énergique et libre.

C'est alors que, des « communités » créées par la fédération de nos fraternités industrielles et commerciales, naquirent « les communes belges. »

Naissance DES communes belges. — Nos communes ne furent, en effet, ainsi qu'on l'a cru longtemps, ni fondées sur les ruines des municipes romains, ni, comme en France, constituées, pour ainsi dire, d'un jet, par des « chartes de commune » qu'octroyèrent des rois, des seigneurs ou des prélats de ce pays, à de grands centres de population, pour mettre un terme à de longues et sanglantes luttes entre la féodalité et les plébéiens.

On ne trouve aucune trace de semblables luttes, ni dans les écrits de nos plus anciens chroniqueurs belges, ni dans les plus antiques documents de nos archives, car nos populations n eurent pas à combattre pour conquérir leur indépendance et des libertés communales.

Comme nous venons de le rappeler, des « communités » formées par la fédération des fraternités plébéiennes, administrées par les gildes supérieures, existaient depuis longtemps dans nos pays; ' elles étaient prospères et régies par des usages; mais ces associations libres n avaient pas d'existence légale. Pour la leur donner, et non pour créer des communautés nouvelles, les comtes de Flandre et d'autres seigneurs féodaux n'eurent donc qu'à transformer ces libres associations en communes proprement dites ou « licites, » c'est-à-dire, à approuver et à confirmer par écrit leurs coutumes.

Un de nos historiens les plus érudits caractérise en peu de mots cette transformation si importante; il explique la naissance de nos communes et précise les causes de leur rapide prospérité. « Les comtes de Flandre et les autres seigneurs territoriaux du pays, dit Warnkœnig, étaient plus éclairés que la plupart des princes du nord de la France ; ils souffrirent ou laissèrent subsister les vesti(ies de Vancienne liberté germanique dans les villes où ils s'étaient conservés... Ils augmentèrent les privilèges municipaux partout où ils le crurent sans danger, et amenèrent doucement et progressivement, depuis le commencement du wf jusqu'à la fin du xnr- siècle, en évitant tout bouleversement et toute collision, l'organisation libre des villes à une hauteur qu'elles n'avaient atteinte que dans peu de pays... La conduite de ces princes était dictée par une saine politique; le commerce et l'industrie, stimulés et protégés par les gildes et corporations, avaient promptement enrichi les habitants des villes qui n'auraient pu obtenir ce résultat sans liberté ni sécurité... Les comtes trouvèrent dans les bourgeois un appui souvent plus solide que celui de leurs vassaux : ces bourgeois combattaient pour leurs propres intérêts, lorsqu'ils aidaient leur prince à repousser les ennemis du dehors, et leurs caisses lui étaient constamment ouvertes dans ses besoins. »

Les plus anciennes chartes octroyées par les seigneui^ justifient ce système historique : on y lit qu'elles sont données « afin de confirmer par écrit (ïantiques libertés ou « des coutumes anciennes, » que déjà au xn'- siècle « on avait communalement maintenues de tant de temps qu'on s'en peut souvenir. »

La commune belge naquit donc de la gilde et la féodalité se borna

à légaliser, dans son propre intérêt, mais sagement, une situation existant en fait depuis longtemps.

Si quelque doute pouvait exister encore sur lorigine populaire de nos communes, il suffirait de rappeler que leur organisation et celle de leurs corporations'furent, à toutes les époques, appuyées sur les lois fondamentales admises par nos gildes nationales primitives, et empruntées elles-mêmes à la gilde germanique.

Le texte des premières heures octroyées et l'histoire nous apprennent que toujours nos communes eurent, comme la gilde primitive, un trésor commun, une administration indépendante et le droit de voter librement les impôts, sauf ceux soumis par exception à l'approbation du seigneur; que les bourgeois, à l'exclusion des forains, jouissaient seuls du droit d'éligibilité et qu'à côté des échevins, nommés d'abord à vie par le seigneur, siégeaient les mandataires « du commun » élus par les bourgeois, c'est-à-dire « les hommes de la keure » {kenrmannen)^ les conseillers {raeden, consaux) ou les jurés (jurati) de la gilde plébéienne.

Est-il nécessaire de faire remarquer que ces principes traditionnels de nos fraternités nationales, pratiqués plus tard par nos communes du moyen ûge, ont été presque tous inscrits dans notre loi communale de 1836, et qu'alors leur adoption a été considérée cooime un progrès, même comme une conquête de la liberté moderne?

InFLIENCË de la gilde sur la KÉOHGANÏSATIOX DE NOS ÉTATS PIIOVINCIAUX

ET (iÉNÉRAL'x. — Dcs histoHeus respectables attribuent à la gilde, — à la fédération de nos communes, — l'honneur d'avoir fondé nos anciens états provinciaux et généraux. Cette opinion a donné, il est vi-ai, lieu à de longues controverses ; mais il est démontré que de telles fédéiiitions ont exercé, en tous cas, une influence incontestable sur la réorganisation de ces grandes assemblées nationales.

Les états généraux et provinciaux des Gaules, dont le savant Raepsaet a écrit l'histoire, et les premiers « parlements, » convoqués par nos seigneurs belges, étaient composés d'ecclésiastiques (sacerdotes) et de nobles (principes, hauts hommes) : les plébéiens en «'Maienl exclus. C'est vers le xiv* siècle seulement qu'on y voit siéger « les villes » représentant « le tiers état » ou la bourgeoisie.

Déjà, en 1350, Louis de Maie réunit à Ypres un « parlement de ses nobles gens et de ses villes, » et (juand Philippe le Bon convo(iua à Bruxelles, en 14(55, la grande assemblée nationale qui la première

-2r;i) BELGIQUE POLITIQUE ET SOCIALE.

prit le nom « d*élals généi'aux des Pays-Bas, » les villes, formant les étals de nos diverses provinces, y furent représentées.

Mais, longtemps avant ces époques, on découvre dans notre histoire des traces de réunions populaires où les colons du rivage saxon des Gaules traitaient librement et îi jours déterminés les affaires générales du pays. Ces grandes assemblées, dont lorigine, d'après Tacite, se rattache aux plus anciennes traditions germaniques, turent de bonne heure nationalisées par les émigrés de la Saxe dans nos contrées; elles étaient, de temps immémorial, connues dans la Flandre maritime sous le noni de Hoop. Plus tard, les chefs de nos diverses fraternités administratives d'abord, puis les échevins de nos communes primitives, toujours fidèles à Fesprk d'association de leurs pères, c'est-à-dire de la gilde, continuèrent à se fédérer, afin de pouvoir défendre plus efficacement contre la féodalité les intérêts généraux de leurs diverses communautés.

11 existait déjà vers la fin du xnr siècle, en Flandre, une espèce de gilde provinciale. Elle s'appelait « l'assemblée des échevins de Flandre; » composée des échevins des cinq bonnes villes, « elle se réunissait, d'après Warnkœnig, chaque fois qu'il s'agissait des intérêts généraux du pays de Flandre, » et des chartes de 1339 nous font connaître qu'au temps de Jacques Van Artevelde, ces bonnes villes et cdles du Brabant décidèrent « de se réunir en parlement, trois fois chaque année. »

Si les délégués des villes furent, au xn* et au xv* siècle, appelés, par les seigneurs, à siéger, avec ceux du clergé et de la noblesse, dans nos états provinciaux et dans nos assemblées nationales, n'estce pas parce que de libres « parlements ou unions » populaires, spontanément constitués par les gildes supérieures, puis par les communes, exerçaient alors déjà et depuis longtemps une influence dominante sur la direction des affaires du pays? Les princes, en un mot, guidés par les inspirations d'une saine politique, ne se bornèrent-ils pas encore, comme lors de la transformation des gildes administratives en communes licites, à légaliser, dans leur propre intérêt, une situation de fait préexistant depuis longtemps?

Quoi qu il en fût, dès lors, on vit toujours, dans nos assemblées provinciales et nationales, « le banc du tiers état » à côté de ceux du clergé et de la noblesse.

Sous le gouvernement des Pays-Bas, les nobles ou « ordres équestres, » les villes et les campagnes eurent encore leurs représentants particuliers dans les états provinciaux (art. 126, loi fonda-

GILDES, CORPS DE MÉTIERS, SERMENTS. î2.n7

mentale). En Belgique, anjoiirdlmi , le plus modeste citoyen peut siéger dans toutes nos assemblées électives, sui* les mêmes bancs que les membres des castes jadis privilégiées : « il n'y a plus dans l'État aucune distinction dordres. » Mais si Farticle 6 de la constitution belge a proclamé ainsi, de la manière la plus absolue, le principe de 1 égalité politique, la gilde avait depuis longtemps fait prévaloir ce grand principe, en ouvi'ant au tiers état les portes de nos assemblées provinciales et générales, à une époque où dans presque tous les autres pays Télément populaire restait exclu de semblables assemblées.

Ici donc encore, le présent se rattache au passé. Nos grands corps administratifs et politiques contemporains sont les héritiers directs de nos échevinages, de nos états provinciaux et généraux d'autrefois, et cest la gilde qui posa les premières assises de ces assemblées démocratiques, comme elle posa celles de toutes nos institutions populaires, les seules qui furent durables, parce que seules elles avaient et ont encore leurs racines dans les mœurs politiques de la nation belge.

Corps de métiers. — L'histoire ancienne de nos corps de métiers est moins certaine que celle de nos primitives communités, avant leur transformation en communes reconnues; ou plutôt leurs annales se confondent.

La féodalité dominait partout, et nos plus anciens chroniqueui's se bornaient, en général, h noter « les faits et gestes » des chevaliers, des barons et des princes; ils se préoccupaient peu de nos gildes plébéiennes, nées du reste, comme nos communes elles-mêmes, sans travail, et qui, après s'être développées paisiblement, avaient atteint, sans luttes, leur complète virilité.

Mais quand des lois écrites, positives, furent substituées aux coutumes locales déjà séculaires, quand des liens légaux formés en vertu du contrat synallagmatique conclu entre les seigneurs et les gildes, et fixant leurs droits et leurs devoirs, rattachèrent au pouvoir seigneurial nos fraternités et nos communes, quand surtout la puissance de nos gildes plébéiennes fut assez redoutable pour résister ouvertement à la féodalité, une situation nouvelle se produisit. L'entente pouvait-elle se maintenir longtemps entre deux pouvoii^s d'origine et d'essence si différentes?

Cet antagonisme constant fut dès lors une source permanente de discordes et, comme la force h cette époque tranchait seule tous les

conflits, dès la fin du xuf siècle, et, surtout en Flandre, pendant le siècle suivant, les gens de métiers eurent presque constamment les armes à la main. Ils combattent tantôt contre l'étranger, pour défendre leur seigneur, leur ville ou les frontières du pays; tantôt contre leur prince ou leurs propres échevins, afin de maintenir leurs libertés ou pour conquérir des privilèges industriels, des franchises et des droits politiques nouveaux; parfois aussi, jalouses ix l'excès de leurs prérogatives, les coi^porations se livrent entre elles de violents combats, pour trancher des questions de suprématie et même de préséance. Dès lors, Thistoire de nos fraternités populaires se lie intimement à celle du pays même, et, pendant près de deux siècles, elle occupe les pages les plus émouvantes de nos annales.

Toujours, sur les champs de bataille comme dans les luttes intérieures, les gens des métiers déployèrent un courage et une énergie auxquels leurs adversaires mêmes rendent hommage. Les historiens rappellent la bravoure d^s bouchers de Liège, à la Warde de steppe, en 1213, et la part glorieuse que prirent les métiers du Bi*abanl h la bataille de Woeringen, en 1288. A Cassel, en 1328, les gens du Westlaud furent vaincus; mais, dit Froissart, « aucun ne recula, tous furent tués et morts, Tun sur lautre, sans yssir de la place en laquelle la bataille commença. » Faut-il rappeler les centaines d'éperons^d'or ramassés sur le Groenmgveld, où périt, sous les goedendags flamands, 1 élite de la noblesse française (1302)? et si les noms de Roosebeke (1382) et de Gavre (1453) évoquent de douloureux souvenirs, ne rappellent-ils pas aussi la vaillance des corporations flamandes?

A toutes les époques, les frères de nos gildes plébéiennes prirent les armes avec enthousiasme, dès que les frontières du pays étaient menacées par leti'anger.

Aux jours mômes les plus sombres de nôtre histoire, alors que la bannière fleurdelisée ou l'étendard impérial flottait sur le pays entier, le patriotisme trouvait, dans « les maisons des métiers, » son dernier asile, et c'est là quau xiV* siècle il fallait chercher nos énergiques Clauwaerts flamands.

A dater des dernières années du xni*' siècle, les guerres civiles furent fréquentes dans nos pays. La commune primitive, comme le dit M. Borgnet, fut un véritable fief et les échevinages étaient des corps oligarchiques. Quelques familles, qu'un document de 1281 appelle déjîi les « Linages, » occupaient seules et constamment les bancs des « cambres deschevins ; » et ces privilégiés en interdisaient

GILDES, CORPS f)E MÉTIERS, SERMENTS. -259

Faccès, non-seulement aux iravaillours, mais aussi aux bourgeois, même les plus riches, et aux notalilcs de la cité.

Cet ostracisme froissait vivement ces bourj^c^ois; d'un autre c6lé, dans plusieurs centres industriels, les éclievinages aristocratiques, pour favoriser les grands ^^yàicni tait des heures préjudiciables aux petils. Ils repoussaieut dédaigueusement les légitimes et persistantes réclamations des métiers. Alors hîs frères de nos corporations coururent aux armes; ils exigèrent, par la force, et le redressement de leurs griefs industriels et 1 égalité politique.

Déjà, en 1164, les tisserands et les foulons de Gand s'étaient soulevés. Cette révolte paraît avoir été locale; niais, un siècle plus tard, le mouvement populaire fut général. A Bruges éclate, en 1280, la commotions laquelle s'appela, dit D'Oudeglierst, de (jvoote Muerlemay et fut ceste la première Wapeniuijhe qui advint en Flandre dout les historiens fassent mémoire. » Les grands métiers d'Ypres font Tannée suivante (1281) leur révolution, connue sous le nom de la Cokerulle; presque en même temps, les tisserands de draps se mettent en pleine révolte à Douai, et six ans après (en 1287), les corporations de Liège s insurgent contre leur prince-évêque.

Ces révoltes, ou plutôt ces révolutions, marquent les premières étapes des métiers populaires marchant à la conquête de leurs droits politiques.

Bientôt les seigneurs sont contraints de faire droit aux légitimes exigences des manants, longtemps opprimés ; ils autoi'isent « des bonnes gens des métiers à assister à la reddition des comptes de leur commune » et îi « venir ou a envoyer vers eux pour exposer les torts et les fautes (^mespris) de leurs échevins; » ceux-ci cessent, dès lors, d'être omnipotents et en quelque sorte inviolables ; enfin les keures injustes sont lacérées et remplacées par des keures nouvelles. C'est de la fin du xni'' siècle que datent les plus anciennes lois écrites de presque toutes nos fraternités ouvrièi'es et les premiers comptes réguliei*s de la plupart de nos villes.

Ces concessions, faites aux petits, avaient sans doute leur importance, à l'époque où la féodalité et les grands tenaient en leurs mains tous les pouvoirs; elles furent bientôt, ainsi que beaucoup d'autres successivement faites, considérées comme insufiisantcs : les exigences de nos gildes grandissaient en même temps que leur puissance et leurs richesses.

D'abord les bourgeois, puis « ceux des métiers » populaires reclassèrent le droit de siéger dans les assemblées administratives des

"im BELGIQUE POLITIQUE ET SOCIALE.

communes, à côté des patriciens privilégiés, et d'y avoir, comme eux, voix délibérative ; ils exigèrent, en un mot, Tégalité politique la plus complète.

La lutte tut longue et sanglante; nos corporations eurent leurs jours de victoires et leurs jours de défaites, mais toujours elles marchèrent résolument et sans défaillances vers leur but. Après la victoire, les métiers imposaient à leur seigneur Toetroi de privilèges nouveaux; après la défaite, ils ne subissaient pas longtemps la loi du vainqueur, ils se réorganisaient promptement et reprenaient vaillamment les armes.

Les corps de métiers triomphent enfin! Cest durant la première moitié du xiv* siècle, en Flandre, sous la domination, ou, comme dit Li Muisis, « le règne » de Jacques Van Artevelde, que Ion voit se censtituer régulièrement, dans presque toutes nos communes, les nombreuses assemblées nommées tantôt « le large conseil , » tantôt « la grande communauté » {(jroot (jemeente).

L'organisation de ces grands corps administratifs, repi'ésentant la généralité — « la commune », — n'était pas la même dans toutes les villes; mais partout les mandataires des corporations ouvrières furent admis ix y siéger et à délibérer, avec les échevins et les notal)les, sur « les affaires majeures » dé la communauté; tous h^ intérêts, ceux des petits comme ceux des grands, furent ainsi dès lors équitablemenl représentés.

Nos gildes firent donc, dès les premières années du xn** siècle, participer l'élément plébéien à ce que l'on nomme aujourd'hui le festin de la vie publique. Mais les corps de métiers ne jouirent pas longtemps de leurs nouvelles conquêtes politiques et industrielles, car les princes cherchèrent bientôt à amoindrir les droits, les libertés et les franchises qu'eux-mêmes ou leurs prédécesseurs avaient accordés, plus du reste pour obéir aux exigences de leur politique que par une réelle bienveillance pour la bourgeoisie et les manants. Toutefois^, en Flandre, le maintien des institutions fondées par « le saige homme de Gand » resta longtemps le programme politique des gildes ouvrières, et Ton entendit plus d'une fois les gens des métiers réunis sous leurs étendards, au jour de l'émeute, « crier à une voix qu'ils vouloient avoir toutes et telles constitutions et ordonnances, comme ils avoient eu du temps Jacques Hartevelle et convenoit que ensi fuist faict. »

En contestant des droits et des privilèges si péniblement conquis par les bourgeois et les plébéiens, les seigneurs provoquèrent sans

GILDES, COUPS DE METIEKS, SEHMENTS. :i6l

cesse de nouvelles révolutions : pour rappeler les épisodes les plus imporlants et les plus dramatiques de ces grands événements populaires, il faudrait, en quelque sorte, refaire ici Thistoire de nos principales communes au xiv siècle.

Toujours nos métiers, comme nous l'avons dit, quand ils étaient victorieux, exigeaient loctroi de nouveaux droits politiques ou des privilèges industriels; mais, quand ilséUiient vaincus, ils payaient chèrement laudace qu ils avaient eue de défendre leurs libertés. Le martyrologe des classes ouvrières au moyen âge rappelle des souvenirs navrants. Ce ne sont pas des arrêts de justice que rend le vainqueur, mais des actes de vengeance qu'il fait exécuter impitoyablement. Les droits et privilèges des communes et des corporations sont confisqués, la cloche banale des beffrois est brisée, des amendes et des contributions de guerre énormes sont imposées à la commune et à ses gildes. A Gand, à Bruges et à Ypres, les gens de métiers sont mainte fois dépouillés de leurs biens, désarmés et décimés, et toujours le comte s'enrichit de leurs dépouilles. En 1328, après la bataille de Cassel, cinq cents tisserands et cinq cents foulons sont bannis de la ville d'Ypres pour trois ans; <' en plusieurs villes et différement, dit D'Oudegherst, jusques un nombre de cinc cents pei*sonnes sont en l'espace de trois mois mises au dernier supplice par le commandement et ordonnance du comte Louys » (de Ciécy), et ce prince, d'après Li Muisis, cité par M. Kervyn, « multiplie d'autant plus les supplices que son avidité l'engage à s'emparer des biens des suppliciés. » Quinze cents tisserands et autres des métiers sont décapités, pendus ou exécutés par la roue, sans jugement, à Ypres, après la révolte de 1359 à 13G1 ; et des chroniqueurs l'acontent avec un certain orgueil, pour glorifier la puissance des seigneurs, que nos villes ressemblaient parfois a des forets, tant y étaient rapprochés et nombreux les gibets di*essés sur les places publiques et dans les rues !

Les luttes intérieures entre les diverses gildes locales étaient aussi fréquentes que les guerres privées entre les seigneurs. A Gand, les corps de métiers, ceux des tisserands et des foulons surtout, se disputèrent souvent la prééminence, les armes à la main ; les combats que se livrèrent ces grandes corporations, en 1336, 1345 et 1384, sur le marché du Vendredi et dans les rues de la cité, furent de véritables et sanglantes batailles; à Ypres en 1353, d'après nos chroniques, les foulons, les tisserands et autres ouvriers de la Halle, c est-à-dire de la draperie, attaquèrent les autres métiers, qui

occupaient la place mililairement et drapeaux déployés. Ces combats terribles étaient toujours suivis dexécutions barbares : les métiers vainqueurs, comme les princes, bannissaient ou taisaient mettre à mort leurs adversaires vaincus.

Certes, ces hécatombes humaines, ces bannissements nombreux et répétés, ces guerres et ces révoltes continuelles entravèrent le 'développement du commerce et de l'industrie qui avaient atteint leur apogée au xin*^ siècle. Cependant les richesses longtemps accumulées faisaient alors encore de notre pays, et surtout de la Flandre, la contrée la plus opulente du monde; car, après avoir vaillamment combattu, « ceux des corporations, » dès que de rares jours de paix et de calme leur permettaient de déposer les armes, retouinaient à leurs métiers et se livraient au travail avec non moins de vaillance.

La prospérité de nos communes, depuis lepoque de leur constitution jusqu'à Tavénement de la dynastie bourguignonne, fut Tceuvre de nos gildes ouvrières et commerciales, c'est-à-dire la conséquence de leur vigoureuse organisation industrielle et de leurs relations si actives avec les divers peuples de l'Europe.

« Nulle terre, écrit Fauteur d'un manuscrit cité par M. Kervyn, n est comparable de marchandise à la terre de Flandre. » Cette terre était alors l'étape de toutes les marchandises et, avec quelques villes voisines, le centre industriel le plus vivace du monde. Bruxelles, Louvain, Tournai, Liège et diverses localités du Limbourg avaient de nombreuses manufactures. A Malines, la corporation du Laimiye comptait plus de 3,200 métiers. A Ypres, en 1308, la draperie en avait encore de 3,000 à 4,000 : à la foire de 1302, un seul marchand y acheta 278 draps teints et 201 draps blancs « à l'usage des arbalétriers. » 34,720 pièces y furent encore vendues pendant la foii^e de l'année lol4, bien que les échevins eussent, dès 1485, déclaré que c( la grant draperie était tellement diminuée et amoindrie que peu ou néant s'en fault qu'elle n'y soit du tout faillie. »

On peut apprécier, par ces quelques chiffres, quelles devaient êti^e l'importance de nos industries et la prospérité de nos métiers, au temps de leur plus grande splendeur.

Des marchés et des foires {fiestes) étaient établis dans toutes nos grandes villes ; en Flandre, à Gand, à Bruges, à Ypres, à Messines; la foire de Tliourout était une des plus anciennes et des plus importantes du pays.

Alors (xn" et xm"* siècles), avec l'autorisation de leurs seigneurs,

GILDES, CORPS DE MÉTIEUS, StKMEiNTS. 26H

mais avec les trésors de leurs riches corporations, nos communes élevèrent ces halles jcigrantesques, que les oftbits comlnnés de rÉlat, des provinces et des villes parviennent à peiiie aujourd'hui à taire restaurer; elles firent creuseï* ces canaux qui, de nos jours encore, facilitent les transactions commercinles, comme ils assuraient jadis aux produits fabriqués par nos corps de métiers un innsport sûr et facile à l'intérieur du pays.

Alors aussi, par des conventions internationales ou en vertu de chartes octroyées par les souverains étrangers, s établii-ent des rehilions commerciales régulières entre nos pays, la Flandre surtout, d'une part, TEspagne, Tltalie et même TOrient, de lautre; mais cVst avec les populations de TAllemagne du Nord et de l'Angleterre, issues comme les nôtres de race germanique, (pie ces relations fui-ent de bonne heure intimes.

Nous regrettons de ne pouvoir taire connaître ici les dispositions les plus intéressantes de ces traités de connnerce (jui donnent une si exacte et si haute idée de la prospérité, à peine croyable, de nos vieilles fraternités ouvrières.

La GILDE IN1EHXATI0XALE, HaXSE FLA>l\XnE (U DE LoXOUKS. — Il CSt

cependant un de ces actes qui se i-altaclie directement à notre su et, et qui fut l'expression la plus large de Tesprit d'association et des principes de la gilde.

Avant 1240, nos gi'andes corporations avaient conclu une ligue commerciale avec les marchands de TAngleterre. Celte ligue, connue sous le nom de « Hanse flamande ou de Londres », fut une véritable « gilde internationale, » tbi'mée par des populations issues d'une même souche et qui, ((uoique habitant, depuis des siècles, des pays diftérents, étaient restées iidèles aux traditions de fraternité et de solidarité de leurs aïeux.

Comme nos gildes nationales, la Hanse avait un trésor commun et des chefs élus. Les marchands de 17, puis de 20 villes du continent pouvaient seuls y être admis; ils jouissaient, en Angleterre, de privilèges considérables et même d'un véritable- uionopole commercial; on trouve, en un mot, dans les statuts de cette « fraternité

internationale, » tous les principes constitutifs de nos fraternités belges.

Ces statuts toutefois étaient loin d'être aussi démocratiques (jue eeux de nos corporations nationales. Les frèi-es des petits métiers, notamment les foulons, les teinturiers, « ki tignent de leurs mains

•iiji BELGIQUE POLITIQUE ET SOCIALE.

meibines et ki ont les ongles bleus, » les chaudronniers, « ki afaitent les caudieres et les chaudrons et ki vont criant aval les rues, etc., » tous ceux qui vendaient en détail et à la livre ne pouvaient être membres de la Hanse de Londres.

Le chef de cette gilde, choisi dans les corporations de Bruges, prenait le titre pompeux de « comte » (quens); son lieutenant, élu par les métiers d'Ypres, portait le nom d' « écuyer » (scildrake) et les frères s'intitulaient aristocratiquement « les seigneurs de la Hanse. »

Cette gildc internationale était florissante encore en 1349 ; elle cessa d'exister vers 1426.

A cette époque, du reste, nos corps de métiers étaient eux-mêmes en pleine dégénérescence. Mais avant d esquisser les causes et Thistoire de leur décadence, il convient de dire quelques mots de nos « gildes militaires ou serments. »

GiLOES MILITAIRES OU SERMENTS. — ' Nos corporatious militaires conservèrent toujours, dans les pays de langue flamande, leur nom primitif de gilde. On leur donna, en pays wallon et en France, celui de serment, et parfois de confrérie.

Dépourvues de tout caractère industriel et politique, ces fraternités armées furent créées, non comme les corps de métiers, pour protéger les intérêts particuliers de Fassociation et de ses membres, mais pour défendre les libertés des communes, findépendance du pays et « les droits de seigneurie de leur droicturier prince. » Leur but, leur raison d'être et leur organisation furent donc, dans le principe du moins, exclusivement militaires.

Les serments sont toujours représentés par nos historiens comme des gildes d'élite; ils occupent, dans la fédération militaire des communes, le même rang que les patriciens dans la société civile; et, comme ils exercent « le noble métier des armes », ils sont pi'esque assimilés aux compagnies des « gens d'armes » du prince ou des communes. Ces associations bourgeoises ont de nobles étendards, des blasons, presque toujours armoriés conformément aux règles de l'art héraldique; elles adoptent plutôt les usages de la chevalerie que les coutumes des milices plébéiennes.

A la fin du xf siècle, l'arc et même l'ai'balète (encore inconnue en France) étaient déjà en usage dans nos pays. M. Wauters, dans son intéressante Notice sur les anciens serments de Bruxelles, rappelle que le concile de Latran défendit, en 1 139, aux fidèles de se servir

GILDES, CORPS DE MÉTIERS, SERiMENTS. 465

« contre les chrétiens » de ces armes considérées alors comme odieuses et meurtrières. Le savant archiviste mentionne aussi « les hommes des gildes » (gelduni) qui furent envoyés, en 1106, à Cologne par Henri, duc de Limbourg. Ces hommes appartenaient sans doute à des gildes ouvrières et non à des serments proprement dits, car c'est plus tard seulement que nos annales constatent la naissance, en Belgique, de ces fraternités militaires et leur organisation régulière.

Les chroniqueurs, toujours amis du merveilleux, racontent que l'origine des gildes spéciales d archers et d arbalétrier « se perd dans la nuit des temps » ; d'autres la rattachent à quelque légende chevalerosque ou religieuse. Mais des ti-aditions respectables et d'anciens documents, plus respectables encore, font justice de ces Ëtbies et prouvent que nos premiers serments durent leur création à des circonstances politiques et h des nécessités militaires.

On voit en effet, au \nf et au xw'' siècle, dans presque toutes nos « villes fermées, » des gens des corporations commerciales et industrielles, les plus belliqueux sans doute, et peut-être les plus braves, au retour d'une expédition guerrière, se constituer spontanément en serment, afin de mieux pratiquer en commun « le noble exercice del arc ou le jollit jeu del arckbalislre. » C'est ainsi que se forma vers 1302, après la bataille de Courtrai, la gilde des archers yprois, l'une des plus anciennes de la Flandre, et qui vécut pendant près de six siècles, puisqu'elle conserva jusqu'en 1871 ses « bonnes coustumes et ses vieux usaiges. »

L'expérience de la guerre motiva la création de ces fraternités militaires. Les gens de nos métiers qui combattirent si souvent, à côté des armées anglaises, contre celles des rois de France, avaient pu constater que les flèches des archers génois et gallois faisaient merveille sur les champs de bataille. C'est dans le dessein de suivre ces progrès et afin de permettre, par des exercices fréquents et réguliers, à de modestes mais vaillants travailleurs de se perfection- ■ nerdans le métier des armes, que furent fondées, non sans dépenses nouvelles, nos premières fraternités armées.

Nos serments d'archers et d'arbalétriers sont donc nés, comme nos corps de métiers, de l'esprit d'association, c'est*à-dire de la gilde germanique. Ils se fondèrent librement d abord; plus tard, ^ersla fin du xm** et durant le xiv** siècle, les communes et les seigneurs féodaux accordèrent des keurcs à ces libres fraternités innées, et en firent ainsi des associations « licites » ou légales.

Les arbalétriers. — Lés arbalétriers obtinrent des chartes, dans presque toutes nos grandes communes, avant les archers. Ils méritèrent sans doute d abord la bienveillance des princes, parce que larbalète, portant plus loin que l'arc (handboghe), produisait de meilleurs effets sur les champs de bataille, et peut-être aussi à cause des difficultés que présentait lexercice de l'arbalète, engin lourd et compliqué, qui, pour être armé et placé sur une espèce d'affût, exigeait le concours de plusieurs vigoureux guerriers, travaillant des mains et des pieds (de là, le nom flamand de voet boghe). Des serments d'arbalétriere furent légalement constitués avant la fin du xni*' siècle, et même, paraît-il, à Bruxelles en 1213.

Les archers. — Les premières chartes octroyées à des serments d archers (sauf peut-être celle qui, d'après des historiens, fut donnée à la gilde de Gand, en 1322, par Louis de Crécy) ne datent, en général» que de la seconde moitié du xiv** siècle.

Les arquebusiers. — Les serments d'arquebusiers sont nécessairement moins anciens encore. Ils se divisaient en deux sections: celle des « couleuvriniers, » munis d'armes à feu portatives (culeuvre), et celle des « maistres es canons, » en flamand donderbusmeesteren, chargés de manœuvrer les pièces d'artillerie (donderbussen).

Les escrimeurs. — Les fraternités d'escrimeurs ne se constituèrent que plus tard encore; car le glaive, puis la rapière furent longtemps les armes privilégiées des chevaliers et des nobles.

Ces deux dernières catégories de gildes militaires furent créées en vertu d'octrois et non, comme les deux premières, par l'initiative populaire.

C'est seulement vers la fin du xV' siècle, et au siècle suivant, que presque toutes nos villes eurent leurs quatre serments.

Les fastes militaires des gildes armées se confondent avec ceux des communes et des corps de métiers. On constate toutefois, par des écrits du temps, que des archers et des arbalétriers, comme nos tii^ailleurs aujourd'hui, se déployaient toujours, avant le combat, devant « la piétaille » (l'infanterie), et sur ses flancs pendant la mêlée ; qu'ils étaient chargés aussi de faire des reconnaissances et le guet sur les murailles des cités ou le long des chemins ou des rivières.

Nos chroniqueurs, qui racontent longuement tous les épisodes des batailles et des guerres intérieures, indiquent rarement la part particulière qu'y prirent les serments; ils se bornent à rappeler d'une manière générale les prouesses des arbalétriers, des archers

GILHES. CORPS [>K METIEUS, SERMENTS. "HÛ

et plus lard des eouleuvriiiiers. Ne peut-on pas roiiclure de ce silence qu'au moyen âge les frères des gildes armées, tous membres de quelque corpsde métier, rentraient fraternellement, au jour de la lutte, dans les rangs de leur corporation pour y combattre avec les frjtres de leur gilde? Les serments, composés de combattants d élite et bien exercés, auraient été, en ce cas, pour la milice communale, ce (pie sont pour notre milice citoyenne, non comme on Ta écrit, nos corps spéciaux, mais les sociétés d'exercice et de tir. D'ailleurs, fesprit de solidarité était si absolu et legoïsme ou la vanité étaient si nues, que tout riionneur d'une victoire était attribué Ji la communauté.

L'organisation régulière des serments, toujours prêts à aller en guerre, fit naître, d'après certains auteurs, l'idée de créer les bandes d'oitlonnance, puis les armées permanentes. En tous cas, nos gardes urbaines ou bourgeoises des derniers siècles, notre garde connnunale (schutterij), sous le gouvernement des Pays-Bas, notre garde civique, enfin, descendent en ligne directe de nos serments : la filiation de notre milice citoyeime avec nos anciennes milices connnunales est incontestable, et Ion retrouve, dans nos lois militaii'es et dans le code de la garde civique, plus d'une disposition empruntée aux keures et aux chartes de nos serments du moyen âge.

Décadence des cokps de métiers et des seumexts. — Grandes furent la puissance et la splendeur de nos serments sous les règnes de Louis de Maie, de Philippe le Hardi et de Jean smis Peur; mais sous la domination, si brillante au dehors, de leurs successeurs, la situation intérieure de nos pays se modifia profondément. Des impôts écrasants, sans cesse demandés sous forme « d'aides et subsides, » ruinèrent nos villes et nos campagnes; la politique antinationale . de ces princes d'origine française, leurs tendances absolutistes et le système de centralisation administrative «ju'ils l'éussirent h faire prévaloir, exercèrent bientôt leur action dissolvante.

Ce régime délétère paralysa nos métiers et nos serments, il énerva nos communes et dénatura peu à peu toutes nos institutions nationales. De nombreuses ordonnances sont alors publiées pour remédier à cette situation. Des droits prohibitifs, des privilèges industriels, de rigoureux monopoles protègent « le travail national; » mais alors déjà le protectionisme montre son impuissance : rien ne peut rendre à nos villes et h leurs métiers leui* ancieiuie prospérité.

Les corporations ouvrières ne sont plus (jue des ombres de nos gildes primitives; elles en ont conservé les statuts et les coutumes.

mais non la mâle énergie et Tincessant esprit d'initiative ; elles sont enfin impuissantes à se défendre efficacement, même à Gand, lorsque, en 1467, Charles le Téméraire confisque leurs bannières et fait suspendre aux voûtes des églises de Boulogne, d'Alsemberg et de Haï, ces glorieux étendards, comme des trophées conquis par le pouvoir seigneurial sur la puissance populaire.

Nos serments, de leur côté, éblouis et séduits par le faste de la cour bourguignonne et de la noblesse, font plus defforts pour paraître que pour être redoutables à lennemi ; leurs noms sont, dès lors, moins souvent cités dans nos fastes militaires que dans les descriptions pompeuses des fêtes, des kermesses, des diœa^ses et des gi'ands tirs nationaux {Inndjuweelen), alors déjà si chers à nos populations. Les ducs inscrivent encore dans des chartes que les gens des gildes armées seront tenus « d'eulx employer en leurs affaires... et d'estre pretz à les servir quand besoing sera. » Mais les éten- . dards de nos serments, comme ceux des corps de métiers, flottent de plus en plus rarement autour de la bannière bourguignonne sur les champs de bataille. Enfin, quand l'organisation des bandes d'ordonnance, puis des armées permanentes, rend inutile le concours des milices communales, il est, dans ces lettres d'octroi, moins question d'exercices militaires que du « jeu et esbatement de l'arc ou de l'arbalète, de parures, robes, manteaux et chaperons dont les suppotz ou confrères sont autorisés de se parer es bonnes villes et dehors dans le pays. » Nos serments, jadis si redoutables, ne sont plus, en général, que des sociétés d'amusement.

Toutefois, immédiatement après le désastre de Nancy (5 janvier 1477, N. S.), le vieil esprit de la gilde semble réveiller de leur léthargie les communes, les serments et les métiers. Dès que la gracieuse orpheline du Téméraire prend en ses faibles mains les rênes du gouvernement de ses vastes États, les communes et leurs corporations revendiquent, les armes à la main, leurs droits amoindris ou confisqués par les ducs de Bourgogne. Après la mort si prématurée de rinfortunée princesse, la « mainbournie » de Maximilien provoque de nouveaux tumultes et de sanglantes révoltes; nos fraternités reprennent les armes pour défendre leurs droits à peine reconquis et, par le traité de paix du 16 mai 1488, le roi des Romains s'engage « à rétablir tous les privilèges et franchises du pays de Flandre. ))Nos gildes triomphent! ce triomphe est éphémère : il ne dure qu'un jour!

iMaximilien, dès qu'il est rendu à la liberté, trahit tous ses ser-

ments. La guerre désole de nouveau le pays; les états, les communes et les métiers luttent avec énergie; mais, abandonnés par leurs alliés, les rois de Fiance et d'Angleterre, ils sont contraints de subir enfin l'odieux traité de Monlilz, ou Plessis lez-Tours (30 octobre 1489). Ce traité rétablit les institutions et coutumes dont jouissaient les Flamands sous Charles le Téméraire et ses prédécesseur; les droits, les libertés et les franchises restitués par Marie de Bourgogne à nos gildes leur sont à jamais enlevés.

Histoire interne de la (;iLnE. — La classification en quehiue sorte sociale et hiérarchique de nos innombrables gildes; les actes par lesquels elles se fédérèrent souvent entre elles, parfois avec les corporations d'autres villes; les idées féodales et de vassalité qui présidèrent aux relations de ces fraternités démocraticiues; les constantes tendances religieuses de nos métiers et de nos serments; leur organisation militaire; leurs lois administratives et financières; les attributions judiciaires, les prérogatives et les immunités de leurs doyens, chefs-hommes et officiers; les droits civils et politiques des corps de métiers, leurs privilèges à letrangcr comme à fintérieur des villes et du pays entier, leurs institutions d assistance mutuelle, les dispositions les plus saillantes du keurbouck qui réglementait dans ses moiiidi'cs détails le travail, l'apprentissage et ladmission des apprentis, des ouvriers et des maîtres , le baptême des confrères admis dans les serments, etc., etc. : en un mot, Fhistoire interne de nos gildes fournirait ample matière h des éludes pleines d'intérêt.

D'autre part, les exercices de nos serments, leurs « tirs l'oyaux, » auxquels les puissants et redoutés seigneurs du pays prenaient souvent une part brillante, les grands concours si splcndides de lare et de l'arbalète (laudjuweelen)^ dont nos tirs nationaux modernes sont une utile mais pale copie; les processions et les cortèges civils (ommegangen) dont nos gildes et surtout leurs graves « chefshommes » et leurs « souverains doyens » {zwaeredeken) faisaient le plus bel ornement ; les fêtes nombreuses et les banquets homériques sans cesse répétés, où, comme dans nos repas de corps et de société, ce la plus franche cordialité ne cessait pas un instant de régner, » tous « ces jeux et esbalements » permettraient de tracer un tableau curieux et pittoresque des « joyeusetés naïves du bon vieux temps. »

Ces souvenirs d'un autre âge et l'histoire interne de nos gildes prouveraient aussi que les révolutions, la domination étrangère, le temps même qui dévore tout, ne peuvent dénaturer ni les instincts.

ni le caractère d'un peuple. En comparant le présent au passé, il serait facile de démontrer que, si nos institutions politiques contemporaines sont filles de nos antiques institutions nationales, les mœurs et les usages des Belges au xix'* siècle ont plus d'un point de ressemblance avec ceux des « conjurés » de nos fraternités historiques.

Mais il nous faut nous borner ici à donner, en quelque sorte, l'esquisse des matières à traiter dans un ti'avail plus complet. D'ailleurs, en écrivant ces pages, nous avons, avant tout, voulu ratUicher le présent au passé, afin de constater que la nation belge n'est pas née en 1830, et que sa situation actuelle n'est que la conséquence de sa situation séculaire : nous avons cherché à contribuer ainsi, dans la mesure de nos forces, à la réalisation de la bonne et patriotique pensée qui a fait éclore la Patria Belgica. S'il est utile, en effet, de « montrer à la Belgique ce qu'elle est, afin de lui faire comprendre ce qu'elle peut, » n'est-il pas utile aussi de lui l'appeler ce qu'elle fut, afin de lui faire comprendre ce qu'elle peut être en restant fidèle aux traditions de fi^ternité et de patriotisme qui la firent jadis si libre, si prospère et si grande?

Des monographies et des traités spéciaux indiqués à la suite de cette notice donnent, du reste, des détails curieux sur les mœurs, les usages, les privilèges, les coutumes, etc., etc., de* nos corps de métiers et de nos serments.

Nous ne pouvons toutefois omettre de constater que toutes les villes de Flandre d'abord, la cité de Liège, les villes du Brabant, du Limbourg et du marquisat d'Anvers ensuite, puis les autres localités importantes du pays, eurent leurs corps de métiers et leurs serments.

Toujours et partout, ces fraternités ou « Prairies » furent constituées sur les bases de la gilde primitive; leur nombre varia en raison du développement ou du dépérissement des industries locales et (ie la puissance des cités. A certaines époques, il fut si considérable que nos habiles statisticiens modernes eux-mêmes n'en sauraient tracer un tableau complet et exact.

Pour donner au moins une idée de la multiplicité de nos gildes industrielles, nous mentionnons ici quelques chiffres.

Jacques Van Artevelde divisa la population de Gand en trois membres : les bourgeois ou poorters, les 27 métiers de tisserands et les 52 petits métiers. Charles-Quint (1540) fusionna tous ces métiers en 21 corporations.

Bruges avait 52 corps de métiers en 1361, et au moins onze de

plus au siècle suivant, car en 1436 soixante-trois de ses métiers envoyèrent des « gens » à larmée de Philippe le Bon pour faire le siège de Calais, et une ordonnance des magistrats de Bruges, citée par Damhouder, en énumère 80 : cette ordonnance règle Tordre des préséances dans les solennités publiques et indique le lieu où ces corporations devaient se rassembler pour y assister.

Des ordonnances faites par les échevins d'Ypres, dans le même dessein, prouvent que cette ville avait 52 métiers en 1436 et 32 seulement en 1495; d'après un mémoire présenté par le magistrat en 1789, il en existait alors 34 dans cette ville, déchue depuis longtemps de son antique splendeur.

Bruxelles avait, au xvi*' siècle, 50 corps de métiers, divisés en 9 nations, avec 292 doyens.

A Malines, il pxistait 44 métiers, dont 17 gi^ands et 27 moindres ; six de ces grands métiers portaient le nom de« métiers principaux » et jouissaient de grands privilèges.

Les corps de métiers ont été nombreux à Louvain et à Tournai ; mais, dans la première de ces cités, ils furent réduits à dix en 1378, à la suite d'une émeute ; dans la seconde, Charles-Quint divisa les corporations en 36 bannières, ayant ensemble 60 doyens et sousdoyens. Cette organisation y fut, paraît-il, maintenue jusquen 1793. A l'époque de leur suppression, les 43 corporations de Tournai étaient encore partagées en 36 groupes.

Déjà, en 1297, les artisans de Liège formaient 12 « Prairies, » et d'après une publication faite par le conseil de cette cité, en 1730, les métiers y étaient alors au nombre de 32.

Enfin, au moyen âge, la population de Dinant était partagée, comme celle de Gand, en trois groupes : les bourgeois (ïenmi la ville, le bon métier de la batterie de cuivre et les neuf petits métiers.

A défaut de renseignements plus complets, ces données statistiques suffisent pour faire apprécier toute l'influence que devait exercer autrefois, sur la direction des affaii'cs et sur le mouvement iadustriel et commercial, la puissante organisation de nos gildes ouvrières, si nombreuses îi toutes les époques.

Les corps de métiers et les serments depuis le xvi*^ siècle. — Par un édit du 18 octobre 1520, Charlos-Quint avait renouvelé les anciennes ordonnances portant que « nulle confrérie, corporation ou communauté soit civile, soit ecclésiastique ne pouvait s'établir dans

les Pays-Bas sans le consentement du souverain ». Ces ordonnances, dont on trouve déjà le principe dans des chartes du xnr siècle, données par Marguerite de Constantinople et confirmées par Gui de Dampierre, son fils, restèrent en vigueur dans les Pays-Bas jusque vers la fin du xviu* siècle. Aujourd'hui « les Belges ont le droit de s'associer ; ce droit ne peut être soumis à aucune mesure préventive. » (Const. belge, art. 20.)

En 1540, le peuple et les corporations de Gand firent un suprême effort pour reconquérir leurs anciens droits et les privilèges que le traité de Plessîs lez- Tours et, depuis lors, divers « placcaerts » avaient encore restreints; la grande commune s'insurgea, elle fut* vaincue. Charles-Quint chùtia rudement sa ville natale, et, comme les corps de métiers, toujours stimulés encore par le vieil esprit de la gilde, avaient pris une part active à cette insurrection, l'empereur sévit durement contre ces associations plébéiennes. Par une ordonnance trop célèbre, « la concession Caroline, » il désarma ces fraternités et leur enleva, en même temps que leur puissance militaire, leurs prérogatives politiques ; puis il « réforma » complètement les corporations de Gand.

Les gildes belges avaient conservé, depuis leur naissance, le droit d'élire leurs doyens et tous leurs officiers : Charles-Quint donna au bailli et au magistrat de la ville vinculée le pouvoir de nommer les chefs des grandes corporations exerçant des attributions administratives. L'organisation « concédée » aux métiers de Gand fut bientôt appliquée à tous ceux du pays. Les nouveaux chefs, nommés parfois « chefs-hommes, » sont, dès loi*s, des commissaires de l'autorité; ils cessent d'être les mandataires des corporations, et celles-ci perdent bientôt toute influence réelle sur la direction des affaires communales.

A dater du règne d'Albert et d'Isabelle jusqu'à la révolution brabançonne, de longs et sérieux dissentiments surgirent souvent encore entre les gouverneurs généraux des Pays-Bas, d'une part; les doyens des corporations et des collèges populaires, de l'autre; plus d'une fois, à l'occasion de ces conflits, des rassemblements tumultueux et des pillages troublèrent l'ordre public, et François Annéessens, doyen et syndic du corps des métiers à Bruxelles, fut en 1719, pour avoir héroïquement défendu les droits de ces corporations, la victime de sa fidélité à d'antiques traditions d'indépendance. Mais ces fraternités désarmées, privées des libertés et des franchises qui avaient fait leur force, ne purent plus résister sérieusement au

pouvoir central : elles devinrent des associations exclusivement industrielles.

Nos serments ne furent pas frappés par « la concession Caroline; » mais, dans quelques grandes villes, ils avaient été, en lo32, placés sous le contrôle de la commune qui, pour surveiller leur administration et leurs tendances, nommait un « doven hors la loi. » Ces gildes, d'ailleurs, se montrèrent rarement hostiles au souverain. Durant les troubles du xvi** siècle, dans diverses cités, plusieurs serments restèrent fidèles à « lancienne religion et à la courounfe d'Espagne; » ils eurent pour adversaires « les poètes et les rhétoriciens. » Ces membres des gildes, dites de rhétorique {vedennjcke yildeu), combattirent les frères des serments... en prose et en vers.

Le duc d'Albe avait malmené ces « libres penseui's » d'alors; les gildes armées furent molestées h leur tour par les protestants, dans les localités où ceux-ci parvinrent à se rendre maîtres du pouvoir. Jusque vers la fin du xvni*' siècle, toutes nos villes eurent leurs serments, et presque tous nos villages leurs confréries. Dans quelques « villes fermées, » à Bruxelles, par exemple, les serments formèrent alors les corps spéciaux de la milice des sections ou quartiers, c'est-à-dire de la garde bourgeoise; ils faisaient aussi, dans quelques places fortes, Ye service de gai'nison, w eu l'absence des troupes de Sa Majesté. » Mais, ainsi que nous l'avons dit, dès les premières années du xvi*" siècle, nos gildes armées ne sont plus, en général, que des sociétés d'agrément. Celles-ci conservent toutefois leur vieille organisation et leurs anciens statuts; à mesure que leur rôle militaire s'amoindrit, elles exagèrent môme leurs allures guerrières : elles se donnent des fifres, des tambours et des musicjues, d'inofïensifs canons, de brillants uniformes, des plumets et des panaches...; mais les exercices et les manœuvres sont remplacés par des fêtes, des banquets et de solennelles parades. Un édit, dicté sans doute par un homme d'esprit, mit un terme à cette sorte de manie : Joseph II décréta gravement, le 3 juillet 1788, que « les serments ou confréries ne pourraient désormais paraître en public avec d'autres marques distinctives, nommément militaires, que celles qu'ils sont habitués à avoir depuis leur institution ». Les confrères et les gentilshommes qui les commandaient comprirent que s'affubler au xvHi* siècle des « hauberions, plates bacines, gorgières » et autres gothiques parures portées par les archers du moyen âge, serait se couvrir de ridicule.

Depuis longtemps déjà, à cette époque, nos corps de métiers

vivaient, humbles et obscurs, sous la tutelle de Tautorité qui les avait réformés. Ils ne remplissaient plus même le rôle qui avait motivé leur organisation dernière. Ces corporations' étaient instituées « pour développer et faire prospérer les métiers, et afin que les professions étant exercées avec plus de probité sous le contrôle de doyens et d'experts, « le petit peuple ignorant » fut moins trompé en achetant les choses nécessaires à la vie. » Loin d'accomplir leur mission, les métiers- privilégiés devinrent des sources d'abus, dans le domaine même du commerce et de l'industrie; ils formèrent de véritables castes bourgeoises; l'esprit de corps entrava la liberté du travail, le privilège tua la concurrence, la routine enraya le progrès, et l'intérêt privé domina l'intérêt général.

Suppression des corps de métiers et des serments. — Une réaction aussi violente que légitime s'était produite en France contre ces associations. Un édit de 1776 supprima « les jurandes des coi'ps d'arts et métiers, à Paris. »

Dans les provinces belgiques, on réclama aussi la suppression des corporations ouvrières ; mais ces institutions furent maintenues. Elles trouvaient encore des défenseurs ardents dans le conseil de Flandre et dans nos états provinciaux, quand éclata la révolution qui abolit en France les corps privilégiés et bientôt toutes les institutions de l'ancienne monarchie française.

Un décret de l'assemblée constituante (2-17 mars 1791) supprime tous « les droits d'aides, toutes les maîtrises, jurandes et établissements de patente. » Un second décret (14-17 juin 1791) « défend aux citoyens d'un même état ou profession de se réunir, de nommer des présidents, secrétaires ou syndics et de former des règlements sur leur intérêt commun. » Une autre n\|psure législative confisque les biens meubles et immeubles de toutes ces associations, et « l'assemblée constituante, voulant établir la constitution française sur les principes qu'elle vient de reconnaître, » inscrit dans cette constitution (3-14 septembre 1791) que « les institutions blessant la liberté, l'égalité et les droits de l'homme sont irrévocablement abolies. » Ces divers décrets, publiés et déclarés exécutoires en Belgique par des arrêtés du 19 brumaire an iv et du 7 pluviôse an v, frappaient nos gildes militaires aussi bien que nos gildes industrielles.

Bientôt les agents du fisc français mirent en vente les maisons de nos corporations, les hôtels et les tirs de nos serments, les meubles et les joyaux de toutes ces associations. Leurs registres et leurs chartes

GILDES, CORPS 1»F. MÉTIERS, SERMENTS. ûir,

les plus respectables ftirenl lac<»r(5s pour en taii'c des (lartoiiches et des gargousses, et leurs vieux dra| (»anx, transportés h Paris, restèrent, jusqu en I8I0, suspendus aux vonles de IVj^listî des Invalides, comme des trophées conquis sur les einiemis de la liberté. Le vainqueur rendait ainsi, involontairem(Mit sans doute, les honneurs de la guerre h des étendards sous lesquels nos anc<'»tres avaient si souvent combattu pour détendre leurs droits, leurs libertés, l'indépendance du pays et des grandes communes belges.

Résurrection et transformation des t.h.des militauies. — Sous le premier empire, nos serments cherchèrent h se reconstituer et à former encore des sociétés d'amusement. On reprit les arcs et les arbalètes, on vit reparaître des blasons et des bannières longtemps cachés; les chefs revendiquèrent leurs vieux insignes et leurs vieux litres; on adopta même pour uniformes des tenues militaires; et en assistant à de «grands tirs offerts à tous les archers ouarbalélries, d'abord de Icmpire, puis du royaume et de lelranger, » les doyens (Tàge des gildes modernisées purent encore se rappeler les splendeurs dun landjuweel et en raconter les magnificences à leui-s jeunes confrères.

Mais bientôt, sans respect, même pour des traditions exclusivement archéologiques, les heures séculaires sont abrogées et remplacées perdes règlements; « les bonnes coutumes, » abus, suivant les uns, usages surannés, d'après les autres, tombent en désuétude.

A nos seiments d'autrefois, qui joignaient l'utile Ji l'agréable, ont succédé, d'une part, les compagnies spéciales et les sociétés d'exercice de la garde civique, de l'autre, des sociétés de tir à l'arc et à Farbalète : les premières se livrent à des exercices sérieux afin de se préparer h défendre au besoin l'indépendance de la Belgique et ses libres institutions ; les autres ne songent qu'au plaisir et oublient le glorieux passé de la gilde, mais restent fidèles aux joyeuses traditions « des frères du banifuet. »

Ce sont ces sociétés qui tous les ans, au mois de septembre, viennent rappeler à Bruxelles le souvenir de nos anciens s(MMnents populaires.

Les corps de métiers condamnés, plus en(!ore par lopinion publique et par les arrêts des économistes, que par des décrets et des ^tés, ne peuvent plus se l'cconstituer. Les derniers vestiges des gildes ouvrières ont disparu ; leur histoire est peu connue, leur nom même est presque oublié.

Permanence de l'esprit des gildes en Belgique. — Toutefois lesprit d association et de fraternité qui fit naître et soutint, pendant tant de siècles, nos gildes nationales, survit à ces fraternités; il a de profondes racines encore dans les mœurs des Belges : la domination étrangère et des décrets n'ont pu dénaturer le caractère de la nation.

Est-il un pays au monde où l'esprit d'association et de fraternité, c'est-à-dire de la gildc, soit plus vivace que dans le nôtre? Aujourd'hui, comme autrefois, l'amour de la patrie, de son indépendance et de ses institutions domine, au jour du péril, nos luttes de partis et l'égoïsme des intérêts privés. Dans nos campagneSf dans nos villes, naissent chaque jour et prospèrent des sociétés financières, commerciales, industrielles et politiques, des associations religieuses, de charité et d'assistance mutuelle, des académies, des sociétés scientifiques, littéraires et artistiques, des wateringues et des comices agricoles. Toutes nos villes et même nos moindres villages ont de nombreuses sociétés d'agrément. Comme autrefois, la Belgique est couverte d'un vaste réseau d'associations qui rappellent nos anciennes fraternités. Nos assemblées nationales législatives, provinciales et communales, sont elles-mêmes filles de la gilde et suivent ses patriotiques traditions.

Aujourd'hui, comme aux jours de la splendeur et de la prospérité de nos puissantes communes, ces associations vivifient le travail, développent la richesse publique, fortifient l'esprit national, nivellent les inégalités sociales et font la force et la grandeur de la Belgique.

Et si i.otre patrie est libre, indépendante, heureuse et prospère, c'est pai c que nos populations restent fidèles aux traditions des « frères de la gilde antique » qui, eux aussi, longtemps avant qu elle fût inscrite dans notre constitution de 1831, ont compris et pratiqué notre devise nationale : L'Union fait la force.

BiBLioGr.APHiE. — I. La gilde primitive. L'existence de ces gildes et leur organisation première ne se ré. Ment que par des inductions tirées de nos plus anciens documents. Les archives tic notre ville natale nous étant mieux connues que celles d'autres villes, nous avons spécialement fait nos recherches dans ce riche dépôt dont les documents ont été classés, inventoriés et analysés avec tant de soin et de science par notre ami M. Diegerick (Voir spécialement le tome [«>', pas-ûm de VInveutaire des chartes et documents appartenant à la ville d'Y'pres, par J.-L.-A. Diegerick. 7 vol. in-8<». Bruges, Vandecasteele-Werbrouck. 1853 à 1868.) Nous avons consulté aussi d'autres publications (trop nombreuses pour pouvoir être énumérées ici) faiics par le savant et infatigable archiviste de la ville d*Ypres. — Borgnet (Adolphe), sur le caractère du mouvement communal en Belgique, Bulletins de l'Académie, !2« série, tômc XXVI 1 ; Bast (M.-J. de), L'Institution des communes dans la Belgique pendant les xiK et xni'' siècles, Gand, Houdin, 1819; Kervyn de Leitenhove, Histoire de Flandre. Tome I, p. 112 et ^uiv., tome 11, p. 18 et suiv., Bruxelles 1847; Le Glay (Edward), Histoire des comtes de Flan je Tome 1. p. 33, Bruxelles, 1843; Moke, Mœurs, usages, fêtes et solennités des

GILDKS, COKI'S I>h MÉTIKKS, SKIlMKNTS. m

/{t-/i/r«p Bruxelles, A. Jainar; Kncii»act iJL'an-J<iM>|i|) , Histoire de t'itrujine, de Vurtjanimtion et des poufoirs des états gcturtiu.r et prtniHciaUA' des G au les rt piirticitlièremrnt des Puijs- UuM, depuis les Germains jusqa au xvr siècle, (tumi, ilDUiliiif ISP.I; Slirliei-iJ \ L'Esprit d'asstKiatiuu chez tes CennauiSt InlnnluctiDii ù roiivra^^c iuliliili* tiecherchrs historufues, cU: , cic. uu Folix de Vigne (vuir plus iDiii;; Tailliar, Uecherches sur les instnntinus ifolitiques et ciriles au moyeu âtje, Itulletiii ilcIuriiiiiiiiiKsiua royale iriii^tuiiv. Tuiiii' Vlll. ISrux , IHU ; le iiu'mir', IkunmUHCS et bourgeoisies, p. KH ; le iiirtiie, Ites corf^rutiotis d'art et métiers .voir les Murces citée»), \\. l(K{;\aii i'raol .JuU-.s , De l'oritiine des communes Jlama mies et de l'époque de leur étahlissement, Gainl, Le Koux, lK:2!>;\V:u-nkii'iii;: \..-.\.., Histoire de la t'iamlreet de ses institutions civiles et poluuines jusqu'à l'année l^SUo, trailuiie do 1 alluinand par A.-K. Giitrldidr, Bruxelles, lome 1" M^'k, tuine 11 jK.'l(i:., luinr 111 IKUi, loiiie iVJb.'»! , Taris el Bruxelles, tome V vl8(>4}, id. .('.et ouvrajjc est un livs preniifrN ei dus plii> reniarquablcs (|ui aient 1^1^ publiés, en Belgique, sur nos giiili>. ; Fortuiju (Cornélius Jiisinu>j, De yddarum histnrid /brmdet auctoritate politicâ, medio imprimis aevo, Auistclodanii, A. SwM-7.aanll,.MI)(^r()\XXlV. .L'auteur cite un grand nombre il'ouvrages allemands cl autn-s; celle ^a>anU' liissortation ne ouus était pas connue quand nous avons écrit notre notice. — H en est de même de l'ouvrage de Wirtli (Max), Histoire de la fondation des Etats fjermaniques, traduit lie rallemand par la baronne do Crombrugghe, Bruxelles, IHT.'i. Tome 11, p. 1;K2, des associations, etc.. etc.)

II. GiLbES RrnALES, WAKTKKINr.rKs. Annales delà Staicté d'Émulation de Urngvs, \f siTie, tome m, pages fô, 182, 1K8, !21M. ;>.!<), ^.»â: ±- «'rie, tome Xlll. p. -ir*, ^2.7J; Gilliodls-Van Sereren,' Cartulaire de la waeterimjhe de Moerkerkr, la Flandre, revue des monurrents d'histoire et d'antiquités, 18b'7-18(>H, p. 'M\); le même. Inventaire des archires de la ville de Bruges, tome II, pages â(>*et âHU.

III. Corps de métiers et serments. Borgnot Julev, Des corps de métiers et des serments delà ville de Samur , Mis^agcr îles seienci's historiques de Belgique, tome \V, pages (>!), 18o, Giod, 18i7; Willems (F j, Over de gilden en amhachlen in de lirahandsche Kempen Belgiseh Muséum, le Gent, by F. en E. GhyNelinrk, iH'ttl; tome IV, p. 0*; De Vigne, îlecherrhes historiques sur les costumes civil* et militaires des (iildey et corporations de métier s y leurs drafteaujr, leurs armes, leurs blasons, ete , etc., avec une introduction historirjue par J. Slechcr, Gind. F. et E. Ghyselynck ilKH).

IV. Corps de métiers. Blommaert Ph.., Àmlmchtgilden en yerringhen te Gent. lielgin^h

MuMîum, Geul, 48f(l; lome IV, p :i->, in-8"; Bormans i Stanislas;-, Le lnm métier des drapiers

de ta cite de Liège; Liège, Carmanne, I8<î7, in 8"; le même, Le bon métier des tanneurs

de la cite de Liège; Liège, Carmanne, lMi2. iuH-'; F. H. d'ilondi, yotiee sur les archives

de l'Etat a Bruges, Annales de la Société d'Émulation, Bruges, lS(i»-lS4M, tome Xlll,

if série, p. âO!$ (voir spécialement : (^.i>rps des métiers de iSruges, p "InA-, Corps de\ métiers

d'iHtende, p. tfH'; lluytlens [iuleHj Hecherchrs sur les corporations gantoises et notamment

isr celle des tisserands et des foulons, leur organisation civile, religieuse, militaire rt comnur-

àale, Gand, Léonard Hebbelynck, iKtil ; un vol. in-l<* ; Ouin-La-<'<roix, Histoire des anciennes

carporattons d'art et métiers de la capitale de la ?iormandir v/iW^ par de Vigne; ; Perreau (A.j,

tttckerches sur les corporations des métiers de la ville de Maestricht *t sur leurs mereau.r,

Brux., I8-i8; Pycke, En quels temps les corporations connuvs sous le nom de métiers .\eerin-

fienen ambachten) se sont- elles établies dans les provinces des Paijs-ltaslf Quels étaient les

pntilèges et les droits de ces corporations y et par quels moyens parvenait on a y être re^n et

ft eu devenir membre ejfeetij'f •Mémoire (|ui a remporté le prix au concours de l'Académie en

1^. Brux., Bayez, 1827); De Beiiïenberg, Métiers a Tournuy en i:î«îi, Bulletin de l'Académie,

^kérie, tome \ll .l*^ partie;, p. '.iHi^ Brux., 18W); Saint-Cenuis Jules de , Sceaux des métiers

ik Bruges, Messager des sciences historiques de Belgiiiuc, tome X, p. .'{!IT; Sloop P. de. : Parti

titlaritcs sur tes corporations et les métiers de Bruges, Annales de la Société d'émulation, 18-»''>,

tome |w, i* série, p \'X\\ Vanderstraeten ;Kdmond;. Vn registre de la rurinnaiion des savetiers

à'ÀHdenaerde, Messager des sciences de Belgifpie, tome XXlll, p. o ; Vigne Félix de., Mo'urs et

■uagei des corporations de métiers de la Belgique et du nord de la France, pour faire suite

ni Cherches historiques, etc., etc., du même auteur voir III;. Caiid, de Busschere frères,

iHTiT; 1 vol. in--*"; Voisin ;le vicaire général;, Motice sur la corporation des Haute-lissiers, à

^ffWHai, Bulletins de la société historique et littéraire de Ttmrnai, tome IX, \Hihi.

V. Gildes militaires ol< SERMENTS Jules Borgnet, Histoire des compagnies militaires de •^AMiar. Mémoires couronnés de l'Académie, tome XXIV, lbt'>0-18.'>l ;(^lialon Pi.), Lettres d'in Station envoyées par les arbalétriers de la ville de Mons, pour un concours de l'arbalète du

437(1111 lî^7. Messaîîer des sciences historiques de Belgique, tome VI, p. 4îiO; Guillaume, Hts toire de l'organisation militaire sous les ducs de Bourgogne. Bruxelles, iHil ; Uenaux (Ferd.!, La compagnie des vieux arbalétriers de la cité de Liège, Bulletin de l'institut archéologique. Liégeois, tome III, 18o7;Huyttens (Jules), Recherches sur l'organisation militaire de la ville de Gand au moyen âge. Messager des sciences historiques, etc., année iSTiS; Janvier (A*';, Notice sur les anciennes corporations d'archers, d'arbalétriers, de couleuvriniers et d'arquebusiers des villes de Picardie, Amiens, Duval et Hermeut, 1853 ; Meyer (de), Jaerboek der koninklyke gilde van Sint-Sebastiaen te Brugge, Brugge, 1859; Saiut-Gcnois (de), Fvtc d'arbalétriers à Tournai, Revue de Bruxelles, 4839, p. Îi9; Van Asch Van Wyck (A.-M.-C.j, De schui oj schutengilde in Nederland, Utrecht, 4849-4851; Vandenpeereboom (AI]).}, Des Ghildes ; Childe de Saint- Sébastien d'Ypres, Société historique, elc , etc., de la ville d'Ypres et de Tancienne West-Flandre, 4864, tome !«', p. 6Î^; Van de Puttc (F.), Confrérie de Saint- Georges à Doesinghe, Annales de la Société d'Émulation à Bruges, 4846, ^ série, tome IV, pages ^, 33, 36, '4è à 40, 407 ; Van Praet, Jaerboek der keyzerlyke ende koninglyke Iloofd gilde van den edelen ridder »int Joris, in den ouden hove binnen de stad Drugge, konnende dienen voor supplément van de Jaerboeken van Brugge, Bruges, 4786; Wauters (Alp.), Les serments de Bruxelles, leur origine et leurs règlements. Revue de Bruxelles, avril 1841, p. 32; le même, L'ommeganck et les autres fêtes des serments de Bruxelles, Revue de Bruxelles, juin 4841, p. 32; le même, Notice historique sur les anciens serments ou Gildes d'arbalétriers, d'archers, d'arquebusiers et d'escrimeurs de Bruxelles, Bruxelles, J.-H. Briard, 4848.

VI. Serments de la Flandhe. Érection d'une Gilde d'archers à Becelaere, en 14â8. Annales de la société historique, etc., etc., de la ville d'Ypres et de Tancienne West-Flandre, tome I^r, p. 444; Érection d'une confrérie d'archers à CoMÂe/aeir, Charte, Annales de la Société d'Émulation, Bruges, 4*^ série, tome IV, p. 355. — Un grand nombre de notices, notes, chartes, octrois et autres documents concernant les Gildes armées ou serments de la Flandre ont encore été publiés dans les Annales de la Société d'Émulation de Bruges. On en trouvera l'indication dans les excellentes tables générales rédigées par F.-H. d'Hoop, conscnateur des ar chives de TÉtat à Gaud ; Bruges, 4870, p. 249.

Page 1