HISTOIRE POLITIQUE MODERNE
Par M. EUGÈNE VAN BEMMEL, PrufifsMur a l'univiThiti' do UnixclK-s.
Philippe le Bon. — Le règac de Philippe le Bon comuience, pour la Belgique, riiistoire politique proprement dite, ou du inoins l'époque où la politique devient une science. C est aussi la transition de la période féodale à la période d'unité monarchique. Les grands États se constituent : ils ne tardent pas à former entre eux un système, et il est désormais impossible de traiter de l'histoire d'un pays sans faire l'histoire de l'Europe.
Depuis longtemps déjà, l'Angleterre et la France sentaient la nécessité d'une sorte de cohésion intime, mais les moyens quelles employaient pour y arriver marquent le contraste qui existe entre les deux nations. La guei're même qu elles se faisaient, tout en les poussant vers ce but, avait eu une influence différente sur l'oi'ganisation intérieure de chacune d'elles. En Angleterre, le peuple et la noblesse coalisés contre la royauté avaient obtenu l'établissement d'un gouvernement mixte, fondé sur les libertés publi(iues; en France, l'alliance de la royauté et du peuple avait battu en brèche la féodalité et préparait le despotisme d'un seul.
Les ducs de Bourgogne, branche cadette de la maison de Valois,
suivent naturellement la politique française, et se font, par cela même, les rivaux et les adversaires des rois de France, dont ils contre-balancent un instant le pouvoir en Occident. Ils parviennent à réunir sous leur domination les États de plusieurs autres grands vassaux et à grouper habilement autour de leur personne les chefs d une aristocratie inférieure comme une sorte de noblesse de cour. Mais, à cette absorption monarchique, les communes belges résistent bien plus longtemps que celles du centre de la France : plus actives, plus turbulentes, elles sont aussi plus fortes par leurs immenses relations commerciales et par leurs richesses acquises ; elles tiennent enfin de lesprit de liberté germanique. Les deux principes restent donc en présence, et la lutte continue, se prolonge, se perpétue, empêchant toute constitution politique quelque peu stable, énervant la nation dans des efforts stériles, et la laissant livrée ensuite aux convoitises des gouvernements étrangers.
Le libre développement des communes belges, tel qu'il avait été entrevu quelquefois par des hommes supérieurs, tel que divers symptômes l'avaient même annoncé, eût amené entre elles une fédération, qui était d'ailleurs aussi dans l'esprit germanique. On les avait vues s'entr aider, s'appuyer dans des circonstances critiques, oubliant, pour un instant du moins, leur intérêt local et même les différences de langage et de race entre Flamands et Wallons. L'autorité prise par les ducs de Bourgogne pouvait, à certains égards, satisfaire ce besoin instinctif: l'union se serait faite sous les apparences de l'unité, et un véritable esprit national fût venu soutenir un pouvoir établi d'abord dans des conditions toutes personnelles. Mais aucun de ces princes n'eut les capacités nécessaires pour bien saisir les avantages de cette situation spéciale et pour fonder un ordre politique sur ces bases.
Philippe le Bon est peut-être le seul des quatre ducs de la maison de Valois qui ait compris quelque chose à un pareil dessein et qui ait cherché sérieusement à le réaliser; mais ses succès sont dus beaucoup moins à son caractère et à son sens politique qu'aux circonstances exceptionnelles au milieu desquelles il se trouva placé.
Ces circonstances furent d'abord les malheurs et l'impuissance de la France pendant la dernière période de la guerre de cent ans. L'assassinat de Jean sans Peur avait donné à Philippe un motif d'agir des plus légitimes. Le traité de Troyes (1420), qui prononçait la déchéance de la France au profit de l'Angleterre, était justifié d'avance à l'égard du duc de Bourgogne, comme un acte de ven-
IIISTOIKK POl.mul K MOhKK.NK. ^SI
gesiiice filiale. Mais (!*é(ait en iiièiiK; temps de sa |Kirt iiii a<Mc politique de la plus haute, iinporlauce : il s'ajrissait tle s'aHranchir de la France, à laquelle les comtes de Flandre avaient toujours été attaeliés p;ir les liens de la parcnli'ei du vasselajçe ; il fallait aussi s(» rapprocher des coniniunos, qui n'avaieni pas oublié la bataille de Hoosebeke, dans laquelle (,ouis de Mal(\ allié au jeune roi Charles VI, avait tait éprouver aux Gantois une si cruelle défaite : or, c'était l'arrièrepetit-fils de Louis de Maie qui, cette fois, portait au comble l'huiniliation de ce même Chai-les VI, devenu vieux et insensé.
Mais, si Philippe le Hou sVmancipait ainsi de la tutelle de la France, ce ne pouvait éii-e pour tomber sous h* jouj: ou même sous rinfluence trop directe de rAnj^deltM'rc». De là, «retle conduite incertaine, indécise; de là, le traité dWrras (I i.TJ), où le duc de Bourgogne abandonne la cause anjijlaise et n(»gocie séparément ave(^ Charles VU, qui lui cède Auxerre, Màcon, IN'M'ornie, les villes de la Somme, et le dispense même de rhommagjt» à la couronne de France. De là, enfin, et ces avantaj^es oluenus, la rupture de Philippe avec les Anglais, et le siège de Oiluis ( I WO), entrepris par les Flamands avec un enthousiasme qui n eut d'égîtl que lem* rapide découragement.
Ce dernier événement aurait dû montrer au duc combien il pouvait difficilement compter sur ses sujets, combien une politicjue persoimel le était au moiivs pnMnalurée et ([uel esprit d'indépendance subsistait toujours parmi les gens dt^s (•ommunes. Il nVn tira d'autre enseignement que la prétendue nécessite'^ de recourir à des mesun^s de rigueur, et même à des perfidies, (jui ne pouvaient rien fonder de durable.
Dans les premiers temps de son règne, tonl(*fbis, il s'('*tait montré indulgent pour les prétentions des communes, et peut-être est-ce alors que lui fut doimé le qualificatif de bon, qui s*attacha si étrangement à son nom. Il n'y avait là (junne habileté imposcfe par les cii-eonslances, et non rexécutioi» d'un plan bien arrêté.
A peine le siège de Calais cst-il abandonné, (juc les grandes cités relèvent la tête. Bruges commence, fiand entre dans le mouvement: le duc plie d'abord, mais il rassemble des troupes étrangèn^s et impose son autorité aux Brugeois; puis, ce succès l'enhardissant, il donne lieu lui-même à une révolte nouvelle «les Gantois, parvient à les attirer ti'aîtreusement en rase campagne, et les bat complètement à la sanglante bataille de Gavre (I iM/J). C^ système de compression lU' laissa pas, il faut l'avouer, de pro- II. it)
fiter momeiitanéinerit à Philippe le Bon, qui, ayant enlevé à la ville de Gand une partie de son autonomie et sa juridiction sur le pays d alentour, en arriva à créer (1455) un grand conseil attaché à sa personne, sorte de parlement royal destiné à remplacer celui de Paris comme tribunal dappel. C'était, du même coup, porter atteinte aux droits de la couronne de France et aux privilèges des communes; c'était introduire Funité dans l'action de la justice, et Charles le Téméraire compléta cette idée, qui devint un instrument de despotisme. Le pouvoir absolu de Philippe s'affirma également, après la soumission des Gantois, par le maintien dune armée régulière, recrutée en dehors de ses sujets belges. La fondation de Tordre de la Toison dor (1430) lui avait fourni davance des capitaines pour cette armée, et groupé autour de lui une noblesse qui lui fit cortège en lui servant d appui. 11 pouvait compter, en outre, sur une notable partie de la bourgeoisie des villes, qui, désirant jouir des richesses acquises, aspirait au repos.
Rien ne manquait a son autorité ni à sa grandeur. Les lettres et les beaux-ails vinrent ajouter un éclat nouveau au faste tout royal dont il aimait Ji s'entourer, et peu à peu s'assoupirent en apparence, dans ces habitudes de luxe et de bon goût, les velléités de résistance et les traditions de liberté. Tout cela constituait, en définitive, la politique ordinaire d'un despote quelque peu habile, et celui que les chrétiens d'Asie appelaient alors le grand duc d'Occident fut sur le point de compléter la diversion imprimée à l'esprit public, par le prestige d'une expédition guerrière : il songeait à une croisade contre les Turcs, maîtres de Constantinople depuis 1453; mais le souvenir de la malheureuse équipée de son père, Jean sans Peur, à Nicopolis, lui fit sans doute abandonner ce dessein.
CiiAiiLKs LK Témkkauik. — Lcs circoustanccs si favorables qui avaient facilité la tache de Philippe le Bon ne devaient pas tarder à se modifier. La France, débarrassée des Anglais avec l'aide même de Philippe, se constituait sous la direction de Louis XL De leur côté» les communes, vainement terrifiées, s'agitaient de nouveau, et la révolte du peuple de Liège, qui s'étendit à celui de Dinant, venait de mettre en défaut tous les calculs du despotisme. La destruction de Dinant (1466), Tune des cités industrielles et prospères par excellence, et les horreurs commises en cette circonstance, terminent d'une façon sinistie le règne d'un prince si improprement nommé le Bon.
IIISTOIUE POIJTIUI H MOlïKIlNK. iX'A
Charles le Téméraii*e, qui setail l'endu complice do cet aclc sauvage, monta sur le Irône Tannée suivante, à la mort do son pèro (1467). I^s colères et les violences par lesquelles il sVlail déjà révélé faisaient tout son caractère, et comme précisément les communes, poussées à bout, mettaient plus do ténacité et d'énergie dans leurs réclamations, la lutte devint des plus terribles. Charles, pris à Timproviste, est d'abord obligé de céder, lors de la visite (ju'il Tait aux Gantois à l'occasion de son avènement ; mais, forcé de cacher son ressentiment, il semble vouloir se venger, peu après, sur les Liégeois. Ceux-ci sont traités avec plus de barbarie encore (juo les Dinantais. Le nouveau duc na égard ni aux excitations dont la malheureuse cité était victime de la part de Louis XI, ni à la prospérité qu'elle faisait rejaillir sur le pays entier, ni au courage et au dévouement des six cents Franchimontois, ni entin à tous les motifs de raison et de prudence, sinon d'humanité, qui devaient l'inviter à la modération.
On a cherché parfois à oxcuscm* celte fougue irréfléchie, fantasque, insensée : on a voulu voir en Charles le Téméraire la dernière expression de la chevalerie du moyen Age. liOuis XI, parfois aussi, a été considéré comme le premier type de l'homme politique. C'est faire à l'un et à l'autre beaucoup trop d'honneur. Bien qu'ils offrent entre eux le contraste le plus complet, dans tout l'ensemble de leur manière d'être et d'agir, ils se ressemblent au fond par une sorte d'activité rageuse, qui, pour affecter des allures toutes différentes, n'en a pas moins le même caractère étroit et purement personnel.
Charles se complaisait dans ses emportements comme Louis se sentait heureux dans ses intrigues, au point que l'un et l'autre finissaient par prendre pour objet ce qui ne semblait être qu'un moyen. II suffit, pour s'en rendre compte, de se rappeler l'acharnement avec lequel le duc de Bourgogne s'obstina, pendant dix mois, au siège de Seuss, alors qu'il était bien convaincu de ne pouvoir s emparer de la place et de sacrifier en pure perte des troupes dont il avait besoi pour la conquête de la Lorraine; puis l'absurde témérité avec laquelle il entreprit la guerre contre les Suisses, nonobstant leur soumission et quand tout lui commandait de se fortifier plutôt dans ses nouvelles possessions; entin sa folle tentative contre Nancy, et sa mort, digne de sa vie. El, pour ce qui est du roi de France, (luel sens attacher à son étrange enti*evu(» de Péronne avec Charles le Téméraire, et qui fut comme l'exaltation de lespril de ruse, un déli porté par l'astuce h la violence? Que signifient ses perfidies à l'égard
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d'Hugonet cl d'Humbercourt , qu'il livre ensuite à la lureur des Gantois, sans profit pour personne, et en se rendant lui-même plus odieux encore? Ne dirait-on pas que ce fût là, pour chacun des deux adversaires, un véritable jeu, inhumain et immoral, pendant lequel ils se passionnaient au point de ne plus voir que le jeu même et d'oublier le gain qu ils avaient à faire?
C'est réternel malheur de la Belgique de n avoir pas eu en ce moment un chef intelligent, capable de recueillir l'héritage de Philippe le Bon, en s'occupant de calmer les dissensions et les haines, de compléter Tunité par l'union et de trouver dans le pays les éléments de résistance contre l'étranger. Charles ne comprit que vaguement, et pour ainsi dire dans des intervalles lucides, le rôle que lui assignaient les faits antérieurs. Il eut l'idée de joindre la Bourgogne au groupe des États belges par la réunion de l'Alsace et de la Lorraine; il projeta une entente avec le roi d'Angleterre, Edouard IV, pour maintenir en respect Louis XI ; il s'empara de la Gueldre qui formait une enclave de ses possessions; il voulut obtenir le titre de roi de l'empereur Frédéric III et il convoitait la couronne impériale pour l'avenir : mais tout cela n'était que rêves d'ambitieux, et la façon dont il s'y prit dans ses négociations, comme dans ses expéditions guerrières, dénote un défaut absolu de jugement.
Supposez un peu de sagacité et un peu de constance dans cet homme que la naissance appelait à de si grandes destinées, et la face de l'Europe est changée : les Pays-Bas, réunis à la Lorraine et à la Bourgogne, constituent une puissance de premier ordre, capable de tenir tête h la France d'une part, à l'empire d'Allemagne de l'autre, et l'idéal de l'équilibre européen en Occident devient peutêtre une réalité.
Marie i>k B()i;iu;o<;xk et Maxjmilien. — Phiuppe le Beau. — A la mort de Charles le Téméraire (1477), toutes les difficultés renaissent à la fois. Les communes belges, surtout celles de Flandre, qui, dans la dernièi'e guerre, avaient déjîi refusé les subsides, s'empressent de réclamer leurs droits avec une hauteur et une violence nouvelle, tandis que Louis XI s'empare à main armée de la Bourgogne, de la Franche-Comté, de la Picardie et même de l'Artois, menaçant le Hainaut et la Flandre, tout en entamant avec la jeune souveraine des négociations hypocrites pleines d'embûches et de trahisons.
Cependant Marie de Bourgogne, âgée de vingt ans seulement » semble deviner son rôle. Sa jeunesse et son inexpérience inspii*ent des
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sympathies. Elle convoque les rlats j(éiiéraux i\ Gaïul, leur accorde une pari dautorilé, rend aux Gantois les privilèges qui leur avaient été enlevés après la bataille de Gavre et reçoit, en échange, des pi'omesses de secours efficace. Le supplice d'Ilugonet et d'IIunibercourt lui fait sentir, d'ailleurs, assez cruellement et son impuissance et les haines qu'avait provoquées son père, car c'était la mémoire de Charles le Téméraire qu'atteignait cette double exécution, lue semblable réaction s'était produite h Anvers, à Bruxelles, à Ypres, à Mons, contre les anciens agents du duc défunt.
Marie accède au vieu des étals en épousant, dès la même aimée (1477), le jeune Maxiniilien,àgé de vingt-deux ans, fils de lempereur Frédéric Illrce qui lui assure la protection de l'Allemagne contre la France. Maximilien se rend populaire en jurant de bonne grùce d'observer les droits et libertés, et en consentant même, en Brabant, à la stipulation expresse qui dégageait ses sujets de toute obéissance s'il violait le pacte ainsi conclu. Puis il se met h la tête de ces troupes des communes dont Charles le Téméraire avait dédaigné ou redouté le concours, et il remporte l'éclatante victoire de Guinegate (1479), qui arrête Louis XI dans Tt^xécution de ses projets.
Le règne de Marie de Bourgogne ne dura mallieurcus(;meul que cinq années : elle mourut (1482) en laissant deux enfants, Philippe, âgé de quatre ans, et Marguerite, qui n'en avait que deux. Les étals généraux ayant été convoqués à Gand, les représentants de la Flandre refusèrent de donner la régence à Maximilien et même de lui laisser la tutelle de ses enfants. Larchiduc ne leur apparaissait que comme un étranger, et, d'autre part, il n'avait guère été digne de la bonne opinion qu'il avait fait d'abord concevoir. Puis les étals conclurent eux-mêmes la paix avec Louis XI, par le traité d'Arras (1482), en allant jusqu'à disposer du sort de la jeune Marguerite qui fut fiancée au dauphin, h qui elle devait apporter en dot l'Artois et la Bourgogne.
Maximilien, de son côté, justifia malheureusement les appréhensions des Gantois. Marie avait rendu au peuple de Liège les droits dont les avait privés Charles le Téméraire, et la cité n'avait pas tardé ù reprendre sa vie active et prosi)ère; mais des troubles furent provoqués par Guillaume de la Marck, le SantjUer des Antennes, et Maximilien intemnt dans ces troubles avec une véritable perliditi. Il reprit ensuite, par force ou par stratagème, hîs villes de Termonde, d'Audenaitle, de Ninove, de Grammont, de Bruges, puis
c'OïK-liU un accord avec les clals, se fit rendre la lutelhî de ses enfants ainsi que la régence, et, après avoir terrifié les (iantois, dé- (îliira les chartes de leurs privilèges. Le litre de roi des Komaiiis, qu'il reçut solennellement à Aix-la-Chapelle (1486), exalta encore son orgueil : il voulut faire la guerre à la France, saus se servir cette fois des milices flamandes ; mais les revei*s accompagnèrent ses armes, et les états généraux durent être convoqués de nouveau, à Bruges, pour régler la situation.
L occasion était trop favorable pour que les communes ne la saisissent pas. Gand et Bruges sentendirent, et Maximilien, ayant cru pouvoir se rendre à Bruges, fut, pendant près de quatre mois retenu captif et abreuvé d'humiliations par un peuple exaspéré. Ce triomphe momentané coûta cher à la Flandre, qui fut dévastée par Frédéric, accouru avec une armée au secours de son fils, et à Bruges en particulier, menacé depuis longtemps déjà, par diverses circonstances, de perdre le monopole du commerce extérieur.
En 1493, à la mort de Frédéric III, Maximilien prend possession du trône d'Allemagne, et Tannée suivante, le gouvernement des Pays-Bas est remis à son fils. Philippe, alors âgé de quinze ans, et quon surnommait déjà le Beau, avait en sa faveur sa qualité de Belge et les souvenirs de sa mère. Les sympathies que Maximilien n avait pas su conserver se reportèrent sur le jeune prince, qui fui bientôt assez populaire^ pour pouvoir rétablir sans opposition le grand conseil de Malines, supprimé après la mort de Charles le Téméraire. Une double union, dont les conséquences devaient être des plus importantes, rapprocha les Pays-Bas de l'Espagne, où l'unilé monarchique s'était faite récemment sous Ferdinand et Isabelle : Philippe recul pour femme Jeanne de Caslille, et Marguerite, que Charles VIII avait abandonnée pour épouser Anne de Bretagne, fut mariée à don Juan. Celui-ci étant mort bientôt après sans laisser d'enfants, Philippe put porter ses vues sur les couronnes de Castilleet d'Aragon, en y joignant les États qu'il tenait de sa mère et ceux qui devaient lui revenir de son père. Mais lui-même mourut, en 1506, et ce fut son fils, Charles, né à Gand le 24 février 1500, qui recueillit successivement cet héritage colossal, avec la perspective d'être élu empereur d'Allemagne à la mort de son aïeul Maximilien.
Le calme, qui n'avait guère été interrompu pendant le règne de Philippe le Beau, se prolongea durant la minorité de son fils, gi-àce au grand sens et à l'habileté de Marguerite d'Autriche, à laquelle Maximilien délégua la régence. Ce fut celte femme remarquable qui
iiisToiHE por.rriui K modehnk. â«7
s*occupa (le réducation du futur enipennir, \)\en |»lus sans dout<* que* ne purent le faire Guillaume de Croy et Adri(»n d Tlrechl. La tranquillité dont jouirent alors les i^iys-Bas sVHait même étendue au pays de Liège, où Érard de la Marck, neveu du farouche Sanglier y rétablissait l'ordre et faisait renaître la prospériti».
Charles-Quint. — Charles, devenu Charles-Quint après son élection k l'empire (1519), se trouvait, par simi)Ie droit de succession, plus puissant que ne l'avait été Charlemagne par ses guerres et ses conquêtes. Mais la Belgique n'était plus, dans ses immenses possessions, qu'une fi'action minime, presque un accessoire. Enveloppée dans des entreprises militaires et dans des combinaisons diplomatiques où elle figurait comme appoint, forcée d'intervenir, par ses soldats ou ses subsides, dans des conflits qui ne la concernaient pas, elle se trouva sacrifiée, sans pouvoir opposer elle-même assez de résistance aux attaques qui la mettaient directement en cause. Et pourtant sa situation géographique avait, au point de vue de la politique comme de la stratégie, une importances qui ne pouvait échapper k lesprit clairvoyant de l'empereur, et ce fut, en effet, l'une de ses préoccupations les jilus constantes. Sans doute il comprit la fîiute qu'avaient commise ses prédécesseurs en ne donnant pas plus de cohésion et de consistance aux diverses parties de ce pays, et il s'efibrça, mais en vain, d'y porttir remède.
Dès le ti'aité de Madrid, en lo2(>, il cherche à repr-endre la Bourgogne, enlevée par Louis XI, et qui lui semblait ncicessaire pour i-econstituer un faisceau d'États capable de faire conti*e-poids à la France; mais Fran^^ois l'"' refuse de remplir ses engagements et garde définitivement la Bourgogne par le traité de Cambrai (1529). En février 1335, au moment de partir pour Tunis, Charles fait des États belges, par testament, un héritage séparé pour l'un de ses enfants, et, en 1539, il songe sérieusement à un mariage de sa tille Marie avec le plus jeune fils de Fran(;ois I'*', en leur attribuant la Franche-Comté et les Pays-Bas. Le projet est conununiqué au roi de France et à ses ambassadcnu's, qui le reçoivent avec défiance. Charles y persiste néanmoins, et le propos(> de nouveau, loi*s du traité de Crespy, en 1544; mais la mort |>rématurée du prince français, survenue l'année suivante, rompt la négociation, ([u'avait entravée, d'ailleurs, la famille même de (Charles-Quint.
C'était là de la grande politique. Charles-Quint pensait à l'avenir, ce qui le dislingue de tous les autres dcîspoles. H avait bientôt n»-
connu, (1 ailleurs, rimpossibililéde gouverner un aussi vaste empire, dont les diverses parties étaient trop éloignées, trop séparées les unes des autres et trop dissemblables entre elles. Il aurait voulu réunir en un ensemble ceux de ces Étals qui avaient formé la succession de son aïeule maternelle Marie de Bourgogne, et, h l'époque de son abdication, il insista vivement auprès de sa sœur Marie de Hongrie pour lui taire accepter le gouvernement de ces provinces. D'autre part, il avait cherché à placer les Pays-Bas sous la protection de TAlIemagne par la constitution du Cercle de Bourgogne, l'un des vagues désirs de Charles le Téméraire, formulé par Maximilien en 1512 et réalisé à la diète d'Augsbourg de 1548.
L'utilité de lalliance anglaise pour les Pays-Bas avait également frappé Charles-Quint, qui se montra sur ce point le continuateur des grandes vues de Jacques Van Arlevelde. Pendant le règne d'Henri VIH et pendant celui d'Edouard VI, l'entente fut difficile, mais, en 1553, h lavénemenl de Marie Tudor, catholique et fille de Catherine d'Aragon, les circonstances devinrent tout à coup favorables aux projets de l'empereur. Comme les unions matrimoniales étaient la base de toute politique, Charles négocia immédiatement le mariage de son fils Philippe avec la reine d'Angleterre, bien que Philippe, veuf de Marie de Portugal, n'eût que vingt-sept ans, el que Marie Tudor en eût trente-sept. Le contrat (12 janv. 1554) stipulait que l'aîné des fils à naître de ce mariage serait à la fois souverain de l'Angleterre et des Pays-Bas, tandis que don Carlos, fils de la première femme de Philippe, succéderai] à son père en Espagne et en Italie. Mais l'union fut stérile, Marie elle-même mourut au bout de cinq années de règne, et ici encore les desseins de Charles-Quint échouèrent devant une sorte de fatalité persistante.
Dans tout cela, il n'y avait, de la part de Chai'les, ni ambition personnelle, ni préoccupation égoïste, et il faut rendre, à cet égard, un sincère hommage à ce puissant génie. Type absti-ait, pour ainsi dire, de la politique despotique, il semble n'avoir rien de ce qui est de l'homme. Inaccessible à la passion, il obéit aux nécessités que lui imposent ses devoirs, tels qu'il les comprend, et ne dévie ou n'hésite qu'en apparence et par plus d'habileté, sans jamais perdre de vue le but qu'il veut atteindre. (îe n'est pas pour acquérir de la gloire qu'il fait la guerre à la Franche : tous ses efforts ne tendent qu'à obtenir une paix durable, afin de pouvoir s'occuper efficacement de repousser les Turcs et de réprimer les protestants, car c'étaient l'islamisme et la réforme qui constituaient h ses yeux les deux véri-
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tables danjîors de In so('i<*ié curopéeniK». (le nVsi pas inrinr par esprit religieux qu'il rerlierctie ralliaiire de' la |>apaulr : il sait que la puissance spirituelle doit api>u\iM* ri tortiller le desjunisnie politique, et, ne pouvant se faire lui-inenie cliet' dt» n^lipion, comme Henri VIII et plus tard Pierre le Grand, il désire au moins s entendre avec le pape, comme lavait tait (Iharleinaj^ne, conmie devaient l(^ taire Louis XIV et Napoléon. De même aussi que l/)uis XIV et Napoléon, .-1 a recours à la violence pour contraindre le pai)e à entrer dans ses vues. I/avénemenl de son ancien précepteur au trône jmntifical avait été un instant de succès, mais le successeur d'Adrien, Clément VII, se tourne contre lui, et Ton voit alors TcnqKMrur trèschrétien laisser dévaster pendant neuf mois la ville de Home par des troupes sur lesquelles il avait en réalité' tout pouvoir. Puis, loi*sque le pape, forcé de demander j^nk-e, consent à coin'onner Tempereur à Bologne, celui-ci, étranger aux joies du trionq)lie, supérieur h toutes les excitations de la vanit('', se montre phîin de soumission extérieure, se fait humhh; et petit à (•ot('* d'un allié dont I«î pi-eslige lui est désormais nécessairt^
I^ conduite de Charles-Ouint lors de la ré;volte des Gantois n'est pas moins i*emarquable. Il lui fallait, dans les circonstances où il se trouvait, en linir avec l'esprit d'insurrection et faire un exenq>le; mais cette œuvre de pure politique, il l'accomplit sans haine et sans colère. C'est lentement qu'il traverse la France, qu'il lassemble une armée formidable et qu'il se présente, dans l'appareil d'un conquéi*anl, à sa ville natale, terrifiée d'avance et déjà soumise. La répression ne prend pas la forme d'unt^ vengeance, mais c(»lle d'un jugement, et la puissante commune se sent vaincue, humiliée» surtout, si profondément humiliée qu'elle conserve^ jusqu'aujourd'hui plus de ressentiment contre Charles-Quint que contre Philippe le Bon, Charles le Téméraire et Maximiliiui, dont elle avait eu infiniment plus à souffrir.
Quant à la réforme religieuse, il est impossible de supposcM- qu'il ail hésité sur le i»arti qu'il avait à prendre, autant (ju'il est impossible d'attribuer son hostilité à un simple fanatisme. Ici encore fidée politique le domine et le guide. Il est certain ([ue dès la diète de Wornis, en 1521, sa résolution était anélée, et «jue s'il temporisa, s'il lit la part du feu, s'il atîecta la tolérance, s'il transigea même momentanément, les mille complications de son règne venaicH tour à tour l'y déterminer. Coniment adnuMtre que lui, le repicsentant, l'expression complète, l'incarnation, pour ainsi dire, de l'esprit
conservaleur, il ait pu songer à pactiser avec ces idées nouvelles oii perçait le désir d'un affranchissement, d une indépendance morale, et dont plusieurs, dépassant dun bond Tordre religieux, sapaient les bases mêmes de la société?
Cependant, la mission que semblait imposer à Charles sa position exceptionnelle, et qu'il remplissait par acquit d'une sorte de devoir, était bien loin datteindre son but. L'édifice qu'il élevait tombait eu ruine à mesure qu'il y travaillait. La passion seule aurait pu le faire persister. L'idée d'abdication lui vint naturellement, peu à peu, sans qu'il mît le moindre dépit à abandonner une tache reconnue impossible. Ce ne fut pas l'abdication d'un monarque, mais d'un système, urt solennel aveu d'impuissance qui, fait dans ces conditions et par un tel homme, avait une signification des plus hautes, et aurait dû faire réfléchir tous ceux qui, après lui, tentèrent de faii-e rétrogi'ader l'idée sociale.
Philippe II. — A l'avènement de Philippe II (1555), la Belgique était affaiblie, sans ressort, sans initiative, épuisée par ses luttes avec ses maîtres, mais conservant pourtant ses traditions et ses souvenirs, toujours vivaces et de plus en plus chers. Un impérieux besoin d'union se manifesta : la noblesse, la bourgeoisie, les métiers cherchèrent à faire cause commune, et cette union, que le despotisme n'avait pas su effectuer à son profit, se tourna contre lui. Il ne s'agissait plus seulement, en effet, de résister à un souvei'ain étranger, mais à une véritable domination étrangère, exercée, en l'absence du souverain même, par des gouverneurs et une armée appartenant à une nation toute différente d'origine, de mœurs et de langage. Les Pays-Bas n'étaient plus qu'une colonie de l'Espagne, sans une ombre d'indépendance ni de liberté.
Malheureusement les partis hésitèrent trop longtemps : ils avaient des aspirations contradictoires et manquaient de chefs; ils ne parvinrent pas à s'organiser. Rien n'eût été plus facile à Philippe II, dans ces premiers temps, que de prévenir la révolution; mais sa politique cauteleuse, perfide, méfiante, incertaine, incompréhensible pour ceux mêmes qui devaient l'appliquer; ses promesses vagues, sans cesse éludées; son recours aux délations, son entêtement hautain, ses fureurs froides, finirent par surexciter au plus haut point l'esprit public. Les troupes espagnoles, par leurs déprédations et leurs insolc:»ces, avaient soulevé les classes inférieures de la population; la création de quatorze nouveaux évêchés, à ajouter aux
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quatre déjà exisluiits, niécoiiloiilail los anri(Mis rv(M|U(»s, dont l(»s diocèses étaient déineiiibrés, los al)liaY<*s, i|ui perdaient une partie» de leui's revenus, et les nobles, qui voyaient leur intluenee diminuée; enfin, rétablissement de l'inquisition, ou plutôt la mise en vigueur des ordonnances de Charles-Uuinl à ce sujet, irritait non-seulement les réformés mais le peui)le entier, à qui cette justice occulte était odieuse. Et pourtant le compromis des nobh^s (I^Kif)), où reparaît de nouveau Tidée de confédération, n'est pas encore, à proprement parler, la révolte: on reste « fidèle au roi, » on ne demande (ju'à s'entendre, et bientôt les excès des iconoclastes t'ont revenir les confédérés eux-mêmes sur leurs réclamations, jelltMit l'indécision parmi les plus déterminés, les engagent à arrêter tout mouvement.
On a peine à concevoir (lue ce moment ait été pr<'»cisément c(*lui que choisit Philippe il [)Our intervenir avec la dernière violence, et c'est à trop juste titre tpie la mémoire de ce desi)Oie ombrageux et barbare, ainsi que celle du duc d'Albe, le digne; ministre de» ses implacables vengeances, sont restées en exécration à la postérité. On se demande en vain quel fut le mobile <^t (piel fia le but de celle politique qui consistait h détruire, à tu(»r, à déi)eupler, comme s'il s'était agi de régner sur un déseri. Sans doute, rit^n n'étonne de la part du fanatisme, mais quelle atroce réponse aux |)rotestations du sentiment public, que cettt; exécution des comtes d'Kgmont et de Hornes, devenus par leur valeur et leur loyauté h^s idoles du peiqilc^! Quel délire d'orgueil que Téreclion de cette statue du duc d'Albe dans la citadelle d'Anvers! Ouel bien la religion catholique pouvaitelle i*etirer de cette émigmtion en masse» ipii allait grossir les rangs des jM'otestants dans les pays voisins? Est-on même autorisé a invoquer le triste motif d'une terreur salutairi», dejniis qu'on sait que Montigny n'est pas mort do maladie, connue on l'avait allirmé otticiellement, mais a été secrètement «'tranglé dans sa prison?
Au départ du dur d'Albe (ir>73), la rt'volulion n'était nullement domptée, mais la Belgiejue était anéantie : toute prospérité, toute vie avait disfxu'u, tandis que h^s Proviiuîes-l nies étaient déjà constituées de fait. Celles-ci avaient un chef, (iuillaume le Taciturne, qui avait su les conduire à la victoin» au travers des périls de tout genre et de la plus terrible confusion, lia s'était conclue cette alliance de la réforme religieuse et de la nnolution politique, (ju'avait toujours redoutée Charles-Quint et qui seule en (îtl'et pouvait combatire avec succès l'alliance du pouvoir spirituel et du despotisme. Dans les Pays-Bîis méridionaux, où la réfornn» n'avait pas en ce* caractère.
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la force de résislance resta divisée et hors d'étal d'agir efficacement. L'issue de la lutte suprême, entre les deux éléments qui se disputaient le monde moderne, fut donc le déchirement des Pays-Bas en deux fractions, dont les tendances furent désormais tout opposées.
Cette séparation ne devint toutefois définitive qu'après une longue suite d'hostilités toujours renaissantes et toujoui's interrompues par des tentatives d'union où domine un impérieux désir d'apaisement. Requesens, don Juan d'Autriche, le duc de' Parme, représentants d'une politique aux abois, ne songent qu'à transiger le plus avantageusement possible. Requesens s'empresse de proclamer une amnistie générale et promet de satisfaire aux principaux griefs (6 juin 1574). Le congrès de Breda, sous la médiation de l'empereur Maximilien II, fait sur ces bases des ouvertures aux états de Hollande et de Zélande,mais en stipulant le rétablissement du catholicisme (mars 1575). Les deux provinces insurgées concluent, en manière de réponse, un pacte d'union (25 avril 157G), et bientôt les mutineries des soldats espagnols, le pillage d'Anvers surtout (4 nov.), provoquent la confédération des dix-sept provinces, constituée par la Pacification de Gand (8 nov.). L'arrivée de don Juan fait ajouter h cet acte une sorte de corollaire mitigé qui, sous le nom d'Union de . Bruxelles (19 janv. 1577), est accepté par le nouveau gouverneur dans TÉdil perpétuel de Marche-en-Famenne (12 fév.); mais la Hollande et la Zélande refusent d'y adhérer. La question de la liberté de conscience ne tarde pas à l'emporter sur toutes les autres, et, à cet égard, de chaque côté on se montre intraitable. La Belgique, retombée dans la plus effroyable anarchie, fait appel à l'étranger, la dernière et la plus triste des ressources. Mathias, frère de l'empereur Rodolphe, le duc d'Alencon, frère du roi de France , le palatin Jean Casimir, viennent ajouter tour à tour un ferment de plus à cette multiple guerre civile, tandis que l'Union d'Ulrecht (23 janv. 1579), achève enfin l'œuvre de l'indépendance des Provinces-Unies.
On peut s'étonner que l'Angleterre et la France, abandonnant leur politique déjà traditionnelle, ne soient intervenues, du moins directement, ni Tune ni l'autre dans les affaires des Pays-Bas. Cette abstention, si favorable aux desseins de Philippe H, était due à des^ circonstances toutes spéciales. Elisabeth, préoccupée de la consolidation de son pouvoir, du développement de la pi*ospérité intérieure et de l'extension du système colonial, ne songea à la Belgique que pour attirer les Flamands et profiler de leur activité industrielle. I^ France, d'autre part, était déchirée par les facliojis sous des gouver-
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naïUs d'une faiblesse extrême, et lorsque, un inslanl, le parti protestant fut sur le point de tendre la main aux insurgés dés Pays-Ras, comme avait fiait François I**^ avec la ligue de Smalkalde, comme devait Sàire Richelieu avec Gustave-Adolphe, la Saiiil-Barthélemy, qui ue fut pas seulement le plus monstrueux des crimes, mais la plus insigne des ikutes, rejeta tout à coup la France dans les bras de TEspagne.
Ce qui achève de peindre Philippe H dans ses violences aveugles et ses pitoyables intrigues, mises au service d'un sot orgueil, c'est le peu de compte qu'il se rendit de cette situation de TAngleteiTe et de la France, et l'occasion qu'il crut y découvrir de s'emparer, presijue k la fois, du trône d'Elisabeth au moyen de Tinvineible Armada, et du trône des Valois en appuyant la Ligue. Et c'était du fond de l'Escurial, pour ainsi dire du fond du tombeau où était ensevelie à jamais la politique de Charles-Quint, que Philippe avait la prétention de diriger ces entreprises extravagantes.
Le résultat immédiat des conjurations espagnoles en Franco fut le besoin de concentration qui se manifesta dans ce pays et l'établissement définitif de l'unité avec Henri IV. On a dit avec quelque raison que Philippe II fut l'auteur de la prépondcîrance française au dix-septième siècle. 11 y contribua en outre indirectement, puisque c'est à lui, et à lui seul, qu'il faut s'en prendre de la décadence de l'Espagne et de la désunion des Pays-Bas.
Quant à la Belgique, qui ne put désormais ni se défendre ellemême, ni être efticacement protégée par une puissance non moins atiaiblie et d'ailleurs trop éloignée, chaque guerre, chaque traité lui enlevèrent successivement quelque lambeau de son territoire , et ce qui en i^estait, devenu le champ de bataille de l'Europe, semblait la proie du premier occupant. Jamais peuple ne souffrit ce que souttrii*ent les Belges durant le xvn'" et le xvnr siècle. Ce ne fut pas seulement l'inertie intellectuelle presque absolue, ce fut l'absence de toute vie industrielle et commerciale, ce furent les inquiétudes incessantes, les terreure, les misères occasionnées par des guerres interminables accompagnées de violences et d'iniquités de tout genre. De tant de i^alamités, c'est Philippe II qu'il faut accuser tout dabord, c'est sa détestable politique, si toutefois on peut donner le nom de politique h cette conspiration d'un prince contre un peuple.
Alhekt et Lsarellk. — Suite de la do.mixation esi»a«;n()le. — La cession feite à l'archiduc Albert (6 mai lo98) et le mariage d'Albert
avec riiitaiite Isabelle ne doivent pas éive considérés comme une velléité de retour aux idées de Charles-Quint. Philippe II ne feisait que semblant d abdiquer, et, après sa mort (13 sept. 1598), loi-sque Philippe m ratifia la cession, il n'y eut là qu'un nouvel acte d'hypocrisie. La domination de l'Espagne ne cessa pas de sexcrcer, et comme, dautre part, Isabelle n'eut pas de postérité, la situation de la Belgique demeura précaire. La continuation de la guerre avec les Provinces-Unies ajouta encore à celte instabilité du gouvernemenl. La bataille de Nieuport (2 juill. 1599) tut une victoire pour les Hollandais, et si le siège d'Ostende, entrepris par les archiducs, aboutit à une capitulation (20 sept. 1604), elle fut chèrement achetée par trois années de lutte meurtrière et ruineuse.
Toutefois, un armistice conclu en 1607 prépara les bases d'une trêve de douze ans que la médiation de la France et de l'Angleterre fit signer le 9 avril 1609, et, l'année suivante, l'assassinat d'Heni'i IV (14 mai 1610) vint renverser le fameux grand dessein qui comprenait, autant qu'on en peut juger, un complet i*emaniement des Pays-Bas méridionaux.
Après tant d'années de révolutions et de guerres, la Belgique respirait enfin. Ce n'était, hélas! qu'une sorte de répit, dont Albert et Isabelle profitèrent pour rétablir un peu d'ordre, pour provoquer un peu d activité, et Ion peut leur rendre cette justice à certains égards ; mais cette prospérité et ce calme, trop vantés par l'histoire, ne furent que tout relatifs et ne méritent quelque attention que par leur contraste avec la période précédente. Si les beaux-arts resplendirent tout à coup d'une façon extraordinaire, si l'érudition et la science eurent un certain éclat, l'industrie avait émigré en Angleterre, le commerce en Hollande, et l'esprit public était anéanti. Les troubles de Bruxelles, en 1619, traliissent à peine un semblant d'opposition h des mesures d'une illégalité flagrante.
La mort d'Albert (13 juill. 1621) suivit de près l'expiration de la trêve : Isabelle reàta nominalement en possession de la souveraineté, tandis que le droit et le fait appartenaient à Philippe IV, qui venait de monter sur le trône d'Espagne (31 mars 1621). Les conflits avec les puissances voisines recommencèrent peu à peu, et, îi la moil' d'Isabelle (l'idée. 1633), Ferdinand d'Espagne, frère cadet de Philippe IV, dut tenir tête à la fois à la France et à la Hollande.
La Hollande proposait en ce moment à la France de se partager entre elles, tout simplement, le territoire des Pays-Bas espagnols. Le cardinal de Richelieu, au contraire, avait con<;u un plan digne de
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son grand génie politique : il désirait constituer les Pays-Bas espagnols en une république indépendante, dans le j^enre de la Suisse, et qui eût servi, non plus cette fois à conlre-balancer la puissance française, comme l'avait voulu Charles-Quint à son point de vue, mais à empêcher un contact immédiat, à amortii* un choc, à retarder une collision entre de grands États. C'était Tidée toute moderne, toute récente du rôle des petits États neutres dans Téciuilibre européen, et cette idée, Richelieu l'exprimait avec une netleléde vues qui dénoie un esprit supérieur embrassant à hi fois le présent et l'avenir. « Quand même, écrivait-il (en juin 1634), la France serait si heureuse que de conser\^ei* les pro\'inces qui lui seraient toml>é(»s en partage en une dépendance volontaii*e de sa domination, // pourrait arriver bientôt après que^ n'y ayant plus de barre entre nous et les Hollandais^ nous mirerions en la même guerre en laquelle eux et les Espagnols sont maintenant. »
Ces sages considérations, qui ne devi'aient pas cesseï' de mériter l'attention des hommes d'État, furent trop tôt mises en oubli par la politique française, pour le malheur de TKurope et de la France même.
Les pourparlers qui eurent lieu à ce sujet al)0utirent h la comhibinaison des deux projets. In traite'^ fut conclu (8 fi'v. Itî.sri) (jui partageait la partie limitrophe des Pays-Bas espagnols entre les Provinces-rnies et la France, en rendant la partie centrale indépendante.
Mais la guerre de Trente Ans tournait alors tous les esprits vers fAUemagne, où se renouvelait précisément, dans des proportions plus vastes, la lutte dont les f^iys-Bas avaient «Hé le th(»àlre sous Philippe II. La France, cette fois, grâce à Bichelieu, comprenait le rôle qu'elle avait a remplir, et, à cet égard encore, les Hollandais étaient les alliés naturels de la France, au même tili-e que les protestants d'Allemagne et de Suède. Toutefois, après la moi'tde Kichelieu (4 déc. 1642), la politique française, désormais triomphante, commença à trahir ses instincts de prépondéi'ance. A peine les négociations en vue de la paix générale furent-i^lles enlamées en Westphalie, que le cardinal Mazarin i>roposa {ii) janv. 1646) l'échange de la Catalogne, occupée alors par les Français, contre les rays-r»as et la Franche-(iomté. Les Hollandais durent comprendre alors le danger quoftrirait un voisin aussi puissant : ils sempressènîiit de traiter séparément avec l'Espagne, qui, de son côté, ne demandait pas mieux. Philippe IV en passa par où l'on voulut, et, le .SO janviei* 1648, le
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traité de Munster abandoiHia définitivement aux États généraux Maestrichl, Bois-le-Duc, Berg-op-Zoom, Breda, Hulst, Axel, avec toutes leurs dépendances; il ferma en outre l'Escaut au commerce belge, ce qui était, du reste, un fait accompli depuis longtemps.
Ainsi rognée du côté de la Hollande et réduite à Tinaction, n'ayant rien obtenu de cette indépendance que Richelieu voulait lui garantir dans Tinlérét de la paix générale , la Belgique resta exposée sans relâche aux envahissements successifs delà France.
Déjà les batailles de Rocroi (19 mai 1643) et de Lens (20 août 1648), où la victoire avait été remportée par Condé sur les Espagnols, avaient procuré a la France des avantages considérables. La bataille des Dunes (4 juin 1638), qui fut la victoire de Tui-enne, contraignit l'Espagne à subir une nouvelle paix humiliante. Ce fut le traité des Pyrénées (7 nov. 1659), qui céda à la France presque tout FArtois, comprenant Ari*as, Hesdin, Bapaume, Béthune, Lillers et Lens; dans la Flandre, Gravelines, Bourbourg, Saint-Venant; dans le Hainaut, Landrecies, le Quesnoi, Avesnes; enfin, Marienbourg, Philippeville, Thionville, Montmédy et Damvillers
Le même traité stipulait le mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse, fille de Philippe IV. Ce fut le coup de maître du cardinal Mazarin, secondé par Lionne, et l'inauguration d'une politique plus accentuée et plus exclusive dans le sens de la suprématie fi^ni-jaise. Les jeunes époux avaient bien été obligés de renoncer à tous droits sur la succession d'Espagne, mais cette renonciation avait été adroitement subordonnée par Lionne au payement d'une dot de 500,000 écus d'or, et le trésor de l'Espagne était vide.
La Hollande, gouvernée alors par le grand-pensionnaire Jean De Witt, sentit renaître ses appréhensions. L'Espagne lui offi-ait une ligue qui eût mis les Pays-Bas sous la protection des Provinces- Unies, mais il y aurait eu là plus d'embarras et de difticultés que d'avantages réels. De Witt préféra reprendre le projet de Richelieu, la création d'une république indépendante enti*e la Hollande et la France, avec un nouveau partage des parties limitrophes. Ce partage, après ce qui avait été déjà enlevé par les traités de Munster et des Pyrénées, n'eût plus laissé à la Belgique qu'une ombre d'existence. Mais Louis XIV voulait davantage pour lui-même et gardait d'ailleurs rancune aux Provinces-Unies d'avoir traité séparément avec l'Espagne en 1648. Peu à peu il dévoila son dessein, sans même attendre la mort de son beau-père Philippe IV, et, aussitôt après cette mort (17 sept. 1665), il fit valoir ses prétentions, non-seule-
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meut par rinlennédiairc de s<\s diplomales, mais en s'adressaiil à la publicité, en recourant aux inaiiitestcs, aux mémoires et aux dissertations, qui donnèrent naissance a une véritable polémique, dans le sens moderne.
Les jurisconsultes aux ^^a^^i's de Louis XIV avaitMit découvert, pour les besoins de la cause, le fameux dmit de dévolution, (détail une coutume toute locale pratiquée dans certains cantons du Hrabant et du Limbourg, et suivant laquelle les biens patrimoniaux étaient dévolus, en cas de second mariaj^e, aux enfants du pi'cmier lit; ceux-ci n'enlnnent cepcMidant en poss<\ssion qu'après la mort du pcre, lequel en avait conservé l'usufruit. Or, Marie-TInircse, femme de Louis XIV, était tille unique issue du premier mariaj^^e de Philippe IV avec Elisabeth de France, et Charles 11 était issu du second mariaj^e contracté par Philippe IV, en KiW), avec Marie-Amie d'Autriche La ditticulté consistait à transportei' une règle de di'oit civil dans l'ordre politique et à étendre à la Belgiqiui entière une simjïle coutume en vigueur dans (|uelques cantons. Quant a la renonciation exigée de Marie-Thérèse à Tépocjuc de son maj'iagis on en faisait bon marché par une foule de raisons dont la moins mauvaise était que la dot n'avait pas été payée.
11 faut peut-être savoir gré à Louis XIV, alors tout-puissant, d'avoir cherché a colorer préalablement d'une teinte de légalité l'attentat qu'il projetait. C'était une sorte d'hommage rendu a la justice et au droit. L'acte de violence n'en fut pas moins consommé, et la campague de Flandre, qui dura trois mois (KiOT), suivie de la campagne de Franche-Comté, qui ne dura (juc dix-sept jours, rendit Louis XIV maître, sans presque combattre, de la plus grande partie des Pays- Bas espagnols. Il n'avait eu, pour ainsi dire, (jua se montrer, et l'expédition put être comparée, avec quehiue raison, à une marche triomphale. Sans doute», Tui'enne d'une part, Condc» de l'autre, h la léle d'une brillante armée organisée pai* le génie linancier de Colbert et l'activité de Louvois, ne pouvaient rencontrer aucune résistance; mais il ne fallait pas même recourir à de tels hommes ni à un tel appareil contre des places ruinées, des soldats étrangers et mercenaires et une population profondément démoralisée. Kt pourtant, il est presque consolant d'avoir i\ le constater, l'initiuité de l'agression était si révoltante qu'il y eut en ce moment à Anvers, h Malines, à Bruxelles surtout, une sorte de réveil du sentiment public, une clameur d'angoisse et de colère, même de sérieux pi'éparalifs de défense. Toute vie n'étiût donc pas éteinte chez ce pauvre peuple.
Eu réalité, le roi Louis XiV u avait pas acquis uue graude gloire, malgré les louanges exagérées de ses thuriféraires, et il avait démasqué ses projets ambitieux de manière à éveiller Tinquiélude de l'Europe. De Witt, qui jusqu'alors avait été le plus constant ami des Français, suscita la Triple alliance, conclue à la Haye (23 janv. 1668) enti'e la Hollande, l'Angleterre et la Suède, ou plutôt entre De Witt, Temple et Dohna. La conséquence en fut le traité d'Aix-la-Chapelle (2 mai 1668), dont la France néanmoins sut encore tirer parti, grâce à l'habileté de Lionne et à la modération calculée des alliés. Louis XiV rendit la Franche-Comté, qui était une enclave de son territoire et qui devait lui revenir tatalement, tôt ou tard, mais il conserva ses conquêtes en Flandre, savoir : Charleroi, Binche, Ath, Douai, Tournai, Audenarde, Lille, Armentières, Courtrai,Bergues et Furnes.
Jusque-là, toutefois, c'était encore la politique de Mazarin, sinon celle de Richelieu ; mais Lionne, qui en fut le dernier représentant, étant veim à mourir en 1671, Louis XiV n'eut plus de conseiller que Louvois, dont les passions mesquines et les combinaisons grossières n'avaient d'autre objet que de servir la vanité du monarque.
L'invasion de la Hollamde (28 avril 1672) fut le premier acte de cette politique toute personnelle et souverainement odieuse. C'en était fait des Provinces-Unies et par conséquent de la Belgique, si le délire de l'orgueil, s'emparant de Louis XIV, ne lui eût fait peitire toute raison. Les États généraux, abattus, offraient (29 juin 1672) de céder à la France Maestricht, Venloo, Bois-le-Duc, Breda, Bergop-Zoom, Hulst, c'est-à-dire tout ce qu'ils avaient pris à la Belgique par le traité de Munster ; de sorte que la France victorieuse eût été placée entre la Hollande vaincue et les Pays-Bas espagnols dont fincorporation n'aurait plus été qu'une affaire de temps. Louis XIV, excité par Louvois, demanda davantage : il voulait Nimègue, tout le cci^ur de la Hollande, l'île des Bataves, avec le Leck pour frontière au lieu de la basse Meuse; il exigeait en outi'e une foule de sujétions vexatoires, et, ce qui était le comble, comme puérile satisfaction d'amour-propre, « Venvoi d'une ambassade solennelle qui lui présenterait tous les ans une médaille d*or sur laquelle la république, en signe dliumilité et de reconnaissance, déclarerait tenir de lui la cornercation de la liberté que les rois ses prédécesseurs V avaient aidée à acquérir, »
Dès lors, la guerre prend une autre face : les Hollandais, exaspérés, font des prodiges sous la conduite du jeune Guillaume
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d'Orange; àla Triple Alliance succède la Grande Allianre tMiln; Tempei-eur Léopold, Télecleur de Brandebourg; et la {)luparl des États de leinpire, auxquels sadjoignit TEspajrne. >lais hvs contiMliMvs ne purent sentendre, et bien que la Hollande linît par être évacuée (15 janv. 1674), la guerre traîna en longu^Mn*. Les hostilités turent transportées dans la I5elgi(iue, que parcoururent, en une sorti» de chassé-croisé, les troupes de Louis XIV et celles de (îuillaunie. Kniin le traité de Nimègue (17 sept. 1678) régla dr, nouveau la situation entre la France et l'Espagne. On rendit à la B(»Igique Cliarleroi, Binche, Ath, Audenarde et Courtrai, cpii avaient été cédés à la France par le traité d\Vix-la-Chap<»lle, et (|ui dmaient servir de barprière contre cette même puissance; mais on exigea en rechange quatorze autres villes : Valencieinies, Bouchain, T.ondé, (lanibrai, Aire, Saint-Omer, Ypres, Wervick, Warneton, Popcringlie, Bailleul, (lassel. Bavai et Maubeuge. La Belgiciue lut en outre frustrer de ce que lui avaient promis les Hollandais, par l'alliance de la Hayr* ('^0 août 1673), pour prix du secours que leur avait envoyé, au dé'but de l'invasion, le gouverneur espagnol, comte de Montercy. II s'agissait de Maestricht et du comté de Vroenlioven, (jui lurent rendus en tout dernier lieu par Louis XIV (10 août 1678), mais ([ue I(*s Provinces- Unies s'empressèrent de garder pour elles.
Les guerres, les coalitions et les trait<\s continuent à se succéder jusqu'à la lin du règne de Louis XIV; mais les gueri*es sont de moins en moins heureuses pour la France, les coalitions sont de plus en plus formidables et les traités ne lui accordent plus d'agrandissements. Les Chambreade réunion, instituées par Louis XIV après le traité de iNimègue pour taire des cominétcs en pleine paix sous prétexte d'interprétation, aboutissein à la trêve de Batisbonnc^ (loaoût 1684), que suit la formation de la ligue d'Augsbourgft) juill. 1686) étendue encore par la Grande Ligue de 1(589, qui oppose toute l'Europe à la France. Puis viennent huit années d'une nouvelle guerre désastreuse, qui se fait prescjne constamment sur le territoire belge, et pendant la((uelle a lieu le bombardement de lîruxelles (13 au 15 août 1695), l'un de ces attentats inutil(»s et barbares qui, avec le bombardement de Gènes et les ravageas du Palatinat, entachent à jamais la mémoire de Louis XIV. Le traité de Byswyirk (20 sept. 1697) rend à la Belgiijue, en grande partie, les places usurpées par les Chambres de réunion, mais l'attente de la mort prochaine du débile Charles II préoccupe tous les esprits : les grandes puissances se partagent d'avance la monarchie espagnole; (»n
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désire surtout éviter de nouvelles guerres. Même loi'sque, à la mort de Charles II (1" nov. 1700), on connaît le testament par lequel il lègue ses États au duc d'Anjou, le second petit-fils de Louis XIV, on hésite encore, et c'est le roi de France qui, désormais isolé en Europe, survivant à tous les grands hommes dont le concours avait fait ses premiers succès, provoque à de nouvelles luttes, plus déploj'ables que toutes les précédentes.
Le traité de la Haye (7 sept. 1701), conclu par Tempereur avec TAngleterre et les Provinces-Unies, devint la base de la Grande Alliance contre la France. On affirmait les droits de la maison d'Autriche sur la monarchie espagnole, et Ton convenait de s emparer, à forces réunies, des Pays-Bas méridionaux, où devait s'établir la, barrière projetée depuis longtemps déjà.
Comme toujours, c'est la Belgique qui sert de théfitre à cette conflagration générale; comme toujours, c'est la Belgique qui paye les frais de la guerre, en subissant cette fois une spoliation complète. V>n instant, après la bataille de Ramillies (23 mai 1706), les Hollandais avaient repris de nouveau et plus sincèrement le projet proposé par Richelieu en 1634, de former des Pays-Bas méridionaux une république indépendante dans le genre de la Suisse, mais les coalisés ne purent s'entendre. Le traité d'Utrecht (11 avril 1713) sépai'a enfin la Belgique de l'Espagne : s'il fit rendre par la France Tournai, Menin, Furnes, Dixmude et Ypres, il lui conserva Lille, Orchies, Aire, Béthune et Saint-Venant. Les Pays-Bas espagnols devinrent les Pays-Bas autrichiens, et, selon le traité de 1701, ce fut la Hollande qui fut chai'gée de les remettre à l'Autriche, après s'êti'e assuré l'occupation d'un certain nombre de places fortes, ce qui réalisait enfin le projet de barrière contre la France. L'empereur Charles VI, qui avait d'abord refusé de passer par ces conditions, s'y soumit au traité de Rastadt (6 mars 1714). Les clauses du limité d'Utrecht concernant la cession furent définitivement l'églécs à Anvers, par le traité de la Barrière (15 nov. 1715). La république des Provinces-Unies eut le droit de tenir garnison exclusive dans les villes de Namur, de Tournai, de Menin, de Furnes, de Warneton, d' Ypres et dans le fort de Knocke : la garnison de Termonde seule fut mixte. On entretenait dans les Pays-Bas une armée de 30,000 h 35,000 hommes, dont les deux cinquièmes étaient fournis par la Hollande et les trois cinquièmes par l'empereur. Quant au pays même, dont on disposait aussi cavalièrement et que l'on mettait de la sorte en tutelle, on ne lui reconnaissait une exis-
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tence légale que pour lui faire payer annuelIeiïUMU une rente de 1,200,000 florins au profit de la Hollande, et pour nMionvcîler contre lui l'odieuse stipulation du traité de Munster relative à la fermetui*e de I*Escaut.
Telle fut fissue delà lonjjueel persistante réaction poursui\ie par la France contre la [>olitiqu(î de Cliarlrs-Uuint, ou plutôt par la France et la Hollande ensemble contre les téméraires entreprises de Philippe H. On conçoit aisément que la l>eljrique, restée espajijnole et placée entre deux feux, ail eu le plus à souHrir dans ce grand conflit. La politique française, qui fut d abord la politique européenne, bien comprise et bien dirigi'^e par Henri IV, par Hichelieu, même par Mazarin et Lionne, avait été mal suivie ai)rès eux. Louis XIV en dévia complètement lorsqu'il attaqua la Hollande et lors(iu1l s'aliéna les protestants par la révocation de ledit de Nantes; mais elle n'en arriva pas moins, rigoureusement, à son but : fKspagne fut abaissée, et, comme représailles contre Philippe H, qui avait voulu s'emparer du trône de France, soit pour lui-même, soit pour sa fille, ce fut Louis XIV qui fniit par placer son pctit-lils sur le trône d'Espagne.
Domination actricuiexxr. — Au milieu des misères sans nombre, de la détresse inouïe où s étaient trouvées les provinces belges pendant cette suite de guerres, un événement bizarre et tout fortuit vint raviver soudainement le souvenir de ces fameuses libertés communales passées pour ainsi dire ii fétat de légende.
Le bombardement de 1695 avait détruit le quartier de la Grand'- Place et toute la partie centrale du vieux Bruxelles. La tour des orfèvres, minée par les bombes, allait s'irrouler, lorscju'on se rappela qu'un caveau voûté de cet édific<î renfermait les titrtîs et b*s privilèges des corporations de mcUiers, des neuf nations; comme on disait à Bruxelles. Ces précieux documents, qu'on avait soustraits soigneusement et depuis longtemps à Taftention publique, dont on avait fini même par oublier la teneui-, furent une véritable révélation. Répandus par le moyen de l'imprimerie, ils évoquaient, ils ressuscitaient un passé qui faisait le plus poignant contraste avec l'abaissement actuel. L'émotion populaire fut bientôt à son comble. Ce n'avait été d'abord qu'une affaire de sentiment, mais les métiers
entreprirent de revendiquer ces anciennes libertés, et TtHecteur de Bavière, Maximilien-Emmanuel, qui gouvernait depuis 1(592 au nom du roi d'Espagne, fut obligé de céder. Il n'avait à sa disposition que
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400 soldais d'int'anlerie espagnole. Cependant, de nouvelles troupes étant arrivées (16 déc. 1099), il ressaisit les voies d'autorité, sévit contre les auteurs des troubles, et promulgua un rèfjletneut additionnel (12 août 1700) qui révoquait ses concessions tout en remédiant îi quelques abus.
Les métiers furent contraints de baisser la tête, mais, malgré lamnistic que Philippe V s empressa d'accorder, lors de son avènement, aux doyens emprisonnés ou exilés, la fermentation continua à couver. Il ne lui fallait qu'une occasion pour se manifester de nouveau, et l'indignation générale produite par la conclusion du traité de la Barrière vint la lui fournir.
L'empereur Charles VI comprenait trop bien la malheureuse situation que ce traité taisait \\ la Belgique; mais il avait reçu ces nouvelles possessions de la main de la Hollande (4 fév. 1716), et il essaya en vaiji, par la convention de la Haye (22 déc. 1718), d'adoucir la riû:ueur de certains articles. Malheureusement il avait nommé pour gouverneur le prince Eugène de Savoie (25 juin 1716), qui, occupé à repousser jes Turcs, avait lui-même délégué ses pou-, voirs à un ministre plénipotentiaire, le marquis de Prié. Ce dernier, tout à fait étranger au pays, à ses mœurs et à ses traditions, d'un caractère hautain et dur, était l'homme le. moins capable de pratiquer la bienveillance et l'esprit de conciliation nécessaires pour réparer tant de maux, pour fermer tant de blessures, pour faire renaître le calme, l'ordre et le bien-être, sinoffla confiance et la prospérité.
Une levée d'impôts non consentie par les métiers fut le premier symptôme de la résistance. Les réclamations contre le règlement additionnel de 1700 se firent jour immédiatement. Comme l'électeur Maximilien, le marquis de Prié commença par faire semblant de céder. Des émeutes avaient lieu également Ji Anvei*s et à Malines; il s'y mêla quelques intrigues des anjouins, partisans du duc d'Anjou devenu roi d'Espagne. Le gouverneur s'entoura de troupes allemandes, que rendait disponibles la fin de la guerre contre les Turcs, et recourut aux moyens de terreur. Cinq doyens fiirenl arrêtés (14 mars 1719) et condamnés, quatre d'entre eux à l'exil, le cinquième i\ la peine capitale. Celui-ci était François Anneessens, déjà impliqué dans la sédition de 1699, devenu en 1717 l'un des doyens de la nation de Saint-Nicolas, et vénéré de toute la population bruxelloise. Le marquis de Prié, jaloux sans doute de la gloii'e que s'était acquise le duc dWlbe par le supplice du comte d'Egmont,
HISTOIHK POUTIUIE \|ol)KIî>K. :)o:î
reprit œlte atroce politique d'inlimidalion ([iii consislt» l\ frapper, non le plus coupalile el le plus danirei-eux, mais 1«» plus ainu* (M le plus populaii^e.
La mon d'Anneesseus fut cousidiM-ét* enniuie uu martvrr, mais la politique réussit, plus peut-être que ue Tavail esjxM'é le manpiis de Prié lui-même. La Belgique, uu iusiaiit soul(;v<'e et fn-uiissaute, i*etomba dans un «iigourdissenuMit, dans une torpeur de plus en plus profonde.
Il faut cependant tenir compte à Charhs VI des leulativc^s (ju'il lit pour remédier à la fermeture de TKscaut par rétablissement de la Compagnie d'Ostende (10 déi*. !7â2), (pii posséda bientôt quatre gi*ands navir(?s faisant le connn(*re(» avec les côtes d'Afrique, Tlnde el la Chine. Il n était que juste de conserver, au peu d'industrie subsistant encore en Flandre, l(^s di'bouclu's rpie lui procurait l'Kspagne. Ces bonnes intentions tlt» renq)ereur iVliouèrent devant legoïsme et Hiostilité jalouse des Hollandais et des Anglais, qui faisaient la garde autom* de la tond)e dans laquelle ils avaient renfermé la Belgique.' On feignit de croire que Tt^npire voulait devenir une puissance maritime, on réussit à int<'*iesser la France (»t TFspagne à cette thèse, et (^harb^s VI, ne cherchant qu'à rester vi\ paix avec l'Europe, afin d assurer sa succession a sa tille Mari<»-TluM*èse, abandonna ses sujets belges à un sort désormais plus misé»rable que celui qu'ils avaient eu sous la domination espagnole.
La convention de neutralité pour les Pays-Bas autrichiens, signée à la Haye en 1733 (24 nov.), (Mitre la France et les Etats généraux, malgré Charles VI, est un incident notable dans le cours de ces événements. La même situation, qui semble s accentuer peu à peu, se représenta lors du tniilé de IToG ( T' n)ai) (Milre la France» et TAutriche, mais la neutralité fut alors moins lespectée.
La faiblesse intentionnelle de l'tMnpereur ne profita ]»oint à sa fille. A peine est-il mort (20 oct. 1740), que connrkMïce la guerre de la succession d'Autriche, triste |)endant à la gu(îrre de la succ«ission d'Espagne el non moins di'^sàstreuse pour la Belgiijue. D'abord la tranquillité n'est point troublée, l'orage se diMourne m^vs TAllemagne; mais, en 1744, la Hollande et l'Angleterre ayant embrassé la cause de Marie-Thérèse, Louis XV s'empresse d'envahir les Pays- Bas«et ces redoutables forteresses, qui devaient former une barrière infranchissable, sont enlev<H?s presque sans la moindre résistance. A quoi donc servait cette tutelle humiliante et ruiiuuise? La nouvelle conquête des Français avait été plus facile encore que la campagne
de Flandre de Louis XIV, et elle fut suivie d'exactions et de pillages épouvantables. Ce fut une véritable razzia dans le sens arabe. La bataille de Fonlenoi (11 mai 1745), gagnée par le maréchal de Saxe sur les Anglais, les Allemands, les Hollandais et les Autrichiens coalisés, donna les Pays-Bas aux Français, qui, établis à Bruxelles même, poussèrent jusqu en Hollande, jusqu'à Berg-op-Zoom et h Maestricht.
Nonobstant ces succès extraordinaires, aucune idée de politique européenne ou simplement fi*ançaise ne guidait Louis XV, qui rend bénévolement toutes ses conquêtes, par le traité d'Aix-la-Chapelle (18 oct. 1748), et qui bientôt après, contrairement à toutes les traditions de lî\ France, se range avec l'Autriche contre la Prusse.
Marie-Thérèse, de son côté, ne suit qu'une politique personnelle ou purement dynastique, tout en invoquant parfois le repos de l'Europe. Les Pays-Bas n'étaient pour elle qu'une gêne et un fardeau, et, à différentes reprises, elle songea à s'en débarrasser, en tout ou en partie. Une première fois, elle voulut céder à Frédéric H, pour sauver la Silésie, deux provinces belges limitrophes de la Prusse. Une deuxième fois, après avoir conclu une alliance préalable avec la France (1"*' mai 1756), elle imagina le traité de Versailles (l'' mai 1757), qui remettait l'impératrice en possession de la Silésie, cédait h la France Chimai, Beaumont,Mons,Ypres, Knocke, Furnes, Nieuport et Ostende, et faisait du reste des Pays-Bas une souveraineté particulière pour Tintant don Philippe, duc de Parme, lequel, à son tour, renonçait, en faveur de Marie-Thérèse, aux duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla. Une troisième fois enfin, en 1777, lors de la succession de Bavière, il fut question assez sérieusement de réchange des Pays-Bas pour la Bavière, qui, par sa proximité, eût été de plus d'avantage pour l'Autriche; mais ici ce fut Joseph H qui se fit l'auteur et le continuateur de pareils desseins.
Les Belges ignoraient que l'on trafiquât ainsi de leur existence politique, et ils l'auraient su, qu'ils y auraient été probablement indifférents. Toute activité nationale avait disparu pour faire place à une prostration complète. De 1748 à 1780, la Belgique n'a plus d'histoire, et, lorsqu'on songe aux terribles événements dont elle avait été continuellement la victime depuis deux siècles, on est tenté de l'en féliciter. Grâce au gouvernement débonnaire de Charles de Lorraine, le calme persista ; quelques réformes utiles furent même accomplies. Bien n'était plus aisé : on opérait sur un corps plongé dans une sorte d'anesthésie.
HISTOIRE POLITIQUE MODERNE. IJO.n
Qui eût alors reconnu, dans ces villes somnolentes et mornes, les anciennes communes du moyen î'ige, si fibres, si ombrageuses, si œmuantes, si terribles, et que lem-s prinees déelaraient ingouvernables ?
Révolution buaiunconxk. — Joseph II fut Timitateui* et l'émule des hommes d'Étal qui, peu de temps auparavnnt, dans toute l'Europe, recevaient leui*s inspirations des philosophes franrais. En présence de l'état dans lequel était lalJelgique, ilerulsans doute, assez naturellement, n'avoir h se préoccuper ni de lesprit public, ni des traditions nationales. Y avait-il même encore, dans ce pauvre pays, quelque chose qui resseniblîU à un peuple? Il était permis d'en douter, et le monarque philosophe put, en effet, sans rencontrer le moindre obstacle, pi^océder pendant plusieurs années aux réformes cjuc lui suggérait une puj'e théorie. Le clergé, tant séculier que régulier, (|ui semblait la seule puissance réelle, fit à peine une ombre d'opposition aux mesures qui lui enlevèrent successivement les plus importants privilèges.
C'est ainsi que l'empereur déci'éta, avec certaines réserves toutefois, le libre exercice des cultes et l'admission des non-catholiques aux emplois civils (!3oct. 1781), qu'il plaça les ordres monastiques sous la juridiction épiscopale (28 nov.), qu'il ordonna aux évêques de délivrer les dispenses de mariage sans s'adi*essei* à la cour de Rome (5 déc), qu'il autorisa les mariages mixtes (l.j déc. 1781 et il mai 1782), qu'il alla jusqu'à supprimer les couvents inutiles ( 17 mars 1783) et à faire du mariage une institution purement civile (28 sept. 1784).
En même temps qu'il profitait de l'insouciance, de finsensibilité dans laquelle était tombée la Belgique, pour extirper des abus qui arrêtaient tout développement, il trouva dans la décadence de la Hollande une occasion favorable de secouer le joug imposé par le traité de la Barrière. Il commença par chasser les garnisons hollandaises en faisant tout simplement démolir les places fortes (1782), qui, du reste, tombaient en ruine et n'avaient jamais servi h rien; puis il revendiqua, avec le même sans-gôn(% la liberté de l'Escaut, en envoyant deux navires, l'un pour descrendre le fleuve, l'autre pour le remonter (1784). Ici, cependant, la Hollande réclama, protesta, retrouvant un reste d'énergie, et Joseph II, piqué au vif, trop avancé pour reculer, songea à lui faire la guerre; mais la situation de l'Europe commandait impérieusement d'éviter toute conflagration :
Louis XVi surtout intervint auprès de son beau-frère pour taire prévaloir ces vues. L'empereur, aussi prompt à agir que facile h décourager, reprit alors, dans un moment de dépit, son projet d'échange des Pays-Bas pour la* Bavière. On finit pourtant par lapaiser au moyen d'une indemnité pécuniaire : la Hollande, qui avait le droit strict pour elle, la paya en marchandant beaucoup, et la France, chose plus étrange encore, consentit à en payer la moitié. Le traité de Fontainebleau (8 nov. 1785) remit toute chose sur l'ancien pied, en maintenant la fermeture de l'Escaut, stipulée par le traité de Munster, mais en abrogeant implicitement le traité de la Barrière.
La question de l'affranchissement de l'Escaut avait fait naître en Allemagne et en France une sorte de polémique, à laquelle prit part Mirabeau. Son opuscule, intitulé Doutosî/rZa liberté de TE^TaM/, conclut d'une manière remarquable -à laffranchissement de la Belgique même, c'est-à-dire à la constitution des Pays-Bas autrichiens en une république fédérative. A l'appui de sa thèse, le grand publicisle invoque non-seulement l'intérêt du peuple belge, mais celui do l'Europe entière, et ses considérations sont de la plus haute portée.
Joseph II reporta toute son attention, tous ses efforts vers les réformes intérieures; mais, là encore, il rencontra tout à coup une résistance imprévue, que son peu de connaissance de l'histoire des Belges, ainsi que de leurs mœurs, de leui*s coutumes, de leur caractère, lui fit braver de la façon la plus maladroite.
Tant qu'il s'était attaqué aux privilèges du clergé, l'opposition avait été insignifiante et s'était circonscrite aux classes directement intéressées : le mécontentement commença à se manifester lorsque, poussé par une véritable manie de réglementation, il prétendit fixer toutes les kermesses à un même jour (11 fév. 1786), abolir toutes les confréries pour n'en former qu'une seule (8 avril) et régler même le cérémonial des processions (10 mai). L'établissement d'un séminaire général à Louvain (16 oct. 1786) et les considérants qui accompagnaient celte mesure provoquèrent, de la part des évêques, une hostilité déclarée. Enfin, deux diplômes du 1*''' janvier 1787, bouleversant l'ordre judiciaire et l'ordre administratif, vinrent émouvoir le peuple même, le peuple tout entier : on touchait à ses libertés traditionnelles les plus chères, à celles qui avaient fait sa gloire en instituant la souveraineté comme un contrat entre le prince et ses sujets, à celles pour lesquelles il setait soulevé les dernières fois, en 1699 et 1719.
Le 19 avril 1787, les états de Brabant refusèrent leur consente-
HISTOIhK POKITIUI K MnHRHNK. M)!
ment à la contiiiuntion ordinairo dos impots u aussi longtemps que les intractions faites à la joyeuse enlrée ne semieul pas redressées, ou que les règlements projeli's ne* soraitMit pas n^rornus eontbrmémonl à la constitution. »
C'était une révolution légale, mais une révolution. Le pays, soumis à un ti'aitement énergi({ue, se nWeiliait enfin de sa longue léthargie. Seulement, il ne pouvait encore supporter ni une lumière trop vive, ni un régime trop tortillant, et il lui eût tallu, en ces circonstances, une direction sage, prudente, habile, indulgente surtout et en quelque sorte paternelle. Par nialhein*, Jos(»ph II n était qu'un théoricien, ne voyani que les princii)es, se targuant de ses bonnes intentions et s irritant de les voir méconnues. Kt puis il étail loin : en ce moment même, il voyageait en (Irinu'c? nw^r. Timpéralriee Catherine II. Les représentants de son pouvoir li(»silaienl,cliereliaient ù gagner du temps, ne savaient que n'*soudre, (juand il eut fallu agir promplement, dans un sens ou dans Tautre.
Cependant la révolution se faisait; mais (!e n'<''laient (jue mouvements inconscients, agitations fébi'iles, n»pulsions instinctives, ou se trahissait en général la fi'ayeur de tout changement. On sV'tait jeté dans les bras du premier charlatan venu, qui s était donné ])our un sauveur et que les persécutions maladroites de Joseph II rendirent populaire. Mais, tandis que Tincapable et vaniteux Van der Noot, n*osant se fier ni à lui-même, ni à ses compatriotes, conspirait à Breda, implorant humblement lappui des cours de la Haye, de Londres et de Berlin, un véritable parti national et ami du progrès se groupait autour de Vonck. L'empereur eut pu, moyennant (certaines concessions, trouver en celui-ci un précieux auxiliaire; il eût empêché fort aisément l'union de deux chefs si peu faits pour s entendre: mais fanatique à sa manière, et aussi despote dans son genre qu(» Philippe H, il recourut ^nx actes de vujueur, prétendant, comme toujoui'S, faire du bien à ses sujets malgré eux. D'Alton se chargea du triste rôle du duc d'Albe et du mar(|uis de Prié, et peut-<**tre eùt-il réussi comme eux, si l'explosion de la révolution française ne fût venue donner une impulsion soudaine au parti populaire. Cette influence est l'un des ptiénomènes les plus (franges de l'histoire, car, en Belgique, c'était le princ(» qui était le révolutionnaire, et le peuple qui défendait avec obstination des institutions surannées.
En vain Joseph II se résigne à d(»s concessions tardives, en vain il rétablit les états, supprime le séminaii'c^ g('méral, ch^savoue les violences de d'Alton, proclame une amnistie : sa déchéance est
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prononcée, et les états généraux, réunis a Bruxell(»s, votent l'acte d'union des États Belgiques Unis (10 janv. 1790). Joseph II meurt peu de temps après (20 fév.) en accusant les Belges d'ingratitude, comme un médecin, ayant reconnu l'inefficacité de ses remèdes, reprocherait à ses malades de ne pas vouloir guérir.
Mais déjà la Belgique, après cet accès de fièvre chaude, n'aspirait qu'à se rendormir. L'horreur de toute innovation se ti'aduisit en persécutions contre les vonckistes, dont la position avait été du reste assez fausse, entre Van der Noot et Joseph II, et qui allaient de nouveau se compromettre par l'appui qu'ils trouvaient dans la révolution française. La Prusse, l'Angleterre et la Hollande s'étaient un instant unies contre l'empereur loi*squ'il avait paru redoutable par son alliance avec Catherine II : la Pousse s'était même montrée favorable à l'établissement d'une république belge indépendante, tandis que le plan de la Hollande était de reconstituer les Pays-Bas tels qu'ils existaient avant la révolution du xyi** siècle, sous un même stathouder ou avec un stathoudérat particulier pour la Belgique. Les craintes que commençait à donner la France firent enfin rétablir le pouvoir monarôhique en Belgique, et Léopold, fi*ère et successeur de Joseph H, s'étant engagé à remettre le pays dans l'état où il était sous Marie-Thérèse (14 oct. 1790), les trois puissances alliées conclurent le traité de la Haye (10 déc. 1790) 'qui garantit la souveraineté de la Belgique à l'empereur. Les états généraux réunis à Bruxelles avaient en vain voulu retarder ou pallier leur défaite en proclamant le troisième fils de Léopold , l'archiduc Charles, grami duc héréditaire de la Belgique (21 nov.) : la restauration pure et simple ne tarda pas à s'accomplir.
Le 13 décembre 1790, les Autrichiens rentrèrent à Bruxelles, et, un mois après (12 janv. 1791), les troupes de Léopold rétablissaient également à Liège l'autorité du prince-évêque Hoensbroech qu'une révolution analogue avait forcé de fuir. Cette principauté de Liège, qui avait conservé une existence et presque une nationalité séparée de celle des autres États belges, n'en avait pas moins subi les mêmes influences. Depuis un siècle (1684) que ses libertés avaient été supprimées par Maximilien de Bavière, elle s'était à peu près complètement engourdie; mais l'avènement de Hoensbroech, triste successeur du digne Velbruck (1784), avait fait renaître bientôt une opposition que le succès de la révolution brabançonne fortifia bien moins que l'influence des idées françaises, extrêmement puissante à Liège. Si l'on débuta, comme à Bruxelles, par demander le rétablis-
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sèment des anciennes institutions, le mouvement prit bientôt un caractère beaucoup plus démocratique et plus large. Aussi les deux révolutions ne purent-elles s'entendj*e. I^a réaction fut néanmoins toute semblable, mais elle ne fut, de part et d'autre, que momentanée.
La Fi'ance, jusque-là, s'était tenue en dehors de ces agitations : elle était beaucoup trop occupée chez elle, et elle n eut pu prendre parti, d'ailleurs, ni pour une l'évolution rétrograde, ni pour la domination autrichienne. Mais la déclaration de Pilnitz (27 août 1791), fâiile par l'empereur et le roi de Prusse unis au comte d'Artois, ia poussa en avant. Une partie des vonckistes et même des partisans de Van derNoot, n'ayant plus d'espoir que de ce côté, l'appelaient à leur secours. En ce moment tout militait en faveur de cette intervention étrangère : ce que les tentatives de Joseph II avaient d'utile, de grand, de juste, était abandonné et renié; le gouvernement autrichien, de même que le prince-évêque de Liège, se livraient à de mesquines rancunes , multipliaient les actes arbitraires, exerçaient une véritable tyrannie, et, en face de cette réaction détestable, la Fj'ance inscrivait, dans la constitution qu'elle venait de se donner (3-14 sept. 1791), ce principe d'une politique nouvelle et supérieure : « La tiation française renonce à entreprendre aucune guerre dans la vue des conquêtes, et n'emploUra jamais ses forces contre la liberté d'aucun peuple. »
Domination* fhaxçaisk. — Le 20 avril 1792, Louis XVI vint luimême à l'assemblée proposer de déclarer la guerre à l'Autriche. C'était nécessairement en Belgique (jue la lutte allait avoir lieu, mais cette fois le peuple conquis faisait cause commune avec ses conquérants, et les réfugiés belges, particulièrement ceux de Liège, formaient une légion dans l'armée de Dumouriez. Partout les Français furent reçus avec enthousiasme, et vingt-quatre heures après la bataille de Jemmapes (6 nov. 1792), le gouvernement autrichien se résignait à une fuite honteuse. La liberté rendue aux États belges eut immédiatement pour corollaire l'affranchissement de l'Escaut (16 nov.).
La Hollande se borna à protester. L'Autriche, chose étrange, réclama également contre l'ouverture du fleuve, tant elle était loin des idées de Joseph II. Quant à l'Angleterre, non moins menacée dans ses intérêts politiques et commerciaux, elle hésitait pourtant encore, en ce moment, à rompre avec la France, et le ministère
Pitt chercha méine à nouer une quadruple alliance de la France, d<i TAngleterre, de la Hollande et de la Prusse, en y mettant pour condition la création d'une Belgique indépendante, à laquelle on aurait donné pour roi le duc d*York, fils puîné de George III. C'était à peu près la pensée formulée par Richelieu en 1634; c'était aussi celle que devait réaliser enfin la révolution belge de 1830.
Malheureusement la politique généreuse inaugurée par la constituante et mise sincèrement en pratique par Dumouriez, ne tarda pas à être compromise et altérée au contact de cette espèce de lie sociale que toute révolution fait remonter fatalement à la surlace. La Belgique, conquise, fut traitée finalement en pays conquis. Des oiseaux de proie, sous le nom de commissaires de la convention, ayant à leur suite une nuée d'agents subalternes, s'abattirent sui* ces malheureuses provinces. Dès le 15 décembre 1792, les spoliations légales commencent, sous ce prétexte, assez plausible du reste, qu'il est juste que les Belges contribuent aux frais de leur libération. Puis le projet d'incorporation se fait jour peu à peu, et un certain nombre de Belges eux-mêmes l'adoptent en désespoir de cause, croyant ainsi acquérir des droits à plus de respect. Néanmoins, ces demandes de réunion à la France, que le Moniteur enregistre si complaisamment, constituaient, à tout prendre, une pure comédie. Les sociétés prétendues populaires qui les votaient à l'unanimité se composaient de fort peu de membres, parmi lesquels dominaient les agents français. La grande masse de la population, inlimidée ou découragée, s'abstenait de prendre part à ces manifestations factices.
La guerre était loin d'être linie : elle ne faisait que de commencer. Une seconde restauration autrichienne, après la bataille de Neerwinden (18 mai 1793), suivie d'une seconde invasion française, victorieuse à la bataille de Fleurus (26 juin 1794), mirent le comble, s'il était encore possible, aux malheurs de la Belgique. Une sorte d'indiftérenco ou de résignation s'était emparée de ce peuple ainsi ballotté entre des gouvernements étrangers qui l'exploitaient tour à tour.
Après l'établissement définitif des Français, la Belgique eut encore à supporter sept mois (juillet 1794 à février 1795) de réquisitions écrasantes. Ce fut un délire de dévastation et de pillage, suivi enfin de la réunion pure et simple à la France. Il y eut bien, à la convention, un petit groupe de républicains qui auraiejit voulu arriver à la pacification générale par l'abandon de la Belgique; quelques-uns
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proposèitîiit de lassocier à la Hollandes d'autres d'eu t'aije un Élal, particulie.' : mais on ne prêta nulle attention à ces i)arolcs. Les succès ré<îents ei vraiment merveilleux des armfes françaises échauffaient toutes les têtes. Ce fut la politique de Louis XIV, une politique de despote, que la république i*e^'it résoinmenl en sons-Trnvfe, oubliant à la fois la grande tradition de Kichelicîu et la déclaration si nette et si solennelle de la constituante.
Le traité de Canipo-Formio (17 oct. 1797) força lenq^ereur François II a céder tous ses droits sur les Pays-Bas, et la Belgique, déjà transformée en départements français, fut eft'acée de la carte de l'Europe.
DoMixATiox iH»LLAM».\isK. -- Bkvom iioN UK ISI>U. - Ou sougc involontairement à certains myllies de ranti<|uilé' eu voyant alors la Belgique renaître, pour ainsi dire, de ses cendres. Il semble, en effet, que cette extinction complète ail été nécessaire à sa régénération. L'arbre chétif et souffreteux, di\j;i privé* de plusieurs de ses branches, avait tUé cette fois coupé jusqu'au pied; mais ses racines étaient protondes, et voici que de cette souche abandonnée sorlaieni des l'ejetons pleins de sève et de vigueur.
Les vingt années ih domination française, (jui avaient été une absorption presque parfaite en apparence, n'avaient pas réussi pourtant h faire lassimilation. Les Belges, unis aux Français bien plus intimement qu'ils ne l'avaient «Hé aux Espagnols et aux Autrichiens, étaient restés r>elges, et ils se retrouvèrent Belges lorsque la chute du colosse qui les ('crasait leur permit de se dégager et de se reconnaître. Malheureusement, sans dynastie nationale, sans chefs, sans défenseurs, .sans appuis, ne formant ni unité politique, ni faisceau de forces, ils durent se résigner a être de nouveau le jouet de la diplomatie et à voir leur pays devenir une fois encon», une dernière fois, le champ de l»ataille de fEurope.
Peu s'en était fallu que les Pays-Bas méridionaux ne fussent délliiilivement acf|uis à la France. Si Xapoléoii, même après le désastre del^ipzig, avait accédé à la déclaration d(? Francfort ( l'" déc. 1813), il eût conservé son empire jusqu'au Bhin. La continuation de la gucn-e mit la Belgique au pouvoir des alliés (Il il-v. 1814), et le traité de Paris, du 30 mai 1814, resserra la France dans les limites luelle avait eues au i" janvier 1792. On lui laissait toutefois, en ce* moment, eu guise de rectitication de frontières, une légère augmentaiioude territoire, comprenant, du côté des Pays-Bas, les cantons
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qui formaient des angles sortants au sud des provinces de Hainaut et de Namur. Le traité du 20 novembre 1813 lui infligoî>, comme punition supplémentaire, la perte de Philippeville, de Marienbourg et du duché de Bouillon.
Les résistances désespérées des plénipotentiaires français, les supplications de Louis XVIII et la générosité de l'empereur Alexandre empêchèrent le congrès de Vienne daller plus loin; car il fut longuement et sérieusement question d'enlever à la France de Napoléon les conquêtes faites par la France de Louis XIV. Une carte, tracée par Hardenberg et Gagern (l'un représentant de la Prusse et l'autre de Nassau), retranchait du territoire français l'Alsace, la Lorraine, une partie de la Franche-Comté et de la Champagne, la Flandre française et l'Artois. Gagern insistait surtout pour que les Pays- Bas s'étendissent au moins jusqu'à Cologne. On laissait en oubli l'offre faite à la Prusse, en 1805, de l'agrandir de ce côté, pour prix de son entrée dans la troisième coalition. C'était véritablement le plan de Charles-Quint que l'on reproduisait ainsi; c'était l'extension des Pays-Bas et leur transformation en un État capable de servir de jonlre-poids à la France.
La faveur que l'on semblait accorder aux Pays-Bas provenait encore d'autres causes. La Hollande, après une courte réunion à la France (1810 à 1813), avait fait elle-même sa révolution et placé à la tête de son gouvernement le fils de son dernier stathouder héréditaire. Cet événement avait tout à coup fortifié la coalition et renforcé, comme on disait alors, son extrême aile droite. Le prince, qui avait longtemps résidé à Londres, comprit l'importance que pouvait avoir pour lui l'appui de l'Angleterre, il la rechercha, et, de son côté, Castlereagh, le plénipotentiaire anglais, accueillit ces avances avec empressement, trouvant dans une semblable entente double profit à faire. Il s'agissait d'abord pour l'Angleterre de se créer, en face d'elle, sur le continent, une puissance amie, qui lui eût ôté toute inquiétude par rapport à Anvers, et qui eût été, selon l'expression du temps, la tête de pont de l'Europe contre la France. Il s'agissait aussi de rester en possession des colonies enlevées à la Hollande, particulièrement du Cap et de Ceylan, pour lesquelles les provinces belges pouvaient servir de compensation : ce qui explique le terme d' « accroissement de territoire, » dont les Belges s'indignèrent avec tant de raison.
La combinaison, extrêmement ingénieuse au point de vue anglais, ne l'était pas moins au point de vue européen, et, à l'égard des Pays-
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Bas eux-mêmes, il faut avouer qu'il y avait lieu dtî fuucler les plus gi*andes espérances sur cette union d'un pays commercial et maritime avec un pays agricole et industriel. On comprend donc que la plupart des publicistes Taient aj)pelée le cliet-dVeuvre du congrès de Vienne. Pouvait-on mieux faire, d'ailleurs, que de s'inspirer de la politique de Charles-Quint? Il semble même que Ton ait voulu, en cet instant, imiter le grand empereur jusque dans les vues qui lui avaient fait conclure le mariage de son fils Philippe II avec Marie Tudor, car, bien que la politique des alliances matrimoniales n eût plus la même portée, il fut question du mariage du prince d'Orange, fils aîné du nouveau souvei'ain des Pays-Bas, avec la princesse Charlotte, héritière du trône d'Angleterre.
Mais était-il possible de iiittacher de la sorte 1815 à 1554? Depuis Charles-Quint, ne s était-il rien passé en Europe? Pourquoi donc le nord et le sud des Pays-Bas s'étaient-ils sépai'és aussi complètement lors de la révolution du xvr siècle? Y avait-il lii un eftet du hasard, une cause momentanée, et quelque tentative de rapprochement avait-elle été faite, pendant les deux derniers siècles, de part ou d'autre? Les Hollandais paraissaient, au contraire, s'être éloignés de plus en plus, en entrant dans les voies d'un développement intellectuel et politique admirable et d'une prospérité commerciale inouïe. S'ils étaient tombés ensuite dans une inaction relative, ils avaient conseiTé l'orgueil de leur splendeur passée et continuaient ik traiter avec un profond dédaiii leui'S anciens fi-ères, humiliés et miséi*ables. Ceux-ci avaient eu constamment à souftrir de ce sentiment; ils avaient subi cruellement la suprématie de la Hollande par les différents traités qui leur avaient fermé l'Escaut, interdit tout commerce, imposé une véritable tutelle en même temps que les plus grands sacrifices pécuniaires. Mais, aujourd'hui, les Belges s'étaient réveillés au contact des idées françaises, ils se développaient à leur tour et ils se sentaient déjà plus avancés que les Hollandais. De là, une antipathie réciproque, une sorte d'incompatibilité d'humeur, qui allait rendre l'union bien difficile, sinon impossible.
Les grands diplomates qui remaniaient en ce moment la carte de l'Europe ne virent rien de tout cela : ils s'y prirent même de façon à ti'oisser davantage la légitime susceptibilité des Belges, et, par suite, à provoquer chez eux l'éclosion d'un esprit national. Le traité de Paris du 30 mai 1814 avait tait de la Belgitpie un simple accroissement de territoire pour la Hollande, bien que la population de la première fut à peu près double de celle de la seconde; le protocole