II
du 21 juin, rédigé par la coiitërence de Londres, invoqua le droit de conquête sur la Belgique, et décida qu on opérerait Yamalgame des deux pays : comme si un peuple était une pâte molle qu'il appartiendrait à la diplomatie de* pétrir à son gré!
La campagne de 1815 réunit tous les peuples contre lennemi commun, et les batailles des Quatre-Bras et de Waterloo, où Belges et Hollandais combattirent ensemble, dans les mêmes rangs, eurent pour résultat un rapprochement momentané : Napoléon n avait réussi qu'à taire renaître lentente parmi ses adversaires, à donner plus d'autorité aux décisions du congrès de Vienne, en même temps qu'il raffermissait les Bourbons sur le trône de France.
Malheureusement, le roi des Pays-Bas crut pouvoir profiter de cette chance heureuse et de ces bonnes dispositions pour faire prévaloir ses volontés les plus arbitraires, sans se mettre en peine de ménager ses nouveaux sujets. D'un caractère sans ampleur et sans élévation, dur et opiniâtre, ne souffrant aucune contradiction et méprisant profondément toute manifestation de l'esprit public, Guillaume fit précisément tout le contraire de ce qui était indispensable dans ces circonstances. Ce ne fut pas seulement une domination étrangère, comme celle de l'Espagne ou de l'Autriche, mais la domination de tout un peuple sur un autre, tandis qu'il eut été si facile, par une simple séparation administrative, d'établir une sorte de fédération qui eût été éminemment profitable aux deux nations. L obstination de Guillaume perdit tout. La loi fondamentale imposée par d'indignes subterfuges, une inégale répartition dans la représentation nationale, une dette énorme mise à la charge de la communauté, des impôts vexatoires, des mesures où l'on pouvait voir un acheminement au protestantisme, le monopole de finstruction publique, l'interdiction du fran^*ais comme langue officielle, enfin d'innombrables procès de presse formèrent peu à peu une formidable accumulation de griefs. Bientôt l'opposition fut unanime et le mouvement devint national. L'union des catholiques et des libéraux ne fut que l'une des expressions de celte tendance qui entraînait les provinces wallonnes en même temps que les provinces flamandes, et les classes éclaii'écs en même temps que les classes intimes de la population.
La révolution de Juillet en France fut l'étincelle qui détermina l'explosion. L'indépendance de la Belgique, proclamée par les Belges eux-mêmes, ne faisait que réaliser le plan déjà formé par Richelieu en 1634, repris par Mirabeau en 1784, préconisé par Pitt eu 1792,
HISTOIRE POLrriQLE MODtHNE. Mo
et laulorité de ces trois grands esprits pouvait elie opposée avec succès au prestige qu'avaient eu au congrès de Vienne les idées de (Jiarles-Quint.
L'histoire politique de l'Europe pendant les quatre derniei-s siècles semble tourner constamment dans le même cercle; la déclaration de la constituante française de 1789 na été qu'une éclaircie toute fugitive dans le ciel sombre des guerres de suprématie, et le temps est encore bien éloigné sans doute où une paix sincère et durable permettra d'entrevoir l'idéal de la fédération des peuples.
Dans cette situation, l'existence de la Belgique indépendante et libre, mainteime et respectée depuis tant d'années, au milieu des plus grandes commotions politiques et des plus terribles conflits, est un fait considérable, un progrès réel, et peut-être le consolant symptôme d'une politique nouvelle.
11 appartenait à la Belgique, après tant de vicissitudes, de jouir la première des bienfaits de cette politique.
BlBLlOGHAPHiE. — Lcs i>arties qui scinblenl manquer à ccl a)ier(;u bcronl traitées» par NN. Van de Weyer, Tliouis^'n et Fai(k'i\ sur le domaine desquels nuus pouvons, moins que personne, nous permettre d*empiétiT.
n serait impossible de citer toutes les sources ou se puise cette histoire : nous nous borutius à énumérer les ouvrages qui présentent le dcveloppcmcni de notre sujet, soit dans son onsembie, soit dans chacune de ses divisions.
Jules Van Pra^t, Essais sur l'histoire poiiiitjtœ des dcniiers sUcles, in-S". ItruxelK^, ISt»7 ; H. -G. Noke, Histoire de Beifjiqiie, ?>« éd., in S*, (land; le chanoine David, Manuel de l'ht\lntre de Belgique, 7« éd., in-8", Louvain, 1871; Th. Juste, Hisinire delà lielrfique,\\ vol in 8», Bruxelles, -1868; l'abbé A. J. Namèche, Cours d'histoire nationale, ."> vol. in-8", Lnuxain, I8fi0; Kervyn de Lettenhove, Histoire de Flandre,^ sol in-8o, Bruxelles, 18i7-i8o0; L. Volaiu. Histoire de l'ancien pays de Licfjc, "2 vol. in-8«, Liège, 18»*- 1847 ; Ferd. Henaux, Histoire du pays de Liéye, 2 vi.l. in 8*, Liège, 1857.
De Barante, Histoire des ducs de Bouryoyne de la maison de Valois .lH0i-lt77., 10 vol. in-8« ; John Forster Kirk, Histoire de Charles le Téméraire, M vol. in-8o; Uobertson. Histoire de Charles-Quint, 5 vol. in-8"; Alexan<lre Henné, Histoire du rcyne de Charles-Quint en Belgique, 10 vol. in-8'', Bruxelles, 1858-18G0; J -J. Altmeyer, Charles-Quint et la confession d'Angsbourg (Revue trimestrielle, !2« série, t. \1V ; le même, Charles- Quint et le concile de Trente id , S' série, t. XV;; \e même, Charles-Quint et Valliance anglaise M\.^ :2^ série, t. XII}; W.-H. Prescott, Histoire du règne de Philippe //, 5 vol. in-8«»; John Lolhrop Molley, la liévolution des Pays-Bas au Wl* siècle^ 4 vol. in-8»; Gachard, Correspondance de Philippe // sur les affaires des Pays-Bas, "1 vol. in-4°, Brux., 18^*8; N. Considérant, Histoire de la révolution du \\l* siècle dans les Pays-Bas, in-8", Brux., \H^\; Mémoires de liichelieu m Ségociations du président Jeannin, dans la collection des mémoires relatifs ii Thistoire de France jiar Petitol; Xégociations relatives à la succession d'Espagne, etc., par Mignet, dans la colieciion de documents inédits sur l'histoire de France, Paris, imprimerie royale; J.-J. Altmeyer, Essai d'histoire diplomatique, la première invasion de la Belgique par Loui% XIV ;lîevue trimestrielle, i« série, tomes 111. IV, V, VI, VIII, X, XI et XIII ; L. Galesloot, Troubles de Bruxelles de 1608 et 1699 (Académie d'archéologie de Belgique, t. XXVI.; (Gachard, Documents inédits concernant les troubles de la Belgique sous le règne de l'empereur Charles 17, "2 vol. in-8\ Brux ,1838-18î)9; L. Galesloot, Procès de François Anneessens. ;2 vol. in 8", Brux , l8()2-l8tKJ; Krnest Discailles, les Pays Bas sous le règne de Marie Thérèse, in-8", Brux , 187-2; Ch. Piot, lieiations politiques des Pays-Bas autrichiens avec les puissances étrangères, in-8", Bruges, ItSTiSi Mirabeau, Uouies sur la liberté de l'Escaut, dans les Opuscules iH)lili(tues ; Ad. Bor^;»!!,
316 BELGIUUË POLITlUliL ET SOCIALE.
Histoire des Belges à la fin du xviii« siècle, 1 vol. in 8«, Brux., i861 ; P.-A.-F. Gérard, Ferdinand Bapedius de Berg, Mémoires et documeDts pour servir à l'histoire de la révolution brabançonne, â vol. gr. in-8«, Brux , 484i ; Th. Juste, Histoire de la révolution belge de 1790, 3 vol. iu-18, Brux., 1846; De Gerlache, Histoire du royaume des Pays-Bas, 3« édition, Brux.; G -G. Gervinus, Histoire du dix-neuvième siècle depuis les traités de Vienne, SOtoI. in-8': P.-A. Huybrechl, /e ffèf/iie dé Guillaume /«^ en Belgique (Revue trimestrielle, ^r* série, Xlll« vol.); J.-J. Tbonissen, Vie du comte Félix de Mérode, in-8s Louvain, i861; L. Hymans, Histoire politique et parlementaire de la Belgique de 18i4 à \^VS\ Th. Juste, le Soulèvement de la Hollande eti i813 et la fondation du royaume des Pays- Bas ; De Koch et SchoeWf Histoire abrégée des traités de paix entre les puissances de l'Europe depuia la paix de IVestphalie, 4 vol. grand iu-8-', Brux., 18^18.
-•wflWV*