‹ Patria belgicaChapitre 28 sur 86 · II · texte numérisé non relu

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racquisilion du grand-duché, elle borna ses vœux au retirait de la garnison prussienne. Mais cette situation laissait la question principale en suspens : c'est alors qu'on songea un moment à restituer le Luxembourg à la Belgique, moyennant une indemnité pécuniaire, et à le placer ainsi sous le régime dune neutralité éprouvée et garantie. Mais cette idée ne fut que vaguement agitée : une autre combinaison, suggérée également par M. de Beust, celle de l'autonomie jointe à la neutralité, rallia l'adhésion des puissances. Une conférence, à laquelle la Belgique prit part, se réunit à Londres et trancha la difficulté en ce sens par le traité du 11 mai 1867.

I^ France obtenait par cet acte une satisfiiction réelle : le départ de la garnison prussienne et le démantèlement de la place de Luxembourg ; mais, comme l'année, précédente, elle restait sans compensation territoriale. Napoléon III résolut alors d'essayer d'un autre moyen : celui de l'extension de son influence à l'aide de combinaisons dont les intérêts économiques devaient constituer la base. Deux tentatives eurent lieu en ce sens. La première reprenait l'ancienne idée d'une association douanière entre la Belgique et la France. Ce fut le but réel de la mission de M. de Laguéronnière à Bruxelles en septembre 1868. 11 est inutile de dire qu'à ce moment une négociation de ce genre n'avait plus aucune chance de succès : on le sentit promptement à Paris, et l'on s'abstint de présenter un projet officiel. La seconde tentative fut plus sérieuse : il s'agissait cette fois d'obtenir par les tarifs de transport ce qu'on n'avait pu faire par les tarifs de douane. Le gouvernement impérial chercha à s'emparer de quelques-unes de nos principales voies ferrées ; maître de cet instrument, il devenait le modérateur de notre marché intérieur, et s'assurait, en cas de guerre, une route stratégique à. travers notre territoire. Telle était la portée réelle des conventions qui intervinrent, le 31 janvier 1869, entre la compagnie de l'Est dune part, celles du Grand-Luxembourg et du Liégeois-Limbourgeois de l'autre, sous le contrôle et la garantie du gouvernement français. Dès le H décembre, les ministres belges avaient déclaré devant les chambres qu'ils ne ratifieraient jamais un semblable marché. Quand les compagnies eurent passé outre, malgré cette défense, ils présentèrent et firent voter la loi du 23 février qui les armait de nouveaux pouvoirs vis-à-vis des adminisli*ations récalcitrantes. Cette démonstration énergique fit cesser les équivoques de la situation; le cabinet des Tuileries se substitua à la compagnie de l'Est : il prolesta conti-e la loi du 23 tëvrier, y vit un mauvais procédé, une

HISTOIRE DKS KKLATIONS EXTÈKIKl llKS DEPUIS ISHO. :^«3

marque de défiance à son égard ; il réclama le maintien el l'exéculion des conventions. Le gouvernemenl bel{(e fut inflexil)le sur ce point : c'était pour nous une question de dignité politique, de souveraineté nationale, de neutralité surtout . Pendant plusieurs semaines, les rapports furent tendus au point de faire redouter une rupture. Le chef du cabinet de Hruxelles se rendit lui-même l\ Paris; ses longs eiforls, favorisés par Tappui sympatliique de la plupart des puissances, amenèrent enfin la transaction qui porte le nom de protocole du 27 avril. Les conventions des compagnies étaient écartées : une combinaison de service international en transit direct entre Anvers, Rotterdam et la Suisse en prit la place. Des commissaires spéciaux arrêtèrent les termes définitifs de cet arrangement, dont les elfets restaient strictement limit('s au domaine commercial.

La guerre avait paru un instant la seule solution possible du conflit franco-belge de 1860; Napoléon III finit néanmoins par reculer. Ni la nature du litige, !ii les dispositions des cours ne lui étaient favoi-ables : une coalition eût été le résultat certain d'une invasion. Néanmoins la guerre était devenue, dès ce moment, à défaut d'une transformation radicale du régime intérieur, une nécessité fatale à ses yeux. L année 1870 amena lexplosion prévue par toute TEurope. La candidature du prince de llohenzollern au trône d'Kspagne ne fui évidemment qu'un prétexte; le retirait de la candidature ne modifia pas les résolutions des Tuileries. Le G juillet, le duc de Gramont fit entendre la première protestation au corps législatif: un mois ne s'était pas écoulé que les armées se heurtaient sur le champ de bataille.

Ce fut une grande et suprême épreuve pour la Belgique. C'était le duel gigantesque qui préoccupait les puissances européennes depuis 181o, en prévision duquel la neutralité» belge avait été spécialement créée par la conférence de Londres. Le gouvernement prit aussitôt les mesures politiques et militaires commandées par les circonstances; il obtint à Paris connue à Berlin lassumnce que la neutralité de notre territoire serait respect('»e sous condition de réciprocité. Un arrêté royal du V> juillet mit l'armée sur le pied de guerre et donna la sanction d'une force imposante à nos obligations internationales envers les États belligéinnts. La diplomatie anglaise secondait sur tous les points laction de la notre; dès le 21 juillet, M. Gladstone faisait pressentir à la chambre des connnunes les conséquences probables d'une infraction éventuelle aux engagements de 1839.

Telle était la situation, quand, le 25 juillet, \eTimes publia le projet de traité secret, connu sous le nom de traité Benedeiti. Cette révélation soudaine du cabinet de Berlin eut un retentissement immense dans toute l'Europe. L'authenticité du document devint bientôt inattaquable; s il restait en ce moment quelque doute sur les circonstances de son origine, le but était manifeste. La Belgique s abstint d'élever la voix; mais le parlement anglais fit entendre de nobles et courageuses protestations. Le 30 juillet, le cabinet de Londres décida que les engagements pris envers la Belgique sei^aient maintenus, dussent-ils conduire à la guerre, il demanda et obtint des; subsides et des hommes : fort de l'appui de l'opinion publique, il proposa à la Prusse et à la f'rance un traité spécial de garantie qui assurait le concours des forces navales et militaires de la Grande- Bretagne contre celle des puissances belligérantes qui violerait le territoire belge pendant la guerre et un an après la signature de la paix. L'Allemagne signa le 9 août; la France, deux jours après.

Cet acte avait une haute portée. L'Angleterre venait de définir explicitement le caractère individuel de la garantie qu'elle avait assumée envers la Belgique et posait un précédent qui fixait sur ce point sa politique. Le traité de 1839 ne perdait rien de sa valeur; au contraire, il acquérait une sanction précise et pitttique. L'Autriche et la Russie, sans signer le triple traité, y donnèrent leur adhésion : c'était à leurs yeux une conséquence légitime des engagements contractés en 1839. La Belgique navait pas à intervenir directement dans celte li-ansaction; mais, le 8 août, le roi se fit l'organe du sentiment national en rendant un public hommage à la sollicitude du gouvernement britannique.

Le traité des 9-11 août clôt pour nous la période diplomatique de la guerre de 1870 : il donnait au pays une force qui derait être une sauvegarde efficace, au moins pendant la durée de la lutte. Au surplus, le destin de la guerre se trouva fixé au lendemaiii même de la signature du traité. Débordée sur ses deux ailes, l'armée française était refoulée sur Metz et le théâtre des hostilités transporté au cœur même de la France. La bataille de Sedan renversa le second empire; elle donna en même temps à notre politique une nouvelle direction. Les points de détail remplacèrent les questions générales; l'application des devoirs spéciaux de la neutralité devint le principal souci du gouvernement. L'internement de soldats français réfugiés au nombix^ de près de 8,000 sur notre territoire, le com-

merce des armes et munitions, le passaj^e (»t le traitemeiil des blessés firent naître de nombreuses dirticuh<''s, dont quelques-unes eurent parfois pour effet de tendre nos rapports avee TAllemagne. Ces griefs n'avaient guère de fondement sérieux; la guerre tei*minée, il n'en resta pas de trace.

La paix, signée a Versailles le H\ février 1871, ouvre une période nouvelle de Ihisioire. Ia\ chule de Napoléon 111 et les sanglantes convulsions de la commune, la fondation de funité allemande sous le sceptre de la maison de llohenzollern, roecupation de Uome par les Italiens et la suppression du pouvoir tenq)orel du Saint-Siège, la rentrée de la Russie dans la nier Noire, fanarcliie incurable qui dévore rEsi)agne, tous ces graves événements <:liangent la physionomie de l'Europe et jnodiiient profondément les rapports des États. La situation internationale <le la Belgique reste la même, la mission qui lui est attribuée ne perd lien de son importance; mais les courants politiques changent de direction, et les mêmes devoirs ne se pratiquent plus dans les mêmes conditions.

L'ancien système des puissances n'existe i)lus : partout autour de nous s'opère, dans les idées, les mieurs, les influences sociales, un travail intense de transformation dont l'avenir seul dégagera les éléments pernicieux ou féconds. Jamais la prévoyance, la fermeté, le patriotisme ne furent plus nécessaires au peui)le belge; jamais l'exercice de ses droits ne réclama autant de modération et de tact. Dans un i)ays libre, le gouvernement ne su[)i>oi1e pas seul la responsabilité du pouvoir : la nation, les coi*i)s qui la représentent, les citoyens individuels eux-mêmes la partagent avec lui. A une époque où l'antagonisme des pj-incipes est profond, où les forces politiques et religieuses se coiiibattent avec acharnement, où leurs conflits peuvent devenir pour plus d'un État la source de suprêmes périls, l'accomplissement des obligations internationales présente des difficultés d'autant plus graves, tjue la position de neutre rend ces obligations plus étroites. IVjur éviter les écueils, ce n'est pas trop du concours de toutes les intelligences, de toutes les volontés. Il importe que les passions du jour se taisent, que les considéralions particulières abdiquent au besoin devant fintérêt supérieur de la patrie, A ce prix seulement, la Belgique traversera impunément les crises qui pourraient enroj-e menacer l'Europe; h cette condition aussi, en consolidant Heuvre des générations qui ont fondé son indépendance, elle restera fidèle fi l'esprit qui les anima, aux vertus qui justifièrent leur succès.

BiBLiOGKAPUi£. — Conférence de Londres : Rapports des ministres des affaiies éii-angî-re!» de Belgique, Bruxelles, 4830-1839, 3 vol.; Papers relative to the affairs ofBeigium, Londre<, 1833, âvc'l. ; Collection des protocoles des conférences tenues à Londres au sujet des affaires de Belgique; Paris, 1833, 1 vol.; Recueil de pièces diplomatiques, La Haye, 1831-1833, 3 vul. ; Uuyttens, Discussions du Congres national de Belgique, Bruxelles, 1844, 5 vol ; Histoire parlementaire du traité du 19 avril 1830 entre la Belgique et la Hollande, Brux., 181^9, "1 vol.; Garcia de la Vega, Recueil des traités et conventions concernant le royaume de Belgique, Brux., 1850-1870, 8 vol.; Archives diplomatiques, Paris, 1861-1873; Esquisses historiques de la révolution de la Belgique en 1830, Brux., 1830, 1 vol. ; J.-B. Notliomb, Essai historique et politique sur la révolution belge, Brux!, 1834, 1 vol. ; White, The Belgic révolution of 18;i0, London, 1835, â vol. ; Arendl, Essai sur la neutralité de la Belgique, Brux., 1845, 1 vol. ; G** Goblet d'Alviella, bes cinq grandes puissances de l'Europe dans leurs rapports fwlitiqucs et militaires avec la Belgique, Brux., 1863; 1 vol.; le mèmCy 3lémoires historiques. Pans, 1864, â vul. ; Thouibsen, La Belgique sous le règne de Léopold J"^ Luuvain, 1861, 3 vol.; L. Uymans, Histoire du règne de Leopold i'»", Brux., 1864, 1 vol. ; Th. Juble, Histoire du Congrès national de Belgique, Brux., 1861, "2 vol.; le même. Les Fondateurs de ia monarchie belge, Brux., 1865-1871, 1:2 vol. ; Brialuiont, Considérations politiques et militaires sur lu Belgique, Brux., 1851, 3 vol. ; Gerviuus, Ceschichte des Meunzehnten Jahrhunderts, Leipzig^ 1855-1866, 8 vol. ; U. Lytlon Bulwcr, The Ltjeof H.-J. Temple Yiscount Palmerston^ Londou, 1870, â vol. ; benkwurdigkeiten aus den Papieren des Fr. von Slockmar, Braunbcliweig, 187:*, 1 vol.; Sirtcma de Giovestins, La Conférence de Londres, Paris, 1844, 1 vol. ; le même, Notices et souvenirs biographiques du comte Van der Uuyn de Maasdam et du baron de Capellen, Saint-Germaiit-en-Laye, 185â, 1 vol.; D*Uaussonville, Histoire de la politique extérieure du gouvernement français, 18!^18Ui, 2 vol. ; Guizot, Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, Paris, 1860-1861, 8 vol. ; Papiers secrets du second Empire» Brux., 1870, 1 vol. ; Benedett i, 3/a mission en Prusse, Paris, 1871, 1 vol. ; Tableau historique de la guerre Jrancoallemande, Berlin, 1871, 1 vol.

Statistique générale de la Belgique. Exposé de la situation du royaume. Périodes de 1840- 1850 et de 1850-1860, Brux., 185:2-1865, 4 vol. ; Discussion de la loi des droits différentiels, Brux., 1844, 1 vol.; Enquête administrative sur la révision du tarif des douanes, Brux., 1859, 1 vol. ; De Pouhon, De l'état du commerce de la Belgique et de la route en fer d'Anvers a la Prusse, Brux., 183!^; Hœlken, La Belgique dans ses rapports avec la France et l'Allemagne relativement à l'adoption des droits différentiels par le Zollverein, Brux., 1846, 1 vol.

Brochures : Van de Weyer, Lettre sur la révolution belge, 1831 ; le même, La Belgique et la Hollande. Lettre à lord Aberdeen, 183â; le même, La Hollande et la Cànjérence, 18H:1; A Justification of the foreign policy of Great-Britain towards Holland, London, 18^{3 ; Dumortier, La Belgique et les 24 articles, Brux., 1838; le même. Observations complémentaires sur le partage des dettes des Pays 'Bas, Brux., 1838; comte de Mérode, Lettre à lord Palmerston, Brux., 1838; Dubois, Des ï24 articles et du Luxembourg, Ârion, 1839; Ârendl, Des intérêts de l'Allemagne dans la question belge, Brux., 1839; Trumper [générai), Considérations politiques et financières sur les forteresses de ta Belgique, Brux., 1831 ; La \Belgique. Étude militaire suivie de quelques observations sur la politique des États neutres, 186â ; La Belgique jugée par l'Angleterre, 1863; Ad. Dechamps, Une page d'histone. Négociations commerciales avec la France, Brux , 1869 (Revue générale) ; Th. Juste, Le traité secret, Brux , 1870; Berufung Belgiens auf das ruhige und billige Urtheil Ùeutschlandf, Bfussel, 1870, L'Allemagne et la Belgique pendaiit et après la guerre de 1870, Brux., 1870.

Note de la direction. Dans la rédaction de l'étude ((u'on vient de lire sur les Belations extérieures, M. Van de Weyer s'est vu interrompu par une maladie grave à laquelle il a failli succomber. M. Km. Banning a bien voulu se charger d*achever le travail au moyeu des notes nombreuses et des documents recueillis par M. Van de Weyer.

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