I. VOIES NAVIOABLBS
Aperçu historique. — Au moyen âge, du xii' au xiv* siècle, le commerce de la Belgique, exclusivement maritime, avait pour centre les villes de Bruges et de Gand, qui communiquaient avec la mer au moyen de grands canaux allant, d'une part, à Testuaire du Zwyn et à celui du Brackman sur l'Escaut occidental, d'autre part, aux ports, alors célèbres, de Damme, de l*Écluse et du Sas.
Vers la fin du xv* siècle, l'Escaut supérieur et ses affluents, la Haine, la Scarpe et la Lys, étaient utilisés comme voies de transport de la houille, de la chaux et dautres produits du sol ou de rindustrie.
Au XVI* siècle, c'est Anvers qui devint la place de commerce prédominante. Alors la Dendre, la Senne et la Dyle, rendues navigables par la canalisation, formèrent avec l'Escaut, le Rupel et les deux Nèthes, un ensemble de voies de transport qui fut complété par des canaux mettant Bruxelles et Louvain en communication avec le Rupel et ouvrant ainsi ces villes au commerce maritime.
Les troubles et les guerres dont la Belgique fut le théâtre au XVII* siècle et le désastreux traité de Munster qui en fut la conclusion enlevèrent aux villes d'Anvers, de Gand et de Bruges leur
impoilâiice commerciale, en même temps que leurs relations marilimes. Des tentatives pour créer, dans Tintérieur du pays, une ligne de navigation entre Ostende, l'Escaut, la Meuse et le Rhin restèrent infructueuses. Cependant, au milieu des guerres de Louis XIV, on ouvrit, à un point de vue stratégique, des voies navigables qui depuis lors ont été mises à profit par l'industrie; c'est alors aussi, et dans la même intention, que furent faits les premiers essais de navigation sur la Meuse et la Sambre.
Au xvHi* siècle, l'exploitation des carrières et des mines donna une importance nouvelle à la navigation intérieure de l'Escaut, de la Dendre et de la Haine, de la Sambre et de la Meuse. En même temps se produisirent des projets ayant pour but d'établir des communications navigables entre le bassin de l'Escaut et celui de la Seine, et de faciliter ainsi les échanges entre la Belgique et la France.
De Napoléon l"' datent la construction du canal de Mons à Condé, la construction des bassins d'Anvers et l'amélioration du port d'Ostende. Pendant la réunion de la Belgique à la Hollande, d'importants travaux d'utilité publique absorbèrent plus de cinquante millions; à cette époque remontent l'achèvement du canal de Mons et du canal de Bruges à TÉcluse, le commencement du canal de Charlerbi, la construction du canal de Pommerœul et du canal de Maestricht à Bois-le-Duc.
Enfin, depuis 1830,1a Belgique, rendue à elle-même,a fourni des preuves de sa vitalité nationale et de son activité industrielle en donnant le plus grand développement possible, eu égard à l'étendue du territoire, à toutes les voies de communication, voies navigables, routes et chemins de fer. Avant 1830, il y avait en Belgique, outre les cours d'eau, une vingtaine de canaux représentant un développement total d'environ 449 kilomètres; trois seulement, ceux du Sas, de Pommerœul et de Maestricht, étaient administrés par l'État. Depuis 1830, il a été construit en Belgique environ 450 kilomètres de canaux navigables; l'État belge non-seulement a pris à sa charge l'administration des cours d'eau, mais a racheté un grand nombre de canaux, tels que la Sambre canalisée, les canaux deCharleroi,de Gand à Bruges et Ostende, de Mons à Condé ; ila construit le canal de jonction de l'Escaut à la Meuse avec ses embranchements. De 1830 à 1860 seulement, TÉtat a consacré à l'établissement ou à l'amélioration des voies navigables 73,000,000 de francs en allocations spéciales, indépendamment des allocations annuelles des budgets.
Description des voies navigables. — I.es cours deau présentent une longueur navigable de 1,000 kilomètres. Trente-sept canaux, ayant un développement total d'environ 899 kilomètres, forment, avec les cours d'eau, un réseau complet de navigation intérieure reliant les bassins de la Meuse, de l'Escaut et de TYser et la mer du Nord. Les canaux ont été construits, les uns par l'Etat, d'autres par les administrations provinciales ou communales, d'autres par des compagnies concessionnaires. L'administration des cours d'eau appartient à l'État depuis 1840.
Le tableau ci-après présente, suivant le cours de chacun des trois fleuves, la succession des voies navigables, affluents ou canaux, avec lesquelles il est en communication.
La superficie du royaume étant de 2,945,516 hectares, la population de 5,113,000 habitants, et le développement total des voies navigables de 1,899 kilomètres, il s'ensuit qu'il y a un kilomètre de voies navigables pour 1,551 hectares et pour 2,708 habitants.
Bassin de la Meuse, Avant l'amélioration du lit de la Meuse, la profondeur d'eau variait à l'étiage de 0'",40 à 15 m. Les hautes eaux durent du milieu de novembre au milieu d'avril ; les eaux moyennes, du' milieu d'avril à la fin de mai, et du commencement d'octobre au milieu de novembre; les basses eaux, de juin h octobfe.
La vitesse des eaux varie avec la nature du lit du fleuve. Celui-ci renferme alternativement des bassins plus ou moins profonds, espèce de fosses où l'eau est presque dormante, séparés par des barres en gravier constituant des rapides qui, avec un fort courant, n'offraient généralement qu'un mouillage de 0'",40 pendant toute la durée des basses eaux et présentaient un obstacle sérieux au passage des bateaux chargés. On a remédié à ces inconvénients par la construction d'un grand nombre de chenaux artificiels établis au moyen de barrages submersibles et de barrages avec écluses, par le redressement de la dérivation du fleuve dans la traversée de Liège et par l'amélioration des chemins de halage. En outre, en aval de Liège, on a construit, pour la navigation, un canal latéral h la Meuse, de Liège à Maestricht.
Les voies navigables en communication immédiate avec la Meuse sont, en Belgique : à droite, 1** l'Ourthe avec son affluent FAmblève; à gauche, 2** la Sambre avec le canal de Charleroi; 3" le canal de Liège à Maestncht et 4** le canal de Maestricht à Boisle^Duc.