SCÈNE IV Les Mêmes, Le CoRTÈGE
Un corps de hallebardiers paraît sous la voûte chassant la foule qui se disperse à droite et à gauche sur la scène derrière la haie des soldats.—Par le même chemin paraît tout le cortège, qui va lentement comme à des funérailles. En tête, trois premiers tambours battent sourdement le roulement funèbre. — Tout le cortège descend la rampe, puis tourne à gauche sur la scène et disparaît dans la rue du même côté.
Après les tambours, les mousquetaires espagnols, les piquiers bardés de fer. Trompettes, le héraut, massiers, les portedrapeaux des régiments suisses, lombards, portugais, napolitains, allemands, etc. Trois tambours de lansquenets. Lansquenets, huissiers du Tribunal de sang, juges, gardes de la prévôté.—Noircarmes, et derrière lui, Vargas et Delrio.—Puis, sous un dais porté par des laquais à ses armes, le Duc suivi de ses pages et gens de sa maison.—À son arrivée sous la voûte, tous les assistants se mettent à genoux, sauf Karloo, adossé au mur de droite, ainsi que la Trémoïille. Dès que le duc paraît, on commence à entendre, outre les cloches et le son des tambours qui s’éloignent par la gauche, après avoir traversé la scène, les chants des pénitents qui paraissent, la cagoule sur le front et le cierge à la main, sur deux lignes, à distance l’un de l’autre.—Ils sont sous la voûte quand le Duc arrive au milieu de la scène.—A ce chant d'église, la douleur des femmes de doña Rafaële redouble, et, agenouillées, elles sanglotent. —Le Duc, qui ne peut voir Rafaële, s'arrête et dit à Vargas qui le précède:
ALBE. Vargas, pourquoi ces femmes pleurent-elles? —Je défends que l’on pleure.
(Vargas s’incline et descend vers les femmes.—
Alberti lui montre, dans la boutique, Rafaële
morte, étendue dans le fauteuil, un crucifix
sur la poitrine, entourée des femmes en pleurs. Vargas, saisi, s'arrête, et ôte son chapeau.) Varcas. Monseigneur, il y a une morte, dans cette maison... une jeune fille.
(Tous se découvrent.) ALBE (frappé, en pensant à sa fille, et saluant comme eux). Une jeune fille! Dieu a de terribles armes! KarLoo (à part). Ah! oui, tyran!
ALBE. Laissons-les pleurer, Vargas, laissons-les pleurer leur fille!
(II fait signe de poursuivre, et le cortège reprend sa marche.—Suisses de la garde du Duc, puis moines à cagoules, chantant le Dies iræ; les moines gris passent lentement, un blanc portant le crucifix espagnol. Moines noirs portant des cierges. Puis Galèna, Bakkerzeel et Cornélis, les mains liées, ayant chacun à sa droite un soldat —Maître Charles et ses aides.—Quand les condamnés sont en scène, à droite, et passent près de Karloo, ils l’aperçoivent pleurant.)
GALÈNA (à sa vue, faisant un pas vers lui, à demi-voix). Lâche!... tu es libre! et nous mourons!
CorNéLis (de même). Combien nous as-tu vendus, traître?
KARLoo. Traître!... moi?
BAKKERZEEL. Sois maudit! Judas!
Tous (entraînés par les soldats). Judas! Judas!
KaRLoo. Oh! c’est horrible! M'accuser!. moil… moi!
(Le défilé continue, pendant tout ce qui suit. Mousquetaires italiens et arquebusiers, puis