‹ PatrologieChapitre 10 sur 143 · L'Eghse est fondée sur la pierre, Jésus-Christ, le Fils · texte numérisé non relu

L'Eghse est fondée sur la pierre, Jésus-Christ, le Fils

de Dieu, et l'unique porte du royaume de Dieu, où doivent entrer tous les peuples de la terre {Simil. IX, xii). C'est pour l'Eglise que le monde a été créé {Vis. Il, vi). Elle est une, c'est pourquoi tous ses chefs, évêques, prêtres, docteurs et diacres doivent demeurer, unis entre eux, conserver la paix et la pureté de cœur, et ne jamais aspirer aux premières places (Vis. III, V et IX ; Similit. VIII, vu; Mandat. XI); car lorsqu'un ministre de Dieu devient esclave de la cupidité mauvaise, elle le dévore d'une façon cruelle (Mandat. XII).

4. De toutes les questions traitées dans le Pasteu?', celle de V anthropologie est la plus développée : l'auteur l'examine sous toutes ses faces. Comme toutes les créatures en général, l'homme est sorti des mains de Dieu pur et parfait, a afin de régner sur tout ce qui est ici- bas » {Mandat. XII, c. iv). Il pouvait par sa seule raison, et sans le secours d'une révélation divine, arriver à la connaissance de Dieu par la contemplation de ses œuvres ; et si les païens sont damnés (Similitude IV), c'est parce qu'ils n'auront pas voulu connaître Dieu leur créateur (cf. Rom., i, 19-21). L'auteur ne dit pas expressément que c'est le péché originel qui a ravi à l'homme sa perfection native, mais il le suppose : " Les hommes, dit-il, ne pouvaient pas entrer dans le royaume de Dieu, avant d'avoir déposé dans l'eau baptismale la mortalité de leur vie précédente et reçu le sceau des enfants de Dieu » [Similit. X, c. xvi).

Hermas rappelle, en différents endroits, que l'homme jouit de la liberté avant comme après sa justification en Jésus- Christ. Après avoir dit [Mand. VI. c. iv) qu'il a été donné à l'homme deux anges qui se disputent l'empire sur lui, — l'empire du bien et l'empire du mal, — il exhorte son lecteur à résister au mauvais ange, qui le tente par le mirage des plaisirs mauvais, et à se confier aux avertissements de son bon ange, ainsi qu'à ses bonnes œuvres, et à lui obéir. Aillem's, il l'exhorte de nouveau à ne pas craindre Dieu, mais seulement le démon. « Si vous craignez Dieu, dit-il, vous dominerez le démon, car il na aucun pouvoir. >^ Le démon peut bien combattre, mais il ue saurait vaincre. « Si vous lui résistez avec foi, il s'enfuira confondu » (Mand. XII, c. v). L'homme peut doue dominer ses mauvais désirs et les employer à son service, s'il le veut loyalement, s'ilporte le Seigneur dans son

cœur et non pas seulement sur ses lèvres {Mandat. XII, c. i et iv). Le dogme de la prédestination, dont l'auteur s'occupe particulièrement dans la Similitude VIII, c. vi, ne supprime pas la liberté de l'homme et n'exclut pas son concom's. « Sachez, dit-il, que la bonté et la miséricorde de Dieu est grande et digne de respect : aux uns, le Seignem" a accordé la pénitence, parce qu'il a prévn qu'ils am'aient le cœur pur et le serviraient de toutes leurs forces. Quant aux autres, dont il a reconnu la duplicité et l'hypocrisie, il leur a fermé tout retour à la pénitence, de peur quils n'insultassent encore à sa loi par d'horribles blasphèmes. »

Mais tout en accordant que l'homme est libre, qu'il déploie Ubrement ses facultés, Ilermas n'en reconnaît pas moins la nécessité d'un secours surnaturel, c'est-à-dire d'une grâce qui l'illumine, le sanctifie et le fortifie. C'est Dieu, dit-il, qui est la cause première de notre justification : - La miséricorde s'est répandue sur vous, afin que vous soyez sanctifiés et purifiés de toute mahce et perversité » [Vis. III, c. ix). « Je n'ai pu échapper à la bête féroce (la persécution) que par la vertu de Dieu et par sa miséricorde spéciale » [Vis. IV, c. ii). Mais cette grâce qui opère en lui la justice, il faut que l'homme la sollicite : « Cessez de prier uniquement à cause de vos péchés ; priez aussi pour obtenir la justice (la sainteté), afin que vous y participiez dans cette maison » {Vis. III, c. i). De là cette prière pleine de confiance : « Seigneur, je suis fort dans tous vos commandements, tant que vous êtes avec moi » [Mayid. XII, c. VI, sub fin.). La foi elle-même, c'est par la grâce que nous l'obtenons : « Vous voyez donc bien que la foi descend d'en haut et vient de Dieu » ^Mandat. IX). " Quand vous avez appris par la révélation divine qu'il vous avait fait miséricorde et avait renouvelé votre esprit, vous avez déposé vos faiblesses ; votre force sest accrue et vous avez été fortifiés dans la foi » [Vis. III, c. xii). L'ange de la pénitence est aussi envoyé pour affermir dans la foi ceux qui font sincèrement pénitence [Mandat. XII, c. vi). La pénitence est un don de la grâce divine : *< Le Seigneur a accordé la grâce de la pénitence à ceux dont il a prévu qu'ils le serviraient de tout leur cœur et avec un esprit pur » (Sim. VIII, c. vi ; cf. c. xu, et Sim. IX).

5. Pai'nii les sacrements, il n'y a que le baptême qui soit envisagé au point de vue spécial du caractère sacramentel; la

pénitence et le mariage ne sont considérés qiie sous leurs rapports pratiques.

Nous avons déjà donné une idée (n° 3) de l'importance et de l'efficacité que Hermas attribue au baptême. Le baptême délivre do la mort et du péché, ouvre l'entrée du royaume des cieux, imprime sur l'homme le sceau et le nom du Fils de Dieu. Les justes eux-mêmes qui sont morts avant l'avènement de Jésus-Christ ne pouvaient entrer en société avec lui que par le baptême. « C'est par l'entremise des apôtres et des doctciu's qu'ils ont reçu la vie et qu'ils ont connu le Fils de Dieu ; ils sont descendus morts dans le tombeau, et ils en sont sortis vivants, pour entrer dans la construction de la tour, c'e.st-à-dire de l'Eglise » (SiniU. IX, c. xvi).

Mais quand les hommes qui ont été baptisés « oublient les commandements du Dieu vivant, ils tombent dans les plaisirs et les vains amusements, et sont corrompus par l'ange de malice, les uns jusqu'à la mort, les autres jusqu'à l'afTaiblissement ; les uns sont voués à une ruiné éternelle, les autres ne peuvent revenir à la vie que par la pénitence. Quand ils se sont convertis, ils célèbrent Dieu comme un juge équitable qui les ajustement visités et corrigés par les souffrances, autant qu'il était nécessaire » {Siniil. VI, c. n et ui). Une fois les péchés complètement effacés par une vraie pénitence, les pénitents sont de nouveau admis par des vierges (par les esprits purs) dans l'édifice de l'Eglise, comme des membres vivants {Sf'mil. IX, c. x-xni).

Contrairement au rigorisme de quelques maîtres d'alors, qui disaient que le péché ne pouvait être elfacé que par le baptême, et qu'après lui il n'y avait plus de pénitence possible, l'ange de la pénitence déclare que « personne, eùt-il même été séduit par le démon, ne périra, s'il retourne au Seigneur son Dieu » [Simil. IX, c. xxxi); les fidèles eux-mêmes reçoivent la rémission des péchés par le pouvoir qu'il m'a transmis. Ils ont donc encore un moyen de faire pénitence ; mais s'ils pèchent de nouveau (d'une manière grossière), la pénitence qu'ils feront ne leur servira plus de rien, car difficilement vivront-ils pour Dieu [Mandat. IV, c. m); « la pénitence des justes a ses limites [Vis. II, c. ii). Persévérez donc dans votre résolution, afm que votre semence ne soit point extirpée à jamais » [Simil. IX, c. xxiv).

Dans le mariage, il faut garder la chasteté et n'ouvrir son cœur à aucune pensée d'adultère ou de fornication. Le lien matrimonial est indissoluble tant que les deux époux demeurent en vie, même en cas d'adultère. Si la partie coupable ne fait pas pénitence, la partie innocente peut se séparer ; miais elle doit rester dans le célibat, autrement elle romprait ellemême le mariage {Mandat. IV, c, i). Quant au mariage après la mort du premier époux, l'auteur enseigne, contrairement à un rigorisme qui perçait à celte époque, que <( celui qui le contracte ne pèche point, mais que, s'il reste hbre, il acquerra un grand honneur devant Dieu » {Mandat. IV, c. iv). De là vient que Tertullien, dans son rigorisme montaniste, appelait le Pasteur de llermas Pas^o;* rnœchornm^. Tandis que saint Paul conseillait seulement aux époux de s'abstenir quelquefois pour vaquer à la prière, Hermas exige d'eux, surtout des plus âgés, qu'ils vivent constamment comme frère et sœur {Vis. Il, c. II ; voy. Vis. I, i, et Simil. IX et Xf). Ce dernier passage, du reste, étant sous forme de figure, ne doit s'entendre qu'au figuré et perd ainsi ce qu'il a de choquant.

G. Ce qui caractérise le Pasteur, ce sont les exhortations de plus en plus pressantes à pratiquer les bonnes œuvres, à tendre à la perfection chrétienne. Il recommande avec de grandes instances la prière, le jeune, l'aumône, en général les œuvres de charité envers le prochain, et le renoncement à soi-même. « Celui qui observe les commandements vivra ; » c'est là une vérité qu'il ne cesse d'inculper avec une sorte d'emphase à propos de chaque vertu. Il faut même poursuivre au-delà de ce qu'exigent les commandements : « Si vous faites plus que ce que les commandements de Dieu demandent de vous, vous arriverez à une dignité plus haute, et vous serez plus honorés devant Dieu qu'auparavant « {Simil. V, c. m). La récompense du ciel sera proportionnée aux mérites de la terre. « Ce que vous aurez fait pour le nom du Seigneur, vous le retrouverez dans votre patrie » (Sijnil. I). La plus belle et la plus haute recompense est réservée à ceux qui auront conservé l'innocence, « qui seront restés sans tromperie, comme des enfants, et qui auront subi la mort du martyre pour le nom du Seigneur » {Simil. IX, c. xxviii et xxix). Par contre, l'auteur insiste avec une grande force sur les dangers des richesses :

< Deorat., c. xiij De pudU., c. x et xx.

« Homme insensé et misérable, ne voyez- vous pas que tout cela est une propriété étrangère, que ce sont d'autres qui le possèdent? Au lieu d'acheter des terres, rachetez des âmes de leur infortune ; assistez les veuves et les orphehns : c'est pour de tels offices que le Seigneur vous a enrichis » (Simil. I)> Quand le pauvre reçoit du riche ce qui lui est nécessaire, il prie le Seigneur pour le riche ; et comme la prière du pauvre en faveur du riche est exaucée, les trésors du riche s'augmentent (Simil. II). Cette manière si agréable à Dieu d'user de ses richesses, est recommandée avec d'autant plus d'empressement que le jour de la venue du Seigneur n'est plus éloigné ; car ce n'est que lorsque les hommes seront détachés du monde et de la vanité de ses richesses, que le royaume de Dieu leur sera accessible {Simil. IX, c. xxxi). C'est tout-à-fait à tort que certains écrivains , entre autres Jachmann, ont accusé Hermas d'avoir enseigné une morale judaïsante. Sans doute, à l'exemple d'autres Pères apostoliques, il inculque fortement la nécessité des bonnes œuvres ; mais il n'oublie ni la pureté du cœur, ni l'obligation de fuir le péché et d'accomplir les commandements, dans lesquels il fait consister le véritable jeûne, plutôt que dans l'abstinence dans le boire et le manger i Simil. V, c. i).

7. Hermas rattache souvent ses prédications de la pénitence à l'idée de la fin prochaine du monde ; nous devons donc dire un mot de sa doctrine sur ce dernier point. A l'exemple de saint Paul, dont il adopte le sentiment exprimé dans la première Epître aux Thessaloniciens (v, 1-6), il croit h l'imminence do la venue de Jésu.s-Christ : < La fm arrivera dès que la tour sera construite, et elle ne tardera pas à l'être {Vis. III, c. vni, sub fin.); mais elle sera précédée d'une calamité effroyable, figurée par une bête terrible » Ccf. Mat th., c.xxiv: // Tkess., c. n). Hermas est chargé de l'annoncer aux élus, afin qu'ils se tiennent prêts, que, pendant les jours qui leur restent, ils servent Dieu avec un cœur pur et irréprochable (Vis. IV). Quant à ceux qui ont péché, ils doivent faire une pénitence sévère, afin qu'ils deviennent des pierres propres à être employées à la tour que l'ange construit, avant que la tour soit achevée ; car dès qu'elle le sera, quiconque n'y sera pas encore placé sera rejeté {Vis. III, c. v, et Simil. IX, c. xiv et xxvi). tiendra ensuite le jugement do Dieu, suivi immédiate-

ment de la fin du monde : (• Yoilà que Dieu, qui a créé le monde avec une force invisible et une haute sagesse, qui, dans sa toute-puissance, a fondé sa sainte Eglise et qui l'a bénie, transportera le ciel et les montagnes, aplanira toutes choses devant les élus, afin que tout ce qu'il a promis dans la joie saccomphsse dans la gloire » {Vis. I, c. ni). La chair ressuscitera aussi : « Ne croyez pas ceux qui vous disent que ce corps sera anéanti et qu'on peut en abuser pour satisfaire de grossières convoitises ; en profanant votre corps , vous profanez en même temps le Saint-Esprit... Tout corps qui sera trouvé pur et sans tache recevra sa récompense » [Simil. V, c. VI et viii). Ceux qui auront subi victorieusement l'épreuve verront Dieu éternellement; ils participeront à la joie et à la magnificence du Christ et des anges {Simil. VIII, c. m ; IX, c. XII et XXIX ; V, c. ii ; Vis. IV, c. m); mais ceux qui se seront détournés du Dieu vivant et qui auront encouru sa colère seront voués au feu et à la damnation éternels ( VIII, c. vi et VII ; Simil. IV, VI, en; VIII, c. vi).

D'après sa théorie de l'Eglise, figurée par une tour dont les fidèles sont les pierres et Jésus-Christ le fondement, et après ce que l'auteur dit de la pénitence, il est une autre pensée qui domine dans le Pasteur : cette pensée, c'est que personne ne peut être véritablement justifié que dans l'EgUse et par l'Eglise. « Personne n'arrive à Dieu sans passer par le Fils >> (la Porte de l'Eglise, IX, c. xni).

Pendant toute la période du moyen âge, ou a considéré comme des productions de l'ère apostolique et attribué à Denis, ce membre de l'aréopage dont il est parlé dans les Actes des apôtres, xvu, 34, les célèbres ouvrages : des Noms divins (tltfi Oeîwv ôvojAâTuv), de la Hiérarchie céleste (Ilept Tîi; Upapxîa; oOpavta; y., t. )..), de la Théologie mystique {Ilepl (j-uatari; ôeoXoYia:), et d'autres encore. Aujourd'hui, il n'est plus douteux que ces écrits remarquables et dont l'influence a été si grande, datent seulement de la fin du cinquième siècle. Nous en parlerons donc quand nous serons arrivés à cette époque. Au surplus, ils n'ont absolument rien de cette .simplicité qui caractérise les Pères apostoliques ' .

' Ceci est trop absolu et la démonstration n'est pas péremptoire. Mer Darboy a écrit des choses remarquables sur les œuvres attribuées à saint Denis. Si elles sont de la fin du cinquième siècle, comment expliquer que saint Grégoire de Nazianzeles cite? (Note de Védtt.)

Page 1