REPRÉSENTANTS DE LA SCIENCE CHRÉTIENNE PARMI LES GRECS
§ 27. Saint Ircaée, évêque de Lyon (mort en 202).
Voir trois dissertations en tête de l'édition de saint Irénée, par le bénédictin Massuet, Paris, in-folio, 1712; Venet., 1733; les Prolégomènes de l'édition de Stieren, Lips., 1853, 2 vol. L'un et l'antre, complétés en partie, dans Migne, sér. grecq., t. VII.
Saint Irénée naquit dans IxVsie-Minem'c, probablement entre les années 135 et 140, car lui-même assure qu'il avait assisté, dès sa première jeunesse, aux leçons de saint Polycarpe, parvenu alors aux dernières limites de la vieillesse, et qu'il avait été instruit par lui dans la vérité chrétienne'. Selon saint Jérôme, Papias aurait aussi été son maître. On reconnaît à ses écrits que les philosophes et les poètes païens ne lui étaient pas moins famiUers que la théologie, omnium doctri-.
' Euseb., Hist. eccl., V, xx.
narum curiosissimum expJoratorem, dit Tertiillien * . Pendant la cruelle persécution qui sévit sous Marc-Aui'èle, il se trouvait dans les Gaules , auprès de Pothin , évèque de Lyon, Pothin et les confesseurs de cette ville l'envoyèrent à Rome, auprès du pape Eleuthère, muni d'un écrit relatif aux montanistes, où il était recommandé comme un fervent « zélateur de la loi du Christ » {177). Quand Pothin eut obtenu la palme du martyre, Irénée fut choisi pour lui succéder (178). Sa sollicitude féconde ne se borna pas aux seules Eglises de la Gaule ; champion infatigable de l'unité de la foi et des traditions apostoliques contre les fausses spéculations des gnostiques, il maintint la paix entre l'Orient et l'Occident en intervenant dans la querelle qui avait éclaté entre le pape Victor et les évêques asiatiques sur la question de la Pàque et qui avait failli dégénérer en schisme,, vérifiant ensuite la signification pacifique de son nom d'Irénée'. « Lien de l'Orient et de l'Occident, saint Irénée, venu de l'Orient, nous avait apporté ce qu'il y avait appris aux pieds de saint Polycarpe, dont il était le disciple ; le plus grand prédicateur de la tradition parmi les anciens, on ne pouvait pas le soupçonner d'avoir voulu innover ou enseigner autre chose que ce qu'il avait reçu des mains des apôtres'. » Martyrisé, avec plusieurs fidèles, pendant la persécution de Septime-Sévère, il mourut en 202, le 28 juin, d'après le Martyrologe romain \
De ses écrits, si nous exceptons son grand ouvrage contre les gnostiques, il ne reste guère que des fragments et des titres mentionnés dans Eusèbe et saint Jérôme. Ce sont : une lettre ou traité adressé à Florin de Rome, son ancien condisciple, attaché plus tard à la secte des gnostiques ; — de la Monarchie, où il démontre que Dieu n'est pas l'auteur du mal; — contre le même. Sur le nombre huit, ou sur les huit éons de Yalentin ; — du Schisme, à Blastus, prêtre romain, imbu des mêmes idées; — de la Science; — de la Prédication apostolique ; et un recueil de traités sur différents sujets. Saint Irénée avait manifesté l'intention de réfuter Marcion
^ Ado. Valent., c. v. — *Euseb., Hial. eccl., V, xxiv., à la fin. — ' Bossuet, Défense de la trad. et des S. Pères, part, ii, 1. VIII, c. xvii. (Addit. dutrad.J — ■* Voir des détails sur lui dans : lien., Adv. hseres.,111, m et iv; Terful., De testim. anirnse, c. i; Adv. Valent., c. v; Euseb., Hist., V, iv, v, vu, VIII, XX, XXIV; Hieron.. Caliii, c. xxxv : Ep. Liii (xxix): Gieg. Turon . Hisl. Franc I, xxvii el xxix.
LES POLÉMISTES GRECS. — S. IRÉNÉE. lil
dans un ouvrage spécial : nous ignorons s'il l'a fait. — Quant aux quatre fragments découverts à la fin du dernier siècle dans la bibliothèque de Turin, par PfafT, chancelier de l'université de Tubingue, avec cette inscription : d'hénée, ils lui appartiennent difficilement.
Nous n'avons donc que son grand ouvrage en cinq livres, intitulé : Detectio et eversio falso cor/nominatœ gnosis, cité ordinairement depuis saint Jérôme sous le nom de : Adversus hœreses, libri V\ 11 n'existe de l'original que les chapitres i-xxi du premier livre et quelques fragments détachés, qui se sont accrus après la découverte et la publication des Philosophumena d'Hippolyte. Mais nous en avons une traduction latine complète et très-littérale, peut-être contemporaine du texte : Tertullien s'en servait déjà. Saint Irénée avait pris des mesures pour la conservation de l'original : « Comme je me trouve parmi les Celtes, disait-il, et que j'ai dû m'habituer à leur langue, j'ai beaucoup perdu de ce que je savais de rhétorique et de grammaire grecques. »
Le premier livre expose le gnosticisme de Valentin, dont le marcosianisme, qui en dérivait, avait envahi le sud de la Gaule. L'auteur relève jusqu'à seize variations dans la doctrine des valentiniens et montre ses affinités avec les anciennes erreurs de Simon le Magicien. Ces détails sont fastidieux, dit-il ; du reste, il suffit d'exposer de telles doctrines pour les réfuter : Victoria adversus eos manîfestatio sententiarum eoriim^. « Grâce à cette étude approfondie de la gnose, dit Dorner, saint Irénée a pu constituer le trésor de la science chrétienne, et jeter un vaste regard sur l'organisme de la doctrine. »
Le deuxième livre est consacré à la réfutation. Irénée fixe le centre de la controverse en prouvant l'unité de Dieu, principe fondamental auquel nul autre ne peut être comparé. Puis il examine chaque point particulier du système de Yalentin, le bythos, le plérome, les principaux éons et la doctrine de Valentin sur chacun d'eux ; il flagelle surtout de sa verve spirituelle et mordante les étranges contradictions du système des éons et les abus excessifs de lïnterprétalion allégorique.
11 s'étonne d'entendre les valentiniens soutenir que leurs
' Réville, Revue des Deux-Mondes, 1865, rapports de saint Iréuée avec les gnostiques. — « Lib. I, c. xxxi.
trente éons en quinze syzygies se trouvent clairement indiqués dans la parabole du père de famille qui s'en alla à la première, à la troisième, à la sixième, à la neuvième et à la onzième heure, louer des ouvriers pour sa vigne, Matth., xx, 1-6. En présence de cette exégèse arbitraire, il ne peut s'empêcher de s'écrier : « Ne- prenez donc pas un renard pour le portrait d'un roi! » Liv. 1, ch. ix, n" 4. Déjà dans le premier livre , en développant la notion du gnosticisme , il avait fait remarquer que si la mer était le produit des larmes versées par Sophia-Achamoth, l'eau douce émanait probablement de sa sueur. Il démontre que la doctrine des gnostiques sur l'éon Jésus est inconciliable avec l'Ecriture. Mais ce qui prouve l'erreur évidente des gnostiques. « c'est qu'ils n'ont jamais été capables , comme les vrais croyants , d'opérer des miracles. » Il termine, en réfutant leur théorie sur la métempsycose, sur la pluralité des cieux et cette assertion que les prophètes de l'Ancien Testament étaient les ministres de différentes divinités.
Au troisième livre, saint Irénée établit que la doctrine des gnostiques n'a rien de commun avec le christianisme annoncé aux apôtres par le Christ, proclamé unanimement dans tous les temps et les heux par les évèques, successeurs des apôtres. Tantôt c'est la sainte Ecriture qu'ils rejettent comme étant falsifiée, tantôt c'est la tradition. Si on leur cite la tradition telle que les évêques depuis les apôtres l'ont transmise dans leurs Eglises, ils la repoussent, se croyant plus sages que les apôtres et les évêques. Saint Irénée expose ensuite la doctrine des apôtres sur l'unité de Dieu, la génération éternelle du Verbe, la divinité et l'humanité du Christ ; il insiste surtout, en face du docétisme des gnostiques, sur la véritable humanité du Christ et sa naissance d'une Vierge.
Au quatrième Hvre, il démontre l'unité de Dieu et les relations du Verbe avec le Père, principalement par l'Ecriture. Il n'y a point contradiction, dit-il, entre l'Ancien Testament et le Nouveau : l'un et l'autre viennent d'un seul et même Dieu, quoi qu'en disent les gnostiques. Les vrais croyants ont donc la même foi que les anciens patriarches et les prophètes, tandis que les gnostiques ont répudié cette véritable tradition : l'absence de martyrs chez eux suffirait à le prouver. En finissant, saint Irénée attaque la doctrine des gnostiques par
les différences morales qu'on remarque chez les hommes. Dans le cinquième livre, il établit derechef que Jésus est né d'une Vierge, qu'il a revêtu la nature humaine dans toute sa plénitude, et non pas seulement en apparence ; c'est pour cela qu'il a répandu pour nous son vrai sang, que dans l'Eucharistie il peut nous ofTrir sa véritable chair, et qu'il est aussi ressuscité dans notre chair. L'auteur arrive ainsi à démontrer notre résurrection future et à résoudre les objections qu'on y oppose. Après avoir dit que les erreurs qu'il combat sont tontes postérieures au temps des apôtres et de leurs disciples, il termine en élucidant les vérités qui se rapportent à la rédemption.
Sur les éditions de saint Irénée, d'après l'édition princeps d'Erasme (Basil., 1326, souvent rééditée), Stieren donne des renseignements développés et exacts dans le tome P'', p. xxiv-xxxiv de son édition. Les plus estimées sont celle du bénédictin Massuet, Paris, 17t2, in-folio, réimpi'imées à Venise, 1734, avec les fragments découverts par Pfaff et des éclaircissements; celle de Stieren, Lips,, 1833, in-8°, 2 vol. Ces deux dernières ont été réimprimées par Migne, sér. grecq.,t. Vlll,avec de nouvelles notes critiques et littéraires, et complétées par les Selectœ annotationes variorum. Voir dans Massuet Dissertationes III prœviœ : 1. De hœreticis quos Irenœus recenset ; 2 . De Irœnei vita et îibris; 3. De Irenœi doctrina.
Doctrines et vuea particulièi^es de saint Irénée \
i. Nous savons que les saintes Ecritures sont parfaites iperfectse), puisqu'elles émanent [dictas] du Verbe de Dieu et de sou Esprit*. Pour le Nouveau Testament, ii'énée cite les quatre Evangiles, les Actes des apôtres, les treize Epitres de saint Paul, la première de saint Jean et l'Apocalypse ; il fait aussi allusion à lEpitre aux Hébreux, à celle de saint Jacques et à la première de saint Pierre. Il insiste principalement sur l'autorité dont les quatre Evangiles jouissent dans l'Eglise ; il les compare aux quatre parties de la terre et aux quatre vents principaux ^ La vraie et complète intelhgence de l'Ecriture ne se trouve que dans l'Eglise'.
' Cf. Massuel, lie lien, doctrina; Lumper, Hisl. Iheol. crilicu, t. 111; Mœhier, PatroL, p. SU ; Dorner, la Doctrine touchant la personne de Jésus-Christ, 2« édit., p. 463. — * De hxres., lib. II, c. xxvni, n. 2. — 3 Ibid.. lib. III, c. XI, n. 8. — •• Jbid., lib. IV, c. xxxvin, n. 4.
2. La tradition^ toujours en vigueur dans l'Eglise, quoique rejetée des hérétiques, est utilisée par l'auteur comme une des sources de la théologie scientifique'. La tradition des apôtres est connue dans le monde ; il suffit d'ouvrir les yeux pour la reconnaître. « Nous pouvons énumérer les évêques établis par les apôtres .dans les Eghses, de même que leurs successeurs, jusqu'à nous. Ceux-ci doivent certainement savoir ce que les apôtres ont enseigné'. » Considérant les évêques comme les organes de la tradition, saint Irénée est prêt à étabhr leur légitime succession dans toutes les Eglises apostohques. Pour n'être pas trop long, il se borne aux Eglises de Smyrne et d'Ephèse, et surtout à celle de Rome, fondée et érigée par les deux célèbres apôtres Pierre et Paul. « C'est donc dans cette Eglise, et non ailleurs, qu'il faut chercher la vérité, puisque c'est là que les apôtres ont déposé, comme un riche héritage, l'ensemble de la vérité. Quoi donc? Si une dispute éclatait quelque part sur une question insignifiante, ne faudrait-il pas recourir aux plus anciennes Eghses pour savoir à quoi s'en tenir? Si les apôtres ne nous eussent pas laissé les Ecritures, n'aurait-il pas fallu suivre la tradition qu'ils avaient laissée à ceux à qui ils avaient confié les Eglises ? ordre qui se justifie par plusieurs nations barbares qui croient en Jésus Christ sans caractère et sans encre, ayant la loi du Sauveur écrite dans leurs cœurs par le Saint-Esprit, gardant avec soin l'ancienne tradition'. » « Ceux qui ont reçu la foi sans les Ecritures, selon notre langage, sont barbares ; mais pour ce qui regarde le sens, les pratiques et la conversation selon la foi, ils sont entièrement sages, marchant devant Dieu en toute justice, chasteté et sagesse; et si quelqu'im leur annonce la doctrine des hérétiques, on les verra fermer leurs oreilles et prendre la fuite le plus loin qu'il leur sera possible, ne pouvant seulement souffrir ces blasphèmes ni ces prodiges, à cause, répondront-ils, que ce n'est pas là ce qu'on leur a enseigné d'abord '*. »
Quant aux hérétiques, nous savons qu'ils sont tous postérieurs aux évêques à qui les apôtres ont confié le soin de l'Eglise : « Avant Yalentin, il n'y avait point de valentiniens, avant Marcion point de marcionites, nulle hérésie enfin avant
* Lib. m, c. II, n. 2. — « Lib. III, c. m, n. 1. — » Lib. III, c. m. — ♦ Lib. m, c. IV. (Cit du trad.J
celui qui l'inventa. Valentin s'en vint à Home sous le pontificat d'Hygin, s'accrédita sous celui de Pie et continua jusqu'à celui d'Anaclet » (livre III, cli. iv, n. 3).
3. La valeur de la tradition apostolique est encore relevée par ce que saint Irénée dit de l'Eglise et de l'impossibilité où elle est de se tromper : « La doctrine de l'Eglise reste uniforme et invariable dans toutes ses parties ; elle est confirmée par les prophètes, les apôtres et tous les disciples. — C'est, en effet, dans l'Eglise que, selon saint Paul', Dieu a établi les apôtres, les propliètes et les docteurs, et toutes les autres opérations du Saint-Esprit. Car où est l'Eglise de Dieu, là est aussi l'Esprit de Dieu, et où est l'Esprit de Dieu, là est aussi l'Eglise, là sont les grâces. Or, l'Esprit est vérité ; ceux donc qui se séparent de l'Eglise ne peuvent ni participer au Saint-Esprit, ni prendre sur le sein de cette mère une nourriture vivifiante, ni boire à cette fontaine très-pure qui jaillit du corps de Jésus-Clu-ist. Ils repoussent la foi de l'Eglise de peur d'être séduits, et ils repoussent le Saint-Esprit de peur d'être instruits. Loin de la vérité, ils sont ballottés d'erreur en erreur, et ne peuvent jamais exprimer une opinion inébranlable'. » Dans lEglise, au contraire, se trouve l'unité de la foi et l'unité de la charité. «Cette foi, l'Eglise, quoique répandue par toute la terre, la conserve avec autant de soin que si elle n'était qu'une seule famille ; elle y adhère comme si elle ne formait qu'une âme et qu'un cœur; elle la prêche, l'enseigne et la transmet aussi unanimement que si elle n'avait qu'une bouche ^ » « La voix de l'Eghse retentit par toute la terre, enseignant à tous la même foi au même Père, à son même Fils incarné et au même Saint-Esprit, pubhant les mêmes préceptes, étabUssant la même hiérarchie, annonçant le même avènement du Seigneur, promettant le même salut à l'homme tout entier, à l'âme et au corps. Partout elle prêche la même voie du salut, et sa prédication est vraie, uniforme et constante*. » — « Comme il n'y a qu'un même soleil dans tout l'univers, on voit dans toute l'Eglise , depuis une extrémité du monde à l'autre, la même lumière de la vérité ^ »
Entre les évêques, que l'auteur appelle encore indistinctement cpiscopi et prcf^btjteri, il considère l'évêque de Rome
' / Cor., XII, "28. - ' Lib. III, c. xxiv, n. 1. 2. — M. x. n. 2. -" Lib. V, c. XX, n. 1. — ' Lib. I, c. ii et ni.
comme le principal représentant de la tradition et du gouvermeut de l'Eglise : « La sainte Eglise romaine, la mère, la nounùce et la maîtresse de toutes les Eglises, doit être consultée dans tous les doutes qui regardent la foi et les mœurs, principalement par ceux qui, comme nous, ont été engendrés en Jésus-Christ par son ministère, et nourris par elle du lait delà doctrine catholique"'. » Au lieu, dit-il, d'aller demander Tinvariable tradition des apôtres à toutes les Eglises fondées par eux, il suffît de prouver la tradition de FEglise romaine par la succession de ses évêques depuis saint Pierre.
« Quand nous exposons la tradition que la très-grande, trèsancienne et très-célebre Eglise romaine, fondée par les apôtres saint Pierre et saint l'aul, a reçue des apôtres et quelle a conservée jusqu'à nous par la succession de ses évèques, nous confondons tous les hérétiques, parce que c'est avec (dan.s) cette Eglise que toutes les Eglises et tous les fidèles qui sont sur toute la terre doivent s'accorder (se réunir) à cause de sa principale et excellente principauté, et que c'est en elle que ces mêmes fidèles, répandus par toute la terre, ont conservé la tradition qui vient des apôtres ^ . »
Ad hanc enim Ecclesiam propter potentiorem principalitatem (le grec portait sûrement : 5tà tv;v tx«vw7£c«v 7:r.ojT£iav, ou, selon ïSolte : a.\tbvj-zic/.-j, prépotence), necesse est omnem, convenire Ecclesiam, hoc est eus qui sunt undique fidèles, in qua semper ab his qui sunt undique conservata est ea quœ est ab apostolis tradition
Autrefois, le docteur Friedrich n'hésitait pas à entendre « ce célèbre texte de saint Irénée » dans le sens qu'y attache la tradition ; il indique, selon lui, « la prééminence de l'Eglise romaine au temps de saint Irénée, quelque explication que l'on donne au propter potentiorem principalitatem : c'est le sens qui résulte du contexte et indépendamment de ce qui suit, puisqu'il est dit que chaque Eghse doit « nécessairement » s'accorder, àvy.7/.ï3, avec l'Eglise romaine, c'est-à-dire juger de sa propre orthodoxie par la sienne, car c'est elle qui est la
^ Lib. III, c. III. — 5 Lib. III, c. III. (Cit. du tracl.J — ' Voyez Hagemann, l'Eglise romaine, son influence sur la d sapl.ne cl le doyme, l'rib., 187 i, p. ol4. Schueeiuami, 6>. Irenœi de Ecclesiw ruinunx pnnripidii teslimo- 7iiiim , Frib., 1870. Consliluliun, enseignement et infailliUiLté de tEylise, 2' éd., Kempteu, 1874.
gardienne de la tradition apostolique, et cest à ce titre qu'elle est connue de toutes les autres Eglises, donc aussi sans doute de l'Eglise allemande. » De là vient qu'il appelait ce passage « le supplice des théologiens protestants, » lesquels, malgré tous leurs essais d'interprétation, ne parvenaient pas à détruire la prééminence de l'Eglise romaine, énoncée en termes si clairs et si précis.
Mais une fois devenu catholique-protestant, ce même docteur a vu de suite que convenire ad ne pouvait pas se traduire par « s'accorder avec, » mais qu'il signifie « se réunir, » afin de pouvoir donner un tout autre sens à ce qui suit. Selon lui, l'élément conservateur, coiiservata est tradliio, c'est l'Eglise universelle, « car ce n'est pas porir , mais /j«;' l'Eglise universelle que la tradition apostolique se conserve dans l'Eglise romaine. » — La même chose avait déjà été soutenue au siècle dernier par l'anglican Grabe '.
Les dissertations mentionnées ci-dessous de Hagemann, Schneemann et de l'auteur des articles publiés dans les Feuilles historiques et politiques, ont expliqué soit dans son ensemble soit dans ses détails le texte de saint Irénée d'une manière très-satisfaisante. Schneemann, en particulier, a démontré que la traduction presque universellement adoptée de convenire ad par « s'accorder » n'est pas absolument fausse, ni surtout impossible, et il a cité à l'appui de son sentiment des théologiens catholiques et prolestants de renom. D'après cela, le rédacteur des Feuilles historiques a montré que la traduction « s'accorder » est probablement la seule quil faille adopter, que notre passage rend un témoignage parfaitement recevable en faveur de l'autorité doctrinale et régulative de l'Eglise romaine, et qu'on ne peut s'en servir contre cette autorité suprême. C'est ce que nous avons essayé de montrer nous-mème dans la neuvième édition de notre Histoire de l'Eglise, t. I, p. ^227, et c'est le sens qui résulte du contexte. Voilà pourquoi nous en avons donné ci-dessus la traduction sous une double forme.
Si donc l'on connaît la foi de cette Eglise, on connait celle de toutes les autres Eglises apostoliques, suivant ce que disait plus tard saint Cyprien : « Etre uni à l'évêque de Rome,
' Voy. Reusch, Theol. Liter.-BlaH, 1870, p. 370.
l-i8 PATROLOGIK.
c est être uni à l'Eglise catholique ■> ^p/s/. liv, ad Anfonianum.
4. En faisant ressortir avec tant de force l'unité de la foi au sein de l'Eglise, saint Irénée atteste d'abord la foi à la Trinité : « La foi de l'Eglise dispersée par toute la terre est de croire en un seul Dieu Père tout-puissant, et en un seul Jésus-Christ, Fils de Dieu incarné pour notre salut, et un seul Saint-Esprit, qui a prédit par les prophètes toutes les dispositions de Dieu, et l'avènement, la nativité, la passion, la résurrection, l'ascension et la descente future de Jésus-Christ pour accomplir toutes choses'. » Nous assistons ici à un progrès dans la théologie. L'auteur ne parle pas seulement de l'unité de nature et de la trinité des personnes (dans le Père, dit-il, se trouvent toujours le Verbe et la Sagesse, le Fils et le Saint- Esprit^] ; mais il enseigne expressément la coexistence et la consubstantialité du Fils avec le Père, ainsi que leur pénétration et leur cohabitation réciproque [■^zpiyyrjrtTu;) : Semper autem coexistens Filius Patri, olim et ah initio semper révélât Patrem^. Deus autem iotus existens meus et totus existens ; logos, quod cogitât hoc et loquitur, et quod loquitur hoc et cogitât. Cogitatio enim omnis ejus logos et logos mens, et omnia concludens mens ipse et Pater... In omnibus Pater communicans Filio''. Celui qui est engendré devant être de même nature que celui qui eugendre, il y a contradiction dans la théorie gnostique à admettre qu'il y a des éons subordonnés qui émanent du Dieu suprême : Necesse est eteum qui ex eo (Pâtre) est logos ...perfectum et impassibilem esse, et eas quœ ex eo sunt emissiones ejusdem substantise cum sint, cujus et ipse, perfectas et impassibiles , et semper simiJes cum eo perseverare qui eas
emisif^.
5. Saint Irénée insiste longuement sur l'incarnation de la personne de Jésus-Christs Le but de l'incarnation, dit-il, était de rendre à l'homme la qualité d'enfant de Dieu qu'il avait perdue : « Si le Verbe de Dieu s'est fait homme, et si le Fils de Dieu est devenu le Fils de l'homme, c'est afin que l'homme uni au Verbe de Dieu reçût l'adoption des enfants et devint fils de Dieu, car nous sommes incapables d'arriver à l'incor-
' Lib. III, X, n. 1 ; V, xx, n. 1. (Cit. du trnd.J — « Lib. IV, xx, n. i.— 3 Lib. II, c. XXX, n. 9. — " Lib. II, c. viii. n. 5 et 8. — ^ Lib II, c. xvn, n. 7. Cf. Schwane, H.st. dm dngmef;. \ vol., p 121. —'' Lib. III, c. xvi-xxiv.
LES POLÉMISTES GRECS. — S. IRÉiNKE. t i9
ruptibilité et à rimmortalité tant que nous sommes unis aux objets corruptibles et mortels'. Car il fallait que le Médiateur de Dieu et de l'homme, par sa parenté avec l'un et l'autre, per suam ad utrosque domesticitatem, les ramenât tous deux à l'amitié et à la concorde'-. Il a donc effacé par son obéissance sur l'arbre de la croix, la désobéissance que nous avions commise en mangeant du fruit de l'arbre et nous a réconciliés avec Dieu. Et de même que la mort nous a vaincus par un seul homme, c'est par un seul homme aussi que nous avons vaincu la mort. » Contrairement à tout ce que l'on voit ailleurs, saint Irénée fait vivre Jésus-Christ au-delà de quarante ans*. Ce qui n'est pas moins intéressant, c'est de l'entendre marquer, dès cette époque, le rôle de Marie dans l'économie de la Rédemption : « Marie, qui était vierge tout en ayant un époux, devint par son obéissance la cause de son propre salut et de celui du genre humain \ » « Il fallait que le genre humain, condamné à mort par une vierge, fût aussi délivré par une vierge '\ » Dans un autre endroit, il appelle Marie « l'avocate vierge de la vierge Eve. » Par Eve, il entend le genre humain déchu.
6. Sur les anges, saint Irénée enseigne qu'ils n'ont pas un corps charnel, mais plutôt éthéré", et que les anges déchus ont péché sur la terre avec les filles des hommes ^ Il est plus exact lorsqu'il parle de leur immortalité, de la félicité éternelle des bons et du châtiment des mauvais anges ^, châtiment non pas seulement passager et temporaire, mais éternel, parce qu'ils sont encore jaloux de l'image de Dieu gravée dans le^ hommes, qu'ils ont induits à se révolter contre Dieu.
7. Dans l'anthropologie, il adopte l'opinion dichotomique, bien qu'il semble aussi çà et là se prononcer pour le sentiment Irichotomique, comme lorsqu'il dit que l'homme parfait se compose d'une chair, d'une âme et d'un esprits « Le corps, dit-il, n'est pas plus fort que l'âme ; c'est l'âme, au contraire, qui anime le corps et le gouverne : il est son principe vital. Le corps ressemble à un instrument, tandis que l'âme possède l'intelhgence de l'artiste'". » Il relève ici avec beaucoup de
' Lib. III, c. XXIX, 2-4 — -Lib. 111, c. xviir, n. T. — ' Lib. V, c. xxxvr, u. 3. — ^ Lib. II, c. XXII. — 3 Lib. III, c. xxii, n. 4. — « V, c. xix. (CH. du Irad.) — ■ Lib. III, c. xx, n. i. — « IV, xvi, n. 2; V, xx, n. "2. —
Lib. III, c. XXIII, n. 3; lib. IV, c xxviii, n. 2. — '*' Lib. V, c. vi, n. 1.
150 PATROLOGIK.
force la liberté morale : « Dieu a donné à l'homme , aussi bien qu'aux anges, la faculté de choisir le bien comme le mal, afm que ceux qui seraient obéissants possédassent le bien à juste titre ; car s'ils le reçoivent de Dieu , ce sont eux qui le conservent... Si quelqu'un ne veut pas obéir à l'Evîingile , il est libre assurément , mais il agit contre ses intérêts'. » Il combat avec la même énergie l'homme psychique et l'homme pneumatique des gnostiques : « Ici, nous sommes tous égaux , tous enfants de Dieu ; la différence entre le bon et le méchant vient uniquement de la libre détermination de l'homme, qui fait les uns enfants de Dieu, les autres enfants du démon'. » Il proclame aussi l'existence du péché originel : « En offensant Dieu dans la personne du premier Adam, et en n'obéissant pas à ses prescriptions \ nous avons hérité la mort, » mortem hœreditavimus'". « Les hommes ne sont guéris de l'ancienne morsure du serpent qu'en croyant en Celui qui, selon la ressemblance de la chair du péché, a été élevé de terre sur l'arbre du martyre ^ )) Il fait une belle description de l'âme humaine créée à l'image de Dieu : « Ce n'est pas vous qui faites Dieu, c'est Dieu qui vous fait. Que si vous êtes son ouvrage, attendez la main de l'Artiste qui fait tout en temps opportun, et qui le fait pour vous, qui êtes son œuvre. Offrez-lui donc un cœur tendre et docile (par la foi et la soumission), et conservez la forme que vous a imprimée l'Artiste. C'est ainsi que vous recevrez en vous les effets de son art et deviendrez un parfait ouvrage de Dieu. » 8. Après avoir dit, en traitant de l'Incarnation, que le Verbe a effacé les péchés de l'homme en vertu de la miséricorde divine, qu'il a renouvelé l'image de Dieu et achevé l'œuvre de la rédemption, il indique par quels moyens l'homme peut se l'approprier : c'est par les sacrements. Saint Irénée traite surtout du baptême, de la pénitence et de l'Eucharistie. Le baptême est nécessaire, « car, sans cette eau céleste, nous ne pommions pas être unis à Jésus-Christ. Par le bain qui doit nous rendre incorruptibles, nos corps lui ont été unis, et par l'esprit nos âmes. Tous deux sont donc nécessaires parce que tous deux développent en nous la vie divine. » Le changement qu'il opère, saint Irénée le compare à l'olivier amélioré par la
^ Lib. IV, c. xxxiii, n. 4. — * Lib. IV, c. xli, n. 2. — ' Lib. V, c. xx. n. 3. — * Lib. V, c. i, n. 3. — ^ Lib. jy, c. ii, n. 7.
LES POLÉMISTES GRECS. — S. IRÉ.VÉE. i5l
greffe. Il fait de nous des hommes spirituels et nous confère un nom nouveau, symbole de cet heureux changement '. Il réclame aussi le baptême des enfants, infantes, qu'il spécifie par le mot parvuU. A l'égard de la pénitence, le saint déclare que de son temps on confessait aussi les péchés secrets*, et que cette confession se faisait quelquefois publiquement*.
9. Mais c'est principalement sur l'Eucharistie qu'il entre dans des détails pleins d'intérêt. L'Eucharistie, dit-il, est lo corps et le sang du Christ, puisqu'on vertu d'un acte divin précis (£7ri/),/;7tç) le pain et le vin deviennent le corps et le sang de Jésus-Christ '*. De ce changement substantiel du pain et du vin par la consécration, in quo fficiVcet) pane rjrntise auctx sunt, il déduit la toute-puissance et la divinité de Jésus-Christ ', de même qu'il voit dans le corps de Jésus-Christ, en tant qu'il est la nourriture de notre propre corps, un gage de notre résurrection ^. En comparant l'Eucharistie avec l'offrande des prémices dans l'Ancien Testament, il en conclut qu'elle est aussi un sacrifice, sacrifice très-pur prédit en ces termes par le prophète Malachie : En tout lieu, on offre à mon nom la victime et le sacrifice sans tache. « Lorsque le Sauveur appela le calice son sang, il enseigna le sacrifice, oblalio, de la nouvelle alliance, que l'Eglise a reçu des apôtres et qu'elle offre à Dieu dans le monde entier'. » Et ce sacrifice que le Seigneur a ordonné d'offrir, Verbian Dei quod offertur Deo, est accepté de Dieu comme un sacrifice pur et agréable, sacrificium puriim et acceptum *.
L'Eglise doit le renouveler sans interruption, fréquenter et sine intermissione, parce que Jésus-Christ, son chef, étant entré en union intime avec elle, l'offre continuellement à son Père dans la même obéissance avec laquelle il lui a été soumis lui-même jusqu'à la mort de la croix".
10. Mais ces dons si excellents, continue saint Irénée, accroissent les obligations morales des chrétiens de la nouvelle alliance : « L^ loi de l'ancienne aUiance étant destinée à des
' Lib. III, c. XVII, n. 1-3. — » Lib. 1, c. vi. n. 3 ; lib. I, xiii, 3. - ' Lib. I, xiii, 7. — * Lib. V, II, 3. — 5 Lib. IV, xviii, 4. — « Lib. V, ii, 3. — " Lib. IV, I, H, 17, 5. — « IV, xviii, 1. — ^ Lib. IV, c. xviii, n. 6. Cf. Opfenmuller, Sanctxis Iren-evs, de Eucharistia ut sacramento et ut sacrificio. Bamb., 1867,
esclaves, instruisait 1 ame par des choses extérieures et corporelles, et l'attirait en quelque sorte par uu lien sous l'obéissance de la loi, afin que l'homme apprît à servir Dieu. Mais la Parole (le Verbe) a affranchi l'àme et enseigné à l'homme de s'en servir librement pour purifier le corps. Les liens de la servitude devaient donc être enlevés, afin que le chrétien obéît à Dieu sans contrainte. Ici, les obligations de la liberté s'agrandissent, la subordination au Roi devient plus étroite, afin que personne ne retourne sur ses pas et ne comparaisse indigne devant Celui qui l'a établi dans la hberté. Si le respect et l'obéissance envers le père de famille sont les mêmes chez les esclaves que chez les hommes libres, la confiance de ces derniers doit être plus grande, parce qu'il est plus grand et plus glorieux d'agir dans la liberté que d'obéir dans la servitude. C'est pourquoi le Seigneur a remplacé ce précepte : « Vous ne commettrez point d'adultère, » par celui-ci : « Vous ne convoiterez point; » et au lieu de dire : « Vous ne tuerez point, » il a dit seulement : « Vous ne vous fâcherez point, » et au lieu de dire : a Vous ne commettrez point d'usure, » il a dit : « Vous distribuerez vos biens aux pauvres, et vous aimerez, nonseulement votre prochain, mais encore vos ennemis ^ »
H. Sur l'âme humaine, saint Irénée a des vues particulières qui ne concordent pas avec la doctrine générale de l'Eghse. Il ne pouvait pas concevoir qu'elle fût d'une nature purement spirituelle : Incorporales animae quantum ad comparationem mortaliwn corporwn. Avec Justin, il croyait que l'immortalité n'était pas une de ses propriétés essentielles, mais un pur don de Dieu '.
Sur les fins dernières, en terminant son livre, il se montre partisan du millénarisme , qu'il considère comme une période de préparation et de purification pour une félicité plus parfaite. Il invoque l'autorité d'Isaïe, d'Ezéchiel et de Daniel dans l'Ancien Testament, et dans le Nouveau, saint Matthieu, XXVI, 26; saint Paul, Rom., viii, 19, et l'Apocalypse, ainsi que Papias. Toutefois, a cet empire, où le Christ, après son avènement, régnera avec les justes ressuscites, » il ne l'appelle jamais un règne de mille ans. Il avoue aussi que ce sentiment est contredit par ceux qui passent pour orthodoxes. Il croit
' Lib. IV, n. 2-3. — ' Lib. V, c vu, n. 1; lib. II, c. xxxiv, n. 2, L
LKS POLÉMISTES GRErS. — S. IRÉNÉE. 153
notamment que les âmes des justes, au lieu d'entrer au ciel et de voir Dieu face à face après leur mort et le jugement particulier, attendent la résurrection générale dans un lieu intermédiaire. Il n'excepte que les martyrs ; « de là vient que, partout et toujours, l'Eglise, dans son amour pour Dieu, envoie d'avance au Père un grand nombre de martyrs*. »
12. Nous devons signaler encore comme digne de remarque ce que le saint docteur dit « du but et des limites de la science chrétienne ; » nous ne devons point lui demander un agrandissement du dogme, mais seulement l'explication de certains problèmes difficiles. « S'il est (parmi nous) des hommes qui se distinguent plus ou moins par leur savoir, cela ne vient pas de ce qu'ils ont le droit de changer le fond (de la doctrine révélée), et d'imaginer (comme les gnostiques) en dehors de l'auteur, du créateur et du conservateur de l'univers, un autre Dieu, un autre Christ ou premier-né ; cela vient de ce qu'ils interprètent selon les enseignements de la foi tout ce qui est énoncé dans les paraboles ; de ce qu'ils expliquent et développent ce que Dieu a fait pour le salut du genre humain, pourquoi il a supporté patiemment la chute des anges infidèles et la désobéisssance des hommes, pourquoi il a donné plusieurs Testaments et quel est le caractère de chacun, pourquoi le Verbe s'est incarné, a souffert, et n'a paru qu'après un si long temps, pourquoi notre corps mortel sera revêtu de Timmortalité, et notre corps corruptible, de l'incorruptibihté, » etc.; car c'est à ce propos et pour des cas semblables que l'Apôtre s'est écrié : « 0 profondeur de la richesse, de la sagesse et de la science de Dieu ! Que ses jugements sont incompréhensibles et ses voies impénétrables'! »
C'est dans ces bornes que se tenait saint Irénée dans ses exphcations de la foi chrétienne et sa réfutation du gnosticisme. Quoique très-versé dans les connaissances spéculatives, il préférait généralement la méthode historique, qui est celle du simple fidèle ; attaché sans réserve aux enseignements de l'histoire et de la tradition apostolique, il lui arrivait quelquefois de qualifier de dangereuse l'application de la philosophie à la théologie. Peut-être les tristes expériences des gnostiques avaient-elles contribué à l'affermir dans cette persua-
' IV, xxxnr, n. 9. — » Lib. I, c. x, n. 3.
i^ii PATUOLOGIli;.
sion. Le vrai gnostique, à ses yeux, c'est le parfait chrétien, qui a reçu l'esprit de Dieu et sur qui cet esprit repose * ; celui qui, exempt de vanité et d'orgueil, a une notion exacte de toute la création et de son auteur, le Dieu tout-puissant; celui qui honore toujours le même Dieu, le môme Verbe de Dieu, n'eùt-il été révélé que maintenant, toujours le même Esprit qui se répand sur le genre humain depuis l'origine du monde, bien qu'il ait été tout récemment répandu sur nous '.
Du Nouveau Testament, saint Irénée cite toutes les Ecritures, excepté l'Epître de saint Jude , la seconde de saint Pierre et la troisième de saint Jean. Il dit que les quatre Evangiles sont un seul Evangile sous quatre formes différentes, mais animé d'un seul Esprit. 11 n'y en a ni plus ni moins, de même qu'il n'y a que quatre parties de la terre où l'Eglise soit répandue '.
Somme toute, nous devons constater depuis Justin un progrès très-sensible dans la littérature chrétienne. Un des grands mérites de saint Irénée est d'avoir exploré à fond les deux sources de la foi, assigné la tâche de la science chrétienne, admirablement saisi et développé la plupart des vérités de la foi, la hiérarchie épiscopale et la prééminence du Saint-Siège. Nous savons, grâce à lui, « que le torrent du dogme et de la morale sacrée, qui depuis Jésus -Christ s'est frayé la voie, avec une force irrésistible, à travers des obstacles de toute nature, est le même que celui qui traverse maintenant l'Eglise catholique. »
Cf. l'abbé Prat, Hist. de S. Irénée; Bœrhinger, Hist. de l'Eglise en biographies ,2" éd., i \ol.,Ceillier, éd. l'«,t. n;éd. 2% 1. 1 ; Mœhler, PatroL, p. 330. Stieren, dans son édition, tome I, p. xxiv-xxxiv, traite longuement et avec beanconp de soin des éditions de saint Irénée faites sur l'édition princeps d'Erasme. La meilleure est celle du bénédictin Massnet, Paris, 1712, in-fol., réimprimée à Vienne avec les fragments retrouvés par PfafTet des éclaircissements, par Stieren, Lips., 1853, 2 vol in-S". Ces deux dernières sont réimprimées dans Migne, sér. gr., t. VllI, avec des notes critiques et littéraires. De Massnet en particulier, voyez Dissertationes III prœviœ. Ed. Havvey, Cantabr., 18b7. Freppel, Saint Irénée {Revue des sciences ecclésiastiques, t. Vi).
' Lib. IV, c. xxxm, n. 1 . — « Lib. III, c. xx, n. 2. — ' Lib. III, cap. xi.
LES POLÉMISTES r.nr.CS. — CAIUS, iSf»
§ 28. Caïas, prêtre romain (mort vers 220).
La Lettre de l'ErjUse de Smyrne sur le martyre de mint Polycarpe ayant parlé de Gains comme d'un disciple de saint Irénée, Lemoine en a conclu qu'il était orig-inaire de Corinthe et qu'il était allé à Rome avec saint Irénée. Les auteurs de Vllistoire littéraire de la France, t. I, le revendiquent au contraire pour leur compatriote. Ce qui est certain, c'est qu'il se trouvait à Rome sous le pape Zéphyrin et qu'il y discuta avec Proclus. Saint Jérôme lui donne le titre de prêtre, Photius celui d'évèque, twv s^vwv i7rt(Tzo7ro;. Eusèbe l'a surnommé ).07iw- Taro; àvvjp, à cause dcs talents qu'il a déployés dans la défense du christianisme ; il le vante surtout comme un fougueux antagoniste des millénaires. On suppose qu'il mourut vers 220.
Il ne reste de ses écrits que des fragments conservés dans Eusèbe, saint Jérôme, Théodoret et Photius.
1. Réfutation du montanisme, conservée dans le Dialogue contre Proclus, un des coryphées de cette erreur en Orient. Saint Jérôme appelle ce travail insignis; Photius, qui le qualifie de (TTTo-joata, le cite sous le titre de Ka-à ripo-/),o'j, Contre Proclus.
2. Théodoret ' lui attribue encore le Parvus labyrinthus dirigé contre Ihérésie d'Artémon et.de Théodote. Photius l'appelle ratoy izoïfi-j-ot. ; on a cru, mais à tort, qu'il s'en trouvait des fragments dans Eusèbe ^ cet historien déclare lui-même qu'il ne cite que des paroles tirées d'un écrit anonyme contre Artémon.
D'après les Philosophurnena, complétés par de récentes découvertes, et d'après les recherches laborieuses faites sur l'auteur, quelques critiques ont attribué à Hippolyte l'ouvrage Sur l'Univers ou sur la cause de l'univers, que Photius assigne à Caïus. Déjà précédemment on avait rejeté cette opinion, longtemps accréditée, que Gains était l'auteur du fragment qui se trouve dans Muratori ^ et qui contient les plus anciens renseignements que nous ayons sur le canon du Nouveau Testament.
' Hseret. fab., II, v. — • Hist. eccL, V, xxviii. — ' Antig. ital., t. III, p. 8o4 et suiv.
156 PATROhOGlE.
Cf. Hug, Introd. auN. Test., l"vol., p. 123, et Kirchofer, Collection des sources de l'histoire du canon du N. Testam. Les fragments qui ont été attribués à Caïus et qui ont été conservés se trouvent dans Gallandi, Biblioth., t. II; dans Routh, Reliq. sacr., t. II, et dans Migne, sér. gr., t. X, au commencement, avec des Prolégomènes. Cf. Ceillier, t. II; Luraper, part, vu, p. 17; Mœliler, Palrol., p. 617.
§ 29. IBippolytc.
Voir les Prolégomènes dans l'édition des Œuvres d'Hippolyte, par Fabricius, Hamb., 1716; Gallandi, Biblioth., t. 11, c. xviii; Migne, série grecque, t. X.
Ce nom appartient à plusienrs hommes remarquables de l'antiquité, que l'on a souvent confondus ensemble, aussi bien que les renseignements qui les concernent. Celui qui nous occupe passe généralement pour avoir été évêque de Portus Romanus. La plupart ont cru qu'il s'agissait de Porto, dans le voisinage de Rome, ou de Aden, ville maritime romaine de l'Arabie. C'est seulement depuis que les Philosophiimena ont été complétés, et depuis les nombreuses recherches dont ils ont été l'objet, que nous connaissons un peu sa personne et sa vie*.
Hippolyte aurait été disciple de saint 1 renée, contemporain d'Origène et de l'anlitrinitaire Bérylle de Bostra. Fixé ensuite à Rome, il aurait pris une part active aux querelles dogmatiques de ce temps, car il y avait là des représentants de presque toutes les sectes. Mais en combattant les sabelliens et les noétiens, qui soutenaient le patripassianisme, il tomba lui-même dans l'excès opposé, le subordinatianisme. Il défendit aussi le point de vue rigoriste contre la pratique mitigée qui avait prévalu dans le sacrement de pénitence et dont le pape Zéphyrin s'était fait le promoteur.
Convaincu de l'orthodoxie de ses opinions, hautement estimé pour son savoir, après la mort de Zéphyrin il s'éleva, en qualité d'évêque, contre son successeur Calixte, qui lui était personnellement odieux et souleva un schisme qui, heureu-
' Hieron., Episl. lxx ad Mmju., el C(Halog., c. i.xi; Eusèbe, Hisl. ecd-, lib. VI, c. XX ; Epiphaiie, Hœres., lib. LVli, u 1 ; Leont. Byzant., Lectio m de Sectis; Zanar., Anal., t. H; G. Syncelli, Chronogr.. ad ami, 213, dans Sirmond, Op., t. III, p. 376; Nicepb., Hisl., lib, IV, c. xxxi.
l.r.S POl.KMISIKS UREr.S. — HIPI'OLYTF.. 1 î>7
sèment, ae s'étendit pas beaucoup. De là lui est venu, comme Dœllingcr l'a prouvé sans réplique, la dénomination d'jE/î/scopiis Porlm Romani, car si des écrivains grecs lui ont donné plus tard le titre d'évèque de Rome, les catalogues des papes et les auteurs occidentaux ne connaissent point de pape sous ce nom '.
Son schisme peut avoir duré quinze ou seize ans. Plusieurs témoignages attestent qu'avant son martyre il se réconcilia avec le Saint-Siège. Selon toute vraisemblance, il mourut dans le même temps que le pape Ponlien, vers 235, car les martyrologes et les liturgies les citent toujours ensemble. De son vivant, ou immédiatement après sa mort, ses partisans lui érigèrent une statue de marbre d'une grande valeur artistique (c'est le plus ancien exemple que nous ayons en ce genre); elle fut retrouvée en 15.31, à l'occasion des fouilles pratiquées près de l'église Saint-Laurent à Rome : conservée jusqu'à ces derniers temps dans la bibliothèque vaticane, elle est maintenant au musée de Latran. Son cycle pascal (depuis 223 à 333) et le catalogue (incomplet) de ses écrits, sont gravés sur ce monument.
Plusieurs écrivains ont rendu hommage à ses connaissances : Nescis, dit saint .Jérôme, quid in iiôria ejus primum admirari debeas, erudilionem sseculi on scientiam Scriptura- ?'itm\ Entre ses ouvrages, nous signalerons surtout :
Travaux d'exégèse.
Contemporain d'Origène, le vrai fondateur de l'exégèse biblique, Hippolyte n'a rien qui rappelle sa méthode et ses procédés. Dans ses commentaires sur la plupart des livres de la Bible, au lieu de poursuivre minutieusement le sens littéral ou le sens allégorique, il procède plutôt par la réflexion et le raisonnement, comme on le voit par les passages cités dans les Chaînes et rapportés par les exégètes postérieurs. Les plus importants sont ses commentaires sur les Psaumes, les Proverbes, le livre de Daniel et sur Fhistoire de Suzanne, qui lui paraît une allégorie de l'Eglise chrétienne. Dans le Nouveau Testament, il a donné des explications sur les Evangiles
' Voyez Dœilinger, Hippohjle et Cnlixte, Ratisbonne, 1833. — * Hier,, Epist. Lxx nd Magnum.
de saint Matthieu et de saint Luc, sur l'Evangile do saint Jean et son Apocalypse.
Travaux homilétiquea.
Ses homélies sur différents textes de l'Ecriture et sur des fêtes de TEglise ont beaucoup d'affinité avec ses travaux sur l'exégèse. Nous n'eu possédons non plus que des fragments ; rhomélie Et; ôsoyâvsiav, en dix chapitres, est la seule complète. On dit qu'il prononça, en présence d'Origène (à Rome ou en Orient ?) une homélie à la louange du divùi Sauveur. U Exhortation à Séverine aurait été adressée, selon DœUinger*, à Julia Aquilia Severa, seconde femme de l'empereur Héliogabale.
Ouvrages dogmatiques et polémiques.
1. Demonstratio de Christo et antichristo (dix-sept chapitres), dédiée à un de ses amis nommé Théophile. Dans ce traité, le plus ancien qui existe sur l'antechrist , Hippolyte expose d'abord que le Verbe a révélé depuis longtemps son incarnation aux prophètes ^ et qu'il est devenu en s'incarnant le ministre de Dieu pour la rédemption de tous*. « Il cherche à instruire les ignorants et à ramener dans la droite voie ceux qui se sont égarés. Ceux qui le cherchent dans la foi le trouvent facilement; ceux qui frappent à sa porte avec des yeux purs et un cœur chaste, il leur ouvre aussitôt... Il désire sauver tous les hommes, les faire tous enfants de Dieu ; il les appelle tous à la virilité parfaite. Car c'est lui, le Fils de Dieu, qui régénère par le Saint-Esprit ceux qui désirent parvenir à l'état d'homme céleste et parfait. »
Considérant l'antechrist comme un être personnel, il cherche à fixer par l'Ecriture son origine, le temps de son arrivée, ses séductions et ses impiétés. Il commente longuement les visions de Daniel, vu, 20, et de Nabuchodonosor, ii, 31 et suiv,, et trouve dans les dix cornes et dans les dix doigts des pieds un symbole de l'antechrist. Il emprunte aussi des traits pour son tableau à Isaie, i, 7, et à l'Apocalypse, ch. xvii et xviu. L'antechrist, dit-il, se fera passer pour Dieu et persécutera l'Eghse. Il finit en exhortant Théophile à s'abstehir de tout péché.
' Hippolyte et Calixle, p. 2-i, — ' Ch. j, ii. — ' Ch. m, iv.
LES POLÉMISTES GRECS. — HfPl'OLYTK. 159
Cependant Hippolyte n'est pas bien sur que tout cela soit vrai, et il hésite '.
2. La petite Démonstration contre les Jîa'fs {en dix chapitres) semble plutôt détachée du commentaire sur les Psaumes que former un travail à part.
3. Adversus Platoncjn de cotisa univers), ou Discours aux Grecs. Cet écrit, dont il ne reste qu'un fragment, roule sm* les idées de Platon touchant l'origine du monde.
4. 11 se peut aussi que les dix chapitres Contre Fhérésie de Noët ne soient qu'un fragment'. L'auteur y combat l'hérésie patripassianiste de Noët de Smyrne, et lui oppose sa propre doctrine sur Tincarnation du Fils.
o. Sur les Charismes (Apostolica de charismadbus traditio). Plusieurs croient, non sans vraisemblance, que l'écrit indiqué sur la statue d'Hippolyte, à Rome, est le même que celui qui figure dans les Constitutions apostoliques *, et qui développe la pensée de l'Apôtre, ICor., \\h. YIII, ch. i, n. Seulement, il était peu séant d'y faire parler les apôtres en leur propre nom et à la première personne.
6. PhilosopJiumena, seu omnium haeresium confutatio, dix livres. Avant ISi'^, le premier livre de cet important ouvrage était seul connu, sous le titre de Philosophumena Origenis''. Depuis, Mynoides Myna a retrouvé en Grèce les sept derniers livres, dont le manuscrit est conservé à Paris dans la bibliothèque nationale. Le premier éditeur, Miller', le considérait aussi comme une œuvre d'Origène", tandis que Dunker et Schneider sont d'un avis contraire'. Maintenant, après tant de recherches laborieu.ses, on a cessé de croire à la paternité d'Origène, de même qu'à celle de Caius, de Tertullien et de
' C. I et XXIX. Dœilinger, Christian, et Eglise. — ' Contra kœresim Noeti, éd. Lagarde. — ^ Lib. VIII, c. i et ii. — * Orig., Op., t. I, éd. Beiied. — 5 Oxon., 1«5I.
" Grœce et lat., Golting., 1859. Migne, sér. grecq., l. XVI, p. 3.
' Le manuscrit de Paris (lib. X, c. xxi) contient cette glose marginale : 'ûpiyÉvr,; xai "tiptvivov; 5ô?a. Comme elle se rapporte à un passage significalif, la profession de foi de l'auteur, on a soupçonné qu'elle pouvait provenir de quelque copiste qui aurait mal entendu cet endroit. On sait
que les copistes se servent du signe l^j wpaïov pour appeler l'attention
sur des passages particulièrement importants. Ce s'gne étant aussi empluyé dcins les écrits d'Oriuène, un copiste aura rendu cette abréviation par 'QpifÉvr,; au lieu de wpaïov. {Revue autrich, de théol. calh., p. 618.
Novatien, alléguée peiidaiU la controverse, et Hippolyte a été généralement reconnu pour l'auteur. Ces obscurités viennent sans doute do ce que ce livre était peu connu de l'antiquité, et qu'on n'y faisait guère usage que du dixième livre sans nommer l'auteur, comme a fait Théodoret. Le premier livre expose les systèmes philosophiques, où l'auteur place le point de départ des hérésies ; viennent ensuite les écoles des brahmes indiens, des druides celtiques et d'Hésiode. Le second et le troisième livres font encore défaut. Le quatrième traite de la magie, de l'astrologie et des divers systèmes de superstition ; le cinquième jusqu'au neuvième cite les doctrines de trentetrois hérétiques, parmi lesquels figure au neuvième hvre le pape Calixte ; l'aulenr termine par les écoles juives des esséniens, des pharisiens et des sadducéens. Le dixième livre est une longue récapitulation de l'ouvrage, qui se ferme par un coup d'œil sur la propagation du peuple de Dieu en Palestine (plus ancien, dit Hippolyte, que les Chaldéens, les Egyptiens et les Grecs), par la profession de foi de l'auteur, remplie d'erreurs, et par une exhortation à reconnaître le vrai Dieu '.
Quoique souvent d'accord avec saint Irénée et les auteurs grecs qui ont traité des hérésies, Hippolyte fournit souvent des données toutes nouvelles qui facilitent singulièrement l'intelligence des systèmes hérétiques : quelquefois même il les contredit directement ; aussi la publication des Philosophumena a-t-elle modifié bien des vues et des jugements. Cependant il ne faudrait pas exagérer la valeur de ces données nouvelles'.
Le cycle pascal d'Hippolyte, gravé sur sa statue, paraît avoir excité une attention particulière ; il disait que tous les seize ans Pâques retombait le même jour, ce qui est faux.
^ Voir sur les éditions de Duuker, Sclmeidewin et de Cruice (recensuit, latine versit, notis variorum suisque instiuxit, Paris , 1860), le docteur Nolte dans la Revue de Tabing., 1861 et 1862, avec diflPérentes corrections; sur celle de l'abbé Cruice, Krauss, dans la Reçue autr. de Ihe'ol. cath., 1862. Ont écrit sur Hippolyte : Morelti, Rome, 1752; Ruggieri, De Portuensi S. Hippolyli sede dissertât lo, Rome, 1771. Sur l'auteur même : Fessier, Hergenroetber, Dœllinger, Freppel, Le Normant, Cruice, Pitra, de Rossi, Armellini, Wordsword, Bunsen, Baur, Jacobi, Volkmar (Hipp. et ses contcmp. de Rome), Zurich, 18jj. Ces travaux ont élé appréciés par Dœllinger [Hipp. et Cal., ou l'Eglise rom. dans la prem. moilié du trois'ème siècle, Ratisb., 1833); par Hergenrœtlier, Hipp, ou Novatirn ? ànns la Revue autr. de théol. cath., 1863.
» Hilpenfeld, dans la Revue c'dée, 1862.
On a publié de nos jours, en d'excellentes éditions, ol attribué à Hippolyte les ouvrages suivants : Canones (38) S. Hippult/ti arabice e codicibiis romanis cum oersionp latina, annotationibus et prolegomenis, éd. Haneberg,Monach.,d870.Comp. TheoL Liter.-Blatt, de Bonn, 1870, n. 2.
Nous ne sommes pas bien certains que le SvvtaytJia xarà nadwv alpsffewv et le Aaêûptveo;', de même que le i;[i.iy.pô; ).a6ûpiv9o;^, soient d'Hippolyte; il ne nous semble pas qu'ils aient quelque rapport avec les Philosophumènes.
D'autres écrits d'Hippolyte sont entièrement perdus, tels que : iie/ji ©sov (?) /mi o-apx.o: àva(7Tâ(Tiw; (Jje Deo et caruis resurreclione) ; nspt t «yaOïO xai tto^ôv t6 Y.a-Ao-j i^Be bono et unde malum) ; d'autres n'ont pas même de titres certains : 'q.^rxL sic Trâo-a? r^a^âç (Odœ m omnes Scripturasj; peut-être no6; rrao-aç t«? xipi'jin (Adv. omnes hœreses). Les fragments d'un ouvrage contre Beron et Hélix (peut-être Karà Wcowo^ v.cn rj/r/twT-djv), Contre Beron et ses amis, sont évidemment apocryphes*.
Le style d'Hippolyte, un des meilleurs auteurs ecclésiastiques, n'est pas d'un atticisme bien piu- ; il est parfois guindé *. Cependant il appartient pour la forme aux meilleurs auteurs ecclésiastiques.
Doctrine d'Hippolyte,
1 . Sur la Trinité, il professait le subordinatianisme et se servait de la terminologie usitée avant l'apparition de l'arianisme. Pom' lui, le Logos n'est que la raison impersonnelle du Père ; par un acte de la volonté du Père, il est devenu une personne distincte, et Fils de Dieu par l'incarnation seulement. Voici peut-être l'expression la plus choquante de toute sa théorie du Verbe : « Si Dieu avait voulu faire de vous (ô homme 1) un Dieu, il l'aurait pu; vous en avez une preuve dans le Logos'. » Le Saint-Esprit, quoique nommé, n'est point une hypostase particulière ; de là vient que le pape Calixte a accusé l'auteur et les siens de dithéisme, Stdîoi ii-cz ' !
Hippolyte cependant maintient la Trinité et la prouve par ses opérations. A cette question rationahste : Comment le Père peut-il engendrer, et le Fils être engendré par lui ? il répond : « Vous ne sauriez expliquer vous-même ce qui s'est
< Photius, cod. 38. — » Théodoret, Hœrel. fab., iv, 3; cf. Euseb., HisL ecd., V, XXVIII. - ^ Dœlliuger, Ilippolyle, p. 318. — ' Voir des jugements aaciens et nouveaux dans Migne, série grecque, t. X, p. 381 -38i. — * Philosoph., X, XXXIII. — 5 IX, xu.
162 patroloCtIE.
passé dans votre génération ; vous qui voyez journellement l'effet parmi les hommes, vous ne sauriez expliquer le cominent, ni pénétrer l'art indescriptible du Créateur. Contentezvous de croire que l'homme est l'ouvrage de Dieu. Comment donc pouvez-vous vous enquérir de la génération du Verbe, que Dieu le Père a engendré comme il l'a voulu dans ses impénétrables conseils ? Ne "vous suffit-il pas de savoir que Dieu a créé le monde ; voulez-vous scruter encore comment il l'a créé ? Ne vous suffit-il pas que le Fils de Dieu soit apparu pour votre salut, si vous avez la foi ? Voulez-vous sonder aussi la manière dont il a été engendré de Dieu (et de la Vierge^ ? Contr. Noet., c. xvi.
2. De V Incarnation, il dit en termes non moins clairs et corrects : « Nous savons que le Verbe a pris un corps dans le sein de la Vierge et porté le vieil homme en adoptant une forme nouvelle ; il a parcouru dans sa vie tous les degrés de l'âge, afin de servir de loi à tous les âges'. » Il insiste principalement sur l'incarnation du Verbe et sur la réalité de son
corps, où /a-rà «avra^iav oîù' cùxh'tK y^youivo; avôowrro;^, et pOUr dépeindre ses travaux, il compare le Christ avec Adam : « Le Verbe premier-né cherche la première créature Adam dans le sein de la Vierge ; celui qui vit à jamais cherche celui qui est mort par la désobéissance; celui qui est du ciel appelle en haut celui qui est de la terre ; celui qui est libre a voulu parla servitude affranchir l'esclave '. » C'est pour la même fin qu'il est mort sur la croix, c'est pour racheter l'homme perdu*.
3. Voici comment il parle de la création : « Dieu n'avait rien qui lui fût contemporain, quand il résolut de créer le monde. Il nous suffit donc de savoir que rien n'était contemporain de Dieu, qu'il n'existait que lui". »
4. «■ L'Eghse, selon lui, est un vaisseau en pleine mer, ballotté par les flots, mais qui ne périt point, car il est dirigé par un pilote habile, Jésus-Christ. Avec le trophée de la croix du Christ, l'Eglise triomphe de la mort, et avec les autres moyens dont elle dispose, elle conquiert le monde*"'. » L'Eghse
' Philosoph., X, xxxiii. — * Cont. Noël., c. xvii. — > Serin, de canl. magn., ap. Theodoret., Dial. II; Migne, t. X, p. 866. - '* De Christo et antich-, c. iv. — ' Philosoph., X, xxxii ; Cont. XoeL, x. — "^ De Christo et antich . L!X
est aussi « une chaste épouse, à laquelle les hérétiques osent faire violence', d comme à une nouvelle Suzanne. Les ministres de l'Eglise sont les évêques, les prêtres et les diacres. Comme saint Irénée. notre auteur donne aiissi le nom de prêtres aux évêques'.
5. Hippolyte a quelques beaux passages sur le baptême et l'Eucharistie. Il nomme le baptême lea'.i jaillissante du salut : f« Le Logos est desc^^ndu vers l'homme pour le laver dans l'eau et dans l'Esprit : il l'a régénéré à l'incorruptibilité de l'àme et du corps, en lui inspirant l'esprit de vie et en le revêtant d'une armure impénétrable. — Celui qui descend avec foi dans ce bain de la régénération, renonce au mal et se dévoue à Jésus-Christ. 11 sort du baptême, resplendissant comme le soleil, des rayons de la justice •\ »
Eucharistie. « Chaque jour son corps précieux et immaculé est consacré et offert sur la table mystique et divine en souvenir de cette première table à jamais mémorable où fut célébré le mystérieux et divin repas. » Dans le commentaire de ces mots : Venite, comedite panem meum, il représente l'Eucharistie comme sacrifice : « Il a donné sa chair divine à manger, et son sang précieux à boire pour la rémission des péchés*. »
La législation de l'Eglise sur le mariage ressort nettement de Taccusation intentée à Calixte par Hippolyte, d'avoir outrepassé les bornes de la modération".
6. A ceux qui niaient la résurrection des morts, il disait : a Si vous croyez avec Platon que Dieu a fait l'àme immortelle, vous devez croire aussi qu'il a le pouvoir de ranimer le corps et de lui conférer l'immortalité ; rien n'est impossible à Dieu*'. ^> Sur ce point, comme d'autres auteurs avant et après lui, l'auteur est millénaire.
7. Dans son rigorisme outre, Hippolyte reprochait au pape Calixte d'offrir à tous les pécheurs la rémission de leurs péchés. Mais ici, comme à propos du Logos, c'est la doctrine du pape qui est restée orthodoxe ; de là les honneurs qui furent rendus à son tombeau dans les catacombes.
Voir dans Dœllinger {Hippolyte, p. 1 1 1), la justitication du pape Calixte
' Dan., XIII, IS, H. — • Dœllinger, Op. cit , p. -io9. — ' Hotn. in Tfieopfi., VIII et X. — * Fragm. in proc, ix. 1 ; Migne, série grecque, t. X, p. 626. — ' Dœllinger, Op. cit.. p. 1.58 et siiiv. — '' Decama unicersi, c ii et iii.
loi PATROLOCtIE.
contre les accusations d'Hippolyte. Cf. Ceillicr, e'd. t'•^ t. Il, p. 316: éd. 2% t. I, p. 607; Mœhler, PafroL, p îi8.
§ 30. Arehélans «lo Cascnr (vers 278). — Alexandre l^yeopolltes.
Archélaus, évêque de Cascar vers 278, et selon d'autres de Carrhes, en Mésopotamie, est connu pour sa discussion avec Manès (iMani ou Manichée), fondateur delà secte manichéenne et de la Gnose persane. Corbicius (Cubricus), un esclave affranchi qui prit dans la suite le nom de Manès, était en possession des richesses littéraires de Scythianus; familiarisé avec la philosophie grecque et avec le christianisme, il essaya de fonder, vers le milieu du troisième siècle, une nouvelle religion imiverselle, qu'il prêcha d'abord en Palestine. Mais il échoua.
Manès, appuyé par un bienfaiteur non dépourvu de culture, entreprit de développer ce système religieux et de le propager dans la Perse, sa patrie. Contrairement aux espérances qu'on lui avait fait concevoir, il ne parvint pas à convertir un prince persan, et fut jeté en prison. Il s'évada et se rendit à Cascar, en Mésopotamie, près d'un chrétien nommé Marcel, qui jouissait d'une grande notoriété. Il ne tarda pas à être connu de l'évêque de ce lieu, Archélaus. Celui-ci, désireux de s'opposer aux progrès de la nouvelle hérésie, offrit à Manès de disserter avec lui dans une conférence publique, à laquelle furent invités des savants de toute espèce, qui devaient être les arbitres du débat.
Nous avons encore les actes de cette controverse, Acta disputationis cum Mmiete hseresiarcha, la plus ancienne et sans doute la meilleur source à consulter sur le manichéisme. On ne sait pas au juste s'ils ont été écrits par Archélaus luimême, comme le veulent saint Epiphane' et saint Jérôme', ou si, comme le prétend Photius ', ils ont été d'abord rédigés en syriaque, puis traduits en grec. Saint Cyrille de Jérusalem'*, saint Epiphane' et Socrate" les connaissaient en grec; ils en donnent des extraits et attestent ainsi leur authenticité.
En dehors de ces fragments grecs, nous n'avons de l'ensemble qu'une version latine du cinquième ou du sixième
< De hxres., lib. LXVI, c. xxi. — « Calai, lxxh. — ' Biblioth., cod. 83. — * Catech., vi. — ^ Haeres.. LXVI, c. xxvi. — ® Hint. eccl.. I, ii.
LES POLÉMISTES tiRECS. — ARCHÉLALS. 165
siècle, altérée en bien des endroits, abrégée ou interpolée. Si Ion en juge par ses caractères généraux et par des substitutions de mots surprenantes, elle doit avoir été faite sur le grec.
Ces Actes offrent un tableau saisissant et agréable de la controverse. Ils commencent par des renseignements sur la personne de Manés et sur l'occasion de la controverse. On y trouve en outre une lettre de Manès et d'un de ses disciples sur les principales doctrines du manichéisme, ch. i-ni. Manès ouvre le débat en déclarant « qu'il est le Paraclet promis par Jésus-Christ pour purifier la religion chrétienne des superfétatious juives qui la défiguraient et pour la conduire à sa perfection. » Puis il développe sa doctrine des deux principes, de la lumière et des ténèbres. Ârchélaus la réfute avec une grande vigueur de dialectique, montre les contradictions palpables qu'elle renferme, sa futilité et sou inconsistance, et défie son auteur de pouvoir justifier d'une mission divine qui l'autorise à l'annoncer ^cli. m-xxxix).
Les juges s'étant prononcés contre lui, Manès se réfugia à Diodoris, non loin de Cascar, pour y entamer une nouvelle dispute avec le prêtre Diodore. Celui-ci, moins familiarisé avec la controverse, demanda à Archélaus des renseigements sur les rapports de l'ancienne loi avec la nouvelle, et fit un assez bon emploi des instructions qui lui furent adressées. Mais ayant entamé ensuite une discussion sur « l'incarnation du Verbe divin, » niée par Manès, il reçut fort à propos, car il se sentait mal à l'aise sur ce terrain, la visite d'Archélaus, qui remporta sur Maiiès une victoire aussi décisive que la précédente. Il lui prouva qu'en niant l'incarnation du Verbe, il niait également la résurrection et le dernier jugement, ainsi que la dignité et la liberté morale de l'homme.
Cette critique impitoyable a fourni dans tous les temps d'excellents matériaux pour réfuter et apprécier le système du manichéisme. C'est là, avec les renseignements qu'il donne sur la personne de Manès et sur sa doctrine , ce qui constitue la valeur do cet écrit, aussi intéressant qu'instructif. Uégémonius y a joint en appendice des détails sur la vie subséquente et sm- la fin tragique de Manès, qui fut écorché tout
vif (Ch. XL-XLV*).
' La première édition de ces Actes a été publiée d'après un manuscrit du Vatican, par Zacagni. dans les CoUectanea nwnum. vel. Ecoles, gr. el ht..
C'est ici le lieu de mentionner Alexandre , évêque de Lycopolis, dans la province égyptienne de la Thébaide. Il fut probablement le prédécesseur de l'évêque Mélèce, à la fm du troisième siècle. 11 avait été élevé dans la paganisme et fut quelque temps attaché au manichéisme. Après avoir reconnu la vérité de la doctrine -catholique et renoncé à cette secte, il devint évêque de Lycopolis [de là son sermon de Lycopolites), écrivit un traité Adversus mamchœorum placita, autre source importante à consulter pour la connaissance du système manichéen. On y désu-erait seulement un style plus clair et plus coulant ' .
§ 31. L'Ecole catéchctif|ae «l'itlexandrie.
Eusèbe, llht. eccL, V, x ; Quericke, De Schola quœ Alexandr. floruif r.atech.. Halle, 1824. Contre lui, sous le même titre : Hasselbach, Stettin, 1839; Jules Simon, Hist. de l'Ecole d'Alex., Paris, 1843; Vacherot, Hist. critiq. de l'Ecole d'Alexandrie, Paris, 1851, avec les observations de l'abbé Gratiy: Redepenning, Vie et doctrine d'Origéne, Bonn, 1841, p. o4 et suiv.
L'école d'Alexandrie, dont les origines sont controversées parmi les savants , parce qu'elle a été citée sous des noms divers, a exercé une influence considérable sur les progrès et principalement sur le caractère scientifique de la littérature chrétienne'.
Eusèbe ayant dit de cette institution qu'il nomme ^larotêii
qu'elle existait à Alexandrie « selon une ancienne coutume, » et saint Jérôme l'ayant fait remonter jusqu'à Jean-Marc, le fondateur de la chrétienté de cette ville, il est à croire qu'elle ne fut d'abord destinée qu'à l'instruction élémentaire des nouveaux chrétiens. Centre de l'érudition juive et païenne, foyer d'opinions philosophiques et d'hérésies nombreuses, Alexandrie sentit bientôt le besoin d'une institution scientifique qui
Rome, 1098. Fabricius l'a reproduite eu sou éùitiou Oper. S. HippoUjti. La meilleure el la plus complète édilion est de Gallandi, BiLliolh., t. III ; Routh., Relig. sacrse, éd. 2, t. V. Voyez aussi Maiisi, Collect conc, t. I.
^ Photius a le premier mentionné cet auteur dans son Epitonie de Manich. Voy. Montfaucon^ Biblioth. coisl., p. 34i. Au dix-septième siècle, Léon Allatius en donna quelques fragments, puis Conibélis le publia en entier dans son Auct. novissim. Biblioth. Patr., pars. II; de même Gallandi, dans Biblioth. vt'<. Pair., t. IV; Migne, sér grecq., t. XIII.
' Voy, Redepenning, p. 57, note 1.
LES POLÉMISTES GKECS. — L ÉCOLE DALEXANDRIE. 167
fournirait aux clercs et aux laïques chrétiens des moyens de défendre leur croyance contre les attaques des païeas et des Juifs, et contre les subtilités des hérétiques. Pour répondre à ces besoins multiples, on s'appliqua surtout à l'étude de l'Ecriture sainte et à l'exégèse. Grâce à ces elforts et aux hommes célèbres qui le dirigeaient, cet établissement théologique, qu'on continua d'appeler l'école catéchétique d'Alexandrie, prit un caractère accentué, une direction précise, qui provoqua bientôt, sur le terrain de la théologie scientifique, de nombreuses dissidences.
Pantène passe pour avoir été le premier chef de cette école savante. Né en Sicile, suivant une indication de Clément d'Alexandrie', partisan, dans sa jeunesse, des doctrines sto'iciennes*, converti ensuite par un disciple des apôtres, il s'apphqua avec ardeur à l'étude de l'Ecriture', jusqu'au moment où il fut nommé chef de cette école. Sa réputation de philosophe, de théologien et d'exégète se répandit au loin. Du fond des Indes (s'agit-il des Indes proprement dites, ou de l'Arabie du sud?) on exprima le désir d'entendre l'Evangile de sa bouche. Il s'y rendit avec l'agrément de Démétrius, son évêque, et on prétend qu'il y trouva l'Evangile de saint Matthieu en hébreu \ De retour à Alexandrie, il continua ses travaux jusqu'en 212, .suivant saint Jérôme; selon d'autres indices, il n'aurait déjà plus été là vers 202. On lui doit, outre ses leçons verbales, plusieurs commentaires sur l'Ecriture sainte, dont il ne reste que de maigres fragments'.
Il eut pour successeur , au troisième siècle , Clément d'Alexandrie, qui parle souvent de lui avec admiration, puis Origène, îléraclas, Denis le Grand, Pierius (le jeune Origène), AchiEas, Théognoste et Pierre le Martyr; au quatrième siècle, Didyme l'Aveugle et Rhodon. avec lesquels s'éteignit cette remarquable institution ^
' Slromal., I, i. - * Hier., Catalog., c. xxxvi; EuseJb., Hist., V, x. — ' Photius, Cod. 118. — * Hieron., Ep. lxx ad Magn. — ' Halloix, Vita Panlxni, p. 851 ; Ceillier, "2' éd., t. I, p. 233-239; Tillemont, t. III, p. 170; MœMer, PalroL, p. 399. — « Voyez Reischl, les derniers Maîtres de l'Ecole rhrt'tieniip d'Alexandrie, dans la Revue théol. d'Hildesheim, I80I, p. 29.3.
§ M. dénient d'Alexandrie (mort vers "211).
Cf. Notifia hist. litterar.inClein. Alex., dans Fabric, B<6Z. grœca, édit. Harless, t. Vil, et Pottev, Préface de son édition des Œuvres de Clément, Paris, 1715; réimprimés tous deux, avec les Testimonia vetei-um de Clémente, dans Migne, sér. gr., i. VlII.
Titus-Flavius Clemens, né vraisemblablement à Athènes, avait parcouru, durant le cours de ses études littéraires, tous les systèmes philosophiques et religieux , sans y trouver l'entière satisfaction qu'il y cherchait. Ce bonheur ne lui échut que lorsqu'il entendit les leçons de Pantène, chef de l'école d'Alexandrie. Désormais, « il passa du culte criminel du paganisme à la foi au divin Rédempteur et à la rémission des péchés. » Chrétien et prêtre de l'école d'Alexandrie, il conserva cependant le goût des études philosophiques, et, comme Justin, il retint de la philosophie païenne, de Platon surtout, tout ce qui lui parut compatible avec le christianisme.
Nommé successeur de Pantène par l'évèque Démétrius (quand?) il accrut encorda renommée de l'école d'Alexandrie. Obligé de prendre la fuite en 202, lors de la persécution suscitée par Septime-Sévère, il passa quelque temps à Flaviades, en Cappadoce, auprès de l'évèque Alexandre, son ami, qu'il suivit à Jérusalem, lorsqu'Âloxandre fut nommé coadjuteur de l'évèque Narcisse. Clément retourna-t-il à Alexandrie? Nous l'ignorons. Mort dans une haute vieillesse, vers 217, on lui a gardé un souvenir reconnaissant'. Dans l'Eglise orientale, il a été souvent qualifié de saint, et eu Occident Usuard la inséré dans son Martyrologe. Toutefois il ne figure pas dans la nouvelle édition du Martyrologe romain, publiée en 1731 sous Benoît XIV; les raisons en sont indiquées dans la bulle Postquam intelleximus, que ce savant pape a placée en tête.
De ses écrits nous possédons les suivants : Y Avertissement aux Grecs '; le Pédagorfue (trois livres), sorte d'introduction à la morale chrétienne ; les Stromates, ou Tapisseries (huit livres), examen approfondi des vérités de la foi, et enfin :
1 Voir des détails sur lui dans son Pédagogue^ II, x; dans ses Slromales, I, i; Eusèbe, Hist., VI, i, m, vi, xi, xiv; Prsepar. Erang., II, ni; Epiph., Hseres., XXXII, vi ; Hieron., Calai., c. xxxvni; Photius, Codex, 109-111' — » Voir plus haut, § 26.