‹ PatrologieChapitre 17 sur 143 · LES POLÉMISTES GRECS. — CLÉMEM' D ALEXANDRIE · texte numérisé non relu

LES POLÉMISTES GRECS. — CLÉMEM' D ALEXANDRIE

Quel riche sera sauvé? Quis dires salvelur? en quarantedeux chapitres.

Ce dernier écrit, plein d "attraits, est un commentaire pratique de ce texte évangélique : « 11 est difficile aux riches d'entrer dans le ciel '. » Un y trouve aussi la belle légende de l'apôtre saint Jean courant à la recherche d'un jeune homme égaré dans une troupe de brigands*. La (tonclusion de Clément est que le riche ne doit pas désespérer de sou salut, que la richesse peut même lui servir de moyen pour l'opérer, que tout dépend (comme le disait plus tard sainlJérôme ) si on en est le maître ou l'esclave ; que la perte du riche ne vient point de ses richesses, mais des dispositions avec lesquelles il les a possédées.

Le plus considérable de ses écrits perdus sont les Adiimbrafiones, explication de certains passages de l'Ecriture et de quelques apocryphes : ouvrage plein d'erreurs théologiques. au dire de Photius, et rédigé probablement à l'époque de sa conversion. D'autres ouvrages perdus traitaient du jeûne, de l'abstinence, de la calomnie, de la;M//e/2ce; il reste quelques débris de ses traités sur Yànie el sur la Providence. On regrette surtout la perte de De Paschate et De Canone ecclesiastico, qui roulent l'un et l'autre sur la fête de Pâques.

Le style de Clément est imagé, tour-à-tour obscur et difTus; peu logique dans sa méthode, il change souvent de sujet sans transition. Sa narration est souvent embarrassée par un surcroit d'éj'udition.

En essayant de poser les fondements de la science de la foi, Clément a pris ime place considérable dans la littérature chrétienne ; de là l'intérêt particulier qui s'attache à sou Pédagogue et à ses Tapisseries, et à ses vues sur les rapports de la philosophie avec le christianisme et la règle de foi. Il y a là, de plus, une richesse d'érudition qui devient quelquefois accablante. \J Exhortation aux Gentils, en douze chapitres ^ fut rédigée vers la fin du deuxième siècle. Saint Clément lui-même la

' Malt h., XIX, 21-21. — ' Eu grec, par Lindner, dans hibUolh. Pair, cccles. sélect., Lips., 1862. Edit. commenlariis iUustrata, par Segaar, Ultraj., 1816. Sur rinlerprétation arbitraire de ce traité, voy. Koessing, Le Jeune homme riche de l'Ecangile, Frib., 1868.

3 lu Op. Clemeut., éd. Potier, f. I; Migue, sér. grecq., t. VIII. Cf. Le Nnurry, Dissertatio i de cohortnUone ad qentes appanilus ad bibl max., l, I, et Migae, sér. greeq., t. IX, p. 797 et suiv.

mentionne au septième livre de ses Strofiiaies ; Eusèbe et d'autres auteurs en parlent également. Il débute par une belle et poétique comparaison, quoique trop délayée : « Une ancienne fable rapporte qu'Amphion de Thèbes et Arion de Méthymne étaient tellement habiles à chanter que celui-ci attirait les poissons et que l'autre faisait venir les pierres autour de sa ville et en avait formé un rempart. On dit même qu'Orphée, par sa musique, apprivoisait les bêtes féroces. Ces chantres, cependant, tout parfaits qu'il étaient, n'en ont pas moins amolli les hommes, implanté et affermi l'idolâtrie. Il n'en a pas été ainsi de mon chantre, qui était venu pour renverser en peu de temps l'empire des démons. Lui seul a apprivoisé les plus féroces animaux que nous connaissions, les hommes ; il a apprivoisé les animaux ailés, c'est-à-dire les hommes légers ; les animaux rampants, c'est-à-dire les voluptueux ; les lions, c'est-à-dire les hommes vindicatifs ; que disje ? il a ébranlé jusqu'à la pierre et au bois, je veux dire les hommes slupides et grossiers , car un homme plongé dans l'ignorance est plus insensible que le bois et la pierre, réalisant ainsi cette parole miséricordieuse du Prophète : « Dieu est assez puissant pour susciter des pierres des enfants d'Abraham» (cil. i).

Mon chantre, le Verbe divin, plus ancien que tous les chantres du paganisme, s'est toujours intéressé aux hommes séduits et rendus malbeureux parles démons. Il leur a d'abord envoyé des prophètes, puis il est venu lui-même pour les initier à ia vraie connaissance de Dieu.

Pour attirer les païens. Clément leur montre d'abord les inepties et les contradictions de leur mythologie, l'obscénité, et la cruauté du culte des dieux ; il cite les différentes espèces de religions, leur origine ; mais il leur montre surtout l'inanité de leurs mystères, et en cela il fait preuve d'une connaissance plus exacte de rcnsemble du paganisme que les précédents apologistes, si l'on excepte Arnobe (ch. u-iv).

De la religion, Clément passe à la philosophie des païens; plusieurs de leurs philosophes ont enseigné de Dieu des choses tout-à-fait absurdes, et les meilleurs eux-mêmes, Platon, Antisthènes, Cléanthes et Pythagore, n'ont que des doctrines insuffisantes et contradictoires (ch. v-viV Les poètes ont fait pis encore (ch. vu).

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