VIII, LXU: VIII. LXXXVI — ' VIII. LXVIII. — * XI. VUI. — * I, XLVI
192 LES POLÉMISTES GRECS. — ORIGÈiNE.
De prhicipiis, Wzoï àoyjiiv, nous n'avons que la version latine, très-souvent remaniée, de Rufin d'Aquiléc. Cependant il reste quelques passages de l'original, notamment dans la Philocalie, où saint Basile et saint Grégoire de Nazianze ont recueilli les plus beaux passages, et dans la lettre de l'empereur Justinien à Mennas, patriarche de Conslantinople'. Cet ouvrage, composé à Alexandrie avant 231, lui valut bien des inimitiés , à cause des nombreuses erreurs qu'il contenait, comme l'attestent unanimement Méthode, Eustathe, Théophile, Epiphane, saint Jérôme et Photius Rufin, son apologiste, le reconnaît lui-même ; car, tout en imputant ces erreurs aux hérétiques, il les corrigea dans sa traduction, el les tempéra à laide des autres écrits d'Origène. 11 est généralement admis qu'il y ajouta lui-même d'autres fautes. L'ouvrage traite de Dieu, de la Trinité et des anges (1" liv.); du monde, du Dieu de l'Ancien Testament, du bien et du mal, de l'incarnation et de la résurrection (2" liv.); du libre arbitre, des tentations, de la fin du monde (3'' liv.); de l'inspiration, de l'interprétation et de l'intelligence de la sainte Ecriture (4" liv.;.
La démonstration de la foi chrétienne suivant ce principe : Fides prœcedit intellectum, y est plus complète que dans Clément d'Alexandrie. Tandis que Clément se borne dans ses Stromates à indiquer le but, Origène essaie de coordonner en système, en face des théories des gnostiques, les enseignements positifs du christianisme : « Si quelqu'un, dit-il dans sa préface, veut enchaîner et ordonner en système les doctrines que je lui présente, il prendra pour principes des propositions certaines et indubitables, afin de juger de la vérité des autres et de faire un tout de ce qu'il voudra établir par l'Ecriture ou par des conclusions théologiques -. » Et il ajoute :
« A cause de la discordance qui existe sur des articles importants parmi ceux qui font profession de croire au Christ, il faut suivre comme règle certaine la prédication ecclésiastique transmise des apôtres par ordre de succession et persévérant jusqu'aujourd'hui dans les Eglises ; il ne faut croire vérité que celle qui ne s'écarte en rien de la tradition ecclésiastique et apostolique. — Mais cela, il faut l'admettre aussitôt et le
^ Voir le texte lalin à pari, souvent accompagné de fragments du texte grec, dans l'édition deRedepenning, Leips., 1830. * Citation du traducteur.
confesser d'une foi inébranlable. — Nous allons à l'instant même donner un exemple de ce qui est enseigné parmi nous, publiquement et décidément, d'après la doctrine apostolique.
» C'est d'abord qu'il existe un seul Dieu, qui a tout créé, tout fait et produit du néant, le même qui, depuis la première créature et depuis la création, est le Dieu de tous les justes : c'est le Dieu d'Adam, d'Abel, d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, des douzes patriarches, de Moïse et des prophètes.
» Ce Dieu, à la fm des temps, a envoyé Notre-Seigneur Jésus-Christ, selon ce qu'il avait promis longtemps auparavant par les prophètes, pour appeler d'abord Israël, puis, après avoir été repoussé par ce peuple, les gentils eux-mêmes. C'est ce Dieu juste et le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui a donné la loi, les prophètes et l'Evangile, et il est aussi pour cela l'Apôtre, le Dieu de l'Ancien et du Nouveau Testament.
» On enseigne de plus que ce même Jésus-Christ qui est venu parmi nous est né du Père avant toute créature. Après qu'il eut coopéré avec le Père à la création (car c'est par lui que tout a été fait), il s'est abaissé lui-même à la fm des temps et s'est fait homme. 11 s'est fait chair, lui qui était Dieu, et, devenu homme, il est resté ce qu'il était, Dieu. Il prit un corps semblable au nôtre, différent en ceci seulement qu'il est né de la Vierge et du Saint-Esprit, et cela véritablement et non-seulement en apparence, de même qu'il a souffert et est mort en réahté ; il est ressuscité solennellement des morts, a conversé de nouveau avec ses disciples, puis il est remonté au ciel.
» Enfin, les apôtres ont annoncé, avec le Père et le Fils, le Saint-Esprit, revêtu du même honneur et de la même dignité, bien qu'il ne soit pas absolument certain s'il est né ou s'il n'est pas né, s'il faut le tenir aussi pom' Fils de Dieu. C'est là ce qu'il faut, autant que possible, rechercher dans la sainte Ecriture, approfondir par l'étude et la réflexion. Mais une chose enseignée sans contradiction dans les Eglises, c'est que ce Saint-Esprit a inspiré chacun des saints apôtres et des prophètes, et que nul autre esprit n'a été dans les anciens ni dans ceux qui ont été divinement inspirés après la venue de Jésus-Christ.
0 D'après cela, on enseigne aussi que l'àme humaine a sa
nature et sa vie propre, et qu'à sa sortie de ce monde elle doit être récompensée selon ses œuvres : ou elle héritera d'une vie et d'une félicité éternelle, ou elle sera condamnée à la peine éternelle du feu, suivant qu'elle se sera signalée par ses actes ou rendue coupable par ses péchés. Viendra ensuite le temps de la résurrection des morls, afin que le corps qui maintenant est mis en terre pour la corruption et semé dans l'ignominie ressuscite dans la gloire.
» 11 est également établi par la doctrine de l'Eglise que l'âme est raisonnable, qu'elle est douée du libre arbitre et maîtresse de ses résolutions , qu'elle est en lutte contre le démon, ses anges et autres puissances ennemies, qui cherchent à l'enlacer dans le péché, mais que, si nous agissons avec sagesse et prévoyance, nous pouvons leur échapper; d'où il est aisé de conclure que nous ne sommes pas soumis à la nécessité, que nous ne sommes pas obligés en toutes choses de faire le bien ou le mal contre notre volonté, suivant ce qu'affirment ceux qui prennent le cours et le mouvement des astres pour la cause des actions humaines. Quant à l'origine de l'âme, à son commencement, rien n'est définitivement établi. La tradition ecclésiastique enseigne l'existence du démon, de ses anges et des puissances ennemies ; mais, quant à leur nature et à leur origine, elle ne s'explique pas trèsnettement. Cependant la plupart estiment qu'un ange, ayant apostasie, est devenu démon et a séduit plusieurs autres anges; c'est pour cela que maintenant on les nomme ses anges.
» On enseigne encore que le monde a été créé, qu'il n'a commencé que dans un temps déterminé et qu'un jour il sera dissous. Mais de savoir ce qui a été avant le monde ou ce qui sera après, on ne le dit pas généralement et avec précision.
» On enseigne en outre que la Bible a été composée pai' le Saint-Esprit, qu'elle n'a pas seulement un sens manifeste à tous, mais un autre sens qui est caché au grand nombre et n'est connu que de ceux qui ont reçu du Saint-Esprit le don de sagesse et de science.
» 11 est également de la doctrine de l'Eghse qu'il y a certains anges de Dieu et vertus excellentes qui l'aident à assurer le b)i)lieii.r dos hommes. Mais de savoir quand ils ont été
créés et de quelle nature ils sont, cela n'est pas marqué avec une suffisante clarté. De même on ne dit pas expressément si le soleil, la lune et les étoiles sont des êtres vivants ou inanimés. »
Ouvrages pratiques. — Lettres.
\. Traité de la prière, composé à la demande et pour l'usage de son ami Ambroise. Orig-ène y examine à fond la nature, les qualités, le lieu et le temps de la prière. Dans le commentaire ingénieux et profond du Pater, cette prière par excellence, l'auteur s'occupe uniquement du sens littéral. 11 est au nombre de ses meilleurs travaux d'exégèse. « La nature humaine, dit-il, n'est pas suffisante à chercher Dieu en quelque façon que ce soit, ni même à le nommer, si elle n'est aidée de Celui qu'elle cherche '. » Origène y réfute parfaitement les diverses objections qu'on élève contre la prière. Voyez ci-dessous.
2. VExhortation au martyre fut composée à l'occasion d'une nouvelle persécution soulevée par Maximin, quand les prêtres Ambroise, Protoctète et autres furent emprisonnés à Césarée. Il les encourage à renoncer à tout ce qu'ils ont de cher au monde et à remettre leurs destinées entre les mains de Dieu.
3. De sa vaste correspondance il ne reste que la Lettre à Jules Africain sur l'authenticité de l'histoire de Suzanne dans Daniel.
Nous n'avons que des fragments de quatre autres lettres.
\. Justification de ses études philosophiques; 2. plaintes sur l'altération de ses écrits; 3. lettre à Grégoire le Thaumaturge sur l'emploi de la philosophie grecque pour l'explication des saintes Ecritures et pour la théologie chrétienne : « Il faut, dit il, l'employer comme ces richesses que les Juifs avaient emportées d'Egypte et qu'ils consacrèrent à l'ornementation du temple, au heu d'en faire des idoles, comme avaient fait les Israélites dans le désert et comme font encore les hérétiques. >>
^ Cilation du traducteur.
i96 PATHOLOGIE.
Système d'Oric/ène.
Le système d'Origène, notamment dans le De principiis, renferme quantité de doctrines captieuses et évidemment erronées ; ce sont elles qui ont provoqué aux quatrième et cinquième siècles les controverses de l'origénianisme , qui se partagent en deux phases ; elles ont aussi donné lieu aux accusations d"arianisme et de monophysitisme, amené la condamnation réitérée de ses écrits ' et partagé de nos jours le sentiment des savants.
Déjà sur la Trinité il s'était énoncé d'une façon incorrecte en appelant le Fils une créatio/i^ du Père, expression qui sentait fort le subordinatianisme. On peut croire cependant qu'il n'a voulu désigner qu'un rapport de dépendance entre le Père et le Fils, d'autant plus qu'il s'énonce ailleurs en termes irréprochables. Selon lui, la subordination du Fils au Père ne regarde pas l'essence, comme dans Arius, mais l'origine ; car il place le principe non engendré au-dessus du principe engendré.
On lui reproche aussi ses opinions sur les rapports de Dieu avec le monde. Selon lui, la bonté de Dieu et sa force créatrice ne sauraient rester en , repos : il faut qu'il les manifeste incessamment en créant de toute éternité. Par là, il semble se rapprocher des gnostiques, bien qu'il n'admette pas avec eux que la matière vienne de Dieu par voie d'émanation. Lorsqu'il ajoute, en développant cette pensée, que Dieu a créé de toute éternité autant de mondes qu'il en pouvait créer et gouverner, il met des bornes à la toute-puissance divine.
Il croit que les âmes humaines existaient avant d'être unies au corps ; que, dans le principe, tous les êtres spirituels, anges, démons, âmes humaines, étaient identiques. S'ils diffèrent maintenant, c'est parce qu'une partie s'est détournée de Dieu. L'âme humaine du Christ n'est pas exceptée de cette loi : si elle a été unie à Dieu, c'est parce qu'elle l'a mérité. Jésus-Christ n'a pas été seulement le Rédempteur des hommes, mais encore du monde entier, et cette œuvre, il la continue dans le ciel.
< Voir sur les Quinze annthématisnies contre Origène VHisloire des conciles de Héfelé, 2* vol., p. 768. Cf. Alzog, Hisl. de l'Eglise, 8' édif., §§113 et ii± — > Huet, Oiiyeii., II, ii, n. 22. .
Les âmes déchues sont destinées à se purifier et à se spiritualiser de plus en plus dans leur union avec le corps ; si, à la mort, elles ne sont pas entièrement pures, elles seront exilées dans de nouveaux corps. Origène enseigne donc la métempsycose, bien qu'il ne fasse point passer les âmes dans des corps d'animaux, de même qu'il nie l'éternité des peines. Les démons eux-mêmes finiront par devenir bons et obtiendront miséricorde ; quand tout sera purifié, tout sera de nouveau uni à Dieu, et Dieu sera tout en tout. Dans ce système, on le voit, il n'y a point de place pour le dogme ecclésiastique de la résurrection. Origène croit aussi que les anges sont revêtus d'un corps.
De nos jours, Vincenzi ' a vainement essayé d'expliquer ou d'adoucir ces erreurs, en disant que les écrits d'Origène ont été falsifiés, que ses erreurs sont corrigées par d'autres passages orthodoxes, que la haine de ses ennemis a exagéré ses défauts. La vérité est que, dans la première période de sa vie, Origène était imbu des idées de Platon, et que, plus tard, il modifia plusieurs de ses opinions.
Origène, comme plusieurs écrivains religieux de son temps, était très-versé dans la philosophie des Grecs , notamment de Platon, et le néoplatonisme*, repris avec élan par deux de ses contemporains, Ammonius et Plotin, dut exercer sur lui une puissante influence. Génie éminemment spéculatif, enclin à surfaire la valeur des arguments philosophiques et rationnels, trop prompt à passer de la philosophie à la théologie, Origène courait grand risque de se fourvoyer la première fois qu'il tenterait de réduire en système la doctrine chrétienne, dans un temps surtout où bien des points, non encore fixés par l'Eglise, restaient soumis à la libre discussion ^. L'essentiel, toutefois, est que, dans ses ouvrages subséquents, nommément dans son écrit Contre Celse, il se soit exprimé en termes très-orthodoxes, même sur les points où il s'était autrefois hasardé ou trompé.
^ In s. Greg. Nyss. et Orig. scripta et doctr., nov. recens., Romse, 1864. — ' Cf. Michelis, Hist. de la philos., Braunsberg, 1863. p. 132.
' Les hérétiques, dit Rufin, avaient falsifié les Œuvres d'Origène. Origène lui-môme, saint Jérôme et l'auteur anonyme du Prxdeslinatus (lib. I, c. xxij), ayant fait la même déclaration, nous pouvons v ajouter foi.
On s'explique ainsi qu'il ait été accusé par des hommes tels que Méthodius et saint Jérôme, et justifié par des autorités également impartiales et compétentes, comme Grégoire le Thaumaturge, Pamphile, saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nazianze, etc. En tout cas, il ne fut jamais formellement hérétique et se montra toujours attaché à la doctrine de l'Eglise ' : « Tandis que plusieurs croient que leurs opinions sont conformes à Jésus-Christ, et que quelques-uns ont des idées contraires à la croyance des ancêtres, il faut maintenir intacte la prédication ecclésiastique transmise des apôtres par ordre de succession et conservée dans l'EgUse jusqu'à ce jour. Il faut tenir uniquement pour vrai ce qui ne s'écarte en rien de la tradition ecclésiastique et apostolique'. » « Pour nous, dit-il en parlant du dogme de la résurrection, nous restons inébranlable dans la doctrine de Jésus- Christ*. »
Doctrines d'Origène.
\ . Origène démontre l'origine surnaturelle du christianisme par la rapidité de son extension, qui ne pouvait être obtenue par des moyens humains, et par le nombre prodigieux des miracles et des prophéties. Sa défense de la vie de Jésus- Christ contre Celse est également traitée au point de vue hisrique * .
2. Origène soutient, en divers endroits, contre les railleries des païens, que la foi est nécessaire à tous, même aux savants ; mais, à l'exemple de Clément, il exagère quelquefois la valeur de la science : « Ceux qui ont reçu le don de la gnose, ou sagesse, ne vivent plus dans la foi, mais dans la claire vision ; les hommes spirituels n'habitent plus dans le corps, mais dès ici-bas ils sont auprès du Seigneur '. »
3. Sur la Trinité et sur le Verbe : « Nul n'est immuable, sans commencement ni fui , nul n'est créateur de toutes choses que le Père avec le Fils et le Saint-Esprit. Examinons de quels puits mystérieux la sagesse nous apprend qu'il n'y a qu'une fontaine. 11 me semble que la connaissance du Père non engendré en est un, et que la connaissace de son Fils
' Voir les cinq propositions d'Halloix, S. J., dans Vincenzi, 1" vol., Prolog., p. xi-xiir, pour l'appréciation d'Origène. — ' De princip., I, ii, 5. — » Cont. Cels., V, xxii. — * Voir les preuves au § 26, n. 22. — = T. XIII. In Joan., c. lu.
unique en est un autre ; car le Fils est autre que le Père, comme il le dit lui-même dans rEvangilc. On peut regarder comme un troisième puits la connaissance de l'Esprit saint ; car il est autre que le Père et le Fils, suivant cette parole de l'Evangile : Le Père vous enverra un autre Paraclet, l'Esprit de vérité. La distinction des trois personnes revient donc à la pluralité des puits, mais ces puits n'ont qu'une source ou fontaine, car la substance et la nature de la Trinité est une'. »
4. Si l'on excepte Tertullien , aucun des auteurs qui ont écrit avant le concile de Nicée n'a fait ressortir aussi nettement l'intégrité de la nature humaine en Jésus-Christ, dans son corps et dans son àme, ainsi que Schwane l'a démontré sans réplique dans son Histoire des dogmes, t. I, p. 328 et suivantes. Selon Origène, l'àme de Jésus-Christ est le traitd'union, le lien du Verbe avec le corps matériel. Elle est apte d'une part à entrer en union intime et vivante avec le Verbe, et d'autre part à informer le corps et à le vivifier'. A cette objection de Celse, que les chrétiens adorent un Dieu qui s'est laissé prendre comme un homme vulgaire et est mort sur une croix, Origène répond que, dans la personne du Seigneur, il faut distinguer ce qui est humain et ce qui est divin, que l'incarnation ne préjudicie ni à lïmmutabihté ni à la présence du Verbe en tout lieu. D'après cela, il soutient également que le Christ est capable de souffrir, en ajoutant « qu'il a tout fait, non à cause de lui, mais à cause du genre humain et des créatures raisonnables *. » Dans son Commentaire sur saint Jean, i, 29, il remarque : « C'est parce qu'il est la victime qu'il devient notre Sauveur par l'efTusion de son sang, en nous remettant nos péchés passés, et cette rémission, parle moyen de la foi, devient personnelle à chaque fidèle \ » Origène est moins clair et moins explicite sur l'union des deux natures en Jésus-Christ. Cependant il explique assez bien qu'après l'union du Verbe divin avec le corps humain né de la Vierge Marie, les deux ne font qu'un, iv, qu'ils ne constituent en
^ In Exod. (Substit. du trad.)
* Hœc ergo substantia animae inter Deum carnemque mediante (non enim possibiie eiat Dei naturam corpori siue medialore miscerij nascilur, ut diximus, Deus homo iila substantia média esistente, cui utique contra naturam non erat corpus assumere (De princip., II, vi, 3).
3 Contra Cels., VII, xvii, et XI, ix-xxxiv. — ^ Comment, in Epist. ad Rom., lib. VIII, n. 8.
quelque sorte qu'un même esprit : Taûra Sï fd-iit-j, ou ^jwpîÇovTcj
Tov uîôv ToO 0£oû Ùttô toO 'lïjfToO ' £v yàp ^c/licrzoc xarà t-àv oïxovopîav yîyévïjrat Trpôç tôv Xôyov toO ©îoO v; -^u^^ /.ai tô «TwfAa 'I/jo-oO /. t. )>.'. Mais il
parle avec beaucoup plus de clarté de la communication des idiomes (application à une seule personne des attributs des deux natures), dont la doctrine ne devait être fixée que plus tard*.
5. Origène offre d'intéressants détails sur la rédemption. Il n'y voit pas seulement, comme les gnostiques, un moyen plus parfait d'enseigner la vérité, de fournir au monde un exemple de vertu plus accompli. 11 la considère surtout comme une satisfaction destinée à effacer la dette qui pèse sur l'humanité et à réconcilier les hommes avec Dieu par le don de la grâce. Le point culminant à ses yeux, c'est la mort du Seigneur, attestée par l'Ecriture et l'enseignement de l'Eghse. Le Fils de Dieu, en mourant pour les hommes, s'est chargé de leurs fautes et a déchiré la cédule de leurs péchés. Celse objectait que ce genre de mort était indigne du Fils de Dieu. Origène répond : " Si l'on considère en Jésus-Christ la divinité qui réside en lui, tout ce qu'il a fait comme Dieu est saint et nullement indigne d'un Dieu. Mais en tant qu'il était homme, qu'il était uni au Verbe et participait à sa sagesse, il a souffert tout ce qu'il a dû souffrir comme un sage et un parfait, lui qui a tout fait, non pour lui, mais pour le genre humain et pour la créature raisonnable. Il n'est donc pas absurde de dire qu'un homme est mort, que sa mort n'est pas seulement un exemple qui nous excite à la vertu, mais encore la cause originelle et toujours agissante qui nous délivre du péché et du démon, lequel s'était assujéti le monde entier \ »
Toute faute exige, tant que Dieu dans sa justice ne la considère pas comme non avenue, une satisfaction volontaire qui y soit proportionnée, un sacrifice ; de là vient que le sa-
* Contra Cels., II, ix.
* Unde et merito pro eo vel quod tota (anima Christi) essetin Filio vel totum in se caperet Filium Dei, et'am ipsa cum ea quam assumpserat carne, Dei Filius et Dei virtus Christi et Dei sapientia appellatur, et rursum Dei Filius per quem omnia creata sunt, Jésus Chrislus et Filius hominis nominatur ... et hac de causa per omnem Scripturam tam divina natura hominis vocabulis nominatur quam humana natura divinse nuncupationibus insignibus decoratur {De princip., II, vi, 3).
' Contra Cels., VII, xvii.
LES POLÉMISTES GRECS. — ORIGÈNE. ÎOl
criflce expiatoire de Jésus-Christ est devenu pour le genre humain d'une nécessité conditionnelle. Les sacrifices de l'ancienne loi étaient incapables de la produire; ce n'étaient que des moyens propres à exciter dans le peuple le besoin, le désir d'un sacrifice plus parfait, de le préfigurer. Ce sacrifice, c'est la mort sanglante de l'Homme-Dieu sur la croix'.
6. Quand Celse attaque l'éternité des peines, Origène ne l'accuse pas de mal entendre cette doctrine ; il se borne à la justifier : « Ceux qui sont infidèles à Jésus-Christ, dit-il, tomberont dans le feu éternel, qui est d'une autre nature que celui dont nous nous servons. Car le feu dont se servent les hommes (remarquez cette expression) n'est pas éternel; il ne dure pas même longtemps, mais s'éteint bientôt. Il est éternel, au contraire, ce feu dont parle Isaïe, lorsqu'il dit à la fin de ses prophéties : « Leur ver ne mourra point et leur feu ne s'éteindra jamais '. »
7. Sur la résurrection, Origène s'exprime ainsi : « Qu'on le croie bien, nous ne sommes pas de ceux qui, tout en se disant chrétiens, rejettent ce dogme attesté par l'Ecriture. » Puis il ajoute, après avoir expliqué le texte de saint Paul, I Cor., XV, 36 : « Nous admettons dans toute son étendue la doctrine de l'Eglise et la promesse du Christ, et nous soutenons qu'elle est possible ^. »
8. Dans le Commentaire sur l'Epître aux Romains, il combat la doctrine de Basilide sur la métempsycose; mais luimême, outre l'opinion dichotomique et trichotomique, en admet une troisième, selon laquelle l'àme, une dans sa substance , se composerait de diverses parties ^. Il ne dit pas laquelle de ces opinions il choisit, et laisse au lecteur le soin de se décider'.
9. Ses idées sur l'Eucharistie, souvent enveloppées d'interprétations allégoriques et mystiques, et voilées pour des raisons de disciphne, ne sont pas sans quelque difficulté. Il voit dans la Pàque des Juifs une figure de Jésus-Christ. Dans les paroles de l'institution, il trouve un sens mystique et symbolique, et dans la communion un symbole du festin nuptial céleste. Ailleurs, il se rapproche davantage de la précision
' Voy. Schwane, Histoire des dogmes, t. I, p. 335 et suiv. — * Comment, in Matth., n. 72. — ' Contra Cels., V, xxii. — * De princip.. III. iv. — 5 Schwane, Hist. des dogmes, !'"■ vol., p. 448.
dogmatique : « Ne vous étonnez pas si le Christ est lui-même le pain et s'il mange le pain avec nous ; la parole de Dieu est toute-puissante '. » « Si vous montez avec lui pour célébrer la Pàque, il vous donnera à la fois le pain de bénédiction, son corps, et vous offrira son sang*. » « Ne craignez-vous pas de recevoir le corps du Christ en vous approchant de l'Eucharistie*? » « Dans l'Eucharistie, nous sommes véritablement nourris de la chair du Christ \ » « Vous qui avez accoutumé d'assister aux mystères, vous savez avec quelle précaution et quel respect vous recevez le corps du Seigneur, de peur qu'il n'en tombe la moindre parcelle ^ » Il est donc nécessaire de se purifier le cœiu% afin d'éviter le châtiment de Judas ". » Sur l'acte même de la consécration, il s'exprime ainsi : <( Rendant grâces au Créateur de toutes choses, nous mangeons avec prière et actions de grâces les pains offerts, devenus par la prière un corps sacré qui sanctifie ceux qui le reçoivent avec pureté \ »
Dans Origène, l'Eucharistie, en tant que sacrifice, ne peut se déduire que de la comparaison établie entre les sacrifices païens et les pains de proposition de Tancienne loi *.
40. Origène établit un certain rapprochement entre la pénitence et l'extrême-onction. Dans la deuxième homélie sur le Lévitique, il se fait l'objection suivante : « La condition des anciens semble avoir été meilleure que la nôtre, puisque les pécheurs offraient plusieurs sortes de sacrifices pour la rémission de leurs péchés. » Il répond : « Un chrétien pour qui Jésus-Christ est mort doit être soumise une disciphne plus sévère ; cependant, afin que vous ne trouviez pas là une cause de désespoir, mais plutôt un encouragement à la vertu, on vous a appris quels sacrifices on offrait sous la loi pour les péchés ; entendez maintenant par combien de moyens les péchés sont remis sous l'Evangile. » Et après avoir cité le baptême, le martyre, l'aumône, le pardon, la conversion du prochain, l'amour de Dieu, il ajoute : « Il y a encore un septième moyen, bien que dur et pénible, c'est la rémission des péchés par la pénitence, quand le pécheur arrose son lit de ses
' Comm. in Matih , n. 86. — ' In Jerem., hom. xviii, n. 13. — ' in Ps., hom. II, n. 6. — * In Num., hom. vu, n. 3. — ^ In Exod., hom. xiir, n. 3. — «/n ps. XXXVII, hom. ii, n. 6. — ^ Conl. Cels., VIII, xxxili. — ' Probst, Qrigène sur l'Euchar. RevuQ de Tubiag., i864.
larmes, quand il s'en nourrit nuit et jour et ne rougit pas de confesser ses péchés à un prêtre et de lui en demander la guérison. » Et comme la qualité du prêtre aide beaucoup aux dispositions des pénitents, Origène veut qu'on choisisse pour médecin spirituel celui qui convient le mieux à l'état de l'âme, qui se prius et erucUtum medicum ostenderit et miser icordem. On s'ouvrira à lui sans réserve, et on s'abandonnera tout entier à sa direction '. Origène voit dans la rémission des péchés l'accomplissement de cette parole de saint Jacques : « Quelqu'un d'entre vous est-il malade, quil appelle les prêtres de r'Eglise : ils prieront sur lui et l'oindront dhuile au nom du Seigneur, et la prière de la foi le sauvera, et s'il a des péchés ils lui seront remis. »
11. Sur la prière : « Il est impossible, dit Origène, de bien prier ou d'enseigner à prier sans la grâce divine. » « Nous ne savons point comment nous devons prier, dit saint Paul, mais c'est l'Esprit de Dieu qui prie en nous avec des gémissements inexprimables'. » « Que ferai-je donc? Je prierai d'esprit et je prierai d'intelligence'; » car notre intelligence ne saurait prier, si elle n'écoute en quelque sorte prier avant elle l'Esprit « qui scrute tout, même les profondeurs de Dieu. » Cette faiblesse de la nature était bien sentie de ce jeune homme qui, quoique instruit dans la synagogue, disait à Jésus-Christ : « Seigneur, apprenez-moi à prier \ »
Ambroise lui avait demandé une réponse à cette objection de quelques impies : « Si Dieu prévoit tout et si tout arrive comme il le prévoit et le préordonne, il est inutile de prier. » Origène répond : « Dieu de toute éternité n'a pas conçu l'homme autrement que comme un être libre qui se tournerait vers lui par la prière. » « La prévoyance n'est pas cause qu'elles arrivent; elles n'arrivent point parce qu'il les prévoit, mais il les prévoit parce qu'elles doivent arriver » [De orat., cap. v). Selon lui, le lieu le plus convenable pour prier avec fruit, c'est l'église, la société des hommes et des anges [ibid., cap. xxxi). Chaque prière doit commencer et finir par la doxologie de la Trinité'; elle doit se faire aussi en élevant les yeux et les mains ou en fléchissant les genoux. « Avant d'élever les mains au ciel, il faut y élever son âme, et avant d'y lever les
' Hov\. II m ps. xxxvn, n. 6. — ' Rom., vin, 2a. ~ ' I Cor., xtv, 13. - ♦ De oral., cap. ii.
yeux, il faut élever son esprit à Dieu ; car il n'est pas douteux qu'entre toutes les attitudes du corps, l'extension des mains et l'élévation des yeux ne soient préférables à tout autre pour les dispositions de l'àme qui doivent répondre à la prière ; et parce que la génuflexion est aussi requise quand on s'accuse de ses péchés et qu'on en demande à Dieu guérison et pardon, on doit savoir que cette position est la marque d'un cœur humble et contrit. » Et il renvoie à Philip., n, 10, De orat., cap. XXXI.
Origène a de beaux passages sur l'efficacité de la prière : « Que de choses chacun de nous ne peut-il pas raconter des effets de la prière, s'il veut montrer qu'il garde un souvenir reconnaissant des bienfaits de Dieu? Des âmes qui avaient été longtemps stériles et sentaient leur aridité, ont, fécondées par l'Esprit, enfanté des paroles de salut, pleines de la vision de la vérité. Que de fois elle a confondu les puissances ennemies, qui voulaient anéantir notre foi divine! — Que d'autres se confient en leurs charriots et en leurs coursiers, nous, nous invoquons le nom du Seigneur notre Dieu, Ps. xx, 8, et Texpérience nous apprend qu'un coursier est un moyen de salut inutile. Souvent aussi ceux qui se confient en la prière ont dissipé les préjugés qui aveuglaient plusieurs de ceux-mèmes qu'on estime chrétiens, et pouvaient les jeter dans le trouble. Combien de personnes éprouvées par de terribles tentations n'en ont pressenti aucun dommage et en sont sorties intactes, sans même être atteintes par la fumée d'une flamme ennemie ! Et, ne puis-je pas le dire aussi : combien n'en a-t-on pas vus qui, livrés aux bêtes furieuses, aux malins esprits et à des hommes cruels, les ont fait taire par leurs prières, en sorte que leurs dents ne pouvaient pas nous toucher , nous qui sommes devenus des membres de Jésus-Christ. Nous savons que plusieurs qui s'étaient écartés des commandements du Seigneur et étaient déjà dans l'abîme de la mort, ont été sauvés par la prière de la pénitence» {De orat., cap. xiii). « Prions donc sans relâche, poursuit-il avec l'Apôtre, c'est-à-dire unissons comme il convient la prière aux œuvres, car les œuvres forment une partie de la prière ; alors la vie tout entière des fidèles ne sera plus qu'une seule et immense prière » {ibid., cap. xu).
12. Intercession des saints : « Ce n'est pas seulement le grand-pontife (Jésus-Christ) qui prie avec ceux qui prient
véritablement, mais encore les anges, qui, dans le ciel, ont plus de joie de la pénitence d'un pécheur que de quatrevingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence. Les saintes âmes de ceux qui sont morts intercèdent aussi auprès de Dieu pour les fidèles par leurs puissantes prières'. » A leuitour, les fidèles qui sont sur la terre les honorent, mais d'un culte qui diffère de l'adoration qu'ils rendent à Dieu'.
La meilleure édition d'Origène est celle des bénédictins Charles et V. De la Rue, Paris, i74.3, 4 vol. in-fol.; réimprimée in-S" par Oberthur, Collect. Pair. grœc. t. VII-XXI ; éd. Lommatzsch, Berol., 1832, 23 vol., avec l'Oral paneger. de Grég. le Thaum., l'Apologie de Pamphile, la Pliilocalie. Les Otigeniana de Huet, dans Migne, sér. gr., t. Xl-XVII. Cf. Tillemont, t. 111; Ceillier, t. Il; Thomasius, Origène, append. àl'hist.des dogm., Nurnb., i837;Redepenning, Origène, sa vie et sa doctrine, Bonn., 1841, 2 vol.; Mœhler, Patrol., p. 48o; Borner, Histoire des progrés de la doctrine sur la personne dit Christ.
% 34. Amis et ennciuis d'Orig>ône.
I. Grégoire le Thaumaturge (^Théodore) naquit à Néocésarée, dans le Pont, de parents nobles, mais païens. Comme il se rendait à Béryte, en Phénicie, pour y étudier le droit, il passa par Césarée. Captivé par les prévenances d'Origène, dont il avait fait la connaissance, il demeura auprès de lui avec son frère Athénodore, et étudia pendant cinq ans la théologie et la philosophie, sauf une interruption nécessitée par la fuite d'Origène en Cappadoce , sous la persécution de Maximin, pendant lesquels Grégoire continua ses études à Alexandrie, où il est probable qu'il reçut ensuite le baptême.
Avant son départ , Grégoire prononça le Panégyrique d'Origène \ où il expose la manière dont son maître enseignait la philosophie et la théologie '. Grégoire s'est illustré lui-même par son ardeur pour la science et sa reconnaissance envers son père spirituel, avec lequel il s'était identifié ; de même qu'Origène, devinant la future grandeur de son élève, s'était senti puissamment attiré à lui.
L'importance de ce discours nous détermine à en donner ici quelques extraits.
« C'est une belle chose que le silence, belle souvent pour
' De orat., cap. xii, inilio; Contra Ceh., VIII, xxxiv. — * Conlra Cels., V, IV — ' Ed. Bengel, grœc. et lai., Slutlg., 1722. — 'Voir plus haut, § 33.
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les autres et aujourd'hui pour moi, qui jusqu'ici, tantôt volontiers, tantôt malgré moi, ai tenu ma bouche fermée. Car je suis mal habile aux discours ornés et sans doute peu apte par nature à composer un beau discours en grec. De plus, il y a huit ans déjà que je n'ai ni écrit ni débité un discours long ou court, que je n'ai entendu prononcer un panégyrique public. Une autre raison encore devrait m'imposer silence : je me propose de parler d'un homme qui est bien un homme, en effet, et qui en a les apparences, mais qui semblera comme revêtu d'une parure divine à ceux qui sont capables de comprendre la grandeur de son caractère. Je voudrais aussi qu'il me fût possible de rendre à Dieu de dignes actions de grâces pour m'avoir donné pour maître un si grand homme. Cela passe les forces humaines, les miennes surtout.
» Heureusement, ô mon cher maître, vos qualités ne sauraient être ni amoindries ni dénaturées. Ce qui est divin demeure immuable et surtout ne peut souffrir d'un discours faible et insuffisant. D'autre part, cependant, l'ingratitude me semble un crime énorme, et dans le cas présent ne pas essayer au moins d'exprimer par des paroles sa reconnaissance pour do si grands bienfaits, serait d'un homme tout-à-fait indigne et privé de sentiments. Il est noble, au contraire, il est généreux de faire effort pour marquer sa gratitude, dût-on rester bien au-dessous du mérite. Pour éviter autant qu'il se peut cet inconvénient, nous allons remettre le soin de nos éloges et de nos actions de grâces au Roi et au Maître de toutes choses, à la source de tout bien, afin qu'il aide ici encore notre faiblesse et rachète notre insuffisance, àl'évèque de nos âmes (I Pierre, u, 2o), qui est la vérité même. C'est lui, du reste, qui a toujours été mon chef et mon guide ; c'est lui qui, sans parler d'autres bienfaits innombrables, m'a mis en relation avec cet homme (Origène), car nous n'étions pas rapprochés par les liens du sang et de la patrie, qui sont d'ordinaire loccasion de l'amitié et de l'union. Ce fut, au contraire, par une providence vraiment divine qu'il nous unit ensemble. J'étais alors en voyage, conduisant ma sœur à son époux, quand je rencontrai ce docteur sublime, qu'un destin particulier avait transporté d'Egypte à Césarée.
)) Dès le premier jour, il s'efforça par tous les moyens possibles de m'atlacher à lui. surtout en comblant d'éloges la
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philosophie et les amis de la philosophie, disant entre antres choses : Sans la philosophie, il est à peine possible de se montrer parfaitement reconnaissant envers le Maître de toutes choses, et ceux-là seuls mènent une vie honnête et raisonnable qui ont d'abord appris à se connaître eux-mêmes, et aspiré vers les seuls biens qui soient dignes de l'homme. Il flétrissait également l'ignorance comme un grand mal. Je puis à peine redire maintenant avec quelles paroles enchanteresses il m'animait à l'étude de la philosophie. Il arriva ainsi que mon frère et moi nous demeurâmes près de lui, retenus par un attrait supérieur, bien qu'une pareille étude ne fût pas dans notre dessein; c'est à tel point que j'oubliai toutes les autres choses, toutes les autres études, ma patrie même et mes proches. Une seule chose me semblait grande et digne d'amour : la philosophie et son maître, cet homme divin. « Le cœur de Jonathas était étroitement uni au cœur de David, » ce ne fut que plus tard que je compris bien cette parole de l'Ecriture sainte. Quand je lisais ce passage, je l'appliquais aussitôt à mes relations avec lui. — Ce David me retenait par des Mens irrésistibles et m'enchaînait sans relâche.
» Dans son enseignement, il procédait à la façon d'un laboureur qui, voulant féconder un terrain couvert de pierres et de sable, ou d'épines et de buissons, s'applique d'abord à le déblayer. Il nous reprenait aussi d'une manière toute socratique, tantôt modérant notre zèle, tantôt stimulant notre ardeur. Quand il nous avait ainsi disposés à recevoir la vérité, c'est alors seulement qu'il jetait la première semence dans une terre bien préparée et nous conduisait dans toutes les parties de la philosophie : psychologie, logique, dialectique, physique, mathématiques, géométrie, astronomie, philosophie morale, avec sa doctrine des vertus divines qui nous rendent semblables à Dieu et nous conduisent au bonheur véritable. Il ne se bornait pas à nous initier à quelque sy.stème philosophique, il nous faisait parcourir tout le domaine de la philosophie, afin que nous ne fussions étrangers à aucune des idées philosophiques de la Grèce. Mais il avait soin de choisir ce qui se trouvait de vrai et d'utile dans chaque philosophe, éhminant tout ce qui était faux et pouvait conduire à l'immoralité. Sous ce dernier rapport, il nous conseillait de ne nous arrêter à aucun philosophe, fùt-il célébré comme I9
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plus sage, mais de tenir pour vraie la parole de Dieu et des prophètes. C'est ainsi qu'il nous introduisait dans un jardin qui était une sorte de paradis, oui, vraiment, un paradis de délices.
» Mais comment dépeindre le zèle avec lequel il nous instruisait dans la théologie et dans le respect de Dieu. Il nous exhortait à nous familiariser avec toutes les révélations qui traitent de Dieu et du monde, car il était soucieux de nous voir courir quelque danger dans le plus nécessaire de tous les objets, la connaissance de la cause première de toutes choses. En nous expliquant les prophètes et en éclaircissant les endroits obscurs et énigmatiques, comme il s'en rencontre beaucoup dans la sainte Ecriture, il le faisait comme s'il eût été en commerce avec le Saint-Esprit, dont ces livres émanent. Nul, en effet, ne comprendra bien un prophète, si l'Esprit même qui a prophétisé ne lui donne la connaissance de ses paroles.
» Lorsqu'un homme au cœur insensible et incrédule se trouvait près de lui, désireux de s'instruire , il apprenait presque malgré lui à s'attacher à la vérité et à marcher dans les voies de Dieu. Mais finissons ce discours, où j'ai parlé avec trop de hardiesse de celui dont j'aurais dû me taire; du moins, me suis~je efforcé de lui rendre grâce de toutes mes forces et de tout mon cœur. »
Puis, interpellant Origèùe lui-même : « Pour vous, père bien-aimé, levez-vous, et que votre prière accompagne notre départ. Tant que nous avons été près de vous, vous nous avez conduits au salut par vos saintes doctrines. Remetteznous, recommandez-nous, ou plutôt rendez-nous à Dieu, qui nous a conduits à vous, afin qu'il nous envoie un bon guide, un ange qui nous accompagne. Mais priez-le aussi qu'il nous ramène près de vous, ce sera notre meilleure consolation. »
Quelques éloges qu'on ait faits de ce discours sous le rapport de la forme, il pèche souvent par une trop grande abondance de paroles. Saint Grégoire, après son départ, continua ses relations avec Origène, comme on le voit par la lettre citée, p. 195.
Nommé , après une longue résistance , évêque de Néocésarée par Phédime, évèque d'Amasée et métropolitain du Pont, saint Grégoire manifesta dans l'exercice de sa charge le don des miracles à un si haut degré que ses contemporains
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eux-mêmes lui décernèrent le titre de thaumaturge. Quand il entra dans son diocèse, il n'y trouva que dix sept chrétiens ; à sa mort (en 270) il n'y avait plus que dix-sept païens.
De ses productions littéraires, nous possédons encore :
:2. Le Symbole ou Exposition de la foi, Exôeo-tç ttittcw;, dont saint (Grégoire raconte ainsi l'origine : J'avais passé toute la nuit à méditer, lorsque je vis paraître un vieillard vénérable, accompagné d'une femme (la Mère de Dieu) entourée de lumière. J'entendis que cette femme exhortait le vieillard à me découvrir le mystère sublime de la Trinité, que je consignai aussitôt par écrit. 11 est ainsi conçu ;
« Il n'y a qu'un Dieu, Père du Verbe vivant, de la sagesse subsistante, de la puissance et du caractère éternel; parfait générateur d'un parfait; Père d'un Fils unique. Il n'y a qu'un Seignem-, seul d'un seul, Dieu de Dieu, caractère et image de la Divinité ; Verbe efficace , sagesse qui comprend l'assemblage de toutes choses, et puissance qui a fait toutes les créatures; vrai Fils d'un vrai Père, Fils invisible d'un Père invisible , Fils incorruptible d'un Père incorruptible. Fils immortel d'un Père immortel, Fils éternel d'un Père éternel ; et il n'y a qu'un seul Saint-Esprit, qui tient son être de Dieu, et qui, par le Fils, s'est manifesté aux hommes; image du Fils, parfaite comme lui; vie, cause des vivants; source sainte, sainteté qui donne la sanctification, par qui est manifesté Dieu le Père, qui est sur tout et en toutes choses, et Dieu le Fils, qui est par toutes les choses. Trinité parfaite, sans division ni changement en sa gloire, en son éternité et en sa souveraineté. Il n'y a donc dans la Trinité rien de créé, rien d'esclave, rien de survenu, c'est-à-dire rien qui, n'ayant pas été d'abord, soit survenu ensuite. Le Père n'a donc jamais été sans le Fils, ni le Fils sans le Saint-Esprit ; mais la Trinité, toujours la même, est immuable et invariable. »
Saint Grégoire introduisit ce symbole dans son Eglise de Néocésarée, et l'autographe en existait encore du temps de saint Grégoire de Nysse. Macrine, grand'mère de ce dernier et de son frère aîné saint Basile, fut instruite d'après ce symbole et l'apporta à ses neveux de Cappadoce. 11 obtint un grand crédit. Il est cité par saint Grégoire de Nazianze, saint Basile de (lésarée, saint Grégoire de Nysse, par le concile œcuménique de Constantinoplo et par (iermain. patriarche de