‹ PatrologieChapitre 21 sur 143 · AUTEURS LATINS · texte numérisé non relu

AUTEURS LATINS

§ 36. SEInucc Félix ; son dialogue Octavius (vers 166 ou 180).

La réimpression la plus complète est celle de Migne, sér. lat., t. I-Vl. Cf. Bœhr. Littérat. chret. rom., 2 vol., Carlsr., 1836.

Nous plaçons Félix en tète de la littérature chrétienne chez les Latins, contrairement à l'usage général des anciens historiens, qui assignent le premier rang à ïertullien. On ignore s'il était originaire d'Afrique ou d'Italie ; le premier semble plus probable. Il était encore païen quand il arriva à Rome, où il exerça la profession d'avocat, qu'il poursuivit après sa conversion '. C'était probablement sous le règne d'Antonin et de Marc-Aurèle; et son Octavius ou Dialogiis christiani et ethnici disputantium, date sans doute de l'an 166, ou de 180, s'il y fit usage de la Supplique d'Atliénagore (vers 177), suivant ce que prétend Ebert.

Déjà dans le siècle dernier, Rœsler disait dans sa Bibliothèque des Pelles de l'Er/iise : « Je dois l'avouer, plus j'avance et moins je suis convaincu que Y Octave soit une imitation de V Apologétique de Tertullien. » Russwurm, dans son édition d'Hambourg (i86i), Meier^ et Niebubr^ s'étaient, à raison du style, prononcés pour l'ère des Antonins'. Le Suisse Murait, éditeur de YOctave'% après avoir, dans son Commentatio de Felicis setate, comparé notre dialogue avec \ Apologétique, a prouvé irréfragablemcnt l'antériorité de VOctave. Plusieurs

' Voy. Lactance, De jiist. di>-in., Y, i; Hieronyiii., Caldl., lviii ; tn Eijist. LXX (là Magnum, n. 5. — * Cvmment. de Min. Fel'ce, Tut., 1824. — * Opuscules, II, 56. — ^ Aiiii. Maï, d'accord avec ces auteurs, a supi)Osé (d'après les chapitres ix et, xxxi de ÏOclave) que le Ciecilius du dialogue est ie même que celui qui est nommé dans une lettre de Fronton {Op. Front., Rome, 1823, p. 336). Cf. van Hoven, Ep. ad Gerhard Meermann de œlale Min. Felic, in éd. Lindn., § H. C. Rœren, Minuciana, Pro.2;r. v. Bedbourg, i8S9. Ebert dit que. dans son Apologéli(/ue. Tertullien a profité de VOctave. (Voy Rapport de Tertullien arec Min. Félic, Leips., 1868. — ■ Av'ec une préface d'Orelli, Turic, 1836.

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autres signes intrinsèques confirment cette opinion, que Ebert et TeufTel considèrent comme irréfragable. Ce passage, par exemple : Id ctiam Cirtensis iwstri lestaiur oraiio (c. ix), rappelle évidemment un auteur qui écrivait du temps de Fronton, ou peu de temps après. Nous trouvons, nous, d'autres arguments dans la grande simplicité du stylo de VOctave, dans l'absence des citations bibliques, remplacées par des textes, des arguments, des passages parallèles tirés du De natura deorum et du De fato de Cicéron, du De sttperstiiioîie el De providentia de Sénèque. La forme dialoguée est empruntée du De natura deonmi, et le christianisme défendu par Octave remplace le stoïcisme. Voy. Bcehr, VOctave de Miniichis Félix, dans ses rapports avec le De natura deorum de Cicéron, Géra, 1870; Faber, De Min. Fel, Nordhus.. 1872. De plus, le style de \ Octave est tellement supérieur au style âpre et souvent incorrect de Y Apologétique, que Murait a dit avec raison : 3Iaj'ore etiam quam Lactantius jure christianus Cicero dici poterit Minucius.

Le païen Cécilius et le chrétien Octave, s'étant rencontrés près de l'idole de Sérapis, se provoquèrent à un duel littéraire et prirent Félix pour arbitre du débat. Cécilius commence et apporte à la défense du paganisme ce ton passionné, cet esprit haineux qui distinguent les accusateurs vulgaires du christianisme, et qu'on trouverait à peine dans Celse'.

Il est aisé de voir, dit CéciUus, que tout dans les choses humaines est douteux et incertain, ou plutôt qu'il n'y a de certain que le hasard. Et puisqu'il en est ainsi, le meilleur est de s'en tenir, en fait de religion, aux traditions anciennes qui ont fait la grandeur de Rome et de l'empire romain. Il ne peut voir sans indignation que des ignorants qui n'ont ni teinture des lettres, ni connaissance des arts les plus vulgaires, osent détruire ou énerver cette religion des ancêtres, si antique, si utile et si salutaire. « Peut-on voir sans gémir une faction criminelle et désespérée s'emporter contre les dieux, former une conjuration profane en ramassant la he du peuple le plus bas et le plus ignorant, se confédérer par des assemblées nocturnes, des jeûnes solennels et des repas inhumains? Nation qui cherche les ténèbres et fuit la lumière,

' Voir surtout ch. viil-xi.

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muette eu public, parleuse en secret. Ils regardent les temples comme des tombeaux, crachent contre les dieux et se moquent des sacrifices, tandis qu'ils adorent un homme qui a été puni du dernier supplice pour ses crimes, et le bois funeste de la croix. Une telle engeance mérite d'être maudite et entièrement extirpée. » Puis- il renouvelle avec un redoublement de haine les accusations surannées d'athéisme, d'inceste, de festins de Thyeste, qu'on trouve à peine dans Celse lui-même. Il se moque surtout de ce qu'il appelle les mystères absurdes du christianisme.

Après une interlocution, Octave commence la défense du christianisme avec un calme, une dignité, une force de conviction remarquable'. 11 démontre qu'il n'y a qu'un Dieu, créateur du ciel et de la terre : « N'est-il pas évident que le Dieu, auteur de toutes choses, n'a ni commencement ni fin, qu'il donne à tout l'existence, mais qu'il garde pour lui-même l'éternité ; qu'avant qu'il y eût un monde, il était un monde à lui-môme, qu'il crée tout par sa parole, ordonne tout par son intelligence, perfectionne tout par sa vertu. »

Il prouve qu'il est absurde de persévérer dans l'ancienne superstition populaire, que le christianisme est une institution divine éminemment salutaire, et que les accusations lancées contre lui n'ont point de fondement. Que l'on considère seulement les sentiments de pudeur et le mépris de la mort qui distinguent les chrétiens. «.N'est-ce pas un spectacle digne de Dieu qu'un chrétien luttant avec la douleur, se mesurant avec les menaces, les supplices et les tortures, bravant et les terreurs de la mort et l'aspect farouche des bourreaux, manifestant sa liberté contre les rois et les princes, et ne cédant qu'au seul Dieu à qui il appartient? Victorieux et triomphant, il se rit du juge qui le condamne ; car il a vaincu, en effet, celui qui a obtenu ce qu'il désire » (ch. xxxvuj.

« Vous nous reprochez d'être pauvres, de souffrir les infirmités du corps : ce n'est pas là une peine, c'est une milice ; nous sommes éprouvés dans les périls comme lor dans la fournaise. »

Il y a dans ce dialogue une absence étonnante de liaison entre les pensées, surtout chapitre xxi et suivants, ce qui a fait supposer à plusieurs que le texte avait été interpolé'.

' Ch. xvi-xxxviii. — ' Voy. flalmii edil.. p. 18 et seq.

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(lécilius, sans attendre la sentence de l'arbitre, félicite son ami chrétien de la victoire qu'il vient de remporter, et il ajoute : « Je félicite mon cher Octave et moi-même; nous avons triomphé lun et l'autre : lui de moi. moi de l'erreur. » Tous s'en retournèrent satisfaits.

Cet intéressant dialogue est avant tout une réfutation des attaques et des erreurs du paganisme, im appel en faveur de l'idée d'un Dieu unique contre le polythéisme absurde et immoral, une démonstration de la vie éternelle. On n'y voit aucune trace d'une démonstration de la doctrine chrétienne. La Trinité, Jésus-Christ, le baptême et les autres sacrements, les textes même de la Bible manquent complètement. Aussi, dit Ebert, ]\Iinuce n'apparait guère que comme un Sénèque chrétien. C'était là probablement le meilleur moyen de préparer au christianisme les païens cultivés qui avaient entièrement renoncé aux polythéisme éhonté et à la rehgion désespérante de leur patrie. A ce point de vue, Minuce Félix était éminemment propre à marquer le début de la littérature chrétienne chez les Latins.

Chez Tertullien, au contraire, nous trouvons un emploi universel des textes de l'Ecriture et une explication de la plupart des dogmes du christianisme. Il convient donc, avant de l'aborder, de parler de la version de la Bible dont il s'est servi.

L'édition princeps de .Minuce Félix est de Rome, 1743, avec les Œuvres d'Arnobe. Les meilleures éditions ultérieures sont indiquées par Teuffel, jusqu'à celle de Murait; Œhler, [jps., 1847; Kaiser, Paderborn, 1S63; Hurler, Opuacula seleda, t. XV; Migne, sér. lat., t. 111. I.a dernière édition critique est de Halm; Vindebon.. 1867. Nous ne parlons pas des traductions,

§ 37. B'radiiclion latiue «le la Bible : rifaliiiue, la % ulg-ale.

P'rilzsche, article Vulgate, dans ï Encyclopédie de Heizog, t. XVII, p. 422-460. Kaulen, Histoire rie la Vidgate, Mayenoe, 1868.

Parmi les travaux les plus importants et les plus féconds en résultais de la littérature chrétienne en Occident, il faut compter la version latine de la Bible. Avant Jésus-Christ, la première translation de l'Ancien Testament, celle des Septante, fut !e moyen tlruit se s«Mvirent. dans le monde grec cultivé,

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la plupart des meilleurs esprits, pour se familiariser avec les idées de la révélation et se préparer aux enseignements du Messie. Quant à la version latine, elle fut pendant des siècles, et dans une mesure beaucoup plus large, l'intermédiaire de la parole de Dieu pour les peuple.^ de l'Occident romain et germanique. Elle eut une. part essentielle à la formation de la langue liturgique et de la littérature chrétienne.

Dans l'origine et la formation de la version latine de la Bible il faut distinguer deux époques :

I. L'époque anlérkure à saint Jérôme, l'époque de la versw?! italique.

Les premières traces d'une version latine de la Bible se trouvent dans Tertullien (vers l'an 200 de Jésus-Christ). Quand et comment cette version est-elle née, les savants ne sont pas d'accord sur ce point. Selon quelques-uns, tels que Hug, Wiseman , Lachmann . Fritzsche , elle aurait pour patrie l'Afrique proconsulaire, parce que le besoin d'un pareil travail y était plus sensible qu'à Rome, où la langue grecque était encore généralement connue dans les premiers siècles du christianisme. On allègue aussi en faveur de son origine africaine le caractère même de la langue ' .

D'autres, tels que Richard Simon, Gams, Kaulen, lui assignent pour berceau la capitale du monde, Rome, et croient qu'elle n'est guère postérieure à la fondation de la première communauté chrétienne de celte ville. Composée en grande partie de chrétiens appartenant à la classe inférieure et demeurée étrangère à la langue grecque du peuple, cette communauté réclamait une version latine des saintes Ecritures, soit pour le culte public soit pour l'usage domestique. Ici encore, le principal argument qu'on invoque en faveur de l'origine romaine de cette version , c'est le caractère de la langue, qu'on trouve identique, dans ses éléments essentiels, avec l'ancienne langue populaire des Romains (lingua rustica)\

' Rœiiscli, l'Italique el la Vulgate, Marbourg et Leips., 18(59; 2' édition, Î87I; du in^'iTie : le Xorceau Testument de Tertullien restittif' aussi complèlemei.t que vc^xUile au moyen de ses c'crils, Lips., 1871.

' Kaul«u, Histoire de la Vulgate, p. 100 et suiv.. el son Manuel de la

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On ne convient pas davantage sur la question de savoir s'il y eut de bonne heure une ou plusieurs versions latines. Saint Jérôme en connaît une qu'il désigne par les termes de vêtus, antiqua, usilata, coimniinis, etc. Saint Augustin semble eu admettre plusieurs, De dnctr. christ., II, u, et donne la préférence à Tltaliquo, parce qu'elle se rattache plus étroitement à la lettre du texte et donne un sens plus net : In ipsis autem intcrpretationibus Ilala cœteris prœferatur, nom est verborum tenacior cum perspicuitate sententies, loc. cit.

Ceux d'entre les modernes qui n'admettent qu'une seule version, AYiseman, Lachmann, ïischendort", Vercellone, etc., croient que les expressions de saint Augustin s'appliquent à des travaux préparatoires, à des recensions différentes de l'unique et primitive version d'Afrique, dont celle qui fut faite en Italie se distinguait tout particulièrement. D'autres, tels que John, Hug, Scholz, Fritzsche, Rœnsch, etc., admettent plusieurs versions indépendantes les unes des autres.

Les Ecritures de l'Ancien Testament n'avaient pas été traduites de l'hébreu, mais sur la version des Septante, fort estimée des chrétiens, qui sen servaient beaucoup ; le texte de celte versijn, xotvrj l'ziîofftç, était celui-là même qu'on employait dans le temps qui a précédé Origène. Cet original, con.sidérablement altéré par l'efiet d'un long usage, avait été traduit littéralement avec tous les idiotismes du dialecte grec employé par les Septante. Ce latin , évidemment , n'est pas le latin classique; il forme le noyau de la latinité dégénérée qui avait cours pendant l'ère impériale, avec un fort mélange de la « langue rustique. »

Grâce à la diffusion rapide et universelle du christianisme en Occident, celle version fut bientôt aux mains d'un grand nombre de lecteurs; les besoins journaliers obhgèrent d'en faire de nouvelles copies, de là les fautes nombreuses qui se glissèrent dans le texte. Les lecteurs essayaient de les corriger chacun selon ses idées et souvent d'une manière tout-à-fait arbitraire, notamment ceux qui pouvaient consulter l'original grec. 11 s'ensuivit bientôt un état de choses à peine suppor-

Val^alc, p. 870. Les deux opinions s'appuient sur saint Augustin, De docl. cU)'isl.,n, et interprètent ces mots : primis fidei lempor.bas. so;t du la i)i"emière propagation du christianisme eu Afrique, soit du temps de la première communauté chrétienne de Rome.

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table, ainsi que le remarque saint Augustin. 11 y avait presque autant de textes diflerents que d'exemplaires, dit saint Jérôme : Tôt swit exemplaria pœne quot codices \ et à la fin du quatrième siècle, on réclamait de toutes parts qu'il fût mis un terme à ces inconvénients *.

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