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II. Travaux de saint Jérôme

Le pape Damase confia cette tâche importante à un docte prêtre du nom de Jérôme, qui se rendit à Rome sur son invitation. C'était la seconde fois qu'il faisait ce voyage ,2%^). Ses travaux en ce genre sont de trois sortes :

1. En 383, il corrigea d'abord les Evangiles, puis les autres livres du Nouveau Testament, daprès d'anciens manuscrits du texte grec. De l'Ancien Testament, il revit les Psaumes sur les meilleurs manuscrits de la version latine. Quant à l'original grec, xoivfl iV.ooTi;, il ne le consulta qu'en passant, cursim, et pour le coUationner. Cette correction avait poiu' but de supprimer les fautes qui altéraient ou dénaturaient le sens. Four le reste, afin de ne pas choquer les esprits, il garda autant que possible la forme du texte primitif ^

2. Saint Jérôme quitta Rome en 384 et alla se fixer à Jérusalem. 11 y entreprit une nouvelle révision du Psautier, en prenant pour base le texte des Hexaples d'Origène et en consultant l'hébreu *.

' Aug., Epist. Lxxi. Hieronymi Prsefat. in Evang. ad Datnasum.

'De celte ancienne version latine (appelée à tort italique, et plus exactement velus latinn), il subsiste encore de nombreux restes. Ils ont été recueillis par P. Sabatier, Biblior. sex versiones antiqiiœ latinae, Bern., 1743-1731. D'autres fragments de l'Ancien Testament ont été publiés depuis par Munter (1819), Ranke (18oG, 1868-1871), Vogel (1868), Vercellone (1860 et suiv.), Fritzsche (1867), de la bibliothèque d'Asht»urnham (1868), etc.; du Nouveau Testament, par Bianchini (1749), Fleek (1837), Tischendorf (1847), Periani (1861), Ranke (1872).

2 Le texte de celte révision, en ce qui concerne le Nouveau Testament, devint le texte de la Vulgale ecclésiastique, et le texte des Psaumes fut immédiatement employé par les églises de Rome dans l'office liturgique (de là son nom de « Psautier romain »). 11 fut généralement usité à Rome jusqu'à saint Pie V, et on s'en sert encore aujourd'hui dans l'église de Saint-Pierre. Il est conservé au psaume xciv des Matines du Bréviaire, et dans plusieurs versets du Missel.

* Cette révision fut aussitôt adoptée dans les Gaules comme texte liturgique (de là son titre de Psalterium gallicanum], et elle a passé dans notre Vulgale.

AUTEURS LAXmS. — TRADUCTION DE LA BIBLE. 225

Il traita de la même façon tous les autres livres de l'Ancien Testament. Ce travail, achevé en 391, fut reçu avec une grande faveur en Occident, surtout par saint Augustin, d'autant plus que l'original, les Septante, jouissaient d'une haute considération, même dans l'Eglise latine, et que plusieurs, notamment chez les juifs grecs, le tenaient pour inspiré.

Malheureusement, le but principal qu'on s'était proposé dans tous ces travaux, restituer aussi bien que possible le texte latin et le fixer définitivement pour l'usage général, ne fut que partiellement atteint. Les corrections furent souvent accueillies avec défiance ; les procédés arbitraires des copistes continuèrent et ne firent qu'empirer, car on avait maintenant plusieurs textes différents et on confondait entre elles les nouvelles copies. Saint Jérôme se décida donc à un nouveau travail.

A Bethléem, malgré son âge avancé, il avait pris des leçons d'hébreu et de chaldéen auprès de maîtres juifs, s'était familiarisé avec les traditions de leur école et avait acquis, en parcourant le pays, des connaissances exactes sur la géographie, la topographie, etc., de la Bible.

3. Muni de ces ressources, il commença vers 390 à traduire l'Ancien Testament sur l'original même. En 405, il avait achevé tous les livres proto-canoniques et deux livres deutérocanoniques (Tobie et Judith). Ce nouveau travail, conçu selon les vrais principes de l'herméneutique, ni trop littéral ni trop libre , rédigé en un latin correct , fut reçu avec éloges et reconnaissance par les hommes compétents de l'époque, et aujourd'hui encore il est reconnu comme supérieur à toutes les anciennes versions pour l'exactitude et la fidélité *.

Bans le principe, il est vrai, il rencontra aussi de nombreux et violents adversaires, tel que Rufin; ils allèrent jusqu'à accuser saint Jérôme d'avoir falsifié l'Ecriture et ne négligèrent rien pour entraver la propagation de son ouvrage, qui ne s'accrédita qu'à la longue.

Pendant plus de deux siècles, l'ancienne et la nouvelle tra-

< Plusieurs exégèles protestants, de Wette, Hupfeld, Keil, Delitzsch Zœckler, Fritzsche, lui rendent le môme témoignage. «La traduction de la Bible par saint Jérôme, dit Raumer, contribua beaucoup, par sa supériorité, à rendre aux générations à venir le retour au texte primitif moins nécessaire. Elle reste, malgré ses savantes faiblesses, une œuvre étonnante. » Voy. Influence du christianisme sur l'ancien allemand, Stutlg., iSi.'i, I.— PATROLOGIE. 15

diiction furent employées Tune h côté de l'autre, et souvent au détriment des deux. Il en était encore ainsi au temps de saint Grégoire le Grand', qui recommandait et employait la nouvelle, comme étant la meilleure. Son ami Léandre, archevêque de Séville, l'introduisit dans son diocèse, et son frère Isidore déclare qu'elle . est universellement employée en Espagne'.

Plus tard, Rhal»an Maur et Walafried Strabon en disaient autant pour leur pays et leur époque'. Ainsi, cette fois encore, le bien avait triomphé à la longue par sa propre vertu. Le travail de saint Jérôme, déprécié d'abord par des adversaires inintelhgents et envieux, devint la version vulgaire, la version authentique de l'Eglise. Ce titre lui fut de nouveau confirmé dans la suite, et elle a reçu, de préférence à toutes les autres versions latines de la Bible, le titre de « version authentique \ n

§ 38. Terfallicn (mort vers 2i0j.

Cf. Vita TertuU. et Prolegom. in Opéra Tertul., de Pamelius, Le Nourry, etc.; Migne, sér. lat., t. I; OEhler, Opéra TertuU. , t. III.

Quintus-Septimius-Florens Tertullien, païen, naquit vers J60, probablement à Carthage. Il joignait à des talents exceptionnels une grande fermeté de caractère. Son père, centurion romain, le fit élever dans les lettres ; mais, original comme il l'était, il n'en fut pas moins son propre maître et se voua à l'étude du droit romain et à l'éloquence judiciaire. Sa science ne le préserva pas du désordre, mais la constance des martyrs et l'évidence de la vérité le tirèrent enfin du bourbier

^ Novam translationem edissero, sed ut comprobationis causa exigit nunc novam, nunc velerem per testimonia assumo, ut quia Sedes opostolica utraque utilur, mei quoque labor studii ex utraque fulciatur. Prsefat. in Job.

' Hieronymi presbyteri editione generaliter omnes Ecclesiae usquequaque ulunlur. De offic. eccles., I, xii.

' Rab. Maur., De instit. cleric, u, 54. Walaf. Slrab., Prsef. glossse ordinariae : Hieronymi translatione nunc ubique utilur Iota romana Ecclesia, licet non in omnibus libris. Et ipsius translatio merilo cœlerisautefertur, quse est verbonim tenacior et perspicuitate sententite clarior.

* Le titro de Vulgate donné à la version latine date du treizième siècle. On croit que Roger Bacon est le premier qui ail appelé exemplar vulgatum le Correclorium senonense. Voy. Kaulen, Hi.<it. de la Vulgale. On sait que la qualification « d'authentique » lui a été décernée par le concile de Trente, Session iv.

OÙ il croupissait, el, parvenu déjà à la maturitô de l'âge, il n'hésita plus à embrasser le christianisme (en 193). Ordonné prêtre à Carthage ou à Rome (il est sur du moins qu'après sa conversion il séjourna quelque temps à Rome), il donna à l'Eglise occidentale un écrivain éminont et l'un de ceux qui eurent la plus longue influence, en la défendant victorieusement contre les attaques des païens, des juifs et des hérétiques '.

La vigueur morale qu'il a déployée dans cette lutte s'était élevée jusqu'à une sorte de stoïcisme chrétien, et c'est là probablement la cause de son passage au montanisme (vers 202*). Désormais, il réalisa dans sa vie et dans ses travaux ce que Montan et ses prophétesscs annonçaient en termes obscurs et mystiques. On suppose' qu'il retourna encore au cathoHcisme, car peu de temps après, saint Cyprien témoignait une grande estime pour ses écrits ; l'Eglise elle-même les honore d'une façon particuhère, et, à part ses vues montanistes, eUe en a fait un grand usage *. Tertullien mourut à un âge avancé, vers 240 (et suivant quelques-uns vers 220, ce qui n'est pas probable).

Son style se ressent de la raideur et de l'âpreté de son caractère, et nul écrivain n'a mieux justifié que lui ce proverbe : Le style, c'est l'homme. Rarement aussi on trouvera réunis ailleurs une impétuosité aussi vive, une dialectique aussi claire et aussi puissante, une éloquence aussi victorieuse, unie à tant de sel et de causticité mordante. Si le latin ca?'thagiîwis des Africains était déjà rude et peu intelligible,

'Voir des détails sur lui dans Eusèbe, Hist. eccL. Il, ii ; III, xxiii, XXXV ; Hier., Ep. lxxxiii ad Magnum: Calai., c. lui.

' Nunc per Paraclelura justitia componitur in maluritatem [De virg. veland., c i). — ^ Aug., De hoeres., c. lxxxvi.

♦ Voici des preuves certaines de son montanisme. Il loue les prophéties de Montan, de Maximille et de Priscille ; il approuve la pratique de laisser les femmes prêcher et baptiser; il condamne absolument les secondes noces, la fuite dans la persécution, la communion accordée à ceux qui sont tombés, sans parler de ses sorties contre les catholiques. Sur la difficulté de séparer les écrits de la période monlaniste des écrits de la période catholique, voir Hesselberjr, Vie el écrits de TerlulL, Dorpat, 1848; cf. XJlhorn, Fiindam. chronol. Terliill., Gotting., 18o2. On peut très-bien admettre que son passage au montanisme se fît progressivement, car il parle encore de lui-môme comme d'un membre de l'Eglise catholique dans des ouvrages remplis de propositions montanistes. Ce n'est que dans trois écrits, De pudiriUa, De monogamia et De jejunio, qu'il déclare aux catholiques qu'il est hors de leur communion.

le latin de Tertullien, qui s'efforçait de rendre les idées chrétiennes et ses vues originales par des expressions nouvelles et forcées, devait présenter souvent d'étranges obscurités. Tertidlianus creber est sententiis, dit saint Jérôme, sed difficilis in eloquendo '. Et ailleurs, parlant de son point de vue dogmatique : De Tertulliano- quidem nihil amplius dico quam Ecclesise hominem non fuisse, in Helvidium.

On ne peut mieux caractériser l'influence, bonne ou mauvaise, de Tertullien et de son époque sur les époques suivantes, qu'en le comparant à Origène, ainsi que l'a fait Vincent de Lérins, au chapitre xxiv de son Commonitorium : « Tel qu'Origène chez les Grecs, on peut le regarder chez les Latins comme le prince de nous tous. Où trouver, en effet, un homme plus docte que lui, plus versé dans les choses divines et humaines? Son merveilleux génie embrasse toute la philosophie, toutes ses sectes, tous ses auteurs, toutes leurs disciplines, tous les événements et toutes les sciences. Il a presque autant d"idees que de mots, et toutes ses idées sont des victoires. »

Ses ouvrages, qui embrassent tous les horizons de la vie chrétienne, révèlent en même temps de grandes connaissances en histoire, en jurisprudence, en philosophie, en physique et en archéologie. Tertullien savait aussi le grec, mais ses ouvrages en cette langue, de même que plusieurs de ses écrits latins, sont perdus. Son Apologétique et quelques-uns de ses autres ouvrages furent bientôt traduits en grec.

Sa carrière littéraire s'étend de 196 à 230; malheureusement, et c'est un point quïl ne faut pas oublier quand il traite du dogme, il n'a composé comme catholique que la moindre partie de ses écrits. Voici les ouvrages qui appartiennent indubitablement à la période montaniste : Ad Scapidam, De corona. De fuga in persecutione, Scorpiace, De exhortatione

' Pour aplanir les difficultés de langage qu'offre la lecture de Tertullien, Scliûtz et "Winlerdorf ont joint à leur édition de Tertullien un Index laiinUai'is Terlulliani. De nos jours Rilter {Revue de Bonn, par Braun et Achtorfeld, 8' livr.) et Hildebrand [Annales archtol. de lahn, iMo], ont publié des travaux sur le caractère des auteurs d'Afrique, et surtout de Tertullien. G. Engelhardt, Tertullien écrivain {Rev. hist. et Ihéol. de Iligen. 18û2). Nous devons aussi à Tertullien les termes de substance, trinité, satisfaction, sacrement, qui ne tardèrent pas à passer, avec un sens précis, dans la langue de l'Eglise. V. Sclimidt, De lalinitate TertulL, Erlangen.

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castitatis, De monoqamia, De pudkitio, De jejunio, De virginibus velandis, Adversus Marcionem, Adversus Valejitinianos, Adversus Praxeam, De carne Christi , De resurrectione carnis, De anima.

Parmi ses autres ouvrages, les uns datent évidemment d© la période catholique ; les autres, on ne sait trop à quelle période les rattacher.

Ses écrits se partagent en trois classes : ouvrages apologétiques, ouvrages dogmatiques et ouvrages pratiques.

Ouvrages apologétiques.

1. Le plus important et le plus riche de pensées est son Apologétique adressée au sénat romain, et rédigée de 197 à 199. L'auteur y montre combien les païens sont ignorants du christianisme. On condamne, dit-il, ce qu'on ne connaît point, ot on ne veut pas le connaître afin de n'être pas forcé de l'approuver : « La curiosité humaine ne languit que lorsqu'il s'agit du christianisme ; on aime à ignorer ce qu'autres se réjouissent de connaître » (ch. i). Se plaçant au point de vue du droit, contrairement à ce que faisait Octave, qu'il cite souvent mot à mot ', Tertullien montre l'injustice des traitements qu'on inflige aux chrétiens. D'une part, on les traite de criminels, on leur impute le meurtre, l'inceste, etc.; et, d'autre part, on les laisse hbres dès qu'ils déclarent qu'ils ne veulent plus être chrétiens : Torquemur confUentes, et punimur persévérantes, et absolvimur negantes, quia nominis prœlium (ch. u). N'est-il pas absurde de punir les chrétiens uniquement à cause de leur nom ? Vous nous accusez de toutes sortes de crimes, et c'est chez vous qu'ils abondent. 11 est vrai, le culte de vos dieux est autorisé par les lois, mais ces dieux sont de pures fictions, et de telles lois n'obligent point. Les chrétiens ne sont pas coupables envers l'empereur, parce qu'ils refusent de lui sacrifier et de l'appeler un dieu, ce qui est une misérable flatterie. Du reste, nous prions pour lui, nous lui sommes fidèles, nous ne conspirons point contre sa personne, comme le font souvent ceux qui l'appellent un dieu. Il dépeint ensuite les assemblées et la conduite des chrétiens, et compare leur doctrine avec celle des philosophes, dont les païens ont une si haute opinion.

' Ebert en a fourni la preuve. Voy. sou ouvrage sur Minuce Félix.

Dans cette comparaison, tout à l'avantage des premiers, Tertiillien est beaucoup plus sévère envers la philosophie que les précédents apologistes. D'après ce principe que « toute âme est naturellement chrétienne » (ch. xvu), il établit que le christianisme répond à tous les bons instincts de l'homme, qu'il le dirige et satisfait à ses besoins. Quant aux persécutions, si elles font souffrir l'individu, elles sont utiles à la société' chrétienne : Sanguis martyrurn semen christianorum ; plures efjicimur quoLies metimur a vohis^ (ch. l).

2. Les deux livres aux Nations, adressés à toute la société païenne, reproduisent avec plus de détails et de preuves la plupart des pensées et des arguments de V Apologétique, surtout au deuxième livre. Cet ouvrage, l'un des plus difficiles et des plus obscurs de Tertullien, ne nous est parvenu que par fragments^.

3. Le Témoignage de l'âme est le développement de cette pensée de \ Apologétique, que dans leurs moments de surprise les païens invoquent le Dieu unique, et non les dieux, qu'ils regardent le ciel et non le Capitole : témoignage involontaire de l'âme à la doctrine de l'unité de Dieu. « Ce qui ne nous est pas permis, nous t'entendons le prononcer tout haut : Ce que Dieu donnera, ce que Dieu voudra. A la maison et en public, sans que personne se moque de toi, tu féeries du fond de la conscience : Dieu voit tout, je le recommande à Dieu, Dieu vous le rendra, » etc. Ces témoignages de l'âme en faveur du christianisme, il aime mieux les invoquer que les écrits des philosophes et des poètes ; car « il sont d'autant plus vrais qu'ils sont plus simples, d'autant plus simples qu'ils sont plus vulgaires, d'autant plus vulgaires qu'ils sont plus communs, d'autant plus communs qu'ils sont plus naturels^ d'autant plus naturels qu'ils sont plus divins » (ch. v). Ce témoignage de l'âme atteste également que le Dieu unique est bon et la source de tout bien, qu'il récompense la vertu et punit le crime ; il prouve l'existence des démons et l'immortalité de l'âme. Cette conviction de l'âme ne vient d'aucune écriture ; elle est plus ancienne que la lettre, de même que l'homme est antérieur au philosophe et au poète ; car elle existe chez tous les peuples. Témoin de la vérité, l'âme est aussi responsable de l'erreur,

^ Ed. Haverkamp, cum Comment., Lugd. Bat., 1718; éd. Kayserberg, Paderb., 1863. — ' Edité à part avec V Apologétique, par CEhler, Lips., 1849.

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et un jour elle se trouvera sans réplique devant le trône de Dieu. « Vous avez, ô mon àme, proclamé Dieu, et vous ne l'avez pas cherché ; vous avez détesté les démons, et vous les avez adorés; vous avez invoqué le jugement de Dieu, et vous avez agi comme s'il n'y en avait point ; vous avez connu les peines de l'enfer, et vous ne les avez pas évitées ; vous avez su le nom des chré tiens, et vous avez persécuté les chrétiens '. »

4. L'écrit à Scapula est une exhortation à un proconsul d'Afrique de ne pas s'attirer la colère de Dieu par sa cruauté. et de remplacer les tortures infligées aux chrétiens par la simple décollation.

TertuUien lui rappelle les signes terrifiants qui ont paru naguère dans le ciel, la fin malheureuse de plusieurs persécuteurs des chrétiens et la conduite généreuse d'autres proconsuls : « Vous pouvez remplir votre charge sans cesser d'être humain. (ch. iv). Et puis, il est du droit humain et du droit naturel que chacun adore ce qu'il croit raisonnable ; la religion de l'un ne nuit pas à celle de l'autre. Il n'est pas delà religion de forcer la religion ; elle doit être embrassée volontairement, non par contrainte, » 7iec relîgionis est cogère religionem (ch. ii).

a Du reste nous ne cherchons pas à vous effrayer, pas plus que nous ne vous craignons ; mais nous voudrions pouvoir sauver tous les hommes en leur criant : Ne faites point la guerre à Dieu (ch. iv) ! En faisant cela, nous n'accomplissons que le plus difficile de ses préceptes, celui d'aimer même nos ennemis (ch. i). Nous ne sommes point coupables envers l'empereur du crime de lèse-majesté, car un chrétien sait que c'est Dieu qui l'a établi, que c'est pour lui une nécessité do l'aimer, de l'honorer et de prier pour la prospérité de l'empire. Nous sacrifions donc aussi pour le salut de l'empereur, mais en la manière que Dieu l'ordonne, avec un cœur pur. sacrificamus pura prece (ch. n).

» Avant donc de continuer à sévir de la sorte contre les chrétiens, songez qu'il vous faudra décimer Carthage et la province, où se trouvent des hommes et des femmes de toute condition, vos amis ou les parents de vos amis. Epargnez Carthage ! Epargnez la province I si vous ne voulez pas vous

' Edition séparée, par Lindner, Lips., 1862. Cf. Héfelé, Append. a l'hist. de l'Eglise, i vol.

épargner vous-même (ch. v). S'il faut que nous mourions, que ce soit par le glaive seulement et non par les supplices » (ch. vi).

5. Nous avons la contre-partie de cet écrit dans un des premiers travaux de Tertullien, composé vers l'an 196 ; c'est le traité adressé mix Martyrs, en six chapitres, rédigé avec enthousiasme et animation. "Tertullien y console les martjTS en prison et menacés de la peine de mort. Le monde, leur dit-il, est une prison plus infecte que la vôtre, et vous êtes plus libres que vous n'étiez dans le monde. Les ténèbres du monde sont beaucoup plus épaisses que celles qui vous environnent, puisqu'elles tiennent les âmes des hommes en captivité. Yous êtes affranchis des scandales, des tentations, des mauvais souvenirs et de toute nouvelle persécution. Vous marchez hbrement dans la voie qui conduit à Dieu. Soldats du Christ, la prison est une tente où vous vous armez pour le combat ; athlètes de la foi, la prison est la palestre où vous vous exercez à remporter la palme. Dans ce combat, le Dieu vivant est votre juge, le Saint- Esprit votre guide, l'éternité votre couronne, le prix de votre victoire, une vie tout angélique dans le ciel, une gloire éternelle (ch. nij.

'< Si la chair est faible, d'autant plus fort est l'esprit pour supporter d'une âme égale les plus rudes épreuves. Que de païens ont enduré la mort pour une gloire humaine ! Que ne ferez-vous pas, vous, pour une gloire divine? Comment ne supporteriez-vous pas pour la vérité ce que tant d'autres supportent pour l'erreur? » Quisergo non Ubentissime tantuni'pro vero habeat erogare quantum alii pro falso (ch. iv) ?

6. Dans son écrit Contre les Juifs, Tertullien argumente souvent à la façon de Justin dans son Dialogue contre le juif Tryphon ; et c'est en effet le récit d'un dialogue entre un chrétien et un prosélyte juif. Son principal but est de prouver que les plus remarquables prophéties messianiques de l'Ancien Testament se sont accomplies en Jésus-Christ et par Jésus- Christ. Il examine en même temps quel rapport existe entre les païens et le peuple juif, entre la loi mosaïque positive et la loi naturelle et évangéhque. Saint Jérôme, en son commentaire sur Daniel, atteste l'authenticité de cet écrit.

Ouvrages dogmatiques polémiques contre les hérétiques.

Avec les écrits que nous avons indiqués et ceux qui vont suivre, Tertullien entre dans son véritable domaine; car rien ne lui souriait autant (jue de combattre pour la vérité divine transmise par la tradition, et pour la doctrine des mœurs qui affranchit l'homme des liens qui l'attachent à ce monde. C'est ici seulement qu'on aperçoit toute la différence qui sépare Tertullien de Minuce Félix ; dans ses explications sur le dogme et la morale, les textes de la Bible qu'il emploie et qu'il commente sont tellement nombreux, qu'on pourrait, en les groupant ensemble, restituer une bonne partie du texte du Nouveau Testament'.

1. Prescriptions contre les hérétiques. Cet écrit, très-développé et l'un des premiers de Tertullien (io chapitres), est conçu, comme V Apologétique, dans un esprit rigoureusement juridique, comme le prouve déjà son titre de Prescription, emprunté au droit romain. Prescription, dans l'ancien droit romain, était synonyme d'exception. C'est ce qu'on appelle, dans la jurisprudence française, fins de non-recevoir. Si le juge les trouvait fondées, toute la plainte de l'accusateur tombait d'elle-même. On considérait comme des prescriptions ou exceptions la surprise, la violence, la coaction et la prescription proprement dite, prescriptio longi temporis.

Tel est le point de vue où Tertullien entend se placer vis-àvis des hérétiques. Il prouve d'abord que les hérétiques ne sont pas admissibles à discuter avec nous sur des différences dogmatiques, à disputer avec l'Eglise sur ce qui est vrai ou ce qui est faux.

Voici de quelle façon originale il fait valoir le principe de l'autorité de l'Eglise. Il établit trois fins de non-recevoir :

1° Prescription de la vérité : il prouve par les institutions que le Seigneur a établies pour le maintien de son œuvre, que ses doctrines ne se trouvent que chez les organes légitimes de la tradition, qu'il expose ch. xx-xxx ; — 2" prescription de l'antériorité ; la vraie tradition est toujours la plus ancienne, c'est la tradition apostolique ; toutes les hérésies lui sont postérieures,

• Rœnsch, le Nouveau Testament- entièrement reconstruit avec les écrits de Tertullien. Leips., 1871.

ch. xxxi-xxxv ; — 3° prescription de la propriété : les hérétiques étant hors de l'Eglise, ne peuvent se servir contre nous des saintes Ecritures, car elles ne leur appartiennent pas et ils n'y ont aucun droit : « Qui êtes-vous, s*écrie-t-il à ce propos, que faites-vous dans mon bien, vous qui n'êtes pas des nôtres? Quand et d'où êtes vous, venus? A quel titre, Marcion, coupezvous ma forêt ? Qui vous a permis, Valentin, de détourner mes canaux ? C'est mon bien ; je suis en possession depuis longtemps, je suis l'héritier des apôtres, » ch. xxxvii.

« Quelque connaissance que l'on veuille acquérir, il faut remonter à lorigine ; de même, quand on veut connaître la vérité chrétienne, il est nécessaire de remonter à Jésus-Christ, source de toute vérité ; quand nous le posséderons, nous n'aurons plus besoin de rien chercher; car nous devons croire ce qu'il a enseigné. Or, Jésus-Christ a déposé la vérité chrétienne dans l'Eglise catholique, toujours en possession de ce qu'ont enseigné les apôtres et les Eglises fondées par eux. Que les hérétiques remontent à l'origine de leur Eglise, et qu'ils nous montrent que leur premier évèque était un apôtre ou un homme apostolique. Ils en sont incapables, eux qui propagent encore des doctrines si contradictoires. Toute doctrine est donc funeste lorsqu'elle s'écarte de la doctrine originelle del'Eghse catholique. TertuUien examine ensuite le caractère de la tradition, qui est, dans l'Eglise catholique, le seul véritable critérium de la connaissance. C'est par elle seule qu'on arrive à l'unité, à la plénitude et à la vérité de la doctrine de Jésus-Christ, ainsi qu'à la pureté des mœurs ; chez les hérétiques, on ne trouve que division dans la doctrine et corruption dans la morale. » TertuUien déclare en finissant qu'il n'a voulu combattre les hérétiques que par un principe général et incontestable, mais qu'il espère plus lard, avec l'aide de Dieu, s'en prendre aux sectes particulières ; il ne tarda pas à le faire.

Outre les Ecritures, les hérétiques appuyaient encore leurs erreurs siu' une science mensongère. Dans sa mauvaise humeur, TertuUien se laisse emportera des termes qui semblent une condamnation de la science en général : Quid Athenis et Bierosolyinis? Quid academiœ et Ecclesiœ? Quid haireticis cum christianis ? Nostra institutio de porticu Salomonis est, qui et ipse tradiderat Dominum in simplicitate cordis esse quserendum 'De pr?escrip.. cap. vm». Il ne laisse pas cependant

de faire lui-même un fréquent usage de la philosophie et surtout de la dialectique.

Si Tertullien, dans cet excellent écrit, reproduit textuellement un grand nombre de passages de saint Irénée, il dispose ses arguments dans un ordre plus convenable ; aussi les conclusions rigoureuses qu'il déduit en faveur de la nécessité, de la supériorité du principe de la tradition catholique et de l'Ecriture interprétée par l'Eglise, apparaissent beaucoup plus nettes et plus persuasives. De là vient qu'on les a employées jusqu'à nos jours comme l'argument le plus convaincant dans les controverses avec les hérétiques.

2. Le Traité du baptême, à la fois dogmatique et pratique, doit son origine à cette assertion des caïnites, secte d'ailleurs inconnue, que le baptême d'eau n'est pas absolument nécessaire au salut. Après une longue considération sur l'usage de l'eau dans la création et sous l'ancienne loi, l'auteur arrive à la question capitale, et traite du baptême de saint Jean, du baptême de sang, des cérémonies usitées dans le baptême, de la validité du baptême des hérétiques, du baptême des enfants, de la préparation au baptême et de différentes questions pratiques.

3. Les autres travaux dogmatiques de Tertullien appartiennent à sa période montaniste ; ce sont : les cinq livres Contre Marcion (an 207 ou 208), sur l'unité de Dieu, sur le Créateur du monde et la vraie humanité du Christ; Contre les Valentiniens, où il fait de nombreux emprunts à saint Irénée; Contre Hermogène, peintre de Carthage, qui soutenait la doctrine de l'émanation. Il trace de lui un tableau peu flatteur pour un gnoslique, quand il dit : Pingit illicite (des tableaux mythologiques), nubit assidue (allusion à ses nombreux mariages). — Traité de Vàrne, en cinquante-huit chapitres. Il part de cette assertion d'IIermogène, que l'âme est née de la matière et non du souffle de Dieu, et il entame une discussion approfondie sur les différentes théories des philosophes relativement à l'âme. Contre Platon, il prouve que 1 ame a été créée, et avec lui il admet dans l'âme quelque chose de rationnel et quelque chose d'irrationnel ; l'un est de Dieu, l'autre du péché. Cet écrit, parmi do nombreuses connaissances philosophiques et psychologiques , contient beaucoup d'inexactitudes. Contre Praxeas, en défense de la Trinité contre Thé-

t36 PATHOLOGIE.

résie patripassianiste. Tertullien lui reproche d'avoir fait à Rome deux œuvres diaboliques, d'avoir pratiqué la prophétie (montaniste) et introduit l'hérésie (des patripassiens) : « Il a chassé le Saint-Esprit et crucifié le Père. » Dans le Traité Sur la chair du Christ (comme dans celui Contre Marcion), il combat le docétisme avec plus d'énergie et de détail qu'il n'avait fait jusque-là. « Aucun auteur avant lui, dit Dorner, n'a pénétré dans le fait de l'incarnation avec autant d'amour, d'admiration et de perspicacité. »

4. Be la résurrection de la chair. Cet écrit, en soixante-trois chapitres, se rattache au précédent, ainsi que l'annonce Tertullien : (f Jésus-Christ a voulu confirmer la résurrection des morts, non-seulement par lui-même, mais en lui-même; voilà pourquoi nous avons déjà discuté, dans le livre de la Chair de Jésus-Christ, contre le fantôme d'un corps fantastique de Jésus-Christ. » S'adressant de nouveau aux gnostiques, qui se faisaient de la chair une idée méprisante : « La chair, dit-il. n'est nullement méprisable, car c'est la propre main de Dieu qui a formé la poussière, qui l'a changée en chair et animée. La chair est le canal des grâces surnaturelles, la condition de la culture morale et intellectuelle des âmes ; la chair triomphe dans la virginité et dans le martyre; pourquoi ne serait-elle pas couronnée et animée d'une vie nouvelle? La chair a eu part aux bonnes et aux mauvaises actions ; il faut qu'elle ait part à la récompense, car elle n'est pas seulement un instrument, mais une partie de l'homme. »

Tertullien réfute ensuite par des arguments tirés en partie du sens commun les arguments prétendus rationnels qu'on oppose à la doctrine delà résurrection (ch. wi-xvii) : « Le sens commun est sans doute d'un fréquent usage dans les choses de la révélation, mais il doit servir à confirmer la vérité et non à appuyer l'erreur ; il faut l'employer selon l'ordre de Dieu et non contre cet ordre ; nous connaissons en effet quantité de choses par des moyens naturels. Ainsi un très-grand nombre savent que l'âme est immortelle et tous connaissent le Dieu que nous annonçons. Ainsi, quand Platon assure que l'àmo est immortelle, je partage son sentiment; quand l'homme vulgaire atteste l'existence du Dieu des dieux, je me sers de sa science. Je me servirai de toutes les idées générales qui annoncent les jugements de Dieu : « Dieu le voit, Dieu en dé-

Cidera. » Mais quand on dit : -< Ce qui est mort est mort ; vis aussi longtemps que tu pourras, après la mort tout est mort, » alors je me souviens que Dieu considère le cœur des hommes comme de la poussière, Is., xuv, 20, et que la sagesse de ce monde n'est que folie à ses yeux, / Co?\, i, 20; m, 19.

Dans la seconde partie (ch. xvni-Li), Tertullien démontre et éclaircit par des preuves positives le dogme chrétien de la résurrection et s'occupe de la plupart des textes qui s'y rapportent dans l'Ancien et le Nouveau Testament. A la fin (ch. Lii-Lxii), il traite des propriétés du corps ressuscité, de son intégrité et de son identité avec le corps actuel, en s'appuyant de saint Paul et des autres textes de l'Ecriture. On peut assigner à ce livre le premier rang parmi tous ceux qui ont jusqu'ici traité ce sujet, d'autant plus qu'il est conçu dans une méthode dogmatique excellente. Les extraits que nous continuerons d'en donner plus loin achèveront de faire connaître son importance.

Ouvrages pratiques.

Dans les Spectacles (30 chapitres), Tertullien examine cette question pratique, très-importante alors, « si les chrétiens peuvent assister aux spectacles des païens. » Par le fond des idées, ainsi que le remarque Ebert, cet écrit se rattache aux traités apologétiques contre les païens. Tertullien y exhorte les chrétiens et les catéchumènes à les éviter, parce qu'ils sont incompatibles avec le christianisme. Il s'élève avec énergie contre ceux qui disent qu'ils ne peuvent résister à la tentation d'y assister, que la religion qu'ils ont dans le cœur et la conscience ne souffrira point si leurs yeux et leurs oreilles se permettent de tels délassements, d'autant qu'il n'y a rien dans l'Ecriture qui les défende. Comme ces spectacles sont la reproduction des idées et des mœm-s païennes, que leur origine et leur établissement sont en rapport étroit avec l'idolâtrie, on doit considérer leur fréquentation comme un culte rendu aux faux dieux ; les débauches et les cruautés du cirque doivent révolter le sentiment chrétien. Comment oserionsnous écouter ce qu'il nous est défendu de faire ? quod in facto rejiciiur etiam in dicto non est recipiendum (ch. xvii). C'est dans ces justes sentiments que les vrais chrétiens évitent de

telles représentations ; et c'est par cette réprobation des spectacles que les païens apprennent le mieux à les connaître : hinc vel maxime intelUgunt facAwn chrisliamim de repudio spectaculonim (ch. xxivj.

« Mais accordons qu'il te faille des amusements pour passer ce peu de vie. Pourquoi es-tu si ingrat de ne reconnaître point les plaisirs sans nombre que Dieu te procure et de n'en être point satisfait? Car quoi de plus agréable que d'être réconcilié avec Dieu, son Père et son Seigneur, de contempler la vérité sans voile, de reconnaître ses erreurs, d'obtenir le pardon de tant de crimes passés? Yoilà les plaisirs, voilà les spectacles des chrétiens, spectacles saints, perpétuels, gratuits.

» Te plais-tu à la science, à la doctrine? Nous avons des lettres, nous avons des vers, nous avons des sentences, nous avons des cantiques, nous avons des voix, et en nombre. Veux-tu la lutte et les combats? En voici plus d'un : regarde l'impudicité vaincue par la continence, la perfidie immolée parla foi, la barbarie subjuguée par la miséricorde, le libertinage dompté par la modestie. Yoilà nos combats ; nous y sommes couronnés. Te faut-il même du sang? Tu as le sang du Christ » (ch. xxix) !

' « Mais quel spectacle s'approche 1 L'avènement du Seigneur, mais Seigneur qu'on ne conteste plus, mais Seigneur glorieux, mais Seigneur triomphant. Quelle jubilation dans les anges ! quelle gloire dans les saints qui ressuscitent ! quel règne pour les justes ! quelle nouvelle cité 1 quelle nouvelle Jérusalem !

>y Mais voici d'autres spectacles encore : ce jour, le dernier des jours, jour éternel du jugement, qui surprendra inopinément les nations au milieu de leurs dérisions impies, et qui, dans un seul incendie, dévorera et les antiquités et les nouveautés du monde. Spectacle immense ! Faut-il admirer, faut-il ru-e, faut-il s'abandonner à la joie, à l'allégresse, en voyant tant de rois, qu'on nous disait transportés au ciel, gémissant ensemble au fond des ténèbres avec les témoins de leur apothéose et avec Jupiter même? en voyant les magistrats persécuteurs du nom du Christ consumés dans des flammes plus cruelles qu'ils n'en allumèrent contre les chrétiens, en voyant ces sages philosophes confondus devant leurs disciples, qui

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brûlent avec eux et auxquels ils avaient persuadé que Dieu ne s'occupait de rien, que les âmes n'étaient pas, ou qu'elles ne rentreraient pas dans leurs anciens corps ; en voyant les poètes tremblant, non pas devant Rhadamante et Minos, mais devant le tribunal inattendu du Christ? Mais tournons plutôt nos regards vers ceux qui ont exercé leur rage sur le Seigneur lui-même. Le voilà, leur dirai-je, le voilà, ce Fils du charpentier et d'une pauvre ouvrière, ce destructeur du sabbat, ce Samaritain, ce possédé du démon! Le voilà Celui que vous avez acheté de Judas! Voilà Celui qui a été frappé d'un roseau et de soufflets, couvert de crachats, abreuvé de fiel et de vinaigre! Pour jouir de ce spectacle, de ce triomphe, tu n'auras que faire de la libéralité d'un préteur ou d'un consul. Et que sera-ce donc que les choses que l'œil n'a point vues, que l'oreille n'a point entendues, qui ne sont point montées dans le cœur de l'homme : elles sont, j'imagine, plus agréables que le cirque, que les deux théâtres, que toutes les courses de chevaux» (ch. xxx).

2. De l'idolâtrie, en vingt-quatre chapitres. ïertulhen y apprend aux fidèles comment ils peuvent s'abstenir de toute participation au culte des païens et comment ils doivent, dans les différentes circonstances de la vie, se comporter à l'égard des idoles et de leurs ministres. Il interdit aux chrétiens toute branche de commerce, toute fonction qui pourrait les amener à prendre une part quelconque au culte des faux dieux. Tertullien, en des termes qui frisent le sophisme, leur déclare que l'idolâtrie résume tout ce qu'il y a de coupable et de répréhensible, et il commence par cette phrase : « Le crime capital du genre humain, la plus grande faute do ce monde, l'unique cause du jugement, c'est l'idolâtrie : » Principale crimen generis humani, summus sœciili reatus, tota causa jitdicii idololatria (ch. i).

Il faut donc que le chrétien évite tout ce qui est entaché de paganisme, qu'il s'abstienne de couronner ses portes de laurier et de les illuminer en plein jour, quil renonce à tout emploi civil et militaire auquel de tels actes seraient attachés, les écoles où l'on enseigne la mythologie, les protestations, les serments, les désirs exprimés par des formides païennes. Mais, se demande TertulUen, s"il est défendu denseigner la littérature et la mythologie païenne, il doit être défendu aussi

de les apprendi-e. Il le nie, parce que la vie réclame unie culture générale, et que la connaissance des choses divines n'est pas possible sans la connaissance des choses profanes et païennes. Autre « est la raison d'apprendre » et autre « la raison d'enseigner. »

3. La Couronne et la Fuite dans la persécution, rédigés dans sa période montaniste, traitent des sujets analogues. Dans le dernier, Tertullien prétend, malgré la parole formelle de Jésus-Christ, Matth., x, 23, qu'il n'est pas permis de fuir pendant la persécution. Yoici l'origine du premier écrit : Septime- Sévère distribuait des récompenses à son armée. Un soldat chrétien refusa d'approcher avec une couronne de laurier sur la tête, comme c'était la coutume, pensant que c'était une superstition. Il fut reconnu pour chrétien et emprisonné. Plusiem's blâmèrent cet excès de zèle ; mais Tertullien le défendit avec une merveilleuse éloquence ' et poussa le rigorisme jusqu'à interdire aux chrétiens l'état militaire.

Nous aimons mieux l'entendre dans un ouvrage contre les gnostiques, le Scorpiaque (remède contre les scorpions), quoique montaniste, soutenir que dans la persécution on peut cacher sa foi, ainsi que faisaient les gnostiques.

4. Le traité de la Patience, en seize chapitres, est considéré comme le plus élégant opuscule de Tertullien. Il débute par ces lignes vraiment touchantes :

« Je confesse devant le Seigneur Dieu que c'est bien témérairement, si ce n'est pas même impudemment, que j'ose écrire de la patience, moi qui suis tout-à-fait incapable d'en donner l'exemple, étant un homme de nul bien. Plût à Dieu du moins que rougir de la sorte me devînt un remède, et que la honte de ne pratiquer point ce que je vais suggérer aux autres m'apprît enfin à le pratiquer. Ce me sera donc une espèce de consolation de m'entretenir de ce dont il ne m'est pas donné de jouir ; tels les malades, qui, étant privés de la

* « Un des soldats, qui était plutôt un guerrier de Dieu, et plus ferme que ses frères, ne voulut pas servir deux maîtres : il se présenta seul, la tête nue, tenant sa couronne à la main et donnant ainsi à entendre qu'il était chrétien. Pourquoi, lui dit le tribun, n'es-tu pas comme les autres? — Cela ne m'est pas permis, répondit-il. On lui en demanda la raison. — Parce que je suis chrétien. — Oh! le vaillant soldat de Dieu ! — On prit les avis et on le renvoya au préfet du camp. Là, il fut dégradé, quitta son manteau, sa chaussure et son épée, et fut mis en prison. »

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santé, ne peuvent tarir sur ses avantages. C'est pourquoi, le plus misérable des hommes, toujours malade des fièvres de l'impatience, je suis réduit à soupirer après la santé de la patience que je n'ai pas, quand je me rappelle, en considérant ma faiblesse, que la bonne santé de la foi et de la vertu chrétienne n'arrive facilement à personne si la patience n'est avec lui. Les païens eux-mêmes reconnaissent son excellence, car ils l'appellent la plus haute des vertus (ch. i).

» Ce qui nous affermit dans sa pratique, ce n'est pas cette affection humaine d'une indifférence cynique qui ressemble à la stupidité ; c'est la divine lui d'une doctrine vivante et céleste, qui nous montre en Dieu même le plus parfait modèle de la patience ; car il répand également la lumière du soleil sur les justes et sur les injustes, fait parvenir de la même manière aux dignes comme aux indignes les bienfaits des saisons, les services des éléments, les dons de toute vertu productive ; il supporte les païens, ces hommes si ingrats, qui adorent les ouvrages futiles des arts et les œuvres de leurs mains, persécutent son nom et ses enfants, etc. Que dirai-je surtout de la patience qui s'est manifestée parmi les hommes en Jésus-Christ, et qui est devenue en quelque sorte palpable (ch. n, ni)?

» Si donc nous sommes patients en Jésus-Christ, nous lui obéissons. L'obéissance et la patience vont tellement ensemble que nous n'obéissons jamais que lorsque nous sommes patients (ch. iv). Comment nous devons la pratiquer, nous pouvons l'apprendre par son contraire, l'impatience. La patience vient de Dieu , l'impatience vient du démon ; elle est donc la source du péché du démon et la mère de tous les péchés des hommes,

» La patience est toujours accompagnée de la foi. Ainsi Abraham crut, et sa foi lui fut imputée à justice ; mais sa foi ne fut confirmée que par la patience. C'est aussi par la patience que Jésus-Christ, le Seigneur et le maître de la patience, a perfectionné l'ancienne loi, lorsqu'il a augmenté la grâce de la foi et la patience. C'est seulement après qu'il a pu dire : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent et priez pour ceux qui vous persécutent » (ch. vi). La patience conserve aussi la paix, dispose à la pénitence et produit la charité ; de là vient que l'Apôtre a dit : « La charité supporte

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tout, elle souffre tout. » Aussi, ne cessera-t-elle point quand tout le reste sera passé. Le don des langues, le don de science et de prophétie cessera, mais il restera la foi, l'espérance et la charité : la foi, qu'a produite la patience de Jésus-Christ; l'espérance, qu'attend la patience de Ihomme, et la charité^ qui, sous la conduite de Dieu, accompagne la patience (ch. xn). Comme elle a resplendi dans Isaïe , dans saint Etienne et dans Joh (ch. xiv) !

» La patience dispose à la persévérance corporelle, et élève à la sainteté par la continence de la chair, le maintien do l'état de viduité, la virginité, la circoncision volontaire pour le royaume des cieux, la lutte pour le martyre. Car ce qui naît de la vigueur de l'àme s'achève dans le corps; c'est donc la patience qui affermit la foi, gouverne la paix, soutient la charité, dirige l'humilité, attend le repentir, met le sceau à la pénitence, abat les tentations, consomme les martyrs, console les pauvres, abrège le temps pour les malades, rend le serviteur recommandable au maître et le maître au serviteur, fait la parure de la femme, la perfection de l'homme, la grâce de l'enfant, l'éloge du jeune homme, l'estime du vieillard; elle est belle en tout sexe et à tout âge.

» Ne décrirons-nous pas aussi ses traits et sa figure? Sa figure respire la sérénité et la paix; son front n'a rien qui indique le trouble et la colère ; ses yeux sont relevés par l'expression de la joie et non abattus par l'affiiction ; autour de sa bouche flotte une gravité calme et modeste ; la couleur de son visage n'indique aucune irritation, mais annonce une vie innocente; son sourire vaut une menace du démon; son vêtement est blanc et proportionné à son corps, afin qu'il ne soit pas agité au gré du vent. Elle siège sur le trône du plus tendre et du plus doux des esprits ; — car où est Dieu, là est aussi son enfant de prédilection , la patience. Aussi quand l'esprit de Dieu descend, la patience est son inséparable compagne » (ch. xv).

La douceur des sentiments qui règne dans cet écrit n'a rien de l'amertume qui dislingue le montanisme.

5. Le Traité de la prière, en vingt-neuf chapitres, est également remarquable par la simplicité et la dignité du langage. La première partie, ch. n-viii, est une explication, non complète, du Pater, sous forme d'aphorismes. La seconde partie.

ch. ix-xxix, traite une grande variété de sujets relatifs à la prière, le temps, le lieu, les cérémonies, la posture du corps dans la maison de Dieu et pendant l'office divin, le jeune. A. la fin, le langage s'anime, et quand l'auteur recommande la prière, il a quelque chose des accents du poète, ainsi qu'on le verra plus loin.

(3. Les traités de la Pénitotce et de la Piidicité roulent sur la pénitence. Le premier (catholique) part de cette idée que la miséricorde divine, le baptême et la conversion constituent la première pénitence, et il condamne ce préjugé de plusieurs catéchumènes qu'on peut pécher sans crainte avant le baptême puisqu'il remet tous les péchés.

Quant au sacrement de la pénitence, Tertullien n'en parle que malgré lui, dans la crainte d'ouvrir la porte au péché : Nemo idcirco deterior sit quia Deus melior est, loties delinquendo quoties iqnoscitur (ch. xvn). Cependant il est nécessaire d'en parler afin de ne désespérer personne, car le démon cherche toujours à perdre les h<ms eux-mêmes. Puis il parle des conditions de celte seconde pénitence , qu'il ne veut accorder qu'une fois. Sed jam semel, quia jam secundo (ch. vu)! Mais il s'agit ici, qu'on ne l'oublie point, de la pénitence publique exigée pour les péchés canoniques.

Dans le traité de la Pudicité, franchement monianiste, U rétracte les principes mitigés que lui-même avait établis, et soutient que l'Eglise n'a pas le droit de remettre les péchés mortels, c'est-à-dire les péchés canoniques (ch. xix et xxi). Il s'élève principalement contre le décret du pape Zéphyrin, qui avait tempéré la discipline louchant les fornicaleurs, et permis, après une pénitence publique, de les admettre de nouveau à la communion : « J'apprends, dit-il, que l'on a proposé un édit, et même péremptoire. Le Souverain-Pontife, c'est-àdire l'évèque des évèques, dit : Je remets les péchés d'adultère et de fornication à ceux qui auront accompli leur pénitence » (ch. i). Le titre à' apostolique qu'il donne à ce pape (ch. xxi) montre assez que ce passage ne se rapporte point à Optât, évêque de Carlhage.

7. Tertullien a souvent traité du mariage et des questions qui s'y rattachent. L'écrit orthodoxe adressé à sa Femme est une sorte de testament où il l'exhorte à ne se point remarier après sa mort, parce qu'il désapprouve les secondes noces et

qu'elle pourrait aisément tomber entre les mains d'un païen qui exposerait sa foi à plus d'un danger. Dans le traité sur Y Ornement des femmes, il s'élève contre le luxe et les parures du sexe. « Le Saint-Esprit étant descendu en nous pour y demeurer comme dans son temple, la gardienne de ce temple c'est la chasteté, qui en est la sacristine*. » Dans les Exhorlations d la chasteté et le traité de la Monogamie, tous deux montanisles, il rejette ouvertement les secondes noces ; de même dans le traité sur le Voile des vierges, où il veut que les vierges ne paraissent jamais à l'église sans être voilées.

8. Dans l'opuscule Sur le jeûne, il défend la pratique des moutanistes contre celle des psychiques ou catholiques.

9. Le traité De pallia, en six livres, ne se rattache à aucun autre. La date chronologique fournie par le chapitre u, et indiquant le règne des trois empereurs comme époque de la rédaction, ne se rapporte pas à l'année 208, sous le règne de Scptime- Sévère, Caracalla et Gète, mais à l'année 193 à 194, d'après les recherches de Kellner. Te.tuUien l'écrivit quand il déposa la toge et que, devenu chrétien, il l'échangea contre le manteau des philosophes, plus ample et plus commode. Ce fut à ce propos que ses compatriotes sécrièrent d'un ton moqueur : « U a donc passé de la toge au pallium , » du cheval à l'àne! Tertullien leur répondit sur le même ton, et il débute par ces lignes sarcastiques : Principes semper Africœ, viri Cartharjinienses, vetustate nobiles, novitate faciles, gaudeo vos tam prosperos temporum, ciim ita vacat ac juvat habitus denotare. Puis il demande d'un air malicieux si c'est donc une chose si étrange que de mettre un manteau, quand la nature entière change sans cesse de vêtement, et que les hommes eux-mêmes modifient leurs institutions et leurs costumes (ch. n, ui). Vient ensuite une description fantastique des inconvénients de la toge et des commodités du palUum, surtout pour un philosophe. Sa vue seule annonce la gravité des mœurs ; c'est l'habit des gens qui s'occupent de littérature et de science, et c'est aussi celui qui sied le mieux au chrétien pour toutes sortes de raisons. U termine (ch. v) par celte question plaisante : Que serait-ce si je passais du diadème ou du sceptre au pallium, comme fit Ânacharsis, qui

' Citaliûu du IraduclfcUi .

AUTEURS LATJ.NS. — TEmiLLIEN. 245

aima mieux être philosophe que de gouverner des Scythes?

Il y a dans tout ce travail un déploiement d'érudition historique, mythologique et physique qui n a aucun rapport avec la futilité du sujet et qui devait fort embarrasser les lecteurs curieux, ce qui était sans doute un des buts du satirique. A la fin, c'est le manteau lui-même qui prend la parole pour se justifier ; puis l'auteur termine en ces termes : « Réjouis-toi donc, ô manteau, et tressaille de joie; déjà tu es apprécié par une meilleure philosophie depuis que tu as commencé à vêtir un chrétien. » Les allusions nombreuses et souvent obscures aux idées et aux coutumes de ce temps rendent difficile l'intelUgcnce de cet ouvrage et ont excité la verve des archéologues ' .

Ouvrages perdus : de V Extaxe, discussion polémique en sept livres dirigée contre Apollonius et le pape Soter, en faveur do la secte montaniste ; du Paradis, de V Espérance des fidèles, contre Apelles, des Vêtements d'Aaron, de la Circoncision, des Animaux purs et impurs, de la Virginité, des Inconvénients du mariage. Il publia aussi en grec quelques-uns de ses ouvrages, notamment : du Baptême, des Spectacles, du Voile des vierges, de la Couro7ine.

D'autres écrits, tels que : diverses poésies, des traités sur la Trinité, sur la Nourriture des Juifs, sur les Définitions de la foi et des dogmes ecclésiastiques, lui sont injustement attribués.

Doctriîies et textes pratiques importants.

Tertullien, ainsi qu'on a pu le voir par le titre de ses écrits, traite ex professo plusieurs questions dogmatiques. Dans une telle abondance, nous devons nécessairement nous borner à l'essentiel'.

1. Sa preuve de prescription. Comme saint Irénée, il coupe court à toutes les objections des hérétiques, et surtout aux arguments qu'ils veulent tirer de l'Ecriture et des traditions

' Cum notis, éd. Salmasius, Lugd. Butav., 1656; comp. Kelluer, Revue frivieslr. de Tub.. 1870.

» Mœhler f.iit cette excellente remarque : « On oublie souvent qu'on a devant soi un auteur du commencement du troisième siècle, tant on est étonné de le voir em.ployer, sur des questions difficiles du dogme, de la morale et même du culte religieux, des expressions qui nous sont touth-fail familières. »

apostoliques, en prouvant que l'Eglise a la priorité de possession, de même qu'en jurisprudence la preuve de prescription suffit à établir le droit de propriété. Il établit ensuite la succession des évêques, surtout dans les principales Eglises, pour montrer quelle a été la « prédication de Jésus-Christ. » « Ce que les apôtres ont prêché, c'est-à-dire ce que Jésus-Christ leur a révélé, je le prescris ; on ne saurait le prouver autrement que par les Eglises que les apôtres ont fondées, qu'ils ont d'abord instruites de vive voix et ensuite par leurs lettres. Il est donc clair que toute doctrine qui s'accorde dans la foi avec la doctrine de ces Eglises apostoliques et matrices doit être tenue pour vraie, puisque les Eglises l'ont reçue des apôtres, les apôtres de Jésus-Christ, Jésus-Christ de Dieu. Nous avons donc seulement à démontrer que notre doctrine vient des apôtres, et que, par une suite nécessaire, toutes les autres doctrines sont fausses*. » C'est donc aux hérétiques de prouver par quel apôtre ou quel homme apostolique leur Eglise a été fondée ^ Parmi les Eglises d'institution apostolique, Tertullien cite celles de Rome, de Corinthe, de Philippes et de Smyrne\

2. Pour fournir cette preuve, les hérétiques devraient établir que les apôtres n'ont annoncé et transmis qu'une certaine doctrine ; car l'Eglise est formée par la tradition unique d'une seule profession de foi , que Tertullien appelle sacrements, règle de foi; il donne par trois fois une formule* qui s'accorde presque littéralement avec notre Symbole des apôtres.

3. Cette tradition est le fondement de l'unité do l'Eglise : a Les apôtres (après avoir prêché et fondé dos Eglises en Judée) ont institué des Eglises en chaque ville, d'où les autres ont pris la semence de la doctrine et la prennent tous les jours à mesure que les Eglises se forment; c'est pourquoi on les compte aussi parmi les Eglises apostoliques comme en étant les filles, et toutes ensemble elles ne font qu'une même Eglise, la première venant des apôtres et étant la source de toutes les autres. Elles sont donc toutes premières, toutes apostoliques, puisqu'elles apparaissent toutes comme ne formant qu'une Eglise '. »

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