‹ PatrologieChapitre 23 sur 143 · Tertullien est le premier des Latins qui ait employé le · texte numérisé non relu

Tertullien est le premier des Latins qui ait employé le

* De préescript., xxi. — ' De prxscript., c. xxxu. — ' C. xxxvi. — *IbJd., c, xui; Ado. Prax., c. u; l'e virg. vçl., c. i. — ' Ue praescript., c. xx.

AUTEDRS LATINS. — TERTLLLIEN. 347

mot Trinité : OEconomice mcramentum xinUatem in trinitatem dispnnit, très non statu sed qradu. Unus Deiis ex quo et (jradus îsti, et fonnae, et species in nomine Patris, Filii et Spiritus sancti deputantur ^ . Il entend donc par Trinité nonseulement une triple activité, mais un mouvement en Dieu lui-même. Quand il parle des rapports du Verbe avec le Père, il est non-seulement très-obscur, mais quelquefois captieux. Il s'exprime plus correctement dans VApologétigue\

Tertullien, en aftîrmant que Dieu est corporel, a émis une opinion inouïe jusqu'à lui dans la littérature chrétienne : Qtiis enim ner/abit Deiim corpus esse, etsi Deiis spiritus est? Spiritits enim corpus sui generis in sua effigie (Advers. Prax., cap. vu)? Il est vrai que par corps il n'entend pas autre chose qu'une substance, car non-seulement il confond entre elles ces deux expressions : incorporalem esse et suhstantia car ère, mais il dit encore : Omne quodest corpus est sui generis. Nihil est incorporale nisi quod non est (De carne Christi, cap. x ^)?

5. L'incarnation divine est la base de toute son exposition théorique et pratique du christianisme. » Il ne convenait pas, écrit-il contre Ebion, que le Fils de l'homme naquît de la semence de l'homme, de peur que, s'il était tout entier Fils de l'homme, il ne fût pas en même temps Fils de Dieu et n'eût rien au-dessus de Salomon. Le fondateur d'une nouvelle race devait naître, au contraire, dune manière nouvelle, en ce sens que l'homme naquit en Dieu, en prenant la chair de l'ancienne semence sans prendre cette semence même, afln qu'il la transformât par cette semence nouvelle, qu'il la rendît spirituelle, après l'avoir réconciliée et purifiée, en effaçant la tache antique [De carne CIrristi, ch. xvu). Aussi est-il révolté des attaques de Marcion contre la réalité de la chair et de la naissance du Christ du sein d'une Vierge, car c'est détruire toute la vérité de l'œuvre de la Rédemption. Nier la naissance du Christ, c'est nier sa passion et sa résurrection, et par conséquent le

' Ado. Prax., c. ii.

■' Hune (AÔYOv) ex Deo prolatum diciraus, et prolatione generatum, et idcirco Filium Dei et Deum, dictum ex unitnle subslaiilise : nani et Deus spiritus — Manet intégra et indefecta materise matrix, etsi plures inde traduces qualitalura mulueris. lia et quod de Deo profectum est, Deus est et Dei Filius, et unus ambo, c. xsi.

» Voyez Sciiwane, Hisloire des dogmes, t. I, p. 139, et Dorner, Developp. de la doct. de la personne du Christ,, p. 573.

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christianisme même. Notre foi est donc fausse ; c'est doncun fantôme que tout ce que nous espérons du Christ? 0 le phis scélérat des hommes, toi qui excuses les bourreaux de Dieu ! Car le Christ n'a rien souffert d'eux s'il n'a rien souffert en réalité. Oh! épargne l'unique espérance de l'univers entier. Pourquoi détruis-tu l'opprobre nécessaire de la foi? Tout ce qui est indigne de Dieu est expédient pour moi » {De carne Chrîsti, cap. iv, v, cap. x).

6. Une autre opinion de TertuUien, conforme avec ce qui précède, consiste à dire que l'âme humaine est quelque chose do corporel, une matière subtile et éthérée : Omne quod est corpus est sid rjeneris; nihil est incorporale ?iisi quod non est (De carne Christi, cap. xi). Nos animam corporalem profitemur (De rosurr. carn., cap. xvn.) Consitus spiritus corpus est, co7isitus aiitem spiritus anima est;ergo corpus est anima (De anim., cap. v). Ici TertuUien s'égare dans les idées des stoïciens. Aussi enseignait-il avec eux le traducianisme et le génératianisme sous leur forme la plus grossière '.

Nous devons surtout à TertuUien de magnifiques passages sur l'Eglise, la hiérarchie, les sacrements et la vie chrétienne.

7. De l'Eglise, il n'en traite point ex pt^ofesso, mais seulement par occasion, quand il veut étabhr que c'est dans l'Eglise seule qu'on peut trouver la preuve d'autorité nécessaire pour démontrer qu'une doctrine est vraiment chrétienne et apostolique. C'est ce qu'il fait dans le traité des Prescriptions contre les hérétiques, qui renferme l'ensemble de ses vues sur l'Eglise et la hiérarchie. Dans VApologélique, où il ne dit aux païens que ce qu'ils doivent savoir pour traiter convenablement les chrétiens, on ne trouve point le mot à' Eglise; il n'y parle que d'une secte, d'une école ou communauté de chrétiens, analogues aux écoles ou aux assemblées païennes. Quant à la direction de cette communauté, il ne s'en explique qu'en termes généraux : « Nos assemblées sont présidées par des vieillards éprouvés, redevables de cet honneur non à l'or, mais au bon témoignage qu'on rend d'eux. Ce sont eux qui exhortent, avertissent, réprimandent, et, au pis aller, congédient. »

' Comp. Schwane, loc. cit., p. 431 ; Théorie de rame par TertuUien, dans le Catholique, ann. 1865.

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Mais en face des hérétiques et des catholiques, il jjarle nettement de l'Eglise, et ce mot il l'emploie dans un triple sens : 1° comme édifice où se rassemblent les fidèles ; 2° comme Eglise particuHère, ce qu'on a appelé plus tard diocèse; 3" comme totalité des membres qui composent la chrétienté. Il n'emploie nulle part le terme d'Eglise catholique. Quand il entre dans les détails à propos d'Eglise particulière ou d'Eglise universelle, il parle quelquefois d'un sacerdoce général, d'un sacerdoce des laïques, afin de leur inspirer le sentiment do leur dignité et de les exciter à remplir les grands devoirs qui y correspondent : il invoque les textes de l'Ecriture, / Pierre, H, 9 ; Apoc, I, 6, V, \0. Mais il s'aperçut bientôt que les laïques exploiteraient cette doctrine au profit de leur orgueil et de leur suffisance, pour faire opposition aux prêtres, plutôt que pour remplir les devoirs de l'état sacerdotal : Sed ciim extollimiir et inflamur adversus clerum, tune iinum omnes stint, tune omnes sacerdotes, quia sacerdotes nos Dco et Patri facit (Apoc, I, 8). Cum ad perœquationem disciplinée sacerdotalis provocamur, deponimus infulas et impares swmis{J)Q n\ono^., cap. xn). C'est pourquoi il blâme les hérétiques « d'imposer aux laïques des fonctions sacerdotales >> (De prœscript., c. xn). Que si, ailleurs, il attribue aux laïques l'exercice de certaines fonctions sacerdotales, ce n'est que dans le cas de nécessité et seulement pour le baptême et la communion : Ubi ecclesiastici ordinis non est consensus, et offers et tinguis, sacerdos tibi solus (De exhort.cast.,cap. vu). Pour le baptême, on sait que cet usage est traditionnel dans l'Eglise, et quant au mot offers il ne se rapporte évidemment qu'à la présentation ou mauducation personnelle de l'hostie déjà consacrée par le prêtre, car Tertullien dit lui-même dans un autre endroit : Accepta corpore Domini et reservato (De orat., c. xx). De plus, il recommande aux laïques de respecter les prêtres et les diacres et surtout de ne pas usurper les fonctions de l'évêque {De baptisrno, cap. xvii). Ailleurs encore, il constate expressément differentia inter ordineni et plebern quani constituit Ecclesiee auctoritas et honor per ordines consessum sanctifîcatus (De exhort. cast., cap. vu), expression que son imitateur saint Cyprien explique par celles-ci : Post divinum judicium, populi suffraqium, coepiscopormn consensum -Epist. lv).

Ainsi, selon Tertullien, les deux ordres de la hiérarchie

ecclésiastique sont les laïques' et le clergé*; les premiers forment la basse classe, le second la classe élevée. Le clergé se compose d'évèques, de prêtres et de diacres, qu'il appelle aussi prœsides Ecclesiœ, pastores *, ou simplement prcesides*. Il mçntionne également les lecteurs. Les prêtres placés audessus de ceux-ci, il les appelle sacer dotes, tandis que saint Cyprien, venu après lui, donne de préférence aux évêques le nom de sacer dotes.

8. Les évêques sont plus souvent nommés, et ils le sont quelquefois à l'abstrait, episcopatus'^. C'est d'eux qu'il est dit expressément : Hanc episcopatvs formam apcstoU providentius condidenmt. Les premiers évêques, dit-il, ont été institués et ordonnés par les apôtres, et c'est pourquoi ils occupent le premier rang dans le clergé et sont les premiers organes du pouvoir sacerdotal et pastoral. Tertullien, comme saint Irénée, les désigne constamment comme les représentants légitimes du pouvoir enseignant; de là vient qu'on les énumère par ordre de succession depuis le temps des apôtres, et non les prêtres et les diacres ; car c'est chez eux uniquement qu'il faut chercher la vraie doctrine du Christ et des apôtres, la tradition. Le souverain prêtre, l'évêque, summits sacerdos, qui est episcopus, a le droit d'administrer le baptême; vieimënt ensuite les prêtres et les diacres, mais non sans l'autorisation de l'évêque, sme auctoritatc, à cause de l'honneur et du respect dû à l'Eglise . afin de maintenir la paix ecclésiastique. Nous voj'ons aussi {De pitdit., cap. xxi) que les évêques s'attribuaient déjà le pouvoir des clefs, d'après Matth., xvi, 18, et Tertullien se plaint que les hérétiques procèdent trop légèrement dans le choix de leurs évêques, de leurs prêtres, de leurs diacres et de leiu-s lecteurs [De prâsscn'pt., cap. xl).

9. Tertullien assigne un rang et une dignité plus élevée encore à la « primauté de Pierre, » qui est, dit-il, « la pierre sur laquelle TEghse doit être édifiée. » C'est Pierre qui a reçu « les clefs du royaume des cieux, le pouvoir de lier et de délier au ciel et sur la terre » {De prœscript., cap. xxn). C'est la condition fondamentale de la durée de l'Eglise : Mémento

* De prœscript., c. xli; De fiigu, c. xi; De baptismo, c. xvii ; De exhorl. casl., c. vu; De monog., c. xi et xii. — -De monog., c xii; De fug>iy c. xr. — ' De corona, ci. — * De priescript., c. xlii ; ad iixor., lib I, c. vrr — =' De fu^a, c. xui; De Lapiismo, c. xv;i : De prœscripL, c. xxx.

claves ejus hic Dominum Petro etper eum Ecclesise reUquisse (Scorp., cap. x). Si plus lard, dans les derniers temps de son montanisme, il n'a voulu y voir qu'un privilège personnel conféré à Pierre, persoiialiter hoc Petro conferentem , il ne laisse pas de qualifier un des successeurs de Pierre, probablement Calixte , « d'évèque des évèques , ayant le droit de porter des décrets péremptoires, » el il l'interpelle, quoique avec ironie, d'homme « apostolique, » selon la coutume de ce temps [De pudicit., cap. xxii.

10. Tertullien est aussi le premier des auteurs ecclésiastiques latins qui mentionne les synodes tenus après le concile des apôLres ; il les appelle concilia ex wiiversis Eccksiis, tenus en différents lieux de la Grèce pour des affaires importantes, per qu3e altiora queeque in commune tractantur. Il dit de ces synodes : Ipsa repraesentatio toiius nominis christiani magna veneratione celebratur ^De jejun., cap. xiu). D'après cola, on peut admettre qu'à cette époque les synodes n'étaient pas encore tenus dans l'Eglise latine. (Yoy. les n°* 7-10').

11. Dans l'administration du baptême, il insiste fortement sur l'emploi de l'eau pour que la grâce puisse opérer [De bapt., cap. i-ix), posant ainsi la base de la doctrine théologique de Vopiis operatum, où les protestants ne voient qu'une opération magique. 11 admet aussi la validité du baptême de sang, et rapporte les cérémonies baptismales usitées de son temps. Quant au baptême des enfants, il ne l'admet pas en règle générale, à cause du danger des rechutes {De bapt., c. vu, viii, 19).

12. « Celui (jui a établi le châtiment par le jugement a promis aussi par la pénitence la rémission de tous les péchés, charnels ou spirituels , réels ou seulement volontaires. » Cette parole : « Yaut-il mieux être damné en restant caché que d'être absous publiquement? » prouve (jue l'aveu est nécessaire pour la validité de l'absolution ; l'un et l'autre sont nettement exprimés dans ce passage : In quantum 7ion peperceris tibi, in tantum tibi Deus, crecle, parcet. Plerosque tamen hoc opus (delicta confitendi) ut publicationem sui aut fiigere aut de die in diem differre prsesumo, pudoris maqis meynoi'es quam salutis : veluti illi qui in partibus verecundioribus corporis contracta vexatione, conscientiam medentium

' Kollner, Doctrine de Tertullien aur l'Eglise et la fiii^rarcJv'e, dans !«• Ca'holique, iHlS, t. II.

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vitant et ita ciim eruhescentia sua pereunt (De pœnit., cap. iv et X, passim).

13. Confirmation. « Sortis de Teau , dit Tertullien, nous sommes oinis de riiuile, » puis, « on nous impose les mains,

qui, par la bénédiction, appelle et invite le Saint-Esprit

Ensuite cet Esprit si saint descend du Père sur les corps purifiés et sanctifiés » (De bapi., cap. vu et viii).

14. Eucharistie. Les fidèles du temps de Tertullien avaient grand soin de ne point laisser tomber les saintes espèces à terre ; preuve qu'ils ne les prenaient pas pour un pur symbole {De corona, cap. m). S'il emploie ailleurs l'expression de « figure du corps de Jésus-Christ, » cela signifie, d'après le but général de son ouvrage, qui était de combattre le docétisme de Marcion, que « le pain est la forme extérieure sous laquelle paraît le vrai corps de Jésus-Christ» [Ado. Marc,, lib. III, cap. XIX, et IV, xl'). Tertullien, employant ici des termes souvent vagues et obscurs, sa pensée sera toujours difficile à démêler. Il parle aussi, en divers endroits, du sacrifice qu'on offre dans l'Eglise sous le nom d'Eucharistie*. Erga devotwn Deo obsequiion Eucharistia resolvit a?i magis Deo obligat? Accepta corpore noniini et reservato, utrumque salvum est, et participatio sacrificii et executio offtcii^.

15. Après avoir révélé le danger des unions entre fidèles et infidèles, où l'épouse peut être empêchée dans ses pratiques religieuses, Tertullien dépeint les avantages du mariage chrétien : « L'Eglise en forme le nœud, l'oblation le confirme, la bénédiction y met le sceau, les anges en sont les témoins, le Père céleste le ratifie. L'un et l'autre époux font retentir les psaumes et les hymnes, et rivalisent dans le chant des louanges de Dieu » [Adiixor., II, viii, ix).

Dans un autre endroit, on voit figurer les ministres de l'Eglise comme dispensateurs du sacrement, et c'est par leur entremise que l'union matrimoniale se forme régulièrement : « Afin donc que vous vous mariiez dans le Seigneur et selon ce qu'exige l'apôtre, considérez comment vous êtes constitué, vous qui demandez un second mariage, qu'il n'est pas permis de conclure avec ceux dont vous le réclamez, savoir : les

< Cf. Dœllinger, Euchfirislie, p. 55; Mœhler, Palrol., p. 773. — ' De corona, c. m; De cuit, fem., II, u. - ' Ad lixor., II, vi; Ad Scap., n; De monog., x j Dt ex,he>rl. cast.. n. Voyez Schwsijje, Hist. des dogmes, elc.

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êvéques monogames, les prêtres et les diacres, ainsi que les veuves, dont vous reniez la condition » [De mono(/., cap. xi).

11 mentionne aussi les mariages clandestins, occulUe conjunctiones, qui couraient risque dètre traités de concubinage, d'union illicite. 11 faut, dit-il, les promulguer devant l'Eglise et les conclure devant ses chefs, opudordinem, apud Ecclesiam "professée (De pudit., cap. iv).

IG. Tertullien justifie la résurrection des corps par la part commune qui revient au corps et à l'àme dans toutes les actions de l'homme : Dieu, dit-il, a uni l'àme à cette chair d'une façon si intime qu'on ne sait si c'est la chair qui porte l'àme ou l'àme qui porte la chair. « On lave la chair pour purifier l'àme, on oint la chair pour consacrer l'àme, on marque la chair du signe de la croix pour que fàme soit confirmée ; la chair est couverte comme d'une ombre par l'imposition des mains, afin que l'àme soit éclairée par l'Esprit ; la chair mange le corps et le sang du Christ, afin que l'àme soit engraissée de Dieu même » [De resurr. carn., c. viif). Tertullien eu conclut : Justifia porro exigit lit ?ion modo anima auctrix, sed etiam corpus ministrum bonorum opermn Dei regnum mereatur (Adv. Marc, V, x). Itaque plenitudo perfectioque judicii divini nonnisi de totius hotninis reprœsentatione consîabit {De resur. carn., c. x). Yoy. ci-dessus.

17, Celui qui recherche la vérité arrive, par la connaissance du christianisme, à son but naturel : Nobis curiositate opus ?ion est post Christum Jesum, nec ifirjuisiiione post Evangelium, Cum credimus, nihil desideramns ultra credere. Hoc enim prias credimus, non esse quod ultra credere debeamus (De prsescript., c. vu). « Qu'y a-t-il de commun entre Athènes et Jérusalem, l'académie et l'Eglise ? » Il désapprouve aussi ceux qui, sans mission, veulent scruter les Ecritures : Fides, inquit (Christus), tua te salvum fecit, non exercitatio Scripturarum. Fides i?î régula (fidei) posita est; habet legem et salutem de observatione legis, exercitatio autem in curiositate consistit, habens gloriam solam de peritise studio (ibid., cap. xiv). Cependant, tout en voulant exclure la spéculation et la science, Tertullien les emploie souvent bien au-delà du cercle immédiat de la foi, et va plus loin que saint Irénée. Par là, du moins, il a posé chez les Latins les premières bases do la science calliohque.

■254 Ï>ATROLOGIE.

18. Son traité sur VOraison dominicale est un des premiers et des plus intéressants. U est aussi sobre de paroles que riche do pensées; c'est un abrégé de lEvangile. Dans cette prière, la sagesse divine a tout disposé avec un ordre parfait : après les choses du ciel, elle a aussi trouvé une place pour les choses de la terre. i\lais cette prière veut être dite d'un cœur pur et paisible, ab omni omnino confusione animi libcra esse débet orationis intentio, de iali spirilii emissa, qualis est Spiritus ad quem mittilia^K Nous y voyons que les chrétiens d'alors élevaient en priant les mains au ciel, et se mettaient à genoux, le dimanche excepté'-, jour consacré à la joio et où l'on s'abstenait du travail^. Dans iexhortalion à la prière qui termine cet opuscule, le ton s'élève sensiblement : « Nous obtenons tout de Dieu par la prière. Dieu a-til jamais rien refusé à la prière faite en esprit et en vérité? Déjà dans l'Ancien Testament la prière délivrait du feu, des bêtes féroces, de la faim, et cependant eiie n'avait point encore reçu sa forme de Jésus- Christ, car Jésus-Christ ne lui a donné de force que pour lo bien ; avant lui, elle obtenait des plaies, battait des armées, arrêtait les pluies fécondes. Quant a la prière du Christ, son pouvoir se borne à rappeler les âmes des défunts des voies de la mort, à renouveler ceux qui sont tombés, à guérir ceux qui sont malades, à chasser les démons, à ouvrir les prisons, à briser les chaînes des innocents. Elle efface aussi les péchés, bannit les tentations, calme les persécutions, console les âmes abattues, réjouit les cœurs magnanimes, nourrit les pauvres, dirige les riches, relève ceux qui sont tombés, soutient ceux qui chancellent, maintient ceux qui sont debout. La prière est le rempart de la foi, une défense et une aime contre l'homme qui nous épie de tous côtés. Ne sortons jamais désarmés : le jour, souvenons-nous de la station ; la nuit, des veilles. Prions aussi tous les anges ; chaque créature prie, les animaux domestiques comme ceux de la forêt. Les oiseaux prennent leur essor vers le ciel, et, à défaut de mains, étendent leurs ailes en forme de croix; leur chant ressemble à une prière. Que dire encore de l'obligation de la prière? Le Seigneur lui-même a prié ^! »

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