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Tertullien énumère aussi quantité de cérémonies usitées

' /)• orat., c. xu. — ' C. xvii. — * C. xxm. — * C. xxvii.

AUTEURS J.ATINS, — TERTULLIEN. 255

dans le culte public et dans l'adminislralion des sacrements ; il parle surtout du signe de la croix : Ad oinnem progressum atque promotwa, ad omjiem adltum et exitvrii, ad vestiliim et calcmtwn, ad lavacra, ad mensas, ad lumina, ad cubilla, ad sedilia, qusecumque nos conversatio cxercef, frontem crucis sifjnaculo teiimus\ Il traite du jeune usité cliez les catholiques, et dit que, dans les calamités, les évèques ont droit de prescrire un jeûne universel'. Le jeune est un moyen d'arriver à la vertu : cette patience du corps, dit-il, recommande nos prières et aide à nos supplications ; elle ouvre les oreilles du Christ, de Dieu, bannit la sévérité et provoque la douceur'.

20. \S Apologétique' contient une belle peinture de l'union et de la concorde qui régnaient parmi les fidèles; aussi les païens eux-mêmes ne pouvaient s'empêcher de s'écrier : « Voyez comme ils s'aiment 1 » Tertullien, comparant la charité des chrétiens avec la bienfaisance des païens : « Notre charité, disait-il, donne plus sur la rue que votre piété dans les temples". » Dans le traité Ad xixorem, il, iv, il décrit les vertus et les bonnes œuvres qui doivent être l'ornement d'une femme chrétienne.

21 . Il nous reste à mentionner les idées de Tertullien sur l'élût chrétien. Contrairement à la théorie païenne, qui faisait de l'empereur une divinité, Tertullien se contente de dire qu'il est institué de Dieu et le premier après lui : Colimus ergo et imperatorem sic, quomodo et nobis licet et ipsi expedit, ut hominem a Deo secundum, et quidquid est, a Deo consecutum, solo Deo minorem ^.

Ayant reçu sa puissance de Dieu, l'empereur n'est soumis qu'à Dieu seul. Nous sommes donc tenus de l'honorer, de l'aimer, de prier pour lui, afin de vivre sous lui dans la paix et la sécurité. Il ne nous est permis de haïr personne, à plus forte raison l'empereur'. A son tour, l'empereur ne doit jamais forcer ses sujets à honorer les faux dieux ; s'il le fait, ses sujets ont le droit de lui résister*. Tertullien en déduit le droit do professer librement le christianisme, d'autant plus que toutes les accusations odieuses portées contre lui sont fausses : Eumani juris et naturalis potestatis est unicuiqite, quodputa-

* De corona, c. m. — « De Jejun., c. ii et xnr. — ' De patient., c. xiii. — *C. XXXIX.— 5/fc»V/., c. XLii. — «ylrf Scop , C. ?i ; Apol , C. XXX. — " Apol, c xx.\ui-xx.xvi ; Ad Scap., u. — * Apol.. xxvm, xxxiv

256 PATROLOr.IE.

ve7'it colère; nec aUi obest aut prodest alterius relUjio. Sed nec religionis est cogère religionem, aux sponte suscipi deheat, non vi'.

22. Outre ces témoignages multiples en faveur de la doctrine de l'Eglise, Tertullien donne encore une foule de renseignements sur les institutions, le culte, les mœurs et les coutumes chrétiennes. Leinbach les a très-bien groupés en deux articles intitulés ; Tertullien comme source de l'archéologie chrétienne, dans la Revue théologique, "Vienne, 1871.

Le Tertullianus prœdicans omnibus anni dominicis et festis, singulisque yuadragesimœ feriis, par Mich. Vivien, éd. 8", Avignon, 1835 (augmenté de passages des saints Pères), offre une collection des meilleures et des plus belles pensées de Tertullien.

Operum omn. éd. princeps, de Beatus Rhenanus, Basil., 1321, in-fol., éd. iNic. Rigaltius, Par., 1614 et auctius 1641 ; éd. Semler et Schùtz, Hal., 1770,6 vol. in-8»; Migne, sér. lat., t. l-II. Edit. portatives: Oberthur, Bibl. Patr. lat.. t. I-U; Gersdorf, Bibl. selecta. t. VIII-IX; la meilleure par Fr. Œliler, Lips., 1831-34,3 vol. in-8°. Cf. Tillemont, t. III j Ceillier, t. II, 1" el 2« éditions; Mœhler, PatroL; Bœringer, Hist. de l'Eglise; Staeckl, Philosophie de l'ère patristique.

% 39. Saint Cyprien.

(Thascius Caecilius, mort en 238 )

Cf. Vita et passio S. Cœc. Cypr., par le diacre Pontius; Prolégomènes, de Mai'an, dans son édit. de saint Cyprien; dans Migne, sér. lat., t. IV.

Thascius Cyprien naquit au commencement du troisième siècle d'une famille notable, probablement à Carthago. Homme de talent et élevé avec le plus grand soin, il embrassa la carrière de rhéteur et la remplit avec tant d'éclat, qu'il devint la gloire des païens de cette ville. Enflé de ses succès, attiré vers les jouissances mondaines par son immense fortune, il fut préservé de l'abîme et converti en 246, par Cécilius, prêtre catholique, dont il prit désormais le nom, dit saint Jérôme*. « Ce qui me semblait autrefois difficile, impossible même, disait-il, sur la mer orageuse de ce monde : renaître à une vie nouvelle dans un bain salutaire, déposer le vieil homme, et, tout en conservant le même corps, être régénéré de cœur et d'esprit, j'ai eu la joie

' Apol, XXIV ; Ad Scctp., ii; cf. Dieringer, Doctrina Tertull. de republ. et de offic. acjur. civium Christ. Bonnœ, 1850. — » S. Jérôme, Catal., c. lxvii.

de rexpérimenler en moi-même, car, par la grâce de Dieu, nous vivons, nous sommes fort, et voilà l'élan que nous avons déjà pris n {Ad Donat., c. ni et iv). Méprisant les railleries des païens, qui l'avaient surnommé zôTrpoî, Stercus, il prouva son changement de vie en critiquant sans ménagement la superstition païenne, De vanitate idolorum.

Il fut ordonné prêtre un an après, et, en 248, nommé malgré lui successeur de Donat, évèque de Carlhage. Il s'acquitta de sa charge avec une telle distinction, que saint Augustin l'a appelé Véoêque catholique, le martyr catholique par excellence. Ce cri de mort : Cyprien aux lions ! poussé sous la persécution de Dèce, en 250, le décida à prendre la fuite, selon le conseil du Sauveur lui-même , acte qui donna lieu à bien des malentendus. Quoique absent, il ne laissa pas toutefois de s'intéresser à son troupeau. Retourné à Cartilage en 2oI, quand l'orage fut passé, la multiplicité de ses travaux dévêque ne l'empêcha pas de tenir sept nombreux synodes sur la manière de recevoir ceux qui étaient tombés pendant la persécution, sur le schisme de Novatien et de Félicissime, et sur le baptême des hérétiques, à propos duquel un violent débat s'éleva entre lui et le pape Etienne. Ce qu'il a écrit pour d'autres dans les traités De bono patientiae et De zelo et livore aura sans doute contribué à le ramener lui-même dans la bonne voie. Il est probable qu'il finit par adopter la pratique romaine dEticnne, car il était déjà en communion ecclésiatiquc avec son successeur Xysle, Epist. lxxx (an. 258). Demeuré à Carthage pendant la persécution de Valérien, il déclara ouvertement « qu'il était chrétien et évêque, » et fut exilé à Kurubis. Un an après, on lui annonçait sa sentence de mort : « Cyprien, ennemi des dieux de Rome, sera décapité. » — « Dieu soit loué ! » réponditil. Quand on apprit à Carthage qu'il avait subi le martyre (14 sept. 258), ce cri de douleur s'exhala de toutes les poitrines : « Allons mourir avec lui I »

Dans ses nombreux écrits, Cyprien avait pris pour modèle Tertullien, mais en observant ce principe de saint Jérôme : Admiramur ingenium, danmamus hœresin. 11 suffit, pour s'en convaincre, de comparer ses traités : De vanitate idolorum, De ralione dominica, Testimoniorum adv. Judœos libri 11, De habitu virginum, avec ceux-ci de Tertullien : Apologeticum, De oratione, Contra Judœos, De virginibus velandis. Seulement

la dialectique âpre et blessante de Tertullien est remplacée chez son imitateur par une diction attrayante et par un grand esprit de conciliation. Dans ses conseils aux vierges chrétiennes, Tertullien passe souvent les bornes do la délicatesse, tandis que Cyprien est à la fois chaste de pensées et de style. Tertullien incline toujours au rigorisme ; Cyprien ne prend conseil que de la sagesse et de la modération.

Ouvrages apologétiques.

1. A Donat (néophyte), Traité de la grâce de Dieu, avec une magnifique introduction. 11 est aussi cité quelquefois sous le titre de lettre. Saint Cyprien l'écrivit immédiatement après sa conversion. Il y dépeint, non sans une certaine emphase, l'état malheureux où il vivait autrefois, sa conversion, sa purification par le baptême, dont il relève les salutaires elTets en les opposant aux horreurs du paganisme. Il y exhorte à persévérer dans la foi.

Le passage suivant fera connaître son style agréable et fleuri :

« Bene admones, Donatc carissime, nam et promisissc me memini et reddendi tcmpestivum prorsus hoc tempus est, quo indulgente vendemia solulus animus in quietem solemnes acstalasannifatiganlis indutiassortiatur. Locuseliam cum die convenit et mulccndis sensibus ac fovendis ad lenes auras blandienlis autumni hoi'torum faciès amœna consentit.

1. » Hic jucundum scrmonibus diem ducere et studentibus fabulis in divina prœcepta conscientiam pectoris erudire. At ne loqui nostrum arbiter profanus impcdiat aut clamor intempcrans familiœ strepentis obtundat, pctamus hanc sedem : dant secessum vicena sécréta, ubi dum erratici palmitum lapsus nexibus penduUs per arundines bajulas repunt, viteam porticum frondea tecta fecerunt. Bene hic studia in aures domus, et dum in arbores et in vites videamus, oblectante prospectus oculos amœnamus animam simul et auditus instruit et pascit obtutus ; quanquam tibi sola nunc gratia, sola cura sermonis est, contemptis voluplaricfi visionis illecebris, in me oculos tuos fixus es, qua ore, qua mente totus auditor es et hoc amore quo diligis.

2. » Cœterum quale vel quantum est quod in pectus tuum veniat ex uobis, exilis ingenii augusta mediocritas tenues ad

modum fruges parit, nuUis ad copiam fecundi cœspitis ciilminibus ingravescit , adgrediar tamen facultate qua valeo , nam et materia dicendi facit mecum. In judiciis (contione) pro nostris opulenta facundia volubili ambitionejactetur ; cum de Domino et de Deo vox est, vocis pura siuceiitas non eloquentise viribus nititur ad fidei argnmenta, sed rébus. Denique accipe non diserta, sed forlia, nec ad audientiap. popnlaris illecebram culto sermone fucata, sed ad divinam indulgentiam prœdicandam rudi veritate simplicia ; accipe quod sentitur antequam dicitur, nec per moras temporum longa agnitione colligitur, sed compendio gratiœ maturantis hauritur.

3. » Ego cum in tenebris atque in nocte cseca jacerem cumque in salo jactantis sseculi nutabundus ac dubius vestigiis oberranlibus lluctuarum vit» meœ nescins, veritalis ac lucis alienus difficile prorsus ac durum pro illis tune moribus opinabar, quod in salutem mihi divina indulgentia pollicebatur, ut quibus renasci denuo posset utque in novam vitam lavacro aquse salutaris animalus , quod prius fuerat , exponeret et corporis, licet manente compage, hominem animo ac mente mutaret. Qui possibilis, aiebam tanta conversio, ut repente ac perniciter exuatur quod vel genuinum situ materise naturalis obduruit vel usurpatum diu senio vetustatis inolevit? Alta hsec et profunda penitus radiée sederunt.

4. » Ha-c egomet ssepe mecum. Nam et ipse quam plurimis vitse prioris erroribus implicatus tenebar, quibus exui me posse non crederem. Sic vitiis adhœrentibus obsecundans eram, desperatione meliorum malis meis propriis ac vernaculis et favebam. Sed poslquam undœ genetalis auxilio superioris œvi labe detersa, in expiatum pec-tus ac purum desuper se lumen inl'udit, postquam cœlitus spiritu liausto in novum me hominem nativitas secunda reparavit, mirum in modum protinus confirmare se dubia, patere clausa, lucere tenebrosa, facultatem dare quod prius difficile videbatur, geri posse quod impossibile putabatur, ut esset agnoscere lerrenum fuisse quod prius carnaliter natum delictis obnoxiis viveret, Dei esse cœpisse quod jam Spiritus sanctus animaret... Dei est, inquam, Dei omne quod possumus ; inde viviinus, inde pollemus, inde sumpto et concepto vigore hic adhuc posili futurorum, indicia prœnoscimus. Sit tanlum timor innocenf.ce custos, ut qui in mentes nostras indulgenliaî cœlestis udlapsu

cicmenler Deiis influxit, in animi oblcclantis hospitio justa operalione tcneatur, nec accepta sccuritas indiligenliam pariât et velus denuo hoslis obrepat. »

2. Dans le Traité de la vanité des idoles, en quinze chapilres, qui se rallache au précédent, il montre que les idoles ne sont pas des dieux ;.il expose le monothéisme chrétien et développe historiquement les principaux dogmes du christianisme. Cet ouvrage est extrait en grande partie de Y Octave de Minuceet de Y Apologétique de TerluUien.

3. Dans les trois livres des Témoiqnoxjes contre les Juifs, rédigé pour un nommé (juirin, probablement quand il était simple prêtre, il traite, à l'aide de textes bibliques dont le choix laisse à désirer, de la personne du Christ et du caractère transitoire du judaïsme. Le troisième livre, d'une date un peu postérieure, roule sur des questions de morale et de discipline.

4. L'écrit à Démétrien, en vingt-cinq chapitres, est aussi consacré à la défense du christianisme. Composé en 253 et adressé à un païen de-<.*ondilion, il a pour but de montrer que ce n'est pas aux chrétiens, mais aux païens, qu'il faut imputer les malheurs de l'empire : ce sont eux qui ont irrité la colère de Dieu.

Pour renforcer son accusation, il trace une horrible peinture du monde païen dégénéré, de ce qui se passe dans les rues et sur la mer infestée de brigands. Partout la guerre est allumée ; le forum est rempli de procès et de juges iniques; les hommes sont broyés dans les jeux féroces des gladiateurs; au théâtre, on ne voit que parricides, incestes, excitation à l'adultère, sans parler des impudicités qui se commettent dans les maisons particulières. Que si, malgré cela, on veut poursuivre les chrétiens innocents de tous ces crimes, qu'on leur épargne les supplices et qu'on les combatte par des raisons convaincantes (ch. xni)

5. Dans le traité Sur le maintien des vierges, en vingt-quatre chapitres, que saint Jérôme et saint Augustin mentionnent avec éloge, l'autour exhorte les vierges consacrées à Dieu par une chasteté perpétuelle à aimer la simplicité des vêtements, afln de mieux remplir le vœu qu'elles ont fait. Vous êtes, leur dit-il, la fleur de l'Eglise, l'ornement et le lustre de la grâce spirituelle, l'image do Dieu où se reflète la sainteté dii Sel-

AUTEITBS LATINS. — S. CYPRIEX. 561

gnour, la plus illustre portion du troupeau de Jésus-Christ. Vous avez le premier rang après les martyrs ; mais aussi plus votre gloire est sublime, plus votre attention à veiller sur vous-mêmes doit être grande et continuelle (ch. m).

G. Le traité de la Mortalité, en vingt- six chapitres, a pour but de combattre la crainte excessive de la mort, qui, pendant la peste, avait envahi un grand nombre de chrétiens. Celui qui combat pour Dieu, celui qui, enrôlé dans la milice céleste, dirige son espérance vers les choses divines, ne doit point redouter les traverses de ce monde, puisque le Seigneur a prédit qu'il y aurait partout des guerres, des famines, des tremblements de terre, des pestes. — De plus, les serviteurs de Dieu n'arriveront à la paix que lorsque, échappés à ces orages, ils entreront dans le port de la patrie et de la sécurité éternelle ; c'est après avoir supporté la peine de la mort qu'ils arriveront à l'immortalité. — Qu'avons-nous, en effet, dans ce monde, sinon à livrer tous les jours et constamment un rudo combat contre le démon, la cupidité, l'impureté, la colère, l'avarice, les passions de la chair, les séductions du monde?... Aussi , qui ne désirerait d'arriver à la joie , à Jésus-Christ (ch. H-v)?... En combattant contre dételles épreuves, notre force s'accroît, et notre foi éprouvée reçoit sa couronne. Et puis, quelle grandeur dame, quelle élévation d'esprit que de rester debout au milieu des ruines du genre humain, de n'être point abattu avec ceux qui n'ont aucune espérance (ch. xiv)? Saluons donc le jour qui nous montrera à tous notre patrie, qui nous arrachera aux pièges de ce monde et nous rendra au paradis, au royaume des cieux. Montrons par nos œiivres ce que nous confessons par notre foi (ch. xxvi). — Ces conseils en déterminèrent plusieurs à enterrer nonseulement les corps de leurs défunts, mais encore ceux des païens, qui, dans leur cruelle indifférence, laissaient les cadavres des leurs étendus dans les rues.

7. Un traité analogue pour le fond à ce dernier est Y Exhortation au martyre, composé vers 2.55. Saint Cyprien y prépare les chrétiens à une persécution imminente ; ils les exhorte à confesser généreusement leur foi et à ne pas apostasier.

8. Traité de l'unité de U Eglise, ou De simplicitateprœlaiorum, en vingt-sept chapitres, écrit vers l'an 251. Saint Cyprien. désireux d'éclairer quelques confesseurs romains qui s'étaient

laissé séduire au schisme de No va tien el de Noval, développe la notion de l'unité de l'Eglise, « hors de laquelle il n'y a point de salut, » car « celui-là ne peut avoir Dieu pour père qui ne reconnaît pas l'Eglise pour sa mère » (ch. vi). Il répète la même chose Epist. xlvu, cap. vu, et Epist. lu, cap. 1. 11 parle aussi avec beaucoup de détails des rapports de l'Eglise avec l'évêque de Rome, ce qui a donné lieu autrefois et de nos jours à des interprétations tout-à-fait hétérogènes'.

9. Dans le traité De lapsis, saint Cyprien indique les règles qu'il faut observer pour admettre à la communion ceux qui ont apostasie pendant la persécution ; il s'élève contre l'excessive indulgence des confesseurs trop empressés à donner des billets de communion religieuse, libelli pacis. Cette rémission intempestive des péchés, contraire à la volonté de Dieu et à l'ordre qu'il a établi, est stérile et illusoire. L'intercession des martyrs n'a pas la vertu d'obtenir le pardon aux impénitents (ch. XXI*).

10. Le traité de la Prière, ou explication du Pater, est l'ouvrage qu'on admire et qu'on Ht le plus, bien qu'il renferme de nombreux emprunts faits à l'ouvrage analogue de Tertullieu. •Après une introduction à la prière, on y trouve d'excellentes remarques sur chaque demande.

11. Des bonnes Œuvres et des Aumônes; 12. de la Patience. Ces traités, destinés à recommander les vertus qui leur servent de titre, sont complétés par ceux de de l'Envie et de la Jalousie. Dans ces deux derniers, rédigés vers 256, le principal but de saint Cyprien est de montrer combien l'envie, la jalousi et l'impatience sont funestes à l'Eghse et contraires à l'esprit d'unité.

< Dodwel, Dissertationes cijprianicae, XIII, Lond., 1684, et Tédilion des Œuvres de saitit Cyprien, Brem., 1690; voyez surtout la septième dissertation. De episcopo, unitatis principio, ad Epist. xxvu. Consultez aussi les ouvrages de F'eters, Reinkens et Huilier. Reinkens avait demandé, dans la préface d'une brochure : « De quel côté se trouve Cyprien? Est-il avecle paganisme du Vatican ou avec l'Eglise vieille-catholique?» — Le protestant Koib lui répondit : « Nous nous prononçons avec respect et admiration en faveur de cet homme, qui est plus qu'un vieux catholique et qui a couronné par le martyre une vie consacrée tout entière à ses fonctions et à son Eglise. »

» Voyez Klipfel, De libellis martyrum, Frib., 1777.

AUTEUHS LATINS. — S. CYPRTEN. 263

Les lettres de saint Cyprien.

Ces lettres, au nombre de quatre-vingt-une, y compris celles qui ne sont pas de lui, fournissent des renseignements pleins d'intérêt sur letat de la société religieuse, sur les institutions et l'histoire africaine et romaine.

On lui attribue encore un grand nombre d'écrits, dont les suivants : De spectaculis, De Inude martyrii, De disciplina et bono pudicitidd, sont très-douteux; ceux-ci : Ad Novatium, de spe veniœ non neç/anda; Exhortatio ad pœnilentiani ; De aleatoribus, De singularitate clericorum; De XII abusionibus ssecuU ; Oratio de lande martyrii, sont certainement apocryphes. Il en est d'autres où ce caractère est encore plus saillant.

Le traité De rebaptisrnate, placé ordinairement parmi les écrits de saint Cyprien, est dirigé contre lui et contre son opinion sur la nécessité de rebaptiser les hérétiques, il fut sans doute composé de son vivant*.

Doctrine de saint Cyprien.

L'Eglise, les sacrements, la vie chrétienne, tels sont les points sur lesquels les écrits de saint Cyprien offrent le plus de ressources.

1. L'Eglise est une, et les évêques sont le lien do son unité : « Sachez-le, l'évèque est dans lEghse, et l'EgUse est dans révèque. » Les évèques forment un tout dont la chaire de saint Pierre est le centre , selon ce qui est dit en saint Matthieu, xvi, 16 : « C'est sur un seul qu'il bâtit son Eglise ..., et quoiqu après sa résurrection il donne à tous ses apôtres une puissance pareille, toutefois, pour manifester l'unité, il a institué une chaire et posé l'origine de l'unité en la faisant descendre d'un seul. » Hoc erant utique et cseteri apnstoli quod fuit Petrus, pari consortio prœditi et honoris et potestatis, sed exordium ab unitate proficiscitur, ut Ecclesia Christi una monstretur (De unit. Eccl., cap. iv'). Et ailleurs, Epist. lxvi :

< Gallandi, BibUolh., t. III.

* A l'exemple de Krablnger, dans son édition De catholicse Ecriesix unitate, Tub., i863, Harlel a démontré sans réplique, en son excellenîe édition des Œuvres de saint Cyprien, que les copistes postérieurs ont ajouté au texte authentique les passages suivants : !<> A ce texte de la Bible, Matth.,

Super qiiem (Petrum) œdificata fnerat Ecclesia, et encore r Nam ncc Petnim, qiœm primum Dominus ekfjil et super quem 3Bdiflcm)it Ecclesiam suam (Epist. iaxi). Dans le passage suivant, il indique où se trouve le centre de l'unité après la mort de Pierre : Navifjare audent (hgprelici) ad Pétri calhcdram et Ecclesiam principalem, unde unitas sacerdotalis exorta est; a schismaticis et profanis litteras ferre, nec cogitare eos esse Romanos, quorum fides Apostolo prsedicante laudata est, ad qiios perfidia hahere non possit accessum. Communiquer avec le Pontife romain, c'est communiquer avec l'Eglise catholique. Comment saint Cyprien entendait le mot do primauté, nous le savons de Firmilien, évêque de Césarée, qui disait du pape Etienne : Per successionem Pétri cathedram habere se prœdicat.

Une autre preuve de la primauté de l'Eglise romaine se trouve dans la lettre lxvu, où saint Cyprien, sur la demande des évèques des Gaules, exhorte le pape Etienne à déposer Marcien, évèque novalien d'Arles, et à procurer l'élection d'un autre évêque.

Si saint Cyprien ne néglige rien pour faire ressortir la primauté de l'évèquo de Rome, il n'est pas moins zélé à défendre les droits des évêques particuliers. Deux évèques opiniâtres, Novat et Félicissirne, ainsi que trois autres, s'étant adressés au pape Corneille, saint Cyprien écrivit à ce dernier : « Ils s'embarquent pour Rome avec leur fausse marchandise, comme si la vérité ne pouvait faire voile après eux, afin de réfuter les langues mensongères en exposant le véritable état des choses » (ch. xi)... Mais c'est justement '<■ près de la chaire de Pierre, d'où est sortie l'unité sacerdotale, » que ces perturbateurs de la paix et de l'unité de l'Eglise trouveront infailliblement leur condamnation. S'ils se repentent, ils savent où ils doivent revenir. 11 est établi entre nous tous, et avec justice, que chaque coupable soit examiné au lieu où le crime a

LVi : Ego dico tibi : Tu es Peints, ils ont ajouté celui-ci : Pance oves meas (Jean, xxr, 16, M). — 2° Après ces paroles : ab uniinte propciacititr, ils ont mis : el prlmatus Peiro datur ut tina Ckristi Ecclesia el cathedra monstretur. El paslores sunt omnes, sed çfrex nnus ostendilur, qui ab aposloUs omnibus unanimi consensione pascatur. Cependant cette dernière phrase contient à peine une seule pensée qui ne se retrouve pas dans d'autre» passages de saint Cyprien. Prétendre qu'il y a là falsification intentionnelle, c'est une de ces illusions trop fréquentes de nos jours.

AUTEURS LATINS. — S. CTPRIEN. 26H

été commis ; une porfion du troupeau est attribuée à chaque pasteur pour la gouverner et en rendre compte au Seigneur. Il ne faut donc pas que ceux qui nous sont soumis ^à nous, évêquesl, courent cà et là et mettent la dissension entre les évèques, mais qu'ils plaident leur cause là où ils peuvent avoir des accusateurs et des témoins de leur crime, à moins que ce petit nombre de désespérés ne trouve pas suffisante l'autorité des évèques d'Afrique, qui les ont déjà jugés et condamnés. Leur cause a été examinée, leur sentence prononcée. Ce serait une offense à la fonction juridique des prêtres (évèques) qu'on leur reprochât d'être légers et inconstants, puisque le Seigneur nous apprend que nous ne devons dire que : « Oui, oui, non, non » (Vh. xiv).

Sur la sublime doctrine de l'unité de l'Eglise et de sa conservation, qui intéressait saint Cyprien plus que tout le reste, il s'exprime en diverses occasions et dans les termes suivants : « Les évèques doivent être un, afin de représenter l'unité de l'Eglise ' : » Quam unitatem tenere firmiter et vindicare debemus maxime episcopi, qui in Ecclesia prsesidemns, ut episco-

palum quoque ipsum tmwn atque indivision probemus

Episcopatus unus est, cujus a singuUs in solidiim pars tenetur

< Les bornes de cet ouvrage ne nous permettent pas d'entrer dans cet fa controverse, renouvelée de nos jours : Est-ce dans l'épiscopat seul ou dans l'épiscopnt uni h la primauté, que saint Cyprien place le maintien de l'unilé de l'Eglise? Quelques remarques seulement. Reinkens ouvre sa philippique contre le sentiment attribué jusqu'ici à saint Cyprien par ce tilre significalif : Une dixi'nrtion oubliée. « Pendant longtemps, dit-il, on a attribué h la totalité de l'Eglise tout ce qiie dit snint Cyprien de l'unité de chaque Eglise particulière » (diocèse). — Or, plus d'un lecteur peut se souvenir que l'anglican Dodwell avait déjà traité la question sous ce point de vue dans la septième de ses Dlasertationes cj/prinnicœ. ainsi que l'indique le titre môme de celte dissertation, voy. ci-dessus p. 202, noie l,et surtout an § 11. où nous lisons ce passage : Proçjredinr itiique ut oslendmn et rccte cotifilitututn esse in episcopos unitntis principium, ucc ndeo esse, qu(im piitanl forlnssc. fulilem rationem a sancli Pétri primata petitnm. In primis non in nlio constiluendum crut unitatis principium quam in episropo. Dodwell indiquî au § 7 à quelle occasion il avait institué celte recherche : Noiandum itaque : 1" Cam de un'la'e Ecrlesiœ dispulntu'-, non aqi lamcn de illius Eccicsiœunitnte quam catholicam liodie dicimus. quœnimirum omues ambitu suo per lerrarum orbem Ecdevas pnrticulares compleclitur, sed de ipsis dnmtuxal EcclesHs particularibus fquo sensu nos diœceseon limites hodiedistinguimus). On peut supposer que les vues émises par Reinkens ne sont qu'un plagiat de celte dissertation de Dodwell, et on a lieu de s'étonner qu'il n'en fa.=se pas raenlion. Différents auteurs allemands, entro autres Kellner, ont réfuté les idées de Reinkens.

fi 66 PATROLOGIE.

(De unit. EccL, c. iv). C'est par leur succession légitime qu'ils sont unis aux apôtres et à Jésus-Christ : Inde (a Petro) per temporum et successionum vices episcoporum ordmatio et Ecclesiœ ratio decurrit, ut Ecclesia siipei" episcopos comtituatur et omnis acliis Ecclesiae per eosdem prœpositos gubernetur (Epist. xxxin). Il est donc nécessaire que l'individu se rattache à celte unité, autrement il sera comme une branche séparée du tronc [De unit. EccL, c. iv), un profane, un ennemi : Hanc unitatem qui non tenet Dei leçjem non tenet, non tenet Patris et Filii fidem, vitam non tenet et sahitem (cap. v). Celui qui n'est pas ordonné dans l'Eglise ne peut avoir l'Eglise en aucune façon {Epist. lxix). C'est pourquoi il n'est permis à l'hérétique ni d'ordonner, ni d'imposer les mains, ni de baptiser, ni en général d'exercer aucune fonction ecclésiastique {Ep. lxxv). Et il ajoute, en continuant de développer cette notion de l'unité de l'Eglise : « L'Eglise, éclairée par le Sauveur Jésus, son véritable soleil, bien qu'elle répande ses rayons par toute la terre, n'a qu'une même lumière qui se communique partout. Plusieurs ruisseaux découlent d'une source unique, sans que disparaisse l'unité d'origine; de même l'Eglise demeure une, aussi loin qu'elle s'étende. Que personne ne croie donc que les bons peuvent se retirer de l'Eglise. Le vent n'enlève point le bon grain et la tempête n'arrache point un arbre solidement enraciné. » Le schisme, aux yeux de saint Cyprien, est un si grand crime que si un homme meurt pour la foi hors du sein de l'Eglise, il va jusqu'à lui refuser le titre de martyr : Esse martyr non potest qui in Ecclesia non est; ad rerpium pervenire nnn poterit qui eam quœ rcqnatura est, dereliquit. « Il peut être tué, il ne saurait être couronné, » occidi talis potest, coronari non potest (cap. xm). Voyez Epist. lxxu, n. 2.

2. Outre les évêques, que l'auteur appelle çà et là presbyteri, et dont il ne doit y avoir qu'un dans une Eglise, il cite comme des ministres subordonnés les prêtres, les diacres, les hypodiacres ou sous-diacres, les acolytes, les lecteurs et les exorcistes. Il veut que l'évêque prenne conseil de son clergé : Quando a primordio episcopatus tnei statuerim nihil sine consilio vestro et sine consensii plebis meaprivatim sententia gerere (Epist. v). Dans le choix des évêques et des clercs, où intervienne peuple, qui singulorum vitam plenissime novit, il faut

user do la plus grande circonspection. Ceux qui ser\'ent à l'autel doivent être inviolables et immaculés.

3. Le baptême, selon saint Cyprien, est une nouvelle naissance, où nous déposons les ordures de notre première nativité et prenons des sentiments nouveaux. « Une pure lumière descend d'en haut dans le cœur purifié ; en puisant dans l'esprit de Dieu, l'esprit humain accpiiert une force merveilleuse ; l'impossible lui semble maintenant possible et réalisable. » Il traite expressément du baptême, avec toutes les cérémonies usitées jusqu'à ce jour, dans la longue épître Ad Magnum, puis Ep. Lxx, Lxxui; de la Vanité des idoles, c. vu ; des Laps, c. II. Ceux qui ne reçoivent pas le baptême de l'Eglise peuvent obtenir ses effets par le baptême de sang, baptizantur f/loriosissimo etmaximo sajiguinis baptistno (Ep. lxxiu, c. xxii). Ce baptême, ce sont les anges qui l'administrent; Dieu et son Oint sont dans la joie : nul, après l'avoir reçu, ne pèche plus : il consomme la foi et procure l'union immédiate avec Dieu [De exhort. marhjr., pr*f. iv).

La confirmation apparaît dans saint Cyprien comme un second sacrement distinct du baptême : Ce que Pierre et Jean ont fait à Samarie, ut oratione pro eis habita et manu imposita invocaretur et infiinderetur super eos Spiritus sanctus, se fait encore parmi nous, quod tiunc rjuoque apud nos qeritur, ut, qui in Ecclesia baptizantur, prœpositis Ecclesise offerantur et per nostram orationem ac manus impositionem Spiritum sanctum consequantur et siqnaculo dominico consummentur \

4. A propos de la confession, on trouvera de nombreux détails sur la pénitence publique, l'excommunication et la suspense, dans le traité des Laps et dans les lettres 5, 9, 10, II, 14, d8, 19, 28, 30, 40, 41, 46, 47, 49, 52, 55, 62, 66-69, 71, 74, 75. Saint Cyprien veut que ceux qui n'ont pas péché dans leur cœur ne laissent pas d'être soumis à la pénitence; il loue ceux qui, sans avoir consommé le crime, « s'en confessent aux prêtres de Dieu, simplement et avec douleur, leur exposant le fardeau dont leur conscience est chargée, demandant un remède salutaire pour des blessures légères. » — « Que chacun confesse ses péchés pendant qu'il est encore en vie, pendant que sa confession peut être reçue, que sa satisfaction peut

^ Ep. Lxxin; cf. Ep. lxxii.

268 PATROLOGrlE.

plaire à Dieu, et que Dieu peut agréer la rémission donnée par les prêtres'. »

5. Saint Cyprien applique surtout à l'Eucharislie la quatrième demande du Pater. « Notre pain, dit-il, c'est Jésus- Christ. Comme nous le nommons notre Père, parce qu'il est l'auleur de notre science, et de notre foi, nous l'appelons notre pain, parce que le Christ est le pain de ceux qui reçoivent son corps. » — « Nous prions que ce pain nous soit donné tous les jours, de peur que, tombant dans quelque péché mortel, et ce pain céleste nous étant interdit par cette chute, nous no soyons séparés du corps de Notre-Seigneur*. » Celui qui communie sans avoir accompli la pénitence légale, << fait violence au corps et au sang du Scigneur\ » Suivant Rettberg, saint Cyprien considère surtout l'Eucharistie comme un sacrifice : sacrificium, sacrificii dominici sacramentnm, sacrifie h un verum et plemnn. Yoici le résumé de sa doctrine eucharistique : Le sacrifice do Melchisédech est la figure du saciifice chrétien, vrai et parfait sacrifice substitué à celui des Juifs. Le Christ l'a institué en offrant le pain et le vin, son corps et son sang. L'objet de ce sacrifice, c'est le Christ lui-même s'offrant à son Père : le prêtre, en le réitérant, tient la place du Christ. Il est offert en mémoire du Seigneur et de sa passion \ L'épitre LXin, ad Cecil., appelée par saint Augustin Liber de sacramento calicis , traite tout entière du sacrifice de la messe. Saint Cyprien dit qu'il s'offrait aussi pour les défunts, sacrificium dormilionis^, et il recommande de s'y souvenir de ceux d'entre les vivants qui ont contribué par leur argent à la délivrance des captifs. Le mélange de l'eau et du vin représente l'union des fidèles avec Jésus-Christ : les fidèles sont l'eau, Jésus- Christ est le vin".

En communiant, les fidèles reçoivent respectueusement dans leurs mains le corps do Jésus-Christ, et l'emportent chez eux pour le prendre avant les repas, dans les dangers, en voyage. On communie aussi les enfants.

6. En parlant de la prière, notre auteur imite servilement Tertullien; comme lui, il appelle le Pater « un abrégé de la doctrine céleste. » Sobre de paroles, pleine d'esprit et de force,

' De lap-, c. xxvni. — * De orn!., c. xviii.— ^ De lap., c. xvi; cf. cap. xv. — '•Dœllinger, l'Enrh. dotis les trois prem. siècles.— ^ Ep. lx. — ^ Ep. i.xvi, 13. Voir Dœllinger, op. cit., sur le sens de ce passage.

telle doit être la prière : « Peut-il y avoir une prière plus spirituelle que celle que le Christ nous a donnée, lui qui nous a envoyé le Saint-Esprit? Quand nous la récitons, nous devons nous y appliquer de tout notre cœur, bannir toute pensée terrestre et charnelle. C'est pour nous rappeler que toutes nos pensées doivent être au Seigneur que le prêtre dit aux fidèles : Les cœurs en haut! à quoi les fidèles répondent : Nous les élevons au Seigneur. Avec Tertullicn, il recommande de prier incessamment, à l'exemple du divin Sauveur : « Si Celui qui était sans péché a prié, à plus forte raison les pécheurs le doivent-ils; s'il priait toute la nuit et sans relâche, combien plus devons-nous veiller la nuit dans de fréquentes oraisons. »

En morale, Cyprien se complaît surtout dans le martyre de la virginité, mais en union avec l'Eglise. « Heureuse notre Eglise, s'écrie-t-il, si glorifiée de nos jours par le sang illustre des martyrs ; blanche autrefois par les œuvres des frères, elle est rouge maintenant du sang des martyrs; ni les lis ni les roses ne lui manquent plus! » Ce qui caractérise le mar yre, ce n'est pas la souffrance, mais la cause, non pœna sed causa facit martijrum.

Lactanee, au livre V de ses Institutions, a dit de son style : Erat inrjenio facili, copioso, suavi, et, quœ sermonis maxima est vir/us, aperto, ut decernere non queas utrum ornatior in eloquendo, an facilior in explicando, an potentior in persuademlo fuerit.

Saint Cyprien mérite cet éloge pour ses ouvrages à Démétrien, à Donnt, Sur l'unité de l'Eglise et l'Oraison dominicale; mais il est souvent trop délayé et surchargé d'épithètes ; bien différent de Tertullien, dont l'expression est toujours concise et la pensée abondante.

Avec saint Ignace et saint Irénée, saint Cyprien est celui qui a développé avec le plus de précision et de clarté la notion catholique de l'Eglise ; de là le rang considérable qu'il occupe dans la littérature chrétienne.

Ses œuvres complètes (y compris les écrits douteux ou certainement apocryphes ordinairement cités sous son nom), ont été éditées par Erasme. Bàle, 1520; Pamelius, Anlw., Io08; Rigault, Par., IGÎ8; VAX, Oxoii., 1682; avec les travaux préparatoires de Baluze, la meilleure édition est celle du bénédictin Maran, Paris, \li(j; à Venise, 1728; Migne, sér. lat., t. IV- V. Ediliou portative, par Obcrlliur, Bibl. Patr.

lat:, Wirceb., 1782, 2 vol. in-8°; par Goldhorn, Bibl. sélect., Lips., 1838, 2 vol. Traités séparés : Ad codic. mss. vetustiss. fidem, par Krabinger, Libri de cath. Ecd. unit.; De lapsis et habitu virginum, Tub., 1853; Ad Donat.; De orat. dom.; De mortal.; De oper. et cleem.; De bona patient, et de zelo et liv., Tub., 1839 (corrections du texte nombi'euses et estimables, — cf. Tillemont, t. IV); Ceillier, t. III; 2'= éd., t. II; Mœhler, Patrol.; Rettberg, Cyprien, s'a vie et ses œuvres, Gœtt., 1831; Reithmeier, Hist. de saint Cyprien.

§ 40. îfe'ovallen, schismalique romain.

Nous n'avons que des renseignements douteux sur la patrie et l'éducation scientifique du prêtre romain Novatien (souvent nommé et confondu avec Novat, prêtre de Carlhage). Il se peut que la philosophie stoïcienne, à laquelle il s'était peut-être adonné, ait eu quelque influence sur le rigorisme avec lequel il voulait qu'on traitât les laps.

Ce qui est certain, c'est que, possédé du démon dès le temps de son catéchuménat, guéri pas des exorcistes chrétiens, atteint plus tard d'une maladie grave, il fut baptisé avant la fm de son catéchuménat, sans toutefois recevoir la confirmation. Ce baptême', selon l'ancienne pratique, l'excluait du sacerdoce. Il fut cependant ordonné prêtre par le pape Fabien ou l'un de ses successeurs, probablement à cause de son savoir et de ses bonnes qualités, malgré la résistance du clergé et du peuple. Cette résistance n'était que trop justifiée. Séduit par le schismatique Novat, récemment arrivé d'Afrique, il se mit à calomnier le pape Corneille, l'accusant de recevoir avec trop de facilité ceux qui étaient tombés dans la persécution de Dèce ; il se posa ensuite comme antipape (252), après avoir été, dit-on, sacré évêque en état d'ivresse par trois évêques d'Italie ^

Lorsque Corneille eut été à peu près universellement reconnu pour pape légitime, notamment par saint Cyprien et saint Denis d'Alexandrie, Novatien fut excommunié par un concile de Rome et un autre de Carthage. Il poussa jusqu'à l'hérésie ses idées rigoristes sur le sacrement de pénitence et sur la nalure de l'Eglise. Sa secte se propagea à Constantinople, en

^ Daplisnnim clin'coriim. — ' Voir des détails sur lui dans Philostorge, Hisl. eccics., VIIl, xv; Euseb., VI , xLiii; Corn., Ep, ad Fab., ep. Antioch.; Cypr., Ep. XLi, XLii, XLix, lii, un, etc.

AUTEURS LATINS. — XOVATIEN. 271

Asie, en Afrique, dans les Gaules et l'Espagne, etc. Ces hérétiques orgueilleux se donnèrent eux-mêmes le nom de cathares (purs), et répandirent le brait que leur chef Novatien avait été martyrisé sous Yalérien'. Tillemont en doute. Malgré diverses persécutions, il subsista des restes de cette hérésie jusqu'à la fin du sixième siècle, où elle était encore combattue par Euloge, évèque d'Alexandrie.

Cette carrière militante explique la perte de la plupart des nombreux écrits que saint Jérôme' attribue à Novalien. Parmi ceux qui subsistent, on lui attribue :

•1. Liber de Trinitate, ou Régula fidei, que saint Jérôme appelle un abrégé de l'ouvrage de Tertullien contre Praxéas, et qu'on éditait autrefois avec les écrits de ce dernier. Malgré les traits généraux qui le rapprochent du livre de TerluUien, on trouve qu'il en diffère souvent dans le détail. Il afï'aibhtles idées de Tertullien sur les rapports du Fils avec le Père, et ne traite du Saint-Esprit que dune manière superficielle; il n'emploie pas le mot de Trinité, si fréquent dans Tertullien. Ce n'est donc point un extrait du livre contre Praxéas. Sa doctrine a beaucoup plus d'affinité avec celle d'Hippolyte, dont il était peut-être un partisan. Son principal objet est de combattre deux classes de monarchiens, ceux qui tiennent le Christ pour un pur homme, homo rnidas et solitarius, et ceux qui, le reconnaissant pour Dieu, ne distinguent point sa nature divine de celle du Père *.

2. On attribue encore à Novatien : De judaicis cibis, contre ceux qui persistaient à suivre l'ancienne loi touchant les repas.

3. Epistola cleri Romani ad Cyprianum, où il dit être d'accord avec saint Cyprien sur le traitement des laps, c'est-à-dire qu'avant la tenue du concile et le rétabhssement de la paix, aucun ne sera reçu dans l'Eglise, sinon in articido mortis. C'est donc le contrepied direct de son ancien rigorisme. Cette pièce, réimprimée parmi les lettres de saint Cyprien, liv, passe pour apocryphe.

Cf. Gallandi, BibL. t. IV; Migne, t. III, sér. lat.; Tillemont, t. III; Ceillier, t. III, et 2*= éd., t. II; Mœhler, Putrol.; Dorner, op. cit.; Hagemanu , l'Eglise romaine.

* Euseb., HIst., IV, xxviii. — » Calai., c. lxx. — ' Hageraann, l'Eglise romaine et son influence sur la discipl. et le dogme, Fnb., 1864.

§ il. Arnobc (mort en 32 j).

Dissertatio pi'œvia, par Le Nourry, dans Migiie, t. V, p. 366.

Né à Sicca, dans l'Afrique proconsulairo, Arnobe s'illustra vers la fin du troisième siècle comme maître d'éloquence et champion du christianisme. Saint Jérôme' assure qu'il se convertit à la suite d'une vision. L'évêque, avant de lui conférer le baptême, lui ayant demandé un témoignage public de sa sincérité, Arnobe répondit (après 303) par la pubhcation do ses Disputes contre les fjentils iliv. YII), écrites vers 295 ou au commencement du quatrième siècle*. Arnobe, en ce tempslà, était à peine catéchumène ; on peut du moins le supposer par son ignorance presque complète de l'histoire de l'Ancien Testament et de ses rapports avec le christianisme, et surtout par son défaut absolu d'intelligence des sacrifices juifs, principalement au septième livre. C'est ce qui a fait dire à saint Jérôme : Arnobius inœqualis est et nimins, ahsque operis sui partitione coiifusus (Ep. Lvni ad Paulin.). Et de fait, comme il était versé, ainsi que Clément d'Alexandrie, dans les mystères du paganisme, il les expose beaucoup mieux que tout autre apologiste, et il les réfute plutôt qu'il ne défend le christianisme. A l'exemple de Taticn et d'Athénagore, il montre l'inanité des efforts de ceux qui essayaient de purifier le paganisme par linlerprétation allégorique de ses mythes (Y, ch. xxxu-xxxTx). Mais s'il repousse victorieusement les crimes imputés aux chrétiens (livre I), il est trop peu versé dans leur doctrine, et sa théologie, là où elle traite de l'homme, est entachée de graves erreurs.

Il commence en déclarant qu'il veut réfuter les calomnies répandues contre la religion chrétienne et répondre ensuite à ceux qui attribuent aux chrétiens les fléaux naturels et les guerres qui désolent l'empire (ils ne sont pas plus nombreux

' Chronique, ad ann. 3213.

^ La première donnée chronologique s'appuie sur Arnobe, Disp. I, xiir, et 11, LX.XI, ([ui indique la date 10lt> ou IOjO de l'un de Uome, ou l'un 2i)o après Jésus-Clirisl ; la seconde, sur IV, xx.xvi, où sunl décrites les particularités qui distinguent la persé'Uitiou de Dioclélien; Tordre de brûler et de confisquer les saintes Ecritures. On y lit aussi ce passage : Quod CU1U (jeiiera pœnarum tanta sint, etc., qui indique la persistance de la persécution.

AUTEURS LATINS. — ARNOBK. 27:^

qu'autrefois), et qui les accusent d'adorer un Dieu crucifié. Au second livre, il signale les divers motifs pour lesquels il faut croire à Jésus-Christ et à ses promesses : la propagation merveilleuse du christianisme, les martyrs, les miracles de Jésus-Christ, les changements qu'il a opérés dans les idées et dans les mœurs des hommes. Le chrétien, dit-il, croit avec d'autant plus de confiance en son Rédempteur que, dans toutes les affaires , humaines et surhumaines , les hommes sont obligés de croire. Il traite de la nature et de l'immortalité de l'âme et résout quelques objections, celle-ci entre autres : Pourquoi le christianisme est-il venu si tard? 11 dit à ce propos : Chrislia?ius ergo ni fuero, spem sahitis habere non potero (II, Lxv).

Dans les deux premiers livres, c'est l'apologie qui prédomine; dans les cinq derniers, la polémique. Dans les livres III, IV et V, il analyse la mythologie païenne, dont il dévoile les absurdités et les turpitudes. Aux livres YI et YII, il réponde cette question : Pourquoi les chrétiens n'ont point de temples et d'idoles, et n'offrent point de sacrifices. Il montre combien les pratiques du culte païen, les sacrifices d'animaux, la divination, sont criminels et insensés. Le vrai culte ne consiste pas dans les sacrifices, mais dans la connaissance de Dieu, qui les rejette comme indignes. (Toy. liv. III, chap. xxiv, surtout liv. YlII.)

La diction d'Arnobe est fleurie et généralement animée. Mais quand il dit : Il faut laisser la pompe des orateurs de tribune aux avocats et aux juges du forum; quand il s'agit d'intérêts supérieurs, on ne doit pas chercher à plaire par le verbiage de la rhétorique, il n'est pas toujours fidèle à sa maxime.

D'après cet ouvrage, tel que nous venons de l'analyser, partie apologétique, partie polémique, il n'est pas facile de démêler si Arnobe , qui naguère encore était un ennemi acharné du christianisme, y a été amené d'une part, parce qu'il a vu l'abîme de déraison et d'immoralité où était tombé le polythéisme païen, et d'autre part, par la doctrine si nette et si imposante du christianisme sur l'unité de Dieu, l'immortalité de l'àme et la perspective d'une récompense et d'un châtiment, toutes choses qui, avec les autres enseignements de Jésus-Christ, ont exercé une si grande induence sur

l, — PATROLOGIE. 18

274 Î'ATROLOGIE.

la transformation subite et l'anoblissement des chrétiens. On pourrait alléguer en faveur de cette opinion, que l'auteur accentue très-vivement ces doctrines et développe avec prédilection celles qui s'y rattachent.

Aux dieux multiples du paganisme il oppose le Dieu unique : Dens princeps, Deits reXyRex simmms; il développe à l'appui de la croyance en lui la preuve cosmologique, physique et théologique, et décrit sa sublimité, sa toute-puissance et sa majesté, devant laquelle toute créature doit se taire et l'adorer à genoux, pleine de reconnaissance envers lui. 11 trace ce tableau en traits si vifs et si saisissants que nous voulons rapporter ici le principal passage'. Cependant, quand Arnobe entre dans le détail, quand il décrit la simplicité et l'immatérialité, l'éternité, l'immensité et la sainte présence do Dieu, il est vague, incertain, obscur, et souvent fort éloigné de la vraie doctrine.

Il en est de même de ce qu'il dit de Jésus-Christ, « ce Dieu sublime, » comme il l'appelle, qui est « Dieu par sa plus intime racine, Dieu d'un royaume inconnu, qui a été envoyé comme Dieu sauveur par le Créateur de toutes choses » (liv. I, eh. lui). 11 insiste d'autant plus sur sa divinité, parce que c'est par lui que nous avons reçu la véritable science, la plus

^ O maxime, o summe rerum invisibilium Procreator, o ipse invisus et nuUis unquam comprehense iialuris, dignus, dignus es vere, si modo te dignum morlali diceudum est ore, cui spirans omnis intelligensque nalura et liabere et agere nunquam desinit grulias, cui tota conveniat vita nixo procumbere el continuatis precibus supplicure. Prima enim tu causa es locus rerum ac spatium, fuiidamentum cuuctorum quœcumque sunt, infinilus,ingenilus, imuiortalis, perpetuus, solus,quem nuUa deiiniat forma corporalis, nuUa déterminât circonscriplio , quaiilalis expers, exjjers quantitalis, sine situ, motu et babilu, de quo nihil dici et exprimi mortalium potis est significatione verborum, qui ut inlelligaris laceudum est alque ut per umbram te possit errans invesligare suspicio, nihil est omuiuo mutiendum. Da veniam, Rex summe, tuos persequentibus famulos, el quod tuse benignitalis est proprium, fugientibus ignosce tui norainis el rebgionis cullum. Non est mirura, si ignoraris, majoris et admirationis si sciaris, nisi forte audet quisquam — boc enim furiosse restai insanité — ambigere, dubitare an sit iste Deus, an non sit, explorala fidei verilate an rumoris cassi opinalione sit credilus. (Audianius quosdam philosophandi studio dédites partim uilam negare vim esse divinam, partim an sit quotidie quœrere; alios casibus forluitis et concursionibus temerariis summam rerum construere atque diversitatis impelu fabricari, cum quibus hoc tempore nullum nobis omnino super lali erit obstinalione certamen. Aiunt enim sana seutientes contradicere rébus stultis stultitiœ esse majoris.) Lib. I, cap. xxxr. voy. lib. II, cap. LVi, fin.

grande de toutes, que nous sommes affermis en Dieu, notre chef, et dans la connaissance de toutes choses (liv. Il, lx, fin). Il en tire d'abord la preuve de ses miracles, lesquels se distinguent essentiellement de ceux de la magie, en ce qu'ils s'accomplissent sans aucun moyen et par la seule parole, qu'ils tournent non au détriment, mais au bien et au salut de l'humanité. Quant à la vérité de son histoire, elle est attestée surtout par la propagation rapide de sa doctrine parmi les peuples les plus lointains et les plus divers, bien que l'adoption du clmslianisme ait entraîné tant de haines, de souffrances et de persécutions. Tout cela suppose évidemment et démontre, sans recherche ni expérience laborieuse, la crédibilité des auteurs du Nouveau Testament, qui, tout en étant des hommes sans culture, ont consigné, d'après l'histoire de Jésus -Christ, simplement, sans parure, sans art et sans détour, ce qu'ils savaient de science certaine (liv. I, lvi-lviu).

Sur les rapports du Christ divin avec le Dieu p?inceps et summus, Arnobe ne sait rien de précis à dire ; on peut croire, d'après tout ce qu'on trouve à ce sujet dans son écrit, qu'il concevait Jésus-Christ comme inférieur et subordonné au Dieu suprême. Par contre, il s'exprime clairement sur le rapport du divin et de l'humain en Jésus-Christ : il ne s'est pas incarné, dit-il, il a pris seulement une habitation extérieure, hominem induerat et secum ipse portabat [\.\v. I, lxu). Quand les païens se raillaient des chrétiens parce que ceux-ci adorent un Dieu sur la croix, il répondait : « Ce mort, dont vous vous moquez, c'était l'homme qu'il avait revêtu, qu'il a porté avec soi ; ce n'était pas lui-même ; c'était le porté et non le porteur ; cette mort, il ne se serait pas assujéti à l'endm'er s'il n'avait voulu accomplir des choses si importantes et manifester par ces mystères impénétrables les impénétrables desseins de la Providence. — Afin de pouvoir remplir sa mission sur la terre, enseigner aux hommes la vraie religion et sauver leurs âmes (liv. Il, ch. lxui et lxxuii, Jésus-Christ a dû revêtir la forme humaine, afin que les hommes le vissent et l'entendissent (liv. I, ch. LX). En parlant de la mort du Christ, il semble naturel qu'il dût parler aussi de sa résurrection ; cependant nous ne voyons rien de pareil, et s'il le nomme quelquefois exstinctor mortis ^liv. I, ch. xlv), le contexte prouve assez qu'il veut parler de la résurrection des morts ou de

l'apparition du Christ après sa mort (ibid., ch. xlvi), mais non de son corps ressuscité et transfiguré.

Du Saint-Esprit et de la Trinité en général, Arnobe n'en dit mot, ce qui a fait supposer, non sans raison, qu'il avait peu lu, s'il les avait lus, les livres du Nouveau Testament'. La Pentecôte, il ne la mentionne qu'en termes tout-à-fait généraux, quand il dit : « N'était-il qu'un homme comme nous. Celui qui, bien qu'il ne parlât qu'une seule langue, était compris par les peuples de langues diverses, au point que chacun croyait entendre sa propre langue? >^

Il est encore plus vague et plus indécis, ou plutôt il s'égare dans ce qu'il dit du monde et de l'homme. Il empiète tellement sur le dualisme qu'il traite de sacrilèges ceux qui font de Dieu la source de tout bien, le fondement de toute bonté, l'auteur de la nature et de l'homme ; cela lui paraît trop bas et incompatible avec sa perfection (liv. I, xlvi). Quant àl'àme humaine, il semble nier sa nature supérieure, en la plaçant entre le monde sensible et le monde suprasensible, et en lui donnant pour auteur une puissance inférieure à Dieu, medietas qusedam etanceps ambiguaque natura animarum (liv. II, ch. xxxi). Son immortahté ne résulte pas de sa nature. Comme c'est un être de qualité mitoyenne, mediœ qualitatis anceps, elle ne peut arriver à l'immortalité qu'autant qu'elle est reconnue de Dieu et obtient sa grâce ; sinon, elle tombe en proie à la mort (liv. II, ch. xiv); Arnobe dit ici, en termes assez étranges, que Jésus-(;hrist nous a donné l'assurance de son immortalité, sicut Christo auctore compertum est.

Arnobe reconnaît en plusieurs endroits que la religion chrétienne renferme quantité de mystères qui demeurent inexplicables. A cette question: Pourquoi Jésus-Christ, le véritable maître et le sauveur des âmes, a été envoyé si tardivement aux hommes, il ne trouve point de réponse satisfaisante. Quoi qu'il en soit, Dieu a eu des raisons précises de le faire, mais ses desseins sont impénétrables (liv. II , ch. lxxiv). La foi chrétienne demeure donc la seule justifiée, d'autant plus que toute connaissance supérieure à celle-là lui semble impossible. « Cessez donc, ô hommes, de troubler vos espérances par de vaines recherches et n'ayez pas plus de confiance en vos opi-

< Cf. (Ehler. éd. Oper. Arnob . yj. xiii-xvm.

AITELRS LAILNS. — LACTA.NCE FIRMI.N. '277

nions qu'en la sublime doctrine du christianisme , rei augustœ , quand même elle renfermerait des choses qui passent vos lumières , car quand il s'agit du salut do nos âmes, il faut aussi, dit Epictète, admettre quelque chose sans raison » (liv. II, ch. lxxvhi).

Editeurs des œuvres d'Aniobe : Salmasius, Lugduni, 1651 ; Oberthur (Op. Vatr. lat., t. V); Orelli, Lips., 1816; Hildebrandt, Hall., 1844; CEMer, Lips., 1846; voy. Mœhler, PatroL, 906-916; sur les erreurs d'Aruobe, Stockl, Gesch. d. Philosophie im patrist. Zeitalter, p. 249; Worter, Lehre ùber Gnade urne Freiheit, p. 448 et suiv.

§ 42. Laclancc Firniiu (mort vers 330).

Dissertationes, par Le Nourry, Lestoeq, etc., dans Migne, t. VI et VIL

Né en Italie, selon toute vraisemblance, Lactance fit ses études en Afrique, sous le rhéteur Arnobe'. Son Symposioii, recueil de cent devises dont chacime a six hexamètres, décida Dioclétien, vers 301, à l'appeler à Nicomédie en qualité de rhéteur. Il y écrivit en vers son voyage d'Afrique, 'OiJoitt-o/sizôv de Africa iisque Nicomediam. Contrarié d'avoh* si peu d'auditeurs, et privé, malgré tous ses travaux, des plus nécessaires moyens de subsistance, il sentit le besoin d'acquérir une sagesse plus élevée, et embrassa le christianisme avant que Dioclétien eût rendu les édits de persécution contre le christianisme". Vers 312, Constantin l'envoya à Trêves, pom* faire l'éducation de son fils Crispus, à qui les intrigues de sa bellemère Fausta préparaient une fin si malheureuse (325). On croit qu'il mourut à Trêves vers 330. Comme chrétien, nous lui devons les ouvrages suivants :

1. L'opuscule De opificio Dei est dédié à son disciple Démétrien ; l'auteur essaie de prouver l'unité et la puissance de Dieu par lorganisme du corps humain et les facultés de l'âme. Il devait aussi compléter le quatrième livre de la République de Cicéron. En fait, cet ouvrage rappelle souvent le passé philosophique païen de Lactance et sa prédUection pour le stoïcisme.

2. Les Institii lions diviîies (sept livres), dont chaque livre porte un titre spécial. L'auteur se proposait de faire connaître

' Hieron., Calai., c. lxxx ; Epist. lxx ad Magaani.

* Nous eu avons des indices dans les InstiluUons divines, liv. V. ch. ii.

aux lettrés la vraie philosophie, au vulgaire la vraie religion, en se servant surtout d'arguments puisés dans la raison, dans la tradition païenne et dans la philosophie religieuse. Il cite rarement l'Ecriture, parce que , dit-il à propos de saint Cyprien, elle ne persuaderait pas les païens. Comme Minuce Félix, il puise surtout dans le De natura deorum de Cicéron. Dans le premier livre De falsa religioiie, il part de cette idée qu'on peut prouver la divine Providence par la considération impartiale de l'ordre harmonieux qui règne dans le monde', et il la démontre ensuite par les philosophes et les poètes païens, par les oracles, Hermès Trismégiste et les sibylles. Quant aux divinités païennes, la seule distinction des sexes suffit pour montrer leur inanité ; les dieux supérieurs n'ont rien de grand et offrent d'innombrables contradictions. Passant aux dieux inférieurs, aux héros, il établit l'origine de leur culte par quelques exemples, tel que celui de César. Après avoir dit que les dieux sont la personnification des passions humaines, il rappelle en terminant les pratiques scandaleuses et risibles de leur culte, les sacrifices humains et les impostures qui accompagnent tous ces actes. Dans le deuxième livre, Sur l Origine de l'erreur, \\ dit que, dans leurs détresses, les païens invoquent souvent, non point Jupiter ni les dieux en général, mais le Dieu unique et véritable. Quant aux prétendus miracles opérés par les faux dieux, Lactance, comme les autres apologistes, les attribue aux démons, dont l'empire sur les hommes date de la chute et va s'affermissant de jour en jour. Au troisième livre, de la Fausse Sagesse, il passe en revue les trois branches de la philosophie, physique, logique et morale, les systèmes de Pythagore, de Socrate, de l'académie d'Arcésilas, de Cicéron, etc., systèmes contradictoires et qui ne décident point les grandes questions qui intéressent l'humanité. Du reste, les doctrines de la philosophie ne sont accessibles qu'à un petit nombre, tandis que le christianisme fructifie dans tous les hommes.

* Nemo est enim tam rudis, tam feris moribus, quia oculos suos in ccelum toUens, tametsi nesciat cujus Dei providentia regatur hoc omne quod cernitur, aliquam tamen intelligat ex ipsa rerum magnitudine, motu, dispositione, coustantia, utilitate, pulchritudine, temperantia, nec posse fieri quin id quod mirabili ratione constat, consilio majori aliquo ait instructum. Instit., I, ii.

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