AUTEURS LATINS. — LACTANCE FIRMIN
La partie positive commence avec le quatrième livre, de la Vraie Sagesse. La vérité, vainement poursuivie par les philosophes, Dieu l'a révélée par les prophètes, antérieurs aux plus anciens auteurs grecs. L'organe de cette révélation, c'est le Fils de Dieu, « engendré avant tous les siècles selon l'Esprit, et dans le temps selon la chair, figiu-é par les prophètes, né d'une Vierge, soumis aux souffrances afin de donner aux hommes un parfait modèle de toutes les vertus. » Lactance rappelle les institutions 4e Dieu sous l'ancienne loi, les figures et les prophéties relatives à Jésus-Christ, et surtout sa passion. Tout cela prouve qu'il est le Fils de Dieu. Cependant, il n'est qu'un seul Dieu avec le Père, cum una utrique mens, uniis Spbntus, una substantia est, et le Père ne peut être vraiment honoré sans le Fils. Quant au vi^ai culte de Dieu, il ne se trouve que dans l'Eglise catholique'. Dans le cinquième livre, après avoir mentionné quelques adversaires du christianisme qui lui ont donné la première idée de son travail, et dont il parle déjà dans son De opiftcîo Dei, Lactance traite du culte du vrai Dieu et de l'observation de ses commandements , qui sont pour l'homme la condition de son perfectionnement et de son progrès, contrairement au paganisme qui, en divinisant toutes les passions, devait corrompre même les hommes naturellement bons. Les païens méprisent la vraie justice et veulent forcer les chrétiens à retourner au culte des idoles. Le sixième livre, du Vrai Culte, fait voir que la véritable manière d'honorer Dieu, c'est l'innocence et la vertu : les païens, qui ne s'occupent que du dehors, ne les connaissent point ; mais ils ont pressenti que la vraie connaissance de Dieu et l'union avec lui ne pouvaient se trouver que dans le christianisme ^ L'auteur combat les idées des païens sur le souverain bien et sur la morale. Celui-là, dit-il, honore Dieu d'un culte parfait, qui observe bien tous ses com-
•• Sola catholica Ecclesia est quse veium cullum retinet. Hic est fons veritalis; hoc domicilium fidei, hoc templum Dei ; quo si quis non intraverit, vel quo si quis exierit, a spe vitse ac saîulis ieternie alienus est. IV, XXX.
» Igilur ex omnibus philosophis qui aut pro sumiuo bono scientiam aut virlutem sunt amplexi, tenuerunt quidem viam veriiatis, sed non pei'veneninl ad summum. Hfec enim duo sunt quae simul efficiunl illud quod qnserilur. Scientia id praîstat ut quomodo et quo perveniendum sit noverimus ; virlus, ut perveuiamus, Ub. 111, cap. xii.
mandements. Le septième livre, de la Vie bienheureuse, roule sur l'immortalité de Fàme, la résurrection des corps, 1 éternité des récompenses et des châtiments futurs. Cette récompense consiste à devenir semblable aux anges et à louer Dieu à jamais. Dans la résurrection, Dieu revêtira l'âme d'un corps, (a Deo corpore induetur, cap. xxni). Quand cela arrivera-t-il ? De même que le monde a été créé en six jours, il doit rester six mille ans, sœcula, dans le même état; le sixième mille touche déjà à sa fin ; il y manque encore 200 ans. Alors toute majice sera extirpée de la terre, puis viendra le règne de mille ans de Jésus-Christ, correspondant au jour de repos du Seigneur après la création (liv. VII, ch. xxv). Ce grand ouvrage, écrit entre 316 et 322, est dédié à Constantin. Lactance en fit lui-même un abrégé, où il introduisit plusieurs modifications'.
3. Le traité de la Colère de Dieu, contre Donat, justifie l'emploi du mot colère, qui, appliqué à Dieu, scandalisait si fort les philosophes païens, bien qu'il signifie simplement que Dieu, ne pouvant être insensible au bien ni au mal, doit à sa justice de récompenser l'un et de punir l'autre. Il résout les objections qu'on peut élever contre cette doctrine, et termine par une vive exhortation à la piété, afin qu'on ne trouve point en Dieu un maître terrible, mais un Père compatissant. Cet opuscule forme le complément des Institutions^ .
4. VOuvraf/e sur la mort des persécuteurs, au confesseur "Donat, que saint Jérôme ^ avec plus de raison peut-être, intitule : de la Persécutioîi, manqimit dans les anciennes éditions de Lactance; la première édition en a été faite à Paris, en 1679, par Baluze, sur un très-ancien manuscrit de la bibliothèque de Colbert. Comme le manuscrit porte le titre Liicii Ceecilii, Le Nourry a prétendu qu'il n'était pas de Lactance. Lestocq a soutenu victorieusement le contraire, en prouvant que d'autres manuscrits de Lactance portaient aussi ce nom de Cécihus et que c'était bien son style. Ebert en a fourni des preuves encore plus complètes et plus convaincantes.
Lactance passe rapidement en revue les persécuteurs des chrétiens, Néron, Domitien, Yalérien, et surtout Dioclétien, Galère, Maxence et Maximin, et montre comment Dieu a
' Hier., Catal., c. lxxx. La première édition est de Pfaflf. Paris, 1712. — ' Cf. Instit.. II, .X.VI11. — ' Calai., c. lxxx.
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puni, humilié, extirpé ceux qui ont eu part à la dernière persécution et à ses cruautés, tandis qu'il a exalté la religion chrétienne et ses sectateurs.
De tels châtiments, survenus de nos jours, devraient faire sentir et la vérité du christianisme et la nullité du paganisme. « Tout cela, dit Lactance à la fin du chapitre lu, je l'ai raconté sur le témoignage de personnes hien renseignées; j'ai cru devoir exposer les faits tels qu'il se sont passés, afin que de si graves événements ne tombent point dans l'oubli, ou que si quelqu'un songe à écrire l'histoire, il ne dénature pas la vérité en taisant les crimes que les uns ont commis contre Dieu et le jugement que Dieu a exercé contre les autres. Rendons grâces à son éternelle bonté d'avoir enfin jeté un regard sur cette terre, d'avoir daigné recueillir et ranimer son troupeau, en partie ravagé par des loups ravissants et en partie dispersé, d'avoir extirpé les bêtes farouches qui foulaient les pâturages du divin troupeau et dispersé leurs demeures. »
Voici la peinture qu'il fait d'un de ces tyrans, Maximin, au chapitre xlix. « Poursuivi par Licinius et son armée, le tyran se réfugia dans les défilés du mont Taurus, où, se voyant serré de près, bien qu'il se fût fortifié par de solides retranchements, il chercha dans sa détresse un refuge contre la mort, comme un dernier remède aux- maux que Dieu accumulait sur sa tète. Il se gorgea d'abord de nourriture et se noya dans le vin, comme font ceux qui croient prendre leur dernier repas, puis il avala du poison ; mais son estomac trop plein l'ayant repoussé, il n'opéra pas sur-le-champ, et il en résulta une langueur funeste, semblable à la peste ; sa vie se prolongea parmi d'affreuses tortures. Une ardeur brûlante lui dévorait les entrailles, et une douleur insupportable dans tout le corps le jeta pendant quatre jours dans une telle fureur qu'il avalait des poignées de terre. Au miheu de ses tortures croissantes, il donnait de la tète contre les murs et les yeux lui sortaient de leur orbite. C'est alors seulement que, privé de la vue, il commença à voir Dieu et ses ministres vêtus de robes qui prononçaient son jugement. Il poussait des cris comme ceux qu'on torture : < ce n'est pas moi qui l'ai fait, ce sont ceux-là 1 » Enfin, comme s'il eût été vaincu par les tourments, il s'avoua coupable et conjura Jésus-Christ d'avoir compassion de lui. C'est ainsi qu'au milieu des gémissements
qu'il poussait comme s'il eût été dans une fournaise, il exhala son âme criminelle dans la plus détestable mort. »
Comme cet ouvrage, au dire de juges impartiaux, est rédigé avec une grande fidélité historique, il complète heureusement l'histoire des persécutions chrétiennes, surtout celle de Dioctétien et celle des édits de tolérance portés par Galère, Constantin et Licinius'.
5. On lui attribue encore un petit poème Sur la Passion du Seifjneiir. — Ses lettres, mentionnées par le pape Damase', sont perdues, de même que son Itinéraire, ou voyage d'Afrique à Nicomédie.
Nous avons parlé plus haut de son Si/mposion.
Outre les arguments qui lui sont communs avec les autres apologistes, Lactance s'est surtout occupé de la théodicée et de la Providence. En psychologie , il combat expressément Ârnobe et se déclare en faveur du créatianisme, serendaru77i animarum ratio uni ac soli Deo subjacet^. 11 a rendu moins de services à la théologie chrétienne : constamment inexact, peu versé dans le dogme, l'expression juste lui manque et il tombe dans plus d'une erreur, ce qui faisait dire à saint Jérôme : Utinam tam nostra confirmare potuisset quant facile aliéna destruxit! Quand il parle du Yerbe, il tombe dans le subordinatianisme\ et saint Jérôme l'accuse d'avoir nié, errore judaico, la personnalité du Saint-Esprit. Ailleurs, il s'exprime dans la terminologie accoutumée ^ Lactance était surtout grand partisan des millénaires".
Il est d'autant plus excellent sous le rapport du style. On l'a comparé de bonne heure, pour la pureté et l'éloquence de sa diction, avec Cicéron, qu'il imite à dessein, et dont il partage aussi les défauts : philosophie superficielle, style un peu déclamatoire et prolixe. Lactantius, dit saint Jérôme, quasi quidam fïuvius eloquentige TuUianx. Ce sont les points de morale qu'il a le mieux traités, bien que la forme en soit empruntée à la morale païenne.
Principale édition, pai- Lebrun et Lenglet-Dufresnoy, Paris, 1748, 2 vol. in-4°; Gallandi, BihL, t. IV; la plus complète par Edouard de
' Voy. Hurter, Opusciila selecta. V, xxii. — ' Ep. ad Hieron. — ' Cf. De opif. Dei, c xvii-xx. — * Inst. divin., II, ix ; IV, vi. — ' Ibid., IV, xii. — * Ibid., IV, XII ; Vil, xxi.