‹ PatrologieChapitre 31 sur 143 · ÉCRIVAINS ORIENTAUX — S. GRÉGOIRE DE NAZIAN'IE · texte numérisé non relu

ÉCRIVAINS ORIENTAUX — S. GRÉGOIRE DE NAZIAN'IE

refusa de ladministrer; pendant longtemps, chaque fois qu'il parlait de ce diocèse, il s'exhalait en plaintes amères contre saint Basile. Cependant, il trouvait aussi pour l'excuser de généreuses paroles : a Mon ami, disait-il, était tellement habitué à ne considérer en toutes choses que le côté spirituel et divin que, partout où il croyait découvrir les intérêts de Dieu, il les préférait aux devoirs de l'amitié, qui, du reste, lui étaient si sacrés. »

Rappelé une seconde fois de la solitude par les tendres supplications de son père, il retourna à Nazianze en 372, et y resta désormais en qualité de coadjuteur, jusqu'à la mort du vieillard, déployant la plus salutaire activité soit par son zèle à défendre la foi, soit par le dévouement dont il fit preuve pendant une sécheresse effroyable. En 369, la mort lui ravit son jeune frère Césaire, excellent jeune homme, qui avait été autrefois médecin de la cour de Constantinople. Un peu plus tard, ce fut le tour de sa sœur Gorgonie, si tendrement aimée et que la mort surprit dans de touchants entretiens sur la vie future. En 374, son père les suivit dans la tombe. Sa pieuse mère, sainte Nonne, parvenue à une haute vieillesse, ne tarda pas à les y rejoindre. Dans le sentiment de ce vide immense joint à la faiblesse de sa santé, Grégoire se persuada qu'il était incapable de remplir les fonctions d'évêque de Nazianze. Il se retira donc dans la solitude de Séleucie, où la nouvelle de la mort de saint Basile alla le surprendre et assombrir ses jours : « Vous me demandez, écrivait-il, comment je me porte ? — Très-mal. Je n'ai plus Basile, je n'ai plus Césaire, mon frère selon la chair et selon l'esprit, et je puis dire avec David : Mon père et ma mère m'ont délaissé. Mon corps est maladif, les années s'accumulent sur ma tète, les inquiétudes se multiplient; — l'Eglise n'a point de pasteurs capables. »

Telles étaient ses dispositions d'esprit lorsque, sous le règne de Gratien et de son associé à l'empire. Théodose, il fut appelé à Constantinople. '< Le parti orthodoxe n'était plus qu'une ombre; il n'y avait là que les débris d'un troupeau sans discipline, sans chef, sans cohésion ; » toutes les églises avaient été livrées aux ariens par ordre de l'empereur Valons. 11 ne fallut rien moins que les prières redoublées de ses amis, jointes au reproche de sacrifier le bien général de l'Eglise à ses aises personnelles, pour décider Grégoire à se rendre à cet appel. L'im-

pression qu'il laissa de son entrée à Constantinople, avec sa figure amaigrie et son méchant costume, ne fut rien moins que favorable. Il y célébra d'abord les cérémonies saintes dans une chapelle privée qui appartenait à ses parents et à laquelle il donna le nom d'Anastasie , en témoignage de la renaissance du culte. Cette petite église n'en fut pas moins le noyau de la nouvelle communauté orthodoxe, et devint plus tard la célèbre église d'Anastasie. Ni les manœuvres des partis, ni les persécutions qui l'assaillirent chez lui et jusqu'aux pieds de l'autel ne purent empêcher le triomphe de la foi catholique, grâce à l'énergie de sa prédication et aux « fruits divins » qu'elle enfantait. En 380, l'empereur Théodose, bravant les dernières résistances, le conduisit, entouré d'une escorte militaire, dans l'église des Apôtres, après que l'évêque Maxime eut été obligé de prendre la fuite. Nommé évèque par l'empereur sur les instances tumultueuses du peuple, Grégoire résista jusqu'à ce que cette dignité lui eût été offerte avec insistance et conférée par les évoques réunis à Constantinople, en 381, pour le deuxième concile œcuménique provoqué par Théodose. Cette nomination, les évêques d'Egypte et de Macédoine qui arrivèrent au concile la blâmèrent comme une infraction au canon xv de Nicée, qui défendait à un évèque de permuter son diocèse. Or Grégoire avait été évèque de Sasime. Il résigna ses fonctions, et prit congé des évêques et des fidèles en leur adressant les plus pathétiques discours. Il dit aux évêques : « Tendez-vous fraternellement la main, et quant à moi je serai, pour le salut du vaisseau, un nouveau Jonas.

Une baleine hospitalière me recevra dans son sein Il ne me

reste plus qu'une dette à acquitter, celle de la mort, et cette dette appartient à Dieu. » Après avoir recommandé au Seigneur cette Eglise qu'il avait fondée et affermie par ses salutaires doctrines, et qui était le couronnement de sa gloire, il conjura le ciel de lui envoyer un successeur dont les mains seraient pures, qui fût inteUigible dans ses discours et en état de porter les charges ecclésiastiques ; puis il termina son discours en adressant de solennels adieux à tout ce qu'il avait connu et aimé : « Adieu, église d'Anastasie ; tu as relevé notre croyance, autrefois si dédaignée ; ... adieu, chaire pontificale, siège envié et plein de périls, conseil des pontifes, orné par l'âge et par la vertu des prêtres ; adieu, chœur des Nazaréens,

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