‹ PatrologieChapitre 38 sur 143 · ÉCRIVAINS ORIENTAUX. — S. GRÉGOIRE DE NYSSE · texte numérisé non relu

ÉCRIVAINS ORIENTAUX. — S. GRÉGOIRE DE NYSSE

4. Parmi les Lettres, au nombre de vingl-six, les suivantes, y compris celle qui précède, méritent surtout d'être signalées : Epistola canonica ad Letoium, episcopum Melilines, sur la discipline ecclésiastique, sur les apostats et autres grands pécheurs ; EpistolcB ad sorores Knstathiam et Ambrosiam, fiUamque Basilissam. Elles complètent les instructions de saint Grégoire sur la vie spirituelle. Les autres n'intéressent que les controverses dogmatiques et l'histoire ecclésiastique contemporaines.

Doctrmes et vues particulières de saint Grégoire de Nysse.

Les adversaires innombrables que Grégoire eut à combattre et ses essais pour réduire la doctrine de l'Eglise à un ordre systématique, supposent que ce saint docteur, de même que saint Cyrille, a embrassé une grande étendue de matières; il est donc nécessaire d'y recueillir les traits caractéristiques de sa doctrine. En théologie, il penche plus visiblement du côté d'Origène que ses amis de Cappadoce, tout en tenant compte des progrès et de la forme plus accentuée de la foi chrétienne, afin d'éviter les erreurs de son célèbre devancier. Il rejette surtout d'une manière non équivoque l'influence doctrinale de Platon, et déclare qu'il n'admet pas d'autre base et d'autre règle de la science que l'enseignement de l'Eglise'. Séparée de la foi, la science n'est selon lui qu'une vaine et stérile spéculation'. Si, malgré cela, on trouve que ses théories ne s'accordent pas pleinement avec le dogme ecclésiastique, il faut se rappeler rexphcation qu'il a donnée lui-même, c'est que, dans ces sortes de questions, il n'a pas voulu établir un dogme, mais seulement énoncer une opinion, o j -/àp lîôyf/a tôv /Ô70V ttoioOpéSa w!7Tî â*o op.Àv Couvât roi; ^laSà/^ovTiv ^. Du resto, plusieurs critiques pensent que ses écrits ont été altérés par les origénistes, ou par les Grecs schismatiques, dans l'intérêt de leur parti ou par haine de l'Eghse latine \

1 . Dans le système de saint Grégoire, la doctrine de l'unité de Dieu dans la trinité des personnes occupe le point culminant ; c'est de beaucoup celle qu'il a le plus développée. Il

' De anima et resurr., Migne, t. XLVI, p. 49; cf. ibid., p. 108. — ' De vita Mosis.— ^ Hexacm., lib. I, Migne, t. XLIV, p. 68. — * Voy. Mai, iVova coll. script, vet., t. VIII, part. 11.

trouve la preuve rationnelle de l'existence de Dieu dans l'idée innée de l'Etre suprême, puis dans la sage et harmonieuse ordonnance du monde. Selon lui, l'unité de Dieu résulte de la notion même de l'être parfait ; « car il est impossible de concevoir deux êtres absolument parfaits. »

Suivant saint Grégoire, c'est par la faculté de connaître que l'homme démontre le rnieux l'origine divine de son àme; on constate chez lui un effort plus marqué encore que dans saint Grégoire de Nazianze pour étabhr l'existence de la Trinité par la nature de l'homme, dans lequel l'âme, l'intelligence et l'esprit ne constituent qu'un tout indivisible. Il va même jusqu'à dire que cette preuve tirée de la connaissance de nousmême est la plus sûre et la plus solide.

Saint Grégoire a fixé le sens encore incertain alors des termes oùo-îa et vnofTrxtni dans les trois écrits intitulés : De differentia essentiœ et hypostasis; — Qiwd non simt très DU, et : De Deo trino ex communibus notionibus. Il n'emploie le mot o'jo-ia que pour désigner la substance, tandis qu'il se sert indistinctement de ûTTôaTaTtî et de npôTo^rzo-j pour exprimer la personne. La même nature divine, dit-il, existe dans chaque personne, chaque personne est Dieu, et cependant il n'y a pas trois dieux. L'unité la plus étroite existe aussi entre les trois personnes divines. Le Père n'opère jamais rien sans le concours du Fils, ni le Fils sans le concours du Saint-Esprit. Toute opération de Dieu dans les créatures émane du Père, passe par le Fils et se termine dans le Saint-Esprit. Il trouve que cette démonstration du dogme de la Trinité, en même temps qu'elle réfute le monothéisme glacé des Juifs et le polythéisme païen, aide à les concilier'.

2. Contrairement à la théorie de l'émanation, qui avait encore de nombreux apologistes, et à rencontre du dualisme, selon lequel le monde aurait été formé d'une matière éternelle, saint Grégoire enseigne positivement que le monde a été tiré du néant, signe manifeste de la toute-puissance, de la bonté et de la sagesse de Dieu. Toutes les créatures se ressemblent en ce qu'elles sont passées du non-être à l'être, et qu'en vertu même de leur origine elles sont sujettes au changement et à la variation. La créature est spirituelle ou corpo-

< Cf. Dorner, Entwicklungsgeschichte. etc.

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