ÉCRIVAINS ORIENTAU:^. — S. GRÉGOIRE HR NYSSE
relie, visible ou invisible. Saint (Irégoire traite ioi à fond de la doctrine des anges'.
3. Il traite aussi fort longuement de l'homme et surtout de lame. Nous avons déjà remarqué qu'il combat énergiquement l'opinion d'Urigène sur la préexistence des âmes, et celle de la métempsycose, qui en découle. L'homme, dit- il, naît en même temps quant à son corps et à son âme. Sur l'origine de l'âme, il semble moins incliner vers le créatianisme que vers le génératianisme, car il affirme que la semence de l'àme humaine nest ni une âme corporelle, ni un corps inanimé, mais « un être vivant et animé, engendré par des corps animés et vivants'. »
4. Incarnation et Rédemption. C'est pour anéantir le péché et la mort et pour faciliter à l'homme le retour à sa beauté primitive, que le Fils de Dieu s'est fait homme et s'est offert lui-même pour nous en sacrifice : la réalisation de ce sacrifice a commencé dès la dernière cène. Vrai Dieu et vrai homme, il s'est immolé lui-même, comme notre seul grand-pontife, en sacrifice de rédemption : « Il a offert son àme pour notre àme, son corps pour notre corps, afin que la mort fût détruite dans l'un et l'autre, et que tous deux fussent rétablis dans leur première magnificence*. » Il réfute longuement les objections contre l'incarnation [Orat. catech., ch. ix-xxxi). Il montre qu'elle n'est pas indigne de Dieu, que le mal seul déshonore. « Dire que le fini ne saurait renfermer l'infini, c'est se faire une fausse idée de l'incarnation ; l'infinité de Dieu n'est pas restreinte dans la chair comme dans un vase. Il faut concevoir l'union de la nature divine avec la nature humaine, comme l'union de la flamme avec le foyer quelle dépasse, comme notre àme qui s étend au-delà de notre corps. Cette union mystérieuse , du reste, Jésus-Christ la confirmée par ses miracles. »
5. Sacre7nents. Saint Grégoire s'est surtout occupé du baptême, de la confirmation, de l'Eucharistie et de l'ordre ; il étabht la croyance de l'EgUse en s'appuyant sur l'Ecriture, puis sur la tradition, qu'il appelle « un héritage qui nous est venu des apôtres par l'entremise des saints, » veliit lianeditas
< Cf. Kleinkeidt, Greg. Nys3. doctrina de angelis, Frib., 1860. — * Cf.
Mœliler, Greg. Nyss. docl. de hominis nal. cuin Origen. comparala, Hallse, 1854. — ' Orat. m Christ, resurr.
l. — PATROLOGIE. 25
386 t'ATKOT.OGIK.
quœdam per successionem ex apostolis per sanctos ad nos sequentes transmissa^ . « L'Eglise, dit-il, a ses décisions, ou plutôt sa foi, laquelle est plus ferme et plus certaine que toute explication. » Or, la foi est fondée sur le roc inébranlable de Pierre, le chef de l'Eglise : Hic enim, juxla preerogativarn Sedi a Domino concessam, firma et solidissima est petra super quam Salvator Ecclesiatn œdificavit.
6. Sa théorie des fins dernières offre plus d'une prise à la critique, notamment lorsqu'il dit de la vie future « qu'elle n'est point un lieu, mais un certain état de l'àme ; » lorsqu'il nie l'éternité des peines, sous prétexte que tout mal doit disparaître. Il se trompe aussi dans ce qu'il dit de la résurrection*. Déjà le patriarche Germain de Constantinople (713-770) avait essayé, dans son 'Avraro^oTix-à; h àvoQvjzo;^, de réfuter diverses accusations de ce genre et de venger Grégoire des erreurs origénistes qu'on lui imputait ; le moine Barsanuphius ^ et de nos jours Louis Vincenzi ^ se sont proposé le même but.
Si, par l'ensemble de ses travaux, saint Grégoire est évidemment inférieur à saint Basile dans ce qu'il dit du gouvernement de l'Eglise, il est également inférieur à Grégoire de Nazianze sur le terrain de l'éloquence ; en revanche, il les surpasse tous deux par le développement scientifique des grands problèmes de théologie et de philosophie, comme par l'ordonnance systématique, et ce n'est pas à tort qu'après Origène on l'a placé au premier rang des auteurs ecclésiastiques grecs pour la fécondité des vues. Photius*' lui reconnaît un style élevé et agréable, une grande richesse de pensées, relevées par des exemples explicatifs.
Opéra omnia S. Greg. Nyss., d'abord eu latin, Colon., 1537; Basil., ib71, et Paris, 1573. Plus complet et mieux soigné, par Fronton Le Duc, Paris, 1683; du même, éd. gr. et lat., avec un appendice par J. Gretser, S. J., Par., 1618; éd. 11", Paris, 1638, encore très-insuftisant. Pour une meilleure édition complète, on trouvera de précieux secours dans les éditions critiques dt-s ouvrages publiés à part et mentionnés plus haut, et dans les divers morceaux édités par Angelo Mai (Nova collect., t. Vil et Vlll, et Nova Bibl., t. V, réimprimés dans Migne, série grecq., t. XL-
^ Orat. m contr. Eunorn. — * De anim. et resurr. — ' Voir des fragments dans Phot., cod. 233. — * Montfaucon, Bibl. Coisliana, Paris, 171S, in-fol., p. 397, et Fabricii Bibiioth. grsec, t. IX, p. 124. - ^ in S. Greg. Nyss. et Orig. scripta et doct. nova recensio, Rome, 1864. 1 vol. — * Bibiioth., cod. 6.
ÉCRIVAINS oniENTAlX. — MDYME l'aVEI:GLE. 387
XLIV). Cf. Tillemont, t. XIV; Dupin, t. II, part, ii; Ceillier, t. VIII, éd. 2', t. VI; Rupp, Vie et opinions de Grégoire de Nysse, Leips., 1834. Bœhi'inger, llist. ecclcs. en biograph., 1 vol.; Riiicr, Histoire de la philos, chrét., 2 vol.; Stœckl, Hist. de la philos, de l'ère patrist.; Hùbner, Philosophie des Pères de l'Eglise, p. 185.
L'Eglise d'Occident, qui enviait peut-être à l'Eglise orientale ses trois grandes lumières de la Cappadoce, eut la joie de pouvoir leur opposer trois hommes non moins remarquables ; nous avons nommé saint Ambroise, saint Augustin et saint Jérôme.
§ 54. I>îdynic rAveug'le (mort en 394).
Notitia, de Fabricius; Bibl. grœc, l. XVIII. Commentarii de Didymo, lib. II, et : Epistola, de Mingarejli, dans son édit. Oper., Migne, sér. gr., t. XXXIX.
Didyme, né à Alexandrie en 309, perdit la vue dès l'âge de quatre ans. Ce malheur no l'empêcha point de cultiver les sciences et de devenir un des plus savants hommes de son temps.
« Il acheva d'apprendre à lire au moyen de caractères mobiles qui lui servaient à composer des mots et des phrases. Il sut bientôt ce que les clairvoyants pouvaient savoir, et bien plus qu'ils ne savaient : l'étude était devenue la seule condition de sa vie. Assidu aux leçons des professeurs les plus célèbres, il étudia tout : grammaire, rhétorique, poésie, philosophie, mathématique et jusqu'à la musique, qui faisait alors partie de cette dernière science. Nul n'interprétait mieux Platon, nul ne parlait si bien d'Aristote. Ce qu'on citait surtout comme une merveille, c'est qu'étant aveugle, il sut résoudre les problèmes les plus compliqués de la géométrie sur des figures qu'il n'avait jamais vues. Dans la science sacrée, ses prodiges surpassaient tout cela. Didjane savait par cœur les deux Testaments, de manière à en réciter, rapprocher, commenter les textes avec la sûreté de mémoire que ses travaux exégétiques réclamaient * . »
Aussi, comme il se plaignait à saint Antoine du sort dont il était affligé : « 0 Didyme, s'écria le saint, ne parlez pas ainsi 1
* Ed. Thierry, Revue de$ D9UX-Mond«s, 4" mai 186o. (Cilat. du trad.J
388 PATUOLOGii:.
Ne vous plaignez pas du lot que le ciel vous a fait. Si Dieu vous a refusé les yeux du corps, qui sout communs à tous les hommes, et même aux animaux les plus immondes, aux serpents, aux lézards, aux mouches, il vous a donné les yeux des anges pour le contempler face à face ' . » Didyme était laïque et dirigeait avec distinction l'école catéchétique d'Alexandrie. De nombreux auditeurs se pressaient autour de lui ; d'autres se sont formés par la lecture de ses écrits, tels que saint Jérôme, Rufin, Pallade, Isidore de Péluse, etc. Il mourut en 394, ou, d'après Tillemout, en 399. Ses ti'avaux roulent sur le dogme et sur l'exégèse.
Travaux dogmatiques de Didym.Q.
\ . Les trois livres de la Trinité, son principal ouvrage, rédigé après 379, ont été découverts par Mingarelli ; on a prouvé qu'ils étaient identiques avec l'ouvrage que les anciens lui attribuent sous ce titre ^. Le premier livre, auquel manquent les six premiers chapitres, et qui renferme plusieurs autres lacunes, démontre l'inanité des objections ariennes contre le dogme de la Trinité (oh. vu-xvu). Il traite ensuite de l'unité de Dieu, de la consubstantialité et de la trinité des personnes, qu'il étabht par de nombreux passages de l'Ecriture ; de la consubstantialité du Fils (ch. xvni-xxxvi). Le deuxième livre s'occupe de la divinité, de la procession et de la personnalité du Saint-Esprit (ch. vi-ix), de ses effets dans le baptême, dans les apôtres et dans l'Eglise. Au troisième livre, Didyme démontre, dans l'introduction, comment les passions troublent la raison et éloignent de la connaissance de Dieu (ch. i), puis il résume brièvement, sous la forme de cinquante-cinq syllogismes, les points principaux du dogme de la Trinité (ch. u) et consacre le reste de son traité (ch. ui-xlu) à élucider les textes de la Bible, dont différents hérétiques abusaient contre la divinité de Jésus-Christ.
2. Le traité du Saint-Esprit, connu seulement par la version latine de saint Jérôme, était, au dire de ce Père, fréquemment usité et copié chez les Latins. Il examine, dans un style coulant et lumineux, la doctrine du Saint-Esprit, sa personnahté, sa
* Socrate, Eisl. eccl, lib. IV, cap. xxv. — » Socrate, HisU eccles., lib. IV, c. XXV ; Ctssiod., Hist. trip., lib. VIII, cap. vin.
ÉCRIVAINS ORIENTAIX. — DIUYMF i/aVEUULE. .Iftï^
divinité, mais surtout son opération dans les prophètes et dans les saints. Par le fond des idées, il se rapproche beaucoup de l'ouvrage précédent.
Le livre Contre les mayiichéens combat les doctrines manichéennes sur le principe du mal. 11 réfute d'abord, par des arguments rationnels, leurs opinions sur les deux principes bon et mauvais, puis leurs idées sur le bien et le mal dans le monde moral, notamment sm* la dépravation inhérente à la matière et au corps.
Les ouvrages suivants, dont nous ignorons le contenu, mais qui avaient probablement un caractère dogmatique, sont perdus : iipôç ytXdaoyov , riepi ào-couiTou, contra Arianos libri II, sectarnm volumen, rupi Trpovoîaç /.ai xptTswî. Les plus célèbres de ses ouvrages perdus étaient : les 'YTzou-jïiuara tlç rx mpi "lipyj^-* 'Cipiyivouç, où il essayait de justifier le Deprincipiis d'Origène, ce qui lui valut quantité d'attaques et de soupçons.
Ouvrages d'exégèse.
Ils étaiçnt forts nombreux. Les plus complets que nous ayons sont d'abord ses remarques sur les Psaumes, dont plusieurs ont été retrouvés par Mai ' ; puis les Commentaires sur Job, sur les Proverbes et sur les sept Epîtres catholiques*.
Outre les sujets dogmatiques, sur lesquels il a spécialement écrit, il en a traité plusieurs autres. Dans un passage, il dit positivement que le Saint-Esprit procède aussi du Fils ; c'est dans le traité du Saint-Esprit (cli. xxxiv) où il fait dire au Verbe : « Il procède du Père et de moi, car il subsiste et il parle, et cela il le tient du Père et de moi. » Ex Pâtre et ex me est, hoc enim ipsum quod subsistit et loquitur, a Pâtre et me illi est*. Mais dans son ouvrage c?e la Trinité, il ne lui rend témoignage qu'indirectement, lorsqu'il dit que « le Fils possède tout ce qu'a le Père, excepté d'être Père, » il possède donc aussi la spiration. Au livre II, chapitre v, il appelle le Saint-Esprit nne image du Fils. Didyme attribue principalement au Saint-Esprit la sanctification de l'homme et la distribution de la grâce : « Tous les hommes imaginables nont pas été enrichis par le Saint-Esprit... Les spirituels sont les seuls
* Sova Biblioth. Pair., t. VII. — » Cf. Lûcke, Quœstiones ac Vindicisf
Diilynilona:. Gollinp., 1829. — ' Cf- c- Jixxvii.
qui le possèdent d'une manière permanente avec le Père et le Fils, et sont éclairés et spiritualisés par sa divine lumière; éclairés, ils deviennent, autant qu'il est possible, semblables à celui qui les éclaire, ils participent à sa lumière et à son nom, et reçoivent le contrepoison de la grâce divine qui leur arrive sans obstacle. Alors ils volent sur les ailes de Celui qui apparut un jour sous la forme d'une colombe, ils échappent à leurs propres pensées, évitent les embûches du démon, et, renonçant aux objets inconstants et périssables de ce monde, ils contemplent sa magnificence *. »
Les citations suivantes achèveront de caractériser sa théorie de la grâce. «■ L'excellence » de la création « consiste en ce qu'elle participe de la bonté de Dieu, qu'elle lui est attachée par l'obéissance et par l'amour'. » Cette question : « Pourquoi Dieu permet-il que des justes comme David tombent quelquefois dans le péché ? » est résolue ainsi : «f Ils seraient tentés, s'ils ne péchaient jamais, d'attribuer leur vertu à leurs propres forces, et non à la coopération de Dieu. En leur enlevant cette haute opinion, la grâce divine ne les empêche pas' de pécher, afin qu'on voie éclater tout ensemble et la faiblesse naturelle de l'homme et l'assistance qu'il reçoit de Dieu*. »
La confirmation est appelée par Didyme o-yoayk Xoiittoo b fiSTWTTM et xûi<TtJicc\ Il la distingue du baptême. Il qualifie la messe de àvatf/axTo; iv.rpzicf. '^, et il ajoute que Dieu a placé dans ses églises sacrées, dans ses maisons de prières, comme dans les autres cieux', ses biens à jamais inépuisables. » Faisant allusion à la discipline de l'arcane, il parle de la pâque tant désirée que nous célébrons journellement parla participation du corps et du sang de Jésus-Christ *.
Quoique saint Jérôme ait été, à cause d'Origène, un adversaire de Didyme, et bien qu'il l'accuse d'avoir enseigné la préexistence de l'âme, il rend cependant hommage à la pureté de sa doctrine sur la Trinité, et à la profondeur de son savoir ; il reconnaît qu'il parle de la Trinité en bon catholique : Didi/-
' De Trin., lib. II, c. xx, — * Ibid., I, xviii.
' C'est évidemment par bévue que la particule où manque dans le texte des éditions de Mingarelli et de Migne; autrement ce passage dirait le contraire de ce qu'il doit signifier.
* Expos, in ps. L, vers. 1. — ' De Trin., II, xii. — « Ibid., I, xxv. — ' On suppose qu'il faut lire lepoî; ou oixoi;, au lieu de oOpavoï;. — ' Jbid.j 111.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. — MACAIHR f/aÎNÉ. 391
mus certo in Trinitate caf.hoUciis est\ Son style est simple et sans ornements, clair et agréable.
Opéra, éd. Combéfis, dans VAuctuar. Jioviss., t. II, et dans les Leçons de Canisius, edit. Basnage, t. I. Cf. Gallandi, Bibl., t. VI. Mingarelli, De Trinit., Bonon., ilQ9 : Migne, sér. gr., t. XXXLX. Cf. Tillemont, t. X, et Ceillier, t. Vil, éd. 2«, t. V.
§ 55. llaeaire l'Aîné on rEg-ypIien (mort en 390), et antre* antevrs qui ont écrit sur Tascétisme et la vie ccnobitl<|ne.
Entre les anciens écrivains qui ont porté le nom de Macaire, nous devons signaler surtout Macaire le Grand, qu'on a surnommé l'Egyptien, pour le distinguer d'un jeune contemporain surnommé l'Alexandrin ou le Citadin. Il s'appelait aussi Macaire l'Aîné. Il ne faut pas non plus le confondre avec saint Macaire, ami et disciple de saint Antoine, supérieur du monastère de Pispir.
1. Macaire l'Egyptien naquit en l'an 300 et arriva en 330 dans le désert de Scète, où l'on conserve encore de nombreux souvenirs de lui et de son homonyme. Il y vécut jusqu'en 399 dans l'ascétisme le plus rigoureux '. Il passait pour un grand thaumaturge, et les autres religieux l'avaient en si haute vénération que, dès l'âge de quarante ans, ils l'appelèrent le " jeune ■\ieillard, » parce qu'il égalait en perfection les moines à cheveux blancs. Nous savons par un passage de Palladius qu'il était prêtre.
Ses ouvrages sont : 1. Cinquante Homélies spirituelles, exhortations adressées aux moines, où il traite de la vie ascétique, de la perfection chrétienne et de ses degrés, des difficultés et des tentations qu'on y rencontre.
2. Sentences sur les objets de la vie ascétique, sur les expériences qu'elle fournit ; les réponses de Macaire aux demandes de ses disciples ont été probablement recueillies par ces derniers '. Gœrrès, parlant de l'influence que ces homélies ont exercée plus tard sur les développements de la mystique, dit « qu'on y trouve déjà toutes les formes de la mystique avec ses nuances les plus délicates *. »
' Âdc. Ruf., lib. II. — ' Ce calcul résulte de VHisloria Lausiaca, c. xix. Comparer la fin avec les chapitres i et vu du commencement. — ' Migne. t. XXXIV, p. 231. — ^ Préface des œuvres de H. Suso, éd. de Diepenbrock. RalisI)., 1837. Lindner, Symbolx nd h'St. theol-mysl. de HJacario, Lips., IS46.
3. Deux ou trois lettres-circulaires aux moines, et une courte prière, le tout édité pour la première fois en 1850 par H.-J. Floss.
Les sept Opuscules ascétiques, dont Possin a donné en d683 une première édition, ne sont point de Macaire, mais une compilation de ses homélies faite par Siméon Logothète '.
IL Quant à l'autre Macaire, surnommé l'Alexandrin, prêtre et religieux de Nitrie, on ne peut lui attribuer sûrement que trois petites sentences ' et un court traité intitulé : Sermo de exitu animœ justorum et peccatorum.
IIL Nous devons aussi à d'autres moines de l'Egypte, des sermons, des règles monastiques, des sentences et des lettres sur la vie ascétique et la vie monacale. Nous en avons de Orsiesius, abbé de Tabennèse, mort vers 380; de Sérapion, évêque de Thniuis, mort en 359 (il existe encore de lui un petit écrit contre les mmiichéens) ; de Pacôme, abbé de Tabennèse, mort en 348; d'Antoine le Grand, mort en 356; d'Isaïe et de Marc l'Ermite. Dans la suite, le plus important écrivain parmi eux fut Evagre du Pont, né vers 350, et mort en 399 comme moine d'Egypte. Plusieurs de ses écrits sont perdus; il ne reste que son Monaclius, seu de vita activa, et quelques autres traités ascétiques peu étendus.
IV, Les œuvres de Palladius, évêque d'Hélénopolis, très-importantes pour l'histoire des ordres religieux au quatrième siècle, sont une des principales sources à consulter quand on veut étudier cette matière. Palladius, moine et ascète luimême depuis 388, et depuis 401 évêque d'Hélénopohs, connaissant personnellement un grand nombre d'ermites et d'ascètes de l'un et de l'autre sexe, consigna par écrit, en 421, sous le titre de : Historia Lausiaca, continejis vitas sanctorum Patrum, tout ce qu'il avait vu ou entendu sur les ermites de l'Egypte, de la Lybie, de la Thébaïde, de la Cyrène, de la Mésopotamie, de la Palestine, de la Syrie, de Rome et de la Campanie ; il raconte surtout leurs miracles avec une prédilection marquée. On trouve de nouveaux renseignements' dans sa trèsvaste collection des Sentences des Pères, et dans V Histoire des
' Cf. Gallandi, Bibl. Pair., t. VII, p. 161. — a Migue, t. XXXIV, p. 263.
ÉCRIVAINS ORIEMAIX. — S. F.PIPHANE. 393
mornes égyptiens, ou Paradis ', Mentionnons aussi les différentes règles monastiques qu'on attribue aux Macaires ou à d'autres supérieurs d'ordres*.
Voir la collection de ces divers ouvrages, avec les recherches qu'ils ont provoquées, dans Migne, sér. grecq., t. XXXIV; Gallandi, Biblioth., t. VU; Holstenius, Cad. reg. monach.,\. I, p. 19; P. Possinus, Thcsaurus ascetic, Tolosse, 1684; Floss, Marcarii Mgyptii EpistoL, hom. locos, etc., cutn vitis Macariorimi Mgyptii et Alexand., Colon., 1850; Tillemont, t. VllI; Ceillier, t. VII. Les auteurs des écrits mentionnés au n° II! se trouvent dans Migne, sér, gr., t. XL, p. 807 et suiv.; ceux de Marc, ibid., t. LXV.
§ 56. Salut Epipbanc (mort en i03).
Vita S. Epiph., de Polybius, év. de Rhinocorura, Migne, série grecq., t. XLI.
Epiphane, né vers 310, dans un ^'^llage de Palestine, non loin d'Eleuthéropolis, d'une riche famille juive, passa, dans le but de s'instruire, une partie de sa jeunesse en Egypte, où il résista vaillamment aux séductions des gnostiques, qui tâchaient de l'attirer dans leur parti. 11 embrassa ensuite la vie monastique, qui était alors dans tout son éclat, et établit près de son village natal un couvent qu'il dirigea pendant plus de trente années. En 367, sa réputation de sainteté le fit nommer évêque de la métropole de Salamine, dans l'île de Chypre. Evêque, il fut chargé par l'empereur "de travailler à éteindre le schisme d'Antiochc, et entreprit à cette occasion le voyage de Rome en 382. Mais sa principale sollicitude était la vie monastique et la pureté de la foi chrétienne, où il déploya souvent im zèle excessif qui lui faisait dépasser le but. Doué, il est vrai, d'un savoir étendu (il parlait cinq langues), il péchait par le défaut de pénétration et de connaissance des hommes : de là certaines démarches irréfléchies et peu mesurées.
Les erreurs d'Origène lui semblaient très-préjudiciables à la foi chrétienne ; il les considérait même comme ce qui avait été imaginé de plus absurde avant et après lui, et comme la véritable source de l'arianisme. Dès qu'il s'agissait d'Origène, son ardeur ne connaissait point de bornes '. Ce fut lui qui,
' Migne, sér. gr., t. LXV. — » Migne, t. XXXIV, p. 967.
^ Il est probable qu'il fui amené à porter ce jugrement sévère par les
dans un voyage en Palestine, en 394, provoqua la querelle de l'origénisme, en s élevant contre Jean, évêque de Jérusalem, très-attaché à Origène. Bientôt après, Théophile d'Alexandrie, esprit rusé et vindicatif, abusa de Taversion d'Epiphane contre Origène pour décréditer saint Chrysostome. A force de lui répéter qu'il était nécessaire d'empêcher l'introduction de l'origénisme dans la capitale, où s'étaient réfugiés des moines partisans de cette doctrine, les quatre frères longs, il le décida à faire le voyage de Constantinople : c'était en 402. Epiphane, convaincu que saint Chrysostome favorisait l'origénisme, y déploya une grande hostilité contre lui. Il s'aperçut plus tard qu'on l'avait trompé. Chrysostome lui ayant demandé d'un air surpris : a Sage Epiphane, est-il vrai que vous ayez parlé contre moi ? » il lui fit cette réponse un peu embarrassée : « Athlète du Christ, sois éprouvé et triomphe. » Puis il quitta l'éclat faux et trompeur de Constantinople; car « il avait hâte, » disait-il, en prévision sans doute de sa mort prochaine. En effet, le vaisseau qui l'emmenait ne le conduisit pas vivant jusqu'à l'île de Chypre. Accablé de vieillesse, il était immobile, rappelant à deux prêtres fidèles dont il était accompagné les épreuves de sa vie, ses luttes contre les sectes diverses. Une tempête s'étant élevée vers le soir, il resta longtemps dans l'abattement et dans le silence, le livre des Evangiles placé sur son cœur. Puis s'étant ranimé , il fit apporter des charbons et de l'encens, le fit brûler par ses prêtres, pria longtemps avec eux, leur dit adieu en les embrassant, et expira lorsque la tempête s'apaisait. Ses restes,
exagérations et les louanges outrées des partisans d'Orlgène. Lui-même raconte ainsi comment l'un d'eux exaltait la grandeur de la nature humaine : « Quand le Créateur eut ordonné le monde comme un vaste état et l'eut disposé par sa parole, lorsqu'il eut groupé les éléments en une unité harmonieuse, et toTit rempli d'êtres des différentes espèces, dont l'ensemble constituait une beauté parfaite; après qu'il eut animé tous les êtres de la nature, les astres dans le ciel, les oiseaux dans l'air, les quadrupèdes sur la terre, les poissons dans l'eau, il introduisit enl^n dans le monde l'homme, à qui il avait préparé cette magnifique demeure, et de sa propre main le plaça comme une statue au milieu des splendeurs de son temple. Il savait que tout ce qui sort de sa main divine doit être immortel ; car l'être immortel communique l'immortalité, de même que le mal engendre le mal et la justice le juste. L'homme est donc immortel; c'est à cette fin que Dieu l'a créé, tandis que la création des autres êtres, il l'a confiée à l'air, à la terre et à l'eau. » De haeres., LXIV, n. 18; Migne. pér. gr., t. XLI, p. 1097.
ÉCRIVAINS ORIENTAUX. — S. ÉPIPHAXE. 395
ramonés à Salaminé, y furent ensevelis avec de grands honneurs; et son nom demeura célèbre dans l'Orient et consacré dans les deux Eglises '.
Œuvres de saint Epiphane.
i. Contre les quatre-vinr/ts hérésies , ou iiavâ^stov, en trois livres. Cette « boîte aux remèdes, » ainsi qu'il l'appelait, doit son existence à la prière de deux religieux. Leur lettre et sa réponse, où il fait une revue sommaire de son sujet, précèdent le premier livre. Le Panarion lui-même est l'histoire des doctrines de quatre-vingts hérésies, dont les matériaux sont empruntés à saint Irénée et à Hippolyte, qu'il cite souvent mot à mot. L'auteur a surtout imité le second ; comme lui, il mentionne les écoles philosophiques des Grecs et les sectes juives qui s'éloignent de la révélation ; comme lui enfin, il termine par une profession de foi. Il donne quantité de renseignements qu'on ne trouverait point ailleurs, ce qui assure à son travail une valeur durable, d'autant qu'il est encore le plus complet. Il est regrettable que la critique y soit souvent absente. — U Exposition de la foi, travail fort étendu (trenteun chapitres), forme l'appendice du précédent ouvrage. Lipsius a fait connaître les sources d'Epiphane, et publié des tables comparatives pour aider à la critique de ces sources'.
2. L'auteur a rédigé lui-même un abrégé de son livre sous le titre de Récapitulation.
3. hAnchoi^a fut écrit en 374, un an avant le Panarion, à la prière de deux prêtres et d'un magistrat de Suedri, en Pamphylie. 11 est dit dans les lettres qui lui servent de préambule, qu'une portion des adversaires du Saint-Esprit s'élant rapprochée de l'Eglise, il s'agissait maintenant de les instruire convenablement. Comme il n'y avait là personne qui fût en état de le faire, on s'adressa à l'homme le plus marquant et le plus rapproché, pom* lui demander des instructions. Epiphane répondit par son Exposition de la foi chrétienne, Arichora, où il explique longuement les dogmes de la Trinité et
< Villemain, Tableau de if'loq. clirét. au IV' siècle. (Citât, du trad.) Cf. Eberhard, Participation d'Epiphane à la controverse contre Origène, Trêves, 1839, et L. Vinceuzi, In Greg. Syss. et Origen. scripla cl doctrines nova reccnsio,, t. III, — ^ Vienne, 1863.
de l'Incarnation, de la résurrection, du jugement et de la vie éternelle, mais en y mêlant bien des éléments étrangers à son sujet, tels que la réfutation d'erreurs païennes et manichéennes, de longs commentaires sur certains objets mentionnés dans la Bible, etc.
4. Nous avons encore de lui quelques Excursions bibliques, 1 . dans le traité des Mesiires et des Poids, très-utile pour les études d'introduction à l'Ancien Testament. Il y explique les signes critiques et grammaticaux, parle des traductions et rapporte une foule d'autres détails précieux pour la science de l'herméneutique. 11 traite enfin des mesures et des poids dans les quatre derniers chapitres (xxi-xxiv). 2. Dans les Douze Pierres précieuses, explication des noms, de la figure et des propriétés des douze pierres précieuses qu'Aaron portait sur ses habits pontificaux, entremêlées d'interprétations morales et allégoriques. Nous n'avons de cet écrit qu'une traduction latine et un ancien extrait en grec.
5. Deux lettres d'Epiphane, traduites en latin, sont mêlées aux lettres de saint Jérôme.
Ouvrages douteux ou apocrtjphes.
De prophetis eorumque obitu et sepidtura; — sept homélies sur le dimanche des Rameaux, le samedi saint, la résurrection de Jésus-Christ, l'Ascension, en l'honneur de la sainte Mère de Dieu ; des deux derniers, sur les Rameaux et la résurrection, il n'existe que des fragments ; — Tractatus de numerorum mijsteriis ; le Physiolocfue, recueil de notices merveilleuses sur les propriétés et les énergies naturelles de divers animaux, et sur les applications morales qu'on en peut faire.
Enfin, on attribuait jadis à saint Epiphane un long Co7nmentaire sur le Cantique des cantiques, parce que la traduction latine, seule connue pendant longtemps et un peu différente du texte, le lui attribuait. Mais après la publication du texte grec par M. A. Giacomelli, il est devenu évident qu'il émane de Philon, évêque de Carpasium, eu Chypre, ami et évêque suffragant d'Epiphane *.
♦ Voir sur Philon, Polybius, Vila S. Epiph.. c. xlix. Epiphanii Epist. nd Jonnn. Bieros , c. ii.
ÈCRJVAINS ORIKNTAIX. -— S. i^-.Pll'nANK. 397
Epiphane a le style prolixe, quelquefois enjoué; il manque de méthode, mais on trouve aussi, dans sa seconde homélie pour le samedi saint, un accent tout poétique. (Si ce morceau est authentique il faut louer son érudition, son amour de la vie monastique et ascétique '.)
Opéra S. Epiph., grœc. etlat., éd. Diuii. Petavius, Par., 1622, in-fol., 2 vol.; Œhler, Berul,, ISiiS) et seq.; en grec seulement, par Dindorf,
^ Voici comment il décrit la descente de Jésus-Christ aux enfers : «Lorsque ces espaces fermés que le soleil n'éclairait jamais, lorsque ces prisons, ces cavernes furent soudain envahies par l'arrivée brillante du Seigneur et de sa troupe, Gabriel, envoyé aux hommes pour leur apporter la joyeuse nouvelle, s'avança à la tête des archanges ; et sa voix puissante, comparable au mugissement du lion, porta cet ordre aux puissances ennemies : Enlevez les portes, dominateurs ! Et Michel s'écria avec lui ; Levez-vous, portes éternelles 1 Et les Vertus dirent ensuite : Reculez, sentinelles impies! Et les Puissances s'écrièrent d'une voix forte, énergique : Kompez les chaînes indissolubles! Puis une autre voix s'écria : Soyez couverts de honte, ennemis irréconciliables! Puis une encore: Tremblez, injustes tyrans! Alors l'épouvante, la confusion, des cris plaintifs descendirent en quelque sorte du rayon de l'armée invincible du Dieu tout-puissant sur les ennemis du Seigneur, et les habitants de l'enfer, à cet avènement inopiné de Jésus-Christ, virent les ténèbres se retirer subitement au fond de l'abîme, et on eût dit qu'une pluie d'éclairs aveuglait les puissances infernales qui s'agitaient dans l'air, et elles entendaient retentir comme autant de coups de tonnerre ces paroles des anges et ces cris de l'armée : Levez les portes qui sont au-dessus de nous; ne les ouvrez pas; soulevez-les de terre, afin qu'elles ne se referment plus. Non pas que le Seigneur ici présent n'eût pas la force, dès qu'il le voudrait, de faire sauter vos portes closes; mais il vous commande comme à des esclaves rebelles de rompre ces portes et de les brûler. Il ne commande pas à la foule, mais à ceux qui gouvernent parmi vous, et il dit : Chefs, éloignez les portes! Voici Jésus-Christ, la porte céleste! Aplanissez la voie à Celui qui domine sur les ruines de l'enfer. Le Seigneur est son nom; il a pénétré par les portes de la mort; elles sont là pour que vous y entriez. Mais ceux-ci, il vient pour leur ouvrir une issue. Point de retard ; garde à vous ; nous ordonnons aux portes de se lever d'elles-mêmes ! Levez vous donc, portes éternelles ! Et aussitôt les puissances ennemies poussent des clameurs ; les portes volent en éclat ; les fondements des prisons s'ébranlent et les puissances ennemies sont précipitées, enchaînées les unes aux autres, dans une fuite désespérée. Elles frémissent, elles tremblent, elles s'étonnent et s'écrient : Qui est ce Roi victorieux, qui est ce thaumaturge qui accomplit en enfer des choses que ne vit jamais l'enfer? Quel est Celui qui brise notre puissance audacieuse et rappelle ceux qui dorment depuis des siècles? Alors les Puissances du Seigneur leur dirent : Voulez-vous savoir, scélérats, qui est ce Roi glorieux? Sachez-le, c'est le Dieu fort et invincible; Celui-là même qui vous a bannis des régions célestes et vous a précipités, faibles et injustes tyrans; Celui-là même qui vous a bravés sur la croix et vous a emmenés en triomphe. Hàtez-vous donc de nous ramener ceux que vous avez maltraités jusqu'à cette heure. » Migne, sér. gr., t. XLIII, p. 433.
3Î1^8 PATROi.orxTr..
Lips., 1860 et seq., Migne, série grecq., l. XLI-XLIII. Philonis Carpasi, Enarratio in Canticum canticorum, éd. Giacomelli, Hoirice, 1772. Gallandi, t. iX, in appendice; Migne, sér. gr., t. XL; cf. Tillem., t. X; Ceillier, t. VIII, éd. 2*, t. VI ; Doucin, Hi.st. de la vie de saint Epiphane, Paris, 1720.
§ 57. Saint Jean Chrysestonic (mort en 407).
Voir la Préface de ses œuvres dans le premier vol. de ledit. Gaumcj (26 vol. gr. in-8°); la Vie de saint Chrysostomt, etc., même édit. ft. XIII, pars prior),
Jean, surnommé le Conslantinopolitain, à cause de la position officielle qu'il occupa à Constantinople, et Chrysostome ou Bouche d'Or, à raison de son aptitude exceptionnelle pour l'éloquence, était né en 347, dans la ville d'Antioche. Fils d'un père illustre, Sécundus, qui occupait le poste élevé de « maître des milices d'Orient, » il appartenait également, du côté de sa pieuse mère Anthuse, à une famille illustre et considérée. Veuve dès l'âge de vingt ans, sa mère se consacra tout entière à son éducation et jeta dans son jeune cœur ces semences de piété dont l'influence s'étendit sur toute sa carrière et sur tous ses travaux religieux*. Sa première culture scientifique lui fut donnée par le rhéteur Libanius et par le philosophe Andragathius, sans préjudice de sa foi. L'admiration qu'excitaient ses progrès avait fait désirer à Libanius de l'avoir un jour pour successeur , et ce célèbre rhéteur se plaignait amèrement que les « chrétiens le lui eussent ravi par un sacrilège. »
Chrysostome, après avoir plaidé quelque temps dans le barreau, renonça au tumulte des affaires publiques, malgré les perspectives brillantes qui s'ouvraient devant lui, pour se vouer à la vie solitaire et contemplative, et s'appliquer à l'étude des saintes lettres, à l'exemple de Basile, cet ami de jeunesse auquel il était étroitement lié. Mélèce, le pieux évêque d'Antioche, développa les germes précieux de cette rare intelligence, et après l'avoir initié aux vérités chrétiennes, le baptisa vers 369, et au bout de trois ans lui conféra le degré de
' Le païen Libanius, faisant allusion aux vénérables mères des grands docteurs de l'Eglise, Nonne, Anthuse, Monique, etc., s'écriait : « O Dieu de la QrècCj quelles femmes se trouvent parmi ces chrétiens! »
[Note du trad.J
^XRIVAINS ORIENTAITX. — S. IRAN rHRYSOSTOMK. 399
lecteur. Ce vénérable pontife ayant abdiqué ses fonctions vers 370, et d'autres sièges étant devenus vacants autour d'Antiochc pour les mêmes motifs, plusieurs cités tournèrent leurs regards vers Chrysostome et son ami Basile. Ils s'étaient réciproquement promis de se soustraire à une semblable élection. Cependant saint Basile finit par céder aux instances de son ami, dans l'espoir que celui-ci en ferait autant. Saint Chrysostome ayant refusé par humilité, on on vint à des explications, en suite desquelles Chrysostome rédigea son célèbre opuscule du Sacerdoce, pour justifier son pieux stratagème.
Vers le même temps, Chrysostome ayant perdu sa sainte mère Ânthuse, se retira dans la solitude auprès des moines fixés autour d'Ântioche, où il se félicitait « d'avoir échangé ce port assuré contre les flots d'une mer tumultueuse. » Associé à d'autres hommes travaillés des mêmes goûts, tels que Théodore, depuis évèque de Mopsueste, et Maxime, il s'adonna à la vie ascétique sous la direction du savant abbé ûiodore, qui fut plus tard évèque de Tarse, et de Carterius, jusqu'en 380. A cette époque se rattachent ses premiers écrits : contre les ennemis de la vie cénobitique, laquelle lui paraît supérieure à l'empire ; l'apologie de la virginité ; deux lettres à Théodore, qui avait momentanément déserté la solitude et songeait à se marier. Sa santé affaiblie le contraignit de retourner à Antioche, où il reçut le diaconat des mains de l'évèque Mélèce, revenu de l'exil'; après la mort de Mélèce, il fut ordonné prêtre par l'évèque Flavien, qui lui confia, à cause de son grand âge, la charge de prédicateur dans son église.
Une insurrection provoquée par une taxe que lempereur avait établie pour célébrer le cinquième anniversaire de son fils Ârcadius, venait d'éclater à Antioche (387) : on renversa les statues de l'empereur et celles de l'impératrice. Ce fut là, pour Chrysostome, l'occasion de déployer l'énergie de son caractère et la mâle austérité de sa science chrétienne. Tandis qu'une députation, ayant Flavien à sa tète, se hâtait vers Constantinople pour fléchir la colère de l'empereur, Chrysostome prononçait devant le peuple d'Antioche, effrayé et abattu, ces fameuses homélies sur les statues, où il console, ranime et censure tour-à-tour son auditoire consterné, et où éclatent avec la sagesse du pasteur, la science du théologien
400 PATROLOaiK.
et l'éloquence brillante de l'orateur chrétien. Les extraits suivants du commencement et de la fm de ces discours donneront une idée de l'efFet prodigieux que l'éloquent missionnaire devait produire sur ses auditeurs.
« i . Béni soit Dieu, qui a daigné parler avec amour à vos âmes affligées et raffermir vos esprits abattus ! Or, que vous ayez réellement entendu dans vos âmes la voix de Dieu, j'en ai pour preuve le zèle que vous manifestez et votre empressement à venir écouter la parole évangélique. Une âme accablée par la douleur et comme enveloppée d'un nuage de tristesse, ne saurait recueillir avec attention aucun de nos enseignements, et je vous vois accourir à nos réunions saintes avec une impatiente ardeur, et, laissant de côté vos sujets de larmes, triompher de toutes vos craintes par l'amour de la vérité. Aussi, m'unissant à vous, je rends grâces à Dieu de ce que le malheur n'a pas été plus fort que votre philosophie ; ni le plus sombre avenir n'a brisé votre courage, ni la tribulation présente n'a refroidi votre ferveur, ni la crise que nous traversons n'a ralenti votre zèle. Que dis-je ? au lieu de le ralentir, elle l'a rendu plus ardent; au lieu de le dissoudre, elle l'a fortifié ; au lieu d'en éteindre la flamme, elle a paru lui fournir un nouvel aliment. L'Agora, sans doute, est déserte; mais l'église est remplie. Là régnent le silence et le deuil ; ici l'action de grâces et la joie spirituelle.
» Lors donc que vous serez dans l'Agora, mes bien-aimés, et que cette morne solitude vous arrachera des soupirs, courez vers l'Eglise, votre mère, et soudain elle vous consolera par la vue de ses nombreux enfants ; entourés d'un chœur de véritables frères, vous sentirez s'évanouir toute votre tristesse. Dans la cité nous désirons rencontrer un homme, comme si nous habitions le désert ; nous réfugions-nous dans le saint temple, la foulé nous presse de toutes parts. Quand la mer bouillonne et bondit sous les coups redoublés de la tempête, tous les matelots effrayés cherchent un asile dans le port ; de même, les orages qui ont soufflé sur l'Agora et bouleversé la ville forcent tous les habitants à se réfugier dans cette enceinte et resserrent entre eux les liens de la charité chrétienne. Offrons donc à Dieu nos remercîments et nos louanges en voyant les fruits abondants que la tribulation nous a donnés, le bien que la tentation nous procure. Sans tentation, pas de cou-
roTine; sans combat pas de récompense; sans arène, pas d'honneur; sans châtiment, pas de pardon; sans hiver, pas d'été. Et cela s'applique non-seulement aux hommes, mais encore à tout ce que la terre produit. Il faut à la semence beaucoup de pluie, des nuages qui s'amoncellent, des glaces prolongées, pour que l'épi se forme et se développe au retour de la belle saison : le temps de la semenee est le temps de la pluie. »
Les fidèles, pendant ces semaines d'angoisse, avaient écouté journellement la parole ardente de l'orateur et puisé de grandes consolations dans les vérités chrétiennes qu'il leur annonçait. Tout-à-coup la nouvelle se répandit que l'empereur faisait grâce à la ville et remplit d'allégresse tous les cœurs. Saint Chrysostome termine sa fructueuse mission par les paroles suivantes :
« Ce que vous fîtes alors, en couronnant l'Agora, en illuminant la ville, en dressant des tables devant les maisons, et, comme si la ville venait de naître, en faisant éclater votre joie par vos fêtes, continuez de le faire chaque jour, mais sous une autre forme : montrez-vous couronnés de vertus et non de fleurs, que les bonnes œuvres soient la lumière de vos âmes, tressaillez d'une joie toute spirituelle, bénissez constamment le Seigneur pour tant de bienfaits. Ce n'est pas seulement parce qu'ils vous a délivrés de vos malheurs, c'est encore parce qu'il les a permis, que vous devez reconnaître vos obligations envers lui, car tout a contribué à l'ornement de notre cité. Racontez ces divines faveurs, suivant la recommandation du Prophète, annoncez -les à vos enfants; qu'eux aussi les annoncent à ceux qui naîtront d'eux ; que vos petits-fils les transmettent à la génération suivante, afin que tous ceux qui vivront jusqu'à la fin des siècles, connaissant la miséricorde de Dieu à l'égard de notre ville, vous félicitent d'avoir été favorisés d'une telle grâce. Qu'ils admh'ent aussi le chefd'œuvre de notre empire pour avoir en quelque sorte relevé cette ville de ses ruines, et qu'excités à la piété par de tels exemples, ils fassent tourner ces événements à leur propre avantage. En effet, ce n'est pas vous seuls qui serez heureux de ce qui vient de s'accomplir, si vous en gardez fidèlement la mémoire : une part de ce bonheur sera pour vos descendants, quand on leur racontera ce qui nous est arrivé. Pénétrés
40^ i'A'rtOLÔGTE.
de ces réflexions, rendons grâces, encore une fois, et de la fin de nos malheurs, et de nos malheurs mêmes ; car nous avons appris par les divines Ecritures et par notre propre expérience que le Seigneur, dans sa clémence infinie, fait tout servir à notre bien, selon les voies qui conviennent à sa sagesse. Soutenus et réjouis par cette bonté, puissions-nous en outre acquérir le royaume du ciel, en Jésus-Christ Notre-Seigneur, à qui soient gloire et puissance dans les siècles des siècles l Ainsi soit-il. »
Pendant douze années, sa puissante parole obtint à Antioche les mêmes résultats, d'une part contre les menées des hérétiques et des sectaires, de l'autre contre le paganisme et la superstition des mœurs, et surtout contre la passion des jeux du cirque et des théâtres.
C'est de sa période d'action à Antioche que datent ses meilleurs travaux d'exégèse : les commentaires sur la Genèse, sur les Evangiles de saint Matthieu et de saint Jean, sur la plupart des Epitres de saint Paul, outre de nombreuses homélies.
En 397, contre ses vœux et ses prévisions, l'empereur Honorius le nomma patriarche de Constantinople, après la mort de Nectaire. Chrysostome reçut la consécration des mains de Théophile d'Alexandrie, qui devait bientôt après le précipiter de son siège.
Lorsque Chrysostome, avec une énergie croissante, renouvela dans la résidence impériale ses anciennes attaques contre les anoméens et les novatiens, et qu'il s'en prit à la fois au peuple, aux grands et à la cour; lorsque, nouveau Jean- Baptiste, il critiqua sans ménagements les opinions hétérodoxes du puissant ministre Eutrope et de l'impératrice Eudoxie, lorsqu'on le vit agir avec vigueur contre certains évoques indignes de son ressort, ou fit les derniers efforts pour le perdre.
Tous les partis hostiles se groupèrent autour d'Eudoxie, blessée au vif dans son orgueil, et d'Eutrope. Ils tâchèrent surtout de gagner à leur criminels desseins Théophile d'Alexandrie, jaloux du poste éminent qu'occupait Chrysostome. Ils y parvinrent d'autant plus facilement que Théophile, chargé de graves accusations, devait se justifier en présence de Chrysostome dans un concile tenu à Constantinople. Il ajourna son
voyage, et, sur ces enirefaits, abusa de la confiance de saint Epiphane pour décrédiler Chysostome, en le représentant comme un origéniste. Et c'est ainsi, chose incroyable, qu'en arrivant à Constantinople, assuré de l'appui de l'impératrice, Théophile parut non plus en accusateur, mais en juge. Chrysostome, qu'on avait chargé de griefs ridicules, fut déposé au concile du Chêne (403), après avoir justement refusé d'y comparaître. Lorsque, en vertu du décret de déposition, l'empereur Arcadius, prié d'expulser violemment saint Chrysostome de son siège patriarcal, le fit conduire, au mois de septembre 403, en Bithynie, à la faveur de l'obscurité du soir, une fermentation extraordinaire éclata parmi le peuple, qui se souvenait alors de tous les bienfaits qu'il avait reçus de son père et de son pasteur. Le retour du patriarche fut réclamé au milieu des malédictions et des menaces proférées contre les auteurs de cet attentat, et arraché à l'empereur. Chrysostome fut ramené dans son Eglise au miheu d'une indescriptible allégresse.
Humiliés à ce point et obligés de fuir, les ennemis du patriarche épiaient le moment favorable de se venger et d'exécuter leur complot avec le concours de l'impératrice ; ils y comptaient d'autant plus quEuxodie avait été tout récemment offusquée et aigrie par un discours du patriarche sur Eérodiado.. Celte fois encore, on eut recours à Théophile pom* consommer le forfait ; mais, n'osant comparaître à Constantinople, il conseilla par écrit d'appliquer à Chrysostome le quatrième canon du concile d'Ântioche (341) employé autrefois contre Âthanase, et en vertu duquel un évèque déposé par un concile ne pouvait être réintégré que par un concile. On adopta ce parti, et le patriarche dut reprendre la route de l'exil. Chrysostome implora le secours de lévèque de Rome, Innocent \", qui s'intéressa vivement à ses malheurs. Toutefois, ses ennemis ne réussirent pas moins, à force d'impostures et de calomnies, à le faire exiler par Arcadius (c'était en 404, après la Pentecôte) ; et pour lui enlever tout espoir de retour, ils hii firent donner l'archidiacre Arsace pour successeur. Pendant ses courses k travers la Bithynie, la Phrygie, la Ualatie, la Cappadoce, la Cilicie et l'Arménie, le saint patriarche, d'une complexion délicate, épuisé, fut en proie à toutes les douleurs physiques, et essuya en plus d'un endroit les mauvais traitements d'un
clergé hostile et prévenu. A Constantinople, on décida encore le faible Arcadius à ordonner que l'illustre exilé serait déporté de Gueuse, en Arménie, où il poursuivait activement l'œuvre de la conversion des Goths commencée à Constantinople, à Pityus, en Colchide, situé aux extrêmes limites de l'empire, sur la rive occidentale de la mer Noire. Le généreux athlète succomba à tant de fatigues avant d'avoir atteint le terme de son voyage, et mourut le 14 septembre 407, en prononçant ces paroles de Job : « Béni soit le Seigneur en toutes choses ! 1) Cédant aux instantes prières des fidèles émus de tant de souffrances, Théodose II fit ramener à Constantinople le corps du saint pontife. L'Hellespont était en feu, les rues de la ville éclairées par des flambeaux, quand les restes mortels de saint Chrysostome furent ramenés triomphalement et inhumés dans l'église des Apôtres. L'empereur, agenouillé devant son cercueil, implorait pour ses parents, pour sa mère surtout, l'oubli des injustices et des tourments infligés à ce fidèle pasteur.
Ouvrages de saint Chrysostome.
De tous les Pères grecs, Chrysostome est celui qui a laissé le plus d'ouvrages. Ce sont : des explications de l'Ecriture sainte, des sermo?is, des traités de dogme et de controverse, de morale et d ascétisme, des lettres \
Commentaires sur l'Ecriture sainte.
Ces commentaires embrassent la majeure partie de ses travaux littéraires ; ils occupent près de neuf volumes de l'édition Gaume (ou bénédictine), et s'étendent à la plupart des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Quoique présentés sous forme d'homélies, ils donnent cependant, dans la première partie, des explications très-exactes sur les mots, sur les particules elles-mêmes et sur les choses. Le sens est solidement établi d'après le contexte et l'esprit général des saintes Ecritures. La seconde partie est réservée aux exhortations morales et ascétiques. Cette méthode, déjà employée par saint
' 13 volumes en 26 parties, édit. Gaume; Migne, scr. gr., 13 vol. iii-i". Voy. Slilting, S. J., Compendium chronologicum geslorum et scriptorum, d'après les Bollaudisles; Migne, t. XLVill, p. 2G3.
itCRIVAIVS ORIE.NTAl X. — S. JEAN CURYSOSTOME. iOo
Ephrem le Syrien, concilie les deux procédés contraires d'Antioche et d'Alexandrie; elle n'étend pas l'inspiration aux mots eux-mêmes*, comme le faisaient les Alexandrins, mais uniquement aux vérités dogmatiques et morales; et, contrairement à l'école d'Antioche, elle ne bannit pas absolument la recherche du sens allégorique; seulement elle se garde de l'exagérer et ne le croit pas essentiel dans l'explication de l'Ecriture.
C'est d'après le même principe qu'il expliquait littéralement ce texte de la Genèse, n, 8 : « Dieu planta un jardin dans Eden, » c'est-à-dire il ordonna qu'il y eût un paradis sur la terre. Il blâmait Origène, qui l'entendait d'un paradis céleste ; c'était contredire le texte de l'Ecriture et y introduire ses propres pensées {Homil. ui in Gènes., n, 8). « Si ceux qui veulent parler selon leur propre sagesse n'admettent pas que les fleuves soient des fleuves, les ruisseaux des ruisseaux, s'ils y voient autre chose, nous ne les écouterons pas et nous suivrons l'Ecriture. »
Entre les commentaires sur l'Ancien Testament, on a toujours préféré les suivants : soixante-sept Homélies et neuf Sermons sur la Genèse*, Expositions sur les psanmes ui-xn,
*Ces principes d'herméneutique offraient à saint Chrysostome de grands avantages, notamment pour concilier les nombreuses divergences que présentent les quatre Evangiles. 11 y faisait déjà allusion dans son homélie préliminaire sur saint Matthieu : « Ne suffîsait-il pas, dit-il, d'un seul évangéliste pour tout raconter? — Un seul eût suffi sans doute, et cependant, comme il y en a quatre qui n'ont écrit ni dans le même temps, ni dans le même lieu, qui ne se sont jamais réunis pour se concerter, du moment que leurs paroles semblent toutes sorties de la même bouche, c'est un magnifique témoignage en faveur de la vérité. — Le contraire a lieu, me direz-vous encore, et souvent ils diffèrent entre eux. — Cela même prouve d'une manière éclatante qu'ils disent vrai. S'ils étaient parfaitement d'accord sur toutes les circonstances, sur les plus légers détails et jusque dans les expressions mômes, pas un ennemi qui n'eût cru que c'était le résultat d'une entente préalable et nullement celui d'une complète sincérité. Les différences, bien minimes du reste, qu'on remarque dans ces écrivains, les mettent précisément à l'abri dun tel soupçon et font admirablement ressortir leur bonne foi. Quant aux variantes qui touchent aux circonstances de temps et de lieu, elles ne portent aucune atteinte au fond même du récit. » Avec ce procédé, il résout les divergences réelles ou apparentes des Evangiles, d'une manière presque toujours naturelle et facile, tandis que les solutions de saint Augustin, dans son De consensu Evangeliorum, présentées d'après la notion que les Alexandrins se faisaient de l'inspiration, sont moins satisfaisantes, plus forcées et plus artificielles.
* ïom. IV.
xLï-xLix et cviii-cL ' ; cinq Sermons sur Anne, et trois Homélies sttr David et SaiiP ; Commentaire sur le prophète Isaie, c. i-viii, 10; six Homélies sur ce texte : « J'ai vu le Seigneur'; » deux Homélies sur l'obscurité des prophéties. V su contre, le Cominentaire sur le prophète Daniel, que Cotelier a édité le premier sur un manuscrit de l'Escurial, n'est qu'un recueil de passages fait par un savant du quinzième ou du seizième siècle, qui avait copié des chaînes grecques. Cette interprétatioîi, telle que la possède le docteur Nolte, est d'un tiers plus complète que dans Cotelier et Montfaucon*.
Parmi ses explications sur le JNouveau Testament, on tient en grande estime les quatre-vingt-dix Homélies sur saint Matthieu, et particulièrement sur le sermon de la montagne'. Moins heureuses sont les quatre-vingt-huit Homélies sur saint Jean'^ et les cinquante-cinq Homélies sur les actes des Apôtres''. Les meilleures sont incontestablement les Ho?nélies sur toutes les Epîtres de saint PauP, que saint Chrysostome lisait avec une prédilection particulière. Yoici en quels termes il s'exprime dès le début de l'homélie qui sert d'introduction à l'Epître aux Romains : u Si j'entends autrement certains endroits de saint Paul, je ne le dois pas à l'excellence et à la pénétration de mon esprit, mais à la lecture incessante de ses écrits et à l'amour ardent que je lui porte. En entendant lire ses écrits deux fois par semaine, souvent même trois et quatre fois, quand nous célébrons la mémoire des martyrs, je me réjouis au son de cette trompette spirituelle, je tressaille, je brûle de désir ..., et il me semble que je le vois présent. >■>
Les homélies sur FEpître aux Hébreux n'existent que dans une copie qui se répandit après la mort du saint docteur. L'ancienne traduction latine, faite par Mutianus à la demande de Cassiodore, est importante pour la critique du texte.
On a souvent attaqué l'authenticité de la Synopsis Veteris et Novi Testamenti, quasi commonitorii (commentarii brevis"). Celui de ses disciples qui s'est le mieux approprié la nouvelle méthode d'exégèse, c'est Isidore de Péluse,qui faisait
< T. V. — « T. IV. — ' Is., c. VI, 1. — * Cf. Montfaucon, in éd. Gaume, ad hune lib.; Mai, Collect. nov., t, I, p. xxxiii (à partir d'Isaïe, t. VI).— ' T. VII. —• T. VIII. - 7 T. IX.- * T. IX-XII. - ' T. VI.
ainsi l'éloge du commentaire sur les Epîtres de saint Paul : (( Je crois que si Paul se fût exprimé lui-même en langue attique, il ne l'eût pas fait autrement que le vénérable Chrysostome, tant son explication est excellente par les pensées, par l'élégance et l'exactitude de l'expression » {Eplst., lib. V, ep. xxxu).
Discours religieux.
{. Dogmatiques et polémiques. Douze Bomiliae contra anomœos, seu de iyicomprensibili, id est de incomprehensibili Dei natura. La plupart ont été prêchées à Antioche avant l'épiscopat du saint docteur; les dernières sont de l'évêque de Constantinople. Les huit Homélies contre les Juifs sur la divinité de Jésus-Christ (quod Christus sit Deus) datent de sa période sacerdotale à Antioche'. \J Homélie sur la résurrection des morts roule sur la démonstration de ce dogme fondamental du christianisme*.
A cette catégorie, nous pouvons ajouter encore :
Les vingt et une Homélies sur les statues, au peuple d' Antioche^, car on y trouve, à côté d'exhortations morales, plusieurs grandes vérités dogmatiques développées d'une façon originale.
Deux Catéchèses (ad illuminandos) , où prédomine l'élément moral. Elles sont adressées aux catéchumènes et aux néophytes.
La Liturgie de saint Chrysostome occupe une place importante parmi les liturgies orientales '\
2. Homélies pour les fêtes du Seigneur, et Panégyriques des saints.
Homélie pour la Jiativité de Notre- Seigneur, de l'année 386 ; Homélie sur le baptême de Jésus-Christ et sur l'Epiphanie ; deux Homélies sur la trahison de Judas; Hotnélie sur le cimetière et la croix; deux Homélies sur la croix et le larron; Homélie sur la résurrection, le saint et grand jour de Pâques; Homélie sur l'ascension du Seigneur; deux Homélies sur la Pentecôte.
Entre les Panégyriques des saints, ceux de son apôtre favori méritent la préférence :
' T. I, - » T. II. > T. II. — * T. XII, édition Gaume.
Sept Homélies sur les louanges de l'apôtre saint Paul, prononcées à Antioche; sur plusieurs saints de l'Ancien Testament : Job, Eléazar, les Machabées et leur mère ; sur des saints du Nouveau Testament : d'abord trois Homélies sur les martyrs en général, savoir : Sermon des saints martyrs; Homélie sur les martyrs, et Homélie sur tous les saints martyrs. Viennent ensuite d'autres homélies sur des martyrs particuliers : Julien, Barlaam, Juvence, Maxime, etc.; puis sur les saints évêques de l'Eglise d'Antioche : Ignace, Babylas (et aussi contre Julien et les gentils), Philogon, Eustathe et Mélèce, sur le prêtre et martyr Lucien ; une Homélie à la louançje de Diodore, évêque de Tarse ; une Homélie à la louange de Théodose le Grand. luEncomium sancti Gregorii illuminatoris, et plusieurs homélies sont données pour apocryphes ou pour interpolées dans \ avertissement qui les précède dans l'édition Gaume, t. XII, p. 1065.
3. Discours moraux pour exciter à la plupart des vertus chrétiennes, détourner des vices grossiers et des mauvaises habitudes, comme la fréquentation du cirque et du théâtre. On y trouve également cinq homélies sur la prière et une sur la pénitence. Les Sermones de consolatione mortis n'ont été conservés qu'en latin, de même que : Sermones aliquot de terras motu, à l'occasiou de fréquents tremblements de terre. Voici en quels termes il protestait un jour contre les applaudissements que se permettaient quelquefois ses auditeurs à propos de certains endroits qui leur plaisaient davantage : « Ce lieu n'est point un théâtre ; vous n'êtes pas ici pour voir des comédiens » (Homil. xvu, 7) ! Dans une foule de circonstances il invite ses auditeurs à renoncer au goût du luxe et des plaisirs sensibles, pour s'adonner à la méditation de la nature : « Quand vous voyez de brillants édifices, quand vous êtes séduits à l'aspect de ces colonnades, hàtez-vous de regarder la voûte du ciel et les libres campagnes où les troupeaux paissent sur le bord des lacs. Qui ne dédaignerait toutes les créations de l'art lorsque, dans la paix de son cœur, il admire le soleil levant, pendant qu'il répand sa lumière d'or sur la face de la terre, lorsque, reposant près d'une fontaine dans l'herbe touffue ou sous l'épais ombrage d'arbres chargés de feuilles, il promène ses regards dans les lointains espaces qui disparaissent dans l'horizon bleuâtre ! «
Traités moraux et ascétiques.
Le plus connu et le plus divulgué sont les six livi'es de son traité du Sacerdoce; nous avons dit plus haut à quelle occasion ils ont été écrits. L'auteur, dans un langage magnifique, diffus et déclamatoire en certains passages, décrit l'excellence et la sublimité du sacerdoce, les devoirs et les responsabilités qui y sont attachés ; il recommande instamment de les inculquer à tous ceux qui aspirent à l'ordination sacerdotale, dont lui-même se jugeait indigne.
Appuyé sur saint Jean', il considère le sacerdoce comme la plus grande preuve d'amour envers Jésus-Christ ; il est d'autant plus magnifique qu'il est utile à une foule innombrable d'hommes, puisque le prêtre, tenant la place de Dieu, dispense aux hommes les richesses du salut. Quand il compare la dignité sacerdotale avec la dignité royale, il trouve que la première l'emporte autant sur la seconde que l'âme est plus excellente que le corps. « Quand vous voyez le Seigneur immolé et étendu sur l'autel, le prêtre incliné sur la victime et priant, tous les assistants couverts de ce sang précieux, pouvez-vous croire que vous êtes encore ici- bas parmi les hommes ' ? Mais aussi plus la dignité est élevée, plus la responsabilité est lourde ; elle serait trop lourde même pour les épaules des auges. Quelle pureté surtout et quelle crainte de Dieu ne doit pas avoir le prêtre pour offrir le redoutable sacrifice, recevoir dans ses mains le Maître de l'univers, pendant que les auges se tiennent auteur de lui, que le chœur des Vertus célestes acclame le Seigneur et environne l'autel pour honorer la victime I Que ne doivent pas être, je le demande, les mains qui font un tel office, la langue qui prononce de telles paroles (celles de la consécration) ! Combien doit être pure et sainte, plus pure que toutes choses, l'àme destinée à recevoir un tel esprit ! Il faut donc que le prêtre l'emporte en vertu sur tous les autres, de même que Saûl était au-dessus de tout le peuple d'Israël. Et quels écueils, et quels orages n'a-t il pas à éviter ! « L'àme du prêtre est assaillie par plus de vagues et d'orages que l'Océan lui-même. » Il doit connaître les choses de la vie humaine autant que ceux qui sont le plus
' XXI, 16. - ^ T. m, 1.
mêlés au monde, et en être en même temps plus dégagé que les solitaires qui vivent dans les montagnes. Quelle vigilance, quelle connaissance des âmes, quelle science théologique ne faut-il pas pour instruire et diriger tous les états, chacun selon ses besoins 1 « Le même mode ne convient pas pour gouverner tous les esprits, pas plus que les médecins ne prescrivent le même remède à tous les malades. » — Que lui sert-il de bien combattre les Grecs, si les Juifs le volent, ou de vaincre les uns et les autres, s'il se laisse piller par les manichéens? Pour cela, le prêtre doit posséder à un haut degré la force de la parole. « En dehors des œuvres, nous n'avons qu'un instrument, qu'un moyen de salut, la parole et la doctrine ; elles nous tiennent lieu de médecine, de feu, de fer : veut-on brûler ou couper, c'est là ce qu'il faut employer; si cela ne sert à rien, tout le reste est inutile. » Cependant, malgré tous les soins qu'il donne au fond et à la forme de sa prédication, le prêtre ne doit point se laisser séduire aux applaudissements de la multitude. Il doit posséder le don de la parole et mépriser la louange. En travaillant ses discours, il ne doit songer qu'à plaire à Dieu. Et quelle n'est pas la responsabilité du prêtre, obligé de répondre non-seulement de ses propres fautes, mais encore de celles d'autrui !
Exhortatio ad Tlieodoriim lapsum, libri II; — Adversus oppuf/7iatores vitse monasticœ , libri III, auquel est annexé, dans l'édition Gaume, la Comparaison du roi et du moine; — De co7npunctione ad Demetriiim monachum, libri III ; — Ad Stagirium ascetam a dsemone vexatum, de Providentia, libri III ; — De virginitate; — Ad viduam juniorem et De non iterando conjugio , libri II; — Adversus eos (clericos) qui habentvirgines subintroductas, et Quod regulares feminse viris cohabitare non debeant ' ; — Liber, quod nemo lœditur a seipso, et Liber ad eos qui scandalizati sunl ob adversitates* ■
Lettres.
L'édition des bénédictins' en contient deux cent quarantetrois; elles donnent d'importants renseignements sur la vie et les travaux de saint Chrysostome, et sur l'histoire ecclésiastique contemporaine.
> Tous ces traités dans le tome I, — • Tome III. — ' Gaume, Migne, \. XLIX.
Les dix-sept qui existent encore, à Olympie, une des chrétiennes les plus éminentes de ce temps, l'amie la plus intime et la plus dévouée de notre saint dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, sont la plupart des traités assez étendus', et nous permettent de juger comme l'auteur s'entendait à diriger les âmes avancées dans la spiritualité et à les préserver de tout écart.
Olympie sortait d'une illustre famille païenne. Son père, Anysius, avait été, sous l'empereur Constantin, un des hommes les plus puissants et les plus influents de l'empire romain ; en mourant, il avait laissé à sa fille, aussi belle que spirituelle, une immense fortune. La sœur de saint Amphiloque fut chargée de son éducation. Son tuteur Procope lui fit épouser Nébridius, préfet de Constantinople, homme considérable, qui mourut vingt mois après. Yeuve dès l'âge de dix-huit ans, Olympie forma le projet de ne se point remarier, et elle y demeura fidèle, même quand l'empereur Théodore voulut lui faire épouser son parent Elpidius. Voici en quels termes elle repoussa cette proposition : « Si Dieu avait voulu que je demeurasse dans l'état de mariage, il ne m'aurait point ravi mon époux; maintenant que je suis veuve, je préfère prendre sur moi le joug plus agréable de l'ascétisme. » Pour contrecarrer ses desseins, Théodose ordonna que ses biens seraient administrés jusqu'à ce qu'elle eût atteint l'âge de trente ans. Olympie accepta cette mesure avec une humble soumission, et remercia même l'empereur de cet empiétement sur ses droits, comme si c'eût été une faveur : « Vous avez, seigneur, montré à une humble servante la sagesse et la bonté, non-seulement d'un empereur, mais encore d'un évèque ; en chargeant vos fonctionnaires du lourd fardeau des biens que je possède, vous m'avez délivrée des soucis et des inquiétudes que m'aurait imposés la nécessité d'en faire un bon usage. Il me reste à vous faire une prière, qui ajoutera encore à ma joie : ordonnez que ces biens soit distribués aux églises et aux pauvres. » Ce langage imposa à l'empereur, qui, en 391 , au retour d'un voyage en Occident, lui rendit avec sa fortune la liberté de les administrer.
A partir de 397, elle s abandonna tout entière à la direction
^ Dans Migue, loc. cit., p. 'MQ et suiy.
de Chrysostome, et voici en quels termes le saint patriarche lui parlait de l'austérité excessive de ses jeûnes, de ses veilles et do ses mortifications : « Vous avez attaqué votre chair avec tant de vigueur, dès .le principe, que vous en avez détruit toutes les mauvaises inclinations. Les délices n'excitent plus en vous aucun désir, et vous n'avez point de peine à les dominer. Vous ne permettez à votre corps que la nourriture et la boisson strictement nécessaires pour ne pas mourir et ne pas s'exposer au châtiment. Je n'appelle donc cela ni sobriété ni jeune, c'est quelque chose de bien supérieur. »
Autant elle était sévère à elle-même, autant elle était douce et compatissante envers les autres, surtout envers les pauvres ; sa bonté à leur égard ne connaissait point de bornes. Il n'y eut bientôt plus une seule ville, un seul village dans la contrée qui ne put rendre témoignage de son incroyable générosité. Eghses, couvents, hôpitaux, prisonniers, exilés, recevaient des dons abondants , sans que la vanité , ainsi qu'il arrive si facilement chez les personnes de son sexe, vînt altérer son humilité et sa piété. Saint Chrysostome, ce fin connaisseur du cœur de l'homme, s'en réjouit fort, et félicite Olympie dans les termes suivants : » Beaucoup de femmes, après avoir fait vœu de virginité perpétuelle, n'ont pas su résister à cette faiblesse de la parure et d'une excessive élégance dans les habits. Ne me dites point qu'elles ne portent pas des ornements d'or, des tissus de soie. Ce qu'il y a de beaucoup plus grave, c'est qu'elles mettent tous leurs soins et tous leurs efforts à surpasser avec leurs étoffes grossières et leurs vêlements si simples, l'élégance des femmes revêtues d'or et de soie, de sorte qu'elles sont ainsi plus gracieuses que ces dernières : occupation bien innocente, comme elles se plaisent à le dire, faiblesse pernicieuse et fatale, à bien considérer la réalité. Aurais-je donc cent voix, je ne saurais assez le proclamer pour votre gloire : un travers si difficile à vaincre pour les vierges mêmes, vous en avez triomphé avec autant de promptitude que de facilité, vous qui vivez dans le veuvage. Les actes sont là pour attester cette vérité. »
Comme elle répandait ses bienfaits sans examen, il lui fit un jour cette réprimande : Je loue votre zèle, mais celui qui s'efforce d'atteindre au sommet de la perfection doit être un
KCRIVAIN'S (miENTAl'X. — S. JEAN' CHRYSOSTOME. 513
sage dispensateur de ses biens. Pour vous, quand vous augmentez si souvent les trésors des riches, vous ne faites que jeter votre bien dans la mer. Oubliez-vous donc que vous avez consacré votre argent aux pauvres et que vous devez administrer vos richesses comme un bien qui n'est pas à vous, mais dont il faudra rendre compte? Youlez-vous donc m'écouter : disposez de vos dons selon le besoin de ceux qui vous demandent. Par là, vous pourrez venir en aide à plusieurs et recevoir de Dieu la récompense due à votre charité et à votre sagesse. — Olympie suivit ce conseil, mais en le suivant elle augmenta parmi les clercs et les laïques les ennemis de Chrysostome.
S'il comptait parmi des femmes haut placées et influentes ses plus terribles ennemies, qui se mettaient à la tète des mécontents, il trouva aussi parmi elles les amies les plus fidèles, et Olympie était la plus éprouvée de toutes. Dans la joie comme dans la tristesse, elle lui était dévouée jusquà la mort. Elle défendit auprès de lui les moines de Nitrie persécutés par Théophile d'Alexandrie. Elle fut aussi une des dernières femmes dont il prit congé avant d'être expulsé de son Eglise. Il fallut l'arracher de ses pieds, qu'elle arrosait de ses larmes; son dévouement le suivit dans l'exil. L'absence de celui qu'elle nommait son père, les privations de l'exil remplissaient son âme d'une amère tristesse; joignez-y la détresse de l'Eglise, l'expulsion et la déposition des évèques les plus zélés, vous aurez une idée de son abattement profond. On voulut la forcer d'entrer, contre tout droit et toute justice, en communion avec l'évêque qui avait remplacé son « père ; » elle s'y refusa énergiquement : « Je ne ferai jamais, dit-elle, ce qu'il n'est pas permis de faire aux âmes pieuses. »
Avec l'exilé, au contraire, elle entretenait une correspondance suivie, bien qu'elle fût affaissée de corps et d'esprit, au point de souhaiter la mort dans ses moments de tristesse et de délaissement. Saint Chrysostome ne négligeait rien pour relever son courage, et lui écrivait : « Ne vous découragez pas, Olympie ; il n'y a qu'un malheur à redouter, une seule chose terrible, le péché. Je n'ai cessé de faire retentir ce mot à vos oreilles. Tout le reste n'est qu'une pure fable : embûches et inimitiés, fraudes et calomnies, injures et délations, spoliations et bannissement, glaives aiguisés, mer furieuse, guerre
du monde entier. Quelles que soient ces choses, après tout elles sont éphémères et caduques ; elles agissent sur un corps mortel, mais ne sauraient atteindre une âme vigilante. » Dans une autre lettre, il la prémunit contrôle désir immodéré delà mort : « La patience produit la récompense du royaume des cieux ; la patience dans la tribulatian et la douleur est la reine des vertus. Priez donc plutôt pour le rétablissement de votre santé ; la négligence de ce devoir ne serait pas sans péril. » — Il est probable que cette vertu, dans laquelle son illustre ami mourut en 407, tel qu'un autre Job, l'aura rendue plus calme et plus soumise à la volonté de Dieu, On assure qu'elle mourut l'an 420.
Doctrines et particularités de saint Chrysostome.
La seule énumération de ses œuvres laisse à deviner dans quelle large mesure il a dû s'occuper des différentes parties du dogme et de la morale chrétienne. L'éducation qu'il avait puisée à l'école d'Antioche et la tournure naturelle de son génie lui donnaient peu de goût pour l'exposition spéculative des vérités dogmatiques. Il les aborde surtout par le côté pratique. Son importance est dans la morale plutôt que dans le dogme. Il sait admirablement personnifier les vertus chrétiennes ; il les embellit et les recommande puissamment par les exemples qu'il emprunte à l'Ancien Testament, à David, à Job, à Daniel, aux trois jeunes hommes dans la fournaise. Son dessein évident est de montrer que ces hommes, malgré l'imperfection de la révélation et en l'absence de la grâce du Rédempteur, ont déployé une vigueur de volonté, une résignation qui pourraient faire rougir plus d'un chrétien.
1 . De là vient que sa théodicée n'offre rien de caractéristique. Ce qui l'intéresse avant tout, c'est qu'on donne un sens divin aux expressions humaines qu'on applique à Dieu et à ses attributs : « Ne vous arrêtez point à l'imperfection des termes, mais expliquez-les d'une manière digne de Dieu. Quand vous entendez dire que Dieu engendre, ne songez point à un partage, mais à une communauté d'essence ; ôes expressions et beaucoup d'autres. Dieu les a empruntés à nous, et nous les avons empruntées à lui, — pour notre honneur. »
Sur la Trinité divine, il s'en tient à cette formule de l'Eglise :
unité de l'essence, diversité des personnes, qu'il explique par des textes de l'Ecriture. Il entre d'autant moins dans l'exposition spéculative de cette doctrine, que partout, mais surtout en face des subtilités des anoméens, il insiste énergiquement sur la nécessité de foi. « Si l'homme est incapable de comprendre les choses terrestres qui l'environnent, s'il ignore comment il est né, comment il se nourrit et se développe, à plus forte raison ue peut-il comprendre les choses supraterrestres, surtout la nature divine, qui surpasse toute conception. »
2. Dans l'anthropologie, au contraire, et dans la doctrine de la rédemption, il entre dans de nombreux et longs éclaircissements; il est souvent original, surtout dans sa diction. 11 enseigne que dans le principe l'homme était immortel, même quant à son corps ; « car s'il eût été mortel, il n'aurait pas été condamné à la mort comme à un châtiment. » Ces mots : Dieu a créé l'homme à son image et à sa ressemblance, ne doivent pas s'entendre d'une égalité de nature, mais d'une ressemblance de pouvoir. Nous devons ressembler à Dieu par la douceur, par la miséricorde, par toute sorte de vertus ; nous devons régner sur nos pensées, sur nos désirs déraisonnables et mauvais, et les soumettre à l'empire de la raison. » Le point de vue pratique, comme on le voit, reparaît aussitôt dans le cours de ses explications. La chute et ses conséquences spirituelles et corporelles sont surtout traitées avec de grands détails.
11 est étonnant que ces éclaircissements aient été entendus dans un sens contraire. Julien d'Eclaneles invoquait à l'appui du pélagianisme , tandis que saint Augustin les signalait comme des sources de la croyance orthodoxe. Les passages suivants sont effectivement de la plus pure orthodoxie ; celuici d'abord, extrait d'une lettre à Olympie : « Lorsque Adam commit cette grande faute et condamna tout le genre humain, il en fut bien puni par la douleur qu'il en éprouva. » Et dans ime homélie sur la résurrection de Lazare : « Jésus-Christ pleurt de ce que la nature périssable s'est égarée à ce point, et que, repoussée de l'immortalité, elle a aimé l'enfer. Jésus- Christ pleurt de ce que le démon a rendu mortels ceux qui pouvaient être immortels. » Il suit de là, évidemment, que si Adam, par son péché, nous a tous assujétis à la damnation,
si le démon nous a tous rendus mortels, tous sont impliqués dans la malédiction du péché et de la faute. Saint Chrysostome le confirme encore en sa neuvième homélie sur la Genèse (touchant les rapports de l'homme avec la nature et avec les animaux). « Alors cette crainte (des animaux) n'existait pas encore , mais quand le péché fut intervenu, l'homme se vit privé de ce qui devait tourner à son honneur (de l'empire sur les animaux de la terre) '.
3. Quand saint Chrysostome aborde la personne de Jésus- Christ et l'œuvre de la rédemption, il a grand soin de ne pas séparer les deux natures, la « parfaite nature divine et la nature humaine, » contrairement à ce qu'on avait coutume de faire dans l'école d'Antioche : <( Etre conçu par une mère et reposer dans son sein, c'est là, dit-il, un attribut de l'humaine nature ; mais être conçu par une mère qui n'a jamais été re connue, cela passe la nature humaine en magnificence. » Voilà pourquoi le Christ possède à la fois la nature divine et la nature humaine. « Si la forme divine est un Dieu parfait, la forme d'esclave est aussi un esclave parfait. — Gardonsnous de les confondre aussi bien que de les séparer. Quand je dis un, je dis union des deux, je ne dis pas mélange, ou changement d'une nature en l'autre. » Et comme les anoméens invoquaient les textes de l'Ecriture où le Christ se déclare luimême et est déclaré par les apôtres inférieur au Père, Chrysostome répond qu'ils ont fait cela pour quatre raisons : 1 . pour convaincre les hommes à venir que le Christ a véritablement pris la nature humaine, et non pas un corps fantastique ; 2. à cause de la faiblesse de leurs auditeurs; 3. pour leur enseigner l'humilité ; 4. pour nous empêcher de croire que cette union sublime et ineffable qui a lieu dans la Trinité, ne constitue qu'une personne divine.
■4. La rédemption a eu trois avantages : 1. elle a détruit les maux et les peines de la première chute; 2. elle nous a rendu les biens que nous avions perdus, en sorte que maintenant le chrétien est libre tout en étant dans la servitude, ce qui vaut mieux que la première liberté ; 3. le Christ nous a promis des biens plus excellents que ceux que nous avions dans le commencement et avant la chute. — La victoire est parfaite, rien ne manque plus à notre triomphe.
' Voy. Schwaue, Histoire des dogmes, p. 386.
Èf.RlVAINS ORIENTAUX. — ?i. JEAX f.HRYSOSTOME. iiT
o. L'Eglise est une avec le Chrisl. « De même que le corps eL la têle conslituciit un homme, de môme le Cla-ist el l'Eglise ne font qu'un. » L'Eglise est donc unique par toute la terre, parce qu'elle n'a qu'un maître, qui est commun à tous. Elle est l'ondée par le Saint-Esprit, qui est venu sous forme de langues de feu, afm de purifier de ses souillures le monde, qui avait été désuni par la confusion des langues '. »
G. Sur les sacrements, considérés comme signes sensibles de la grâce invisible, saint Chrysostome enseigne que « le Christ ne nous y donne rien de sensible, mais seulement des choses spirituelles sous des éléments visibles. » — « Si vous étiez sans corps, il aurait pu vous communiquer ses dons d'une manière tout incorporelle; mais votre àme étant unie à votre corps, il vous donne des choses spirituelles sous des formes sensibles"-. » 11 dit en parlant des effets des sacrements : <( C'est par les sacrements que le Christ s'unit aux fidèles. »
7. L'Eucharistie, saint Chrysostome le répète en divers passages, est « le corps et le sang du Christ, » — « un sacrifice saint et redoutable. » — « Ne regardons pas à ce qui est devant nous, mais demeurons fermement attachés à la parole du Christ. Sa parole est infaillible, tandis que nos sens sont sujets à l'illusion. Et puisqu'il a dit : Ceci est moii corps, soumettons-nous et considérons-le avec les yeux de notre esprit. » Aussi exhorte-t-il les fidèles, de toute la puissance de son àme, à se bien préparer à la réception du corps et du sang de Jésus-Christ : « J'exposerais plutôt ma vie, dit-il, que de donner le corps du Seigneur à un indigne ; » — car « s'il n"est personne qui osât recevoir un roi avec irrévérence, ni même toucher son vêtement avec des mains impures, comment pouvons-nous traiter avec tant d'irrévérence le corps de l'Homme- Dieu, qui est au-dessus de tout, ce corps pur et immaculé qui est uni à la nature divine, et par qui nous avons la respiralion et la vie? Ah ! je vous en prie, ne nous précipitons pas nous-mêmes dans la mort, mais approchons-nous de lui avec respect et une grande pureté. El quand vous le verrez là étendu, dites-vous : Grâce à ce corps, je ne suis plus cendre ni poussière, je ne suis plus un captif, mais un affranchi. Par
' Hom. 11 i/i Pent.: Hotn. xxxv ut I Cor. — * Hom. lxxxih in. Matih. I. — PATROLOGIE. "21
lui, j'espère la vie éternelle, la condition des anges, le commerce de Jésus-Christ. Ce corps percé d'épines et flagellé, la mort n'a pu le retenir. Devant lui, le soleil s'est voilé de ténèbres quand il l'a vu suspendu à la croix. — Voilà ce corps qui a été inondé de sang, percé d'une lance et qui a ouvert pour l'univers entier deux sources de salut d'où l'eau et le sang ont jailli. — Voulez-vous encore éprouver sa vertu d'une autre manière : interrogez cette femme affligée d'un flux de sang et qui toucha, non pas sa personne, mais seulement la frange de son habit. Interrogez la mer qui le porta sur ses vagues. Demandez aux mauvais esprits d'où vient que leur puissance a été brisée, à l'enfer ce qui lui a ravi sa victoire : ils ne vous nommeront pas autre chose que ce corps crucifié. Demandez aussi à la mort : D'où vient que ton aiguillon est émoussé et ta force abattue ? autrefois si redoutable à tous, comment es-tu devenue douce même aux enfants ? Et elle sera contrainte d'en attribuer la cause à ce corps. En effet, dès qu'il fut attaché à la croix, les morts ressuscitèrent, les sépulcres s'ouvrirent et les morts revinrent à la vie. Et ce corps , il ne l'a pas seulement livré à nos embrassements , mais, pour nous prouver toute l'intimité de son amour, il nous l'a encore donné à manger. Mais aussi, plus le bienfait est grand, plus grand sera notre châtiment, si. par notre indifférence ou par nos sentiments impurs, nous nous rendons indignes d'un tel bienfait '. »
8. Les explications aussi développées qu'attrayantes sur les rapports de la liberté et de la grâce, servent de transition entre le dogme et la morale, qui est le véritable terrain de saint Chrysostome.
9. Parmi les différents moyens de salut, saint Chrysostome recommande surtout la prière : « La pourpre resplendissante donne moins d'éclat à l'empereur que l'entretien avec Dieu n'en donne à l'homme qui prie. Si en présence de l'armée, d'un grand nombre de généraux, de magistrats et de consuls, un individu s'avance et s'entretient en particulier avec le prince, il attire aussitôt sur lui tous les regards et il acquiert par là une plus grande considération ; ainsi en est-il de ceux qui prient. Songez, en effet, à la beauté de ce spectacle, d'un
< Hom. XXIV in l Cor., c. x.
homme qui, en présence des anges, des archanges, des séraphins, des chérubins cl autres puissances célestes, ne craint pas d'approcher en toute contiance du Souverain de ces esprits bienheureux et de s'entretenir avec lui. Quel honneur une faveur pareille ne doit- elle pas lui conquérir? Mais ce n'est pas seulement de l'honneur, c'est encore une très-grande utilité que nous retirerons de la prière, même avant d'avoir obtenu ce que nous demandons.
» Dès qu'un homme a levé ses mains vers le ciel et invoqué le Seigneur, il est sorti de la sphère des choses humaines, il est transporté en esprit dans la vie à venir, et sa pensée ne s'occupe plus que des choses du ciel. Pendant qu'il prie, rien ne le rattache à la vie présente, si toutefois il prie de toute son àmo. La colère a beau sourdre, elle est aisément apaisée; la concupiscence a beau s'enflammer, ses ardeurs ne tardent pas à se calmer; la jalousie a beau exercer ses tortures, on en vient facilement à bout. Il arrive alors ce qui, selon le Prophète, arrive au lever du soleil. Et que dit l'écrivain ravi? '< Vous avez amené les ténèbres, et pendant la nuit toutes les bêtes des forêts s'agiteront dans l'ombre; et les lionceaux rugiront pour trouver une proie et demander à Dieu leur pâture. Le soleil se lève, et ils se réunissent pour se retirer dans leurs tanières {Ps. cm, 20-2-2;. Ainsi, de même qu'à Tapparition des rayons du soleil, toutes les bêtes fauves prennent la fuite et rentrent dans leurs repaires ; de même, dès que la prière a jailli de notre langue et de nos lèvres, semblable à un rayon de lumière, l'àme s'illumine, les passions insensées et brutales tournent le dos, prennent la fuite, et s'enfoncent dans leurs antres ; pourvu, je le répète, que nous priions avec ferveur, attention et vigilance. Alors, le diable, serait-il présent, qu'il est mis en fuite; le démon s'y trouverait-il, il disparaît.
» Lorsqu'un maître converse avec un esclave, nul autre de ses serviteurs, même celui qui jouit de la faveur la plus grande, n'oserait se présenter et troubler l'entretien : avec combien plus de raison ces esprits qui ont offensé Dieu et qui ne possèdent aucun crédit auprès de lui seront-ils dans l'impossibilité de nous nuire, quand nous apporterons à converser avec Dieu le zèle convenable ? La prière, c'est un port au milieu de la tempête, une ancre au milieu des Ilots agites, un
450 PATROLOGTE.
soutien pour celui qui chancelle, un trésor pour le pauvre, un gage de sécurité pour les riches, un remède contre tout mal, une garantie de santé. La prière conserve nos hiens et les met à l'abri de tout changement, en même temps qu'elle nous délivre promptement de nos maux. Si l'épreuve nous assaille, elle s'éloigne ; si une perte de foiiune ou tout autre chagrin vient affliger notre âme, elle chasse sans retard toutes ces peines. La prière est l'asile de toutes les afflictions, une source de joie, le principe de délices continuelles, la mère de la philosophie. »
« Et quand je parle de prière, je ne parle pas d'une prière faite avec négligence et lâcheté; je parle d'une prière fervente, d'une prière faite avec une âme contrite et un esprit attentif. Cette prière remonte jusqu'aux cieux : et de même que les eaux , lorsqu'elles coulent en plaine et se répandent sans obstacle, ne sauraient s'élever dans les airs, au lieu que, refoulées par la main des ouvriers ou introduites en d'étroits t;anaux , elles s'élancent dans les airs plus rapides qu'un javelot : ainsi l'àme humaine, lorsqu'elle jouit d'une liberté sans bornes, se dissipe et s'affaiblit ; au lieu que, comprimée par les tribulations et refoulée par les angoisses, elle puise dans ces épreuves la force de faire monter vers les cieux de pures et ardentes prières. Oui, ce sont surtout les prières offertes dans la tribulation que Dieu exaucera de préférence. Ecoutez ces mots du Prophète : « J'ai crié vers Dieu au milieu de la tribulation, et il m'a écouté ' » {Ps. cxix, 1).
Tout bien pesé, nous trouvons que la qualité qui domine au milieu des œuvres si diverses de saint Chrysostome, c'est une éloquence douce et gracieuse, quoique dans le goût du temps, une exégèse assez méthodique, et un zèle vigoureux, couronné souvent de grands succès, pour la discipline ecclésiastique.
Omnia opéra, éd. omeud. et aiicta, 26 vul. iii-8*, 2 col., ap. Gaume fratres. Cette édition, qui est la reproduction de celle de Montfaucun, est la meilleure ; 400 IV. — Ed. Savilius, Etonœ, 1612, iu-foL, 8 vol., greec. et lat., éd. Fronto Ducœus et Morellus, Par., 1609-1633, in-fol., 12 vol., reçus. Paris, 1636. Venet., 13 vol. iu fol. Cf. Tillemont, t. XI; Dupin, t. m, p. 1 ; Ceillier, t. IX, éd. 2'', t. VII; Neander, Jean Chrysostome et
^ Oral, de incomprehem., contra anom., v,
l'Eglise à son époque, surtout l'Eglise d'Orient, 3"= éd., Auçsb., 1848, 2 vol.; Héfeli'-, Pastilles de saint Chrysostome, soixante-quatorze sermons tirés de ses Œuvres, 3'= édit., Tubiuf'-., 1857.
§ 38. Synésiiis, évèciuo de l*toléuiaïs (nioil vers 114).
Cf. Notitia historica ex Petavii notis ad Si/nes. Opéra notitia Uiteraria ex Fabricii Ribl. grific, t. IX; et l'article Synésius de Krabinper dans lu Dietionn. encyclop. de la théol. cafh., éd. Gaunie.
Synésius, issu d'une famille noble et illustre, naquit à Cyrène, dans la Pentapole égyptienne, entre 370 et 373. Il fit ses études à Alexandrie, fut initié aux mathématiques et à la philosophie (néoplatonicienne) par les leçons d'Hypatie, cette fdle spirituelle du mathématicien Théon , cette femme en manteau de philosophe, à laquelle il donne encore dans sa dernière lettre les noms de mère, de sœur et d'institutrice, et qui fut assassinée dans une insurrection populaire (415). La force remarquable d'éloquence où il atteignit après ses premières années d'études, décida ses concitoyens à l'envoyer à Constantinoplc, quoique très-jeune encore, porter une couronne d'or à l'empereur Arcadius (397). Il attendit un an avant d'obtenir audience. Il y prononça un discours sur la )'Of/aitté^, qui, malgré sa franchise et sa hardiesse, fut mieux accueilli que la couronne.
Après avoir passé à Constantinople trois années malheureuses et tourmentées, il retourna à Cyrène (400j. mêlant au goût des lettres et des sciences la passion de la chasse et do l'agriculture. Cependant, au milieu de ses travaux philosophiques, la solitude lui pesait*, et comme on ne cessait de lui répéter de toutes parts « qu'il devait aller à Athènes, o il s'y rendit enfin; mais le désenchantement ne se fit pas attendre. " De tant de magnificences, disait-il, les Athéniens n'ont plus que le nom, la philosophie même les a quittés ; c'est l'Egypte qui est maintenant le foyer de la philosophie, dont les semences y ont été répandues par Hypatie\ » Il résida de nouveau à Alexandrie , depuis 402 jusqu'au commencement de 404. De cette époque date probablement sa conversion,
' Edition grecq. et alleiu., par Krabiiiger, Munich, 182o. — ' Ep. cr. — ' Ep. cxxxvi.
i22 PAÏROLOGIE.
après laquelle l'archevêque d'Alexandrie, Théophile, l'unit à une femme dont il eut trois fils.
Retourné dans la Cyrénaïque. où il se livra derechef à ses occupations favorites, la voix du peuple et du clergé le demanda, quoique marié, pour évèque de Ptolémaïs (409). Synésius repoussa d'abord ces olfres, d'une part à cause de la loi du célibat; car « il ne voulait ni se séparer de sa femme, ni vivre furtivement avec elle comme un adultère ; » d'autre part, parce qu'il ne croyait pas encore que ses opinions sur la préexistence de l'âme, l'éternité du monde et la résurrection des morts fussent en harmonie avec la doctrine de l'Eglise. Cependant les fidèles espéraient que la grâce divine, qui déjà avait opéré en lui de si grandes choses, achèverait son ouvrage, et, en lui montrant la pleine vérité, lui donnerait la force de se résigner. Cet espoir ne fut point déçu '.
Promu à l'évêché de Ptolémaïs, et investi par Théophile de la juridiction métropolitaine sur la Pentapole (410), Synésius, malgré la difficulté des temps, remplit fidèlement sa charge et obtint de grands succès. Il réconcilia les partis religieux^ maintint la discipline ecclésiastique, notamment en face des cruautés du gouverneur Andronique, qui avait introduit la peine de' mort et des tortures inconnues dans les mœurs de cette colonie grecque. Il le menaça de l'excommunication, lui interdit l'entrée de l'église de Ptolémaïs et conjura toutes les églises d'Orient de suivre cet exemple. En faisant cela, il n'entendait point exercer un pouvoir politique '. Quand on connut à Constantinople le véritable état des choses, Andronique perdit l'autorité dont il avait abusé; et quand on en vint jusqu'à le maltraiter, Synésius prit la défense de celui qu'il
1 Cf. Evagr., Hist. eccl, I, xv.
» « Dans les temps antiques, dit-il, les mêmes hommes étaient prêtres et juges. Les Egyptiens et les Hébreux furent longtemps gouvernés par des prêtres. Mais comme l'œuvre divine se faisait ainsi d'une manière tout humaine, Dieu sépara ces deux existences; l'une fut sacrée, l'autre toute politique. Il renvoya les uns à la matière, il rapprocha les autres de lui. Ceux-là furent attachés aux affaires et nous à la prière ; mais l'oeuvre que Dieu demande d'eux et de nous est également belle. Pourquoi essayez-vous de réunir ce que Dieu a divisé, en mettant dans les affaires non pas l'ordre, mais le désordre? Rien ne saurait être plus funeste. Vous avez besoin d'une protection, allez au dépositaire des lois; vous avez besoin des choses de Dieu, allez au prêtre de la ville. La contemplation est le seul devoir du prêtre qui ne prend pas faussement ce nom » [Efisl. v adv. Andron.].
avait naguère accusé et qui lui semblait plus rudement atteint que par l'excommunication.
Synésius mourut probablement en 41 i, attristé par les fréquentes incursions des barbares dans sa patrie, que ni sou courage militaire , ni ses connaissances mathématiques et stratégiques, ni surtout la mort de ses trois fils ne purent sauver. La mort de cet homme éloquent termine l'histoire de la Pentapole lybienne, où le christianisme avait pénétré de bonne heure ', et dont les monuments grandioses t'ont encore aujourd'hui letonnement du voyageur.
Travaux littéraires de Synésius.
De ses nombreux travaux littéraires, nous possédons seulement;
1 . Cent cinquante-cinq Lettres (cent cinquante-six avec le supplément de Possin). Elles témoignent de la richesse de son génie, de sa grandeur d'àme, de son activité universelle et de ses progrès dans les idées chrétiennes ; on y trouve aussi de nombreux détails sur la situations politique et religieuse du temps. — Nous avons cité plus haut son Discours sur la royauté.
•2. Traités : Dio, vel de ipsius vitœ instituto ; De insomjiiis. Pétau trouve que l'esprit païen domine encore entièrement dans l'une et l'autre : Liber de somniis , dit-il, merum cultorem deorum rcdolet, neque vel pilum christiani habetnominis ..., tiec aliud de Dione judiciwn est. U Eloge de la calvitie [calvitii encomium) est évidemment une satire dirigée contre les sophistes'; Mgyptius seu de providentia^. Dans la lettre cinquième, Synésius exhorte les prêtres de son diocèse à ne rien néghger pour expulser la secte des eunoméens qui s'était glissée dans son diocèse. De dono astrolabii disseriatio.
3. Homélies et sermons. De ses deux homélies, nous n'avons que des fragments. iNous n'avons également que deux sermons sous le titre do Catastasis (1. Dicta in maximum barbarorum excursioneni; 2. Constitutio,seu Elogium Anysii).