ÉCRIVAINS ORIENTAUX. — S. CYRILLE D ALEXANDRIE
Epîtresanx Romains, aux Corinthiens el aux Ephésiens ; des fragments sur plusieurs autres livres de l'Ecriture, notamment sur saint Matthieu.
2. Une explication des figures du Pentateuque et de ses rapports avec le Christ et son Eglise, en forme de dialogue : De adoratione et cidtu in spiritu et veritate (dix sept livres). L'exégèse de saint (-vrille, à cause de sa prédilection pour l'allégorie, de sa négligence à préciser la valeur des termes, a été plus d'une fois jugée défavorahlement. Ces défauts sont naturellement moins saillants dans le Nouveau Testament, et Mêler ' lui a rendu la justice qu'il mérite.
Voici un échantillon de sa manière de commenter l'Ecriture ; il s'agit du commencement de l'Evangile de saint Jean : « Pourquoi est-il parlé ici de commencement, puisque le Verbe divin n'a pas commencé ? C'est pour signifier que ce Verbe était avant le commencement et avant toute espèce de temps, qu'il était avant toutes choses, qu'il était au commencement sans commencement, qu'il était avant toutes les créatures, parce qu'il n'a pas été créé et qu'il est de toute éternité. Quest-il donc Celui qui est de tout temps sans être créé, qui était avant que Dieu commençât de créer quelque chose ? t]u'est-il, sinon le Verbe de Dieu, qui était Dieu lui-même , la parole intime de la toute-puissante divinité, la pensée et la sagesse éternelle de Dieu ; parole qui n'a pas été parlée, mais pensée ; pensée qui est éternelle et toute-puissante ; pensée du Père, qui possède avec lui une seule nature et une seule essence, qui est un même Dieu avec lui, bien qu'il soit une personne distincte de lui. Car, afin qu'on ne croie pas que le Verbe de Dieu n'est pas distinct de Dieu, il est expressément ajouté qu'il était auprès de Dieu, par conséquent distinct de Dieu, existant dans la divinité comme une personne particulière. »
Lettres et homélies.
Ses lettres (quatre-vingt-sept), en latin et en grec, roulent les unes sur des sujets de dogme et de discipline, et les autres sur le nestorianisme, les autres sur des sujets relatifs à sa charge.
Parmi les homélies existantes, trente sont intitulées Homé-
' Comni. sur l'Evnug. de saint Jean, Frib.. I8i3, préf.
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lies pascales. L evêque d'Alexandrie ayant élé chargé par le concile de Nicée de supputer annuellement le temps de la fête de Pâques et d'en informer les autres Eglises, Cyrille, de même que Théophile, le lit en forme d'homélies. Il y traite diverses questions de pratique et d'actualité. 11 y oomhatles Juifs et les païens. Nous avons encore six autres homélies prononcées pendant le concile d'Epliése, auxquelles il faut ajouter YEncomiimi in sanclam Mariam Deiparam, qui figure ordinairement comme la dixième inler diversas et qui est particulièrement estimée ; d'autres homélies sur diiierents sujets, hoynilide diversx, auxquelles est ajouté le beau discours " sur les ouvriers envoyés à la vigne. » Quelques-unes n'existent qu'en fragments. EnhU; nous avons un formulaire liturgique, la liturgie de saint Cyrille-, ou Uturgia coptica en latin, que les Coptes lui attribuent. Elle a beaucoup de ressemblance avec la liturgie grecque de saint Macaire pour l'Eghse «l'Alexandrie, qui subsiste encore'.
De ces homélies nous reproduisons ici une partie de l'éloge de la Mère de Dieu, prononcé devant les Pères du concile de Nicée :
« Nous vous saluons, ô Marie, Mère de Dieu, vénérable trésor de tout l'univers, flambeau qui ne peut s'éteindre, couronne de la virginité, sceptre de la foi orthodoxe, temple incorruptible, bien de celui qui n'a pas de bien, par laquelle nous a été donné Celui qui est appelé béni par excellence et qui est venu au nom du Seigneur ; c'est par vous que la Trinité est glorifiée, que la croix est célébrée et adorée par toute la terre ; c'est par vous que les cieux tressaillent de joie, que les anges sont réjouis, que les démons sojit mis en fuite, que le démon tentateur est tombé du ciel, que la créature déchue est mise à sa place ; c'est par vous que le Fils unique de Dieu est apparu à ceux qui gémissaient dans les ténèbres. Quel homme pourrait louer dignement cette Vierge incomparable ? Elle est mère et vierge tout ensemble... 0 prodige qui me jette dans un étoiinement infini ! Or, qui a jamais entendu dire qu'il ne dût pas être permis à l'architecte d'habiter dans le temple que lui-même a édifié ? Pourquoi serait-il honteux pour un Dieu d'avoir choisi pour Mère cette pure servante ? Voyez, tout le
< Les deux se trouveut dans Renaudol, Colleclh Ularginram oriental., Paris, 1716, l. 1.
ÉCRIVAINS OBIFNTArX. — S. CYRILLF. d'aLEXANDRIE. 433
monde s"on ivjouit. Pourquoi raffiner sur les saintes Ecritures, au lieu de recevoir leur Irmoignage avec un cœur docile et joyeux? »
Dans la xui" homélie ^ex diversis), saint Cyrille s'exprime ainsi- sur la mort et sur le second avènement de Jésus-Christ : « Je ne crains point la mort, car elle est seulement amère ; mais je crains l'enfer, car il est sans (in et il prive de la lumière ; je crains le ver qui vomit le poison, car il ne meurt point; je crains les anges du jugement, car ils sont sans pitié. Je tremble quand je pense au jugement redoutable et incorruptible de ce jour, au tribunal effroyable et au Juge intlexible. Je crains les grands châtiments et les supplices sans fin... Malhem', malheur! si ma conscience m'accuse et si lEcriture me dit à haute voix : 0 àme, qu'as-tu fait? que d'actions honteuses tu as accomplies! Malheur! j'ai détruit le temple de mon corps et affligé le Saint-Esprit. Et toutefois, ô mon Dieu, vos œmTes sont véritables, vos jugements sont équitables, vos voies sont droites, vos conseils sont impénétrables. Pour un plaisir sensuel passager, je suis exposé à d'éternels tourments; pour un plaisir charnel, je suis dévoue aux flammes. Je le savais et je ne m'en suis pas soucié! »
Ouvrages douteux : 1° Adversus anthropomorphitas [\\h. \j. L'auteur y réfute cette idée grossière de quelques moines d'Egypte que Dieu a un corps humain. L'image de Dieu en nous ne consiste pas dans le corps, mais dans la raison de l'homme et dans son aptitude pour la vertu. Il combat également cette autre opinion que la présence de Jésus-Christ dans le sacrement de l'autel ne dure qu'un jour. 2" De sacrosancta Triniiaie ; 3" Collectio dictorum Veteris Testamenti.
L'Eglise a de tout temps reconnu les mérites de Cyrille dans l'exposition de la doctrine relative aux deux natures en Jésus-Christ. Si quelques-uns l'accusent de monophysitisme, c'est parce qu'il applique aux deux natures l'expression d'ïvwTi; ©uo-i/yj, qui, daus sa pensée, signifie simplement l'union hypostatique , l'union réelle des deux natures constituant une personne et non une nature, par opposition au terme (Tjvâ^îta employé par Nestorius. Saint Cyrille remplace toujours le mot d'hypostase par celui de nature.
l. — PATROLOGIE. 28
43 i PATROLOGIE,
Doctrine de saint Cyrille.
Saint Cyrille est surtout célèbre par sa lutte contre Nestorius, comme saint Atlianase l'a été clans sa polémique contre Arius. Nous reproduisons ici ses douze anatliématismes ; c'est ce qu'il a écrit de plus remarquable contre cet hérésiarque.
1 . Si quelqu'un ne confesse pas que l'Emmanuel est vraiment Dieu, et par conséquent la sainte Vierge mère de Dieu, puisqu'elle a engendré selon la chair le Verbe de Dieu fait chair, qu'il soit anatlièmel2. Si quelqu'un ne confesse pas que le Verbe qui procède de Dieu le Père est uni à la chair hypostatiquement, et qu'avec sa chair il fait un seul Christ, qui est Dieu et homme tout ensemble, qu'il soit anathème ! 3. Si quelqu'un, après l'union, divise les hypostases (natures) du seul Christ, les joignant ensemble par une connexion de dignité, d'autorité ou de puissance, et non par une union réelle, qu'il soit anathème! 4. Si quelqu'un attribue à deux personnes ou à deux hypostases les choses que les évangélistes et les apôtres rapportent comme ayant été dites de Jésus-Christ, par les saints ou par lui-même, et applique les unes à l'homme, considéré séparément du Verbe de Dieu, et les autres comme dignes de Dieu, au seul Verbe qui procède de Dieu le Père, qu'il soit anathème I 3. Si quelqu'un ose dire que Jésus-Christ est un homme qui porte Dieu, au lieu de dire qu'il est Dieu en vérité, comme Fils unique et par nature, en tant que le Verbe a été fait et a participé comme nous à la chair et au sang, qu'il soit anathème! 6. Si quelqu'un ose dire que le Verbe, procédant de Dieu le Père, est le Dieu ou le Seigneur du Christ, au lieu de confesser que le même est tout ensemble Dieu et homme, en tant que le Verbe a été fait chair, selon les Ecritures, qu'il soit anathème! 7. Si quelqu'un dit, que Jésus-Christ, en tant qu'homme, a été possédé du Verbe de Dieu et revêtu de la gloire du Fils unique comme étant un autre que lui, qu'il soit anathème! 8. Si quelqu'un ose dire que l'homme pris par le Verbe doit être adoré, glorifié et nommé Dieu avec lui, comme étant l'un en l'autre ; car en y ajoutant le mot avec, il donne cette pensée, au lieu d'honorer l'Emmanuel par une seule adoration, en tant que le Verbe a été fait chair, qu'il soit anathème! 9. Si quelqu'un dit que
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Notre-Seigneur Jésiis-Christ a «^té glorifié par le Saint-Esprit comme ayant reçu de lui une puissance étrangère pour agir contre les esprits immondes et opérer des miracles sur les hommes, au lieu de dire que l'Esprit par lequel il les opérait lui était propre, qu'il soit analhème ! 10. L'Ecriture divine dit que Jésus-Christ a été fait le pontife et l'apôtre de notre foi, et qu'il s'est offert pour nous à Dieu le Père en odeur de suavité : donc, si quelqu'un dit que notre pontife et notre apôtre n'est pas le Verbe de Dieu môme, depuis qu'il s'est fait chair et homme comme nous, mais un homme né d'une femme, comme si c'était un autre que lui ; ou si quelqu'un dit qu'il a offert le sacrifice pour lui-même, au lieu de dire que c'est seulement pour nous, car, ne connaissant pas le péché, il n'avait pas besoin de sacrifice, qu'il soit anathème ! \i. Si quelqu'un jie confesse pas que la chair du Seigneur est vivifiante et propre au Verbe même qui procède de Dieu le Père, mais l'attribue à un autre qui lui soit conjoint selon la divinité et en qui la divinité habite seulement, au lieu de dire qu'elle est vivifiante parce qu'elle est propre au Verbe, qui a la force de vivifier toutes choses, qu'il soit anathème! 12. Si quelqu'un ne confesse pas que le Verbe de Dieu a souffert selon la chair, qu'il a été crucifié selon la chair et qu'il a été le premier-né d'entre les morts, en tant qu'il est vie et vivifiant comme Dieu, qu'il soit anathème !
Opéra, éd. lat., Basil,, d524; Paris, 4605, t. II; éd. AuLert, gr. et Itit., Par., 1638, ia-ful., 7 vol., augmentée et corrigée par Cotelier, Monum. Eccl. gr.; Gallandi, BibL, t. XIV; A. Mai, Nov. BiU. Pair., t. 111. Plus complet : Migne, sér. gr., t. LXVIII-LXXVII, avec les œuvres d'exégèse. Cf. Tillemont, t. XllI; Ceillier, t. Vlli, éd. 2% t. VllI; Héfelé, Ilist. des conc, t. 11. Voir de longs détails dans Fessier, t: II.
§ 61. Socralc, Sozouiène et Pliilostor^e,
historiens ecclésiastiques.
Cf. Henri de Valois, Dissertât, de vita, etc., Socratis et Sozom.; Héfelé, dans VEncydop. de la théol. cath., éd. Gaume.
Cette période abonde en travaux sur l'histoire ecclésiastique. Eusèbe y a trouvé trois continuateurs, quatre môme, si nous comptons Philostorge.