AUTEURS LATINS. — FIRMICFS MATERNUS
Cet ouvrage est une inslniclion sur le christianisme, principalement sur la Trinité et sa révélation dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament. Il recommande instamment l'étude de la lîible et détourne de la science profane. Puis Commodicn intcrpeilc les Juifs, qui étaient autrefois le peuple élu et sont maintenant rejetés de Dieu. S'adressant ensuite aux païens, il leur inspire le dégoût de l'idolâtrie et les engage à se tourner vers le Dieu en trois personnes. Pour donner plus de poids à ses conseils, il finit par la peinture des fins dernières. — Quel bel exemple les Goths eux-mêmes donnent en ce moment en embrassant avec joie le christianisme I
Découvertes par le jésuite J. Sirmond, les Instructiones ont été éditées par N. Rigault, Tulli I.eucoruni, ap. Delgrand, 1650; editio repetitaper Prionim, avec les œuvres de salut Cyprien, Paris, 1666; avec des dissertations par Dudvvell et Sciiurztleisch, Viteb., il'60; éd. Davidius, avec l'Octavius de Min. Félix, Canlabr., 1712; éd. Œhler, dans la Bibl. Patr. Eccles. latin., de Gersdorf, vol. XIII, avec Min. Félix, Matei'ue, et le Poème de Paulin contre les païens. Cf. Lumper, p. xiu, 390-407; Ceillier, t. IV éd. 2», t. m.
§ 65. Fîriniciis Ilatcrniis.
D'après les renseignements fournis par son ouvrage, il était probablement originaire de Sicile, où il remplissait, comme païen, une charge importante. Ses Huit livres de ?na thématiques et d'astronomie respirent encore tout-à-fait l'esprit païen'. Après sa conversion, il rédigea, vers l'an 3i8, le livi'e intitulé : De errore profanarum religiomim libellns ad Constantiwn et Constantem Augustos. La différence d'esprit qui règne dans ces deux ouvrages, le style plus correct du second ont fait soupçonner qu'ils n'étaient pas du même auteur. Ce petit traité apologétique se distingue en ce qu'il parle nonseulement de la rehgion des Grecs et des Romains, mais encore de celle des peuples barbares. Materne mit au service du christianisme un zèle infatigable ; son ardeur inconsidérée le poussa jusqu'à demander aux empereurs Constance et Constant de faire disparaître par la violence les derniers vestiges du paganisme, parce qu'il est écrit au Deutéronome : « Après la destruction du temple, la puissance de Dieu nous a élevés plus haut^ »
< Ed. Veuet., IjUI, et Basil, 1551. — ' Dent., xiii, 6-lU.
l'oiir motiver la destruction violente du culte païen, l'auteur fait un elfroyable tableau de ses vices et de ses absurdités, lesquels, dit-il, n'ont d'autre source que les inclinations immorales des hommes qui veulent excuser leurs méfaits par l'exemple des dieux'. 11 proteste surtout contre le culte des mystères dont les initiés se reconnaissent à certains signes ou symboles. Tout cela n'est que pure idolâtrie : l'apothéose des hommes sous le nom des dieux. Leurs temples sont plutôt des sépulcres ■\ — A part ces" dénonciations, sa polémique ne renferme rien qui n'ait été dit par Ârnobe, Lactance et saint Cyprien ; seulement elle est encore plus aggressive contre le paganisme que celle de Lactance. Sa diction est souvent imiforme et diffuse.
En matière dogmatique, on trouve dans Materne un éclatant hommage au dogme de l'Eucharistie ; il dit, en faisant allusion au chapitre vi de saint Jean : « Nous buvons le sang immortel du Christ ; ce sang du Christ se mêle au nôtre et nous confère l'immortalité. »
Ed. Gallandi, in Bitl., t. V; Migue, série gr., f. XII. Edit. Obertliur, renfermant Araobe {Fatr. lat., t. V); (.'d. Mùuter, Hatnia^, 18i6;ed. Œhler, loc. cit., vol. Xill; éd. Bursian, Lips., I80O.
I Quapropter quicumque liajc sacra devola meule veneratur, cuicumque placet superslitionis istius metuenda conlagio, aut malis suis solalium quferit, hoc oplans, hoc quœrens. hoc utiqiie maguos vere desiderans, ut et sibi liceat quod diis suis licuit, ut et se ad cousorlium talis vitse morum similitudo perducat. Adulterio delectalur aliquis, Jovem respicit et inde cupiditalis suae fomenta requint, probat, imitatur et laudat quod deus suus iu cygno tollit, in tauro rupit, ludil in satyro, et ut liberalis in flagitiis consuescat quod inclusam regiam virgiuem auro largiter tluente corruperit. Puerorum aliquis deiectatur complexibus, Ganymedem in sinu Jovis quserit, Herculem videat Hylam impatient!
amore quœrentem , ut per deos suos sibi licere dicat quidquid hodie
severissimis romanis legibus vindicatur... 0 facinorosse cupiditatis triste solatium ! 0 horainum detlenda persuasio! 0 infelicis iniitationis crueuta meditatio! — Ad theatrum polius templa transferte ut in scenis religionum istarum sécréta tradanlur, et ut nihil pra;termittat improbitas; histriones facite sacerdotes, alter dignior locus religionibus istis invenire non poterit, cap. xii.
' Busta sunt appellanda, non templa, rogi sunt potius dicendi miserorum ; non in honorem hominum perditorum sedes pro sepulcris miseranda hominum servitus facit. — Ampulanda sunt, sacratissimi iraperatores, penitus atque delenda et severissimis edictorum vestrornm legibus corrigenda, ne diutius romanum orbem prsesumptiouis islius error fuuestus commaculet, ne pestiferaj consiietudinis convulescal iniprobitas, quidquid hominem donatur Dei perdere ne diutius iu terra domiuetur, c. x.
AUTEURS LATINS. — S, HILATRE DF. POÎTÎF.RS. 449
§ 66. .Marins Vîc<orîinis IVirricaiii (mort entre 370 et 382.)
La colonne que lui avait ('l'igée Rome païenne pour recounaitre ses talents de rhéteur (,35i), ne l'empêcha pas dembrasser le christianisme dans une haute vieillesse (avant 3()d), « au grand étonnement de Rome et à la joie de l'Eglise. » Saint Augustin a fait un récit touchant de sa conversion, où il trouvait un motif de s'affermir dans la sienne'. Yictorin a composé plusieurs écrits en reconnaissance des grâces qu'il avait reçues dans l'Eglise. En voici la nomenclature :
l. Liber adJustinum manidiœum contra duo principia manichœorum, et de ver a carne Christi. 2. De ver bis Scripturx : Factum est vespere et mane dies unus. Cœperitne a vespere dies, an a matutino? 3. Liber de generatione divina ad Candidum arianum : réfutation d'un petit traité de Candide encore existant. 4. De ô/zoo-Jo-tM recipiendo .
Plus importants sont ses Quatre livres contre Arius, bien qu'ils renferment de grandes obscurités et des vues contraires à l'enseignement catholique-. Ils ont été composés vers 363. 5. Les Commentaires sur l'Epitre aux Ephésiens (deux livres), et sur l'Epitre aux Galates (deux livres), outre les Petits commentaires de Yictorin, évêque de Pettau, dans la Marche de Steyer, sur V Apocalypse, sont les premiers débuts de l'exégèse biblique en latin, fi. Trois hymnes sur la Trinité.
Le De physicis, ou mieux : Adversus physicos (contre les physiciens qui attaquaient la doctrine de l'Ecriture sur la création) est douteux. Le Carmen de vu fratribus Maccabeis, est certainement apocryphe.
Se.s œuvres ont été rééditées par Gallandi, Biblioth., t. VIII, et par Angelo Mai, Nova Collect. veter. script., t. III; Migue, série lat., t. VIII. Cf. Ceillier, t. VI ; éd. 2", t. IV.
§ 6V. Staint llilaire de Poitiers (mort vers 366).
Voir la Préface générale et la Vie dans l'éd. de Constant, augm. par le docte Scip. Maftei, Vita S. Hilarii, par Fortunat.
Saint Hilaire naquit vers 320 d'une famille noble de Poitiers, où, malgré le luxe effréné et la corruption des mœurs, les
< Confess., lib. VIII, c. ii et seq. — « Cf. Hieronym., Calai, 101. 1. — PATHOLOGIE . 29
sciences, notamment la grammaire et la rhétorique, étaient plus florissantes qu'en aucune autre partie de l'empire romain. Après une étude approfondie du latin, sa langue maternelle, il acquit une connaissance complète de la langue grecque. Mécontent, dégoûté même du paganisme et de sa philosophie, il se tourna vers la lecture de la Bible, et cette fréquentation le conduisit au christianisme, où il fut suivi peu de temps après par sa femme et sa fdle. Sa vie pieuse et irréprochable le fit nommer évèque de sa ville natale, et il vécut désormais dans une continence absolue. Il prouva bientôt, dans ses controverses avec les ariens, quelle haute idée il se faisait de son ministère épiscopal. Ces controverses commencèrent eh 355. Après avoir, déjà auparavant, combattu avec zèle en faveur de la confession de Nicée, il rompit formellement avec la doctrine des ariens.
Grâce aux intrigues de son métropolitain d'Arles*, Saturnin, Constance le bannit en Asie, à la suite d'un synode tenu à Béziers en 356. Pendant son exil, Ililaire résida successivement dans différentes villes de l'Asie-Mineure, assista en 359 au concile de Séleucie, et tâcha enfin d'obtenir une audience de l'empereur de Constantinople, pour l'instruire de l'état des affaires et le gagner à l'orthodoxie. Cette audience lui fut refusée ; en revanche, l'empereur lui permit, contre toute attente, de retourner dans sa patrie : les ariens trouvaient encore plus dangereuse l'influence qu'il exerçait en Orient; car, en même qu'il faisait connaître aux évoques d'Orient les sentiments des évèques de la Gaule, il instruisait ceux-ci des doctrines professées par les évèques orientaux, affermissant ainsi les uns et les autres dans la croyance orthodoxe. Si l'on excepte quelques hommes, écrivait-il, les dix provinces de l'Asie, où je suis, savent peu de choses de Dieu. Occupé comme il l'était, son exil ne lui pesait guère, et il disait : « Qu'importe que je sois en exil, pourvu que la vérité soit prêchéel »
Il rentra à Poitiers sur la fin de 359 et reprit possession de son siège : « Tous sans exception l'accueillirent par des cris de joie et de triomphe; tous tressaillaient de bonheur en voyant l'Eghse recouvrer son pontife, le troupeau son pas-
■• Poitiers ne relevait pas d'Arles, qui, d'ailleurs, était investi du vicariat apostolique dans les Gaules. (Note de l'éd. franc.)