‹ PatrologieChapitre 48 sur 143 · AUTEURS LATINS. — S. HILAIRR DE POITIERS · texte numérisé non relu

AUTEURS LATINS. — S. HILAIRR DE POITIERS

leur. Il semblait que tous revinssent avec lui ou que tous eussent été exilés quand il était en exil'.

Pendant son séjour en Orient, Ililaire avait pu étudier l'arianisme dans toute son affreuse réalité. Aussi, dès qu'il fut rentré, redoubla-t-il d'énergie et d'activité, employant lour-àlour la parole et l'écriture, et surtout l'appui des synodes. En accueillant avec douceui* les évèques qui avaient montré quelque faiblesse au concile de Rimini, il obtint un tel succès, qu'au dire de Sulpice Sévère, « tout le monde avouait que la Gaule était redevable à saint Ililaire seul d'être délivrée de l'hérésie : » de là le surnom à'Athanase de l'Occident qui lui a été justement décerné. Son activité sétendait jusqu'à l'Italie elle-même, et il s'éleva, quoique sans succès, contre Auxence, évêque de Milan et l'unique appui de l'arianisme en Italie. Saint Hilaire mourut en 366.

Ses nombreux écrits, rédigés entre 360 et 366, sont généralement mieux ordonnés que ceux de saint Athanase, et peuvent figurer dignement à côté des œuvres des plus grands docteurs de l'Eglise ; de là vient qu'en 1852 le pape Pie IX lui a conféré le titre de « docteur de l'Eglise universelle. »

Ouvrages historico-polémiques .

Convaincu que l'ignorance du passé empêchait souvent les orthodoxes d'avoir une connaissance claire de la vraie doctrine de lEglise, et surtout de se bien rendre compte des subtilités de l'arianisme, Hilaire voulut y remédier eu composant des écrits où il expliquerait et justifierait la doctrine catholique, en y entremêlant des détails historiques. Ce point était particulièrement important, car les ariens donnaient souvent aux évêques orthodoxes de faux renseignements sur la croyance et la conduite de l'épiscopat étranger; tactique d'autant plus facile que les limites de l'empire étaient plus reculées.

i . Le Z)e synodis, seu de fide Orientalium, composé en 339, n'est proprement qu'une lettre circulaire adressée aux évêques de la Gaule, de la Germanie et de la Belgique. Dans la partie historique, ch. x-lxiii, il cite les symboles qui ont été

' Forlunati Vila S. Hilarii, I, x.

établis après le concile de Nicée, savoir celui d'x\ntioche en 341, celui de Sardique en 343, le premier et le second de Sirmium, celui d'Ancyre, et il les apprécie. 11 explique ensuite le sens des expressions ôv-oo-jo-w; et oy-otoùTio; ; la première, dit-il, est la seule qui soit exacte et qu'il faille conserver; la seconde aussi est susceptible dune bonne interprétation ; car il y avait plusieurs homoiousiens qui croyaient la même chose que les catholiques, tout en rejetant le terme cVoy.ooù^io;. Nous avons donc ici une discussion toute pacifique, puisqu'elle a pour but de réconcilier des esprits séparés seulement par Tobscurité de leurs idées.

2. Cet écrit ayant été attaqué par Lucifer de Cagliari, comme trop indulgent, saint Hilaire se justifia dans Y Apologetica ad reprehensores libri de synodis responsa, et s'expliqua avec plus d'exactitude.

3. L'ouvrage Contra Constantium im'peratorem, liber imus, rédigé avant la mort de Constance, mais publié seulement après, est écrit avec une grande précision. L'auteur y accuse Constance d'avoir ruiné la foi et l'Eglise, sous prétexte de rétablir l'unité de croyance. Â cette tactique déloyale il préfère ces temps de persécution ouverte, où du moins l'on ne trompait pas les chrétiens sur l'objet de leur croyance et ne leur enlevait pas le mérite du martyre. « ^laintenant, s'écrie-t-il, je dois à Jésus-Christ de rompre le silence » (ch. ni). Il rappelle à Constance les violences exercées contre les chefs de l'orthodoxie, et justifie la confession de Nicée : a Je te dénonce, ô Constance, ce que j'aurais dit à Néron, ce que Dèce et Maximin auraient entendu de ma bouche : Tu combats contre Dieu, tu es acharné contre l'Eglise, tu persécutes les saints, tu détestes les prédicateurs du Christ, tu détruis la religion : tu es le tyran non des choses humaines, mais des choses divines. Tu es le précurseur de l'antechrist, dont tu commences les mystères d'iniquité'. Voilà ce que je vous aurais dit en commun à toi et à eux; écoute maintenant ce qui t'est propre. Chrétien par le masque, tu es un nouvel ennemi du Christ; précurseur de l'antechrist, tu en opères le mystère d'iniquité ; vivant contre la foi, tu en dresses des formules ; ignorant ce qui est saint, tu enseignes ce qui est profane. — Je préférerais

^ C. iv-vii.

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les temps de Néron et de Dèce ; nous combattrions alors ouvertement et avec confiance contre nos bourreaux et nos meurtriers; le peuple, à la nouvelle dune persécution universelle, se grouperait pour défendre sa foi autour de nous qui sommes ses chefs. Maintenant, au contraire, nous luttons contre un persécuteur qui nous trompe, contre un ennemi qui nous tend des pièges, contre l'antechrist Constance. »

4. Le Liber II ad Constantiwn est un court mémoire sur des questions d'orthodoxie, destiné à être remis à l'empereur. Saint Hilaire l'ayant écrit précédemment, à une époque où il en espérait encore quelque résultat, y traitait ce prince avec plus de douceur. C'est dans ce livre qu'on ht cette belle et généreuse parole : « Si un pareil moyen (^la contrainte! était employé à l'appui de la vraie foi, la sagesse épiscopale s'y opposerait et dirait : Dieu est le Seigneiu* de tout, il n'a pas besoin d'un hommage forcé, il ne veut pas d'une profession de foi arrachée » (ch. n).

5. Contra Auxentium. Dans ce traité, saint Hilaire cherche à démasquer Auxence. évèque intrus et arien de Milan, qui, par considération pour l'empereur Yalentinien, cachait son arianisme sous des formules ambiguës : '< Il faut surtout gémir de la misère et de l'aveuglement de notre temps, où l'on croit que Dieu a besoin de la protection des hommes et où l'on recherche la puissance du siècle pour défendre l'Eglise du Christ. Je vous prie, vous qui croyez être évèque, de quel appui se sont servis les apôtres pour prêcher l'Evangile ? Quelles puissances leur ont aidé à annoncer le Cliiist et à faire passer presque toutes les nations de l'idolâtrie au culte de Dieu? Appelaient-ils quelque officier de la cour quand ils chantaient les louanges de Dieu en prison, dans les fers et après les coups de fouet ? Paul formait-il l'Eglise du Christ par les édits de l'empereur quand il était lui-même en spectacle dans le théâtre ? 11 se soutenait sans doute par la protection de Néron, de Yespasien, de Dèce, dont la haine a relevé l'éclat de la doctrine céleste. Ceux qui se nourrissaient du travail de leurs mains, qui s'assemblaient en secret dans les cénacles, qui parcouraient les bourgades, les villes et presque toutes les nations, par mer et par terre, malgré les ordonnances du sénat et les édits des princes, ceux-là, sans doute, n'avaient pas les clefs du royaume des deux ! — Maintenant,

hélas ! ce sont les avantages humains qui rendent la foi divine recommandable, et cherchant à autoriser le nom du Christ, on fait croire qu'il est faible par lui-même. L'Eglise menace d'exils et de prisons et veut se faire croire par force, elle qui a été crue à force d'être exilée et emprisonnée » (ch. ni).

6. On attribue encore à saint Ililaire quinze Fragments historiques, ou morceaux détachés de son livre contre Yalens et TJrsace. Mais il n'y a guère que le premier, le second tout au plus, qui soit authentique. Sur les autres, les critiques sont partagés d'opinions.

Ouvrages dogmatiques.

Les douze livres sur la Trinité, à la fois dogmatiques et polémiques, sont le plus grand et le plus important ouvrage de saint Hilaire. Il y expose, d'après la Bible, « le mystère de la foi, » c'est-à-dire la génération éternelle du Fils unique et son unité d'essence avec le Père ; il réfute les objections des ariens et des sabelliens. Du Saint-Esprit, il n'en parle qu'en deux endroits, d'où l'on peut inférer que la notion de son rapport au Père et au Fils était encore peu développée. C'est ce qui a fait supposer, avec raison, qu'autrefois ce traité avait un autre titre, celui-ci peut-être : De fide adversus arianos. Il l'écrivit pendant son exil, entre les années 359 et 361.

Saint Hilaire commence en se posant la question de la destinée de l'homme. A-t-il été créé pour le repos, pour vivre dans le plaisir et l'abondance, pour accomplir des entreprises glorieuses et exercer quelque art utile, ou pour connaître le vrai et faire ce qui est louable avec une conscience pure ? Et il s'aperçoit aussitôt que son âme a hâte de s'élever à Dieu, l'auteur de tout bien et de toute vérité ; puis après avoir, en quelques propositions courtes et énergiques , montré les erreurs des athées et la folie du culte multiple des idoles, il aspire avec d'autant plus de zèle et d'ardeur à la connaissance du vrai Dieu. Il s'arrête d'abord aux livres de l'Ancien Testament, où Dieu dit de lui-même : « .le suis celui qui suis, » et ailleurs : « Vous direz aux fils d'Israël : Celui qui est m'a envoyé. » J'admire, dit-il, cette sublime parole, qui, par une expression conforme à la conception humaine, désigne la notion incompréhensible de la nature divine. En vérité, il n'y

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