‹ PatrologieChapitre 49 sur 143 · AUTEURS LATINS. — S. HILAIRE DE POITIERS · texte numérisé non relu

AUTEURS LATINS. — S. HILAIRE DE POITIERS

a rien en Dieu de plus essentiel que l'être, car ce qui est l'existence même ne peut avoir ni commencement ni fin. Cette sublime définition de Dieu, donné par Dieu lui-même, semblait presque suffisante ; cependant, Dieu après nous avoir instruits de sa manière d'être, nous instruit également de sa puissance et de sa majesté, 'c II soutient de trois doigts toute la masse de la terre ; le ciel est son trône et la terre son marche-pied » {Fs., xl, 12 ; lxvi, 1). Il pénètre l'univers entier, et c'est pourquoi le Prophète s'écrie : « Où fuirai-je loin de votre face? si je monte au ciel, vous y êtes, si je descends en enfer, vous y êtes encore » {Ps. cxxxviii, 7-dO). Il est donc au ciel, il est en enfer, il est sur la mer et il est dans la mer, car c< la grandeur et la beauté de la créature peut faire connaître et rendre ^1sible le Créateur » {Sag,, xui, 5). Mais si l'ouvrage dépasse déjà notre intelligence, à plus forte raison l'ouvrier doit-il être incompréhensible. Cependant, si l'homme ne peut pas comprendre Dieu d'une manière parfaite, il ne doit pas moins croire en lui et l'adorer par des actes conformes à sa foi. A cette pieuse confession se joint ensuite la douce assurance que la mort n'anéantira pas l'homme qui vit dans cette foi et cette soumission. La raison même me dit qu'il serait indigne de Dieu, après avoir placé l'homme dans ce monde, ordonné avec sagesse et intelligence, de le destiner à une mort éternelle, puisqu'un être qui n'était pas, n'aurait été créé que pour ne pas durer après sa création (liv. I, ch. i-i.\). Cependant l'homme étant tombé dans une solhcitude inquiète, après avoir reçu les enseignements de la loi et des prophètes, il fut instruit avec plus de précision par la doctrine évangélique et apostolique : « Dans le principe était le Yerbe, et le Verbe était en Dieu, et le Yerbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu ; tout a été fait par lui, et sans lui rien n'a été fait. Ce qui est fait en lui, c'est la vie, et la vie était la lumière des hommes, qui luit dans les ténèbres. Comme les ténèbres ne le comprenaient pas . . . , il s'est fait chair, il a habité parmi nous ; nous avons vu la gloire du Fils unique du Père plein de grâce et de vérité. » Cette fois, l'esprit s'éleva audessus de toute connaissance pm'ement rationnelle. Il fut plus instruit de Dieu qu'il ne croyait; l'esprit inquiet et tremblant trouva plus d'espérance qu'il n'en attendait. Il fut pour la première fois introduit dans la pleine connaissance du Père. Il

apprit alors que ce qu'il présumait autrefois, d'après ses vues humaines, de l'éternité et de l'infinité de son Créateur, convient aussi au Fils unique, sans arriver par là à croire en plusieurs dieux; car il apprend que le Fils est Dieu de Dieu, toujours auprès de Dieu. 11 apprend aussi que si la foi à cette coimaissance salutaire est rare, la récompense est très-grande, car elle produit l'adoption des enfants de Dieu.

Cette doctrine du mystère divin et des impénétrables conseils de Dieu, l'homme la reçut avec joie, bien qu'il ne put la comprendre. 11 y crut et il espéra que la foi lui apprendrait à la comprendre. Pour qu'il persévérât dans cette humble confession, l'Apôtre lui donna en outre cet avertissement divin : « Prenez garde que personne ne vous séduise par la philosophie et par des raisonnements vains et trompeurs, par une doctrine qui est des hommes et non de Jésus-Christ, en qui réside toute la plénitude de la divinité » {Coloss., i, 8-15). Celui qui est affermi dans la foi doit éviter les question captieuses et oisives de la sagesse humaine, afin que la vérité ne devienne pas la proie de l'erreur.

Cependant, par une téméraire impiété, des hommes s'élevèrent qui voulurent mesurer à leur nature impuissante la nature infinie de Dieu, modeler au gré de leurs pensées cette doctrine révélée, qui pourtant exige l'obéissance et la foi. Sans parler d'autres opinions insensées, les hérétiques qui se montrent maintenant, dénaturent le mystère de la foi évangélique à tel point que, sous couleur de croire en un seul Dieu, ils nient l'incarnation du Fils unique de Dieu ; selon eux, ce serait plutôt une extension dans l'homme qu'une descente vers lui, et celui qui était Fils dans le temps où il a pris la chair, n'aurait pas toujours été auparavant et ne serait pas Fils de Dieu. Mon esprit s'est senti plein d'ardeur pour répondre à cette absurdité, car il tient pour indubitable que nous croyons non-seulement à Dieu le Père, mais encore à son Fils unique Jésus- Christ, en qui seul est le salut [Act., iv, 12) ; car il l'a dit luimême : f< La vie éternelle consiste à vous connaître, vous le seul vrai Dieu, et Celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ » {Jean, xvn, 3).

» Pour l'établir d'une manière persuasive contre ces hérétiques et ces ignorants, j'ai disposé mon ouvrage de manière que la succession des douze livres qui s'enchaînent entre eux

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